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Retour à National City... en deux chapitres pour garder un certain équilibre...
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Chapitre XVIII
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Alex ne s'embarrassa pas de trouver la sonnette ou de frapper à la porte. Elle tourna le bouton de la porte. Poussa. Sans succès. Elle glissa une main à l'intérieur de sa parka, en ressortit une petite trousse et crocheta rapidement la serrure.
Elle prenait des risques. Entrer par effraction chez Kara exposait le contrevenant à de désagréables représailles. Mais Alex vouait assez de confiance à sa jeune sœur pour savoir qu'elle ne massacrerait pas le premier venu sans s'inquiéter de son identité et de ses intentions. Et puis, Alex n'avait jamais craint Kara et elle avait toujours su gérer ses débordements. Ses peines et ses souffrances.
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Kara était l'élément lumineux de leur binôme, ses chagrins de petite fille, de jeune fille, puis de jeune femme ne s'étaient jamais différenciées de celles de ses camarades de classe ou de ses collègues. Auprès d'elle, Alex avait tenu avec beaucoup de sérieux son rôle de grande sœur et les humeurs sombres de Kara Danvers ne l'avaient jamais inquiétées.
Celles de Kara Zor-El en revanche...
Kara dissimulait sous son sourire, son air franc et léger, sous sa fausse innocence, une jeune femme tourmentée par des drames, des inquiétudes, des remises en question et des interrogations qui restaient souvent sans réponses. Kara avait traversé beaucoup d'épreuves et elle n'en était pas toujours ressortie indemne.
Son silence n'avait pas inquiétée Alex jusqu'à ce qu'il dépassât quatre jours. Alex avait alors tenté de la contacter. Sans succès.
D'une manière ou d'une autre, Kara continuait à assurer la protection de National City. Mais elle ne mettait plus les pieds au DEO, elle ne répondait pas au téléphone et disparaissait aussitôt qu'elle avait mis hors d'état de nuire les malfrats, les assassins, les monstres ou les terroristes. Qu'ils fussent humains ou extra-humains.
Elle n'habitait plus chez elle.
Alex avait été voir James Olsen, Hershaw. Ils ne savaient rien. Lena était déplacement, et quand la jeune femme était revenue à National City, elle avait évité Alex.
Contrariée et étonnée par son attitude, Alex avait fini par la coincer au journal. Lena s'était montrée hostile. Glaciale.
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— Lena, Kara t'aime beaucoup, avait tenté de l'amadouer Alex. Je ne pense pas beaucoup me tromper si je t'assure qu'elle te considère comme sa meilleure amie et je crois que la réciproque est aussi vrai.
Un tic nerveux avait déformé les traits de Léna.
— Elle ne me parle plus depuis plus d'une semaine et elle n'habite plus chez elle, ajouta Alex.
Une lueur d'inquiétude brilla dans le regard de Léna.
— Une semaine, Léna ! insista Alex.
— Je ne sais pas. Je suis rentrée il y a seulement trois jours.
— Et tu ne l'a pas vue depuis que tu es rentrée ?
— Non.
— Non ? s'étonna Alex. Tu ne lui as pas téléphoné ?
— Non.
— Elle ne t'a pas téléphonée ?
— Non.
— Elle vient au journal ?
— Elle envoie ses articles en temps et en heure.
— Mais est-ce qu'elle vient ?
— Non.
— Et ça ne t'inquiète pas ?
— Pourquoi m'inquiéterais-je ?
— Elle ne t'appelle pas, elle ne se montre pas au journal, elle n'habite plus chez elle, énuméra Alex. Et tu trouve ça... normal ?
Léna prit un air hautain. Une façon de montrer aux gens qu'ils l'importunaient. Alex n'apprécia pas. Léna était peut-être la reine de National City, elle possédait peut-être une intelligence hors norme et une fortune scandaleuse, mais Alex était responsable du DEO, c'était un soldat, un agent, et la sœur de Kara. Elle s'appuya sur le dossier de son fauteuil et croisa les bras.
— D'accord, tu sais, affirma Alex.
— Je ne sais rien et j'ai du travail, répondit Léna d'un ton ferme.
— Que s'est-il passé ?
— Rien, assura Lena.
Alex plongea son regard dans le sien. Elles s'affrontèrent en silence. Volonté contre volonté. Alex perçut une faille chez l'héritière. Un éclair étrange au fond de ses yeux. Les muscles qui se contractaient sur les mâchoires.
L'éclair disparut. Lena reprit le contrôle de ses émotions. Alex allait la tuer. L'arrêter et la traîner dans une geôle du DEO. Elle la collerait sur une chaise et Lena passerait l'un des pires moments de sa vie entre ses mains. Le regard déterminé de Léna calma ses ardeurs. Léna ne parlerait pas. La torture ne lui arracherait aucune confidence. Elle savait quelque chose, mais elle ne se confirait jamais.
— Léna... Kara... Est-ce que... Est-ce que Kara va bien ? demanda doucement Alex.
— Non... euh, oui.
— Comment ça : non, oui ? se crispa de nouveau Alex.
— Elle va bien, Alex, mais euh... Je ne sais pas, peut-être a-t-elle besoin d'une pause, de se retrouver un peu seule, de réfléchir.
Léna pensa à la peine qui avait submergé Kara — ou Éva c'était pareil — après avoir quitter Alep, à ses larmes, à son incompréhension, à sa douleur.
Elle n'avait pas assisté au retour de Kara, elle n'en avait pas eu le courage. Elle avait prolongé le séjour de la jeune femme dans l'univers parallèle où se débattait Éva en espérant qu'elle guérît de son chagrin et qu'elle retrouvât la paix et le bonheur dans les bras d'une autre personne. Mais Kara avait continué à traîner son mal-être et ses basques à travers le monde et personne n'avait jamais remplacé la jeune Syrienne qui l'avait tant bouleversée. Durant quinze ans.
Quinze ans d'errance inutile.
Après l'épisode d'Alep, Léna n'avait pas eu le cœur à la ramener sans qu'Éva eût trouvé une consolation à sa mélancolie, un remède à son sentiment de solitude.
Elle l'avait laissée s'enferrer dans d'autres histoires qui l'avait peut-être plus meurtrie encore. Léna n'avait pas non plus prévu que la ville où elle avait tout d'abord envoyé Kara disparaîtrait sous les bombes et les obus, que le pays qu'avait tant aimée Éva basculerait dans le chaos. La jeune femme avait mal vécu ce désastre. Elle avait cessé de s'intéresser aux informations, aux journaux, elle en avait gardé une rancune amère envers les élites politiques de son pays. Envers ce que les gens de ce monde appelaient l'Europe et l'Occident. Elle les accusait d'ignorance et de trahison.
Léna avait été prise de court en apprenant la grossesse de Kara, contrairement à la jeune femme qui l'avait accueillie avec un naturel qui laissa Léna pantoise. Éva, Kara, les deux jeunes femmes qui n'en faisaient qu'une, ne rentraient décidément dans aucune case. Leur vie qu'elles pensaient toutes deux banales prenait parfois d'étranges chemins. Mais la maternité n'avait pas guéri leurs blessures. Kara avait aimé son enfant, elle avait appris à devenir mère, elle avait essayé de le guider à travers les méandres de la vie. Il lui apportait de la joie et du bonheur, et elle riait beaucoup en sa compagnie, mais sa présence n'avait pas chassé l'amertume qui lui rongeait le cœur.
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Léna avait voulu que Kara expérimentât la passion et la souffrance. Kara l'avait expérimentée, mais tout comme la jeune Syrienne dans les bras de laquelle Kara s'était consumée, Léna s'était trompé sur elle et elle avait réalisé avec désespoir qu'elle ne connaissait pas Kara. La jeune journaliste n'était pas seulement innocente et joyeuse, elle était dotée d'une incroyable sensibilité. Une sensibilité à fleur de peau que Léna n'avait jamais soupçonnée aussi profonde.
Le temps n'avait pas guéri Kara. Sa mélancolie et sa solitude n'avait fait qu'augmenter au fil des années et Léna l'avait ramenée dans leur univers parce que Kara courrait à sa perte. Parce que rien n'adoucirait jamais son sentiment d'échec.
Léna n'avait pas supporté.
Le double de Kara trouverait peut-être un jour un remède à sa peine, mais Léna en doutait si fortement qu'elle avait pris peur. Elle avait eu peur que Kara ne commît l'irréparable.
Léna avait conçu ce voyage comme un rite initiatique dont Kara ressortirait grandie et sentimentalement plus mature. Elle n'avait fait que lui embrouiller le cœur et l'esprit. Kara était un être lumineux. Éva dissimulait derrière une apparence affable et heureuse, une personnalité sombre et ténébreuse. Elle avait perverti Kara. Qu'importait si Éva était Kara, si la jeune Française n'avait été qu'un révélateur. Sans elle, Kara n'aurait jamais expérimenté cette sombre et trop sensible part d'elle-même.
Léna se sentait coupable.
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— Réfléchir à quoi ? Faire une pause de quoi ? la relança Alex.
Léna fit une vague geste de la main.
— Je ne sais pas, elle a peut-être besoin de faire le point sur sa vie, sur sa situation professionnelle, mentit-elle.
— Elle veut changer de métier ?
— Non, je ne crois pas, répondit Léna.
— Alors ?
— …
— Elle... elle a rencontré quelqu'un ? Elle est amoureuse ?
Question idiote, pensa Alex, parce que si Kara tombait amoureuse de qui que ce fût, elle lui en parlerait. Enfin, elle espérait.
— Je ne sais pas, s'obstina à nier Léna.
— Et tu ne sais pas où elle peut se cacher ?
— Non.
— Tu ne m'aides pas beaucoup, lui reprocha Alex.
— Comment veux-tu que je t'aide si je ne sais rien.
— Je croyais que tu l'aimais.
Un froid intense tordit les entrailles de Léna.
— Kara a des amis, Léna. Des amis qu'elle aime beaucoup, mais c'est différent avec toi.
Évidemment, je l'aime, pensa Léna, incapable de reprendre la parole. Et ton idiote de sœur me drague sans même s'en rendre compte.
— Si je n'étais pas si confiante dans l'amour que Kara me porte, je serais jalouse, lâcha soudain Alex.
— …
— Tu es sa meilleure amie, Léna. C'est pourquoi, je ne comprends pas ta réaction.
— Tu es sa sœur, l'imita méchamment Léna. Et tu ne sais pas plus que moi où elle se trouve.
Alex se raidit. Parfois, elle détestait Léna Luthor.
— Si j'ai des nouvelles je te préviendrai, ajouta Léna conciliante.
— Merci.
Alex lui adressa un petit signe de tête et tourna les talons.
— Alex, la rappela Léna.
La jeune femme se retourna.
— Si tu la retrouves avant moi... Tu pourras...
— Je t'appellerai.
— Merci, souffla Léna.
Elle se relâcha dans son fauteuil après le départ d'Alex et se pinça les lèvres. Kara lui manquait. Dans la foulée, elle prit une décision. Radicale. Comme à son habitude.
Elle prit son téléphone et composa un numéro :
— James ?
— Léna ?
— Je veux te parler.
— Je suis en réunion.
— Je veux te parler tout de suite.
— Deux minutes et je suis là.
Léna raccrocha.
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Alex s'avança avec précaution dans l'entrée.
— Kara ? appela-t-elle doucement.
Le silence lui répondit. Kara avait emménagé dans un meublé sans charme et sans grâce. Les tapis étaient usés jusqu'à la trame et la peinture aux murs aurait méritée d'être rafraîchie. Le salon était vide. Des livres traînaient sur une table basse, un manteau sur un canapé, une écharpe sur le dossier d'une chaise. L'appartement était propre, mais Kara ne devait pas passer beaucoup de temps à faire le ménage. Alex passa un doigt sur une étagère, il traça une grande ligne lumineuse dans l'épaisse couche de poussière qui recouvrait le meuble. Par-dessus le comptoir de la cuisine américaine, Alex aperçut de la vaisselle qui séchait sur la paillasse de l'évier. Une assiette, une petite casserole, une poêle et des couverts. Pour une personne.
Kara n'était peut-être pas là. Alex ouvrit le réfrigérateur. Quelques bouteilles de bières, une bouteille de lait, du fromage et des tomates tentaient de combler le vide des rayonnages. Au moins Alex pourrait boire en l'attendant. Elle referma la porte. Ouvrit un ou deux placards. Soit Kara mangeait dehors, soit elle ne se nourrissait pas ou insuffisamment.
Elle se dirigea vers la chambre. Kara n'était pas absente. Elle travaillait sur un ordinateur. Casque sur les oreilles. Concentrée.
Alex s'approcha. Kara ne travaillait pas. Elle jouait à un jeu-vidéo. Alex resta un instant sans bouger. Perplexe.
Sur l'écran Kara incarnait un personnage en vue subjective. Elle dégommait à tour de bras des monstres et des zombis qui mourraient en tournoyant de la plus improbable des façons en aspergeant d'hémoglobine tout ce qui se trouvait à proximité. Un RPG. Violent. Extrêmement violent. Alex n'avait jamais vu Kara jouer à ce genre de jeu.
Elle avança. Un reflet sur l'écran, le bruit des pas d'Alex ou son sixième sens prévint Kara qu'elle n'était pas seule. Elle se retourna vivement, debout sans qu'Alex ne l'eût même vue bouger. Kara retomba aussi sec dans sa chaise.
— Alex ?
— Oh, tu te souviens de moi ? ironisa la jeune femme.
Kara se retourna, son personnage venait de mourir.
— J'ai perdu, dit-elle.
Elle sortit du jeu et se retourna une nouvelle fois vers Alex.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— À ton avis ?
— Je n'ai envie de voir personne.
— Moi, j'avais envie de te voir.
Kara soupira. Elle se leva, passa sa sœur et se dirigea vers le salon. Alex la suivit. Kara ouvrit le réfrigérateur et se pencha dedans.
— Tu veux une bière ? proposa-t-elle.
— Oui merci.
Kara sortit deux bouteilles, elle les décapsula et en tendit une à Alex.
— Tu veux un verre ?
— Non ça ira, répondit Alex en se juchant sur un tabouret. Kara s'appuya le dos sur la cuisinière et porta la bouteille à sa bouche.
— Ça fait longtemps que tu es là ? lui demanda Alex.
— Une semaine.
— Tu t'y plais ?
— Bof...
— Sûre que c'est moins douillet que chez toi, plaisanta Alex.
Un demi-sourire étira les lèvres de Kara. Elle le dissimula rapidement derrière le goulot de sa bouteille.
— Kara, qu'est-ce que tu fais ici ?
— J'avais besoin d'air.
— Pourquoi ?
Kara haussa les épaules. Alex soupira à son tour. Sa sœur n'avait elle non plus aucune envie de parler. Pas étonnant qu'elle s'entendît si bien avec Léna Luthor. Une amitié étrange d'ailleurs. Alex n'aurait jamais cru que Kara nouât une amitié si profonde avec quelqu'un qui lui était hiérarchiquement supérieur dans son travail. Elle s'était bien entendu avec son ancienne patronne, mais elle n'avait pas partagé l'intimité qu'elle partageait avec Léna. Il était tout aussi étonnant que Léna s'intéressât à Kara. La puissante Léna Luthor. Kara n'était qu'une petite journaliste, une bonne journaliste certes, mais une simple petite journaliste. Si encore Léna savait que Kara et Super girl ne faisaient qu'une, Alex aurait mieux compris.
Par contre, elle s'étonnait d'autant plus de leur amitié que Kara était Super girl. Léna avait beau les avoir aidées à de nombreuse reprise, on ne pouvait pas totalement lui faire confiance. Incontrôlable, indépendante, terriblement intelligente et brillante, elle se lançait parfois, par curiosité scientifique ou simplement parce qu'elle en avait envie, dans des entreprises qui mettaient en danger la sécurité du monde. Des entreprises qu'elle seule avait jugées pertinentes de mettre en œuvre, dont elle n'avait référé à personne et qui avaient parfois très mal tournées. Pourtant Super girl aimait autant Léna que Kara aimait celle-ci.
— J'ai vu Léna. Elle ne me l'a pas montrée, mais elle s'inquiète aussi pour toi.
— Je déteste, Léna, répondit Kara d'une voix sourde.
Ah. Alex venait d'obtenir la confirmation de ses soupçons. Les deux amies s'étaient querellées. À quel propos ? Et qui était fâchée ? Kara ou Super girl ?
— Qu'est-ce qu'elle a fait ? Ou... qu'est-ce qu'elle t'a fait ?
Kara leva les yeux sur Alex.
— On devrait l'enfermer dans une geôle sécurisée et ne plus jamais l'en laisser sortir, répondit Kara avec humeur.
— C'est pour cela que tu te caches ? Tu sais, si tu me le demandes, je peux accéder à tous tes vœux. Dis-moi seulement si je dois intervenir en tant que sœur ou en tant que directrice du DEO. Dans le premier cas, j'irai lui casser la figure, dans le deuxième je mets à exécution ton idée.
— …
— Alors ?
— Les deux. Casse-lui la gueule et enferme-la ensuite.
Un rire joyeux secoua Alex.
— Tu es vraiment fâchée. Et tu peux m'expliquer pourquoi tu ne te chargerais pas toi même de la punition ?
— Je n'ai aucune envie de la voir, bougonna Kara.
Alex contourna le comptoir.
— D'accord, Kara, tu viens t'asseoir avec moi sur ton magnifique canapé et tu m'expliques ce qu'a encore fait notre savant fou pour qu'elle mérite qu'on lui arrange le portrait qu'elle a par ailleurs fort beau et qu'on la prive de sa liberté de régner sur Central City.
— Tu as des vues sur Léna ? s'étonna Kara.
— Non, pas vraiment, rit Alex Elle est bien trop sophistiquée pour moi et surtout, bien trop incontrôlable. Je préfère les gens plus tranquilles.
— Comme Maggie ou Sarah ? demanda narquoisement Kara.
— Mouais, laisse tomber.
Elles s'assirent dans le canapé.
— C'est vrai qu'il est moche, déclara Kara en grimaçant de dégoût.
— Il put en plus.
— Oui, rit Kara.
Alex la serra contre elle :
— Ah, je retrouve ma petite sœur ! s'exclama-t-elle.
— Tu ne l'avais pas perdue.
— Mais parfois, il m'arrive d'avoir peur de la perdre.
— Je ne t'abandonnerai jamais, Alex, fit Kara en posant la tête sur son épaule. Tu as toujours pris soin de moi.
— Je t'aime, Kara, c'est tout.
— Mmm.
— Que s'est-il passé avec Léna ?
— Elle m'a balancée dans une dimension parallèle.
Alex, se redressa.
— Quoi ?! Pourquoi ?
— Elle voulait me montrer une découverte qu'elle avait faite. Tu sais combien Léna est fière de son travail, combien elle aime se vanter ? Je croyais que... je croyais qu'elle voulait simplement me montrer ses résultats. Elle m'avait assurée que ce serait comme de voir un film à la télévision.
Kara se tut.
— Et... ? la relança Alex.
— Elle m'a menti, s'énerva Kara. Je me suis retrouvée dans une autre dimension.
— C'était si horrible que ça ?
— Je n'étais plus moi.
— Comment ça ?
— En général, tu es la même personne, avec une vie différente, mais là, je me suis retrouvée dans la peau de quelqu'un d'autre. Je n'était plus Kara ni Super girl, mais une autre femme. Mais j'ai tout ressenti comme si c'était réellement moi qui vivait sa vie et j'ai gardé tous ses souvenirs en moi.
— Qui étais-tu ?
— Une jeune femme, un professeur.
— Plutôt sympa.
— Non, enfin, oui. Mais elle était complètement débile.
Alex fronça les sourcils.
— Débile ?
Kara n'utilisait jamais cette expression.
— Elle adorait ce mot, s'excusa Kara. Elle était débile et c'était horrible. C'est horrible.
— C'est pour cela que tu en veux à Léna ?
— Oui, je ne sais même pas pourquoi elle m'a vivre ça. Ni quelle idée tordue, elle poursuivait en m'envoyant incarner cette femme dans un monde parallèle. Pendant des années.
— Tu devrais peut-être lui demander au lieu de terrer ici à jouer à des jeux vidéo.
— Ça m'évite de déprimer et ça me détend.
Déprimer ? Qu'avait bien pu vivre Kara dans la peau de cette professeur qu'elle traitait de débile ? Elle observa un moment sa sœur. Retint ses questions. Kara lui en avait déjà beaucoup raconté, si elle désirait lui en dire plus, elle l'aurait fait.
À contre cœur, elle se résolut à renvoyer la balle dans le camps de Léna Luthor. Elle restreignit aussi son envie de suivre la suggestion de Kara. De briser d'un coup poing précis le sourire suffisante de l'arrogante Léna et de l'enfermer dans une cage de verre sans confort, ou elle serait obligée de se rendre aux toilettes à la vue et au su de ses gardiens.
— Va lui parler, Kara.
— Je vais lui envoyer Super girl, grommela Kara vindicative.
— Je croyais que tu ne voulais pas qu'elle sache que tu étais Super girl.
— Pff...
— Faudra d'ailleurs que tu m'expliques un jour pourquoi.
— Parce que.
— Parce que quoi ?
— Parce que.
C'était bien ce que pensait Alex, Kara n'avait aucune raison valable de ne pas avouer à Léna ce que tout le monde savait ou presque dans l'entourage de Kara et, pour une personne aussi brillante, Léna se révélait pour une fois complètement stupide de ne pas avoir deviner la double identité de sa plus chère amie.
Alex ne comprenait pas les motivations de sa sœur. Si une personne devait connaître le secret de Kara c'était bien Léna. Le connaître rendrait peut-être aussi la femme d'affaire plus sage et moins imprudente. Elle n'aurait peut-être pas non plus envoyé Kara se promener dans une dimension parallèle pour satisfaire ses idées ou une curiosité qu'Alex devinait moralement répréhensible. Léna et Kara ne valaient tout compte fait pas mieux l'une que l'autre.
Son bracelet-montre se mit soudain a vibrer. À côté d'elle, Kara prit un air soucieux, puis franchement inquiet. Bien avant qu'Alex se fût enfoncé une oreillette dans l'oreille.
— J'y vais, déclara-t-elle soudain alors que les informations arrivaient seulement à la directrice du DEO.
Alex la rattrapa.
— Kara, comment es-tu au courant de se qui se passe ?
— Un transmetteur connecté à l'ordinateur centrale du DEO.
De mieux en mieux.
— Qui t'a donné ça ? demanda Alex.
— Lena.
— Léna ?! Quand ?
— Il n'y a pas longtemps, elle avait laissé l'objet avec un mot chez moi.
— Quand ?
— Quand je suis revenue de son fichu monde parallèle.
Donc, Léna savait que Kara en aurait sans doute besoin, qu'elle risquait de s'isoler en revenant dans leur univers.
Alex fulminait. Léna l'avait menée en bateau, elle avait mauvaise conscience et elle avait d'une manière ou d'une autre fait du mal à Kara. Kara qui était déjà partie avant qu'Alex lui dit tout ce qu'elle pensait de son amie. De son ex-amie. Enfin, vu l'inquiétude qui s'était dessinée sur les traits de Kara en apprenant qu'une attaque venait d'avoir lieu au siège du journal, Alex dirait plutôt de son amie. Raison de plus pour rendre, un peu plus tard, une petite visite pas du tout amicale à Mademoiselle Luthor.
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Le chaos régnait au journal. Le commando avait défoncé les murs. Pas au rez-de-chaussée, mais à l'étage où se trouvait le bureau de Léna et la salle de rédaction. Un hélicoptère blindé. Il étaient venu avait tiré dans le tas et était repartis. Sans oublier d'emmener avec eux la propriétaire des lieux. N'étaient-ils pas venus pour cela ?
Kara repartit, comme eux. Aussi rapidement qu'elle était venue. Ce n'était pas la première fois que Léna faisait les frais de sa notoriété. Super girl l'avait engagée à porter une puce de géolocalisation. Léna avait bien entendu refusé. Super girl s'était fâchée. Et bien évidemment, Léna avait trouvé la parade, pour n'encourir ni la colère de l'héroïne qui lui avait plusieurs fois sauvé la vie ni renoncer à sa liberté d'être où bon lui semblait sans que personne ne le sût. Sa puce, indétectable, s'activait à la demande. En cas d'extrême urgence. Et seulement quand Léna l'avait décidé.
Elle ne l'avait pas activé lors de l'attaque du journal. Super girl ne manquerait jamais un tel événement. Elle ne l'avait pas activé quand les commando avait brutalement fait irruption dans son bureau. Elle ne l'avait pas activé quand un homme l'avait frappée et que deux autres l'avaient prise sous les aisselles pour l'embarquer dans leur hélicoptère. Elle ne l'avait pas activé quand ils avaient atterri dans les montagnes, qu'ils l'avaient conduite dans une ancienne mine qui se révéla être un bunker. Elle ne l'avait pas activé quand ils l'avaient attachée, ni quand ils avaient recommencé à la frapper parce qu'elle ne répondait pas à leurs questions. Elle voulait d'abord connaître leur motivations.
Ils voulaient des informations. Des informations sur des projets ultra-confidentiels. Des projets que peut de monde connaissait. Alex Danvers élevait une taupe dans son service. Léna n'avait toujours pas activé sa puce, peut-être en apprendrait-elle plus sur leur informateur.
Et puis, ils avaient apporté dans la pièce une machine compliquée et une table roulante sur laquelle était disposé toute une collection de seringue et d'ampoules.
Léna était peut-être génie, elle avait peut-être du caractère, mais elle ne possédait aucun pouvoir magique. Elle activa sa puce. Quand la seconde aiguille lui injecta une deuxième substance jaunâtre et qu'elle commença à planer, elle se félicita de n'avoir pas attendu plus longtemps.
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Une voix lointaine la rappela à la conscience.
— Léna ?
Kara ?
— Léna, vous m'entendez ? répéta la même voix.
Non pas Kara, Kara ne la vouvoyait plus depuis longtemps.
— Léna, restez avec moi.
La jeune scientifique souleva les paupières. Difficilement. Elle gémit. Une jeune femme se tenait au-dessus d'elle. Des longs cheveux blonds.
Super girl.
— Je vais vous emmenez au siège du DEO. D'accord ?
— Euh, oui, comme vous voulez. Merci, dit faiblement Léna.
— Vous auriez dû activer votre puce plus tôt.
— Vous m'avez bien trouvée, coassa Léna.
— J'aurais préféré vous retrouvez en meilleur état, même si vous méritiez une petite leçon.
— Une petite leçon ? Pourquoi ? trouva la force de demander Léna intriguée par le ton moralisateur qu'avait adopté Super girl.
— Vous jouez avec la vie des autres, Léna, lui reprocha sourdement Super girl.
— Je suis... je suis désolée, murmura Léna.
Elle n'avait aucune idée de ce que pouvait lui reprocher Super girl, mais elle savait que la jeune extra-terrestre parlait rarement pour ne rien dire. Léna se sentait mal. Faible. Quand Super girl la souleva délicatement dans ses bras, elle posa la joue sur son épaule et s'en remit en toute confiance à elle.
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Léna était dans un état déplorable. Elle avait été battue et torturée, et les substances qu'on lui avait injectées relevaient aussi bien des drogues que du poison. Elle subit une dialyse et ne reprit conscience que le jour suivant l'attaque.
Kara la veilla toute la nuit. Quand le matin, elle apprit que la jeune femme se trouvait hors de danger, elle s'éclipsa. Elle n'arrivait pas à pardonner Léna. Son amie ne l'avait pas seulement abusée, elle n'avait pas seulement trahi sa naïve confiance, elle avait dévasté sa vie. À travers la jeune professeur qu'elle avait incarnée, Kara s'était sentie vulnérable. Perdue. Léna l'avait rendu vulnérable.
En sortant, de la chambre de Léna, elle avait croisé Alex. Sa sœur alertée par l'expression qu'arborait Kara, un mélange de tristesse, d'épuisement, de désarrois et de peine, l'avait traînée dans les appartements dont elle disposait quand elle dormait au DEO. Elle ne lui avait pas posé de question. Elle avait encouragé Kara à s'asseoir avec elle dans le canapé, elle lui avait passé un bras autour des épaules. Kara s'était crispée, et puis elle avait posé la tête sur l'épaule d'Alex et elle avait pleuré.
— Je la déteste, furent les seules paroles qu'elle prononça.
Ensuite, elle était partie. Alex lui avait demandé si allait encore disparaître. Kara lui avait assuré qu'elle réintégrait son appartement.
Ce qu'elle fit.
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Léna resta alitée quinze jours, passa une semaine en observation et rentra elle-aussi chez elle. Alex trouva l'informateur. Il finit dans un incinérateur. L'homme avait causé du chagrin à Kara. Alex ne lui pardonna pas, même si elle ne savait pas pourquoi sa sœur avait tant pleuré pour quelqu'un qu'elle disait détester. Léna avait de l'importance à ses yeux. Kara l'aimait et elle avait eu peur. Elle ne le reconnaîtrait pas, mais cela n'empêchait pas Alex de le savoir.
Elle tenta de coincer Léna sur le sujet. Autant essayer de convaincre un tigre de manger de l'herbe. Elle morigéna Léna sur sa légèreté :
— Quand on aime quelqu'un on ne lui ment pas, Léna. Kara a vécu ton mensonge comme une véritable trahison. Tu ne mérites pas sa confiance. Ni celle de Super girl d'ailleurs. Je ne pense pas qu'elle serait très heureuse d'apprendre à quoi tu joues lors de tes heures perdues.
Léna, pour une fois, n'avait pas moufter. Elle n'avait pas écrasé Alex de sa suffisance et de son insupportable sentiment de supériorité sur l'ensemble de l'humanité. Elle s'était mordu les lèvres et avait, Alex en était restée estomaquée, détourné le regard.
— Le pire, souffla Alex. C'est que Kara, quoi que tu aies fait te pardonnera. Parfois, je ne comprends pas ce qu'il y a entre vous.
Léna avait rougi. Alex avait froncé les sourcils.
— Tu lui as fait du mal, l'accusa durement Alex.
Léna baissa la tête.
Incroyable. Alex venait de remporter une victoire éclatante sur Léna Luthor. Elle l'avait carrément mise à terre.
Elle ne poussa pas son avantage parce que sa petite sortie sur le mensonge aurait très bien pu s'adresser à Kara.
— Peut-être qu'un jour, toi et Kara devriez mettre les choses à plat entre vous.
Léna releva les yeux, elle avait saisi un double-sens dans l'injonction de l'officier. Alex lut l'interrogation, la demande de confirmation.
— J'avoue que votre amitié me laisse parfois perplexe.
Lena haussa les épaules. Alex leva les yeux au ciel en soupirant de dépit.
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