Auteur: Ariani Lee

Bêta-lecture : Shangreela


I am You and you are Me

~04 : Heartbreak ~

I'm a mess inside now
There's nothing left to fight for
Nothing to make it right for
You're in my heart
I don't believe in anything
anything if you're not with me
I don't believe in anything
anything cause you're not with me

I don't believe, Cinéma Bizarre


Le lendemain matin, Sora courut à moitié sur le chemin de l'école, pressé d'arriver. Roxas, derrière lui, traînait un peu la patte. Il avait passé une bonne partie de la nuit à écouter la respiration paisible et régulière de Sora qui dormait paisiblement à ses côtés. Puis, vers trois heures et demie du matin, le brun avait remué en marmonnant doucement et Roxas l'avait pris dans ses bras. Sora avait emmêlé ses jambes aux siennes et passé un bras lâche autour de son ventre et Roxas avait entouré ses épaules du sien. Le contact et la chaleur de son corps étaient relaxants, et ses cheveux lui caressaient le visage. Le contact physique avec Sora lui procurait toujours cette même sensation de plénitude. Il avait fini par s'endormir, gagné par le sommeil de son double, mais le réveil avait été dur. Il avait du mal à garder les yeux ouverts.

- Elle est là, dit tout à coup Sora.

Ils venaient de passer la grille et d'entrer dans la cour de l'école. Roxas suivit son regard et découvrit Kairi, qui discutait avec Selphie. Il sourit et lui envoya une bourrade amicale.

- Je t'avais dit qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.

- Je sais, mais n'empêche, répondit le brun. J'aimerais bien comprendre ce que signifiait ce qu'on a vu. Je veux dire... c'est pas normal. Pourquoi Naminé serait passée à la télé ?

Roxas haussa les épaules.

- C'était peut-être quelqu'un d'autre, au fond. On a pensé à elle tout de suite, mais l'image était mauvaise et on ne voyait même pas nettement son visage.

- C'est vrai. Mais je trouve quand même ça flippant. On ferait peut-être mieux de ne pas en parler, inutile de lui faire peur pour rien.

Roxas hocha la tête et lui emboîta le pas. Ils allèrent rejoindre les deux jeunes filles qui riaient. Elles les saluèrent avec enthousiasme et Roxas se demanda où elles puisaient une telle énergie de grand matin. Lui, s'il avait pu se coucher par terre, il se serait endormi, il en était sûr. Il écouta la conversation sans y prendre part, trop occupé à essayer de se souvenir quel était le premier cours de la journée. Histoire, peut-être, ou géographie... Même du temps de l'Organisation XIII, Roxas n'avait jamais été du matin.

Ils furent rejoints par Riku qui semblait lui aussi bien dans le cirage. Il les salua, leur transmit le bonjour d'Axel dans un bâillement abyssal et, comme Roxas, se joignit à eux sans se mêler à la discussion jusqu'à ce que la cloche sonne.

Les premières heures de cours semblèrent interminables à Roxas qui luttait farouchement contre le sommeil et n'arrivait donc pas à suivre le cours. Le premier quart, c'était géo-géo, et il n'avait retenu qu'une chose, à savoir le nom du prof : Cid Kramer - encore un Cid à fond dans la navigation, sauf qu'il n'était pas question de navigation spaciale avec celui-ci. Pendant la récréation qui suivit, Riku l'emmena sous le préau, laissant Sora et Kairi discuter. Il glissa quelques munnies dans un distributeur, ramassa la canette de soda glacée qui dégringola à grand bruit dans l'habitacle et, avant que Roxas ait compris ce qu'il s'apprêtait à faire, la lui colla fermement dans la nuque.

La brûlure du froid fit violemment sursauter Roxas, le réveillant complètement. Il éloigna la boîte métallique en envoyant un coup dans le bras de l'argenté.

- Non mais ça va pas ?! S'exclama-t-il. C'est froid !

- Je sais. Tu commences à émerger, là ?

Le blond trouva le sourire de Riku un peu agaçant mais il ne se moquait pas de lui, et ça partait d'une bonne intention. Il haussa simplement les épaules. Riku décapsula la canette et la lui offrit. Roxas l'accepta, un peu par réflexe, et fut surpris de constater que la boisson, fraîche et sucrée, lui donnait un coup de fouet. Ils partagèrent le soda en discutant. Roxas avait envie de lui demander des nouvelles d'Axel, mais le simple fait de formuler cette pensée l'énervait alors il s'abstint.

La journée passa plus rapidement après ça, et il parvint sans plus de mal que ça à suivre les cours suivants – histoire puis sciences océaniques. Un intitulé qui l'avait d'abord surpris, puis il avait pensé que c'était normal : ce monde était un archipel, ce qui signifiait que l'eau était omniprésente. Ces leçons étaient dispensées par une « pédago-océanologue à tendances hippies » - dixit Sora, Rinoa Heartilly. Mademoiselle Heartilly aimait la nature et les animaux et Roxas ne savait pas ce que signifiait hippie, mais il supposait que ça voulait dire « écolo ». Et enfin, Français.

À la fin de la journée, lui et Sora retrouvèrent Riku et Kairi devant l'école.

- Vous voulez faire quelque chose ou vous rentrez tout de suite ? Demanda cette dernière en ramassant son cartable.

Sora regarda sa montre.

- Il est tôt. Si on allait manger une glace ? Proposa-t-il.

- Bonne idée, approuva Riku.

Ils se mirent en route, bavardant le long du chemin.

- Monsieur Kinneas a dit qu'il fallait qu'on trouve dix exemples pour la semaine prochaine.

- Il donne toujours les cours de géométrie ?

- Ouais. Et il est toujours autant à cheval sur les détails, aussi.

- Il demande des exemples de quoi ?

- De « triangles de paysage ». Des jardins vus du ciel, des routes, des branches d'arbres, n'importe quoi. On doit prendre des photos.

- Rampe plus piquet plus escalier, proposa Sora en montrant du doigt l'entrée de l'établissement vers lequel ils se dirigeaient.

- Tout à fait, répondit Kairi regardant ce qu'il montrait, puis : Oh, regardez. Axel est là. Salut !

Roxas se raidit involontairement en voyant l'ex Numéro VIII, qui sortait justement de chez le glacier. Celui-ci se tourna vers eux, l'air surpris de les trouver là, et s'approcha pour les saluer. Roxas resta un peu en arrière, d'un demi-pas à peine mais c'était suffisant.

- Tu fais quoi ? Demanda Sora, curieux.

- Rien de spécial, répondit le rouquin. Je passais juste dans le coin. Et vous ? Les cours sont finis ?

- Oui, on allait se prendre une glace. Tu veux venir avec nous ? Proposa Riku.

Axel risqua un regard en direction de Roxas, mais ce dernier semblait absorbé dans la contemplation de ses lacets et ne s'en aperçut pas. Il n'avait pas desserré les dents. Le maître des flammes sourit aux autres et déclina l'invitation.

- C'est sympa, mais je crois que je vais rentrer. Merci quand même.

Il les salua à nouveau et s'éloigna, sous les regards peinés des adolescents. Seul Roxas semblait résolu à faire comme si de rien n'était, et il ignora complètement le regard lourd de reproches que lui lança la jeune fille.

La vérité, c'était qu'il avait mal au cœur. Et ça le mettait hors de lui, parce qu'il ne pouvait rien faire pour que ça s'arrête.

La semaine s'écoula, et Roxas ne croisa plus Axel. Il était soulagé, mais il lui manquait. Aussi, quand Sora lui dit qu'ils avaient prévu de tous se retrouver chez Riku, il accepta tout de suite de se joindre à eux. Il n'avait pas très envie de voir son ancien partenaire, ces derniers temps, mais il ne voulait pas non plus qu'ils se perdent complètement de vue. Il était sûr que ça allait finir par passer, même s'il ne savait pas combien de temps ça prendrait. Il voulait rester présent dans sa vie, en dépit du fait qu'ils ne se parlaient pas.

Ils étaient tous rassemblés dans le salon de Riku, samedi après-midi, à discuter d'un air maussade. Une nouvelle vague de brouillard s'était abattue sur l'île, son manteau opaque empêchant de voir à deux mètres et les forçant à rester à l'intérieur. Ce genre d'intempéries, vraiment inhabituel à Destiny, avait poussé les gens à prendre des mesures exceptionnelles. Il était déconseillé de sortir si on pouvait l'éviter, surtout quand le soleil commençait à décliner, et la limitation de vitesse en agglomération était passée de soixante kilomètres/heure à trente kilomètres/heures, ce qui faisait râler tous les automobilistes. Ils avaient décidé de partir à la « chasse aux triangles », ce jour-là. Avec ce brouillard, c'était juste impossible.

Axel, qui n'utilisait pas ses pouvoirs histoire d'éviter qu'on lui pose des questions embarrassantes, jouait distraitement avec la flamme d'un briquet, l'air morose. Pendant ce temps-là, les autres, assis autour de la table basse, râlaient à qui mieux-mieux lorsque la porte d'entrée s'ouvrit. Etonnés, tous se tournèrent vers le vestibule pour voir entrer trois hommes, dont n'importe qui aurait compris la raison de la présence rien qu'en voyant la couleur de leurs cheveux.

Sora dit : « Salut, les gars ! » et Kairi : « Bonjour. ». Roxas et Axel se turent, puisqu'ils ne les connaissaient pas. Riku se leva pour procéder à de brèves présentations.

- Roxas, Axel, dit-il aux deux nouveaux venus, je vous présente mes frères, Loz, Yazoo et Kadaj.

Les trois hommes traversèrent le salon. Le grand baraqué aux cheveux courts – Loz ? – gratifia l'assistance d'un « Salut. », avant de disparaître dans le couloir, suivi de près par celui qui semblait être le plus jeune des trois – Kadaj. Celui-ci, pour sa part, se contenta d'un léger hochement de tête et d'un regard aux deux anciens similis. Un regard qui s'attarda une demi-seconde sur Axel, puis il quitta la pièce. Seul celui qui avait de très longs cheveux noués en une natte lâche – Yazoo - s'arrêta pour discuter un peu avec Sora, lui demandant de ses nouvelles.

Un instant à peine s'était écoulé lorsque les deux autres revinrent. Loz fonça droit sur Riku. Ce dernier accusa le choc sans broncher et se retrouva emprisonné dans l'étreinte puissante de son frère, qui le souleva carrément de terre. Puis, celui-ci le relâcha, lui lança un regard vibrant et un peu humide, avant de repartir d'où il était venu.

- J'en déduis que tu as fait le ménage dans nos chambres, dit simplement Yazoo, alors que tous les autres regardaient Riku d'un air ébahi.

- Toujours aussi perspicace, répondit l'argenté. Axel habite ici pour le moment, il m'a donné un coup de main.

- Merci, dit le jeune homme en se tournant vers le rouquin.

Ce dernier haussa les épaules.

- De rien. C'est la moindre des choses.

- Vous restez longtemps ? Demanda Riku à ses frères.

Kadaj croisa les bras, l'air pensif.

- Aucune idée, avoua-t-il. Peut-être ? On a pas vraiment décidé.

Riku sourit.

- Quoi qu'il en soit, ça fait plaisir de vous voir, répondit-il.

Yazoo, à son tour, disparut un instant dans le couloir. Un moment plus tard, les trois hommes ressortissaient de la maison en les saluant et, cette fois-là, Riku eut l'absolue certitude de voir le regard de Kadaj s'appesantir sur Axel, même si celui-ci ne sembla pas y prêter attention. Il réprima une grimace et lorsque, deux heures plus tard, Roxas, Kairi et Sora s'en allèrent, il se tourna vers le rouquin.

- Axel, faut que je te parle d'un truc, dit-il.

- Quoi ? Demanda l'intéressé, intrigué.

- C'est à propos de mon frangin.

Axel fronça les sourcils.

- Lequel ?

- Kadaj. Celui qui a les cheveux mi-longs, ajouta-t-il car Axel semblait légèrement perplexe.

- Ah, oui. Et quoi ?

Riku soupira.

- J'ai aucun moyen de savoir combien de temps ils vont rester, cette fois. Tu sais, ils vont et viennent. Ça pourrait être deux semaines comme deux mois ou un an, alors il vaut mieux que je te prévienne. Méfie-toi de lui, d'accord ?

Axel haussa les sourcils, étonné.

- Riku, pourquoi tu me dis ça ? Je veux dire, c'est ton frère, non ? Et puis, me méfier de quoi ?

L'argenté s'accouda à ses genoux.

- C'est vrai, c'est mon frère, et je l'aime. Personnellement, j'ai aucun problème avec lui. Mais dans ses relations avec les autres… Comment te dire ? Bon, écoute, je déteste me mêler de ce qui ne me regarde pas, et tu fais ce que tu veux bien sûr, mais... Kadaj, ce qu'il aime, ce sont les choses belles et inaccessibles, tu vois ? Les défis.

- Je comprends, mais qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?

- C'est ce que tu es. Beau et inaccessible, je veux dire, si je peux me permettre. Et il y a des chances qu'il essaye de te séduire. J'ai vu comment il te regardait, et crois-moi, je connais je regard. Homme ou femme, ça lui est égal, et ce n'est pas le problème. Je crois… Hé bien, il pourrait gravement nuire à ta relation avec Roxas, acheva l'argenté avec une grimace.

Axel haussa les épaules, l'air abattu.

- Ça m'est égal, Riku. Je sais toujours ce que je fais, quoi que je fasse, tu comprends ? Et de toute façon…

Il marqua une pause, et Riku attendit patiemment qu'il poursuive.

- Roxas…, finit-il par soupirer, presque pour lui-même. De toute façon, je doute qu'il reste grand-chose à sauver entre nous. Pour peu qu'il y ait un jour eu quelque chose, ajouta-t-il avec une note d'amertume dans la voix.

Pour la première fois, Riku se demanda ce que Roxas pouvait bien reprocher à Axel. Chacun porte sa croix, songea-t-il en regardant l'ex-Simili, mais lui, on dirait que c'est le poids du monde qui pèse sur ses épaules. Il ne méritait pas ça, il en était sûr. Pas après tout ce qu'il avait fait pour tenter de sauver son meilleur ami. Pas après avoir tout donné, tout sacrifié. Comme lui.

- Ecoute…, continua-t-il, et Axel releva la tête pour le regarder. Ce qui se passe – ou ne se passe pas – entre toi et Roxas… c'est vous que ça regarde. Mais je tenais quand même à te mettre en garde. Si comme je le pense, Kadaj s'intéresse à toi, il tentera sa chance, ne fut-ce que parce qu'il sent que tu lui résisteras. Comme je l'ai dit, c'est mon frère et je l'aime, mais je sais qu'il est un peu…

Il se gratta l'arrière du crâne, nerveusement. C'était pour ça qu'il détestait se mêler des affaires des autres. Il fallait faire attention à tout ce qu'on disait, c'était comme avancer les yeux bandés dans un champ de mines. Il soupira.

- Ne te laisses pas avoir, c'est tout, termina-t-il abruptement. Parce que si tu le laisses faire, il jouera avec toi comme un chat joue avec une souris, jusqu'à ce qu'il se lasse. Il te brisera le cœur. Il te l'arrachera, il le hachera menu-menu et il rajoutera du persil.

Comment faire clairement comprendre à Axel ce qu'il voulait lui dire sans passer lui-même pour un malade ? L'ex-Numéro VIII le regardait d'un air perplexe, et il se sentait stupide. Mais il avait assisté à suffisamment de scènes, vu débarquer assez de filles hystériques et de garçons furieux pour en savoir plus qu'il ne l'aurait jamais voulu sur les jeux tordus de son frère.

- Encore une fois, tu fais ce que tu veux. Je tenais à ce que tu le saches, c'est tout.

Il attendit qu'Axel réponde, un peu anxieux – il avait vraiment l'impression de s'être donné en spectacle – et à sa grande surprise, celui-lui fit un drôle de sourire qui réchauffa un peu ses yeux verts.

- Merci, Riku. C'est gentil de ta part. Je m'en souviendrai.

Il se leva.

- Tu fais quoi ? Demanda l'argenté.

- Je vais chercher des draps et une couverture pour le canapé. Puisque tes frères sont rentrés, je vais dormir là en attendant.

- Combien de temps ? Demanda Riku.

- Quelques semaines. Un mois, maximum, j'espère.

Riku acquiesça et le regarda s'éloigner, cherchant désespérément quelque chose à dire pour le réconforter. Il avait l'impression que quoi qu'il choisisse, cela sonnerait faux. Axel était sur le point de quitter la pièce lorsqu'il trouva.

- Axel ?

L'autre s'arrêta dans l'encadrement de la porte, moitié dehors, moitié dedans, sans se retourner.

- Quoi ? Demanda-t-il.

- Je suis content que tu sois revenu. Vraiment.

Il entendit le petit rire sec qui s'échappa des lèvres d'Axel avant que celui-ci lui réponde.

- C'est sympa, Riku.

Mais l'argenté entendit : C'est sympa, même si je préfèrerais que ce soit quelqu'un d'autre qui me le dise.

- Mais tu devrais arrêter de t'inquiéter pour moi. C'est pas la peine.

Riku le laissa partir sans le retenir, cette fois, et Axel laissa derrière lui une ambiance si cafardeuse qu'il alluma la télé, espérant que le bruit meublerait un peu ce silence glacial.

Il ne pouvait pas l'aider, et de toute façon, ce n'était pas à lui de le faire.

Peu à peu, Axel s'éloignait du groupe. Ça ne le rendait pas plus joyeux, mais l'éloignement était plus tolérable que l'attitude de Roxas. Il l'ignorait toujours, refusant même de croiser son regard. Il y avait un temps fou, lui semblait-il, qu'il ne lui avait plus adressé la parole. Il ne comprenait pas comment les choses en étaient arrivées là. On aurait dit que ça n'arrêtait pas d'empirer et ça le rendait marteau. Il aurait voulu qu'ils en discutent, quitte à l'obliger à lui parler, quitte à ce qu'ils s'engueulent ou à ce qu'ils se battent, il s'en fichait. C'était son silence qui avait créé cette fracture entre eux, et il s'était juré que ça ne se reproduirait jamais, mais l'empêcher semblait impossible. Roxas évitait avec soin de ne jamais se retrouver seul avec lui, même un instant, l'empêchant ainsi d'engager la conversation sans se prendre un vent monumental. Il avait envie de lui mettre des baffes, de le prendre dans ses bras, de se jeter à ses genoux pour implorer son pardon.

Il se rappelait le jour de leur arrivée à Destiny, et comme l'avenir lui avait paru radieux, alors, simplement parce que Roxas était à ses côtés. Il se rappelait avec une émotion douloureuse les quelques heures de voyage en vaisseau GUMMI, quand il avait passé un bras autour des épaules de Roxas et que celui-ci s'était naturellement laissé aller contre lui. Tout lui avait semblé si simple, à ce moment-là. Il avait dit à Roxas qu'il voulait rester avec lui, qu'il renonçait à redevenir l'humain qu'il avait été pour lui, et ça avait eu l'air de lui faire plaisir. Il était préoccupé, et aussi timide qu'à son habitude, mais il ne l'avait pas rejeté. Alors pourquoi aujourd'hui ?

Oui, il se rappelait son arrivée à Destiny, et combien l'avenir lui avait paru radieux, ce jour-là. Maintenant, il avait tellement le cafard qu'il s'attendait presque à se voir pousser des antennes. Il était démoralisé, découragé, triste. Et ce fichu brouillard !

Il soupira en regardant le fouillis répandu dans le meuble et sur quelques étagères. Avait-on idées d'avoir autant de CDs ? Et pour les laisser ramasser la poussière comme ça, en plus... Il en ramassa un et l'ouvrit. Le boîtier était celui d'un album de jazz, mais dedans, il y avait un disque de musique classique. Il regarda le titre du CD et se mit en quête du boîtier d'origine. Quand il le trouva, il découvrit à l'intérieur une compilation de chants de Noël. Mi-amusé, mi-blasé, il se lança dans le jeu de piste.

Il avait poliment décliné l'invitation de Kairi à se joindre à eux, une fois de plus. Il voyait dans le regard du groupe d'adolescents (à l'exception de Roxas, bien sûr, puisqu'il n'avait plus croisé son regard depuis quoi ?, un siècle ?) qu'il commençait à leur faire de la peine, et ça l'énervait. Il savait qu'il aurait risqué d'être désagréable, alors il préférait rester seul. Ce n'était pas agréable. C'était même carrément déprimant, en fait. Mais ça faisait moins mal que d'encaisser le rejet de Roxas. Il ne le regardait pas, ne le saluait pas, l'évitait d'une manière qui, à chaque fois, le blessait presque physiquement. Il ne lui aurait pas fait plus mal s'il lui avait enfoncé un couteau entre les côtes avant de faire tourner la lame.

Il se demanda, en rangeant un énième CD (il y en avait dans tous les coins du salon, c'était ahurissant), s'il pourrait tout simplement renoncer à Roxas. Rien que l'idée était douloureuse et révoltante elle mettait son cœur au supplice, mais il se força quand même à y réfléchir. Il trouva de bonnes raisons de le faire. D'abord une, puis deux, puis une pléthore. Il avait trahi la confiance de son ami, il était légitime qu'il lui en veuille. Si Roxas voulait mettre un terme à leur amitié, c'était son droit. Et lui, par amitié envers lui, par loyauté (mieux valait tard que jamais), par amour pour lui, il devrait respecter son choix. La non-vie avait été dure avec eux, mais on leur avait offert cette chance exceptionnelle : une vraie existence, un nouveau départ. Il ne devait pas gâcher ce cadeau en passant son temps à errer comme une âme en peine, ni rendre les choses plus difficiles qu'elles ne l'étaient déjà sûrement pour Roxas. Il devait s'adapter à ce nouvel environnement, à sa nouvelle famille, à l'école, à la vie. Axel, de son côté, aurait dû en faire de même plutôt que de rester planté là à regarder les autres vivre en se lamentant.

Plus il y pensait, plus il se disait que c'était la chose à faire. Peut-être qu'avec les années, Roxas finirait par lui pardonner et qu'ils redeviendraient amis. C'était plus qu'il ne pouvait espérer. Il devait renoncer, il le pensait, mais malgré toutes les bonnes raisons qu'il aurait eu de le faire, il ne pouvait s'y résoudre. Son cœur protestait violemment, douloureusement. S'il devait renoncer à Roxas, autant se l'arracher tout de suite. Il ne voulait pas de cette chance, de cette nouvelle vie. Pas sans lui.

Il finit par ne lui rester qu'un boîtier. Celui-ci non plus, ne contenait pas le bon disque, mais il ne trouvait pas d'où il venait, et il ne voyait pas non plus le CD qui aurait dû se trouver à sa place. Il était sur le point de renoncer quand il eut une idée. Il pressa le bouton « EJECT » du lecteur de Compact Disc et le petit tiroir s'ouvrit avec un petit « clac ». Il contenait bien le disque qui aurait dû se trouver dans le boîtier et il l'y rangea, mais ça ne réglait pas le problème de l'ultime galette. Ça lui rappelait un peu certaines des missions qu'il avait effectuées pour l'Organisation XIII. Il avait eu à résoudre des dizaines de petits casse-tête dans ce genre, mais pour le coup, il était coincé. Soit le boîtier dans lequel ce CD aurait dû être rangé avait été jeté, soit il traînait quelque part dans la maison et il n'était pas chez lui. Hors de question de fouiller.

Finalement, il rangea le CD dans le petit tiroir de la chaine hi-fi. La chanson se lança toute seule et il la laissa tourner pendant qu'il rangeait tout dans le meuble. Puis il la réécouta quand il eut terminé. Il trouva le bouton « REPEAT ». Il n'y avait qu'un seul morceau et il le repassa encore et encore, assis sur le canapé, troublé par le texte.

Il était toujours assis dans le salon, chantant à moitié les paroles qu'il connaissait déjà presque par cœur quand Riku rentra. Ce dernier resta bouche bée en entrant dans le salon. Axel le regarda avec un demi-sourire amusé.

- Mes parents te disent merci pour ça, même s'ils le savent pas, finit par lâcher l'argenté, et Axel rit un peu.

- Je m'ennuyais, répondit-il simplement. Par contre, je n'ai pas retrouvé le boîtier de celui qui passe.

Le morceau se termina et repartit de plus belle. Riku s'approcha de la chaîne et remarqua que la diode « REPEAT » était allumée.

- Il te plaît ? Demanda-t-il.

Axel se contenta de hocher la tête en réponse, peu désireux de s'attarder sur la raison pour laquelle ce morceau lui tapait dans l'oreille. L'argenté disparut dans le couloir et revint un instant plus tard avec une pochette carrée cartonnée qu'il lui tendit. L'ex-Simili l'accepta et lut le titre. « Behind blue eyes ».

- Garde-le, offrit Riku avec un sourire.

- Vraiment ?

- Il est à moi, je te le donne. Je crois que j'en ai une copie quelque part.

Axel se fendit d'un vrai, grand sourire – le premier depuis longtemps.

- Merci.

Il ne se rappelait plus à quand remontait la dernière fois qu'on lui avait offert quelque chose. En dehors, bien entendu, du bâtonnet gagnant que lui avait laissé Roxas avant de partir. Ce bâtonnet, il l'avait gardé jusqu'à la fin. Il l'avait en poche quand il s'était « tué » pour frayer un chemin à Sora. Il regrettait de ne plus l'avoir. C'aurait été une preuve concrète de tous les moments qu'il avait passé avec Roxas.

Finalement, il était plutôt content d'être « condamné » à ne jamais revoir la Cité du Crépuscule. Il y avait trop de souvenirs. Tout ça aurait sans doute été encore plus douloureux, là-bas...


No one knows what it's like
To be the bad man, to be the sad man
Behind blue eyes
No one knows what it's like
To be hated, to be fated
To telling only lies
But my dreams they aren't as empty
As my conscious seems to be
No one knows how to say
That they're sorry, and don't worry
I'm not telling lies

Limp Bizkit, Behind Blue Eyes