Auteur: Ariani Lee
Bêta-lecture : Shangreela
I am You and you are Me
~ 01 : Existence ~
Mais qui est l'Autre? Ton visage est familier.
Mais qui est l'Autre? En toi ma vie s´est réfugiée.
C'est un ami…. c'est lui.
Toi et moi, du bout des doigts, nous tisserons un autre.
Un autre moi, une autre voix sans que l´un chasse l´autre.
J´ai dans ma mémoire mes faiblesses
Mais au creux des mains, toutes mes forces aussi
L'Autre, Mylène Farmer
Les premiers jours avaient été… étranges.
Sora avait été extrêmement surpris de constater que les deux miraculés ne s'étaient pas mutuellement sauté dessus dès qu'il s'étaient retrouvés. Après tout, ils s'aimaient, il le savait. Mais Roxas était encore bien dans le cirage. Quand Sora en avait parlé discrètement à Axel, ce dernier lui avait dit qu'il fallait lui laisser le temps.
Roxas pensait – à raison – qu'Axel n'avait pas lu sa lettre, et Sora avait réalisé, soudain, qu'il était le seul à savoir. Le seul à connaître leurs sentiments respectifs. Bien sûr, c'était visible, mais Roxas oscillait entre un état d'apathie muette et des moments de conscience méfiante.
Mais comme Axel semblait prendre la chose avec calme et ne pas s'en offenser – après tout, il avait perdu Roxas depuis longtemps, et se satisfaisait largement de l'avoir retrouvé, en tout cas pour commencer - Sora continuait de ne pas s'en mêler. Axel avait l'air de nager dans le bonheur le plus absolu, étrennant avec enthousiasme son cœur tout neuf.
Etonnamment, il semblait s'être réadapté à la condition humaine beaucoup plus vite que Roxas, alors que lui-même avait toujours eu un cœur. Sora pensait que ce dernier avait dû être endormi, en quelque sorte, et qu'au sein de la confrérie, on avait dû apprendre à Roxas qu'il ne pouvait pas ressentir d'émotions, alors il n'avait sans doute pas cherché à comprendre ni à savoir.
Ils avaient de longues discussions – ou plutôt, Axel comblait les silences de son ami, s'échinant à le faire sourire et jubilant quand il y parvenait. L'ex-Numéro VIII disait que c'était normal. Quand Roxas était arrivé dans l'Organisation XIII, il était resté dans un état quasi-végétatif pendant des jours, il n'y avait pas de quoi s'affoler.
Le Roi et Yen Sid avaient longuement examiné les deux « revenants ». Ils n'avaient rien perdu de leurs facultés. Axel avait conservé ses compétences en pyromancie et l'usage de ses chakrams. Quant à Roxas, il utilisait toujours le pouvoir de la Lumière, et avait gardé l'aptitude qui lui était apparue peu avant la fin de manier deux Keyblades. Sora, qui se souvenait du duel au cours duquel il l'avait affronté, et qui ne s'était pas à proprement parler soldé par une victoire, en ce qui le concernait, était impressionné. Roxas avait dit avoir vaincu Riku, et à l'époque Sora ne l'avait pas cru. Maintenant, il y était plus disposé.
Il avait fallu prendre une décision. Sora allait regagner l'archipel du Destin et y rester. Roxas et Axel pouvaient choisirde faire ce qu'ils voulaient mais leur choixdevrait être certain car il serait peut-être – certainement – définitif. Cela dit, ce fut rapide, car Roxas savait ce qu'il voulait : suivre Sora. Et Axel voulait être auprès de Roxas, aussi fut-il décidé qu'ils rentreraient avec lui, à Destiny. Roxas irait au lycée – ça promettait d'être épique– et Axel, de son côté, devrait trouver du travail, mais ils s'en sortiraient. Sora comptait demander à sa mère si elle accepterait d'héberger Roxas. La pauvre ne savait plus exactement où elle en était. Son monde avait été détruit puis ramené des Ténèbres elle avait oublié son fils pendant un an, avant de s'en souvenir un beau matin et de passer des semaines angoissantes à se demander où il était. À son retour, Sora avait été contraint de plus ou moins lui expliquer ce qui s'était passé, et elle n'avait pas eu d'autre choix que de le croire. Kairi et Riku l'avaient appuyé et elle avait accepté toute l'histoire, aussi invraisemblable fusse-t-elle. Bien sûr, le vaisseau Gummi qui était venu chercher Sora aurait suffit à terminer de la convaincre si ça avait été nécessaire. Il était certain qu'elle serait d'accord. Quant à Axel, ils trouveraient une solution en temps voulu.
Cela voulait aussi dire que les deux ex-membres de l'Organisation ne pourraient sans doute jamais retourner à le Cité du Crépuscule, mais ils étaient prêts à faire ce sacrifice. Quand Roxas avait mentionné ce fait, Axel lui avait répondu que cet endroit lui était aussi cher qu'à lui, car c'était là qu'ils avaient construit leurs meilleurs souvenirs. Puis il avait passé un bras autour de ses épaules et lui avait dit qu'ils allaient pouvoir s'en faire plein d'autres, et que pour ça, c'était peut-être mieux de commencer leur nouvelle vie dans un endroit nouveau. Roxas lui avait rendu son sourire avec réserve, presque malgré lui, et Sora s'était demandé pendant combien de temps ils allaient se tourner autour, puisqu'ils s'aimaient. Mais ils avaient des choses à surmonter, et il n'était pas censé savoir. Roxas devait se douter qu'il avait lu sa lettre mais il n'en avait pas dit un mot.
- Tu n'as plus tes tatouages…, dit Roxas.
Ils étaient dans le vaisseau Gummi. Quatre jours s'étaient écoulés depuis le réveil de l'ex-Numéro XIII, et ils repartaient. Tic et Tac étaient en train de préparer le décollage.
- Je sais, répondit Axel en se grattant la pommette gauche. C'est probablement parce que je ne suis plus… Axel.
Roxas fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- D'après ce qu'on m'a expliqué, je ne suis pas revenu en tant que, euh, moi ? Je suis redevenu celui que j'étais avant de devenir un simili. Lea.
- Oh.
Roxas baissa les yeux. Il évitait avec soin de penser au garçon dont le Roi lui avait parlé, Ventus. Ça le mettait mal à l'aise.
- Et… ça veut dire quoi ? Je veux dire, pour toi, ça… change quelque chose ?
Axel secoua la tête.
- Non. Je reste celui que tu as connu, ce n'est pas la question. Je suppose que… hé bien, j'aurais pu rester au Jardin radieux, c'est de là que je venais, tu sais. Mais il ne reste plus rien de ce que j'ai connu, là-bas. Même la ville ne ressemble pas à mes souvenirs. À choisir, je préfère rester Axel. C'est plus… réel. C'est ce que je sens. Et puis… Hé bien. Lea ne te connaissait pas. Et tout ce qui compte pour moi, c'est toi. Je veux rester la personne que tu connais.
Roxas ne put réprimer un sourire et ses joues se colorèrent un peu. Axel lui ébouriffa les cheveux et l'attira près de lui. Le blond se laissa faire sans trop rechigner et s'appuya contre son ami, épaule contre épaule, aussi bien que le leur permettaient les sièges et les ceintures de sécurité. Axel posa sa tête contre la sienne et ferma les yeux.
Il avait décidé de ne plus jamais se taire. Il ne voulait pas parler de ses sentiments à Roxas parce qu'il savait qu'il était trop tôt, mais il avait eu tout le temps nécessaire pour regretter de ne pas lui avoir dit la vérité, à l'époque, et de ne pas l'avoir retenu lors de son départ. De ne pas l'avoir rattrapé, de ne pas s'être assuré qu'il l'entende lui dire qu'il lui manquerait s'il disparaissait. Alors maintenant, il lui dirait tout. Toujours. Même si c'était gênant.
Roxas méritait toutes les vérités qu'Axel aurait à lui offrir.
Depuis son siège, Sora les observait du coin de l'œil, en silence. Il espérait de tout son cœur qu'ils parviendraient à se retrouver et à se reconstruire.
Le vaisseau Gummi se posa sur la plage de l'Île du Destin. Ils ne pouvaient pas atterrir en ville, bien sûr, mais Riku, Kairi et la mère de Sora les y attendaient.
- Sora ! S'exclama la rouquine lorsqu'elle le vit descendre du vaisseau.
Elle courut se jeter dans ses bras, et il rit, en échangeant un regard complice avec Riku par-dessus son épaule. Mais l'argenté n'eut pas le temps de s'approcher pour le saluer à son tour, car Roxas et Axel descendirent du vaisseau à ce moment-là.
Sora réalisa seulement à ce moment-là qu'il n'avait expliqué à personne pourquoi il était parti voir le Roi, ni pourquoi son absence avait été si longue.
- Axel ! S'exclama Kairi, trop stupéfiée pour être effrayée ou en colère – il y aurait largement eu de quoi, après tout. C'était à cause de lui qu'elle s'était retrouvée à croupir dans les geôles d'Illusiopolis.
- Et Roxas, constata Riku, étonné.
- Je te dois des excuses, Kairi, dit le jeune homme en s'approchant, l'air gauche. Je pensais pas que j'aurais une chance de te le dire un jour.
Kairi s'écarta de Sora et s'approcha d'Axel, l'air curieux.
- T'avais pas des tatouages, avant ? demanda-t-elle.
Il ricana.
- Si une personne de plus me fait la remarque, j'irai me les faire refaire.
- Bonne idée ! Le taquina Sora en lui envoyant une bourrade amicale, avant de s'en aller retrouver sa mère, qui semblait au bord de la syncope.
Riku se tourna vers Roxas qui, debout à côté d'Axel, n'avait pas ouvert la bouche depuis son arrivée.
- En ce qui me concerne, dit-il, c'est à toi que je dois des excuses.
A côté, Kairi et Axel discutaient. Elle n'était pas rancunière, elle comprenait, et semblait heureuse de le voir avec Roxas. Ce dernier secoua la tête.
- Tu as fait ce que tu devais faire pour sauver ton meilleur ami. Comment aurais-tu pu me faire passer avant Sora ? Personne n'aurait pu attendre ça de toi… Regarde-les, ajouta-t-il en branlant du pouce en direction des deux roux qui semblaient s'entendre à merveille. Axel a fait la même chose que toi, et c'était probablement même moins glorieux vu qu'elle ne pouvait même pas se défendre (« Hey ! » protestèrent Axel et Kairi, dans l'indifférence générale), et elle ne lui en veut pas, on dirait.
Riku croisa les bras en fronçant les sourcils, et Roxas lui sourit de son mieux.
- On ferait mieux laisser tout ça derrière nous, poursuivit-il. De repartir à zéro. Tu veux bien ?
L'argenté semblait encore contrarié, mais il serra la main que Roxas lui tendait. Sans doute aurait-il préféré que ce dernier le provoque en duel, histoire de régler ça à l'ancienne, mais bon…
Sora revint vers eux à ce moment-la, sa mère sur les talons. Cette dernière s'arrêta devant Roxas, l'air hésitant. Le blond serra la main droite sur son coude gauche et détourna le regard, ce qui - Sora le découvrait en même temps que les autres - était son attitude caractéristique de l'embarras et du désir de rentrer dans un trou pour se cacher.
- Voici ma mère, Rosa, déclara Sora.
Sora ressemblait à sa mère. Elle avait des cheveux châtain clair indisciplinés, des yeux d'un bleu de porcelaine peinte et un joli visage assez ridé - les marques les plus prononcées étaient les rides de rire et de sourire aux coins des yeux et de la bouche, mais les plis caractéristiques du souci et de l'inquiétude étaient nettement visibles sur son front.
- Roxas, dit-elle.
Ce n'était pas une question, ni même une manière d'indiquer qu'elle s'adressait à lui. On aurait plutôt dit qu'elle attendait de voir s'il allait la contredire, ou dire quelque chose qui invaliderait ce que son fils avait bien pu lui raconter à son sujet, pour justifier son existence et sa présence. La vérité, probablement. Sora n'était pas du genre à mentir, ils le savaient tous. Alors l'adolescent se redressa, regarda en face la mère de l'élu de la Keyblade et hocha sobrement la tête. Il était qui il était, et ce peu importait qui était la personne qui voulait le savoir.
Rosa se pencha et avant que Roxas ait compris ce qu'elle avait l'intention de faire - et donc d'esquiver - elle avait refermé ses bras autour de lui en une étreinte étroite qui le fit se raidir comme une planche. Axel en fit autant en voyant la scène. Roxas n'était pas habitué au contact physique.
Heureusement, l'ex-Numéro XIII parvint à réprimer son premier réflexe (Il eut été malheureux, pour son premier jour dans son nouveau monde, d'envoyer une pauvre femme s'encastrer dans un palmier juste parce qu'elle l'avait pris dans ses bras. Il ne lui aurait plus resté qu'à remonter dans le vaisseau Gummi et à s'en aller.) et à rester en place, suffisamment longtemps pour se rendre compte que ce n'était pas désagréable.
La mère de Sora le relâcha et le regarda, les yeux brillants. Axel laissa échapper un soupir discret, soulagé. Ils auraient eu l'air fin, tous, si Roxas avait cédé à sa première impulsion et écouté son instinct de combattant qui lui dictait que toute intrusion dans son espace personnel était une agression. Mais d'un autre côté, il était le seul à le connaitre suffisamment pour s'être douté qu'il risquait de ne pas apprécier.
- Si j'en crois ce que m'a expliqué Sora, commença Rosa, tu as toujours été là.
Roxas en déduisit que Sora lui avait dit la vérité, ou en tout cas une bonne partie. Il se passa une main dans les cheveux, avant de la laisser reposer sur son cœur. Ce cœur qui s'était soigné au contact de celui de Sora au moment de la naissance de ce dernier. Ce cœur qui appartenait à quelqu'un d'autre.
- Je ne suis vraiment… né… qu'il y a un an et demi. Mais techniquement, oui. C'est vrai.
- Hé ! S'exclama Sora, pétulant, en entourant les épaules du blond d'un de ses bras et en l'attirant un peu brusquement contre lui. Il se mit à lui frictionner le crâne de son poing fermé, ébouriffant encore davantage ses cheveux. Roxas se débattit en piaillant comme une gamine, mais il ne pouvait pas franchement se défendre. Bien sûr, il aurait pu sortir ses armes et envoyer son « agresseur » mordre la poussière (ou plutôt le sable, en l'occurrence), mais sa mère risquait de ne pas apprécier.
- On est un peu comme des jumeaux, t'as vu ? Poursuivit Sora en arrêtant de lui ravager le cuir chevelu, mais sans le lâcher pour autant.
Roxas lui envoya un regard sombre, mais Rosa sourit et Axel se mit à rire carrément.
- Ouais, commenta Riku. Vous avez tout de la paire de frangins qui se chamaille, j'avoue.
Sora relâcha Roxas qui s'écarta un peu, fripé de partout, le visage rouge. Kairi dissimulait son sourire derrière sa main.
Ils saluèrent une dernière fois l'équipage du vaisseau Gummi avant que celui-ci ne prenne son envol, puis tous prirent le bac, quittant l'île pour regagner la ville. Un silence paisible, troublé uniquement par le bruit de l'eau qui clapotait contre la coque, s'étira pendant la traversée. Finalement, ils reposèrent les pieds sur la terre ferme. Le soleil se couchait sur la petite ville et tout était calme.
- Riku ? Demanda l'élu. Tu peux… ?
L'argenté acquiesça.
- Axel, tu viens avec moi ? Proposa-t-il.
L'ex-Numéro VIII se tourna vers lui.
- T'es sûr ? Je veux surtout pas m'imposer.
L'autre haussa les épaules.
- Aucun risque. Je suis seul chez moi.
Axel haussa les sourcils, étonné, puis se tourna vers Roxas.
- Je te vois demain ?
Le blond hocha la tête avec réticence. Non seulement, il ne pourrait pas voir Axel s'il le voulait (à moins de demander à Sora de lui indiquer le chemin pour aller chez Riku), ce qui signifiait qu'il perdait son seul repère mais en plus, il se retrouvait entouré de quasi-étrangers apparemment contents de le recevoir. Tout ça était plus que déstabilisant. Mais il se força à rester impassible lorsqu'Axel lui fit un petit signe de la main et s'éloigna avec Riku. Kairi les salua et partit à son tour pour rentrer chez elle.
À nouveau, Sora lui jeta un bras autour des épaules, mais d'une manière clairement réconfortante, cette fois. Roxas lui lança un regard intrigué auquel il répondit par un sourire malicieux.
- Allez, te fais pas de bile, le taquina-t-il. Tu le verras demain, on ira chez Riku dès qu'on sera réveillés.
Roxas haussa les épaules, trop gêné pour répondre, et suivit son double et sa mère jusque chez eux. La présence de Sora était rassurante.
- Comment ça se fait qu'il y ait personne, chez toi ? Demanda Axel.
Il marchait à côté de Riku, son blouson noir jeté par-dessus l'épaule. Il faisait chaud, malgré le crépuscule, et même le tee-shirt était limite de trop.
- C'est parce que je vis avec mes frères. Mes parents sont sur une autre des îles - ce monde est un archipel, en fait. Donc je suis avec mes frangins, Kadaj, Loz et Yazoo, et ils sont en vadrouille, la plupart du temps.
- Je vois.
L'idée de cohabiter – même provisoirement – avec Riku laissait à Axel des sentiments mitigés. D'un côté, c'était lui qui avait piégé Roxas après sa fuite. Il l'avait vaincu et capturé et avait aidé DiZ et Naminé à l'enfermer et à lui laver le cerveau. Même s'il ne s'était jamais physiquement interposé entre lui et Roxas, il avait joué un rôle important dans tout ce qui était arrivé.
Mais d'un autre côté, Riku et lui étaient peut-être les plus à même de se comprendre. Après tout, comme l'avait dit Roxas un peu plus tôt, Axel en avait fait autant. Il avait enlevé Kairi, et il avait eu l'intention de la tuer, même s'il ne l'avait pas fait. Alors il aurait été mal placé pour lui en vouloir. Roxas avait raison, il fallait faire table rase du passé, et Riku savait ce qu'il avait ressenti en perdant le Numéro XIII, et pouvait comprendre à quel point il avait été prêt à tout pour le retrouver…
Perdu dans ses pensées, Axel ne se rendit pas compte qu'ils étaient arrivés à destination jusqu'à ce que Riku ouvre la porte de sa maison qui, de fait, était déserte.
- Bon, tu dormiras sur le divan cette nuit, dit l'argenté. Parce que je fais pas le ménage dans les chambres des trois zouaves d'habitude, alors c'est le souk.
Axel leva les mains devant lui, comme pour se défendre.
- Hé mais non, tu vas pas me filer la chambre d'un de tes frères, quand même !
Riku lui fit face, une brassée de linge dans les bras. Il y en avait un peu partout répandu dans le salon.
- Si, au moins provisoirement. Je vais pas te laisser dormir dans le salon.
Son ton ne souffrait aucune réplique, et Axel s'inclina.
- D'accord, d'accord… mais je te donnerai un coup de main.
- Si tu veux.
Riku se laissa tomber dans le divan à présent plus visible sans le tas de fringues jetés dessus en vrac et son invité prit place sur une chaise, en face.
- Alors, demanda l'argenté. Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Trouver du travail, répondit Axel. Je sais pas si j'y arriverai, on peut pas dire que j'aie de bonnes références, mais je veux le faire.
Riku hocha la tête.
- J'espère que ça ira, l'école. Pour Roxas, je veux dire, dit-il.
- Ah, c'est clair, ça va être bizarre. Il y a jamais mis les pieds. Je me demande comment il va vivre tout ça…
Axel avait prononcé ces derniers mots presqu'à mi-voix, plus pour lui-même qu'autre chose, en réalité. Riku lui adressa un de ses rares sourires.
- T'en fais pas. On l'aidera. Surtout Kairi en fait. C'est la seule à n'avoir pas raté tous les cours de l'année dernière. Du coup, on va être dans la même classe, alors que je suis plus âgé. Sora et moi, on a raté un an et demi de cours. On va être aussi largués que Roxas, sans doute. Ça va être la galère.
Axel acquiesça, pas moins inquiet pour autant, mais bon. Il avait d'autres soucis, pour l'instant, plus urgents. Roxas était entre de bonnes mains, et il devait se trouver un boulot et un logement. C'était très sympa de la part de Riku de l'héberger et il appréciait, vraiment, mais il était hors de question qu'il squatte chez lui plus longtemps qu'il ne serait indispensable.
Roxas regarda le lit avec appréhension, comme à peu près tout ce sur quoi son regard s'était posé ces dernières heures. Il avait regardé la maison avec appréhension, il avait regardé la porte d'entrée avec appréhension, puis le couloir, la cuisine, le repas, la table, la salle de bains, la chambre de Sora, et maintenant son lit. Puis le pyjama qu'il lui tendait.
- Ça va aller ? Demanda l'élu de la Keyblade.
Roxas leva les yeux pour le regarder et fut surpris de voir qu'il ne souriait pas. Son étonnement devait se lire sur son visage car Sora lui adressa un petit sourire contrit.
- Ça rassure ma mère, quand je fais le pitre. Elle m'a cru mort, et depuis que je lui ai raconté tout ce qui s'est passé – ce qu'elle avait besoin de savoir, en tout cas – elle est hyper angoissée. Elle regarde tout le temps du coin de l'œil, comme si j'allais soudain m'effondrer et faire une dépression nerveuse.
- Oh, fit simplement le blond.
Il accepta le pyjama que lui tendait Sora et se déshabilla pour l'enfiler tandis qu'il en faisait de même de son côté. Ils se retrouvèrent vêtus de pantalons en toile bleue assortis, et d'un tee-shirt, dans le cas de Roxas. Sora n'avait pas enfilé le sien, il avait trop chaud.
Ils s'assirent face à face sur le lit.
- Elle ferait n'importe quoi pour me faire plaisir, ces derniers temps.
- C'est pour ça qu'elle a accepté que je vienne ?
En aucune manière il ne voulait représenter une gêne, ou que la mère de Sora se force à l'accueillir comme elle le faisait. Mais ce dernier secoua la tête.
- T'inquiète. Là, c'est différent, elle sait que c'est… important. Et puis, je…
Il s'interrompit, l'air hésitant, et Roxas se redressa un peu, curieux.
- Tu quoi ?
Sora hésita un instant avant de parler.
- Je sais pas si je devrais t'en parler, dit-il.
Roxas fronça les sourcils, contrarié. Bien sûr, Sora n'y était pour rien, mais tout de même, ce qu'il pouvait détester qu'on lui cache des choses ! Il ne voulait plus jamais se laisser embobiner par qui que ce soit.
- Je veux savoir, déclara-t-il tout net.
Alors Sora parla.
- Il y a un peu plus d'un mois… j'ai trouvé la lettre que tu avais écrite. Je l'ai lue.
Roxas pâlit. Il s'en était douté, bien sûr, mais… il aurait voulu que tout ça soit… oublié.
- Tu…, commença-t-il, anxieux.
Sora secoua la tête.
- Je n'ai rien dit à Axel. Ça vous regarde.
Roxas soupira, soulagé.
-…Merci.
Sora resta muet un instant. Il avait envie (d'accord, il crevait d'envie) de lui demander pourquoi il ne lui disait pas, tout simplement. Puis, il se ravisa. Apparemment, il n'avait pas envie d'en parler.
- J'en ai été malade, avoua-t-il finalement. Je m'étais jamais rendu compte qu'après que tu sois… revenu en moi, tu étais resté là, conscient. Je sais pas ce que je croyais, d'ailleurs. En fait, je pense que j'avais soigneusement évité d'y réfléchir. Mais quand j'ai su… tout ça… et que j'ai compris que tu avais renoncé à te battre, qu'il était juste trop tard… et qu'en plus, j'ai réalisé que je ressentais aucune différence…
Il cherchait ses mots, un peu agacé. Il lui semblait qu'il n'arrivait pas à exprimer clairement ce qu'il avait ressenti, et c'était frustrant, d'autant qu'il faisait tout son possible pour contourner le sujet d'Axel.
- C'était insupportable de penser que tu avais dû disparaître pour que je puisse vivre, que je t'avais ignoré alors que tu étais là. Je me suis senti tellement minable que j'en ai perdu le sommeil et l'appétit.
Roxas baissa la tête.
- Je suis désolé.
- Tu n'as pas à t'excuser. Mais ma mère… elle était tellement inquiète, elle s'est bien rendu compte que ça n'allait pas. Alors je lui ai expliqué. C'est pour ça qu'elle t'accueille. Parce qu'elle sait qui tu es et parce que…
Il s'arrêta un instant, cherchant ses mots.
- Parce que tu fais partie de moi.
Roxas se redressa et ébaucha un sourire timide.
- Tu sais… je ressens la même chose, avoua-t-il.
Ils échangèrent un regard complice et un long silence confortable s'installa. Ce fut Sora qui le brisa le premier.
- Demain, on ira retrouver Axel et Riku, et on vous fera visiter la ville, qu'est-ce que t'en penses ? Proposa-t-il.
Roxas s'étira.
- J'adorerais.
Ils se couchèrent. Sora avait un grand lit, et ils dormiraient ensemble faute de mieux, le temps qu'il faudrait pour aménager une chambre à Roxas dans le bureau inutilisé qui servait surtout de débarras, à côté de celle de Sora. Allongés dans l'obscurité nocturne, bercés par le bruissement de la mer qui leur parvenait par la fenêtre grand ouverte, ils s'endormirent, leurs mains enlacées reposant entre eux.
Quel émoi devant ce Moi
Qui semble frôler l'Autre
Quel émoi devant la foi de l'un
Qui pousse l'autre
C'est la solitude de l'espace
Qui résonne en nous
