[Petit mot d'avant lecture: Bonjour, bonjour ! Bon sang, à une journée près cela aurait fait un mois que je n'avais rien publié Alors, désolée pour cela en premier lieu ! Je dois avouer que je ne pensais pas autant repousser la date de publication du (des...du coup) dernier chapitre de L'Horizon des jours cléments, et pourtant croyez moi ce n'est pas facile pour moi de dire au revoir à cette histoire haha x)
Je reconnais avoir pris mon temps (beaucoup de temps) pour réévaluer ce dernier chapitre. Il a d'ailleurs subi quelques (un bon nombre) modifications ! Mais je vous parlerais plus en détail en fin de note (de la denrière partie du dernier chapitre coupé en 3 parties !) le pourquoi du comment j'ai mis presque un mois à sortir ce chapitre :D
Pour l'heure, vous avez suffisamment attendu, alors je vous souhaite une agréable lecture !]
Dimitri et Léon étaient finalement restés chez Rayan jusqu'au bout du week-end. Installés dans le bureau de ce dernier, sur le canapé lit qu'ils eurent déplié, les deux amants avaient décidé de lui payer un petit déjeuner à l'extérieur et tinrent également à...
-Le Cosy Bear ? Vous le faites exprès avouez...Ronchonna Rayan qui s'était installé sur le siège arrière de la voiture de son frère.
Ils étaient Lundi matin, et pour une fois Rayan allait se faire conduire jusqu'à son lieu de travail. Mais pas que...
-Quoi ? Tu dis ça parce que t'as peur d'y croiser Tallulah ? s'amusa Léon : Ah ! chéri j'ai reçu un message de Sherine, Carie n'ira pas à l'école elle a de la fièvre.
Aussitôt, Dimitri lui demanda d'appeler sa belle-mère. Rayan resta silencieux à l'arrière non sans jeter des coups d'œil à Léon qui parlait avec sa mère. La voix de son frère le sortit de ses songes.
-T'as encore le droit de prendre un petit déjeuné au Café où bosse Tallulah, non ?
-As-tu écouté ce que je t'ai raconté ?
-Oui, votre entretien avec Culann, et alors ? Tu n'y vas pas pour son mémoire, tu y vas en tant que client. Juridiquement, Culann n'a aucun droit sur vous.
-Tu prends un ton drôlement formel... tu caches quoi ? marmonna d'un air sceptique le cadet.
-Rien du tout. Je te présente les faits tels qu'ils sont. Léon aime bien Les croissants là-bas, je dois t'avouer qu'on y va surtout pour lui.
Léon se retourna pour adresser un grand sourire taquin à Rayan qui lui rendit de manière bien plus crispée. Après quoi, le blond raccrocha.
-Alors ?
-Petite fièvre, mais elle a bien fait de la garder au chaud. Elle doit prendre rendez-vous, le médecin se déplacera.
-On ramènera quelque chose pour remercier Sherine, clôtura Dimitri qui trouva, si tôt dans la journée, facilement une place pour se garer non loin du café.
Hyun était visiblement en train de servir les premiers clients en terrasse. Si les amants se lancèrent un regard complice, l'enseignant chercheur derrière eux soupira profondément non sans se dire qu'il s'était fourré dans un sacré guêpier avec eux deux. Le pas léger et l'âme en fête, Léon déboula le premier dans l'établissement, saluant d'un malicieux clin d'œil le jeune serveur qui le reconnut.
-Bonjour à vous ! Content de vous revoir..., baragouina-t-il en se souvenant péniblement de l'attitude exubérante du mannequin qui n'eut de cesse de l'embêter pendant son service. «Pour une fois que c'est toi qu'on harcèle ! » avait plaisanté TalluLah.
-Tiens, mon petit serveur chéri ! Un petit café au lait avec de la cannelle c'est dans tes cordes mon grand ? Et deux croissants aux amandes ! lui sourit le blond.
Rayan et Dimitri entrèrent enfin, et tous les trois attirèrent indéniablement l'attention -plus volontairement pour l'un que les deux autres- des autres clients, de par leur physique et leur charisme.
Ils s'installèrent au comptoir. Léon, entre les deux frères, se pencha pour essayer de regarder par delà la porte ouverte des cuisines. De leur côté, les frères saluèrent Hyun qui prenait leur commande.
-Hé ! Talala ! chantonna le blond.
-Tallulah, rectifia désespérément Rayan. Mais son aîné n'en eut cure.
Sortit de la cuisine, chargée de deux plateaux, Clémence qui s'en alla en terrasse. Léon se crispa en ayant espéré voir sortir Tallulah.
-C'est pas elle, ça...
«Ça?!» se répéta Rayan en son for intérieur toujours aussi embarrassé par certaines remarques de son beau-frère.
-Un souci ? s'enquit Hyun qui servait les tasses de boisson fumante aux trois clients.
-Votre collègue n'est pas là ? demanda simplement Dimitri qui laissait refroidir son thé rouge.
-Ah ! Non, désolé si tu tenais à la voir...s'excusa Hyun d'un air penaud adressé à Rayan qui arqua un sourcil curieux.
Puis, bienveillant, il lui sourit.
-Ces deux-là m'ont surtout tendu un piège, ne fais pas attention.
-Vous vous connaissez ? s'étonna le plus vieux.
-Hyun est un ami, fit son cadet avec un sourire sincèrement doux.
Le serveur lui en adressa un assurément chaleureux et apporta le reste de la commande.
-Tout ça c'est bien mignon, mais ma princesse à moi n'est pas là ! râla Léon qui touillait rageusement son café au lait, le menton posé au creux de sa main, accoudé au comptoir.
-Un changement dans votre emploi du temps ? demanda simplement Rayan.
-Hn ? du tout, elle a simplement prévenu qu'elle avait un rendez-vous avec la conseillère de son bâtiment pour terminer un dossier.
Aussitôt, sa rencontre avec Chani et Tallulah Samedi lui revint en mémoire. «Vous aurez mon dossier dans votre casier Lundi matin Monsieur Zaidi». Le geste hâtif et tremblant, Rayan sortit de la monnaie pour payer son café qu'il n'eut même pas terminé. Dimitri le retint et le força à rester assis sous l'air soucieux de Hyun et Léon.
-Qu'y-a-t-il ?
-J-je dois filer à la fac, Tallulah va...
Ayant expliqué à Dimitri la décision que Tallulah eut prise, l'aîné ne mit pas longtemps à comprendre ce qu'il se passait. Néanmoins, il conseilla à son petit frère de garder son calme pour le moment.
-Tu sais, ce n'est pas en venant ici que tu risques d'éveiller un quelconque soupçon. Ton comportement suffit pour ça. Apprends à te mesurer un peu.
-C'est facile à dire pour toi, t'as jamais eu à subir une telle pression ! pesta le plus jeune sans méchanceté.
Pourtant, Léon ne put s'empêcher de froncer les sourcils et de le provoquer par un «qu'en sais-tu ? Tu t'es déjà intéressé à son travail ?» auquel Rayan répondit par un mutisme embarrassé. Levant les yeux au ciel, Dimitri prit une gorgée de son thé rouge et songea silencieusement à ce qu'il eut demandé à son petit-frère. «Accorde-moi un peu de temps...»Malgré son pincement au cœur, Dimitri ne put en vouloir à Rayan pour ses paroles. Il avait volontairement laissé ses proches dans l'ignorance et cela n'était pas la première fois que Rayan lui faisait des remarques de ce genre. A son âge, il passait au dessus... Pourtant, il comprenait également la contrariété de son époux. On va y aller pas à pas, Léon... se dit-il en glissant son index le long du coude du blond qui sursauta. Curieux, il interrogea son amant en silence puis, lui sourit en agrippant de sa main le doigt qu'il serra dans sa paume.
-Vous êtes stupides, soupira le mannequin. Des mots, qui contredisaient son profond amour pour les deux frères sur qui il ne cesserait pas de veiller: Bon, et c'est quoi ce fameux dossier ? reprit-il à l'intention de Rayan.
Discrètement, ce dernier observa Hyun qui s'occupait de la fil de clients au comptoir. Puis, il expliqua à son beau-frère ce qu'il eut déjà raconté à Dimitri.
-Au Québec ? Pourquoi ? Elle veut faire éleveuse de loups ? plaisanta le mannequin: Non, sérieux, pourquoi le Québec, il y a de très bonnes écoles de Design d'Espace en France.
-Sans vouloir jouer les défenseurs féministes, les femmes sont également de plus en plus demandées dans ce secteur. Pas besoin d'aller si loin pour travailler là-dedans, reprit Dimitri.
-Je crois que c'est plus compliqué que ça... rétorqua leur cadet.
Penauds, Léon et Dimitri croisèrent leurs yeux avant de les reposer sur lui. Soudain, un groupe d'étudiants s'approcha d'eux.
-Ça commence, soupira Dimitri.
-Haha, fallait s'en douter, gloussa le blond qui fit mine de ne pas les avoir remarquer. Pourtant, après s'être fait interpeller, il ne put faire autrement que se tourner vers les étudiants.
Confus, Rayan observa la scène en retrait.
-Je t'avais bien dis que c'était lui !
-Sérieux...(on pointa Léon du doigt) vous êtes Léon Van Fenema ?
-Bonjour, sourit poliment le mannequin : Je peux vous aider ?
Un petit couinement s'échappa d'une des jeunes femmes que comprenait le groupe et des gloussements s'élevèrent. Un jeune homme sortit hâtivement son portable et demanda à faire une photo avec lui.
-Haha, désolé, mais non. Je suis en congé, j'aimerais un peu de tranquillité s'il vous plaît. Mais la demande est touchante.
-Non mais ça va une photo c'est quoi pour vous ? Vous en faites tout le temps !
Rayan allait intervenir lorsque la voix rauque de son frère se fit entendre.
-Léon vous a répondu qu'il n'en avait pas envie. En quoi son métier doit-il entrer dans votre raisonnement puéril et à la limite du harcèlement ? Vous avez posé une question, il a répondu. Maintenant pour éviter que ça n'aille plus loin, vous allez voir ailleurs.
-Que se passe-t-il ? s'interposa Hyun qui en avait fini avec ses clients: S'il vous plaît. Ce n'est pas un meeting ici, soit vous prenez commande et vous respectez les clients, soit vous sortez.
Plus raisonnable, l'une d'entre eux calma le mécontentent de son ami qui eut désiré une photo et tous partirent s'asseoir dans un coin. Flatté, Léon se tourna vers son époux et le serveur et agita théâtralement sa main en éventail.
-Dites-moi, ça faisait longtemps que je ne mettais pas senti être le centre de l'intention ! rit-il clairement.
Il plaisante j'espère...? se demanda Rayan, sceptique, en son for intérieur.
-Tu ferais moins ton spectacle toi aussi, soupira Dimitri.
-Toujours attiser la flamme mon chéri ! Ne sait-on jamais par qui tu pourrais te laisser séduire.
-Mais bien sûr...
-Hé ! Winnie, tu peux sortir ton portable !
-Winnie...? fit Hyun, déconfit. Il obéit et demanda pourquoi il avait dû le sortir.
Soudain, Léon l'attira à lui et se permit de prendre une photo d'eux deux.
-Oh ! T'as snap' en plus ! allez, zouh ! Une autre ! s'enjoua le blond qui reprit une photo avec un filtre de chat qui égaillait la capture: ça fera de la pub pour le café ! ajouta-t-il en plaçant le portable dans la poche du tablier sur lequel était imprimé le logo «ourson» de l'enseigne.
Hyun rit nerveusement. Il eut l'impression de s'être fait avoir sans savoir pourquoi... En face de lui, au fond de la salle, le groupe de plus tôt le fusillait du regard.
-M-m-m-mais...!
-Bon bah nous on va y aller ? s'enquit le mannequin qui sortit de quoi payer: Rayan, on paie ta part !
-Ah euh...merci.
-Passe voir ta nièce et ton neveu un peu, glissa Dimitri qui remettait sa veste: Prends le temps d'être avec eux, t'as qu'une vie.
Hochant la tête, Rayan les salua de la main tout en regardant s'en aller le couple. Sans plus tarder, le groupe d'étudiants vint à la charge pour noyer de questions le serveur qui n'en menait pas large.
-Tu connais Léon ?
-Pourquoi il a fait une photo avec toi et pas nous ?
-Hé ! Mais ce n'est pas le prof qui est de la même famille que Léon !?
-Ah ouais, les autres en parlaient !
Se raclant la gorge, Rayan siffla le fond de sa tasse et s'empressa de récupérer son croissant qu'il préférait manger dehors.
-Bon, Hyun...on se voit plus tard hein ! Bon courage pour ton service.
-Traître ! beugla le coréen en agitant avec fureur son chiffon par delà les étudiants qui l'encerclaient.
Enfin sorti, Rayan s'empressa de prendre la route vers la fac non sans regarder par dessus son épaule, le café qui se faisait diablement tumultueux après le petit manège de Léon. Celui-là alors...
Le sourire aux lèvres, content d'avoir pu passer un week-end avec une partie de sa famille, Rayan arriva en salle des professeurs où il se fit accueillir par ses collègues hormis Marine avec qui il était définitivement en froid.On nepeutpas aimer ni se faire aimer par tous, se dit-il après avoir ouvert son casier. Aussitôt que son regard se fut posé sur une enveloppe qui ne se trouvait pas là Vendredi dernier, son sourire devint fade et ses muscles se tendirent. Est-ce que... Comme il l'eut craint, il s'agissait bien du dossier de Tallulah, qui compléterait sa demande d'inscription pour son école à Montréal.
-Elle est passée...souffla Nathan qui l'avait rejoint discrètement.
-Je vois ça, fit-il en examinant tout le dossier en diagonal: C'est complet...enfin, il manque ma lettre d'appui.
-Tu sais que ce genre de choses...tu ne peux pas refuser.
-Non, car la lettre se fera par le chef d'établissement de sa filière en quel cas. Autant que ça vienne de moi.
Un ange passa. Puis, agacé, Nathan se frotta l'arrière du crâne en houspillant contre le monde sans pointer personne.
-J'te jure, les gens font trop attention à la société. Pas besoin d'anarchie ou de casseurs pour vouloir faire ce qu'on veut. On a une liberté que certains pays n'ont pas. Pourquoi railler ainsi nos droits et ceux des autres juste parce que ça nous offusque ? Les droits sont les mêmes pour tous, pas la morale, mais l'exprimer ne devrait pas piéger autrui, ça c'est de la manipulation.
Ayant provoqué un froid certain autour de lui, le professeur d'architecture s'en alla, sa mallette sous le coude, et sa veste en jean tapissée de poils de chien sur le dos.
-Il lui arrive quoi ? s'offusqua Lebarde qui toisait étrangement la sortie par laquelle était passé son collègue.
-On a dû lui faire une remarque sur sa petite coucherie de l'autre fois, railla Marine qui avait le nez dans ses polycopiés.
-Roh, mais ce n'est pas bientôt fini... soupira un autre collègue: Putain, mais elle était majeur et consentante, vous n'allez pas me dire que vous allez lui casser du sucre sur le dos à Aros ?
-'Fait ce qu'il veut, pesta Marine, blasée.
-Même si ça ne me traverserait pas l'esprit, je suis d'accord avec Marine, il fait ce qu'il veut et les étudiants aussi hein, s'ajouta André.
-Heureusement que Greg n'est pas là, il en ferait encore toute une montagne.
-Haha, lui est sa morale Néandertalienne: tu savais qu'il s'était engueulé avec sa fille car elle voulait aller en MATMECA ? Il la voyait dans le social...
-Marine, les rumeurs c'est pas ici...
-Sérieux ? s'étonna l'autre sous le regard désespéré du professeur d'Art antique.
-Ouais ! Un cromagnon j'te dis.
Pour une fois que la nonchalance de Marine fait plaisir à voir... se dit Rayan qui écouta d'une oreille les ragots de ses collègues. Il se rendit compte alors...que tout se résumait surtout à des spéculations...comme pour beaucoup d'autres sujets. Même s'il était d'avis qu'on avait pas tant à se mêler des histoires des autres, où était le mal d'en parler ? Et surtout, que pouvait-on y fait ? Ce qui n'était pas tolérable était la persécution et le harcèlement, comme celui qu'eut subi Tallulah. Un comportement qui fut allègrement puni tant par le Directeur que la gendarmerie. Mais le reste... Dans une société telle que la leur, où la vie privée était médiatisée à flot pour remplir les poches de réalisateurs d'émissions télé-réalité, comment pouvoir contourner les spéculations et la curiosité d'autrui ? Finalement, il n'y avait pas grand chose à faire à par laisser parler les autres.
-Et si jamais... un enseignant venait à partager sa vie avec un étudiant d'ici, vous en feriez quoi ? ne put-il s'empêcher de demander.
Coupant court à leur échange, ses collègues l'interrogèrent du regard avant de se toiser tour à tour d'une mine décontenancée.
-Au risque de me répéter, on n'est pas des assistantes sociales. Font ce qu'ils veulent, lâcha Marine avec sa rudesse habituelle.
-Oui... reprit André en haussant une épaule. Il semblait un tantinet plus hésitant mais clarifia: je l'ai dit, je ne suis pas intéressé par ce genre de cas, mais chacun son éthique. Je n'irai pas juger, mais ce n'est clairement pas ma tasse de thé ce genre de relation.
-Haha, puis t'es déjà casé, André ! Mais c'est vrai...moi non plus, ça ne fait pas parti de mes habitudes, mais peut-on vraiment parler d'habitudes en amour ?
-Mais on s'en fiche de ça, trancha Marine: Là on en discute pour passer le temps, comme lorsqu'on se demande ce qu'on a mangé la veille mais qui est assez con pour dire aux autres ce qu'ils doivent faire ? Ok, j'ai bien compris qu'en tant que professeurs, on se devait d'épauler au mieux nos étudiants, mais c'est bon, on n'est pas leur nourrice ou leurs parents. Si après le couple s'amuse à faire des conneries à la fac, ça, ça les regarde également. Qu'ils s'en prennent à eux-mêmes si on les tape sur les doigts.
-Bah tu sais, Greg a déjà été faire la morale à Caro' l'autre jour.
-Je parlais de con, André, Greg est un bel exemple ! ricana l'enseignante qui se replongea dans sa lecture: T'as de ses questions Rayan...pesta-t-elle.
-Ça va ! Je ne faisais que demander ! se défendit-il avant de récupérer ses affaires et sortir.
«On fait trop attention à la société» lui avait dit Nathan. Un sourire en coin, Rayan ignorait si c'était une vérité propre à tous ou bien qu'à son ami, en tout cas, il y trouva une part de réalité à travers sa propre expérience. Toujours avec cette nostalgique fierté tapie au fond de lui, il se souvint de son frère, présentant Léon à toute la famille. «Je l'aime et c'est tout !»
Mu par un regain de confiance en lui, Rayan gagna l'amphi où l'attendait déjà quelques élèves de la classe de Tallulah. Cette dernière était également présente, assise dans le même coin avec ses amis avec qui elle discutait plutôt sérieusement autour d'un classeur. Les prochains examens finaux se faisaient sentir. Et son concours...
Avril... Mois annonciateur d'une fin que tous voyaient venir avec impatience et doute tout comme le mois de Juin pour leur soutenance.
-Mais Avril, c'est aussi l'anniversaire de Priya ! Alors, au diable les révisions et allons faire la fête ! s'était enjoué Alexy qui était venu avec Morgan, au Cosy Bear pour voir leurs amis mais aussi déguster une petite collation.
-On lui fait la surprise ou bien...?
-Surprendre Miss Ninja sera bien plus rude que valider nos épreuves ! rit Castiel qui fit son entrée, accompagné de Rosalya au ventre plus rond que jamais.
En joie, Tallulah fit le tour du comptoir pour embrasser ses amis qui s'installèrent ailleurs qu'au bar, pour faciliter la futur jeune maman qui ne pouvait plus s'asseoir aisément sur les chaises hautes.
-J'embête tout le monde...
-Mais non ! s'enquit Morgan qui l'enroula d'un bras pour la serrer avec affection non sans la faire rire aux éclats.
-N'empêche, pour passer en caisse c'est top, souligna Castiel qui désigna son petit sac de courses: On revient du supermarché, et j'étais bien content d'être avec Rosa !
-T'es qu'un sale profiteur de première ! pesta l'argentée.
-Wah l'autre, c'est l'hôpital qui se fout bien de la charité, Madame je m'incruste au soirée de la rock star de la fac avec Alexy et Chani !
-Pour une fois que le bébé ne faisait pas de sienne et que j'étais en forme, je n'allais passer la soirée seule chez moi, Leigh était pas là en plus, se défendit la jeune femme.
Écoutant d'une oreille distraite leur conversation, Hyun et Tallulah rire de leur côté, tout en préparant leur commande, amusés par les histoires de leur amis. Il fut décidé, qu'une soirée serait organisée chez Tallulah et Chani, avec l'accord de cette dernière qui était plus que d'avis de décompresser un peu avant l'arrivée des prochains examens. Camille et les autres furent également invités, ayant désormais resserrés leurs liens tous ensemble, rares étaient les fois où ils étaient dispatchés comme avant. Kelly s'entendait même plutôt bien avec la «starlette» comme elle aimait appeler Castiel. Ce dernier eut beau la traiter de grande saucisse, par son mètre quatre-vingt, il eut avoué trouver la surfeuse plus que sympathique. «Kelly est revancharde mais au moins, elle ne me prend pas la tête avec mes concerts. Et elle me sort un peu de mon trou avec ses entraînements de surf » avait-il confié à ses amis.
De leur côté, Rayan et Leigh eurent fait en sorte d'être disponibles, tous deux appréciant grandement la prochaine avocate, ils ne tenaient pas à leur faire faux bond. Pour cela, ils s'étaient avancés dans leur travail respectif et le jour J, personne ne manqua à l'appel.
Les derniers à arriver furent Alexy et Priya, qui se fit retenir par le premier pour ne pas lui gâcher la surprise bien que la jeune femme, pas si dupe, se doutait bien de ce qu'il se tramait autour d'elle.
-Heureusement que je fête mon anniversaire le Dimanche avec ma famille, hein ! souligna-t-elle en se laissant guider par son ami, qui la poussait à l'intérieur de l'appartement.
-Haha, on ne peut pas faire de soirée secrète avec toi !
-Mon radar à fête ne peut pas me tromper ! Jamais ! ajouta Priya dans un rire faussement machiavélique.
Une fois au centre du salon, Alexy retira enfin ses mains devant les yeux de son amie qui, malgré avoir deviné leur petit manège, ne put s'empêcher de partir en une exclamation émerveillée à la vue de tout ce qu'ils avaient réussi à faire en si peu de temps. Ils étaient Vendredi soir, et avec la semaine chargée qu'ils eurent eue tous, elle se doutait des efforts qu'ils eurent faits pour parvenir à tout préparer. Frustrée de s'être fait arracher une larme, Priya leur tourna le dos et ferma les yeux pour contenir au mieux son trop plein d'émotions. Riant aux éclats, tous vinrent l'enlacer avec affection non sans l'attirer vers la table où se trouvait le repas qu'ils eurent cuisiné. Enfin...Rosalya surtout ! Tandis que Camille débouchait une bouteille de champagne et Leigh de cocktail vierge, tous se mirent à chantonner à l'unisson «Joyeux Anniversaire», guidant les pas de Tallulah et Hyun qui portaient le gâteau qu'ils eurent commandé à Clémence pour l'occasion.
Des serpentins plein les cheveux, Priya souffla ses 22 bougies, entourée des rires et sourires chaleureux de ses amis. La soirée finit par battre son plein, entre musique et jeux préparés par Charly pour ce qui était de la PS4 de Tallulah, et jeux à gages pour Rosalya et sa manie de pimenter un peu leurs soirées groupées.
Depuis quelques temps maintenant, Tallulah semblait enfin profiter d'un semblant de bonheur et de sérénité. Pourtant...Un malaise persistait.
Si tous profitaient des uns et des autres bien qu'il arrivait que certains petits groupes se créaient, deux personnes ne cessaient de soigneusement s'éviter. Et personne n'osait le leur faire remarquer. Et indéniablement, au sein même de cette communauté joyeuse et festive, cela se faisait sentir et certains regards soucieux leurs étaient adressés. Des regards, auxquels Rayan et Tallulah répondaient par un sourire bienveillant.
-C'est pour qui le prochain ? On finit les cours avec quel anniversaire ? demanda Chani, blottie contre Charly sur le canapé. Ils se partageaient une assiette de choux à la crème qui ornaient le gâteau de Priya.
-Le prochain c'est Alex' si je ne me trompe pas ? souligna Castiel qui avait ramené sa guitare pour l'occasion. Il grattait sur les cordes quelques ballades qui remplacèrent rapidement la clé USB de Tallulah sur son enceinte qu'elle éteignit.
-C'est quand ? demanda Camille, assis sur l'accoudoir du canapé.
-Le 7 Juin, précisa Morgan. Alexy vint lui murmurer quelques mots et le compositeur sourit: Bah quand même, je le sais ça ! rit-il.
-Ah donc la prochaine c'est plutôt Kelly, fit remarquer Tallulah: Le 17 Mai, c'est ça ?
La surfeuse opina du chef, une petite cuillère dans le bec qu'elle retira dans un bruit humide.
-T'as bonne mémoire !
-Pour les dates d'anniversaire oui.
Camille gloussa.
-Si seulement ça pouvait être pareil pour l'Histographie !
Le rugbyman se reçut une tape sur l'épaule, sous les rires amusés des autres.
-Rassure-nous Rayan, elle retient mieux les dates pour les ouvres et courants artistiques ?
Le brun, qui discutait avec Hyun, lança un regard curieux à Castiel avant de le poser sur Tallulah qui évitait son regard, le menton reposé sur l'épaule de Camille qui jouait à la console avec Priya, qui, d'une oreille attentive, attendait la réponse.
-Bah, elle sait se rattraper ailleurs, provoqua-t-il, assurément taquin.
Pouffant avec incrédulité, Tallulah ne put s'empêcher de le fusiller du coin de l'œil. Rayan fit mine de boire une gorgée de champagne, mais ses yeux anis ne se détournèrent pas d'elle. Rosalya, qui commençait à fatiguer, demanda à sa meilleure amie si elle pouvait emprunter sa chambre pour quelques instants.
-Bien sûr ma puce ! s'exclama Tallulah qui avait assurée avec Chani, que ceux qui ne pourraient pas rentrer pouvaient rester sur place. Et avec les marches qu'avaient déjà montées Rosalya, Tallulah avait préféré que son amie reste avec elle pour la nuit.
Tallulah déplia son lit escamotable et le prépara avec Rosalya qui la remercia une nouvelle fois.
-Mais de rien, Rosa. J'espère bien que tu feras pareil quand ça m'arrivera ! rit-elle.
-Quand ça t'arrivera ? répéta l'argentée avec une pointe d'amusement dans la voix: D'habitude, t'es plutôt du genre à dire «si ça m'arrive». Qu'est-ce qui a changé ?
Touchée par la perspicacité de sa meilleure amie, Tallulah se pinça les lèvres et finit par s'asseoir sur le bord du lit, en tailleur avec un oreiller entre les bras. Rosa alla fermer la porte et décida de retirer son pantalon et resta simplement en chemise sur le lit.
-Ce ventre que ça te fait, sourit tendrement Tallulah.
-Un dromadaire ! gloussa Rosa.
-Il aurait fallu que tu l'aies dans le dos, mais oui c'est ça ! rajouta son amie.
-Dans le dos ? Haha, il serait sortit par où...?
-Aaah, stop non !
Hébétées par leurs âneries, les deux jeunes femmes se reprirent un peu avant de poursuivre.
-On y avait songé avec Rayan, avoua simplement Tallulah qui triturait les plis du coussin: C'est sûrement ça qui a changé dans ma vision de l'avenir.
-Tu te vois être Maman ?
Son amie hocha timidement la tête avant de croiser avec sérieux ses yeux d'or.
-Tu te vois simplement être Maman ? Ou bien tu te vois être Maman avec lui ?
Tallulah fronça les sourcils avec incompréhension.
-Je veux dire par là, qu'il y a une différence entre vouloir un enfant, et le vouloir avec quelqu'un en particulier. Je prends mon cas avec ma grossesse plus ou moins imprévue. Je sais...qu'au fond de moi, ce qui m'a aidée à prendre si «bien» cette surprise, c'est parce que je sais qu'il est de Leigh et qu'ensemble nous avions également déjà parlé d'avenir après mes études et de famille. (Elle haussa une épaule) C'est juste qu'un de tous nos projets est survenu plus tôt que prévu ! Mais voilà... je sais que je n'aurais pas accepté cette grossesse juste pour être Maman. D'autres femmes acceptent leur grossesse pour bon nombre de raisons. Mais dans ton cas, il n'y a pas si longtemps, lorsqu'on en parlait, tu précisais constamment «si» lorsqu'on te disait «quand» car tu savais que ce n'était pas systématique d'être parent. Ce n'est pas d'ordre naturel d'éduquer un enfant et il faut avant tout le vouloir avant de savoir qu'un jour, on sera parent. (Elle sourit en posant une main sur son ventre rebondi) J'ai vraiment saisi ça grâce à lui... Des personnes vivront bien plus heureux sans enfant, tandis que d'autres, ne voient leur vie accomplie qu'en ayant procrées ou adoptées une descendance.
Tallulah resta muette à l'écoute de son amie et finit par se perdre dans ses songes. Vouloir un enfant...oui, mais pourquoi ? Comme l'eut fait remarquer Rosalya, cela ne faisait pas si longtemps que la jeune femme réalisa vouloir des enfants dans un futur certain. Bien qu'elle ne se savait pas encore prête pour un tel événement, Tallulah avait vu croître en elle, le désir de porter dans ses bras un être qu'elle verrait grandir au sein même de sa vie. Pourtant, lorsqu'elle fermait les yeux, elle ne se voyait pas seule... une silhouette qui marchait aux côtés de cet enfant qu'elle ne pouvait que s'imaginer, apparaissait sous ses paupières.
Secouant la tête, elle réalisa que ce désir d'être parent s'accompagnait de l'amour qu'elle portait encore à l'encontre de Rayan.
-Tu crois... que je serais encore à même de désirer un enfant le jour où j'aurais tourné la page ?
Peinée d'entendre de tels mots, Rosalya porta une main derrière la tête de son amie à qui elle caressa les cheveux maintenant courts.
-Tu penses y arriver cette fois encore ? se soucia-t-elle.
Et avec la plus grande honnêteté, Tallulah répondit:
-Je ne sais pas. Si c'est le cas, ça ne se fera pas du jour au lendemain, surtout en vivant si proches l'un de l'autre.
Ayant peur de comprendre, Rosalya tressaillit et cligna des yeux, sceptique. Elle est partie une fois... Tallulah lui parla enfin du concours auquel elle finit par s'inscrire dans le courant de la semaine par le biais d'Aria, qui l'accueillerait pour un temps au Québec.
-Elle a des relations, je devrais avoir une validation d'inscription et ma convocation sous peu, termina-t-elle.
Rosalya aurait sûrement dû la féliciter de la voir enfin sûre de la voie à suivre après son Master. Pourtant... cela lui rappela amèrement ce soir, où elle l'avait invitée avec Alexy pour lui annoncer que ses parents déménageaient et, qu'encore mineure à cette époque, elle ne put faire autrement que de les suivre. Elle n'a tellement pas envie de partir... souligna-t-elle en son for intérieur. D'un geste, elle fit reposer la tête de Tallulah sur ses cuisses nues, et continua de caresser ses cheveux. Le visage niché contre le ventre plein de vie de son amie, la jeune femme se laissa aller à un court repos et un moment de réconfort.
-Tu pars pour l'aider lui ? osa demander la future Maman.
Mais Tallulah réfuta ses paroles.
-Non, cette fois je veux m'aider moi...j'en ai suffisamment fait pour lui, pour nous deux.
Maintenant qu'on me laisse soigner mon cœur...
Derrière la porte, Hyun, qui avait été envoyé pour apporter un rafraîchissement à Rosalya, revint, son verre en main, la mine déconfite. Elle va partir...?
-Hé, t'as pas apporté son verre à Rosa ? souligna Alexy qui le vit revenir au salon.
Debout au milieu de la pièce, devant l'écran de la télé où jouaient Camille et Priya qui rouspétaient contre le serveur, ce dernier finit par s'adresser à Rayan, la voix lointaine et l'incrédulité visible dans son regard.
-Tu le savais ?
Confus, l'enseignant l'interrogea du regard.
-Tallulah va vraiment passer un concours d'entrée dans une école québécoise ?
-Hein ? souffla Castiel qui fit crisser une fausse note à travers l'ampli sur laquelle s'était assise Kelly pour discuter avec lui.
Un silence plat vint alourdir l'atmosphère et Camille et Priya se regardèrent, soucieux, avant de poser leurs manettes au sol et demander à Hyun d'où il tenait ça.
-Tallulah et Rosalya en parlaient...je viens de les entendre.
-Hyun, t'as pas à écouter aux portes, gronda Morgan.
-Je m'en moque ! s'écria le brun qui serra le verre plus fort dans sa main: Tu étais au courant ou pas !? répéta-t-il à l'intention de Rayan.
Leigh vint à son tour poser son regard, un brin anxieux, sur son ami qui finit par opiner gravement.
-Son dossier est complet. Elle a ma lettre de soutien, elle n'a plus qu'à passer le concours et de recevoir ses résultats aux prochains partiels.
Un rire nerveux se fit entendre.
-Alors quoi ? Elle va partir ? fit Kelly qui se montra subitement nerveuse.
-Kell... l'appela doucement Camille.
-Tais-toi ! (elle adressa un regard plein de reproches à Chani) T'étais au courant ?
La jeune femme aux mèches roses voulut rétorquer mais sa gorge resta nouée.
-Ça veut tout dire, pesta la surfeuse: Tu parles d'une amie.
-C'est pour ses études ! reprit Rayan: Tu ne vas quand même pas lui en vouloir de construire son avenir !
-Tu peux parler ! gronda Chani qui ne put, cette fois-ci, se retenir de le rembarrer: Je me souviens encore de ta crise de l'autre jour !
-C'est différent, elle me mettait dans une situation délicate, le délais était quand même court ! se défendit-il, peu sûr de lui.
-La belle affaire, t'es «Monsieur excuses» toi...
-On s'en fiche de ça ! les interrompit Kelly qui avait tapé son poing contre l'ampli: Tallulah peut partir faire sa vie en Hongrie, c'est son avenir ! Mais qu'elle nous en parle, merde quoi ! On compte pour elle ou pas du tout !? Et toi ! (elle regarda Chani) Tu comptais nous en parler quand !? Je parie que Charly le savait...
-Kelly, baisse d'un ton ! Ce n'était pas à Chani de nous en parler, répondit Charly qui, aussi rare fut-ce t-il, sentit la colère monter en lui: mais ça me paraît normal qu'elle soit la première au courant.
-Pas moi, intervint Alexy. (Il secoua la tête) désolé, mais pour le coup je suis d'accord avec Kelly.
-Chéri...
-Non Morgan ! Elle comptait nous en parler quand ?
-Quand elle aurait eu sa convocation sûrement, pesta Rayan.
Hyun fulmina. Fonçant droit sur son aîné, il en fit tomber le verre qui s'éclata au sol avant d'attraper le col de l'autre qu'il plaqua contre le mur. Des cris de stupeur et d'alerte s'élevèrent. Peu prompt à se laisser malmener, Rayan alla répliquer mais Leigh lui enserra les épaules après avoir passé ses mains sous ses aisselles et le tira en arrière. Castiel en fit de même avec Hyun.
Alertées par l'agitation, Rosalya et Tallulah accoururent pour voir ce qu'il se passait. Face à la scène, l'argentée prit peur pour son compagnon qu'elle voulut rejoindre mais ce dernier cria:
-ROSA N'APPROCHE PAS !
Tallulah quant à elle, courut vers eux sans voir les morceaux de verres au sol sur lesquels elle marcha, pieds-nus, et aspergea de jus de fruits les deux hommes en furie. Entre le cri de Leigh et la douche fruitée qu'ils prirent, Hyun et Rayan finirent par se calmer et tous deux se dégagèrent de l'emprise de leurs gardes-fous.
-Ça va aller mec, assura Castiel qui tapota amicalement l'épaule du serveur qui essuya son visage avec la manche de son pull.
Tremblante, Tallulah demanda à ce qu'on lui explique ce qu'il se passait. Ce fut Kelly qui parla la première.
-Si tu nous avais parlé, tout ça ne serait pas arrivé.
-Pardon ? s'offusqua la brune qui voulut se retourner pour faire face à Kelly, mais son pied blessé la fit chanceler.
D'un bras autour de sa taille, Rayan la retint. Il la fit s'asseoir sur une chaise avant de se mettre à genoux devant elle pour examiner sa plaie.
-Attends, laisse ça ! fit Tallulah qui tenait à comprendre: Si j'avais parlé de quoi ? Je n'aime pas beaucoup qu'on vienne me pointer d'un doigt accusateur sans justification !
-C'est vrai, elle était avec moi dans la chambre, s'exclama Rosalya qui se tenait toujours en chemise et culotte au milieu du salon, les bras croisés d'un air sévère contre sa poitrine.
-Tu comptais partir au Québec sans en parler à personne ? intervint enfin Hyun, le regard sombre voilé sous ses cheveux, plein de jus de fruit, collés contre son front et ses tempes. Les poings serrés contre son corps, il se tenait face à Tallulah qui ferma un instant les yeux, lassée.
-Alors c'est ça qui a provoqué tout ce chaos ? pouffa-t-elle: Pardon, mais vous faites pitiés...
-Si vous lui aviez laissé le temps elle vous en aurait parlé, renchérit Rosalya qui croisa le regard honteux d'Alexy: Elle vient juste de se confier à moi.
-Laisse tomber Rosa... faut bien un fautif, et c'est tombé sur moi. Mais ça encore, je m'en contrefiche. Qu'ils me fassent des reproches s'ils en ont tant sur la patate. En revanche...(elle serra les dents) Vous me dégoûtez d'avoir choisi l'anniversaire de Priya pour ça.
Tous tressaillirent... Ayant oublié la jeune indienne toujours assise sur le canapé à côté de Camille, elle s'était remise à jouer sans faire attention aux autres, une fois que le ton eut pris un débit trop agressif pour intervenir. Marchant sur la pointe de son pied blessé, Tallulah s'avança jusqu'à Priya qui avait rageusement essuyé ses joues humides.
-S'il te plaît...pardonne-moi, ça n'avait pas lieu de tourner ainsi...
-Je ne t'en veux pas, murmura son amie aux yeux turquoise: Mais je vais rentrer au dortoir maintenant.
Alexy voulut la retenir, mais l'étudiante en droit avait déjà claqué la porte. Morgan la rattrapa, suivit de Castiel. Un long silence s'installa avant que Tallulah n'aille ramasser les bouts de verres sur son parquet. Rayan se pencha pour l'aider, et sans un mot ils nettoyèrent les débris. Après quoi, elle demanda à Chani ce qu'elle voulait faire...
Bien trop épuisée par toute cette agitation, la jeune femme lui dit qu'elle irait dormir chez Charly qui se retrouvait sans colocataire pour le week-end et que Tallulah avait le champ libre de prendre la décision de laisser qui elle voulait dormir ici.
Dans l'embarras du moment, l'appartement finit par se vider. Kelly fut la première à partir sans saluer personne, bien que Castiel eut cherché à la retenir une fois revenu récupérer ses propres affaires. Tallulah les laissa s'en aller et se réfugia dans la salle de bain où elle voulut soigner son pied endolori.
-Fait chier...pesta-t-elle, assise au bord de la baignoire, les pieds à l'intérieur de la cuve.
Maladroitement, l'on vint toquer à la porte.
-Tes clés sont dans boîte sur le meuble à l'entrée Ni-ni, prévint-elle en pensant qu'il s'agissait de son amie qui avait perdu son double.
-Chani est déjà partie avec Charly et Camille, fit timidement Rayan qui passait sa tête dans l'entrebâillement de la porte.
L'air sincèrement affligé, il croisa les yeux vairons de sa cadette qui ne lui adressa pas un mot, que ce soit avant ou après qu'il ne la rejoigne dans la salle de bain. Retirant ses chaussettes et après avoir remonté les jambières de son leggings, le brun s'installa dans la baignoire, en tailleur, face à Tallulah qui soignait son pied. Délicatement, il lui prit les compresses des mains et s'en chargea à sa place. Fatiguée des conflits, elle ne le repoussa pas. Mais ne le remercia pas non plus, encore trop remontée contre lui et les autres.
Ce mutisme si sévère...Ce n'était pas la première fois qu'il y était confronté. Et Rayan se sentait toujours nerveux face à ce faux calme. Cette façon, qu'eux tous avaient eu besoin d'exprimer leur contrariété en criant, tout à l'heure. Tandis qu'il lui eut suffi de leur dire qu'ils lui faisaient pitié pour tous les descendre.
-Je te demande pardon...
-C'est à Priya que vous devez des excuses, rétorqua-t-elle du tac au tac.
Mais il réfuta ses mots.
-A toi aussi. Et à Chani...Nous n'avions pas à agir de la sorte chez vous.
-Hyun a beaucoup bu ?
-Un peu..., la prochaine fois on-
-La prochaine fois vous ferez la fête sans moi. Je n'étais déjà pas pour qu'on se retrouve tous les deux dans la même soirée et ce soir mes craintes se sont révélées justes.
Nettoyant encore la plaie, Rayan prit une nouvelle compresse qu'il plaça sous la voûte plantaire avant de venir l'enrouler d'un bandage.
-Pourquoi...? On n'y est pour rien.
-Tu ne feras croire ça à personne, et surtout pas à moi. Si je n'avais pas été là, j'aurais parlé de mon concours à Rosalya une autre fois, et toi tu-
-Hyun s'en serait tout de même pris à moi. Il serait venu me voir, ou m'aurait appelé...
-Pourquoi a-t-il fait ça ? s'épuisa à demander Tallulah dont la gorge commençait à se serrer, levant une main expressive dans le vide, qui retomba lourdement contre sa cuisse.
Libérant un soupir, Rayan finit de nouer le bandage, s'assura qu'il tenait, avant de laisser tomber sa tête contre le genoux de sa cadette qui baissa le regard sur sa chevelure bouclée et pleine de jus de fruits.
-Le cœur des hommes est tout aussi complexe que celui des femmes, crois-moi.
-Cela ne justifie pas d'avoir ainsi gâché la soirée d'une amie... Vous appréciez pourtant tous deux Priya, et elle vous aime aussi, alors pourquoi lui avoir fait ça ?
Ne sachant quoi répondre d'autre, Rayan s'excusa une fois de plus. Ils restèrent un moment ainsi, jusqu'à ce que Tallulah demande à son aîné de lui montrer sa main gauche. Confus, il l'interrogea en silence et elle finit par lui prendre la main.
-Je t'ai vu te couper en ramassant les morceaux de verre, dit-elle: Fais voir.
Un peu gêné, Rayan ne broncha pas et se laissa faire. Ce n'était pas sérieux, mais au moins, la plaie à son annulaire fut pansée. II sourit en coin, et se remémora avec une pointe d'amertume leur échange dans sa salle de bain, il y a de cela quelques semaines. «Laisse-moi te faire la demande ! Comme Christine !»
Rayan se mit subitement à ricaner.
-T'es ivre ? demanda Tallulah qui fronça les sourcils.
-Haha, si tu savais ! s'amusa-t-il avant de reprendre, un sourire tendre sur les lèvres: Hé, mon frère a passé un week-end chez moi.
Après avoir eu un geste de recul, Tallulah se rassit confortablement et croisa les jambes tout en évitant de cogner le brun.
-Je sais, dit-elle en replaçant une mèche derrière son oreille: Léon m'en a parlé.
-Léon ? (il gloussa) A quel point êtes-vous proches tous les deux ?
Tallulah ne fit que sourire tandis que Rayan vint s'asseoir sur l'autre versant de la baignoire. Ils s'étaient presque mis à chuchoter, comme pour atténuer l'écho de leurs voix entre les parois de la salle de bain.
-Cela faisait longtemps que vous n'aviez pas réellement passé du temps ensemble, pas vrai ?
-En effet, sourit Rayan: Et bien que je n'ai pas tous les détails...je tends à croire que tu y es pour beaucoup.
-C'est faux, la décision appartenait à Dimitri de venir te parler ou non.
-Mais tu l'y as aidé... (Il croisa son regard, le menton posé dans sa main, accoudé à sa cuisse) Merci pour tout.
Soudain, la porte s'ouvrit à la volée sur une Rosalya toujours en chemise et culotte.
-Ah t'es là ! Leigh te cherchait et pensait que tu étais déjà parti.
-Non, mais je ne vais pas tarder.
Sans qu'elle ne puisse se contrôler, Tallulah s'enquit de le retenir par la main. Surpris, Rayan, qui s'était mis debout dans la baignoire, posa son regard interloqué sur sa cadette qui vira au rouge pivoine. Aussitôt, la jeune femme retira sa main.
-S-si tu veux, le canapé est dispo... T'as bu.
-Je plaisantais quand je disais que j'étais ivre, gloussa Rayan: Mais merci.
Sans arrière pensée, il se pencha et embrassa sa joue d'une caresse du bout des lèvres pour la saluer. Une main sur la hanche, Rosalya se décala pour le laisser sortir de la pièce mais resta avec son amie qui effleurait d'un doigt l'endroit qu'eut embrassé leur aîné.
-Oh, Tallulah... murmura avec peine l'argentée qui sentit son cœur se serrer face à la mine éperdue qu'arborait sa meilleure amie.
Le week-end passa, et tous s'étaient excusés auprès de Priya qui, sans prendre ses distances, leur avait tout de même fait comprendre que sa soirée avait été allègrement douloureuse pour elle. Néanmoins, elle n'avait pas fait porter la faute à Tallulah, comme Kelly et Alexy persistaient encore à croire au détriment de la bonne ambiance du groupe. Rosalya tenta d'apaiser Alexy qui avait souhaité être mis dans la confidence plus tôt et différemment que par l'indiscrétion de Hyun...
Une indiscrétion que le serveur avait du mal à se faire pardonner par sa collègue... Après avoir présenté ses excuses à Priya, il voulut en faire à Tallulah. Mais après avoir reçu des accusations pour ne pas avoir confiés plus tôt à ses amis ses projets d'avenirs et le fait de potentiellement devoir quitter le pays, la jeune femme avait bien du mal à se montrer conciliante. Et cela en pâtissait sur le dynamisme de leur duo au café.
-Tu veux que je t'aide ? glissa Hyun qui voyait Tallulah essuyer des tasses au comptoir.
Ils étaient Lundi et le café avait tout de même ouvert ses portes pour Pâques. Tallulah était sur le point de terminer ses heures et s'atteler à nettoyer les tasses laissées sur le comptoir par ses derniers clients.
-Pas besoin d'être deux au comptoir, il y a une table à essuyer, regarde.
-O-oui...
Une boule à l'estomac, Hyun s'en alla s'occuper de la dite table vide à essuyer. Ce n'est pas seulement avoir la dent dure à ce stade...elle m'en veut, se dit-il avec une peine visible sur le visage. Je reconnais avoir été maladroit et impulsif... se fit-il remarquer. Mais va-t-elle m'en vouloir encore longtemps ?
Le reste du service de Tallulah passa et elle prévint son collègue qu'elle rassemblait ses affaires et s'apprêtait à rentrer chez elle. Claquant une bise rapide -pour la politesse- à Hyun, Tallulah endossa sa veste denim, salua le reste des clients traça son chemin jusqu'à chez elle.
Confus, le jeune homme resta figé face à la porte par laquelle venait de sortir son amie.
-Bah alors mon grand, il y a de l'orage dans l'air ?
Les trois papys déjà à leurs places habituelles au comptoir, virent bien, à travers l'air soucieux qu'arborait Hyun, qu'il se tramait quelque chose entre lui et la jeune femme partie. Le brun soupira en essuyant le fond de son verre.
-J'ai été tellement idiot... marmonna-t-il en se penchant pour sortir un torchon plus sec que celui qu'il utilisait depuis un moment.
La clochette signalant la venue d'un client retentit. Manquant d'entrain, Hyun salua l'homme et haussa les sourcils avec stupeur après avoir croisé les yeux anis de son client.
-Hé ! Ce serait-y pas notre Roméo ? s'enjoua l'un des papys qui fit signe à Rayan, qui retirait son blazer, de s'asseoir à côté d'eux.
-Bonsoir, sourit-il: Oh, Roméo a du mal à grimper au balcon de sa Juliette ces jours-ci, rit-il, jaune.
-On se disait aussi qu'on te voyait moins souvent... ça va pas ? T'as été voir ailleurs ?
Hyun et Rayan eurent un écho: «Mais ça va pas de dire ça!?» Après quoi, les deux hommes se regardèrent, circonspects, avant de pouffer nerveusement, accompagnés des rires moqueurs des trois papys.
-Puis pourquoi ce serait forcément lui, hein ? S'il était nul au pieu, elle aurait pu aller voir ailleurs la petite !
Prenant un coup en plein cœur, Rayan laissa tomber sa tête entre ses épaules tendues, accoudé au comptoir.
-Roh, on dit pas des choses comme ça, Dédé ! gronda l'un des trois.
Préférant laisser les trois compères dans leur délire, Rayan commanda à Hyun un Whisky sans glace.
-La boisson des cœurs brisés, souligna le jeune homme d'un air compatissant.
-Au moins, oui... rétorqua simplement Rayan en haussant les sourcils, le regard perdu dans le lointain de ses pensées.
Un silence s'immisça entre eux deux, entrecoupé par le léger brouhaha des clients qui mangeaient ou buvaient dans la salle et sur la terrasse. Les beaux arrivaient, et il avait beau être plutôt tard, le soleil couchant rougeoyaient encore un brin entre les immeubles. Mais les premières étoiles étaient tout de même visible sur la voûte crépusculaire.
On n'a pas pris le temps de se parler depuis Samedi... se dit Hyun qui fit glisser le verre sous le nez de Rayan, sans pour autant le lâcher des mains. Intrigué, l'aîné leva un sourcil et posa son regard interrogateur sur son cadet.
-J-je...(il se massa la nuque de sa main libre) Je te demande pardon pour Samedi.
-On va dire que tu n'étais pas frais...pouffa Rayan qui voulut prendre son verre mais les doigts de Hyun se crispèrent autour.
-Je ne cherche pas à me justifier de quoi que ce soit, Rayan. J'ai eu tort...c'est tout. Si j'agis souvent sous l'impulsivité je sais reconnaître quand j'ai mal agi. Priya a eu beau me pardonner, j'ai vu dans son regard qu'elle était toujours blessée par la tournure qu'a pris sa soirée d'anniversaire, et je ne peux que la comprendre !
Il desserra ses doigts et libéra le verre.
-Et je n'ai pas envie de rester fâcher avec toi... Je sais que ç'a été tendu entre nous il y a des mois de cela maintenant et en quelque sorte, tant que j'éprouverai ces sentiments pour Tallulah, cela sera toujours ainsi. Pourtant...(il se pinça les lèvres) Pourtant, je t'apprécie et...
Après avoir avalé une gorgée de son breuvage qui réchauffa sa gorge, Rayan reprit pour lui, d'un air posé qui décontenança Hyun.
-Et tu t'es senti trahi parce que j'avais gardé sous silence les projets de Tallulah.
-C'était pourtant normal que tu le fasses, murmura Hyun, les poings serrés le long de son corps, le torchon noué autour d'une main.
-D'un point de vue éthique et professionnel, oui, car Tallulah est ma collaboratrice de recherches et mon élève. Mais d'un point de vue relationnel et amical, sur la confiance que nous éprouvons l'un envers l'autre, il aurait été aussi normal que je t'en parle. Tallulah ne m'avait même pas interdit de le partager aux autres qui plus est, et je pensais même que Rosa et Alex avaient été déjà mis au courant.
Hyun secoua la tête, confus.
-Elle recommence...à mettre de la distance entre nous tous. Et le pire, c'est qu'elle ne m'adresse plus la parole, si ce n'est que pour le boulot. Je suis le pire...
-Ne te méprends pas, au fond, je suis persuadée qu'elle veut te pardonner, mais tu lui as facilité la tâche.
Le plus jeune voulut demander de quoi il faisait allusion, mais des clientes les interrompirent pour payer leur addition. Hyun jeta un regard en coin à son ami tout en s'occupant des clientes puis revint vers lui. Les papys avaient fini par mêler Rayan dans leur fabuleux débat au sujet du nouveau langage que les réseaux sociaux avaient fini par déployer au sein de la nouvelle génération médiatique.
-Mon petit fils me sort des «ache tague» à toutes les sauces, c'est quoi ça ?
-T'es plus dans le coup Dédé. Les hashtags c'est comme une étiquette, ça précise le ou les sujets qui concernent le document!
-Le document...pfeuh, t'es pas plus dans le coup que lui ! On dit un «post» une «story» !
-Oh, moi tu sais...
-Hashtahg-onestvieux ! rit son comparse.
Finalement, la soirée se termina et Rayan raccompagna Hyun jusqu'au Campus. Malgré l'indéniable tension du Samedi, la situation semblait avoir retrouvée son calme, bien que l'attitude de Tallulah noircissait le tableau.
En chemin, Hyun trouva le courage de poser la question qui le tarauda plus tôt.
-Dis-moi, a quoi tu pensais tout à l'heure ?
Rayan lâcha un petit grognement curieux et son cadet s'expliqua:
-Tu as dit que j'avais facilité le travail à Tallulah, tu faisais allusion à quoi ?
Comprenant, l'enseignant plongea nonchalamment les mains dans les poches de son pantalon, surélevant les pans de son blazer, sa mallette sous le coude, et répondit, le nez levé vers les étoiles. Les regarde-t-elle aussi ? Leurs pas résonnaient dans le désert nocturne de la rue.
-Comme tu dis, Tallulah s'éloigne à nouveau de tout le monde et ça, je sais qu'elle a commencé à le faire pour moi, pour ne pas me créer de problème. (Il soupira) De même pour notre rupture, c'est pour moi qu'elle a pris cette décision, car elle savait que je ne voudrais pas céder à la pression.
-J'avais plus ou moins compris, oui..., se dit Hyun en se souvenant dans l'état il eut trouvé sa collègue dans les cuisines de leur lieu de travail, le lendemain de leur rupture.
Encore aujourd'hui...hier...les jours d'avant... Je la vois rester en cuisine, seule, pour s'occuper du nettoyage même quand ce n'est pas son tour, songea Hyun. Elle veut être seule...
-Mais maintenant que vous avez rompu, ça n'a aucun sens de partir si loin, d'autant plus que ça ne serait que pour la rentrée. Si elle s'était trouvé un stage dans une grande ville, à Paris ou Bordeaux, elle aurait pu t'éviter sans-
-Je ne suis pas certain que ce soit pour moi qu'elle quitte le pays. Cela ne rimerait à rien de s'éloigner de tout le monde comme le fait maintenant, juste pour moi, l'interrompit Rayan qui avait stoppé sa marche alors qu'ils étaient arrivés devant le portail d'Anteros.
-Je viens de me rendre compte que tu avais ta mallette alors que c'est un jour férié aujourd'hui. Tu as eu une réunion ?
-Pas du tout, mais je ne parvenais pas à faire grand chose chez moi, alors je suis venu au labo.
Des étudiants qui revenaient de la gare avec leurs valises en main, les virent se parler devant la cour. Mais les deux hommes n'en eurent cure. Ayant suffisamment tourné autour du pot, Rayan reprit:
-Cette fois, si Tallulah a pris la décision de partir, c'est bien pour elle. Il ferma les yeux un instant avant de les rouvrir sur le croissant de lune.
-Pour elle ? Pour ses projets tu veux dire.
-Non, pour elle, assura-t-il: Tallulah avait déjà trouvé une formation à faire dans cette ville, une MANAA à Sweet Amoris, notre ancien Lycée à elle et moi. Elle ne voulait justement pas partir trop loin, autant par rapport à notre couple que pour vous tous. Alors, imagine un peu quel choc j'ai reçu quand j'ai su qu'elle avait pris cette si rapide décision à quitter la France alors qu'elle avait tout à porter de main autour d'elle. (Il plissa les yeux, comme pour percer la lune de son regard) Non, cette fois elle est fatiguée...
-Alors quoi ? Après avoir tout endossé dans son coin, elle fuit !? gronda Hyun, les dents serrées.
-Ne le prends pas comme ça, on dirait que tu l'accuses. Toi, tout ce que tu vois, c'est la même chose que moi le jour où elle m'a annoncé sa décision. Tu ne vois que ta peine à toi par son geste à elle.
Et entre temps...songea-t-il en pensant à son frère:Entre temps, j'ai fini par comprendre.
-A rester trop près des gens qu'on aime il est parfois difficile de soigner notre propre mal car on ne se préoccupe uniquement de celles des autres. Et le jour où ça devient trop pénible, certaines décisions sont nécessaires.
-Mais ce n'est pas ce qu'elle veut ! s'époumona presque le plus jeune au point d'en tressauter l'enseignant chercheur à ses côtés qui vint croiser son regard, hébété: Elle n'a jamais voulu ça, jamais !
Crispé, ses bras tremblaient tout comme sa voix, tant les émotions implosaient en lui. Frustration, jalousie, envie, déception, colère et désespoir. Hyun craqua.
-T'as eu ce que j'ai toujours voulu, Rayan ! Vous vous êtes tant battus tous les deux pour pouvoir être ensemble, c'est quoi cette acceptation soudaine de votre situation ? A vous deux, vous aviez tout changé, vous aviez tant établi ! Alors quoi, elle va partir et vous allez redevenir de parfaits étrangers ? Cela te convient vraiment ?
-Je ne vais pas la harceler non plus, Hyun. Je ne peux pas m'interposer dans sa décision, il s'agit tout de même de ses projets d'avenir !
-Mais tu comptes la prendre quand ta décision, toi !? D'accord, elle fait ça pour elle, pour ses projets et sa peine, mais être loin de toi n'est pas ce qu'elle veut !
-Tu ne-
-C'est ce qu'elle m'a répondu quand je lui ai demandé ! Je sais parfaitement de quoi Je parle, Rayan ! hurla-t-il, le nez froncé et ses pupilles noires ancrées en celles de son amie qui eut un geste de recul.
Coi, Rayan papillonna confusément quelques secondes avant de secouer la tête.
-E-elle t'a répondu...? A toi, elle a répondu ?
«C'est ce que tu veux ?» n'eut de cesse de lui demander Rayan le soir de sa rupture avec Tallulah. Il eut retenté sa chance lors de leur dernière session de self-defense ensemble puis, lors de leur échange dans la classe dans laquelle ils s'étaient enfermés. Mais rien... jamais je n'eus de réponse...Leigh non plus...et les autres... Et là, devant lui, il eut le détenteur de la réponse qu'il désespérait d'obtenir.
Extatique, Rayan partit dans un fou rire nerveux qui lui fit monter les larmes aux yeux. Pourtant, autant il ressentait une sincère joie, autant il n'était pas sûr que ses larmes proviennent de ce même sentiment. Après tout... une pointe de soulagement et d'amertume vinrent s'y mêler.
De son côté, Hyun trouva presque douloureux d'écouter un rire si confus dans ses émotions. Pourtant, Rayan ne pouvait visiblement pas s'arrêter et lorsque les larmes vinrent rouler lentement sur ses joues, ce dernier cacha ses yeux sans pour autant s'arrêter de rire.
Lui aussi, était fatigué. Une décision à prendre ? se répéta Rayan sur le chemin du retour jusqu'à chez lui. C'est vrai ça... je n'avais pas à la laisser gérer toute seule. Et elle n'avait pas à tout contrôler dans son coin... se dit-il alors qu'il posait sa mallette dans son bureau.
-Mais que suis-je censé faire maintenant...? se demanda-t-il dans un murmure presque inaudible avant de se laisser tomber lourdement sur le canapé sous la fenêtre. A côté de lui, il sortit son planning de sa mallette: Mes conférences prennent fin à la mi-Mai...(Il ferma les yeux et laissa tomber sa tête en arrière) Elle a son concours...ce mois-ci. Sa soutenance en Juin... (Il rouvrit les yeux et se laissa éblouir par les spots plafonniers) Et alors ? Elle a décidé de partir de toute façon...
«Ce n'est pas ce qu'elle veut !» Les yeux se reposèrent sur son planning tandis que son esprit répéta en boucle une bonne partie de la nuit, cette réponse enfin reçue. Et il n'était pas le seul à en avoir obtenue une, de réponse...
De retour chez elle, Tallulah fut accueillit par son amie Chani qui ne travaillait pas le Lundi, Pâques ou non.
-Hé, pas trop dur ta journée ? lui demanda la jeune femme aux mèches roses qui s'était attelée à préparer leur dîner.
-Cela pouvait aller, bon, comme beaucoup ne travaillaient pas, il y a eu un peu plus de monde que prévu mais ça restait gérable, sourit Tallulah qui vint l'aider en cuisine: Tu nous fais quoi de bon ?
-Alors ! Avec Kelly, on s'est partagées des recettes et elle m'en a montrée une qui m'a l'air pas dégueulasse. «Brick aux courgettes et chèvre-miel !» s'enjoua Chani en agitant ses feuilles de brick. Une se brisa entre ses doigts: hop-là, on va arrêter les bêtises deux secondes...
-Haha ! (Tallulah se lava les mains et s'occupa des courgettes) oui, ça à l'air bon, sourit-elle, le regard soudainement nostalgique.
Le cœur serré, elle se remémora de sa première visite chez Rayan... de leur premier dîner en tête à tête qui suivit leurs précédents rendez-vous et qui célébrait sa sortie de l'hôpital. «Un riz pilaf aux courgettes, ça te dit ?» elle se souvint du gargouillement monstrueux sorti du ventre de Rayan «T'as ta réponse ?»
-Oui... murmura-t-elle: Ce sera très bon même...
Soucieuse par le timbre morne de son amie, Chani courba avec inquiétude ses sourcils et posa son regard sur elle, marquant une pose dans son geste tandis qu'elle voulait allumer le four. Puis, telle un flash l'éblouissant, elle sembla se rappeler:
-Au fait, tu as du courrier ! Deux lettres étaient à ton nom, je les ai posées sur Calcifer, dit-elle en faisant allusion à leur cheminée baptisée.
-Je termine de couper les courgettes et je vais zieuter ça, prévint-elle en souriant plus assurément.
Une fois sa tâche accomplie, Tallulah essuya ses mains, emmena le chiffon avec elle, qu'elle posa à la place des lettres qu'elle prit sur la cheminée. La première n'était qu'un relevé bancaire, l'autre, une réponse dont elle devenait impatiente d'avoir. Cela vient de Montréal ! souligna-t-elle en s'empressant d'ouvrir l'enveloppe avant de lire le contenu.
-Le Mardi 30 Avril... «convocation à votre concours d'entrée», lut-elle dans un murmure confus.
Ce ne fut qu'à travers l'envoie certaine de cette réponse, que Tallulah réalisa ce qui allait s'engranger dans les prochaines semaines. Je vais partir... Pourtant, elle le savait mieux que quiconque, puisque cela fut son choix. Aussi mûrement réfléchi, il semblait pourtant que ce choix ne fut réellement compris uniquement par ses proches et ce, bien avant qu'elle ne réalise le sens de cette décision. Elle avait fait ça pour elle, pour s'assurer la possibilité de tout recommencer en laissant derrière elle sa peine. Mais aujourd'hui... sa convocation sous les yeux avec le numéro de l'organisme qui l'aiderait à prépayer son billet pour pouvoir passer son concours en tant qu'étudiante, elle prenait conscience de la douleur qu'elle dut infliger à ses amis à travers ses cachotteries. Elle ne regrettait pas tant d'avoir gardé le silence, elle s'était faite promettre d'être forte pour avancer, mais elle ne pouvait que comprendre la colère de certains et certaines.
Elle songea à Hyun...Alexy...Kelly... Même si le premier s'était excusé, Tallulah se doutait bien de la souffrance qu'il devait ressentir encore. Tout comme les autres, ainsi que Camille, Rosalya, Charly, Castiel, Priya, Morgan, Leigh, Chani...
-Rayan...Mes parents...
Son menton se mit à trembler, et plus par fierté que par pudeur, Tallulah renifla un bon coup avant de ravaler ses larmes et d'aller déposer son courrier dans sa chambre. Elle prévint Chani qu'elle devait régler certaines choses non sans oublier de lui dire, qu'une de ses lettres était sa convocation.
Dans la cuisine, Chani faisait s'écouler un filet de miel sur le chèvre et surveillait les courgettes mises sur le feu par Tallulah. Amère, elle sourit, préférant être heureuse pour son amie que déçue de devoir se préparer à ne plus l'avoir dans cet appartement, auprès d'elle. Pourtant, lorsque son regard se laissa aller à observer les deux assiettes de sorties sur le bord du plan de travail, elle ne put s'empêcher de libérer un soupire affligée, en se disant que bientôt, elle n'aurait plus qu'une seule assiette à dresser.
Le jour d'après, tout le monde reprit le travail normalement et les cours ne semblaient que peu affectés par ce long week-end. Avec l'arrivée des examens et de la soutenance de Juin, personne ne semblait se reposer sur ses lauriers et l'acharnement était de mise.
Tallulah trouva tout de même un moment pour parler avec ses amis de sa convocation. Kelly semblait encore lui en vouloir de ne pas l'avoir mise plus tôt au courant de ses projets, et Tallulah n'insista pas plus. Castiel et la surfeuse avaient fini par s'en aller de leur côté, sous le regard parfois ahuri des fans du chanteur qui passait beaucoup de temps en sa compagnie.
-Dis, tu vas faire la gueule encore longtemps à Tal' ? pouffa-t-il en lui donna un coup de coude.
-Lâche-moi, maugréa-t-elle: Qu'est-ce que ça peut te faire de toute façon, toi ? lâcha Kelly en le reluquant de la tête aux pieds avec défiance.
-Tout doux la teigne, je suis venu en paix, haha ! J'essaie simplement de comprendre pourquoi tu t'entêtes à lui faire la gueule. Ok, moi non plus ça ne m'a pas fait plus plaisir que ça d'apprendre à quelques semaines près qu'elle allait passer un concours pour se tailler chez les loups et les grizzlis. Après le lycée déjà, elle avait 17 ans et ses parents choisissaient encore pour elle, mais, même avec parfois beaucoup de mal, Alexy, Rosa, Leigh, Priya et moi on a su maintenir notre amitié malgré la distance. (Il se massa la nuque) Bon, je dois avouer, qu'une fois ma carrière lancée j'avais bien plus de mal à lui rendre visite, mais on se donnait des nouvelles par Rosa et Leigh.
La blonde se passa une main dans ses cheveux courts avant de triturer nerveusement un de ses piercings.
-Mais c'était une époque où elle voulait garder contact elle aussi... je veux dire, le désir de maintenir l'amitié était réciproque, là, ce n'est pas l'impression qu'elle donne. Depuis des semaines, elle se renferme sur elle-même. Je sais que ces putains de conneries suite au Gala l'ont beaucoup touchées et...(elle baissa le ton) Et avec notre prof, c'est...
-C'est délicat oui. Alors, tu devrais comprendre que ce n'est pas facile pour elle non plus, tenta Castiel en glissant doucement sa main sur le poignet de son amie qui haussa curieusement les sourcils sur le geste.
Ils restèrent un moment ainsi, à observer la main de Castiel qui tenait le poignet de Kelly, sans pression et elle put mouver sa main de façon à tenir celle de son vis-à-vis. Tous deux se tenaient dans un coin à l'ombre, sur les marches, entre un pilier du perron et la façade du bâtiment d'Art.
-Et toi, à ta prochaine tournée, tu préviendras quelqu'un ?
-Tant que j'aurais des personnes à prévenir, évidemment, sourit Castiel avant de coller une pichenette sur le front de son amie: T'as un grand front.
-Je sais, et alors !? beugla la surfeuse qui retira sa main pour la coller sur son front pour le masser, non sans rougir, à la fois agacée et embarrassée.
-Non mais là, c'est plus un front, c'est un téléprompteur !
Riant aux éclats, le chanteur s'enfuit à toutes jambes pour éviter de se prendre un revers que menaçait de lui coller Kelly.
Dans la soirée, un peu avant de partir travailler au café, Tallulah se rendit en salle des professeurs afin de tenir au courant Rayan pour sa convocation. Elle aurait pu lui envoyer un mail, comme l'eut-elle fait si souvent ces dernières semaines, néanmoins, depuis leur échange de Samedi, un sentiment vint se mêler à ses dernières résolutions. Elle ne sut mettre le doigt dessus, mais pour l'heure, elle ne parvenait pas à faire semblant de tout officialiser par courriel, elle savait, qu'en tant que collaboratrice de recherches, une annonce orale serait plus polie mais aussi, juste un instant elle eut voulu le voir.
Cependant, arrivée en salle des professeurs, elle ne vit que deux enseignants, une qu'elle ne connaissait pas et l'autre, son professeur d'Architecture, Nathan Aros.
-Tiens, tiens ! Notre futur Québécoise, s'amusa-t-il en s'approchant d'elle: Alors, pas trop nerveuse ?
Bien que Tallulah ne fut pas au courant des révélations que Rayan eut faites à son collègue elle sentit une différence dans l'approche de ce dernier.
-Bonjour Monsieur, dit-elle et son aîné se reprit et la salua promptement: Je viens justement de recevoir ma convocation, je venais en parler à mon professeur principal mais il ne semble pas être là...
-Haha, oui. Monsieur Zaidi a encore des choses à peaufiner avant sa prochaine conférence le 3 Mai à Lyon.
Tallulah se souvint qu'il avait été également absent quelques jours la semaine dernière. Je ne lui ai même pas demandé comment ça s'était passé pour lui... se dit-elle presque à regret. Il doit croire que je m'en fiche...
Les lèvres pincées, la jeune femme eut une vague de tristesse dans ses yeux vairons. Il a tellement travaillé ces derniers-mois...
-Euh...tout va comme vous voulez ?
Tressautant, Tallulah sortit de sa transe et attrapa rapidement un bloc note dans son sac de cours. Elle arracha une page sur lequel étaient annotés quelques mots.
-Je vais simplement déposer ça dans son casier, tant pis, sourit-elle pour la façade avant de saluer les deux enseignants. Nathan voulut ajouter quelque chose mais la jeune femme trottait déjà loin dans le couloir.
Pris de cours, le professeur d'architecture se massa l'arrière du crâne tout en zieutant soucieusement le casier de son ami et collègue. Il décida de lui envoyer un message pour le prévenir de la visite de sa «dulcinée» comme il aimait le charrier. Au labo, dans son Bureau privé, Rayan haussa un sourcil sur son portable posé sur le coin de sa table qui vibra. Il mit de côté le bilan d'une expérience sociale qu'il relisait et ouvrit son message. «Ta dulcinée voulait te voir ! Cruel que tu es, tu l'as abandonnée à son triste sort, j'ai dû la réconforter» suivit d'un smiley qui faisait un clin d'œil.
Tiquant d'agacement, Rayan répondit «Tu sais, cela n'a rien d'un cliché, même si c'est mal vu, il y a encore des minorités en Chine qui pratique la cynophagie. Il y a même un festival annuel à Yulin où tout le monde là-bas mange du chien en buvant de l'alcool...J'ai toujours rêvé d'aller en Chine...Je dois toujours m'occuper de tes chiens en Août non...? »
Une réponse s'en suivit presque dans la seconde.
«Je déconne...elle t'a laissé un mot dans ton casier» suivit d'un smiley tête de chien et d'un cœur.
Un mot ? Rayan observa ses tas de feuilles qu'il lui restait à lire, puis revint sur son portable. Après un temps de réflexion, le brun lâcha un profond soupir et fourra ses dossiers dans sa mallette avant de quitter son bureau et rejoindre au pas de course sur les sentiers du Campus, la salle des professeurs.
Il était plutôt tard, pourtant, Nathan était encore là, assis sur le bord de fenêtre, les pieds dans le vide et une cigarette pincée entre les lèvres. Une volute de fumée se faisait emporter par la bise du soir, comme pour rejoindre le soleil couchant. Il fredonnait un air de Joe Dassin. En voyant son ami entrer, il chanta:
-«Et si tu n'existais pas~ J'essaierais d'inventer l'amour~ Comme un peintre qui voit sous ses doigts~ naître les couleurs du jour~ » Haha, alors on a quitté le labo ?
-Ferme-la, grogna Rayan non sans rougir alors qu'il se tenait devant son casier.
Le rire moqueur de son collègue l'irrita encore plus jusqu'à ce qu'il s'étouffe avec ses imbécillités, la clope au bec.
-Bien fait, c'est le bon Dieu qui t'a puni... (II prit la note posée sur un de ses manuels) «30 Avril à 10h, je passe mon concours»
Le 30 Avril...? Si tôt ? Réalisa Rayan dont le cœur rata un battement. C'est de l'organisation quand même... Il alla froisser la note lorsqu'il vit à travers la transparence du papier, des marques d'encre au dos. Quelle ne fut pas sa stupeur en découvrant un dernier message de nature bien moins informative. «Bon courage pour le 3 Mai - T »
Rayan sourit. Cela lui rappela le ticket de caisse trouvé dans la poche de son manteau, après la soirée au Bungalow. Tallulah lui eut donné son numéro de téléphone en signant par l'initiale de son prénom.
- «Voici, le SOS~ d'un terrien en détresse~» entendit-il juste à côté de lui.
-Mais t'as pas bientôt fini te payer ma tête !? bleugla Rayan qui fourra la note dans la poche de son blazer.
-Haha ! Aller je me rentre ! Et te perds pas en chemin, les sérénades sous les fenêtres c'est démodé.
D'un geste de la main, Nathan salua son ami et quitta la salle. Seul, et toujours posté devant son casier Rayan finit par étendre un sourire. Il savait que son ami faisait ça pour dédramatiser la situation, et c'était aussi une forme d'encouragement. Piquant, mais un encouragement quand même.
La main toujours dans la poche, il tritura le papier entre son pouce et son index, sans pouvoir contrôler son cœur touché, par la bienveillance de sa cadette. «Il serait peut-être temps que tu en prennes une de décision !» s'était exclamé Hyun.
-Que je prenne...une décision ?
«Le 30 Avril»
-Elle réussira son concours... (Il ferma les yeux) Et avec l'appui d'Aria, elle sera sûrement sélectionnée parmi les premiers étudiants.
A la fin de l'année... je ne la verrai plus. Son cœur rata un battement et il fut pris d'une bouffée de chaleur alors qu'il écarquillait les yeux. Je veux continuer à la voir...à lui parler. Même si cela n'était qu'en tant que professeur et étudiante, Rayan sut freiner son chagrin à chaque fois qu'il la voyait et débattait avec Tallulah en cours lorsqu'elle osait prendre la parole et lui, l'interroger. Rayan eut apprécié, de la savoir toujours active et intéressée par son cours. Il pouvait encore faire face... au froncement de son nez lorsqu'elle était concentrée dans sa prise de notes... Au tic qu'elle avait à toujours faire balader ses doigts sur sa clavicule lorsqu'elle était pensive... Au sourire en coin qu'elle offrait à Chani avec qui elle s'autorisait quelques bavardages.
Rayan pouvait encore la voir... pouvait encore échanger avec Tallulah.
Mais après ça...
Cela serait la fin de tout.
A suivre...
