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Chapitre XIX
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Léna se rétablit, elle réintégra son appartement, ses bureaux et ses laboratoires. Kara se remontrait au journal, elle assistait aux conférences de rédaction, donnait son avis, rendait ses articles, formulait des conseils et des suggestions. Elle répondait aux convocations de Léna sans émettre de réserves et consentait sans protester à rester seule avec elle dans son bureau. Professionnellement, les deux jeunes femmes avaient retrouvé leur complicité d'antan. Extra-professionnellement le chemin s'avéra beaucoup plus chaotique. Kara avait instauré une distance et Léna n'était du genre ni à la relever, ni à la lui reprocher, ni à essayer d'obtenir, de mendier, une explication. Sa fierté s'y opposait.
Sa fierté et un certain malaise. Léna avait peur de perdre définitivement l'amitié de Kara. Elle avait peur de se heurter à sa colère ou à ses silences. Elle savait qu'elle aurait dû s'excuser. Elle n'osait pas de crainte de subir un rejet ou se voir submergée de reproches. Elle préféra laisser le temps faire son œuvre. Elles s'entendaient trop bien, elle aimait bien trop Kara, et Kara avait eût bien trop d'attentions à son égard pour qu'un simple voyage pût les tenir bien longtemps à l'écart l'une de l'autre.
Elle avait raison. Kara était doté d'une bien trop heureuse nature pour remâcher pendant des heures, des jours, des mois et des années la moindre rancœur. Elle se rapprocha insensiblement de Léna et petit à petit leur relation retrouva l'équilibre et la complicité qu'elle avait connu avant l'idée saugrenue qu'avait eu Léna de gratifier Kara d'une peine d'amour. Elles n'évoquèrent jamais le sujet. Léna se rasséréna et oublia sa maladresse.
Kara pardonna, mais les souvenirs douloureux de son expérience dans la ville qui s'appelait Alep ne la quittèrent pas. Elle souffrait parfois de crises de mélancolie qui lui broyait le cœur. Éva ne croyait pas que le bonheur et l'amour lui fussent accessible. Et depuis qu'elle avait incarné le jeune professeur, Kara n'y croyait plus.
Mais Éva n'avait pas laissé cette seule emprunte en Kara. La jeune femme possédait un charme bien particulier que ne posséderait jamais la Kryptonienne, cependant, Kara avait inconsciemment adopté certains de ses gestes et des comportements qui régissaient les relations qu'Éva entretenait avec les autres. Kara portait beaucoup moins ses lunettes qu'auparavant et, à l'exemple d'Éva, elle se coupait ainsi du monde qui l'ennuyait quand elle désirait être tranquille. Elle devint plus silencieuse. Plus assurée, plus nonchalante. Elle s'attarda moins sur ce que pensait d'elle des gens qui l'indifféraient, mais devint en contre-partie extrêmement sensible aux critiques et aux sentiments qu'exprimaient les gens qu'elle aimait. Sa timidité s'accentua. Une timidité qu'elle brisait à l'aide de plaisanteries et de contacts physiques plus nombreux et plus brutaux qu'auparavant.
Alex apprécia ce dernier changement.
Léna... Si avant l'épisode de l'univers parallèle, Kara l'avait troublé, maintenant, la tête lui tournait à chaque fois que la jeune journaliste exerçait sur elle ses pouvoirs de séduction sans jamais qu'elle pût savoir si celle-ci lui faisait des avances ou pas. Kara se montrait tellement innocente. Tellement amicale.
Tellement troublante.
Léna avait beau fréquenter les bas-fonds de National City pour se détendre, collectionner des aventures éphémères et anonymes, boire, jouer, parier, rien ne soulageait ses tourments.
Elle désirait Kara auparavant. Maintenant, elle l'aimait passionnément.
Kara multipliait les attentions, leur complicité avait fait un bond prodigieux et elle touchait sans cesse Léna même si c'était pour lui donner une simple bourrade ou une tape amicale. Dans le même temps, la jeune journaliste réussissait à maintenir une certaine distance et une certaine froideur dans leurs relations, et Léna vivait le martyr.
Trompée par les apparences, Alex l'avait félicitée d'avoir arrangé les choses avec Kara. Léna se désolait du contraire.
Plus encore ce soir.
Une soirée à peu près semblable à celle qui l'avait tant énervée quatre mois auparavant. Cette malheureuse soirée qui l'avait décidé à envoyer Kara prendre un peu de plomb dans la cervelle dans un univers parallèle.
Une nouvelle réception, des convives horripilants de bassesse et de flagornerie, des hommes qui tentaient leur chance auprès de l'une des plus puissante fortune au monde. Qu'ils désirassent s'accorder ses faveurs pour de l'argent, par vanité ou pour se rengorger plus tard de l'avoir pousser dans leur lit ne changeait pas le dégoût et la colère que Léna éprouvait à leur encontre.
Ce soir-là, ce n'était pas le maire qui avait importuné Léna , mais un arrogant personnage libidineux qui lui vantait ses talents scientifiques et promettait sans en avoir l'air des prouesses sexuelles comme Léna n'en jamais rêvées ni vécues. Un fat. Doublé d'un ignorant, lauréat d'un quelconque prix de Physique fondamentale que Léna ne trouvait pas mérité et qui donnait à l'homme une assurance qui l'ennuya rapidement. Quand il commença à lui donner des leçons de Physique, Léna s'assombrit définitivement. Elle fouilla dans ses poches, elle avait certainement de quoi se débarrasser du fâcheux pour le reste de la soirée.
Une pastille taser ? Pas assez discret. Une injection ? Mmm... Oui, ça c'était une bonne idée. Elle dissimula la petite seringue en métal dans la paume de sa main. Elle allait...
Une main se referma sur son poignet.
— Docteur Muscatt, susurra une voix féminine. Veuillez m'excuser pour mon impolitesse, je dois vous enlever Madame Luthor pour quelques instants.
Puis se tournant vers Léna :
— Madame, un appel urgent.
Léna sortit machinalement son téléphone et regarda l'écran noir.
— Un appel sécurisé, Madame.
— Ah, euh...
— Docteur, salua cavalièrement Kara. Vous me suivez, madame ?
Léna fronça les sourcils, mais suivit Kara sans protester, sans prendre congé du physicien, ni s'inquiéter de sa grossièreté. Elle se faufila dans la foule, adressa quelques sourires crispés quand on la salua. Kara se retourna, l'attendit et passa son bras sous le sien.
— Léna, tu sais que tu as donné cette soirée en l'honneur du docteur Muscatt ?
— …
— Oui, tu avais oublié, constata Kara en grimaçant. Lui déclencher une crise de tétanie ou je ne sais trop quoi d'autre n'eût pas été une bonne idée.
— Je n'ai jamais...
Kara lui arracha la seringue de la main.
— Comment est-ce que tu... commença Léna.
— Je te connais et je sais, sans l'ombre d'un doute, deviner tes intentions les plus funestes.
Kara ne lui appris pas qu'elle avait vu la seringue au travers de sa main.
— Il m'énervait, grommela Léna.
— Tu devrais parfois te montrer un peu moins radicale dans tes idées, lui suggéra Kara.
— Que veux-tu, c'est génétique, fit Léna d'un ton sarcastique.
— C'est surtout, parfois, complètement stupide, rétorqua Kara avec humeur.
Kara lui en voulait toujours, Léna resta silencieuse.
La jeune journaliste la conduisit une fois de plus dans un endroit isolé. Cette fois-ci, un salon privé qui baignait, une fois de plus, dans la douceur des lumières tamisées. Kara s'absenta quelques minutes pour revenir avec un plateau d'amuse-bouches salées et une bouteille de vin. Un Saint Romain blanc. Léna aimait le vin français, pas trop tannique pour les rouges, pas trop acide pour les blancs. Kara ne lui avait jamais servi que des vins à son goût et toujours à la bonne température.
— Tu ne l'as pas carafé ? se moqua Léna.
— C'est du blanc et il a plus de cinq d'âge, il n'a pas besoin d'être carafé, répondit Kara sans relever l'aspect ironique de la question.
Parce que parfois, Kara avait été jusqu'à servir à Léna le vin en carafe. Kara savait l'exact moment où Léna ne supportait plus de parader, de sourire, le moment où sa patience l'abandonnait, le moment où l'exaspération la gagnait, le moment où elle perdrait toute mesure, où elle ne retiendrait plus des paroles acides et blessantes et deviendrait capable de se laisser aller aux dernières extrémités. Et avant que l'irréparable n'arrivât, Kara surgissait, la soustrayait à ses humeurs ténébreuses et mettait tout en œuvre pour la ramener à de meilleurs sentiments. Mais carafer le vin ! Kara allait parfois trop loin. Léna l'employait comme journaliste pas comme assistante personnelle, comme gouvernante ou comme majordome.
Kara remplit les verres, retira ses chaussures et s'installa confortablement sur le canapé, une jambe sous elle, un genou relevé devant elle. L'avantage de porter des tailleurs-pantalons. Elles burent en silence.
— Comment tu le trouves ? demanda Kara.
— Excellent comme toujours quand c'est toi qui choisit le vin.
Kara se fendit d'un sourire heureux.
Le vin et l'intimité de la pièce balayaient peu à peu les miettes de contrariétés et d'horripilations que la réception et surtout le physicien avaient fait naître chez Léna. Elle se détendit et se déplaça légèrement vers Kara sur le canapé. Comme à son habitude, la jeune journaliste étendit un bras derrière elle. Léna posa la tête sur son épaule et ferma les yeux.
Le cœur battant. Comme d'habitude. Le ventre noué. Comme d'habitude.
Comme à chaque fois.
Ce n'était plus possible.
Kara n'avait esquissé aucun geste quand elle avait accueilli la tête de Léna sur elle. Rien n'indiquait que son abandon démontrât une affection particulière, que Léna pût se montrer différente d'Alex ou d'une amie. Léna lui caressait parfois la main ou le poignet. Kara laissait faire, sans jamais se troubler, sans jamais ébaucher un autre geste en réponse. Léna ne percevait chez Kara que félicité et sérénité alors que de son côté, trouble, angoisse et misère la tourmentait.
Elle, Léna Luthor, toujours si confiante, si directe et que rien ne détournait jamais du but qu'elle s'était fixé, restait immobile et indécise. Incertaine.
Kara dissimulait-elle ses sentiments ou pas ? Léna interprétait-elle bien l'attitude de la jeune femme ou pas ? Kara lui faisait-elle des avances ou pas ? Savait-elle qu'elle la troublait ou pas ?
Que devait-elle faire ? Et d'ailleurs aimait-elle vraiment Kara ?
Kara occupait toutes ses pensées, le jour, la nuit, elle ne faisait plus rien sans se demander si la jeune journaliste aurait été fière d'elle. Elle s'habillait pour elle, travaillait pour elle, elle mangeait pour elle. James n'était plus qu'un souvenir anodin et son désir de mieux connaître Super girl et d'impressionner la Kryptonienne ne représentaient plus à ses yeux qu'un médiocre intérêt.
L'amour et le désir qu'éprouvait Léna pour Kara gangrenait leurs relations. Si Léna continuait ainsi, ils pourriraient leur amitié et Léna perdrait Kara deux fois. Comme amie et comme future-possible-probable-rêvée amante. Elle en souffrirait tout le restant de sa vie. Léna ne supportait pas les échecs. Elle était sortie vainqueur et grandie de chaque épreuve qu'elle avait traversée, de chaque combat qu'elle avait mené. Elle ne pouvait pas se laisser mettre à terre par une gamine aussi bonne journaliste qu'elle pût être. Léna devait reprendre le contrôle de sa vie. Le contrôle de ses sentiments.
Toujours confortablement installée contre Kara, Léna se concentra.
Son voyage dans une dimension parallèle avait changé Kara. Elle était revenue contaminée par la personne qu'elle avait incarnée une vie durant. La si troublante Éva. La si déroutante Éva.
Léna avait un temps cru que Kara ne bénéficierait pas de la leçon que Léna avait espérée lui donner en l'envoyant se glisser dans la vie de la jeune professeur.
Quand elle avait senti qu'elle intéressait Rana, Éva s'était montrée terriblement distante envers celle-ci, elle avait même tenté, sans trop subtilité, non seulement de la tenir à distance, mais aussi de l'éloigner et de la faire fuir. Léna en avait soupirer de dépit. Elle avait pensé que Rana reculerait. Elle avait pensé qu'Éva menait le jeu. Que la jeune professeur tenait toutes les cartes en main. Un leurre. Éva n'avait rien maîtrisé du début à la fin de leur histoire, et Rana l'avait conduite là, où elle avait voulu la conduire.
Rana l'avait séduite, Éva avait succombé. La jeune professeur était « tombée toute rôtie contre la bouche » de la jeune pharmacienne.
Rana n'avait jamais lutté contre ses désirs et la violente attraction qu'elle éprouvait envers Éva. C'était Éva qui avait essayé de se défiler. Sans trop de succès, il était vrai. Sans trop se faire violence non plus.
Rana plaisait à Éva, mais la jeune professeur n'aurait pas souffert de l'éviter, Rana si. Par contre, une fois engagée dans la relation amoureuse dans laquelle Rana l'avait entraînée, Éva n'avait jamais tenté de revenir en arrière.
Léna ouvrit les yeux. Rana avait obtenu ce qu'elle voulait d'Éva parce qu'elle avait fait le premier pas, parce qu'elle avait pris l'initiative. Ensuite, plus aucun obstacle ne s'était dressé entre elle et son désir de posséder Éva.
Rana avait fait preuve de courage. Si elle avait attendu qu'Éva fît le premier pas, leur histoire n'eût jamais existé.
Un détail revint soudain à l'esprit de Léna. Rana avait confié à Éva son amour pour les mathématiques. Léna se souvenait que la jeune Syrienne avait gagné un concours national de mathématiques. Ce genre de concours qui ouvre aux lauréats les portes des universités les plus prestigieuses, des lauréats que s'arrachent les départements de mathématiques du monde entier et qui, pour être sûrs de les recruter au sein de leur université leur offre des bourses d'étude et des avantages mirobolants. Rana avait l'étoffe d'une grande mathématicienne. Elle n'eût peut-être pas révolutionné le monde des mathématique de son univers, mais elle aurait marqué d'une pierre son passage dans le monde.
Une scientifique... Une véritable scientifique.
Et elle avait agit en tant que tel. Rana avait tout calculé. Elle avait amoncelé et analysé les données, élaboré des hypothèses, établie des stratégies. Un comportement inhérent à un scientifique. Elle n'avait pas besoin d'y penser consciemment. Tous les actes de sa vie s'organisaient naturellement ainsi. Léna ne menait pas sa vie différemment et si elle voulait Kara, elle n'avait plus qu'à suivre son exemple.
D'abord, reprendre confiance. Ensuite, ne pas douter. Ni d'elle-même ni de Kara.
Sa main vint se poser sur le genou de Kara. Pas de réaction. Elle bascula ensuite la tête en arrière et déposa un baiser sur le cou offert. Pas de réaction. Elle se redressa, sa main abandonna le genou et ses doigts attrapèrent le menton de la jeune journaliste. Elle lui tourna la tête vers elle.
— Léna, souffla Kara. Tu...
Les lèvres de Léna lui coupèrent la parole.
Rana avait attaqué franchement. Léna l'imita. Elle n'attendit pas de recevoir une réponse, elle força le passage. Moins goulûment, plus subtilement, mais avec autant de passion que l'avait fait Rana avec Éva. Kara pivota légèrement contre elle. Elle emprisonna fermement la nuque de Léna entre ses doigts et répondit au baiser. Léna exulta, elle avait gagné. Le baiser s'intensifia. Léna avança et bascula Kara sur le canapé. La jeune journaliste gémit et referma ses bras sur elle. Les mains de Léna s'introduisirent sous sa chemise.
Le cœur de Léna menaçait d'exploser. Le contact de la peau chaude et douce sous la paume de sa main l'électrisa. Kara se cambra. Se relâcha subitement, échappa aux lèvres de Léna.
— Léna...
Le ton alerta celle-ci. Elle se souleva légèrement au-dessus de Kara. Le regard attentif.
— Léna, je...
Kara haletait, elle avait les joues rouges et le regard brillant de désir. Léna reprit ses lèvres. Kara se débattit.
— Non, Léna, s'il te plaît, arrête, la supplia Kara.
Léna cessa tout mouvement. Elle fronça les sourcils.
— S'il te plaît... répéta Kara
Léna se redressa. Elle se mordit les lèvres et détourna la tête. Elle sentit Kara se rasseoir à côté d'elle, réajuster sa chemise.
— Léna, euh...
— Je suis désolée, Kara, je ne voulais pas...
Léna lui fit face.
— Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, je... euh...
Elle ne s'était jamais sentie aussi mal de sa vie, aussi stupide.
— Ce n'est rien, souffla Kara.
Elle se leva et sortit sans ajouter un mot.
Léna se tassa sur le canapé. Elle papillonna des yeux, elle n'allait pas pleurer en plus.
Si ? Non. Si.
Elle essuya rageusement ses larmes d'un revers de main. Kara était trop coincée. Léna avait sentit son désir, la jeune journaliste avait répondu à son baiser, elle avait gémit, elle avait réagit à ses caresses. Elle brûlait autant de désir qu'elle, mais elle ne voulait pas l'admettre. Kara n'était pas Éva. La femme qu'avait incarné Kara avait des principes, mais des principes qui ne se confondaient pas avec la morale attendue.
Kara quant à elle...
Kara était pétrie de principes et possédait une volonté bien supérieure à celle de son double. En plus, Léna avait oublié de lui apprendre qu'elle avait mit fin à sa relation avec James. Le pauvre n'avait rien compris, d'autant plus qu'elle n'avait pas prit de pincettes pour lui signifier qu'elle ne voulait plus de lui. Il avait essayé de savoir pourquoi, elle l'avait gratifié d'un signe de la main méprisant et il n'avait pas insisté. Depuis, il la suivait désolé du regard à chaque fois qu'ils se croisaient, mais Léna n'en avait strictement rien à faire.
Merde.
Elle avait tout gâché.
Elle pourrait peut-être néanmoins se rabattre sur James. En guise de consolation. Histoire de retrouver la face.
Elle se pencha pour se servir à boire.
Un bruit lui parvint du balcon. Aussitôt après, la porte-fenêtre coulissa. Léna se retourna. En voilà bien une qu'elle n'attendait pas et qu'elle n'avait franchement pas envie de voir.
— Un problème ? demanda-t-elle néanmoins à la nouvelle venue.
Super-girl referma doucement la porte-fenêtre.
— Tu mens beaucoup, déclara-t-elle ensuite en se retournant.
— …
— Léna, vous manipulez tout le monde, même les gens qui vous sont chers. C'est mal.
— De quoi parlez-vous ?
— J'ai appris que vous vous étiez amusée au dépend de Kara.
— Elle vous a parlé de son voyage ?
— Son voyage ? Vous croyez qu'elle a considéré cela comme un voyage ? rétorqua Super-girl avec humeur.
— C'était euh...
Comment expliquer cela à une super héroïne extra-terrestre qui incarnait et défendait la justice et la morale vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
— Vous cherchiez quoi en l'envoyant vivre dans ce monde parallèle ? demanda sèchement la super héroïne.
Léna haussa les épaules.
— Répondez ! claqua autoritairement la Kryptonienne.
— Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
— Kara est une amie, je tiens à elle. C'est la votre aussi, mais a priori, nous n'avons pas la même notion de ce qu'est l'amitié.
— Je voulais lui donner une leçon.
— Ah oui ? Je ne crois pas que Kara l'ait vécu ainsi. Et une leçon à quel propos ?
Super-girl se dressait en juge. Elle arborait une mine sévère, une attitude ferme qui lui était familière : jambes écartées, bras croisés sur la poitrine.
— Ça ne vous regarde pas, répondit Léna.
— Je crois bien que si.
— Cette conversation est ridicule.
— Si vous ne répondez pas je mettrais fin à notre collaboration. Définitivement.
Léna dévisagea attentivement la Kyptonienne.
— Je ne plaisante pas et je ne reviendrai pas sur ma décision, précisa Super-girl.
— Pourquoi tant d'inquiétude à propos de Kara ?
— Je vous ai déjà dit pourquoi.
— …
— Répondez à ma question, quelle leçon vouliez vous lui donner ? Et soyez franche pour une fois... Si jamais vous en êtes capable.
Super-girl avait mit tant de mépris dans cette dernière phrase que Léna hésita à quitter la pièce. Définitivement.
— J'attends ! claqua la voix de Super girl.
Léna ferma un instant les yeux et soupira longuement, pour évacuer sa contrariété et sa colère d'être ainsi réprimandée et jugée comme une enfant et une criminelle. Elle reprit peu à peu contenance et se décida à tout balancer. Sans fard, crûment. Tant pis pour ce que penserait d'elle ce parangon de vertus qu'incarnait Super-girl. Après tout, elle l'aurait bien cherché.
Elle décrivit comment Kara l'énervait, comment peu à peu celle-ci l'avait amenée à revoir la nature de leurs relations, comment Kara, sous ses airs d'ingénue, ses attentions et ses gestes affectueux, la poussait toujours plus loin dans ses retranchements, comment celle-ci refusait de voir. De comprendre. De se remettre en question. Comment elle l'allumait.
— Elle t'allumes ?! s'écria Super girl abasourdie.
— Exactement, répondit Léna sans manquer de remarquer que Super-girl l'avait tutoyée.
— Tu n'exagères pas un peu ?
Léna tiqua une nouvelle fois au tutoiement, mais emportée par ses récriminations, elle ne s'y attarda pas. Elle expliqua ce qui l'avait troublé dans le comportement de la jeune journaliste. Super-girl abandonna son attitude rigide et vint s'asseoir en face de Léna. La jeune femme s'était levée pour lui faire face et elle se rassit sur le canapé. Elle continua sa diatribe, puis elle croisa les bras et regarda insolemment la jeune Kryptonienne.
— Je n'ai pas raison ? demanda-t-elle crânement.
— Si peut-être, consentit de lui avouer Super-girl. Mais pourquoi l'envoyer se perdre dans un monde parallèle ?
— Pour qu'elle comprenne, rétorqua Léna en colère.
— Il y avait peut-être un moyen plus simple pour ça.
— Kara est bouchée.
Super-girl soupira et baissa le regard.
— Elle ne t'a pas pardonné ta trahison, murmura-t-elle. Elle ne voulait pas te perdre alors elle a fait semblant d'oublier, mais elle n'a pas oublié.
— Elle ne m'a fait aucun reproche.
— Oui, c'est vrai. Tu sais, elle n'est pas si indifférente à tes sentiments qu'elle le laisse croire ou qu'elle le croit.
Kara avait parlé à Super-girl. De quoi ? Est-ce qu'elle avait...
— Elle vous a dit qu'elle.. euh, qu'elle... hésita Léna.
Comment dire ça ?
— Que je la troublais ?
— Elle ne savait pas.
— Maintenant elle le sait, murmura Léna.
— Oui, maintenant, elle en est consciente.
Léna ouvrit la bouche de surprise.
— Vous étiez là ?
— Quand ?
— Tout à l'heure.
Super-girl releva la tête et lui lança un regard confus.
— Quand, euh... hésita Léna
— Léna, pourquoi as-tu fais ça ?
— Fais quoi ?
— Pourquoi l'as-tu embrassée ?
— Pourquoi je l'ai embrassée ? Mais parce que je l'aime !
— Non, pas ça, ça je sais.
— Pourquoi je l'ai envoyé dans une autre dimension ?
— Oui.
— Je vous l'ai déjà dit, se renfrogna Léna.
Super-girl était aussi bouchée que Kara.
— Tu lui as menti.
Léna laissa échapper un soupir d'exaspération.
— Elle aussi, déclara soudain Super-girl d'une voix sourde. Elle aussi t'a menti.
Le cœur de Léna manqua trois ou quatre battements.
— Elle avait peur que tu ne la regardes plus de la même façon. Peur de perdre l'amitié qu'elle partage avec toi.
— Elle m'aime ? C'est pour ça ? Elle est stupide, ça n'aurait rien changé. Enfin, pas grand chose.
— Ce n'est pas pour ça.
— Alors quoi ?
— Tu l'aimes vraiment ?
— Oui.
Super-girl sourit.
— Tu es toujours aussi directe, remarqua-t-elle.
— Vu ce que vous savez déjà sur moi, je n'ai plus grand chose à vous cacher.
Léna se leva et partit contempler la ville par la fenêtre. Une main se posa sur son épaule et la retourna doucement. Elle se retrouva face à Super-girl. La main de la jeune Kryptonienne ne pas quitta pas son épaule et Léna commença à trouver la situation embarrassante. Super-girl arborait un air triste et contrit. Pourquoi ? Parce qu'elle était déçue ?
— Moi si, déclara l'héroïne blonde.
— Vous avez des choses à cacher ? demanda narquoisement Léna.
— Oui, moi et Kara.
Elle se pencha et ses lèvres se posèrent doucement sur celles de Léna. Surprise, Léna ne réagit tout d'abord pas. Super-girl se colla contre son corps et sa deuxième main glissa sur la nuque de Léna.
Léna ploya sous les sensations. Les lèvres qui s'activaient sur les siennes, les mains chaudes et fermes, le corps mince et musclé qui se pressait contre le sien. Elle répondit au baiser sans y penser. Super-girl se recula un peu. Un grand sourire aux lèvres. Léna prit un air embarrassé. Elle venait d'affirmer avec passion son amour pour Kara et elle succombait sans une once d'hésitation à la première avance qu'on lui faisait. Elle avait répondu au baiser, elle avait fermé les yeux et elle n'aurait jamais affirmer à quiconque ne pas avoir gémi de plaisir.
— Kara te fait autant d'effet que ça ?
— Euh...
Super-girl rompit une fois encore l'écart qui les séparait, ses lèvres se reposèrent sur celles de Léna, elle reprit le baiser, avec plus d'insistance. Sa langue pointa. Léna répondit à l'invitation, les sens en feu. Super girl était... Super ! Super, quoi qu'elle fit décida Léna en la serrant contre elle. La jeune héroïne gémit. Sa main quitta l'épaule de Léna et se faufila à travers ses vêtements sur sa taille. Leur bassin tapèrent l'un contre l'autre.
Léna reprit soudain ses sens.
— Super-girl... haleta-t-elle en tentant de se dégager.
Super-girl recula la tête, mais elle maintint Léna contre elle. Fermement.
— Ce... Ce n'est pas possible... Je... euh... balbutia Léna.
Une grimace narquoise lui répondit.
— C'est un test ? Pour me punir ? fit Léna.
— Non.
— Je... euh...
— Léna...
La grimace narquoise disparut. Super-girl lâcha Léna, elle se recula, se décala, et s'abîma dans la contemplation du ciel noir. Léna essayait vainement de reprendre son souffle et de réorganiser ses pensées. Kara et Super-girl le même soir, c'était un peu trop, même pour elle.
— Je ne suis pas très douée pour exprimer mes pensées, souffla Super-girl. Je me suis enferrée dans ce secret et après...
Elle soupira et se tourna vers Léna.
— Après j'ai eu peur de te perdre et je n'ai plus su ce que je devais faire. C'était plus facile comme ça aussi. Tu étais l'amie de Kara et tu t'entendais bien avec Super-girl. C'était différent, mais tu les aimais toutes les deux. Super-girl excitait ton goût pour la science, ta curiosité, ta soif d'aventure. Kara... Tu aimais Kara pour ce qu'elle était. Une femme comme les autres qui pourtant avait capté ton attention. J'avais l'impression d'être normale avec toi. D'être aimée pour moi même. Comme m'aime Alex. Mais Alex est la seule personne qui connaisse Super girl et Kara et qui ne fasse aucune différence entre les deux. Les autres, tous ceux qui savent, oublient Kara, ils ne voient que Super-girl. Je ne voulais pas vivre ça avec toi. Je n'ai jamais eu d'amie comme toi, Léna. Je ne savais pas que... Ton idée idiote de m'envoyer dans un univers parallèle m'a ouvert les yeux, mais ça n'a rien changé. Juste que je savais pouvoir aimer une femme, mais ça ne m'a pas guérie de mon manque de confiance en moi. Comment voulais-tu que je sache que tu m'aimais un peu plus que comme une simple amie ? Comment voulais-tu que je risque notre amitié ? Comment voulais-tu que je tombe dans tes bras alors que je te mentais ?
L'étrange comportement de Super-girl avait déstabilisé Léna. Son discours la laissa catatonique.
— Léna ? s'inquiéta Kara. Je... euh...
— Tu es Kara ? coassa Léna d'une voix blanche.
— Oui.
— C'est...
Elle gonfla ses joues comme une enfant et souffla en faisait vibrer ses lèvres.
— … dingue, conclut-elle.
— Mmm.
— Tes lunettes ? Tu n'en as pas besoin alors ?
— Non, rit Kara malgré elle.
— Tu vas continuer à les porter ?
— Oui.
— Tant mieux, ça te donne un air sexy.
Kara s'esclaffa.
— Comment n'ai-je jamais soupçonné cela ? fit Léna.
— Je ne sais pas... L'amour rend peut-être vraiment aveugle.
Léna se pinça les lèvres en fronçant les sourcils.
— Tu m'en veux toujours, c'est vrai ? demanda-t-elle.
— Et toi, est-ce que tu m'en veux de t'avoir menti ?
— Non. C'est un peu dur à avaler comme ça... mais non, je te comprends. Je suis une Luthor, Kara. Parfois, je me sens prisonnière de ce terrible héritage et je sais ce que c'est que d'être perçu d'après son apparence ou son nom. D'après sa réputation.
— On reste amie alors ?
— Seulement ?
Kara se fendit d'une grimace.
— Tu as vu ce que j'ai vécu dans l'autre dimension ?
— Oui.
— Pourquoi m'y as-tu laissée aussi longtemps ?
— Je voulais que tu surmontes tes peines.
— C'est pour cela que tu m'as ramenée avant que je ne meure ?
— Oui.
— Éva était bizarre, dit pensivement Kara. Mais je l'aimais bien.
— Elle avait un certain charme.
— J'ai appris beaucoup de choses avec elle...
Une lumière s'alluma dans le regard de Kara.
— Ah, oui ? Comme quoi par exemple ? la provoqua Léna.
Kara lui passa un bras autour de la taille et la tira contre elle. Elle se pencha à son oreille et l'embrassa doucement.
— Que c'était génial avec une fille, différent d'avec un homme, mais génial quand même.
— Tu as tant d'expérience que ça ? crâna Léna.
— Mmm, Mmm, confirma Kara. Pas autant que toi avec les hommes, mais avec les filles, grâce à Éva, j'ai acquis une certaine expérience en la matière.
— Ah, euh... Je... s'embarrassa soudain Léna en rougissant.
Kara ne la laissa pas s'exprimer, elle l'embrassa. Léna avait trop attendu pour résister ou pour poser d'autres questions. Elle se moquait de Super-girl, elle voulait Kara. Kara était Super-girl, pas le contraire.
Léna eut la confirmation qu'Éva avait déteint sur Kara, à moins qu'elle l'eût simplement révélée à elle-même, comme Éva avait révélé Léna à elle-même. Léna avait souvent été happé par l'appel du vide, l'appel du mal. Cela ne lui arriverait plus jamais.
Kara abandonna tout contrôle. Peut-être pour la première fois de sa vie avec quelqu'un d'autre que sa sœur. Elle s'abîma entièrement dans son échange avec Léna. Elle découvrit aussi qu'elle n'était pas Éva. Que Léna n'était pareille à aucune des filles ou des femmes qu'Éva avait connue. Que tout était à construire avec elle.
Pas tout, se corrigea-t-elle. Leur amitié reposait sur des bases solides. L'amitié qu'éprouvait Léna pour Kara, son estime pour Super girl. Parce qu'avec elle aussi Léna avait commencé à bâtir une relation amicale. Une amitié dont la jeune scientifique ne s'étonnait plus. Léna comprenait mieux maintenant pourquoi elle avait tant tenu à se rapprocher de Super-girl et pourquoi la jeune Kryptonienne lui avait tant plu.
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Léna gémit longuement et ses reins se soulevèrent haut au-dessus du tapis où elles s'étaient laissé tombées entrelacés. Elle griffa les épaules de Kara. Et quand elle bascula dans un quasi-silence, elle se reprocha d'avoir attendu si longtemps, d'avoir douter et d'avoir eu si peur.
— Pardon, Kara, murmura-t-elle.
Kara allait répondre quand elle se tendit brusquement, étouffa un grognement, s'accrocha désespérément à Léna et s'écroula sur elle le souffle coupé. Elle attendit ensuite que ses fonction vitales revinssent à la normal, puis elle se hissa jusqu'à l'oreille de Léna :
— Il n'y a plus rien à pardonner, Léna.
Elle l'embrassa sur le coin de la mâchoire et posa la tête sur son épaule. Léna referma ses bras autour de son cou.
— J'aurais dû t'embrasser la première fois que j'en ai eu envie, murmura Léna.
— Je n'aurais pas compris et je t'aurais envoyé Super-girl pour te tirer les oreilles.
— Je dois remercier Éva alors ?
— Oui.
— Kara, quand tu étais Super-girl, ça t'amusais de jouer au chevalier servant avec moi ?
— Mmm, mais ça m'énervait parfois aussi.
— Tu continueras ?
— À quoi ?
— À jouer au chevalier servant.
— Tu n'as rien d'une demoiselle en détresse.
— Mais j'aime bien quand tu prends soin de moi.
— Tu as aimé le vin ?
— Excellent.
— Je continuerai alors.
— Tant mieux.
— On va se demander où tu es passée.
— Je n'ai pas vraiment envie de bouger.
— Le tapis est moelleux, mais ce n'est pas très confortable et j'aime bien les draps.
— Mmm.
— On s'en va ? proposa Kara.
— Tu dors avec moi cette nuit ?
— Mmm.
— Chez moi ?
— Comme tu veux.
— Chez moi alors.
— Pourquoi ? Parce que c'est plus confortable ?
— Non, c'est moins loin.
Kara s'esclaffa.
— Chez toi alors.
— Et les autres nuits ?
— On verra bien. Tu sais, parfois j'ai besoin de dormir et toi aussi.
— Mmm, approuva Léna. J'aime bien être seule aussi.
— Moi aussi.
Léna l'embrassa sur le sommet du crâne. Elles se levèrent et se rhabillèrent.
— Tu vas partir ? Tu ne repasses pas à la soirée ? On se retrouve chez moi ? demanda Léna.
— Non, j'ai laissé mes affaires pas très loin. On se retrouve en bas ?
— D'accord.
— À tout de suite.
Kara s'envola par le balcon.
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Alex remarqua la réapparition de Léna. Seule. Elle avait pourtant vu Kara partir avec elle.
— Te voilà bien soucieuse ! murmura une voix à son oreille.
L'officier sursauta de surprise.
— Kara, espèce d'idiote, lui dit Alex en la tapant du plat de la main sur le bras. Tu m'as fait peur.
— Ouh ! La directrice du DEO, avouerait-elle avoir été surprise ? persifla Kara.
— Ma petite sœur sait très bien faire cela.
Kara rit heureuse de la répartie de sa sœur. Elle surveillait Léna du regard.
— Vous n'étiez pas parties ensemble ? demanda Alex.
— Mmm, si.
— Pourquoi arrivez-vous par deux endroits différents ? l'interrogea Alex curieuse.
— Je suis passée par le balcon.
— Il y a eu un problème en ville ?
— Non, mais j'avais laissé mes affaires ailleurs, je suis allée les récupérer.
Ces explications ne voulaient rien dire. Alex resta un moment songeuse. Kara ne quittait pas Léna du regard.
— Tu lui as dit, réalisa soudain Alex.
— Mmm ?
— Tu as dit à Léna que tu étais Super-girl.
Kara retourna son attention sur sa sœur. Elle rougit.
— Oui, souffla-t-elle.
— Elle a réagit comment ?
Kara rougit encore plus. Elle tourna la tête, croisa le regard de Léna. Alex se tapa violemment le front du plat de la main.
— Quelle idiote, je fais ! s'exclama-t-elle.
Kara la dévisagea.
— Pourquoi ?
— Pour rien, lui répondit négligemment Alex en balayant la question de la main.
Kara lui raconterait si elle en avait envie. Sa jeune sœur avait droit aux secrets. Mais Alex se félicita qu'elle eût cesser de mentir à Léna. Elle prit Kara par la taille.
— Tu es heureuse, Kara ?
— Oui.
— Tu sais que je t'aime ?
— Oui.
Les deux sœurs restèrent enlacées l'une à côté de l'autre. Kara était heureuse. Elle eut une pensée affectueuse pour la femme qu'elle avait incarnée quand Léna l'avait envoyée dans un autre univers.
Pour Éva.
Elle lui dédia son bonheur et sa félicité. Kara avait trouvé quelqu'un qui l'aimait, quelqu'un à aimer. Quelqu'un avec qui elle voulait partager sa vie et quelqu'un qui voulait bien la partager avec elle. Réellement. Une personne avec qui elle pouvait se projeter dans l'avenir. Et puis, même si leur amour ou quoi que ce pût être d'autre, venait à disparaître, il leur resterait une indéfectible amitié. Kara possédait aussi quelque chose qu'Éva avait toujours désiré. Une chose que la jeune professeur n'avait jamais eut et n'avait, malgré tous les efforts qu'elle avait déployés pour palier son manque, jamais trouvé.
Une sœur.
Kara avait Alex.
Elle appuya sa tête contre la sienne, croisa de nouveau le regard de Léna. Elle échangèrent un sourire doux et complice.
Kara venait définitivement de guérir des blessures qui avaient tourmenté Éva durant des mois et des années. Là, où la jeune professeur ne voyait que ténèbres, solitude et avenir inexistant, Kara voyait de la lumière, une sœur et une amie, aimantes et fidèles, un avenir plein de promesses. Pas toujours radieux peut-être, mais plein de promesses quand même.
— Je t'aime, murmura-t-elle.
Alex resserra son étreinte sur sa taille. Le sourire de Léna à l'autre bout de la pièce s'agrandit. Les deux jeunes femmes à qui Kara venait de s'adresser répondirent en même temps à sa déclaration. De vive voix pour Alex, simplement articulé pour Léna :
— Moi aussi.
Deux femmes qu'elle aimait.
Deux mots.
Deux promesses.
Deux vérités.
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Fin de Deux saisons à Alep.
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NOTES DE FIN DE RÉCIT :
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Je remercie les lecteurs qui sont allés au bout de ce petit récit et particulièrement Anaximandre qui a eu le courage et la gentillesse de laisser chaque semaine un commentaire (débiles, anecdotiques ou forts pertinents, tous m'ont apporté rire et plaisir. Anax, merci.)
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En espérant, vous avoir donné des regrets de ne pas avoir connu la Syrie avant qu'elle ne sombre dans le chaos, et l'envie dans un avenir plus radieux de partir à la rencontre de ses habitants, de sa culture et de son patrimoine.
( Mais ne rêvez pas, Rana est bien partie au Canada et elle est toujours mariée à Anouar. Par contre, Suzanne et Rita résident toujours au Liban et le pays possède lui aussi bien des charmes),
A bientôt peut-être sur vos pages ou ailleurs.
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ps : tout compte fait, j'aime beaucoup Kara. Je trouve le personnage éminemment sympathique. Aussi sympathique qu'Éva, c'est dire.
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