Auteur: Ariani Lee
Bêta-lecture : Shangreela
Note : Heeeeeeeeeu, il se PEUT que j'ai oublié de poster ce chapitre... pardooooooon...


I am You and you are Me

~ 10 : Espoir - Deux Portes ~

All I wanna do, is see you again
Is that too much to ask for?
I just wanna see your sweet smile
Smiling like it was before
And I'll try not to hold you
And I'll try not to kiss you
And I won't even touch you
All I wanna do is, see you
Don't you know that it's true?

( Depeche Mode, See You)


- Attention les yeux ! Annonça Axel en poussant la porte.

Celle-ci s'ouvrit sur une pièce multi-usages : un mur occupé par des meubles et du matériel de cuisine, celui d'en face par un grand canapé et entre les deux, agencés comme il se pouvait dans l'espace disponible, le reste du salon et une télévision. Face à la porte d'entrée, derrière tout le reste, un grand rideau bleu nuit qui devait cacher la « chambre » coupait la pièce en deux.

Tout le groupe se déversa à l'intérieur et Axel ferma la porte derrière eux, un sourire dément sur le visage. Tous se délestèrent de leur charge sur le petit plan de travail qu'Axel leur indiqua dans le coin-cuisine. Le déménagement se résumait à ça : quatre sacs contenant des vêtements et quelques effets personnels. Axel aurait pu le faire seul mais Sora et Riku avaient insisté et finalement ils avaient chacun porté un sac.

- Ça, c'est ce qui s'appelle voyager léger, dit Roxas à personne en particulier.

- C'est un studio, dit Riku. Tu avais pas parlé d'un appartement ?

- Je m'en fous que ce soit petit, c'est chez moi ! Répondit l'ancien Numéro VIII.

Une porte à côté du canapé menait à la salle de bains. Axel fit faire à ses invités le tour du propriétaire avec un plaisir si évident que c'était dommage que l'endroit fut si petit : ça lui prit moins d'une minute et personne ne releva qu'il « oubliait » la chambre. La pièce eut l'air moins surpeuplée une fois qu'ils se furent tous assis de part et d'autre de la table basse.

- Il faudra penser à aérer si on reste longtemps, sinon on va manquer d'air.

Axel lança à Riku un regard sombre.

- Je t'ai déjà dit que ça m'est égal que ce soit petit.

- T'emballes pas, j'étais pas ironique. On est quatre, quand même.

- Ce serait con que tu claques d'une intoxication au dioxyde de carbone dans ton sommeil parce qu'on aurait passé l'après-midi ici, dit Sora, pince-sans-rire.

- Une quoi ?

- Que t'étouffes parce qu'il y'a plus assez d'oxygène dans la pièce, traduisit Riku.

Axel ouvrit la bouche pour répondre mais fut interrompu par une sonnette de vélo. Riku avait entreprit de fouiller ses nombreuses et vastes poches à la recherche de son portable il n'écoutait plus de toute façon. Axel coula un regard discret vers Roxas qui était assis avec lui face aux deux autres, mais sur un coussin par terre. Roxas, lui, lançait des regards furtifs en direction de la tenture, ce qui amusa hautement Axel parce qu'il savait précisément ce qui se passait dans sa petite tête mal coiffée.

Toujours aussi curieux. Évidemment, je leur ai tout montré sauf un truc et ça va l'agacer.

Il ne voulait plus rien cacher à Roxas, bien sûr il avait pris cette résolution à l'instant où il avait compris qu'il allait le revoir. Mais il n'y avait rien d'autre derrière ce rideau qu'un lit, une petite commode et une table de chevet. C'était son intimité et ça, il y avait droit.

- Ça va, Riku ? Demanda Sora, ramenant l'attention d'Axel sur l'argenté qui fixait son portable avec un air de stupéfaction perplexe.

- C'est qui ?

- Margaret.

L'ambiance qui régnait dans la pièce changea radicalement, passant en une seconde de « relativement zen compte tenu de l'humeur de Sora » à « sur le pied de guerre ».

- Comment elle a eu ton numéro ?

- De la même façon qu'elle a eu nos noms, répondit Riku, toujours estomaqué.

- Il veut dire qu'il en sait rien, clarifia Axel en voyant que Sora réfléchissait.

- Qu'est ce qu'elle dit ? S'enquit Roxas.

Riku sortit de sa transe et cessa de fixer son téléphone comme un randonneur qui a vu le Yéti.

- Elle demande si on connaît un endroit isolé et abrité où on pourrait tous se réunir, euh, « afin de mettre au point la suite des opérations », lut-il sur l'écran de son téléphone. Je lui parle de la cachette secrète ?

- C'est le meilleur endroit ! Approuva Sora. C'est quoi, son numéro ?

- Aucune idée, y en a pas. Que des zéros, marmonna Riku en composant sa réponse, les sourcils froncés par la concentration (Axel était sûr qu'il mettait des formules de politesse). J'espère qu'elle l'aura, dit-il en se redressant.

Sora grimpa sur son ami, s'intercalant sans douceur entre le dos de celui-ci et le dossier du pauvre canapé pour regarder le téléphone par dessus son épaule, les bras serrés autour de son cou. Même ses pieds rebondissaient sur les coussins. Riku ne s'en formalisa pas, pas plus qu'Axel ne se posa de question sur cette soudaine exubérance. Après tout ce temps passé à faire la gueule et à ronger son frein – deux choses désagréables auxquelles il n'était en plus pas habitué – il y avait fort à parier que passer enfin à la « suite des opérations » allait transformer Sora en pile électrique. Toute cette énergie accumulée... Il serrait Riku pour tenter d'évacuer silencieusement son impatience, ne se rendant absolument pas compte qu'il était en train de l'étrangler en bonne et due forme. Et Riku qui le laissait faire sans moufter.

Axel se détourna – il ne voulait pas risquer que son petit sourire moqueur-mais-c'est-mignon soit mal reçu – et ce faisant, il croisa le regard de Roxas qui avait sur le visage une proche cousine de sa propre expression. Puis celle-ci se mua en un sourire, timide d'abord, puis complice. Le cœur d'Axel se mit à danser la rumba – Roxas lui souriait, nom de Dieu ! Alors qu'Axel aurait vendu son âme pour un regard dix jours plus tôt. Ils partageaient quelque chose pour la première fois depuis la dernière glace, depuis des semaines, des mois, depuis une éternité, et même si ce n'était que ce petit ricanement intérieur, Axel regrettait comme jamais que Kairi ne soit pas là. Il aurait été tellement heureux, là, tout de suite, si seulement elle avait été là ! Mais la joie et l'émotion avaient un triste goût quand il était conscient d'elle, en danger quelque part, seule et désarmée.

- Enfin, songea-t-il lorsque Roxas se retourna vers Riku et Sora – il lui avait souri ! – au moins, les choses sont sur le point de changer, maintenant.

- Sora, il est trop gentil pour te le dire, mais Riku ne peut plus respirer du tout depuis un petit moment.

Sora regarda Riku, dont le visage mauve lilas commençait à tirer vers une nuance plus bleue. Il le lâcha et rampa sur le canapé pour s'écarter de son ami

- Pardon ! Mais pourquoi tu dis rien, toi, aussi ?! L'enguirlanda-t-il.

- Personne n'a envie de modérer ton enthousiasme.

- Oui, ça fait plaisir à voir.

Riku hocha la tête, épargnant le souffle d'une réponse et se massant la gorge d'une main. Sora s'empourpra, et la sonnette tinta à nouveau : dring dring !

- QU'EST-CE QU'ELLE DIT ?

- Faudrait peut être bien que quelqu'un lui dise de se calmer, en fait.

- Axel !

- Oups ! Pardon, je pensais à voix haute…

- C'est pas tellement mieux, tu sais ?

L'ancien Numéro VIII se tourna vers Roxas, un air penaud sur le visage, intérieurement comblé. Déstabilisé, aussi. Sora avait regrimpé sur Riku avec une agilité de loutre mais en prenant soin cette fois d'agripper ses épaules plutôt que son cou.

- Bon, on y va ? Demanda-t-il par-dessus la tête argentée.

- On n'est pas perchés sur le dos de Riku, nous, dit Roxas avec une emphase qui fit vibrer le cœur d'Axel (« Nous » !). Alors on suit pas aussi bien que toi.

- Elle est sur place, indiqua Riku.

- Alors, on y va ?!

- Oui, Sora, on va y aller.

- Essaye de respirer profondément…

- Je suis très calme !

Roxas et Axel ricanèrent en se levant.

Comme prévu, la perspective d'entrer en action avait mis Sora dans un état d'excitation douloureuse, quelque part entre l'enfant de cinq ans hyperactif qui aurait avalé deux kilos de bonbons et une batterie de 3000 volts en surcharge. Il parla tout le long du trajet jusqu'aux docks, et encore pendant la traversée en bac jusqu'à la petite île. C'était un flot de questions pour la plupart sans réponses qui coulait de sa bouche comme d'un robinet ouvert au max.

- Et comment elle a fait pour arriver aussi vite ? Vous croyez qu'elle se sert des couloirs des Ténèbres ? Vous croyez qu'on va se battre ? Je veux dire tout de suite ? Roxas, tu sais toujours pas invoquer ton… ton machin ?

Celle-ci avait une réponse facile que Roxas fournit très calmement.

- Non, Sora. J'espère qu'elle va pouvoir m'expliquer comment je dois m'y prendre.

- Et comment on va faire pour aller dans cette autre dimension ? Vous croyez qu'elle va venir avec nous ?

- En tailleur et talons aiguilles ? Je crois pas, répondit Axel.

- Peut-être qu'elle se sera changée ? Faut pas juger sur les apparences ! Souvenez-vous de Stitch !

Personne ne se souvenait de Stitch, puisque Sora l'avait rencontré avec Donald et Dingo, mais personne ne le lui signala non plus.

- Vous croyez qu'elle à déjà un plan ? Vous pensez qu'on va agir aujourd'hui, quand même ? Vous trouvez pas ça bizarre qu'elle communique par textos ? Comment elle a eu ce numéro de téléphone ?

Et comme ça sans discontinuer jusqu'à ce qu'ils atteignent la plage de l'île, d'où ils pouvaient voir la cascade derrière laquelle était dissimulée l'entrée de la grotte.

- J'espère quand même qu'on a pas donné l'emplacement de la Serrure à une créature maléfique, dit Riku en s'arrêtant devant l'ouverture.

- Mais noooooon, fit Sora, les mains croisées sur sa nuque. La Serrure est bien cachée. Et puis qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Comme on pouvait s'y attendre, la furieuse antipathie de Sora pour Margaret, qu'il vouait encore aux Gémonies une heure plus tôt, s'était envolée en même temps que sa mauvaise humeur. Puisqu'ils agissaient enfin, il n'avait plus besoin d'un exutoire sur lequel vomir sa frustration et son inquiétude. Riku ne s'éclaira pas pour autant.

- C'est juste qu'on ne sait rien d'elle, répondit-il.

Roxas se mordilla la lèvre.

- Il faut quand même lui accorder le bénéfice du doute. Sans elle, on serait sans doute tous morts.

Riku acquiesça d'un hochement de tête et avança, le reste du groupe lui emboîtant le pas. Ils arrivèrent en silence dans la caverne ou se trouvait la Porte. Ils ne virent pas Margaret tout de suite, sans doute parce qu'autre chose leur sauta aux yeux à l'instant où ils entrèrent.

Il y avait deux portes.

Celle qui recélait la Serrure était toujours a sa place, intacte. L'autre était plantée en plein milieu de la grotte. Il n'y avait rien derrière, rien autour : rien qu'un chambranle et un panneau sombres entre lesquels filtrait une lumière bleue.

- Bienvenue dans la quatrième dimension, railla Axel.

- Ce n'est pas exactement de cela qu'il s'agit, dit la voix posée de Margaret, sur leur droite.

Tous se tournèrent pour la découvrir, assise près du dessin représentant Sora et Kairi partageant un Paopou. Elle était toujours en tailleur et escarpins, installée sur un gros rocher. Son maintien était aussi impeccable que sa tenue et sa coiffure et, dans la semi-obscurité de la caverne, elle semblait briller un peu. Un imposant volume relié de velours bleu reposait sur ses genoux et juste à côté d'elle, bizarrerie parmi les bizarreries qui pourtant n'arrivait pas vraiment à les surprendre, se trouvait une grosse télévision à écran cathodique posé sur une table à roulettes.

Je plaisantais, s'excusa Axel en se grattant la nuque.

- Aucun problème. Il y a de quoi être pris au dépourvu.

Difficile de savoir si elle faisait allusion à la télévision (qu'ils ne pourraient pas brancher à moins que Margaret se promène avec un groupe électrogène sous sa jupe-crayon) ou de la porte donnant sur rien (Axel savait que Roxas brûlait d'aller jeter un coup d'œil derrière mais qu'il n'osait pas).

- Je suis navrée d'avoir été si longue à revenir, s'excusa Margaret. J'ai bien conscience que l'attente a dû être pénible pour vous.

Elle s'adressait à eux tous mais ses yeux jaunes étaient fixés sur Sora, qui se mit à se dandiner et à rougir.

- C'est moi qui suis désolé de la façon dont je vous ai parlé la dernière fois. Vous nous avez tirés d'un pétrin mortel et j'ai été grossier. Ma mère aurait honte de moi.

Margaret le gratifia d'un petit sourire.

- N'en parlons plus. Même si je peux me maintenir dans votre dimension plus longtemps qu'avant, mon temps reste limité et j'ai beaucoup de choses à vous dire.

- Est-ce qu'on va se battre ? Madame ?

Axel trouvait Sora irrésistible quand il essayait de se rattraper. C'était adorable et drôle, et il regrettait que le moment soit mal choisi pour placer une vanne.

- Pas dans la minute, répondit Margaret avec indulgence. Mais si tout se passe bien, vous pourrez aller secourir votre amie ce soir.

C'était tout ce que Sora avait besoin d'entendre. Sans plus de cérémonie, il s'assit sur le sol pour écouter le reste. Les autres l'imitèrent après une seconde puisqu'ils n'allaient pas agir tout de suite, autant se poser. Ils avaient tous hâte d'entendre ce qu'elle avait à leur dire. Installé ainsi avec les autres, tout autour d'elle qui les surplombait, son livre sur les genoux, même Axel avait l'impression d'être en classe à attendre que la maîtresse commence la leçon. Ce qu'elle fit.

- Avant tout, il faut que je vous explique ce que sont ces Ombres. Celles-ci en particulier, car elles sont aussi différentes qu'elles sont nombreuses. Selon où vous les trouvez, elles peuvent changer d'aspect, de caractéristiques et même de nature. Nous avons un avantage, ici : nous avons déjà eu affaire à ce type d'Ombres. Oui ?

Riku baissa sa main et personne ne sourit de la lui avoir vu lever façon premier-de-la-classe.

- Quand vous dites « nous », de qui parlez-vous ? Qui êtes-vous ?

Margaret épousseta distraitement la reliure veloutée de son livre.

- Nous, qui vivons dans le plan de la Velvet Room, sommes des créatures à part, commença-t-elle lentement. C'est une question compliquée. Contrairement aux Ombres qui sont confinées dans leur propre plan, nous circulons librement à travers les entremondes. Nous sommes partout. Nous surveillons les Ombres, nous nous assurons qu'elles ne perturbent pas les dimensions adjacentes aux leurs. Mais nous ne pouvons intervenir nous-mêmes et quand ces perturbations surviennent, comme c'est le cas ici, ce sont toujours des humains dotés du potentiel qui se dressent contre la menace. Mon Maître, mes frères et sœurs et moi avons pour mission d'apporter conseil et assistance à ces combattants comme nous le faisons pour vous maintenant. Même si j'avoue que nous ne quittons guère la Velvet Room ; nous sommes plus habitués à recevoir des visiteurs.

- C'est quoi, la Velvet Room ? Demanda Axel, à qui le nom était vaguement familier sans qu'il puisse se souvenir pourquoi.

Margaret réfléchit un instant avant de lui répondre.

- Certains d'entre vous s'y sont déjà rendus, bien que vous ne vous en souveniez pas. C'est le nom de l'endroit où nous recevons nos visiteurs et pratiquons notre magie. Mon Maître la décrit comme « un endroit qui existe entre le rêve et la réalité, l'esprit et la matière » - une de ses particularités est que partout où elle se trouve, elle provoque une légère distorsion entre les plans et que ça la rend accessible aux humains dotés d'un fort potentiel. Les visites oniriques ne laissent pas de trace, et pour pouvoir y accéder en étant réveillé, il faut que mon Maître crée une porte et une clé. Ainsi, quand nous repérons un dysfonctionnement, nous nous plaçons stratégiquement et attendons les visiteurs. Le problème, c'est que pour mettre en place un accès adapté aux êtres humains, il a besoin de temps. Dans votre cas, la situation a si vite dégénéré que j'ai été obligée de sortir pour vous aider. Mais comme vous pouvez le constater, la porte est déjà prête.

Elle désigna d'un geste la porte noire ne donnant sur rien. C'était donc bien une affaire de dimensions, même s'il ne s'agissait pas de la quatrième.

- Personne d'autre ne peut la voir. Mon Maître n'a pas terminé la fabrication des clés mais votre amie a disparu depuis trop longtemps déjà, et cette situation est grave. Les Ombres n'ont strictement rien à faire hors de leur plan. Il y a des exceptions, bien sûr. Certains types d'Ombres sont capables de voyager d'un plan à l'autre mais elles sont rares et quand elles le font, elles provoquent de telles distorsions que les humains sans potentiel actif n'ont pas conscience de ce qui se passe. Ils ne peuvent que constater les dégâts quand les choses reviennent à la normale. La dernière fois que nous avons eu affaire à de tels ennemis, cela a presque provoqué la fin du monde. L'éviter a coûté la vie à un jeune homme sur lequel ma petite sœur veillait. Ça n'avait rien à voir avec ce qui se passe ici. Ces Ombres-ci ne devraient pouvoir se manifester qu'au travers du Midnight Channel.

- Donc vous les avez déjà combattues, c'est bien ça ?

- Pas en personne, mais j'ai assisté un groupe qui l'a fait. C'est pour cette raison que mon Maître m'a désignée pour cette mission. Ils étaient confrontés aux mêmes phénomènes – les mêmes Ombres, le Midnight Channel, les Épreuves... Elles ont fait des victimes, bien que pas dans nos rangs. Des dommages collatéraux. Je connais ces créatures, je sais ce qu'elles sont. Des émotions.

- Des émotions ? Répéta Roxas sans comprendre.

- Oui. Les Ombres faibles sont vagues et informes parce qu'elles sont nées d'un seul sentiment, celle que tu as affrontée était complexe et aboutie parce qu'elle était née du faisceau entier de tes émotions les plus noires. Entre ces deux types d'Ombres auxquels vous avez été confrontés, il en existe un large éventail d'autres et le même principe s'applique à toutes. Les sentiments négatifs des occupants de ce monde peuplent d'Ombres la dimension intermédiaire. Et comme ce sont des créatures spirituelles, on ne peut les éliminer qu'avec des armes spirituelles. En soi, la présence d'Ombres comme celles-ci ne devrait pas être source d'ennuis. Ça n'aurait pas non plus dû poser de problèmes à Inaba – là où ça s'est produit la dernière fois. Mais quelqu'un avait découvert un moyen d'accéder à l'autre plan, et s'en servait pour commettre des meurtres en forçant des gens à y entrer.

Axel avait sur les lèvres quelques mots bien sentis à propos de la bêtise humaine mais il les garda pour lui, soucieux de ne pas interrompre Margaret.

- Ici, le problème – vous vous en êtes rendus compte par vous-mêmes – c'est qu'elles sortent. Et depuis un moment, si j'en crois ce que vous m'avez dit.

L'ex Numéro VIII se remémora la journée sur la plage la chaleur, la brûlure glacée des boîtes de soda contre son torse, le sable blanc collé au dos brun de soleil de Roxas, et oui, il en était certain : Naminé qui s'éloignait, dans son éternelle robe d'été blanche, ses inévitables sandales assorties. Tellement de saison qu'Axel avait juste vu une blonde en robe bain-de-soleil qui n'avait pas retenu son regard assez longtemps pour qu'il réalise que c'était plus qu'une simple ressemblance. Mais aujourd'hui, avec le recul, il en aurait mis sa tête à couper : c'était bien elle. Et comme Margaret le soulignait, ça signifiait que le problème ne datait pas de la veille. Et que l'Ombre de Kairi avait échappé à la vigilance de son maître, mais elle s'abstint d'évoquer ce détail.

- Elles vont et viennent entre les deux plans, véhiculées par la brume qui devrait être la seule à filtrer et n'avoir aucun impact sur votre environnement. Il doit y avoir une faille, quelque part, quelque chose qui rend praticables pour elles les accès qui sont normalement utilisés par les humains. (Elle marqua une pause avant d'ajouter :) Même s'il n'y a rien de normal à ce que ces accès existent et qui si des humains s'en servent c'est que quelque chose ne tourne pas rond.

Tous jetèrent un œil à la porte de la Velvet Room, superbe anomalie d'un noir bleuté qui semblait se dresser là pour appuyer les dires de Margaret qui, imperturbable, poursuivait.

- De ce que j'ai pu en voir jusqu'ici, c'est la seule chose qui les différencie des Ombres d'Inaba. Ça, et l'absence de tueur en série, bien entendu. Votre travail, au-delà du sauvetage de votre amie, sera de chasser et d'éliminer les Ombres qui s'introduisent dans votre monde avant qu'elles fassent des dégâts ou sèment la panique.

- C'est tout ? S'étonna Sora, l'air déçu.

- Forcément, il était habitué à des quêtes plus grandioses que ça.

- Dans un premier temps. À long terme, il faudra faire en sorte que ça s'arrête mais tant que mon Maître n'aura pas découvert de quoi il retourne exactement, nous nous limiterons à combattre les « symptômes ».

Elle leva les mains pour mimer les guillemets avant de les reposer sur le gros livre.

- Dans l'immédiat, notre objectif est de secourir votre amie et de garder la situation sous contrôle. Au-delà de ça, vous devez savoir que c'est une lutte que l'on n'abandonne pas. Accepter de recevoir la clé de la Velvet Room équivaut a signer un contrat et même sans cela, vous devrez vous battre tant qu'il y aura des ennemis à éliminer. Une fois vos potentiels éveillés, vos forces mentales attireront les Ombres parce que même si elles sont forgées sous forme de Persona, c'est de ces énergie que les Ombres se nourrissent. Si vous baissez votre garde avant la fin, vous deviendrez une cible de choix aussi j'aimerais que vous soyez sûrs de ce que vous faites. Êtes-vous réellement prêts à prendre de tels risques ?

- Évidemment ! S'écria Sora, toujours prêt à prendre tous les risques pour tout et n'importe qui.

- Bien sûr, approuva Riku, qui n'était pas homme à laisser son meilleur ami se jeter seul dans la gueule du Béhémot, fût-elle béante et baveuse.

Axel se demanda un instant si la question de Margaret était bien utile : s'ils voulaient aller chercher Kairi, ils n'avaient pas tellement le choix. D'un autre côté… Sora sauvait le monde comme il respirait, même quand ce n'était pas le sien. Et Riku suivait Sora, toujours. Si Kairi n'avait pas disparu, si c'était quelqu'un d'autre qui s'était fait enlever, la seule différence était qu'elle se serait trouvée là, avec eux, à s'engager joyeusement à sauter les pieds joints dans la merde pour le Plus Grand Bien. Axel vit Roxas hocher sobrement la tête et l'imita, et Margaret leur lança un regard qui semblait dire « Je n'en attendais pas moins de vous ». Plus elle leur disait de choses à son sujet, moins il comprenait qui - ce - qu'elle était exactement, mais lui, il se plaisait bien à Destiny. Et puis, il y avait cette lueur d'espoir que Roxas l'avait laissé entrevoir… C'était plus qu'assez pour qu'il se batte. Il l'avait fait pour moins que ça, pour rien même. Qu'on lui dise de quel côté viser et il ferait feu.

- Ceci étant dit, passons à des questions plus pratiques. Le temps passe. Vous aurez bientôt accès à la Velvet Room, où nous nous tiendrons à votre disposition à tout instant, dussiez-vous avoir une question ou besoin d'un conseil. Mais avant cela, il faut sauver votre amie. Vous partirez d'ici après le coucher du soleil mais avant cela, je pense que vous feriez mieux de rentrer chez vous afin de vous assurer que vos familles n'aient aucun motif d'inquiétude. Surtout vous deux, ajouta-t-elle à l'adresse de Roxas et de Sora.

- Vous pensez vraiment à tout, remarqua Riku avec un petit sourire pendant que Sora, la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés, se rappelait d'un seul coup qu'il avait de nouveau une mère et qu'il n'était donc plus libre de courir à l'aventure à l'instant où celle-ci se présentait.

- Je peux vous poser une question, Madame ? Demanda Roxas.

- Juste Margaret. Oui ?

- Je ne peux toujours pas faire venir mon Persona. Si je suis le seul à pouvoir me battre efficacement contre les Ombres… Je veux me battre mais là j'en suis pas plus capable que les autres, et ça commence à ressembler à une mission suicide. Sauf votre respect.

- Aucun problème. Ta remarque est pertinente, de toute façon – il semble que l'évocation spontanée ne fonctionne pas dans cet endroit. Mais il y a des moyens de contourner ce genre de problèmes techniques et nous allons vous les fournir. Jamais nous ne vous laisserions partir désarmés.

- Et nous, alors ? À quoi on sert, puisque nos armes ne fonctionnent pas ?

- Les Ombres sont rapides et elles n'ont pas leur pareil pour surgir de nulle part. Avec l'assistance adéquate, Roxas devrait pouvoir se débrouiller seul, à condition que vous ayez des yeux partout. Et même si vous ne pouvez pas tuer les Ombres, vous pouvez les ralentir.

- C'est tout ?

Sora avait l'air dépité et dubitatif. Axel comprenait l'un et l'autre. Que feraient-ils si Roxas se retrouvait débordé, incapables de l'aider efficacement ?

- C'est déjà beaucoup – vous le protégerez et c'est uniquement comme ça que vous parviendrez à progresser pour sauver votre amie. De plus, ce n'est pas la seule raison. Voyez-vous, ce n'est pas notre façon de procéder habituelle, d'approcher des gens qui n'ont pas commencé à éveiller leur potentiel. Si nous le faisons maintenant, c'est parce qu'outre le fait que le temps presse, vous êtes déjà des combattants expérimentés et, si je ne m'abuse, les protecteurs de ce monde.

Sora et Riku hochèrent la tête avec fierté.

- Hé bien, il est évident maintenant que nous aurions quoi qu'il arrive eu beaucoup de mal à vous tenir à l'écart de cette histoire, même si vous ne vous y étiez pas retrouvés mêlés de cette façon. Et il se trouve que vous avez tous le potentiel. Pour en revenir à la mission, elle sera gérable mais par la suite, vous devrez impérativement augmenter vos forces si vous voulez avancer et survivre. Passer du temps dans ce plan devrait stimuler vos esprits et les éprouver sévèrement.

- Et c'est bien, ça ? S'étonna Axel.

- Un mental fragilisé est plus susceptible d'engendrer une Ombre, et c'est souvent par l'intermédiaire de celle-ci que s'éveille le Persona. Il est vital que vous soyez tous opérationnels le plus rapidement possible et visiter l'autre plan peut accélérer le processus. Et vous ne partirez pas seuls non plus.

- Vous venez avec nous ? S'étonna Sora.

- Non. Nous prenons la liberté d'adjoindre un élément à votre groupe. Il nous a fallu un peu de temps pour identifier le candidat et le préparer mais il est maintenant prêt à vous servir de guide ainsi que de soutien tactique.

- C'est ça, que votre Maître n'avait pas eu le temps de terminer ? Demanda Roxas, qui se souvenait de leur première rencontre avec la jeune femme et de ce qu'elle leur avait expliqué alors, après qu'il ait passé son Épreuve et ait repris conscience.

- Cela et un certain nombre d'autres choses, comme l'accès à la Velvet Room par exemple. Mais oui, c'est ce qui représentait la plus grande difficulté, pour des raisons qui seront sans doute discutées en long, en large et en travers plus tard. Quoi qu'il en soit, nous sommes prêts. Nous avons coutume de l'être avant que les ennuis commencent pour de bon, mais mieux vaut tard que jamais.

- Sur quoi, elle frappa dans ses mains. Le geste avait été bref et presque discret et pourtant il suffit à faire dresser les oreilles à son petit auditoire. Axel sentit son corps se hérisser tout entier – le moindre poil dressé comme si la pièce était soudain saturée d'électricité statique.

- Passons aux présentations, si vous le voulez bien. Quand nous en aurons terminé avec ceci, vous pourrez rentrer chez vous jusqu'au crépuscule.

Suivie par quatre paires d'yeux avides, elle alla vers la porte noire et frappa trois coups mesurés. Le cœur d'Axel vibra bizarrement et il sentit une goutte de sueur froide lui couler le long de la nuque.

Pourquoi j'ai l'impression que c'est pas bon, ce plan ?


Si c'était moi, pour nos rêves
Mettre les voiles, le jour se lève
On se prépare au voyage
Pour des ères interstellaires
Devant moi, nébuleuses obscures
Moi diffuse, j'ai fait ce que j'ai pu
Le ciel profond ou je plonge
Constellation, dans un monde sans retour

(Mylène Farmer, Interstellaires)