Je dois dire que je suis surprise et heureuse de voir autant de gens qui suivent cette histoire. Je suis aussi surprise et heureuse d'arriver à continuer mes fics cette année. C'est une grande première que d'être autant inspirée. MERCI DOFLAMINGO !


Le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait, Kyosa se retrouva au bord d'une falaise escarpée, entourée d'un tas de pirates à l'air aussi sympathique que le dirigeant de ce pays. Et ce n'était pas une situation agréable lorsqu'on se retrouvait sans armes et en pyjama, un pistolet pointé dans votre direction.

Face à elle, la cassette bien coincée sous le bras, le voleur et apparemment chef du groupe reprenait difficilement son souffle alors qu'il essayait en même temps de se moquer d'elle. Autant dire qu'elle ne comprenait pas un traitre mot de ce qu'il racontait.

- 'spèce…. Pas… 'bécile !

- Euh cap'taine ? Vous êtes sûr que ça va aller ?

Kyosa fronça imperceptiblement les sourcils à ces mots. Elle se doutait bien qu'elle avait à faire à des pirates, l'un d'eux venait juste de lui confirmer. Etrange… Sachant que le grand con à plumes était soi-disant un corsaire redouté que nul n'osait affronter, pourquoi ces hommes avaient-ils pris pour cible le palais ? Non, la vraie question était : pourquoi avaient-ils pris pour cible LEUR chambre ?

Elle n'eut pas le temps de s'interroger plus que le désigné capitaine confiait la boite à un subalterne avant de s'approcher d'elle, affichant un air suffisant malgré son visage encore rougi par l'effort intense qu'il venait de fournir.

- C'était décidément trop facile, ce cambriolage. A nous la liberté à présent !

- La liberté ? répéta la jeune femme, incrédule. Avec la somme dérisoire que contient ce coffre ? Bah dis-donc il vous en faut peu !

- Ce n'est pas l'argent qui compte, c'est d'avoir réussi à voler la boite ! s'exclama le capitaine pirate d'un ton triomphal, vivement acclamé par ses hommes.

Décidément, Kyosa n'y comprenait plus rien, et elle aurait bien aimé que Shiva soit là pour analyser la situation à sa place ! Après tout, c'était le domaine d'expertise de son amie, elle elle n'était là que pour distribuer des coups en cas de… Bah justement, dans des cas comme celui-ci !

Le voleur étendit le bras sans crier gare et la saisit par le poignet avant de la ramener de force vers lui, un sourire aux lèvres. Surprise par son geste, elle ne pensa pas à lui résister et fut bientôt bien trop proche de son visage, à supporter le regard scrutateur qui semblait scanner chaque millimètre de sa peau.

- Eh mais tu es très jolie en plus. Ça me dirait bien d'emporter un « bonus » avec nous… Te vendre à un noble friand de belles blondes, ça pourrait nous rapporter un petit pactole et remettrait notre business sur les bons rails !

A ces mots, un voile noire s'abattit sur le regard de la jeune femme, et elle serra l'autre poing pour l'envoyer à la figure de l'homme. Il n'eut pas le temps d'esquiver, pas plus qu'il ne put empêcher la chute qui l'entraina jusqu'au bord du précipice. Fou de rage, il tenta de se relever sans pour autant basculer dans le vide, le regard fixé sur la femme blonde. Celle-ci n'avait pas bougé, mais l'expression de son visage fit froid dans le dos à tous ceux qui eurent l'audace de poser leurs yeux sur elle.

- Trafiquants d'esclaves, c'est ça ? Pas de chance, vous venez de signer votre arrêt de mort.

- Ne te fous pas de nous, sale...?! S'exclama un des pirates en armant le chien de son pistolet.

Il n'eut pas le temps de tirer qu'il se reçut un caillou dans l'œil et hurla en reculant, les mains plaquées sur son visage. Alors que ses collègues se demandaient encore comment cette femme avait fait pour tirer un projectile si petit avec autant de précision, une silhouette aux jambes immenses se déploya dans le dos de l'un d'eux, les bras croisés et un sourire de dédain aux lèvres. Le chef de la bande marqua un temps d'arrêt à la vue de cet homme, son visage devenant plus pâle.

- Mais qu'est-ce que...

- Alors comme ça, vils bandits, vous osez vous attaquer à l'un des nôtres ? Vous payerez de votre vie pour cet affront ! Le coupa soudainement Diamante en adoptant une pose de karateka professionnel. Je vais vous faire regretter vos actes, moi !

La jeune femme blonde s'était figée en même temps que les pirates, son esprit refusant de fonctionner correctement. Son regard croisa alors celui du général et elle eut un frisson d'angoisse quand il lui adressa un clin d'œil complice. Etait-il trop risqué de sauter de la falaise là maintenant ?!

- KYOSAAAA !

L'interpellée se tourna brusquement vers son amie qui arrivait en courant, le visage marqué d'un profond désespoir. Shiva stoppa devant elle et la saisit par les bras, inquiète.

- Tu vas bien ?! Tu as pu récupérer l'ar... la boite ?!

- Nom de dieu la boite ! Jura la jeune femme blonde en reportant toute son attention sur le sous-fifre qui tenait toujours bien contre lui leur précieux bien.

Malheureusement, malgré son état de choc, le pirate ne semblait pas pressé de leur rendre ce qui leur appartenait. D'un commun d'accord, Shiva et Kyosa se déplacèrent de manière à le prendre en tenaille, certaines qu'il ne pourrait pas esquiver les deux. Et il se serait sans doute bien fait piéger si, en reculant, il n'avait pas trébuché et volé sur le dos, laissant échapper la boite dans sa chute. Les deux femmes laissèrent échapper un cri d'effroi et se jetèrent toutes deux vers le coffret, bras tendus. Shiva seule put l'effleurer du bout des doigts avant qu'un mystérieux coup de vent ne le pousse par delà la falaise, chutant dans le vide sous les regards effarés de ses anciennes propriétaires.


Kyosa et son amie restèrent longtemps penchées par-dessus la mer déchaînée, sans bouger, sous le choc. Elles ne réagirent pas lorsque les voleurs/pirates furent vaincus un à un par le général de Carreau, pas plus qu'elles ne firent une réflexion lorsque ce dernier se vanta d'avoir résolu l'affaire avec brio. D'un côté, Kyosa se fustigeait mentalement de ne pas avoir su rattraper le voleur avant qu'il ne rejoigne ses copains et d'avoir perdu son sang-froid au lieu de rester concentrée sur son objectif. De l'autre, Shiva se demandait encore comment un simple courant d'air avait pu projeter un coffre rempli d'argent aussi loin, aussi fort, et se demandait s'il était trop tard pour sauter et tenter de sauver quelques billets. Elle en était encore à se poser la question lorsqu'une main de grande taille à la poigne puissante s'abattit sur son épaule, lui arrachant un sursaut non contrôlé. Elle tourna la tête et vit, accroupi entre elle et son amie, le seigneur des lieux qui lui souriait d'un air peu engageant.

- Vous feriez mieux de retourner vous coucher avant d'attraper froid. Il ne faudrait pas que vous soyez malades pour le service de demain.

Il se redressa sans leur porter plus d'attention et reprit tranquillement le chemin du palais en compagnie de son général qui semblait de bien bonne humeur. Et là, Shiva comprit enfin.

- Oh le connard.

- De qui ? S'enquérit Kyosa, surprise par l'insulte.

- Rentrons, faut qu'on en parle avec Ondine et Sae.

Sans attendre la réponse de son amie, elle lui saisit la main et l'entraîna à sa suite, prenant quand même garde de ne pas rattraper les deux hommes qui les précédaient.


Le retour à la chambre se fit dans une ambiance des plus moroses. Ondine et Sae culpabilisaient de ne pas s'être lancées dans la course-poursuite, tandis que de leur côté Shiva et Kyosa s'en voulaient d'avoir laissé "échapper" le voleur. Mais quant à la chute de leur petit pactole, la stratège avait une explication toute autre que "c'est la faute à pas de chance".

- Je crois que c'est ce Doflamingo, le coupable. Non, je ne crois pas, en fait j'en suis persuadée.

Trois exclamations de surprise suivirent sa révélation choc, mais étrangement pas une ne songea à la contredire. Sae émit juste deux petites objections.

- Mais comment il a fait, et surtout comment il a su ?!

- Pour ta seconde question, je n'en sais rien. La réponse à la première, en revanche, se trouve dans ma main...

Elle tendit le bras et dévoila, au creux de sa paume, les résidus de fils qu'elle avait pris soin de ramasser après la chute de Kyosa. Cette dernière laissa d'ailleurs échapper un juron peu élogieux, serrant les poings de rage.

- Tu veux dire qu'il a usé de ses pouvoirs pour balancer l'argent à la flotte ?!

- ET faire tomber le voleur quand tu le poursuivais, puis son sous-fifre qui tenait le coffret. Il ne lui restait plus qu'à enrouler ses fils autour de la boite et de l'envoyer vers la falaise. Il SAVAIT ce qu'elle contenait, et il savait surtout qu'on comptait s'en servir pour partir dès demain. D'ailleurs il a dû les engager lui-même pour faire la sale besogne, sinon comment expliquer qu'il se soit trouvé sur notre chemin cette nuit ?

- Ce qui implique qu'il veut nous garder ici par tous les moyens ?! s'étrangla Ondine alors que Sae se serrait contre elle, horrifiée.

Shiva acquiesça, l'air sombre.

- Ah non mais ça ne va pas être possible ! Comment on va faire pour regagner autant d'argent, vu ce qu'on est payées ici ?!

- Peut-être que si on arrête d'être insolentes, de les frapper, de s'absenter, de faire tout ce qui les énerve et qui nous fait perdre de l'argent ? Suggéra Sae d'une petite voix.

Ses trois amies s'imaginèrent un instant agir comme le suggérait la médecin, puis frissonnèrent d'horreur à l'unisson.

- Dans tous les cas, j'ai l'impression de me faire avoir, pas vous ?

- Si, Kyosa, c'est bien ce que je ressens aussi. Il a bien joué, très bien joué son coup, ce salopard !

- Il fallait qu'on tombe sur un con intelligent, aussi contradictoire que cela puisse paraître. Je sens que ça va être une bataille de stratège, cette histoire, soupira Ondine en se laissant aller sur son matelas.

- Oui bah on réfléchira demain, grogna Shiva en l'imitant derechef. On finit la nuit, et après je trouve un moyen de nous venger.

L'idée étant excellente, elle fut adoptée à l'unanimité.


Ondine était debout depuis un bon quart d'heure, le lendemain matin, qu'on vint toquer à la porte. Comme ses amies semblaient s'être lancées dans un concours de grasse mat', elle dut donc se résoudre à aller ouvrir, s'attendant au pire. La chance lui sourit – en quelque sorte – car elle retrouva simplement Pica sur le pas de la porte, droit comme un « i » comme à son habitude. Elle lui sourit par politesse – après tout il ne lui avait encore rien fait de mal – et le salua le plus gentiment possible.

- Bonjour, je peux vous aider ? Vous savez qu'on n'ouvre pas le café avant 10h, pas vrai ?

Elle ne s'attendait pas à une réponse car le général était plutôt du genre muet, aussi manqua-t-elle de sursauter lorsqu'il prit la parole pour lui répondre.

- Oui je sais, mais c'est l'heure du petit-déjeuner et Doffy tient à ce que la F… ses employés se réunissent à cette occasion.

- Ses employés ? répéta Ondine d'un air ahuri. Mais genre ses soldats ? Non parce que je ne veux pas dire mais nous sommes juste des serveuses !

- Non non il veut ses employés à la table, c'est pour resserrer les liens. Sur ce je vous laisse, ne tardez pas trop. … S'il vous plait.

Elle le regarda s'éloigner, bouche bée, ne réagissant pas lorsque les têtes de ses amies surgirent à sa droite et à sa gauche.

- Mais enfin tu fais comment pour ne pas rire quand il te parle, sérieusement ? lui demanda Shiva qui avait elle-même du mal à contenir un fou rire.

- Je sais pas. J'ai oublié de m'étonner la première fois et depuis je suis habituée, je crois.

- Mouais, intervint Kyosa en plissant les yeux. Moi la seule chose que j'ai retenu, c'est qu'on va devoir se dépêcher de se préparer sinon il va revenir.

- Moi ce n'est pas sa voix qui me donne envie de rire, mais c'est le surnom de leur patron, fit Sae. Doffy, on dirait une marque de beignets, ceux avec les ronds au milieu.

Ses amies durent avouer qu'elle n'avait pas tort, puis se décidèrent enfin à s'habiller après un rapide passage à la salle de bain. Heureusement qu'elles ne croisèrent personne sur leur chemin.

- D'ailleurs ça ne vous inquiète pas, vous, que la salle d'eau soit au bout du couloir ? demanda Ondine alors qu'elle se coiffait sommairement devant le miroir.

Devant les regards interloqués des autres, elle se sentit obligée de justifier son propos.

- Bah non mais vu tout ce qui nous arrive, ça ne m'étonnerait pas qu'ils aient prévu ça pour rentrer « inopinément » si l'une de nous est à la douche. Ou alors nos habits vont disparaître et on devra traverser tout le couloir en serviette, passer devant les fenêtres, tout ça… Enfin j'imagine que je me monte trop la tête.

- Oui, n'allons pas leur inventer des crimes, la liste de leurs méfaits est déjà assez longue comme ça, soupira Shiva.

N'empêche que désormais, elle commençait à douter… Et si effectivement ils avaient pensé aussi loin ?