Voyons Misstykata je ne suis jamais partie ! J'avais juste mis One Piece en pause, et c'est dur d'écrire des fics sur One Piece quand on n'est pas dans l'univers. Il n'y a presque plus personne qui passe là, mais pour les irréductibles patients, y aura toujours des suites à un moment ou à un autre !


Doflamingo avait utilisé la voie des airs pour retourner au palais le plus rapidement possible. La dernière clameur du Colisée parvenait encore à ses oreilles alors qu'il s'élançait, concentré, un sourire mauvais aux lèvres. Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir exalté à la suite du spectacle auquel il venait d'assister. Mais il fallait avouer que les combats à mort le mettaient toujours de bonne humeur en général.

Il atterrit directement dans la cour intérieure du palais dans laquelle se réunissaient ses généraux et lieutenants, et tourna la tête vers le bar où se désaltéraient Buffalo et Baby 5. Cette seconde pleurait sur un énième amour perdu, vaguement consolée par Ondine qui lui servait limonade sur limonade. Elle retint à peine une grimace lorsque le maître des lieux s'avança vers elle.

- Où est Shiva.

Cela ne sonnait pas vraiment comme une question mais comme un ordre caché, du style « Va me la chercher immédiatement ». Elle laissa échapper un long soupir et cogna dans le bois du comptoir.

- Shiva, on te demande.

- Laissez-moi juste le temps de me lever ! Bordel mes genoux !

Doflamingo haussa un sourcil en voyant celle qu'il cherchait jaillir effectivement de sous le comptoir, deux bouteilles à la main. Il ne put s'empêcher de rire, ce qui provoqua un mouvement de recul chez les deux femmes. Il tendit la main et sa cible se retrouva immobilisée par ses fils.

- Rah mais MERDE ?!

Un silence de mort s'était abattu dans la cour, et ses lieutenants même s'étaient reculés pour laisser toute amplitude à leur patron, tête baissée. Doflamingo ramena Shiva vers lui, ignorant son regard noir.

- Ce n'est pas la première fois que tu nous fais le coup. Mais je sais parfaitement que ce n'était pas ton amie Kyosa qui se battait aujourd'hui, au Colisée. C'était toi. Et tu as réussi à revenir avant moi, ce que je ne m'explique pas.

- Je cours vite, rétorqua la jeune fille en relevant le menton fièrement.

Il fut légèrement déstabilisé par son aveu. Il s'était pourtant attendu à ce qu'elle démente, alors pourquoi…

- Doffy ! C'est moi qui l'ai laissé participer !

Le corsaire tourna la tête vers Diamante qui s'avançait vers eux en courant, suivi de Kyosa qui avait une forte envie de décapiter l'imprudent qui menaçait son ami.

- Explique-toi, Diamante.

Le ton du souverain de Dressrosa était froid. Visiblement, il n'avait pas apprécié de ne pas être mis au courant, et pourtant il n'était pas du genre à imposer un rapport sur toutes les décisions de ses généraux. Juste les plus importantes.

- Elles m'ont demandé un échange et j'ai accepté, fit Diamante en baissant humblement la tête. Comme Kyosa apparaît toujours le visage caché, je me suis dit que ça ne poserait pas de problèmes.

- Pourquoi.

Cette fois-ci, la question était adressée à Shiva, qui comprit – par quel miracle, nul ne le sait – à déchiffrer le sous-entendu.

- Par envie de me défouler. Et puis parce que c'était la première apparition de Dick Aëlle, et que personne ne regrettera un tel déchet, répondit la jeune femme avec un sourire glacial.

Doflamingo ne retint pas un nouveau rire, la libérant d'un mouvement souple du poignet. Mais alors qu'elle se frottait la peau endolorie en maugréant, il abattit une main sur son épaule pour la forcer à le regarder droit dans les y… verres teintés.

- Je veux TOUT connaître de toi et de tes talents. On a suffisamment joué au chat et à la souris, il est temps de jouer cartes sur table.

- Ça ne vous regarde pas, rétorqua Shiva d'un ton glacial en se dégageant d'un geste brusque.

- Oh que si, susurra le pirate en tendant de nouveau la main vers elle, lui faisant sentir la menace que lui et ses fils représentaient. Vous n'êtes pas des naufragées ordinaires. Et je me plais à penser que vous n'êtes pas arrivées ici par hasard. C'est le destin qui vous a mis sur ma route, et je compte bien exploiter cette opportunité jusqu'au bout.

Alors qu'Ondine pensait vraisemblablement que cet homme était fou, que Kyosa se demandait si on pouvait encore toucher une prime en exécutant un Grand Corsaire, et que Sae arrivait en courant avec un stock de bandages dans les bras, Shiva évaluait la situation d'un œil froid et calculateur. Mais elle était intelligente, jamais elle ne se serait permis une confrontation directe avec Doflamingo.

- Bon…

- Pas ici, la coupa abruptement le pirate. Ce soir à 19h, ma terrasse privée.

Sur ces mots, et sans laisser le temps à QUICONQUE de protester, l'homme se détourna et utilisa de nouveau ses fils pour bondir en l'air et rentrer dans ses appartements par la fenêtre.

Diamante était tombé en catatonie, et il lui fallut une bonne grosse baffe de Pica pour revenir à lui. Une fois remis d'aplomb, il se tourna d'un bloc vers Shiva, horrifié. Comment une… sauvage pareille pouvait elle avoir les faveurs de son maître ?! Il n'eut pas le temps de poser la question qu'elle le fusilla du regard et reprit sa place derrière le comptoir, l'air sombre. Elle ne participa même pas à l'opération « empêchons Kyosa de tenter de commettre un régicide », plongée dans ses pensées. Fallait-il dévoiler toutes ses cartes et laisser planer le doute sur le jeu de ses amies ?


- Il va essayer de te foutre dans son lit !

Shiva rit à gorge déployée devant l'air outré de Kyosa, qui l'avait saisi par les épaules pour la secouer de toutes ses forces.

- Mais enfin c'est ridicule !

- Mais pourquoi tu crois qu'il est obsédé par toi ?! Pourquoi est-ce qu'il t'a invité, ce soir, hein ?!

- Pour me soutirer des informations ! Quand tu veux coucher avec quelqu'un, tu ne passes pas ton temps à l'enfoncer ! Regarde Eïre !

La jeune femme blonde eut un long frisson d'angoisse en semblant se remémorer un souvenir bien déplaisant.

- La méthode n'est peut-être pas la même, mais je t'assure que leur but est commun. Bordel, Shiva, comment tu fais pour ne JAMAIS t'en rendre compte ?

Son amie haussa un sourcil. Non mais décidément, elle ne voyait pas d'où ça sortait, cette histoire.

- Shiva, intervint Sae d'une voix douce. Rappelle-toi de ce que m'a fait subir Hiroshi. Tu ne trouves pas une micro-ressemblance avec ce que tu subis aujourd'hui ? Les humiliations au quotidien, descendre ton égo, pour que tu laisses tomber toutes tes défenses ?

L'argument fit mouche, et la stratège ouvrit de grands yeux horrifiés.

- Oh merde ! Il essaye de coucher avec moi ?!

- Ah bah ENFIN ! s'exclama Kyosa en levant les bras au ciel, catastrophée.

- MAIS IL FAIT TROIS METRES !

Nulle ne réussit à retenir le frisson d'angoisse qui les parcourut à ce détail. Mais pourquoi tout semblait aller de mal en pire ?!

Plan n°1 pour faire rater un rendez-vous : choisir une tenue horrible et complètement tue-l'amour.

- Ça risque pas de se retourner contre nous, ça ? fit Sae avec beaucoup de bon sens. Non parce que le manteau rose à plumes et les lunettes de soleil orange, avec une chemise blanche ouverte et un pantacourt zèbre rose…

Plan avorté.

Plan n°2 pour faire rater un rendez-vous : parler d'un autre homme. Par exemple ce Sir Crocodile qui a si bon goût.

- Alors je vais me répéter, mais le manteau rose, les santiags, le pantacourt… Si ce type est hétérosexuel, moi je suis Akainu. Si ça se trouve, ça ne va faire que l'exciter. Et vous allez vous retrouver à trois. Possiblement avec Akainu.

Plan brûlé et enterré.

Plan n°3 pour faire rater un rendez-vous : déclencher un incendie qui ravagera tout le palais et tuera tout le monde.

- Kyosa, s'il te plait, calme-toi ! On ne tue pas des innocents !

Plan gardé de côté (par Kyosa. Parce qu'on ne sait jamais. Parfois, on n'a pas le choix.)

Plan n°4 pour faire rater un rendez-vous : prétexter une migraine. Il paraît que ça marche toujours.

- Alors je ne suis pas convaincue, mais bon. Je garde ça dans ma manche.

Plan gardé de côté.

Plan n°5 pour faire rater un rendez-vous : improvisation.

- Et bah voilà, on en revient toujours aux classiques !

Kyosa, Ondine et Sae s'échangèrent un regard désespéré. Elles avaient cogité tout le reste de l'après-midi pour en venir à cette conclusion, vraiment ? Shiva voulut les rassurer d'un sourire, mais elle devait avouer qu'elle-même ne se sentait pas vraiment confiante.


L'heure fatidique approchait – et on ne parle pas ici de minuit heure du crime – lorsque Shiva s'avança bravement dans le couloir qui menait aux appartements privés du roi. Telle une héroïne de roman, avec comme armes son seul courage et quelques piques savamment préparées à l'avance – « De toute façon on doit tous mourir un jour » avait-elle dit à ses amies –, elle s'arrêta devant la porte marquée de l'emblème du pirate et frappa trois coups. Elle attendit environ une demi-seconde avant de se détourner, certain qu'il n'était pas là.

- Où est-ce que tu crois aller comme ça ?

Une main la saisit par le col et la tira vers l'arrière, un geste sans appel qui la condamnait à une soirée de souffrance morale. Au mieux. Au pire ? Elle préférait ne pas y penser.

- Je pourrais vous balancer une excuse, mais on va être honnête : j'ai VRAIMENT pas envie d'être là.

L'homme rit en la poussant vers la terrasse dont les portes étaient grandes ouvertes. D'un regard, Shiva analysa l'environnement : ils passaient dans un salon en intérieur avant de rejoindre leur lieu de rendez-v… leur lieu de réunion. A sa droite, une porte, fermée, menant sans doute à la chambre. A sa gauche, un mur. Derrière, la sortie. Tout se présentait au mieux.

- On va tout de suite rentrer dans le vif du sujet, fit Doflamingo en prenant place dans un des deux fauteuils qui entouraient une petite table ronde sur laquelle trônaient bouteilles d'alcool et deux verres. De quel royaume toi et tes amies êtes-vous originaires ?

- C'est une île de la Mer des Périls qui ne fait pas partie du Gouvernement Mondial, soupira Shiva en se laissant aller sur son siège. Je pense qu'Ayasu, ça ne vous dira rien.

Effectivement, le nom était inconnu du Corsaire. Mais bon, le monde était vaste.

- Et donc ? Vous en êtes sorties un jour par envie de voir le monde ? Pas très commun, pour quatre femmes, de voyager seules.

- On a un médecin, une navigatrice, et deux chevaliers, rétorqua la jeune femme en croisant les bras et en levant le menton. Vous avez apparemment assisté à une démonstration de ma force cet après-midi.

Les lèvres du corsaire s'étirèrent en un large sourire. Oh que oui, il s'en souvenait.

- Je te prenais pour une simple danseuse, pourtant.

- La danse est un style de combat comme un autre, grommela-t-elle, rendue mal à l'aise par ce sourire. Ça vous apporte la souplesse, la vitesse et la précision.

- Et tu n'as pas hésité une seule seconde à exécuter un homme.

Tout de suite, les détails ! La jeune femme soupira bruyamment, choisissant d'ignorer clairement la remarque. Et puis on en parlait, des crimes de Dick Aëlle ? Non !

- Toi et tes amies n'êtes pas des gens communs. De nombreuses personnes en ce monde s'entretueraient pour obtenir vos talents. Vous avez bien dû y réfléchir avant de vous lancer ?

- Même pas, rétorqua Shiva en le désignant de la main. Qu'est-ce qu'une Kyosa ou une Ondine face à un Doflamingo, face à un Kaido, face à une Big Mom ? Faut pas déconner, des femmes comme nous il en existe des dizaines, des centaines même. On ne marquera pas l'histoire !

- Je te l'ai dit, on joue cartes sur table. Ne me mens pas.

Elle fronça légèrement les sourcils, sur la défensive. Pourtant elle croyait à ce qu'elle disait. Bien sûr elles avaient leurs petits talents, mais sans volonté d'accomplir quelque chose dans ce monde, elles n'allaient certainement pas faire la une des journaux !

- Je pourrais te demander de m'expliquer plus en détails le pouvoir de Sae, mais j'ai le sentiment qu'il vaudrait mieux qu'elle m'en parle elle-même, s'amusa le Corsaire surtout en la voyant se crisper.

- Bon ok, on a peut-être volé quelques techniques ici et là. Peut-être que le finger gun, le sky walk et quelques hakis ne sont pas un secret pour nous, répondit Shiva avec humeur. Peut-être aussi qu'on a passé des années à s'entraîner, peut-être bien qu'on pourrait descendre quelques-uns des imbéciles qui sont à vos ordres sans trop de problèmes. Mais peut-être bien qu'on n'a pas envie de cette vie non plus. A peine dévoile-t-on notre force, nos talents, le résultat de toutes ces années d'efforts, on a des emmerdes !

- Comme avec ce fameux… Eïre ?

La jeune femme détourna le regard, le menton en appui dans sa paume alors qu'elle laissait ses souvenirs l'entraîner loin, très loin. Eïre était le roi d'un pays lointain, connu pour son intelligence et sa cruauté. Il avait envahi ses voisins sans verser une seule goutte de sang civil, et avait imposé ses lois sans n'avoir jamais à craindre les révoltes. Mais il avait un problème : il ne ressentait rien.

Non, dire qu'il ne ressentait rien était un peu exagéré. Disons que les émotions fortes lui étaient inconnues. Pas de joie, pas de colère, pas de haine. Il savait parfaitement ressentir du dégoût, exprimait son mépris comme personne. Shiva avait changé ça. Elle ne savait pas trop comment – quelques baffes bien placées déjà – et l'homme avait développé une obsession malsaine et dérangeante pour elle. Et elles avaient dû fuir en catastrophe avant qu'elle ne se retrouve mariée à un dangereux sociopathe.

- Je n'aurais pas dû m'énerver. Mais il était si agaçant, grommela-t-elle en reportant son attention sur le corsaire. Alors je me suis promis d'être plus calme pour le reste du voyage. Et je trouve que j'ai fait des gros efforts. Mais non, il faut croire que ça ne suffit pas, notre destin est d'attirer les gens comme vous sur notre chemin.

- Et tu trouves ça vraiment si terrible ? rit l'homme en se servant un grand verre de liquide ambré. La vie de palais est pourtant bien plus agréable qu'une existence au fin fond d'une cellule d'Impel Down.

- Tout de suite, les extrêmes.

Au fur et à mesure de la conversation, Shiva commençait à se détendre. Contrairement aux prédictions de ses amies, il semblait que le pirate ne nourrissait pas ce genre d'intention à son encontre.

- Tes danses. Elles fascinent les foules, elles ont un vrai impact sur les spectateurs. Pourquoi ?

Elle secoua la tête.

- C'est juste… fait pour. Comme une bonne musique soulage le cœur, l'âme et les oreilles. C'est la discipline qui veut ça ?

- Tu mens encore.

La jeune fille eut un frisson d'angoisse quand l'homme se pencha vers elle, toujours ce sourire malsain aux lèvres. Bordel ce qu'il était grand ! Elle se replaça dans son fauteuil de manière à ne plus vraiment lui faire face, mal à l'aise. Et se figea lorsqu'elle croisa le regard vert de Kyosa. Mais qu'est-ce que ?!

Juste le temps de cligner des yeux, et son amie avait disparu. Elle voulut se convaincre qu'elle avait rêvé, mais le filin qui remontait rapidement vers le plafond, dans le salon, acheva de la convaincre du contraire.


Kyosa s'agrippa à la main d'Ondine et soupira silencieusement de soulagement une fois de retour dans le conduit d'aération. Sae se tenait contre la paroi, la main plaquée sur son cœur battant la chamade. Elle ne voyait pas son visage derrière la cagoule noire qu'elle portait, mais elle la devinait très pâle.

Elles retournèrent en arrière et descendirent dans la pièce voisine, leur but premier. Kyosa la première se cacha les yeux à la vue de l'horrible fausse fourrure rose sur le lit géant de la pièce, alors qu'Ondine comptait le nombre de flamants roses au mur. Réponse : beaucoup trop.

Elles se dirigèrent en silence vers la grande fenêtre ouverte et jetèrent un regard discret vers la gauche. Effectivement elles étaient toutes proches de la terrasse. L'endroit parfait pour surveiller et vérifier que rien n'arriverait à Shiva. Il ne leur restait plus qu'à attendre.