Auteur: Ariani Lee

Bêta-lecture : Shangreela


I am You and you are Me

~ 07 : Troisième Lame : L'Impératrice ~

Méfie-toi des puissances
Des vierges sans défense
Leurs forces sont subtiles
La force est féminine
Et quand l'esprit frappe
C'est un fouet qui claque
Méfie-toi quand même
C'est la onzième lame
Majeure est l'arcane
Vierge iconoclaste
Dieu!, que l'icône est classe

Méfie-toi, Mylène Farmer


Les bruits autour de lui lui parvenaient comme à travers un voile assourdissant. Il avait entendu la voix d'Axel lui dire des choses qu'il aurait payé cher pour entendre, quelques heures plus tôt. Mais là, c'était comme si plus rien n'avait d'importance.

Il n'avait plus rien.

Cette chose l'avait dépossédé de son intimité, de ses pensées les plus taboues, et les avait exhibées au regard de tous. Elle avait tout dit, devant tout le monde.

Comment pourrait-il regarder les autres en face ? Comment pourrait-il un jour oser espérer regarder Axel en face ? Ou se regarder lui-même dans un miroir ?

Il avait tellement honte… Il aurait voulu rentrer dans un trou et mourir, que le monde entier l'oublie.

Un hurlement de douleur lui parvint, suivi d'un bruit de tôle froissée. Il reconnut la voix de Riku mais ne releva pas la tête. Il se sentait anesthésié. Une petite part encore consciente de son esprit savait qu'Axel se battait désormais seul contre une créature qui avait vaincu Sora et Riku et que ses chances d'en sortir vainqueur étaient très limitées. Il aurait dû bouger, mais il avait perdu toute volonté.

Lorsque tout à coup, quelque chose le fit sortir de sa torpeur.

Une leur bleutée teinta le sol autour de lui pendant un bref instant avant de disparaître dans un claquement discret. Des pas mesurés se dirigèrent vers lui.

- Vous comptez laisser vos amis affronter vos problèmes encore longtemps ?

La voix était féminine et posée. Roxas se retourna lentement.

Derrière lui se trouvait une jeune femme inconnue de lui, qui lui était pourtant étrangement familière. Pourtant, il s'en serait souvenu s'il l'avait déjà rencontrée : son allure n'était pas de celles que l'on oublie. Vêtue d'une robe bleue et d'escarpins à haut-talons, elle dégageait une aura d'élégance et de sérénité. Ses cheveux ondulés étaient blancs et ses yeux impassibles étaient jaunes, comme ceux de... la chose. Ce n'était pas le même jaune brillant que celui des yeux des Sans-Coeurs, mais une couleur douce et éteinte. Roxas ne percevait pas de grandes Ténèbres en elle – en tout cas certainement pas la noirceur qu'il aurait fallu pour que ses yeux changent de couleur. En fait, il n'y avait rien de menaçant chez elle. Roxas se sentait néanmoins très mal à l'aise, jugé par ce regard impavide qui ne trahissait rien. Mais la dame en bleu ne faisait pas secret de ses pensées.

- Il n'y a que toi qui puisses arrêter ça. Si tu ne te reprends pas très vite, cette créature va tuer tes amis avant de s'en prendre à toi. Elle prendra ta place, ta vie, tout ce que tu aimes. Tu devrais te relever et faire quelque chose pour empêcher ça au lieu de rester prostré.

Roxas sentit sa gorge se nouer et ses joues chauffer. Derrière lui, Axel lança à son adversaire une boule de feu qui jeta sur son interlocutrice une lueur rouge. Il se força à ouvrir la bouche pour parler. La présence de cette femme, l'impassibilité avec laquelle elle lui disait ces mots si lourds de sens et incongrus dans une bouche étrangère, ne laissaient pas de mettre Roxas dans un état de gêne qui lui coupait le souffle.

- Comment ? Parvint-il à articuler.

Sa voix était plus proche d'un geignement que d'autre chose. Il se faisait l'effet de n'être qu'un bébé.

- Je sais pas quoi faire.

La jeune femme croisa les bras et lui lança un regard sévère qui le fit se recroqueviller un peu plus sur lui-même. Il préférait encore quand elle n'affichait aucune expression.

- Quel manque de volonté. Je te croyais fait d'un autre bois. Debout.

Et d'un seul coup, Roxas se leva. Une telle autorité émanait de cette femme, quelque chose à quoi il se sentait soumis sans comprendre pourquoi. Elle le regarda un peu moins durement une fois qu'il fut debout.

- Ça n'a pas de sens, de chercher à tuer une Ombre, lui dit-elle, l'index levé comme celui d'une maîtresse d'école. Elles font partie de nous, elles sont nos faces cachées, nos vices, nos mensonges – tout ce que nous voulons le plus cacher. La tienne est sortie et te voilà exposé aux yeux de tous. Mais même si c'est très difficile à admettre, c'est ta vérité et personne ne peut la faire disparaître, ni eux ni toi. Au demeurant, c'est d'une part non négligeable de ton identité qu'il s'agit et je pense que t'en séparer totalement serait dangereux.

Roxas porta une main à son cœur et se remémora pendant une angoissante seconde l'histoire de Ventus. Lui qui avait été si cruellement blessé par la disparition de sa part d'ombre, qui n'avait pu reconstituer son coeur que pour le perdre à nouveau. C'était ce même coeur qui battait à présent dans sa poitrine – ce coeur qui n'était pas à lui mais qui était le seul qu'il eusse jamais eu. Il devait en prendre soin et honorer la mémoire de celui à qui il appartenait, ce qu'il ne ferait certainement pas en s'infligeant volontairement le traitement qui avait causé tant de dégâts à l'époque.

- On dirait que tu commences à comprendre, dit la femme en bleu. C'est bien. Sur le plan physique, c'est un combat perdu d'avance. Tu ne peux pas tuer ton Ombre, mais plus tu la rejettes, plus tu lui donnes de la puissance et de la tangibilité. Et comme tu restes un être humain, elle, par contre, peut te tuer. C'est important que tu le comprennes.

Elle avait raison, il était obligé de l'admettre. Il aurait préféré crever plutôt que d'avouer que ce qu'avait dit l'Ombre était la vérité simple et nue, mais il était trop tard. Et maintenant, le seul moyen d'arranger ce désastre était de l'admettre ! Devant tout le monde ! Il serra les poings, déjà conscient de ne pas avoir le choix. La vie de plusieurs personnes en dépendait.

Sora.

Riku.

Que deviendrait Kairi si eux disparaissaient ? Qui la rechercherait hors des sentiers battus de la police ?

Axel…

Comme si le cours des choses s'était attaché au fil de ses pensées, il entendit soudain un cri.

- NON !

Il se retourna et tout se passa en une fraction de seconde – trop vite pour qu'il puisse réagir. Il n'eut que le temps d'apercevoir la lance de la créature qui s'abattait droit sur lui, et une ombre qui passait devant lui à la vitesse de l'éclair.

Le choc fut puissant. Il sentit un corps s'écraser violemment contre le sien, et entendit un son étranglé, à mi-chemin entre un cri de douleur et un gargouillis de mauvais augure. Il partit à la renverse et s'étala sur le sol, le poids de l'autre corps pesant sur le sien.

Roxas savait ce qu'il allait voir avant même de rouvrir les yeux. Il savait qu'Axel s'était interposé pour recevoir le coup à sa place quand il avait compris qu'il ne pourrait ni le dévier ni le bloquer.

Il savait qu'une fois encore, Axel s'était stupidement mis en danger, qu'il avait mis sa vie en jeu pour lui. Quand il regarda le corps inerte écroulé sur ses jambes et son ventre, comme si même dans cet état il ne cherchait qu'à lui servir encore de bouclier, ses yeux brûlèrent de colère.

- Imbécile ! Cria-t-il à Axel. J'ai pas de raison de vivre si tu crève !

Mais Axel ne l'entendait pas, ne répondit pas. Roxas s'accrocha à lui.

- Je t'interdis de mourir, tu m'entends !?

Non loin de là, son Ombre se détourna et se mit à marcher lentement vers une forme inanimée recroquevillée sur elle-même, près des entrepôts - Sora. Il se tourna à nouveau vers la femme, debout à deux pas d'eux.

- Dites-moi ce que je dois faire ! La pressa-t-il.

Mais son ton n'avait plus rien à voir avec celui qu'il avait utilisé plus tôt. Sa rage lui faisait oublier sa réticence. Il était prêt à n'importe quoi.

- Tu es lent à la détente, je trouve. Je te l'ai déjà dit : accepte de te regarder en face. Tout le monde à des squelettes dans le placard, toi aussi. Les tiens ont été mis à jour, alors assume-les. Pendant que tu feras ça, je m'occuperai des blessés. Mon temps est compté.

Roxas ne posa pas de question. Il se dégagea de dessous Axel et le coucha sur le sol en veillant à ce qu'il ne le heurte pas, prenant toutes les précautions possibles avec sa tête. Il se releva, la femme s'approcha et, avant qu'il ait eu le temps de faire quoi que ce soit, elle saisit le rouquin par le col, tira pour le redresser et lui colla une magistrale paire de claques qui résonna dans le silence avant de le laisser retomber sur le sol. Il en resta bouche bée deux secondes, qu'elle mit à profit pour se tirer de là et aller vers Riku, à qui elle réservait de toute évidence le même sort. Son beau visage pâle n'exprimait rien d'autre qu'une tranquillité affairée.

Ce fut lorsqu'il vit Axel remuer et papilloter que Roxas se décida à se détourner de lui pour faire face à l'Ombre.

Celle-ci avait pâti de ses précédents affrontements. Elle avait l'air fatigué, elle se tenait légèrement voûtée tandis qu'elle avançait lentement vers Sora. Roxas refit apparaître ses armes et, carrant les épaules et relevant la tête, l'interpella sans que sa voix tremble.

- Hé, toi !

L'Ombre s'arrêta et se tourna vers lui. Son regard jaune n'avait rien perdu de sa malignité et de sa force. Lorsque le monstre commença à avancer dans sa direction, Roxas se força à admettre qu'il ne lui servirait à rien de se battre contre lui. Cette créature avait vaincu Sora, Riku et Axel. Il n'était pas plus fort qu'eux, et il était seul. Derrière l'Ombre, il vit l'inconnue qui passait, mine de rien, chopait Sora par le pied et le traînait comme un sac de linge sale à l'écart du champ de bataille, toujours aussi impeccable avec son bandeau bleu dans les cheveux et ses talons aiguille.

Roxas ferma les yeux un instant et prit une inspiration profonde. Il se força à relâcher la prise de ses doigts sur la garde de ses Keyblades, lentement, jusqu'à ce qu'elles disparaissent. Puis il se concentra sur l'Ombre qui s'était arrêtée, l'air perplexe. Le blond la regarda droit dans les yeux.

- Je ne veux pas me battre contre toi, dit-il.

Il fit un pas. L'autre ne bougea pas d'un iota.

- Je suis désolé, dit-il. Je te demande pardon.

Les Ténèbres agglutinées se mirent à fondre et la Biche se décomposa en Ombres plus petites qui se remirent à ramper dans l'obscurité. Plein d'appréhension mais confiant, Roxas vit lentement réapparaître son double – son Ombre.

Le garçon aux yeux jaunes avait l'air en piteux état – il haletait et il était pâle, probablement à cause du combat qu'il venait de livrer. Mais dans son regard, Roxas lisait autre chose.

- Pardonne-moi, répéta-t-il. Je ne savais pas..

C'était de l'espoir qui se voyait dans les iris jaunes. Son Ombre fit un pas vers lui, hésitante, mais Roxas franchit la distance qui les séparait encore et, sans hésiter, lui prit les mains.

- Je t'ai rejeté pendant tout ce temps… je t'ai enfermé, je t'ai mis sous clé, caché pour que personne ne te voie parce que j'avais honte de toi. Alors que toi… Toi, tu voulais juste que je t'accepte.

L'Ombre sourit, d'un sourire qui ressemblait beaucoup plus au sien.

- Tu as enfin compris, dit-elle.

Roxas hocha la tête.

- Je ne peux pas te renier. Tu es une partie de moi, et si je te repousse, c'est moi-même que je repousse. Je ne peux pas faire ça. C'est impossible et je ne devrais même pas le vouloir. Pardonne-moi.

Un instant de silence s'étira entre eux. Son Double souriait largement, l'air heureux, et Roxas lâcha ses mains pour le prendre par les épaules.

- Je suis Toi, et tu es Moi, dit-il.

Comme si ces mots avaient été un signal, ou une espèce de formule magique, quelque chose se passa. Quelque chose d'indescriptible. Il serra l'Ombre dans ses bras, qui lui rendit son étreinte, et soudain, tout disparut. Il entendit une voix qui résonnait au fond de lui, une voix puissante et grave qui parlait dans un langage ancien, vieux comme le monde. Et pourtant…

Pourtant, il comprenait.

Thou art I... And I am thou...

Thou hast established a new bond...

It brings thee closer to the truth...

Thou shalt be blessed with Artemis

Persona of the Moon Arcana... *

Et du néant absolu de son être surgit soudain un mot. Un mot unique, venu du plus profond de son âme. Sa bouche s'ouvrit sans qu'il s'en rende compte et ses lèvres remuèrent dans un murmure absent :

- Per…so…na.

Les autres, réveillés et rassemblés par les bons soins de la dame en bleu, mais encore trop dans le cirage pour faire très attention à elle, avaient assisté à toute la scène et sursautèrent violemment quand le bruit retentit. C'était à mi-chemin entre un coup de feu et un miroir qui se brise. L'Ombre avait disparu et soudain, une colonne de lumière bleue apparut devant Roxas. Celui-ci, bien que debout, semblait inconscient.

La lumière disparut, laissant la place à une créature incroyable.

C'était une femme, avec de très longs cheveux blond argenté. Elle flottait à près d'un mètre au-dessus du sol. Sa peau était opalescente et brillait légèrement, elle était pieds nus, et elle portait un chiton court. Un croissant de lune brillait sur son front. Sa chevelure ondoyait comme sous l'effet d'une brise inexistante et elle tenait à la main un arc blanc.

- Mais c'est quoi ce délire ?! S'exclama Sora.

- Taisez-vous et regardez, répondit la mystérieuse inconnue.

Les ombres, qui s'étaient tenues tranquilles jusqu'alors, parurent voir dans l'immobilité de Roxas une bonne occasion d'attaquer et se remirent à avancer vers lui. Axel amorça un geste pour aller l'aider mais la femme le retint d'une main ferme posée sur son bras. Il aurait facilement pu se dégager mais quelque chose le retint – elle était frêle et nullement agressive, et lui-même avait encore la tête qui tournait.

- Regardez, répéta-t-elle calmement, sans quitter des yeux le spectacle qui se déroulait devant eux et sans paraître le trouver le moins du monde surprenant.

Roxas semblait toujours dans le même état de semi-inconscience, mais il bougeait maintenant. Comme si ses gestes étaient l'effet d'une volonté autre que la sienne, il se tourna vers l'Ombre la plus proche et leva lentement le bras droit, le tendant vers elle. Synchrone, la créature leva son arme. Roxas banda un arc invisible et la femme tira sur la corde du sien, aussi fine qu'un fil de lune. Une flèche de lumière blanche apparut entre ses doigts pâles et brillants et quand Roxas décocha son trait invisible, elle partit. Elle frappa l'Ombre et celle-ci se délita aussitôt. Les autres ouvrirent tous la bouche de surprise.

- Ça marche ! S'exclama Sora.

Roxas prépara un nouveau tir et l'archère détruisit une deuxième Ombre, puis une troisième. En quelques instants, l'endroit se vit nettoyé de tous les monstres qui s'y trouvaient, à l'exception d'un ou deux qui détalèrent à une vitesse surprenante.

Le garçon resta debout pendant un instant, immobile et le regard toujours vitreux, puis la forme derrière lui trembla, se troubla et disparut. Il tenta de faire un pas, trébucha et tomba.

Axel bondit vers lui sans que la dame en bleu le retienne. Il parvint à le rattraper avant qu'il ne s'écroule sur le sol et s'agenouilla. Roxas reposait dans ses bras, inerte. Il avait le regard vide, et ses paupières papillonnaient lentement.

- Roxas ? Appela l'ex-Numéro VIII. Roxas, tu m'entends ? Qu'est-ce qui lui arrive ?!

Ces derniers mots s'adressaient à la jeune femme qui les avait rejoints, suivie de Riku et Sora. Elle resta debout tandis que les garçons s'agenouillaient près de Roxas.

- Il est inutile de crier, souligna l'inconnue avant de répondre. Il a subi un choc psychologique qui lui a fait perdre conscience. Il se réveillera dans quelques minutes.

- Qui êtes-vous ? Demanda Sora.

Tout à son inquiétude, Axel remarqua à peine à quel point sa voix était dépourvue d'aménité. Dans d'autres circonstances, il s'en serait étonné, mais il avait du mal à penser à autre chose qu'à ce à quoi ils venaient tous d'échapper, à ce qu'avait fait Roxas et aux cheveux de ce dernier qui caressaient ses doigts. Il y avait tellement longtemps…

- Si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais attendre qu'il se réveille pour commencer à vous expliquer la situation. Il est important que vous vous entendiez tous ce que j'ai à vous dire, et je ne tiens pas à me répéter. Sachez simplement que je suis ici pour vous aider, et que je peux répondre à la plupart de vos questions. Veuillez patienter, je vous prie.

C'était dit sur un ton on ne peut plus posé et respectueux mais que ne souffrait pourtant aucune réplique. Comme ils n'avaient plus rien à poursuivre pour le moment et que l'inconnue promettait des explications, le petit groupe resta où il était et patienta comme elle l'avait demandé.

Tous observaient attentivement Roxas, guettant ses moindres réactions et après un moment, il commença effectivement à reprendre ses sens. Ses battements de paupières étaient plus rapides et son regard se focalisait. Ça rappelait à Axel le jour où il était revenu. Il avait eu cet air d'absence, de vide qui cédait progressivement la place à son esprit. Peu à peu, il revint à lui. Il regarda autour de lui, l'air hagard, et puis la mémoire sembla lui revenir et il se rendit compte qu'il était dans les bras d'Axel. Vivement, il se redressa et s'écarta, détournant le regard. Ses joues s'étaient colorées, mais son visage s'était fermé à nouveau.

Axel eut l'impression qu'un gouffre s'ouvrait sous son cœur. Était-il donc si stupide ? Il ne s'en rendait compte que maintenant. Il avait cru, pendant un bref instant, que c'était terminé. Après tout ce qu'il avait entendu, il s'était dit que Roxas cesserait de l'ignorer. Que, tout du moins, il accepterait de lui parler. Il ne doutait pas une seule seconde de la véracité des propos qu'avait tenus l'Ombre, mais quelle importance ? Il ne lui était d'aucune utilité de connaître les sentiments de Roxas si celui-ci continuait de se claquemurer dans sa tour d'ivoire ! Son rejet le frappa comme un coup de massue. Il avait le vertige.

- Que s'est-il passé ? Demanda Roxas d'une voix éraillée.

- Nous y voilà, répondit la femme en bleu, ramenant sur elle tous les regards.

- Comme vous dites, dit Riku d'un air pincé. Peut-être que vous pourriez nous dire qui vous êtes, maintenant.

Ils se relevèrent tous, Roxas vacillant légèrement. Sora voulut le soutenir mais il n'était pas en bien meilleure forme. La femme en bleu leur jeta un regard contemplatif mais ne fit rien. Elle attendit d'avoir toute leur attention pour parler.

- Je m'appelle Margaret. Je suis l'hôtesse de la Velvet Room et j'ai été envoyée ici par mon maître pour vous assister.


Il m'a fallu l'Epreuve
Le : c'est chacun pour soi
Avaler des couleuvres
Mon karma est tenace
On est selon Bouddha
Héritier de nos actes
Méfie-toi des puissances
Méfie-toi de l'aisance
Au jeu du corps à corps
L'esprit est bien plus fort

("Méfie-toi", Mylène Farmer)


* Il s'agit d'une citation récurrente dans l'univers de Persona, qui résonne dans l'esprit du protagoniste quand celui-ci établit ou améliore un social link avec un personnage, ce qui lui permet d'améliorer son affinité avec les Persona des différents types. Chaque social link correspond à une arcane.

EXPLANATIONS TIME !

Je suis beaucoup plus à l'aise avec Margaret qu'avec Tallulah, mais le fait qu'elle ait désormais ce rôle implique que vous allez voir beaucoup de Persona et de la Velvet Room qu'initialement prévu, ce qui fait que je vais devoir expliquer un bon nombre de choses. Une partie sera expliquée directement par Margaret ou d'autres personnages, mais cette histoire n'est pas supposée être un tutoriel de Shin Megami Tensei. Donc il y aura parfois, en fin de chapitre, un ou deux paragraphes explicatifs.

Un petit mot ici à propos des Arcanes, notamment au cas où certaines d'entre vous s'y connaîtraient en Tarot (je me suis renseignée mais je suis loin d'être une experte). On m'a fait remarquer que Riku, par exemple, avait une personnalité trop torturée et instable pour l'arcane que je lui ai choisie, et ce n'était pas faux, mais je n'y ai rien changé parce que je m'en tiens à ce que les jeux (Persona 3 et 4, donc) m'ont appris sur les personnalités et les arcanes. Il se trouve que le personnage qui porte cette même arcane dans Persona 4 est encore plus instable que Riku, et en proie à une crise identitaire. Je pense aussi que l'arcane ne colle pas nécessairement à ce qu'est le personnage, qu'elle peut aussi être liée à son potentiel et à ce qu'il peut devenir. Donc si vous remarquez des incohérences, n'hésitez pas à me les signaler, mais je ne redistribuerai pas les cartes (lol) – j'ai fait un trop gros travail là-dessus et c'est étroitement lié aux relations entre les personnages. Mais vous pouvez toujours essayer de deviner qui est qui – tous les personnages principaux en une.

Margaret, comme dans Persona 4 où il était possible de créer avec elle un social link, est l'Impératrice, une des arcanes majeures du Tarot. C'est pour ça que Roxas se sent soumis à elle – son arcane à lui, comme vous l'avez déjà compris, est celle de la Lune. L'Impératrice à autorité sur lui, les autres ne l'ont pas senti parce qu'ils n'ont pas encore surmonté leur Épreuve et éveillé leur potentiel.