A tous les irréductibles, à celles qui me laissent des gentils comms, je vous dis merci. Moi aussi cette fic me plait bien !
Un serviteur venait de toquer à la porte des appartements privés, et le maître des lieux s'était levé pour l'accueillir, laissant à Shiva le temps nécessaire pour se ressaisir. Inutile de croire qu'elle avait rêvé. Quelque part, non loin, possiblement au pire endroit au monde – mais elle espérait bien que non ! – ses amies s'étaient cachées et n'attendaient qu'un geste déplacé de la part de l'autre pour bondir. Elles allaient toutes mourir.
Doflamingo revint, suivi d'un homme qui poussait un chariot chargé de nourriture. Il reprit place tandis que le serviteur les laissait seuls après une dernière courbette et un regard admiratif pour la jeune femme. Elle commençait à craindre pour sa réputation, si jamais le bruit se propageait qu'elle… Non. Il fallait qu'elle se concentre. Il y avait pire qu'une réputation. C'était que cette réputation soit justifiée.
- Tu n'as pas l'air très… concentrée, observa le corsaire en piochant dans un des plats.
- Je le suis de trop, au contraire, grommela la jeune femme en se massant les tempes. Ecoutez, je ne sais pas vraiment expliquer le phénomène qui se déclenche quand je danse. Est-ce qu'on pourrait en rester là sur le sujet ? Vous avez qu'à mener votre enquête de votre côté.
- Bonne idée, commenta Doflamingo en croisant les mains, un sourire malsain aux lèvres.
Shiva plissa les yeux, persuadée d'avoir dit une connerie. Mais vu qu'il ne rebondissait pas encore sur le sujet, elle l'estima clos pour le moment. Et donc un silence gênant – pour elle – s'installa sur la terrasse, alors qu'elle se demandait si elle avait le droit de partir.
- Tu ne manges pas ? lui demanda-t-il soudainement, et elle comprit avec désespoir que son repas était là.
- Je croyais qu'on mangeait tous ensemble, la tradition, tout ça.
- Nous n'avons pas fini notre discussion. Et je tiens à t'avoir à moi, sans aucune interférence. Tes amies ont une fâcheuse tendance à… se mêler de ce qui ne les regarde pas.
Tant de doubles sens possibles, que Shiva choisit soigneusement d'ignorer. Parce qu'elle avait bien des questions, des interrogations, mais… Si elle lui demandait des éclaircissements, elle prenait le risque que la conversation s'oriente vers un terrain plus glissant. Et de toute évidence, il n'attendait QUE CA !
Mais comment embrayer sur un sujet sans que ça ne dérive ?
1. « Bon vu qu'on a parlé de moi, si on parlait un peu de vous maintenant ! » : Mauvais plan, il allait la croire intéressée par sa personne !
2. « C'est étrange, je pensais pourtant n'avoir aucun intérêt à vos yeux » : C'était ouvrir la porte qu'il fallait absolument laisser fermer. Soit il allait confirmer, soit il allait tout faire pour lui prouver le contraire.
3. « Et sinon, vous me faites visiter ? » : ET PUIS QUOI ENCORE ?! POUR QU'IL SE SENTE ENCOURAGE A LUI PRESENTER SA CHAMBRE !
4. « J'ai vu un canard, aujourd'hui. Quel bel oiseau quand même. » : Ça n'allait que lui confirmer qu'elle tentait désespérément de changer de sujet et qu'elle se doutait de ses intentions. S'il avait bien ces intentions qu'elle lui prêtait. Et encore une fois, elle ne tenait pas à le vérifier.
5. Rester silencieuse et le laisser enchainer. Improviser en fonction. Le seul risque était de passer pour une fille un peu stupide.
Ah elle lui semblait pas mal l'option 5 ! Bon à part s'il se contentait de la fixer en silence. Elle allait finir par craquer, elle le sentait.
Ondine jeta un regard très discret par la fenêtre de la chambre. Le pirate leur tournait pratiquement le dos, et semblait absorbé par son rendez-v… entretien. Son ENTRETIEN qui n'avait rien d'un rendez-vous. Elle apercevait Shiva par intermittence, quand il bougeait pour saisir quelque chose sur la table qu'elle devinait entre eux. Pour l'instant, tout avait l'air de bien aller. Enfin. Presque.
- Psst.
Elle tourna la tête vers Sae, qui lui indiqua gisant sur une chaise l'horrible manteau rose à plumes. Interloquée, elle regarda de nouveau par la fenêtre et réalisa avec horreur que le pirate ne portait rien de plus que son espèce de chemise blanche ouverte sur son torse. Qu'est-ce que ça voulait dire !
- Roh ça va, il devait juste avoir trop chaud, ronchonna Kyosa qui fouillait dans l'armoire de l'homme sans honte. Il fait 40° à l'ombre et il se promène avec cette horreur sur le dos en permanence. S'il avait eu des intentions louches, il se serait mieux habillé tout court.
- Mais qu'est-ce que tu fais ! murmura Ondine en la rejoignant d'un pas souple.
- Je m'ennuie, donc je fouille. Y a peut-être des pierres précieuses ou des billets planqués dans les poches.
- Ou des strings léopards au fond d'un tiroir !
La jeune femme blonde se figea, puis referma les portes de l'armoire d'un geste lent. Elle n'avait pas encore le désir secret de se crever les yeux.
Sae avait pris la place d'Ondine à la fenêtre et observait à son tour la scène. Shiva mangeait à peine et semblait partagée sur l'attitude à adopter. Lui, par contre, était parfaitement à l'aise, et elle devinait plus qu'elle ne voyait le sourire sur ses lèvres. Et ça l'inquiétait.
- Au fait. On va faire comment pour remonter là-haut ?
La médecin se tourna vers la navigatrice du groupe et pâlit en voyant le filin dans sa main. Elles avaient oublié de le fixer dans le conduit d'aération.
- Et sinon, juste pour savoir, vous comptez nous laisser repartir un jour ou pas ?
Shiva avait craqué. Elle avait réfléchi longtemps et comme rien d'intelligent ne lui était venu à l'esprit, elle décida de plonger droit dans le piège, si piège il y avait.
Le pirate haussa un sourcil, fixant le verre dont il faisait tournoyer le contenu, songeur.
- Je croyais qu'il était évident que non.
Un point pour sa franchise ! La jeune femme soupira en se laissant aller dans son siège, désespérée.
- Mais ne va pas t'imaginer une seconde que vous êtes prisonnières, poursuivit Doflamingo en reposant son verre pour reporter toute son attention sur elle. Néanmoins ce serait du gâchis de ne pas vous recruter dans mon équipage. Être sous les ordres d'un Grand Corsaire vous rend pratiquement intouchables. La Marine ne pourra rien contre vous, ni le Gouvernement Mondial.
- Et pourquoi on devrait craindre l'un ou l'autre ? rétorqua Shiva.
Mais l'homme avait perçu son malaise, et elle s'en voulut.
- Je me demandais bien qui avait pu couler votre navire. A ta réaction, j'imagine… un navire de Marines ?
Comment pouvait-on avoir si mauvais goût et être aussi perspicace ? Cet homme était décidément plus qu'un mystère !
Le pirate agita les doigts et une affiche vola jusqu'à leur table, tombant devant Shiva qui n'avait même pas besoin de la déplier pour savoir de quoi il s'agissait.
- Tu aurais du mieux choisir tes amies. Cette Kyosa ne t'apporte décidément que bien des ennuis.
Elle fronça les sourcils et se leva en saisissant l'avis de recherche, le déchirant en petits morceaux avant de les balancer par le balcon. Les bouts de papier s'éloignèrent rapidement, poussés par le vent, jusqu'à l'océan où ils finiraient engloutis. Puis elle reprit place sur son siège et croisa les jambes en adressant un sourire glacial à Doflamingo.
- Elle n'a commis aucun crime, si ce n'est celui de ne pas naître libre. Contrairement à certains qui se sont taillés une jolie réputation en tuant à tort et à travers. Et si elle avait été là à ma place, elle vous aurait dit qu'elle vous emmerde et je lui aurais bien donné raison.
Le pirate éclata de rire, ce qui lui arracha presque un frisson d'angoisse. Mais elle se força à rester sur place et impassible alors qu'il se penchait sur elle, sa langue passant sur ses lèvres.
- Et que dirais-tu si je pouvais effacer son passé ? Si je la libérais définitivement de ses chaînes, et qu'elle n'ait plus jamais à craindre de retourner « là-bas » ?
Shiva eut du mal à le croire. Comment pourrait-il avoir le bras assez long pour influencer les gens à ce point, surtout à ce niveau-là ? C'était impossible !
- Tu as besoin d'une preuve de ma bonne foi. Je te la donnerai. Mais il vous faudra accepter de rejoindre mon équipage. De vous rallier à mes ordres. De ne pas chercher à vous enfuir. Vous serez libres et vous pourrez voyager comme bon vous semble, d'ici quelques années. Mais dès que je vous rappellerai à moi, j'attends de vous que vous vous rentriez sans attendre chez vous. A Dressrosa.
- J'ai un délai de réflexion supérieur à une minute, ou alors je vais me faire voir, bien cordialement ?
Il rit encore et se recula – à son grand soulagement.
- Tu pourras en discuter tranquillement avec tes amies, demain.
- Chouette !
Attendez là, comment ça demain ?! réalisa-t-elle soudainement sans oser l'exprimer à voix haute.
- Il s'est penché sur elle ! chuchota furieusement Ondine à ses deux amies.
- Mais regarde, il s'est reculé !
- Elle a balancé quoi par-dessus la balustrade ? J'ai pas bien vu.
N'allez pas croire que Sae, Ondine et Kyosa ne cherchaient pas une solution pour se sortir de la situation catastrophique dans laquelle elles s'étaient fourrées. Mais il fallait trouver un plan qui inclue également le sauvetage de Shiva ! Or, leur stratège était bloquée avec un géant blond qui semblait particulièrement à son aise alors que leur amie avait l'air de vouloir se jeter du haut de la terrasse sans plus attendre.
- Si seulement on pouvait entendre ce qu'ils se racontent…
- C'est pas bête, ça. Il suffirait de se rendre à l'étage inférieur, sortir par la fenêtre, escalader la gouttière et…
- Et si la chambre en bas, c'est celle de Trebol ou Diamante, tu fais comment ?
- Ok on oublie.
- Parce que venir dans celle de Doflamingo, c'était pas complètement stupide ?
- On aura tout le temps de se faire engueuler par Shiva après. Merde. Il s'est levé ! Il s'approche d'elle ! On fait quoi ?!
Un bruit de verre brisé retentit dans la chambre, l'appartement et parvint sans aucun doute jusqu'à la terrasse, puisque Doflamingo s'était figé net et avait tourné la tête vers la fenêtre. Ondine et Kyosa eurent tout juste le temps de se baisser, avant de jeter un regard catastrophé à Sae qui avait jeté à terre une sculpture qui avait autrefois représenté un flamant rose.
- J'ai paniqué, fut la seule chose qu'elle réussit à dire.
Kyosa tendit le bras pour la ramener rapidement contre elle, sa main de libre s'enroulant autour du filin qu'elles avaient solidement fixé à un pied du lit. Elle lança un regard entendu à Ondine et descendit sans attendre par la fenêtre. Doflamingo venait de retourner à l'intérieur par la porte d'accès à la terrasse.
Quand la navigatrice fut certaine que ses amies étaient en sécurité au sol, elle sortit un poignard de sa tunique et trancha la corde qui fila par la fenêtre. Elle sortit à son tour, utilisant le rebord pour rejoindre la terrasse en silence, priant pour que le corsaire ne retourne pas sur ses pas. Shiva l'accueillit avec des yeux ronds, articulant un silencieux « Non mais vous êtes folles ?! » avant de lui indiquer de se cacher sous la nappe du chariot qu'on leur avait apporté plus tôt. Son amie obéit et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle était rendue totalement invisible. Elle-même reprit place dans son fauteuil, reprenant un air dégagé.
Doflamingo observait les restes de sa sculpture écrasée au sol, perplexe. Un coup de vent, peut-être ? Il fronça les sourcils et déploya son haki perceptif pour scanner la pièce. Il était seul. Pourtant quelque chose le dérangeait, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il finit par retourner sur la terrasse, jetant un regard à son invitée qui n'avait pas bougé. Bon. Ce n'était donc pas un de ses plans pour s'échapper.
- Un problème ?
Il secoua la tête en reprenant place, mais il devait avouer que cet incident ne lui sortait pas de la tête et le distrayait.
- Où sont tes amies ? demanda-t-il soudainement, saisi d'un doute.
- Alors ça va vous sembler étonnant, mais je n'ai pas le don d'ubiquité et je suis ici, avec vous, sans elles. Alors comment vous voulez que je le sache !
Un bon point pour elle, mais il était certain d'avoir eu la bonne intuition. Il soupira et sortit son escargophone de sa poche avant de composer un numéro.
- Pica, dis-moi où se trouvent exactement les trois filles qui restent.
Shiva sentit une goutte de sueur glacée lui couler le long du dos. Elles étaient foutues.
- Elles sont dans leur chambre, Doffy.
La jeune fille n'eut pas le loisir d'exprimer sa surprise, et se retint surtout de jeter un regard au chariot sous lequel se cachait Ondine. Elle ne pouvait pourtant pas être partie !
- Au fait, Doffy ! Vergo a appelé et voudrait te parler !
Le corsaire étouffa un juron et leva les yeux au ciel, agacé. Mais, comme le comprit Shiva, ce Vergo devait être prioritaire dans la liste de ses priorités !
- Dis-lui que je le rappelle, finit-il par dire avant de raccrocher avec humeur.
La jeune femme attendit patiemment la suite des événements, quand le pirate lui fit un signe de tête vers la porte.
- J'ai du travail. Tu peux y aller.
Elle retint un sourire victorieux et se leva donc pour se diriger vers la sortie, ne se préoccupant pas de passer aux côtés du siège de Doflamingo. Celui-ci n'eut qu'à tendre la main pour attraper la stratège par la taille et l'immobiliser, un sourire aux lèvres. Elle dut se mordre la lèvre pour ravaler une exclamation de surprise et l'affronter du regard avec un sang-froid qui la surprenait elle-même. Sa poigne était ferme, possessive.
- Demain, tu nous feras une démonstration de tes talents. Je veux te voir danser pour moi.
Elle hocha lentement la tête et il la relâcha, satisfait. Enfin elle put s'enfuir sans demander son reste, sous le regard amusé du pirate. Il attendit d'être sûr qu'elle était bien partie avant de se lever à son tour pour s'enfermer dans son bureau. Il ne vit donc pas la silhouette aux cheveux bleus qui se laissa souplement glisser de la terrasse, rattrapée par ses trois amies en contrebas.
