[Petit mot d'avant lecture: Dans cette partie, une scène en chanson est intégrée :) Cela sera sur "Viens on s'aime" de Slimane ! Parfaite pour notre Tayan... :)

Les grandes explications arriveront toujours pour la troisième et dernière partie de ce chapitre (coupé pour être plus digeste haha)

Bonne lecture à vous tous !]


Le reste de la semaine se déroula calmement, mais tout en façade et sourires aimables les uns envers les autres. Tallulah avait réservé son billet d'avion pour prendre son envole le 29 Avril dans la matinée pour ne pas être trop dérangée par le décalage horaire.

Quand arriva le week-end précédant son départ pour Montréal, Tallulah prépara sans entrain sa valise. Aria, qu'elle eut par mails toute la semaine, lui suggéra de prendre un peu plus que nécessaire pour laisser quelques affaires chez elle lorsqu'elle serait auprès de l'autrice cet été. Néanmoins, voulant faire croire désirer jouer la carte de la sûreté, Tallulah lui expliqua qu'elle préférait attendre le résultat de son concours avant de précipiter son... prochain déménagement.

La fenêtre de sa chambre grande ouverte, laissant entrer le vent agréablement chaud qui faisait fébrilement danser ses rideaux et entendre le ronron du trafic, Tallulah était assise sur le bord de son lit, une photo en main. On l'a prise pour notre déménagement à Chani et moi... songea-t-elle en souriant face aux grimaces de toute la troupe qu'ils avaient réunie rien que pour elle deux, tous vautrés sur son lit escamotable à peine monté par son père et Rayan. C'est aussi ce jour-là, que je l'ai officiellement présenté comme étant mon petit-ami...

Et aujourd'hui elle n'avait toujours pas été capable de prévenir ses parents pour leur rupture. A chaque fois, depuis cette fameuse soirée désastreuse, que ses parents tentaient de prendre des nouvelles de Rayan, la jeune femme détournait les questions par une autre ou bien répondait simplement qu'ils étaient tous deux très pris par la fac. Évidemment, cela commençait à éveiller les soupçons, et Tallulah ignorait si c'était par réserve ou compréhension, mais ses parents n'insistaient jamais plus que de raison.

Lorsqu'on frappa à sa porte, elle glissa sa photo entre deux vêtements et autorisa Chani à entrer. Pourtant, ce fut une toute autre frimousse qui lui sourit.

-Camille !? S'étonna-t-elle avec plaisir: Que fais-tu ici ? Tu n'as pas un match aujourd'hui ?

-Si, mais pas avant 18h, assura-t-il avec son sourire habituelle: Chani m'a laissée entrer, je voulais te parler. Désolé, j'aurais sûrement dû t'envoyer un texto...?

-Tout va bien, entre, fit-elle en tapotant le bord de son lit pour qu'il la rejoigne: Alors, pas trop nerveux ?

-Nerveux ? Moi ? Haha, tu m'as pourtant déjà vu jouer non ! rit-il en se mettant en tailleur sur le lit de son amie: Je suis excité comme une puce. On a perdu contre eux l'an dernier et les qualifications nous sont passées sous le nez. Cette année...(Il leva un poing victorieux) c'est pour nous !

-Haha, désolée de ne pas pouvoir venir pour ce match-ci... J'ai déjà saoulé ma patronne pour qu'elle veuille bien m'accorder mon après-midi, mais ce soir je suis de fermeture.

Camille sourit avec bienveillance et secoua la tête, pour réfuter les paroles de son amie et lui assurer que ce n'était pas un souci. D'un signe concis du menton, il désigna la valise.

-En pleine organisation ? (Il lui fit un clin d'œil) Tâche de ne pas arriver en retard, ce serait con que tu rates l'avion !

-Hé ! rouspéta-t-elle en voulant lui coller une petite tape sur la cuisse mais le capitaine du club de rugby d'Antéros la retint, par réflexe.

-Loupé ! la taquina-t-il: Enfin... ce serait con que pour toi...reprit-il en rendant plus délicate son emprise sur le poignée de la jeune femme.

Cette dernière haussa un sourcil curieux, avant de retomber dans la nostalgie de leur jeu malicieux et un brin tendancieux au beau milieu des cours, au réfectoire, au salon du dortoir avant qu'elle ne déménage... Jusqu'à ce que son cœur comme son corps ne réponde plus que pour ceux de Rayan. Comme maintenant... non, elle n'avait pas oublié ses frissons qu'eurent procurés les discrètes caresses de Camille. Ses mains douces... ses doigts fins... les envies qu'il eut fait monter en elle par moment et qu'ils n'eurent jamais oser assouvir.

Et aujourd'hui, ils le sentirent tous deux, plus aucune malice de ce genre ne subsistait entre eux. Lui, revoyait trop sa sœur jumelle en Tallulah...Et elle, ne désirait plus qu'un seul homme.

Main dans la main, ils se retrouvèrent en tailleur l'un en face de l'autre à observer la chambre sous tous ses angles.

-On en a bien chié pour la peindre cette chambre, pouffa-t-il avec un sourire tendre aux lèvres, rehaussant les petites fossettes au coin de ses joues parsemées de taches de rousseur: Mais c'était une bonne journée.

-Oui, sourit-elle en rapportant son intention sur sa valise. Et lui aussi.

-Je suis méchant mais je n'ai pas envie de te souhaiter bonne chance pour ce concours, ironisa-t-il.

-Personne ne l'a fait, si ce n'est mes parents, avoua Tallulah sans aucun reproche dans la voix. Elle soulignait simplement ce fait...: Mais tu es le premier à être si honnête.

Passant sa main libre dans ses cheveux toujours aussi fous, Camille rétorqua, peu serein:

-Bah, ça m'embête quand même de ne pas réussir à être heureux pour toi... je ne sais pas. Tu paraîtrais plus emballées toi aussi, je pourrais sûrement être sûr de savoir quoi te dire ou quoi ressentir... Mais là, t'as un comportement un peu perplexe.

Ne pouvant feindre l'ignorance tant la jeune femme avait essayé de s'éloigner des autres tout en cachant son propre désarrois, Tallulah finit par fuir du regard pour le poser sur l'écart entre eux sur le lit.

-J'espère juste que tout ira bien et que tu t'en sortiras. (II rit) Et un petit coup de fil de temps en temps tu sais, ça nous fera toujours plaisir, en tout cas attends-toi à du harcèlement de ma part !

Tallulah pouffa en secouant ses épaules.

-Bien reçu, sourit-elle.

Plus tard, ils rejoignirent Chani dans le salon, en compagnie de Charly. Tous deux avaient lancé un jeu sur la PS4 de Tallulah..

-Hé, mais tu ne m'avais pas dit que Charly était venu aussi ! s'enjoua la jeune femme qui salua son ami qui lui rendit son sourire.

-Ouais, j'ai oublié de mentionner ce détail, s'amusa Camille.

-Sympa, je retiens le «ce détail», maugréa, faussement contrarié, Charly qui se remit à regarder sa petite amie jouer: T'as un item à droite.

-Je n'ai plus de place dans mon inventaire, tant pis...

Finalement, tous les quatre se mirent à jouer jusqu'à ce que Tallulah aille travailler et que Camille rejoigne son équipe pour jouer son match. Le soir, une fois de retour chez elle et éreintée, la jeune femme se laissa tomber sur le canapé après avoir abandonnées ses chaussures à l'entrée. Son sac à main sur le côté, une petite sonnerie retentit.

-Qui c'est ? grogna-t-elle avant de chiper son portable pour lire le message qu'elle venait de recevoir.

«Tu connais la série de Destination Finale ?» lui eut envoyé Léon suivi d'un smiley curieux.

«Oui, pourquoi ?» répondit-elle.

«Tu vois la scène de l'avion ? Je serais toi je ne partirais pas !» rétorqua-t-il avec un émoticône apeuré et un avion.

Désabusée mais attendrie, Tallulah secoua la tête et ricana.

«T'as pas trouvé mieux pour me faire changer d'avis ?»

«T'as l'air presque déçue...C'est moi où tu cherches vraiment à ce qu'on te fasse rater ton avion,haha ?»

S'il savait... Vouloir tourner la page...vouloir soigner son cœur, ne semblait pas chose aisée, surtout quand on s'y prenait seul et pour soi-même. Elle reçut un autre message avant d'avoir pu répondre au précédent.

«Tu te souviens quand je t'ai dit que tu étais encore trop jeune pour t'infliger des regrets ? Je le pense encore...»

«Je pense pourtant qu'on est jamais trop jeune ou trop vieux pour changer, Léon» lui envoya-t-elle.

«Je ne dis pas le contraire... Mais t'es bien placée pour savoir que certains changements ne sont ni nécessaires, ni profitables pour personne...»

Fermant les yeux, la jeune femme laissa sa tête tomber en arrière, contre le dossier du canapé. C'est trop tard, j'ai pris une décision... Elle envoya un dernier message à Léon: «Je dois me lever tôt...bonne nuit Léon»

De son côté, le mannequin était allongé sur le ventre, un drap sur son corps pour recouvrir sa nudité tandis que son amant sortait de la salle de bain.

-La douche est libre, signala Dimitri qui enfilait son boxer: Léon ?

-Elle part...demain matin. Elle reviendra après avoir passé son concours pour ensuite passer sa soutenance. Et après ça...

Un profond soupir se fit entendre de la part du plus âgé. Puis, Léon se retrouva nez à nez avec l'écran du (nouveau) portable de son époux. Il lut la conversation que Rayan eut avec Dimitri. Il était question d'un départ et d'une décision prise. Soudain, le blond fronça les sourcils et sortit du lit avant de filer à la douche.

-On va devoir lever les enfants de bonne heure demain...c'est un peu tard pour les faire garder par Sherine.

-Tu veux y aller ? demanda Dimitri, sans plus de stupéfaction. Il semblait seulement s'assurer de la conviction de son époux.

-J'ai cru comprendre que ce bon vieux cher Culann attendait mon retour. J'ai trouvé l'occasion rêvé de lui faire comprendre que sa politique moyenâgeuse est à abolir. Et puis, ton père ne t'a-t-il pas demander de t'assurer que rien ne perturbe la carrière de Rayan ?

Un sourire en coin, Dimitri ricana avant de s'allonger sur le côté, le regard rivé sur le corps de son amant qui se tenait encore nu, à l'encadré de la porte qui menait à leur salle de bain privée.

-Quelle heure son avion ?

-9h.

-Bon... en partant à 5h, ça devrait le faire..

-Ah~ ces deux-là je les retiens ! râla Léon qui pourtant, affichait un sourire carnassier.

Et Le lendemain, une longue route les attendait. De même pour Tallulah qui ne s'était pas préparée à aller en cours à cause de son vol. Alors, quand Chani ouvrit la porte pour se rendre à la fac, elle la salua et les deux jeunes femmes s'étaient lancées un regard à la fois aimant et chagriné. «Bonne journée, Ni-ni...», «Toi aussi, Tal'...».

Quant à Rayan, l'enseignant chercheur avait préparé sa mallette pour assurer ses cours et, s'en étant allé de bonne heure, avait fait le chemin jusqu'au cosy beay pour se prendre un café à emporter, à pied, puis avait rejoint la fac. Son premier cours était à 8 heures, avec la classe de Tallulah.

Néanmoins, ce fut mu par une détermination nouvelle qu'il se rendit en salle des professeurs. Mais surtout, il eut emporté sur lui, l'objet de sa détermination, de sa résolution... Hyun a raison, j'ai moi aussi un choix à faire...Et s'il le faisait, c'était bien pour lui.

-Eh bien, en voilà un, prêt à entamer ses cours ! gloussa Hélène qui faisait son entrée: Alors, reprit-elle sur un ton plus hésitant: C'est pour bientôt hein...?

Et ce fut avec le plus serein des visages, que Rayan lui sourit en sortant de sa mallette une petite enveloppe blanche non scellée. Haussant soucieusement les sourcils, Hélène parut confuse et redouta le contenu de cette enveloppe.

-Tu sais s'il est arrivé ?

-Je l'ai croisé en chemin oui... (Elle eut un geste pour le retenir alors qu'il passait à côté d'elle) Ra-

-Tour ira bien, Hélène, vraiment. Je ne choisi pas entre mon travail et ma vie privée... Je tiens juste à continuer justement.

-Mais ça pourra prendre plusieurs mois avant de retrouver un labo qui suivent tes recherches et tout ce que tu as fait pourrait tomber à l'eau. Et puis ici tu...

Rayan sortit, et croisa le regard contrarié de Nathan qui se tenait sur le côté, adossé au mur près de la porte.

-Tout ça pour une élève ?

Riant légèrement, le brun passa un bras autour des épaules de son collègue qui détourna le regard.

-Si je ne te connaissais pas, je pourrais croire que tu es triste ! plaisanta-t-il.

-Alors ça veut dire que tu ne me connais pas justement, souffla Nathan: Enfin... voilà pourquoi les coups d'un soir c'est moins prise de tête.

-Je fais ça pour moi, Nathan, assura Rayan: Puis, cela ne prendrait compte que pour la rentrée. Mais il a besoin de temps pour trouver un remplaçant alors, autant donner ma décision maintenant et qu'il commence les recherches au plus vite.

-Je te préviens, tu gardes toujours mes chiens au mois d'Août ! pesta son ami qui se dégagea d'un air bougon, avant de rejoindre Hélène en salle des profs.

Amer, bien que touché, Rayan sourit assez tristement avant de reprendre sa route en direction du Bureau du directeur du bâtiment d'Art. Derrière lui, de rapides pas talonnaient le sol avec fureur.

-R-Rosa ! Pense au bébé, je t'en prie ! entendit Rayan venant d'une voix qu'il connaissait que trop bien.

-Démissionner !? Mais rêve mon gars ! C'est quoi ce duo de lâches qui partent la queue entre les jambes à la première occasion ! Et le bébé VA BIEN !

-R-Rosalya !? Leigh !?

-TOI !

Rayan ne sut pourquoi, mais il préférait courir pour sa vie plutôt que de se confronter à une Rosalya en furie.

-J-je n'ai pas le temps, excuse-moi Rosa ! (Il s'alarma) Enfin, excusez-moi ! Et puis on est à la fac, ici on se-

-Je t'emmerde avec ton vouvoiement à la con, reviens ici !

-Rosa, le bébé !

Ayant presque atteint l'Office de Culann, Rayan tourna au dernier couloir afin d'atterrir dans la salle d'attente. Dans la hâte, il manqua percuter un enfant.

-Un enf-...Alan !? (Il leva le nez et vit les parents de son neveu en compagnie de sa nièce dans les bras de Dimitri) Mais vous vous êtes donnés le mot ma parole ! pesta-t-il non sans se dire qu'il aurait mieux fait d'agir comme Tallulah et de ne parler de sa décision ni à Leigh ni à son frère.

-Bonjour à toi aussi, Rayan, sourit Léon d'un air hypocrite auquel eut déjà été confronté Rayan. Et cela ne signifiait rien de bon pour son matricule...

-Je te tiens ! hurla presque Rosalya, essoufflée, et les cheveux en bataille: Tu vas m'expliquer tout de suite ce que tu fabriques !

A ce moment précis, l'enseignant chercheur eut la vague impression de ressentir la même peur qu'une souris prise au piège face à un banc de serpents.

-Bien le bonjour Madame, salua le mannequin qui fit ensuite de même envers Leigh qui se tenait derrière sa compagne: J'ai comme la nette impression que nous sommes ici pour la même raison.

Dimitri adressa un simple hochement de tête aux nouveaux venus et reposa sa fille par terre. Pris de panique, Alan courut se réfugier derrière les jambes de son père et le businessman posa une main rassurante sur sa tête. Quant à Carie, elle courut se jeter dans les bras de son oncle.

-C'est vrai tonton, tu veux partir ?

-C-Carie... (Il lança un regard accusateur à son frère aîné) Tu n'étais pas obligé d'en parler !

-Je n'étais pas obligé de me taire non plus, rétorqua nonchalamment Dimitri, une main dans les poches et l'autre toujours caressante, dans les cheveux d'Alan: Et tu devrais savoir depuis le temps que je n'en fais qu'à ma tête.

Rayan voulut rétorquer mais sembla manquer d'argument. Puis, il lança un regard de détresse à Leigh.

-D-désolé... mais tout ça m'inquiétait, Rayan. Déjà que Tallulah... enfin... tu sais qu'elle sera toujours ma belle-sœur, alors savoir qu'à la fin de l'année elle s'en ira... Et voilà maintenant que tu veux également tout plaquer ?(Il secoua la tête) T'es sûr de toi ?

Léon tiqua.

-Comment ça, sa «belle-sœur»? Qui t'es toi ? Un rival ? grogna le blond.

-Chéri, c'est pas le moment... soupira Dimitri, quelque peu inquiet par la tournure que prenait la conversation.

-Oh mais vous êtes... Léon V-

-Zaïdi, Léon Zaïdi ! l'interrompit-il : Je ne suis pas au travail aujourd'hui, mais avec mon mari !

-Mais d'où vient tout ce tapage !? entendirent-ils tous s'écrier une voix qui provenait du fond du couloir. Des pas se rapprochèrent d'eux et enfin, le Directeur apparut non sans avoir un geste de recul face à la petite foule agitée: C-ce n'est pas un salon de thé ici ! Rayan, j'exige des explications ! (Puis, son regard s'écarquilla en grand sur une silhouette qu'il ne connaissait que trop bien) Léon V-

-ZAIDI ! s'époumona Léon qui fit volte face pour cracher son venin à l'encontre de Culann.

Un ange passa. Puis, Alan, qui commençait à se sentir de plus en plus mal à être entouré de tous ces étrangers, se mit à pleurer contre la jambe de Dimitri.

-A-attendez, ce n'est une garderie ici, des enfants n'ont pas à-

-Vous n'allez quand même pas les jeter dehors, n'est-ce pas ? le défia Dimitri d'un simple regard.

Sans difficulté, au vu de leurs similitudes physiques, le Directeur pointa lentement du doigt Rayan et Dimitri et demanda:

-Il s'agit... de votre frère, je présume ?

-Oui, et vous connaissez déjà Léon. Je vous présente mon neveu et ma nièce, Alan et Carie.

Léon tendit la main vers Carie qui se cacha également derrière lui. Le Directeur sembla halluciner... puis, il se pencha pour apercevoir Rosalya et Leigh.

-Et vous ?

-Moi je viens dire deux mots à Rayan au sujet de sa stupide décision !

Culann tomba des nues à l'écoute de la façon si familière avec laquelle la jeune femme mentionna l'enseignant.

-J-je vous demande pardon !?

-Vous m'avez bien entendu, Monsieur, je viens empêcher Rayan de faire une idiotie.

-Attendez, attendez ! s'emballa Culann: j'aimerais que tout le monde reprenne son calme et qu'on m'explique concrètement ce qu'il se trame dans ce bâtiment ! (Il regarda sa montre) Rayan ! Vous êtes en retard à votre propre cours ! Mais que fichez-vous là, bon sang !

Prenant une grande inspiration, Rayan secoua la tête tout en présentant son enveloppe à son supérieur.

-J'étais venu prendre rendez-vous avec vous.

Le Directeur s'empara de l'enveloppe qu'il ouvrit à la va-vite pour lire la lettre.

-Mais pourquoi diable vouloir un rendez-vous maintenant !? Votre cours est-...(Ses yeux dansèrent au dessus des lignes) Vous...(ses doigts se crispèrent sur le papier) Vous plaisantez j'espère ? demanda-t-il gravement après avoir croisé de nouveau les yeux anis de son cadet: Pourquoi maintenant ? A quoi tout cela rime, vous n'avez fait qu'une année ici et on ne peut pas dire qu'elle fut si horrible que cela, où alors j'ignore des éléments ? Vous sembliez plutôt à l'aise au labo, pourquoi me donner ça maintenant ?

Autour d'eux, les autres attendirent également la réponse de Rayan qui se faisait attendre.

-En tant qu'enseignant, j'ai passé une très bonne année. Mon intégration a mis un peu de temps au sein du corps enseignant mais ce n'est qu'un détail qui est désormais réglé. Et, je n'aurais jamais pu rêver mieux comme labo pour faire avancer mes recherches et beaucoup d'élèves du campus ont souvent joué le jeu lors d'expériences sociales que j'organisais, pour déceler l'attitude des gens une fois confrontés à une œuvre d'Art. (Il secoua la tête et sourit) Mais voilà, il n'y a pas que le travail qui entre en compte dans ma décision.

-C'est à dire ? Est-ce pour cela qu'une partie de votre famille est ici ? (Il désigna le couple derrière) Et ces gens ? (Le Directeur s'agita) Bon, je vais prévenir l'administration que votre cours est annulé, veuillez entrer dans mon Bureau pendant que je m'occupe de raccompagner ces person-

Mais le Directeur fut coupé dans son élan par une main qui lui chipa la lettre de démission de Rayan.

-Hep, hep hep ! Culann, on ne fait plus un geste ! s'amusa Léon: Sachez que nous avons certaines petites choses à vous dire.

De son côté, Dimitri souleva son fils apeuré d'un bras et Alan nicha son visage dans le creux de son cou. Puis, sortant un trousseau de clés, il s'adressa à Rayan.

«Ils pourront tout nous enlever

Ils pourront bien essayer»

-Rano, l'appela-t-il d'une voix rauque et son petit frère réagit aussitôt, le regard curieux: Je ne dis pas que t'as décision n'est pas sensée... Au contraire, dans la démarche, il y a une idée de sûreté pour ton propre dossier et tes recherches. Si tu démissionnes, cela ne prendra compte que pour Août finalement et cela te laisse encore le temps de boucler tes conférences et de faire passer les examens à tes élèves. En soi, tu remplis ton quota. Mais réfléchis bien... la première personne dont tu as fait part de cette décision, ce n'est pas la bonne. Et celle qui aurait dû entendre cela n'aurait sûrement plus la force nécessaire de tout reprendre avec toi une fois que tout sera engrangé de son côté. Et à 40 minutes près, tu auras fait tout ça pour rien. C'est bien beau d'être prêt à changer de lieu de travail mais cela ne réglera nullement votre problème. Au final, vous deux n'avez eut de cesse d'agir en fonction des autres, et si juste maintenant vous agissiez pour vous et vous seuls ?

«De nous monter l'un contre l'autre

À contre sens pour qu'on se vautre»

A ses côtés, Léon tressaillit et sentit son cœur se serrer. L'Admiration dans le regard, bien qu'un brin désolé, il sourit.

«Ils pourront nous raconter

Qu'on a eu tort qu'on s'est trompé»

-J'ai fait comme toi à l'époque. Je ne regrette pas, car j'ai pu faire la rencontre de Léon. Cependant, je ne peux pas nier qu'avoir laissé mon passé là où il est et dans l'état qu'il était, ne me rend pas amer de temps en temps. J'ai toujours agi pour les autres et la seule fois où j'ai voulu agir pour moi, on a fini par me sortir du trou dans lequel j'étais tombé. Et c'est Tallulah qui m'a tendu la main... (Il sourit à Léon) A défaut d'avoir constamment repoussé celui qui me lançait sans cesse une corde de sortie.

«Ils pourront pointer du doigt

Pointer l'amour coupable de quoi»

-Alors quoi !? s'écria Rayan qui s'agaçait: Tout ce que je veux c'est être avec elle ! Mais ce n'est pas en restant ici que ça sera possible et tu le sais ! Je sais qu'elle ne voulait pas rompre, alors on a toutes nos chances de recommencer là-bas...

«Viens on s'aime

Viens on s'aime»

-Mais tu crois peut-être qu'elle veut partir !? intervint Rosalya qui empoigna son ami: En tant qu'amie je ne peux que soutenir ses choix, mais là, vous vous blessez et blessez tout le monde inutilement. La vraie solution n'est pas en fuyant comme vous essayez de faire tous les deux ! Avant de prendre de telles décisions, assurez-vous plutôt que tout soit fini et sans issue.

«Allez viens on s'aime, on s'en fout

De leurs mots, de la bienséance»

Rosalya désigna ensuite le Directeur qui semblait de plus en plus décontenancé par la situation. «Mais on s'en fiche un peu non, ils font ce qu'ils veulent !» s'était exclamé Marine lorsque Rayan eut interrogé ses collègues vis-à-vis de la relation qui pouvait naître entre un professeur et son étudiant. Il avait finalement reçu des retours, qui laissaient plutôt penser que la tolérance était bien là autour de lui.

«Viens on s'aime, on s'en fout

De leurs idées, de ce qu'il pensent»

«C'est le renvoi définitif» Le seul obstacle... se tenait devant lui. Voilà pourquoi, il avait pris cette décision quelque peu radicale. Tout irait bien... mais était-il vraiment en accord avec ses envies, avec ses projets ?

«Viens on s'aime, et c'est tout

On fera attention dans une autre vie»

Cette ville... ses amis... sa famille... Tallulah... «Tu crois vraiment que c'est ce qu'elle veut !?» Il examina l'heure sur son portable. Serrant les dents, Rayan finit par se gifler intérieurement et enserra la main de son frère aîné.

«Viens on s'aime, on est fou

Encore un jour, encore une nuit»

-Je te prends ta voiture !

-Magne-toi, t'as de la route entre ici et l'aéroport, fit son frère qui lui céda ses clés: Cours, champion.

-Rayan revenez immédiatement ici ! hurla le Directeur.

Alors qu'il dépassait le petit monde, Rayan passa rapidement sa tête par dessus son épaule pour sourire à son frère et se remit à courir dans les couloirs. «Cours, champion !» voilà ce qu'avait hurler Dimitri lors de la première course sur 10 mètres qu'eut faite Rayan.

«Ils pourront parler du ciel

Dire que notre histoire n'est pas belle»

S'agrippant parfois à l'angle des murs pour prendre d'autre couloir à chaque fois qu'il devait tourner, Rayan ne perdait pas le rythme et courrait comme un dératé en bousculant la foule qui se trouvait sur son chemin. Entre les cours qui commençaient et les élèves à la recherches d'une salle pour réviser, il percuta plus d'une personne jusqu'à ce faire stopper net par une machine à café qu'il manqua de renverser par la violence de l'impact.

«Prier pour qu'on abandonne

Qu'il y ait une nouvelle donne»

«Mais il est malade !» s'était écrié un étudiant alors que Rayan se relevait pour mieux reprendre sa course. Dévalant les escaliers, il rata quelques marches et sauta les quatre dernières non sans ressentir des fourmillements dans ses chevilles. Cela fait combien de temps que je n'ai pas couru ainsi ? se surprit-il à songer pendant sa course.

«Ils pourront bien nous avoir

Le temps d'un doute le temps d'un soir»

Dans le hall, il croisa Chani et les autres qui, comprenant que le cours était annulé, avaient fini par quitter l'amphithéâtre. Comme prise d'un élan d'espoir, la jeune femme aux mèches roses s'écria:

-Dépêche-toi de la ramener !

Rayan leva son pouce en l'air sans se retourner comme pour confirmer que Chani pouvait avoir toute confiance en lui. Autour d'elle, les autres camarades de classe se demandèrent s'ils l'avaient bien entendue le tutoyer. «C'est moi où...», «Non, non j'ai bien entendu moi aussi». Amusé, Charly passa un bras autour des épaules de sa petite amie qui avait fini par se mettre à pleurer tant un fort sentiment de soulagement étreignait son cœur sans retenu.

«Mais après la peine et les cris

Sèche les larmes qui font la pluie»

Dans la cour, Rayan finit par croiser Hyun et tous deux s'échangèrent un regard d'abord confus avant que l'aîné n'étire un large sourire et ne rejoigne le parking. Une fois la voiture de son frère en vu, il monta dedans et démarra au quart de tour.

«Viens on s'aime

Viens on s'aime»

-Si j'avais su, j'aurais passé mon permis moi aussi, bougonna le serveur qui finit par rejoindre son bâtiment en traînant les pieds: C'est dingue ça, je suis un véritable homme d'intérieur et je ne l'intéresse pas !

«Allez viens on s'aime, on s'en fout

De leurs mots, de la bienséance»

Le jeune homme eut beau pester, un rayonnant sourire égaillait son visage.

Sur la route, Rayan boucla sa ceinture d'une main en tenant le volant de l'autre, ayant oublié de le faire dans la précipitation, avant de démarrer. Il passa par les chemins les plus courts pour tenter de rejoindre l'aéroport avant que l'avion de Tallulah ne décolle.

«Viens on s'aime, on s'en fout

De leurs idées, de ce qu'ils pensent»

Et il devait faire vite quitte à ne pas respecter à la lettre le code de la route.

«Viens on s'aime, et c'est tout

On fera attention dans une autre vie»

On n'a pas fait tout ce chemin ensemble pour que ça se termine comme ça ! hurla-t-il en son for intérieur. Les difficultés, on en connaîtra encore... Il crispa la mâchoire en voyant qu'il lui restait à peine 20 minutes. Mais ce n'est pas en prenant la fuite qu'on les surmontera, ils ont raison !

«Viens on s'aime, on est fou

Encore un jour, encore une nuit»

Quand l'aéroport fut visible, Rayan se mordit la joue en voyant qu'un avion patientait sur la piste. C'est lorsqu'on en a besoin qu'il n'y a pas de retard ! pesta-t-il en passant une vitesse. Ne prenant pas la peine de payer sa place de parking ni même de se garer convenablement, Rayan reprit sa course une fois sorti de la voiture de son frère, jusqu'au hall de l'aéroport.

Confus et son regard brouillé à travers toute cette foule, l'enseignant chercha à se concentrer sur ce que l'interphone informait tout en cherchant sa cadette. 10 minutes !

Tout ce qu'il espérait, était qu'elle ne soit pas déjà montée dans l'avion.

-C'est pas vrai, même pour ça je suis en retard ! entendit-il et d'un rapide glissement de talons, il pivota sur lui-même pour tomber sur une silhouette qui courrait en tirant sa valise à roulettes derrière soi.

-Tal' ! hurla-t-il en poussant le monde autour de lui: Tal' !

«Ana nahebek nahebek nahebek

Ana nahebek nahebek nahebek»

A trop s'agiter et à percuter les voyageurs autour de lui, Rayan finit par se faire repérer par des agents de sécurité qui lui barrèrent le chemin. Cependant, même ainsi, il continua de hurler pour que la seule femme qu'il désirait voir pose à nouveau les yeux sur lui.

-Tallulah ! s'exclama-t-il au point d'en faire érailler sa voix.

Interpellée par les cris, Tallulah, déjà bien perturbée par le peu de temps qu'il lui restait pour faire scanner ses affaires, tourna la tête dans tous les sens, et n'était pas sûre d'en croire ses oreilles.

-Je rêve...il ne peut pas être ici. (Elle retint un cri d'effrois en voyant enfin Rayan au prise avec les agents de sécurité) Attendez, lâchez-le ! s'écria-t-elle en courant dans leur direction.

-Tallulah...! soupira Rayan avec soulagement: Dieu merci, tu m'as entendu...!

-Vous le connaissez Madame ? demanda l'un des agents qui retenait toujours le brun.

-O-oui ! Mais je ne comprends pas... et tes cours ?

«Allez viens on s'aime, on s'en fout

De leurs mots de la bienséance»

Rayan voulut se défaire de l'emprise des agents mais ils le tinrent toujours avec fermeté en répétant des «on se calme, Monsieur !»

-On s'en fiche des cours ! (Il essayait de reprendre son souffle) Tallulah...Tallulah écoute-moi, t'es pas obligée de partir (Il secoua la tête) Et moi non plus ! C'est stupide tout ça, la seule solution c'est d'assumer et de savoir ce qu'il nous attend !

Incrédule, la jeune femme secoua la tête avant de rétorquer:

-Je n'ai pas le temps pour ça... Rayan, j'ai mon vole.

Alors qu'elle allait faire demi-tour, son aîné l'interpella encore:

-Alors laisse-moi partir avec toi ! J'ai démissionné, j'ai donné ma lettre tout à l'heure ! Je suis certain que... que ça ne sera pas tout de suite évident, mais si c'est vraiment nécessaire pour que l'on soit ensemble, alors, laisse-moi t'accompagner ! A la fin de l'année, on partira ensemble au Québec, tu feras ta formation et je trouverai bien un poste ailleurs !

-Mais tu t'écoutes parler ! s'indigna-t-elle: Tu m'as pourtant dit que tu ne ferais jamais de choix entre ta vie privée et ton travail, et tu me dis que tu as démissionné ! T'es quand même pas en train de me dire que tu as foutu en l'air tous mes sacrifices !?

-J'ai fait un choix ! se défendit-il: J'ai fait un choix... Parce qu'un couple, ça fonctionne à deux, tu te souviens.

«Viens on s'aime, on s'en fout

De leurs idées, de ce qu'ils pensent»

Même épuisé, il parvint à lui sourire avec tendresse. Quant à Tallulah... elle ne pouvait détourner ses yeux des siens. Elle se demandait, comment de désespoir il en était venu à de la détermination et de la...confiance. Depuis quelques jours maintenant, voilà ce qu'il leur eut manqué à tous les deux. Et aujourd'hui, rien qu'à travers ces lueurs qui enflammaient le regard anis de Rayan, la jeune femme eut envie d'y croire, qu'un espoir était encore possible.

-Je sais que tu prends toujours sur toi lorsque tu ne sais pas comment partager ta douleur, mais cette-fois, j'aimerais que tu me dises en toute franchise ce que tu veux vraiment faire, ma puce... Pas seulement ce que tu crois juste ou bon pour untel, mais vraiment ce que toi tu-

-Je t'aime, l'interrompit-elle en fronçant soucieusement les sourcils: ce n'est pas nouveau, mais je t'aime, Rayan. Et je n'ai jamais cru un seul instant que ce serait simple de tourner la page, tiens le toi pour dit. Mais voilà je...

Derrière lui, les agents croisèrent leurs regards, commençant à se sentir de trop.

-J'étais fatiguée... de toujours penser à ce qu'il serait bien pour toi, pour la fac, pour les autres... Je pensais que ça m'aiderait aussi et finalement je ne faisais que tourner en rond. Je devais avancer. Et s'il fallait abandonner ce que j'aime pour ça alors j'étais prête à la faire, se confia-t-elle tout en passant ses doigts dans ses cheveux courts.

-C'est mon frère qui t'a dit ça, pas vrai ?

Tallulah hocha la tête.

«Viens on s'aime, et c'est tout

On fera attention dans une autre vie»

-Il a raison...

-Il a tort et il le sait. Il me l'a dit. Souviens-toi, on s'est...réconciliés, et grâce à toi. Je sais tout ce qu'il t'a dit, on en a parlé chez toi, souviens-toi. (Il leva les yeux au ciel) Bon, il reste encore réservé mais j'ai saisi le plus gros du malaise ! Tallulah, si tu m'aimes alors, je te le demande une dernière fois: Tu veux partir ?

Serrant la poignet de sa valise avec force, la jeune femme secoua la tête.

-Alors reste.

-Mais toi, qu'est-ce que tu veux ?

-Moi ? (il rit avec légèreté) Ce n'est pas suffisamment évident ? Être avec toi et ça a toujours été le cas. Et maintenant que je sais ce que tu ressens vraiment, ça ne me donne pas envie d'abandonner...

Finalement, trouvant la situation pesante pour eux, les agents se firent discrets et s'en allèrent de leur côté. De nouveau à même de contrôler ses mouvements, Rayan se redressa correctement et alla tendre sa main lorsque l'interphone signala le départ imminent de l'avion à destination de Montréal. Prise de panique, Tallulah recula d'un pas puis stoppa son geste avant de poser ses yeux vairons sur la main que lui proposait Rayan.

-Si tu ne veux pas, rien ni personne ne t'oblige à passer ce concours, Puce, lui assura-t-il: Que veux-tu vraiment, toi ?

Le brouhaha alentour les enveloppa un moment, tandis qu'ils se sondaient du regard. La gorge sèche et douloureuse, Tallulah parvint enfin par répondre après avoir fait un pas vers lui. Dans le mouvement, elle lâcha sa valise et finit par combler la distance entre eux après avoir attrapé sa main. D'un geste, Rayan l'étreignit toute contre lui.

«Viens on s'aime, on est fou

Encore un jour, encore une nuit»

Sur la piste... l'avion s'apprêta à décoller.

«Je veux rester ici avec toi» Lui eut-elle dit. Et lorsqu'ils prirent tous deux la route, l'avion décollait dans un bruit tonitruant. Rayan eut récupéré le petit papillon coincé sous l'essuie-glace et grimaça en voyant l'amende qu'il venait de faire choper à son frère pour s'être mal garé et qui plus est, sur une place pour handicapés... Il se promit de dédommager son frère tandis qu'il roulait non sans serrer dans sa main droite, celle de Tallulah avec qui il changeait les vitesses quand cela était nécessaire. Dans un échange de regards complices, tous deux purent à nouveau goûter à la joie d'être côte à côte.

Lorsque la jeune femme remarqua qu'ils ne restaient pas sur la route qui menait au campus, elle interrogea son aîné sur leur destination.

-Je suis déjà dans la faute professionnelle...et aujourd'hui plus rien ne m'arrête, rit-il tiraillé entre l'euphorie et la nervosité.

Finalement, il les déposa sur le parking de la plage...là où tout avait basculé. Toujours les mains liées, ils admirèrent le bleu du ciel qui se reflétait sur l'étendu des vagues. Si la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés en ce lieu, pluie et rage les eurent accompagnés, aujourd'hui, quiétude et tendresse avaient fait le chemin avec eux.

-Léon avait raison...C'est difficile de se mentir à soi-même lorsqu'on est si honnête envers ses propres sentiments, partagea Tallulah.

Rayan lui demanda à quoi elle faisait allusion.

-De notre rupture. Si en façade nous étions éloignés cela ne voulait pas dire que nous n'étions pas dans le cœur et l'esprit de l'autre. (Elle plissa les yeux, comme blessée par le soleil) En tout cas, j'avais toujours l'impression que tu étais partout avec moi. Alors je me suis dit...

-Quand partant loin d'ici ce serait plus simple... je sais, susurra-t-il avant de porter la main de la jeune femme contre ses lèvres et de déposer de multiples baisers sur ses phalanges.

-Je n'aurais jamais cru que tu en viendrais à prendre la décision de me rejoindre. Je n'ai pas réalisé... à quel point tu pouvais m'aimer, reprit-elle sur le même ton: Je te prie de me pardonner.

-J'ai mes tors...renchérit-il: Je me suis acharné à te faire dire la vérité sans même ouvrir les yeux et voir ce qu'il se tramait autour de moi. Il a fallut que mon frère...que Hyun...que Rosalya me poussent d'une main dans le dos pour m'efforcer à aller de l'avant. Je ne faisais qu'attendre comme depuis le début de notre rencontre... J'attends tellement de toi. J'ai si peu fait pour nous.

Tallulah alla réfuter mais il l'interrompit en souriant:

-Je me suis bien trop reposé sur toi. Mais c'est fini maintenant. Si on doit avancer, on avancera ensemble...Si tu le veux toujours.

Sa cadette se pencha pour embrasser son épaule et venir y frotter son front en guise de réponse. Puis, soucieuse, elle reprit:

-Qu'est-ce que je vais dire à Aria... elle s'attendait déjà à me trouver à ses côtés.

-Tu ne lui dois rien. Aria t'a fait une proposition, tu as le droit de changer d'avis.

-Ce n'est pas si simple, il y a aussi mon inscription et-

-Je pense pouvoir être en mesure de m'occuper de ça, ne t'en fais pas ! assura-t-il d'un ton malicieux: Et si tu lui expliques, je suis sûr qu'elle comprendra la situation.

-Et toi ? Ta lettre...

-Ma démission ne prendra compte qu'à la fin de l'année... D'ici là, je trouverai bien-

Au même moment, son portable se mit à sonner. Libérant sa main de celle de sa compagne pour sortir le petit appareil bruyant, il décrocha:

-Al-

«T'as 5 minutes pour ramener le Pingouin de mon fils !» gronda Léon derrière qui d'autres voix se faisaient entendre, notamment les pleurs acharnés d'un enfant semblant fort troublé.

Rayan et Tallulah passèrent une tête par dessus leurs épaules pour y voir le doudou Pingouin assis sur le siège pour enfant.

-Le Pingouin d'Alan ! s'exclamèrent-ils en chœur, pris d'un vent de panique.

Sans plus tarder, Rayan démarra et reprit la route en direction de l'Académie. Lorsqu'ils arrivèrent, Tallulah courut rejoindre Alan, le doudou en main. Rayan sur ses talons, il tenait la valise de la jeune femme et lui indiqua du doigt où se trouvaient son frère et ses enfants. La petite famille attendait leur retour et Tallulah se laissa guider par les pleurs d'Alan.

-Cendrillon ! Ma sauveuse, s'enjoua le blond qui tenait son fils contrarié.

-Mon bonguoin ! pleurait Alan: Bongouin !

-Là bichon ! Là, il est là, s'alarma la jeune femme qui donna enfin le doudou au petit garçon.

-Alors, t'as préféré garder les pieds sur terre ? lui demanda Dimitri qui câlinait les cheveux de sa fille, blottie contre lui. Cette dernière sourit en voyant Tallulah.

Tirant la valise de sa cadette derrière lui, Rayan arriva en agitant la contravention dans sa main libre.

-J'ai pas fait exprès... dit-il d'une mine penaude en présentant le papier.

Dimitri tiqua et se promit de ne plus jamais prêter sa voiture à son petit-frère.

-Je comprends mieux pourquoi tu as raté ton examen 4 fois...

-C'est vrai, tu l'as raté 4 fois ? s'étonna Tallulah.

-Oh ça va, hein ! râla l'enseignant non sans rougir.

De légers rires fusèrent et dans l'humeur, Tallulah se lova dans les bras de son aîné qui, d'abord surpris, lâcha la valise avant de venir l'étreindre avec force et affection. L'agitation attira l'intention de quelques étudiants et enseignants qui regagnaient leur voiture ou en descendaient.

-Et Rosalya, Rayan m'a prévenue qu'elle était avec vous et Leigh aussi, s'inquiéta la jeune femme.

-Ah, la petite Madame harpie ! ricana Léon: Elle a fini par se calmer et est rentrée chez elle avec son petit ami. (Il arqua un sourcil) D'ailleurs, Cendrillon, tu ne m'as pas tout dit, hm ? C'est qui ce «pseudo» beau-frère, hein !?

-Mais t'es imbuvable, lança Dimitri, exaspéré.

-Ah oui...? reprit l'autre, taquin.

-Sors un seul truc obscène devant les enfants et tu dors sur le canapé, prévint Dimitri, les pommettes ayant pris une adorable couleur pêche.

-De quoi il parle, Papa ? demanda Carie.

-Oh, rien d'important... baragouina-t-il sous le regard amusé de Tallulah et celui affligé de Rayan: En revanche, ce qui serait important, c'est que vous alliez tous les deux vous expliquer auprès de Culann. On a réussi à rectifier le tir mais ça ne sera pas sans conséquence. (Il fouilla sa poche arrière et montra la lettre de démission) Il n'en veut pas. Du moins, pas en ces termes. Avec tout le tapage dans la salle d'attente, il a plus ou moins saisi le plus gros de l'affaire, mais les détails, à vous l'honneur pour les lui donner.

Suspicieux, Rayan osa demander ce qu'ils avaient bien pu raconter pour atténuer la situation.

-Disons que Papa s'en est un peu mêlé...Rien qu'un peu.

-Quoi !? s'étrangla presque son petit-frère: A-alors, Culann est au courant pour...

-Haha, la tête de ce bon vieux Culann, gloussa Léon: Le cri de «Munch» 2.0 !

Tallulah tenta de s'imaginer la scène et parut plus hébétée, qu'amusée...

-Quoi qu'il en soit, il vous attend. (Il posa un regard désolé sur Tallulah) Comment tu te sens ?

-Si je suis là c'est qu'il n'est plus question de fuir quoi que ce soit...

-Bien. Tout ce que j'espère maintenant c'est que tout ira pour le mieux.

S'adressant un regard qui en disait long sur leur confiance, Rayan et Tallulah vinrent à nouveau joindre leurs mains ensemble avant de s'assurer, par un commun accord silencieux, qu'ils étaient prêts à faire face à leurs responsabilités. Après quelques derniers échanges avec Dimitri et Léon, les plus jeunes prirent enfin la direction du bâtiment d'Art, après s'être faits promettre de leur donner des nouvelles.

Aussi nerveux l'un que l'autre, Tallulah et Rayan traversèrent le parking et la cour non sans ressentir une nervosité nouvelle. Les autres fois où ils étaient ensemble au sein même de l'Académie, tous deux craignaient de commettre le moindre geste qui pourrait les trahir. Aujourd'hui, bien conscients de ce qu'ils faisaient, ils laissaient le monde les voir se tenir par la main et sentaient indéniablement tous les regards posés sur eux.

-Tallulah ! s'écria une voix familière.

-Chani !

Trottant jusqu'à son amie, la brune vint l'étreindre avec force et finit par la soulever de quelques centimètres du sol.

-T'as abandonné le concours ?

-Oui, soupira Tallulah en frottant sa joue contre sa petite camarade qui s'agrippait à elle de ses doigts vernis.

-Pardonne ce que je vais dire, mais tant mieux !

S'éloignant un peu, elles rirent ensemble avec un certain soulagement dans l'âme.

-Excuse-nous Chani, mais on doit y aller, prévint Rayan.

Tallulah revint vers lui et fit comprendre à son amie qu'elles se reverraient très vite dans la journée.

-Faites ce que vous avez à faire, on attendra tous je pense, rit-elle. Non loin d'eux, Charly et Camille les observaient avec le sourire. Encore plus loin, Kelly faisait mine de les ignorer mais une petite tête rousse l'asticota un peu avant qu'elle ne leur adresse un signe de tête...puis une ricanement timide.

Les savoir tous derrière eux, suffit à leur mettre du baume au cœur. Rayan passa un bras autour des épaules de sa compagne et ensemble, reprirent leur avancée. Bien sûr, quelques enseignants ne passèrent pas à côté d'eux sans leur adresser des regards interloqués, de même que les élèves qui stagnaient dans les couloirs, dans l'attente de la libération de leur salle ou bien du début de leur cours.

-La dernière fois que j'ai angoissé ainsi, c'était le soir du Gala...

-Pas même lors de notre entretien avec lui ?

Tallulah secoua la tête en signe de négation.

-J'étais plus déprimée que nerveuse ce jour-là. Aujourd'hui, je suis sur le point de faire face à tout ce dont je redoutais depuis quelques mois. Si j'avais été plus forte, j'aurais sûrement fait les choses autrement et on n'en serait pas là...

-Je te trouve plus forte aujourd'hui qu'hier...et moi aussi d'ailleurs. Je nous trouve bien plus forts maintenant qu'il y a quelques mois, avoua Rayan avec chaleur: Comme l'ont dit Léon et Dimitri, cela ne sera sûrement pas facile après ça, mais est-ce que ce qu'il débouchera de cette difficulté n'en sera pas plus gratifiante ? C'est un peu comme...(il fit mine de réfléchir) le saut de haie !

-Pardon ? fit Tallulah, peu certaine de comprendre.

-Désolé, référence à l'athlétisme, mais je me souviens avoir détourné une barrière une fois que mon coach avait les yeux tournés, pour lui faire croire que j'avais réussi l'exercice. Je galérais avec ces fichues haies, ce n'était pas ce que j'aimais le plus dans mon club, haha !

-Mais pourquoi t'as fait ça ? Ce n'est pas comme ça que tu allais finir la course..., souligna sa petite amie.

-Justement, quand un de mes camarades m'a dénoncé, mon coach m'a menacé de me virer de l'équipe d'athlé' et j'ai tout de suite pris conscience que je ne voulais absolument pas arrêter l'athlétisme. Alors, quitte à me faire quelques bleus aux genoux et à me tordre les chevilles, j'ai continué à sauter ces fichues haies jusqu'à ce que j'y arrive et termine ma course. (Il pouffa) Clairement, lorsque je voulais m'appuyer sur Léon pour nous protéger, c'était un peu comme vouloir détourner la barrière pour finir ma course sans me faire mal. Mais ça ne fonctionne pas comme ça, car l'équipe en aurait pâti à ma place. Et mon équipe, c'est toi... renchérit-il avec une pointe de regret dans le regard: Ce que nous sommes en train de faire aujourd'hui, nous aurions dû le faire il y a longtemps, sans s'appuyer sur personne.

-Ni fuir. Mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais, tu ne crois pas ? rajouta Tallulah avec douceur.

-C'est ça. Mais ne pense pas que tu es seule...

-Je le sais bien maintenant, sourit-elle avec confiance: Une équipe, c'est ça ?

Rayan sentit son cœur battre plus fort et l'amour l'étreindre sans retenu.

-Oui...

Ils arrivèrent au bureau du secrétaire du Directeur, afin de signaler leur présence. Aussitôt, le vieil homme qui semblait être à l'Académie presque depuis aussi longtemps que Culann, leur fit comprendre que ce dernier les attendait déjà dans son bureau. Pour des mesures de sécurité, il demanda à ce que la valise reste dans son bureau et non dans celui du Directeur. Tallulah n'en fit pas plus de cas et la lui confia donc.

Puis, ils se rendirent enfin au bureau du Directeur, frappèrent quelques coups contre les battants avant qu'ils ne s'annoncent.

-Entrez ! fit leur aîné depuis son bureau.

Une fois à l'intérieur, le couple se détacha mais le regard qu'ils se lancèrent avant de saluer le Directeur, sembla en dire long sur ce qu'ils comptaient dévoiler maintenant. Et comme s'il s'éveillait, Culann semblait de plus en plus comprendre leur situation, et regrettait même de ne pas avoir remarqué plus tôt les mensonges proférés par eux deux.

-Asseyez-vous, ne restez pas là voyons...s'agaça-t-il.

Sans mot, ils s'exécutèrent.

-J'ai fait annuler tous vos cours pour aujourd'hui, Rayan, signala-t-il tout de même avant de détailler avec défiance Tallulah du coin de l'œil.

La jeune femme n'en eut cure, et attendit la suite alors que Rayan opinait du chef.

-Je suis désolé de vous dire que ce remue-ménage que vous causez me rappelle indéniablement ces deux professeurs ayant fauté à l'arrière d'un de mes amphithéâtre. Du batifolage, et vulgaire...(Il se massa le front) Pourtant, vous avez su rester discrets, si l'on vous compare vraiment à eux... Enfin, disons que vous avez sur détourner mon intention. Car je me souviens encore de ces rumeurs à votre encontre et aujourd'hui, j'ai une question à vous poser à ce sujet...

Se doutant fort bien de ce qu'il s'apprêtait à demander, les deux amants restèrent patients malgré tout, et attendirent que les mots sortent de la bouche de leur aîné.

-Lorsque les premières rumeurs ont circulé sur votre compte... vous voyiez-vous déjà ?

Une affirmation de la part de Tallulah.

-Vous voyiez-vous encore après le Gala et les imbécillités qui ont suivies ?

Une autre affirmation de la part de Rayan.

-Depuis quand cela dure ?

Rayan lança un regard interrogateur à Tallulah qui hocha simplement la tête, puis, il répondit:

-Depuis la rentrée.

-La rentrée ? De Janvier ?

-De Septembre, corrigea Tallulah: Mais nous sommes ensemble depuis Décembre.

A ces mots, l'enseignant se permit un geste d'affection à l'encontre de sa compagne en lui prenant la main. Il ajouta:

-Et c'est encore le cas aujourd'hui.

-Je ne comprends pas Rayan. Vous visiez le statut de Maître de conférence et vous y êtes parvenu. Comment osez-vous compromettre vos efforts pour une relation avec une étudiante ?

-Sauf votre respect, je n'ai rien compromis du tout, puisque cet objectif a été atteint. Ma relation avec Tallulah n'a nullement entaché mes recherches et n'a jamais empiété sur mon temps de travail.

-Cela a encore le temps d'arriver ! Vous pensiez tenir ainsi jusqu'à l'obtention de son diplôme ? Imaginez un peu la quantité d'erreurs que vous aviez encore le temps de commettre si le fait de vous être laisser aller à un tel épanchement n'en est déjà pas une en soi, d'erreur !

Rayan sentit la contrariété de sa cadette à travers la pression de ses doigts autour des siens.

-A vos yeux cela en est sûrement une mais pas pour moi.

-C'est de la déontologie, Rayan, du bon sens ! Un professeur ne sort pas avec un de ses étudiants !

-Le souci étant que je ne considère pas uniquement Tallulah comme mon étudiante, Monsieur.

-Nous voilà d'accord sur un point, c'est bien un souci, donc !

-Non, vous m'avez mal compris...

-C'est vous qui ne comprenez rien ! Je vous accepte dans mon établissement et voici ce pourquoi vous êtes venu, trouver chaussure à votre pied !

-S'il y a bien un homme qui a accepté quoi que ce soit ici, c'est moi, pour ma mutation. Je vous rappelle que je pouvais refuser de me faire muter dans ces labos. Mes recherches font également profiter votre Académie et je suppose que c'est pour cela que vous avez refusé ma lettre de démission, trancha-t-il avant de présenter à nouveau sa lettre que lui eut rendue son frère.

Culann déglutit et fronça du nez en voyant l'enveloppe. Tallulah lâcha la main de son aîné et se redressa sur son siège avant de prendre la parole.

-Vous aviez vous même dit que vous saviez que professeurs et étudiants fricotaient d'une classe à l'autre ensemble au sein même de votre Académie. Vous le savez, sans pour autant savoir qui pointer du doigt, car vous n'avez aucunement l'influence nécessaire pour faire taire ce genre de «désir» si je peux me permettre. Plus d'un de vos enseignants et plus d'un de vos étudiants ont dû se donner rendez-vous en dehors de la fac. Je ne dis pas que ça concerne la généralité au contraire, cela tient bien plus d'une minorité. Cependant, la différence que nous apportons est l'honnêteté de nos rapports.

-L'honnêteté ? Pouvez-vous m'assurer que vous faisiez preuve d'honnêteté lorsque je vous ai reçus pour la première fois dans mon bureau au sujet de ses rumeurs, Mademoiselle Loss ? J'ai l'impression que vous ne saisissez pas bien les enjeux d'une telle relation.

-Au contraire, nous sommes les mieux placés pour le savoir et sans vouloir m'apitoyer sur mon propre sort, je pense aussi être celle qui sait le mieux de quoi nous parlons en terme d'enjeux, le harcèlement étant le premier que j'ai dû endurer.

Un court silence marqua une pause dans l'échange tendu. Après un long soupir, Culann s'adossa au fond de son siège et croisa ses bras.

-Justement, à l'approche de vos examens et de votre soutenance, n'est-ce pas un risque majeur pour vous de vouloir faire naître au grand jour et surtout de poursuivre une telle relation avec votre enseignant et votre Directeur de Mémoire qui plus est ?

Tallulah tiqua à l'entente des termes «une telle relation» associés au mépris qu'employait son vis-à-vis mais une fois encore, elle jugea bon de prendre sur soi plutôt que d'entrer sur un débat interminable sur la tolérance. Académiquement, le rapport de force était différent.

-Si peu orthodoxe vous semble notre relation, elle n'en reste pas moins basée sur des sentiments aussi honnêtes que ceux de n'importe quel couple, Monsieur. Et c'est bien pour vous prouver notre bonne foi, que nous venons à vous aujourd'hui. Si Rayan, (Elle vit Culann hausser un sourcil) vous a présenté sa lettre de démission, ce n'est pas sans y avoir réfléchi.

L'intéressé reprit:

-Suite à notre premier entretien dans votre Bureau, à la suite des rumeurs, nous avions compris que votre avis ne serait pas favorable quant à la relation que nous entretenions. Beaucoup de choses se sont passées, nous vous épargnerons les détails, mais chacun de notre côtés, avons été amenés à prendre une décision. Finalement, ce que nous avions choisi était bien plus lourds en terme de conséquences...que de venir vous parler.

-Vous savez pourtant que je n'approuve pas... répéta Culann qui retira ses lunettes pour venir se pincer l'arête du nez.

Un nouveau silence s'immisça entre eux trois. Rayan chercha à nouveau la main de sa petite amie qui serra la sienne avec force tant l'attente devenait pénible.

-Mais comme vous l'avez souligné, Mademoiselle Loss, je n'ai pas le pouvoir d'influencer vos sentiments. Et si vous, Rayan, ne pas avoir marqué une distance avec votre étudiante est une faute professionnelle, vous renvoyer pour avoir noué une relation avec une jeune femme majeur serait un délit de ma part.

Dimitri... songea Rayan en se souvenant de la discussion qu'il eut à ce sujet avec son frère aîné, au Cosy Bear «Juridiquement, il n'a aucun droit» lui eut-il dit.

-Je n'interférerai donc pas dans votre relation.

Un élan d'espoir au sein des amants naquit jusqu'à ce le Directeur ne reprenne.

-Cependant, entendez bien que je ne peux fermer les yeux sur l'allure de vos rapports et de la différence de traitement dont je dois faire preuve à vos égards.

-Quelle différence de traitement ? commença à s'inquiéter la jeune femme.

-Elle ne sera pas expulsée, rassurez-moi, Tallulah va pouvoir terminer son année ici sans redoubler ? paniqua Rayan.

-Personne ne sera renvoyé, et il n'en tiendra qu'aux efforts mêmes de Mademoiselle Loss pour ne pas passer une année de plus à Antéros. Mais justement... Afin de m'assurer que vous n'interférez pas non plus dans l'évolution de ses notes, vous ne serez pas en mesure de participer aux corrections d'examens, Rayan. Vous ne ferez passer aucun examen, ni écrit et encore moins oral. Et enfin, vous ne prendrez pas place sur le banc du jury lors des passages des soutenances des étudiants.

-Mais enfin, pourquoi !? s'indigna Tallulah mais son compagnon lui fit comprendre, par un regard bienveillant que tout irait bien.

-Très bien. Si c'est le prix pour qu'aucun de nous n'ait à quitter Antéros, je ne peux qu'accepter que vous demandiez mon retrait à l'Académie.

-Je crois que nous ne nous sommes pas bien compris.

Confus, l'enseignant chercheur interrogea son aîné du regard.

-Vous allez faire la demande vous-même, Rayan.

-Comment...? souffla avec incrédulité Rayan: Mais si je fais ça, alors que j'ai déjà été convoqué, c'est refuser de répondre à mes devoirs ! C-c'est-

-Que voulez-vous que je dise au Conseil pour faire passer votre demande de retrait comme excusable ? Vous n'aviez pas tort, vos recherches font profiter à Antéros... Me priver d'un élément tel que vous serez du gâchis, cela serait mentir que de dire le contraire. Mais je suis pieds et poings liés, et si nous voulons une véritable impartialité pendant les examens, je ne vois que cette solution.

Il ne veut pas se salir les mains ! hurla Tallulah en son for intérieur. Ses dents auraient pu se briser tant elle les serrait avec rage.

-Ayant fait annuler vos cours pour la journée, je peux vous laisser jusqu'à ce soit pour réfléchir.

Me retirer du passages des examens et de la session de correction... ce n'est pas sans répercutions dans mon dossier. Rien à voir si je démissionne en bouclant mon contrat ! s'énerva Rayan qui ferma les yeux avec douleur. Mais démissionner maintenant, voudrait dire devoir tout de même partir et c'est bien ce qu'on voulait éviter avec Tallulah...Ou alors... elle...

-Rayan, un an c'est rien ! Je...je peux...

-Alors quoi, on revivrait exactement la même chose l'an prochain ? Et tes recherches alors, tu penses pouvoir reprendre le même sujet ? Tu as dépensé de l'énergie et de l'argent pour ce mémoire, tu veux tout fiche en l'air maintenant ? (Peu serein, il sourit) Tout de souviens ? On est une équipe.

D'abord hésitante, Tallulah finit par opiner du chef avec entendement. Enfin, Rayan donna sa réponse et malgré l'amertume qu'il en ressentit, il s'était souvenu des paroles de son frère lorsqu'ils étaient encore tous sur le parking. «Cela ne sera pas sans conséquence». Après ce qu'eut déjà subi Tallulah, il ne se trouvait pas si lâche pour la laisser porter une nouvelle fois le poids de leur relation. C'est comme le saut haie... C'est pénible mais nous devons finir la course.

Ensemble.

-Très bien, sourit-il d'un air carnassier: J'enverrai ma lettre à l'Académie.

-Bien, trancha le Directeur qui se leva de son siège: Dans ce cas nous avons terminé Mademoiselle Loss. Mais sachez, que je crois en votre honnêteté et en votre bonne fois et place ma confiance en vous. J'attends, de ces prochains mois, un sérieux et une bienséance exemplaire au sein même de l'Académie Anteros. En dehors de ses murs... Sachez que je n'ai pas mon mot à dire et je n'interviendrais uniquement plus qu'en cas d'erreur de votre part. Je ferais également en sorte que votre intégrité ne soit pas touchée, si jamais un même problème qu'après le Gala se réitère. (Il haussa les épaules) Quoi qu'avec l'affaire qui a suivi nos poursuites, je doute fort que quelqu'un ne retente de telles idioties.

-Évidemment, rétorqua Tallulah avec sûreté: Nous ferons comme avant.

-Sachez néanmoins qu'une surveillance accrue vous sera imposée jusqu'à l'obtention de votre diplôme.

-Nous ferons preuve de bienséance en ces murs, Culann, assura une énième fois Rayan qui alla se lever en même temps que sa cadette.

-Une seconde Rayan, j'ai à vous parler d'un autre sujet. (Il fit le tour de son Bureau et invita Tallulah à le suivre) Quant à vous, je vous assure que nous en avons terminé avec cette affaire. Vous pouvez sortir.

Un instant, elle interrogea du regard son compagnon qui n'en sut pas plus qu'elle sur le moment. Mais après un dernier sourire qui ce voulait rassurant, Rayan lui fit comprendre qu'il la rejoindrait aussitôt sorti du Bureau de Culann.

-Merci de m'avoir reçue, Monsieur, fit-elle en tendant sa main. Son aîné lui serra et la salua poliment: Bonne journée.

-Vous de même, Mademoiselle Loss.

Alors qu'elle sortait dans le couloir, elle passa son regard par dessus son épaule pour apercevoir la silhouette de son amant qui se rasseyait, à travers la rainure des portes qui étaient sur le point de se fermer jusqu'à ce qu'elles ne lui coupent tout point de vue dans un faible grincement. Un dernier claquement puis, la jeune femme se retrouva seule.

Après avoir récupéré sa valise auprès du secrétaire, elle prit la direction de la cour et se fit héler par ses amis qui s'étaient réunis sur un banc, sur l'espace vert du Campus. Bien évidemment, tout le monde lui posa la question fatidique «Que s'est-il passé ?» Sur le point d'exploser, Tallulah hurla d'abord un bon coup en lâchant mille et un jurons à l'encontre du Directeur avant de rire aux éclats alors que la tension redescendait.

-Elle craque complètement ! se moqua Camille, l'air ahuri.

-Elle se défoule ! pesta Kelly: Et elle a raison, quand y a besoin, faut que ça sorte !

-Bien dit ! renchérit Charly.

Et Tallulah continua à rire à gorge déployée. Hyun, qui avait fini par sécher pour rester avec le groupe, tout comme Priya, Rosalya, Alexy, Morgan et Castiel, se sentit moins mal à l'aise face à ce rire là, que celui de Rayan la semaine dernière. Car à travers celui-ci, le jeune homme revoyait enfin, un éclat de joie de vivre qu'eut perdu son amie ces dernières semaines. Enfin, elle sourit à nouveau ! s'enjoua-t-il en son for intérieur.

Lorsqu'elle eut raconté le déroulement de leur entretien avec le Directeur, Tallulah fut étreinte par Rosalya qui partagea sa folle envie d'étrangler Rayan lorsqu'elle eut appris pour sa lettre de démission. «Les conneries ça va bien deux secondes !» s'outra-t-elle. «Toi aussi !» renchérit Alexy qui pointa du doigt Tallulah.

Elle savait que ce dernier n'avait plus aucune colère envers elle, mais pour une question de crédibilité, Alexy restait Alexy quand le moment en avait besoin. Mais sa mine penaude entre deux échanges et le retrait qu'il prenait parfois suffisaient pour que Tallulah comprenne qu'il regrettait encore ses paroles et son attitude pourtant pardonnées par Priya...

-C'est con, je te voyais déjà éleveuse de loups dans ta propre réserve naturelle, la charia Castiel.

-Ha-ha ! rit faussement Tallulah, avec scepticisme: Mais c'est que t'aurais raté ta carrière, toi ! Lance-toi dans le stand-up, tu ferais fureur !

Puis, tel un chat en alerte, elle dressa sa tête parmi la petite foule qui l'entourait tandis qu'elle crut percevoir la silhouette de son petit ami. Sautant sur ses pieds, elle s'excusa auprès de ses amis et se mit à courir, valise en main, jusqu'à la sortie de la cour sous le regard et le rire amusé de Rayan qui l'eut vu faire.

-Mais qu'est-ce qu'elle a maintenant ? fit Camille.

-T'as oublié ? demanda Chani qui regardait avec une profonde bienveillance son amie qui se tenait bien derrière le portail, l'impatience dans le regard: Entre les murs de la fac, ils sont professeur et étudiante... En dehors...

Rayan se stoppa net à la limite de la sortie, nez à nez avec sa cadette qui lui adressa une moue renfrognée. Pas plus patient qu'elle, il finit par passer un pas en dehors de la cour et se retrouva à son tour dans la rue, non loin de l'arrêt de bus.

-...En dehors, c'est leur vie privée.

-Alors, alors ? s'impatienta la jeune femme: Que te voulait-il encore ce serpent...?

-Haha, comme je m'en doutais il m'a parlé de mon père. Maintenant que Dimitri a éclairci l'affaire, Culann voulait me poser certaines questions quant à la poursuite des dons des studios Arles.

-Et c'est lui qui parlait d'impartialité ? (Elle pouffa avec dédain) Tu parles, il veut te tenir en laisse, oui...

-Si cette laisse n'est pas attachée trop loin de toi, alors, tout ira bien. Et puis, il a beau avoir fait le fier devant toi tout à l'heure, il n'en reste pas moins celui dépendant des dons que nous lui faisons. Son discours n'était pas aussi honnête que le nôtre, l'argent et la bonne gestion des finances pour l'avenir de son bâtiment d'Art étaient tout autant en jeu dans cette affaire. (Il ferma les yeux et les rouvrit sur leurs mains jointes) Je ne veux pas trop m'avancer...Mais je crains que ce ne soit la dernière année de Culann en tant que chef de l'Académie. Je n'ai pourtant pas eu d'attitude trop présomptueuse, surtout après l'entretient qu'on venait d'avoir tous les trois, mais il semblait bien plus pris au piège que moi...Je n'aurais jamais pensé que de savoir qu'un de ses enseignants était le fils d'un de ses donateurs, et pas le plus radin, lui mettrait autant la pression.

-Tu vas me trouver vache, mais ce n'est que justice !

-Haha, tu sais que toi...grogna avec sensualité Rayan, qui plongea ses yeux anis dans ceux vairons, et à nouveau lumineux de Tallulah.

Comme pour marquer enfin leurs retrouvailles définitives, les deux amants s'abandonnèrent à un long baiser qu'ils n'avaient plus échangé depuis bien trop longtemps pour leur bien-être physique et moral. Ce genre de baisers qui les faisaient inspirer profondément entre deux mouvements de lèvres avant de faire soupirer d'aise et de contentement. Ce genre de baisers, qui, une fois échangés, appelaient à un second qui faisait trembler les yeux sous les paupières closes. Ce genre de baisers qui faisaient parcourir sur tout le corps à en déchirer l'échine, des vagues de frissons qui glaçaient d'abord le corps avant de chauffer leurs joues à trop leur faire monter le sang à la tête. Ce genre de baisers qui ne s'arrêtaient que sous le manque d'oxygène...

Ces baisers-là... Tallulah et Rayan n'avaient plus aucune raison de devoir s'en priver. Et ce fut bien sous l'effluve d'un vent nouveau, à la naissance même du printemps, qu'ils continueraient à s'aimer.

A suivre...