Auteur: Ariani Lee
Bêta-lecture : Shangreela
I am You and you are Me
~03 : Heartbeat ~
Tell me why you did it - Every dream falling apart
Tell me why you did it - After the promise
Still aching - Still aching - Oh baby I need your love
Looking so different - Glaring street light
Heartbeat, Heartbeat - It keeps on pounding
Heartbreak, Heartbreak – You tell me goodbye
Heartbeat, Heartbreak, Shoji Meguro
Le brouillard avait fini par se dissiper, et l'humeur d'Axel s'était envolée avec lui, du moins en apparence. Il avait décidé de faire une pause dans sa recherche d'emploi jusqu'à la rentrée, histoire de profiter au maximum du temps de vacances qu'il restait au groupe de jeunes. Pour l'heure, il arrivait sur la plage de l'Ile principale - plus petite que l'autre, mais plus animée - les bras chargés de boissons fraîches.
Les canettes glacées avaient brûlé désagréablement la peau nue de son torse lorsqu'il les avait prises, mais maintenant, leur contact était agréablement rafraîchissant. Il ne souffrait pas de la chaleur, jamais - c'était métabolique - mais le soleil semblait vouloir se rattraper pour tout le temps qu'il avait passé caché derrière la brume et les nuages. Quand Sora avait suggéré qu'ils passent leurs derniers jours de vacances sur la plage au lieu de continuer à réviser, il avait reçu des exclamations enthousiastes de toute la bande. À l'exception de Roxas, en fait, qui était devenu pâle sans qu'Axel comprenne pourquoi. Seul, Riku avait eu l'air de savoir quel était son problème et lui avait lancé un regard compréhensif et d'encouragement muet.
Roxas avait refusé, un peu sèchement, d'en parler à Axel quand ce dernier lui avait demandé ce qu'il en était, et il avait accepté la rebuffade avec le sourire, même si ça lui devenait de plus en plus difficile.
Il n'avait pas douté des sentiments de Roxas, au début. D'un côté parce qu'une part de lui avait toujours [voulu croire] cru qu'il l'aimait aussi, et de l'autre parce que Sora en avait semblé convaincu. Axel avait pensé qu'il devait savoir quelque chose que lui-même ignorait. L'épitaphe qu'il avait gravée dans la pierre était plus qu'équivoque, après tout. Les premiers jours, l'attitude de Roxas vis-à-vis de lui avait été plutôt encourageante, mais par la suite, ça avait changé et l'ex-Numéro VIII s'était mis à douter. Au fond, à ce moment-là, qu'aurait bien pu savoir Sora qu'il aurait ignoré? Il avait clairement dit qu'il ne s'était jamais aperçu de la présence de Roxas à l'époque où il dormait en lui.
Axel perdait confiance, petit à petit. Peut-être qu'il s'était trompé. Peut-être que Sora s'était trompé? Après tout, il n'avait plus dit un mot à ce sujet depuis que Roxas était revenu. Peut-être qu'il s'était aperçu de son erreur? Peut-être, au fond, qu'Axel s'était planté sur toute la ligne, qu'il n'était pas, et ne serait jamais pour Roxas autre chose que l'ami qui lui avait planté un couteau dans le dos... Peut-être qu'il parviendrait un jour à lui pardonner ça, mais peut-être aussi qu'il ne l'aimait pas, au fond, et qu'il ne l'aimerait jamais. En tout cas, pas comme Axel l'aimait.
Mais maintenant, il était sur la plage avec les autres, souriant, l'air insouciant, remarqua le jeune homme en descendant vers eux. Il y avait du monde, à cause de la chaleur, et lorsqu'elle le vit arriver, Kairi se leva pour venir l'aider. Roxas la suivit du regard, croisa celui d'Axel puis détourna les yeux, et le roux se prit à se demander si ça valait bien la peine d'avoir récupéré un cœur. À quoi bon ? Pour l'instant, ça ne lui servait qu'à souffrir avec plus d'acuité.
- Merci, dit-il à la jeune fille quand elle le déchargea d'une partie de son fardeau, poussant un petit cri surpris quand les canettes froides entrèrent en contact avec sa peau.
- Comment tu te sens ? Lui demanda-t-elle, l'air inquiet.
Kairi avait ce truc appelé l'intuition féminine, et peut-être même que c'était boosté par ses pouvoirs de Princesse de Cœur, il ne savait pas trop, mais elle savait. Contrairement à Sora, elle n'avait pas fait de suppositions, et Axel ne lui avait rien dit mais elle avait tout compris. Elle avait probablement même déjà compris à l'époque où il l'avait enlevée. Elle savait que c'était Roxas qu'il cherchait à retrouver alors, et il ne lui avait pas fallu dix secondes pour assembler les pièces du puzzle. Axel l'avait vu dans ses yeux, et le regard dont elle le couvait maintenant, plein de compassion et de gentillesse, lui mit du baume au cœur autant qu'il l'agaça. Y avait-il quelqu'un dans son entourage, en dehors du principal concerné, qui ignorait ce qu'il éprouvait ? Il s'efforçait pourtant de donner le change et avait l'impression d'y parvenir mais ça ne prenait pas avec elle. Elle était bien trop perspicace pour ça. Sora, lui, semblait décidé à ne plus s'en mêler et ne disait rien, quant à Riku, c'était le genre à s'occuper de ses affaires.
- Comme tu t'en doutes, répondit-il simplement en continuant de marcher, ses pieds s'enfonçant à chaque pas dans le sable brûlant.
Elle lui sourit, gentiment, et il se surprit à en faire autant. Il aimait bien Kairi, vraiment. C'était le genre de personne qui ne disait pas « comment ça va ? » par politesse. Elle voulait vraiment savoir, écouter, aider si elle pouvait. Sans doute que c'était ça, un cœur de lumière pure. Pour Axel, l'idée était abstraite, mais plus il la fréquentait, plus il avait l'impression de commencer à comprendre. Elle ne lui disait pas que tout irait bien, ni que Roxas finirait par changer d'attitude, parce qu'elle n'en savait rien. Elle se contentait de sourire et d'être là, et Axel lui en était reconnaissant. Il ne voulait pas de ce genre de réconfort vide de sens, il n'en aurait pas compris l'intérêt. Ça ne l'aiderait pas, que des gens qui ne pouvaient pas comprendre lui disent ce qu'il avait envie d'entendre.
- Merci, Axel, dit Sora en se levant pour décharger les deux « coursiers » et ranger les cannettes dans la glacière posée à côté de sa serviette.
Kairi reprit place sur la sienne et entreprit de remettre de l'écran total pendant que Riku choisissait une boîte et l'ouvrait avec un « pssschit ! ». Sora en fit autant et Axel s'assit en évitant de regarder du côté de Roxas, sûr par avance que son regard serait fixé sur la mer, sur le ciel ou même sur la raquette de jokari que quelqu'un avait abandonnée à quelques pas de l'endroit où ils s'étaient installés. Il savait qu'il regarderait partout sauf vers lui.
- Ça va, Axel ? Demanda Sora. T'as l'air pensif.
- Ah, oui, répondit-il, un peu trop précipitamment. J'étais en train de penser à une nana que j'ai croisée.
Il écopa de quelques regards et haussements de sourcils et leva les yeux au ciel.
- C'est bon, vous pouvez ranger les violons, dit-il aussitôt. Je l'ai juste remarquée parce qu'elle ressemblait vachement à Naminé, c'est tout.
- C'est vrai ? S'intrigua Kairi.
- Bah oui, de dos quoi… même taille, mêmes cheveux, robe blanche…
Si seulement ils avaient pu l'oublier dix minutes… Axel avait vraiment envie de passer du temps avec eux tous, ces moments « normaux » s'étaient révélés être sa principale source de joie dans cette nouvelle vie. Mais par instants, il était fatigué de faire bonne figure, il aurait voulu pouvoir simplement les écouter discuter et ne pas être obligé de participer. Et puis, ils étaient bien jeunes. Par moments, il se sentait seul parmi eux, et ce sentiment était renforcé par le comportement de Roxas.
- Qui veut retourner dans l'eau ? Demanda Kairi – qui avait vraiment un redoutable sens du timing – en rebouchant la bouteille d'huile.
- Moi ! Répondit Sora aussitôt.
- Sans moi, dit Axel. J'aime toujours pas beaucoup l'eau.
Parfois, Demyx lui manquait, songea-t-il en regardant la mer, mélancolique. La Mélopée Nocturne aurait aimé cet endroit, il en était sûr. Demyx ne partait en mission le cœur léger qu'à Atlantica, et il aurait pu en faire, des choses, avec une telle quantité d'eau à disposition… Il ne regrettait pas l'Organisation, et en ce qui concernait la plupart des défunts membres, il pensait « bon débarras ». Mais il regrettait Demyx.
Il remarqua que Sora, Kairi et Riku partaient vers le bord de l'eau et que Roxas restait assis là, lui tournant le dos, apparemment perdu dans ses pensées.
Il pouvait voir son échine et ses omoplates se dessiner sous sa peau hâlée, luisante d'ambre solaire, c'était superbe. C'était même fascinant, le creux de ses reins, ses épaules qui se soulevaient régulièrement, lentement, les grains de sable blanc qui s'étaient collés là par endroits, comme du sucre cristal, qui accentuaient son bronzage par contraste, et les mèches de cheveux humides d'eau de mer et de sueur qui collaient à sa nuque. Axel réalisa qu'il n'avait jamais vu son ancien partenaire autrement qu'habillé des pieds à la tête. Il lui sembla soudain terriblement humain… et désirable. Il n'avait jamais rien vu de plus magnifique que ce dos. Il avait envie de le toucher, envie si fort, plus fort que jamais il n'avait éprouvé un besoin. Si fort qu'il ne réalisa que trop tard pour arrêter son geste qu'il tendait la main vers lui, et…
Roxas sursauta quand les doigts d'Axel touchèrent son omoplate, et ce dernier retira sa main aussi vivement que s'il venait de se brûler – même si c'était impossible, il aurait pu jurer que le bout de ses doigts palpitait.
- Où sont-ils tous passés ? Demanda Roxas comme si de rien n'était.
- A l'eau, répondit Axel, partagé entre le soulagement de ne pas se manger un nouveau râteau et la douleur face à son indifférence – il ne s'était même pas tourné vers lui pour lui parler.
Roxas acquiesça d'un hochement de tête, et pendant un instant, Axel crut qu'il allait rester là, avec lui, mais le blond se leva et partit rejoindre les autres.
Axel le regarda s'éloigner, triste et las. Il le suivit des yeux, vit Sora l'accueillir en fronçant les sourcils, l'air contrarié, et enfin se détourna. Il prit une boîte de soda dans la glacière et s'allongea à même le sable, la tête douloureuse.
Il avait envie de pleurer, mais il ne se souvenait pas encore comment on faisait. C'était ça, d'avoir le cœur sans le mode d'emploi. Et de toute façon, il n'était pas sûr d'avoir hâte de réapprendre. S'il avait dû se mettre à pleurer tous ses drames, tous les cadavres dans ses placards et toutes les frustrations accumulées ces dernières années, il n'aurait plus fait que ça. Et s'il y avait une chose qu'il avait retenue des quelques fois où, encore humain et adolescent, il avait vraiment pleuré, c'était que ça s'accompagnait invariablement de migraines épouvantables. Non, mieux valait laisser les vannes fermées, vraiment. Il y avait trop de trucs à l'intérieur, dans sa tête, de choses qu'il avait faites ou pas faites, de regrets et de culpabilité. Mieux valait laisser tout ça là où c'était, dans un coin, et l'oublier derrière le cran d'arrêt de ses yeux.
- T'as entendu parler du Midnight Channel !? Demanda un mec avec des cheveux châtain clair, apparemment surexcité. Tidus, que Sora avait dit qu'il s'appelait. Roxas n'avait pas retenu le déluge de prénoms qui s'etait abattu sur lui à son arrivée dans la classe mais quelques uns restaient déjà. Sora lui avait parlé de Tidus et de Wakka et il avait déjà vu Selphie de loin.
Oui, trois fois dans le quart d'heure qui vient de passer, songea-t-il, un peu agacé.
C'était le jour de la rentrée, un peu avant le début de la première heure. Ils étaient arrivés en avance et on aurait dit qu'il n'y avait que deux sujets de conversation : cette fameuse « chaîne de minuit », et lui-même. Il préférait le premier, au choix, mais il commençait à en avoir par-dessus la tête d'en entendre parler.
- Le quoi ? Répondit Sora en marquant un intérêt poli.
Il savait que Tidus lui raconterait l'histoire, de toute façon.
- Il paraît qui si tu regardes l'écran de la télé à minuit alors qu'il pleut, tu vois ton âme sœur apparaître !
- Ah bon ? Tu l'as fait, toi ?
- Ouais, la semaine dernière.
- Et ?
- Et j'ai vu une fille. Jolie, même ! C'est délirant, ce truc ! L'image était pas super nette, mais assez pour me faire une idée.
- Elle était comment ?
- Ben…
Tidus fut interrompu dans son récit par l'arrivée du professeur, et tous les élèves gagnèrent leur place, montrant divers degrés d'enthousiasme à l'idée de commencer une nouvelle année scolaire. La jeune femme – une blonde portant des lunettes et vêtue tout en orange - fit un petit discours de bienvenue et d'encouragement, comme chaque année (« C'est toujours le même discours », chuchota Sora à Roxas, qui était assis à côté de lui), puis commença à prendre les présences. Arrivé au tiers de la liste, elle eut une surprise.
- Hikari, Sora, appela-t-elle.
- Présent.
Puis elle haussa les sourcils en lisant le nom suivant.
- Hikari, Roxas ?
Il leva les yeux pour parcourir la classe à sa recherche.
- Présent, répondit l'intéressé en levant la main, un peu embarrassé de sentir toute l'attention fixée sur lui. Il était le seul nouvel élève de la classe et devinait que les nouvelles têtes devaient être plutôt rares, dans le coin.
- C'est mon cousin, mademoiselle, intervint Sora avant que le professeur ne se mette à poser des questions. Il vient d'une autre île.
- Oh, très bien, fit l'enseignante. Bienvenue parmi nous, Roxas.
L'adolescent hocha la tête et prononça un rapide « Merci », pressé qu'on passe à autre chose, et enfin la prof reprit sa liste et continua son petit inventaire. Puis elle embraya avec un cours de math, et l'ancien Numéro XIII n'eut plus guère le temps de penser à autre chose qu'à ce qui se disait, concentré qu'il était pour suivre de son mieux.
Il s'avéra qu'ils avaient eu raison de profiter de la plage pendant leurs derniers jours de vacances, car le temps se fit boudeur à nouveau, ce jour-là. Il pleuvait lorsque Roxas et Sora arrivèrent à la maison, rentrant directement après les cours. Mademoiselle Trêpe ne leur avait pas fait la grâce de démarrer l'année doucement : ils avaient tous des devoirs. Roxas n'avait pas vu Axel de la journée et ne le verrait pas, pour la première fois depuis leur arrivée. Ça lui rappelait désagréablement l'époque où, à la Citadelle, il ne pouvait s'empêcher de chercher sa chevelure rouge, parfois sans la trouver, et comme il se sentait abandonné dans ces moments-là. Inquiet, aussi, parfois.
Lui et Sora s'attablèrent pour faire leurs devoirs dans la cuisine. Il n'y en avait pas une grande quantité, mais c'était une première pour Roxas, et ça faisait longtemps pour Sora. Cela les occupa jusqu'au dîner.
- Maman, tu connais la dernière décimale de PI ? Demanda Sora à sa mère qui allait et venait entre la cuisine et la salle à manger.
- Tu me poses vraiment la question ? Sourit-elle. Non, j'ai appris ça dans une autre vie, mon chéri. J'ai oublié.
Roxas se raidit à ces mots, mais personne ne sembla le remarquer. Finalement, ils débarrassèrent leurs affaires pour mettre la table.
Le second Porteur de Keyblade s'était bien adapté à sa nouvelle famille. Très rapidement, lui et Sora avaient noué une étroite complicité. Il semblait y avoir un lien particulier entre eux, qui faisait qu'ils se comprenaient à demi-mot et qu'ils s'aimaient d'une manière tout à fait imprévisible, plus fort qu'ils n'auraient jamais pu s'en douter. C'était différent de toutes les formes d'affection que Roxas avait pu éprouver par le passé. Plus… plein. Il n'avait pas vraiment de mot pour le décrire, c'était spécial. Il supposait que c'était comme d'avoir un frère, c'était impossible de l'expliquer. Il fallait le vivre pour le comprendre. Rosa aussi était très gentille avec lui. Malgré la façon qu'elle avait de le traiter ouvertement comme un membre de la famille – peut-être pas comme un fils mais comme un neveu, un peu comme elle faisait avec Riku – il ne pouvait s'empêcher de penser, par moments, qu'il s'imposait dans cette maison, et qu'il gênait ou finirait forcément par gêner ses occupants. Il luttait contre cette impression, car il savait qu'il avait tort.
Ce soir-là, allongé à côté de Sora, il ne trouvait pas le sommeil.
L'idée de lui aménager une chambre avec un lit à lui avait tôt vécu. Bien sûr, personne n'avait dit clairement qu'on laissait tomber, mais passés les premiers jours, il en avait été de moins en moins question, jusqu'à ce que le sujet finisse par ne plus être abordé. Leur attachement l'un pour l'autre grandissait chaque jour un peu plus, et Roxas ressentait le besoin impérieux d'être près de Sora. L'inverse était aussi vrai, et l'un comme l'autre, ils ne voulaient pas se séparer. Même pour dormir. Pas maintenant, en tout cas. Pas avant un long moment, avant qu'ils aient pu rattraper tout le temps perdu. Ils n'avaient fait qu'un pendant pratiquement toute leur vie, et ils étaient loin d'être prêts à se détacher l'un de l'autre.
La pluie battait les vitres, ils s'étaient couchés plus d'une heure auparavant, mais il était incapable de s'endormir. Axel lui manquait.
Il aurait dû lui parler. Il le savait. Au fond, il ne savait pas exactement pourquoi il l'évitait. Une part de lui ne voulait pas avoir la réponse à cette question, et il n'arrivait pas à aller au-delà. Tout ce qu'il savait, c'était que quand il croisait son regard, il brûlait de colère, et ça lui faisait mal. Mais à chaque fois qu'il le rejetait, il percevait la douleur dans ses yeux. Ce n'était qu'une ombre fugitive, qu'il cachait de son mieux, et il y arrivait plutôt bien. Axel avait prouvé qu'il était parfaitement capable de mentir et de dissimuler, mais maintenant, il avait un cœur et ça, il ne le maîtrisait pas tout à fait. Pas encore. Pas assez bien pour que Roxas, qui l'avait tant observé pendant son année passée au sein de la Confrérie, ne s'en rende pas compte. Et à chaque fois qu'il percevait cet éclair de souffrance dans ses yeux verts, il avait l'impression que quelqu'un lui broyait le cœur. Mais il n'arrivait pas à surmonter sa rage, même s'il en avait envie.
Il regarda l'heure sur le réveil qui se trouvait sur la table de chevet. Les gros chiffres lumineux indiquaient 23:55.
La pluie continuait de frapper la vitre. Et la maison était parfaitement silencieuse. Et Roxas savait qu'il était inutile de lutter contre sa curiosité, elle était toujours la plus forte. Et si c'était vrai, cette histoire de Midnight Channel ? Si jeter un œil sur la télévision pouvait lui dire que lui et Axel étaient faits l'un pour l'autre ? Si ça pouvait l'aider à mettre au clair ses sentiments ? Bien sûr, il ne croyait pas vraiment à cette histoire d'âme sœur apparaissant sur l'écran, mais qu'avait-il à perdre à essayer, dans le fond ?
Rien. Absolument rien. Et il n'avait plus que trois minutes.
Roxas quitta le lit puis la chambre en catimini pour gagner le salon. L'horloge lumineuse du four à micro-ondes, dans la cuisine, indiquait 23:58. Roxas s'assit dans le canapé en face du poste. Plus que deux minutes. Plus qu'une.
Il essaya de compter jusqu'à soixante secondes, s'emmêla les pinceaux vers la moitié et laissa tomber. Il garda les yeux rivé sur les chiffres, anxieux.
Minuit.
Et rien ne se passa.
Roxas laissa échapper un soupir excédé et se prit la tête dans les mains. Non mais vraiment, qu'est-ce qu'il avait cru ? Que la télé allait lui apporter les réponses à toutes ses questions ? Il se sentit ridicule.
Puis un léger grésillement se répandit dans la pièce. Lentement, il releva la tête, rempli d'appréhension, et regarda l'écran.
Il s'était allumé et une silhouette y apparaissait, un peu cachée par un voile de parasites, un peu floue, mais reconnaissable sans erreur possible. Et c'était la dernière personne qu'il se serait attendu à y voir.
Frêle, avec des cheveux blonds, une robe blanche. Elle parlait et souriait dans la brume de l'écran mais il n'entendait rien, rien que le bruit de la neige. Naminé. Naminé qui n'était plus, Naminé qui était Kairi, Naminé qui n'était pas Axel. Estomaqué, il regarda l'image disparaître – elle n'était restée affichée qu'une minute, il était 00 :01 – et sursauta violemment lorsqu'il entendit la voix de Sora derrière lui lâcher une exclamation sidérée.
- Hallucinant !
Roxas se retourna en lui faisant « Chut ! » et Sora se plaqua une main sur la bouche avant de venir le rejoindre sur le divan.
- C'est quoi ce délire ?! Chuchota-t-il d'une voix choquée.
En fait, songea Roxas, il avait l'air scandalisé.
- Je sais pas, j'étais juste curieux de voir… et j'ai vu.
Ça, c'était le moins qu'on pouvait en dire.
- Mais c'est pas possible que ce soit elle, elle a disparu. Définitivement, dit Sora.
- Moi aussi, à la base, tu te rappelles ?
Sora secoua la tête.
- C'est pas pareil. Naminé ne peut pas revenir puisque Kairi est là. Axel est redevenu Lea qui n'existait plus, et toi, c'était spécial. Mais Naminé n'avait pas d'existence propre, elle était une partie de Kairi. A moins qu'elle ait perdu son cœur ?
Tout à coup, il semblait horrifié.
- Mais ne dis pas de bêtises ! Kairi va très bien, le rassura Roxas. Allez, viens on va se recoucher.
Sora le suivit, l'air dans ses petits souliers. Roxas se remit au lit en lui assurant pour la cinquième fois que ce truc, c'était n'importe quoi, que c'était pas fiable et qu'il fallait pas faire attention. Sora finit par se ranger à son avis et ils se roulèrent en boule l'un contre l'autre. Il y avait école le lendemain, et il fallait qu'ils dorment. Roxas pensa que cette fois, il allait peut-être réussir à s'endormir…
- De toute façon, bailla Sora, on s'en fiche de ce truc. T'as déjà une âme sœur, et c'est pas elle.
… ou pas.
Used to steal your parents' liquor
and climb to the roof
Talk about the future
Like we had a clue
Never planned that one day
I'd be losing you
The One That Gone Away, Katy Perry
