Notting Hill Coffee, rue de Béthune. Un beau petit havre de paix dans lequel Gwen et moi avions eu, en quelque sorte, notre premier rencard à deux, la semaine dernière. Elle avait explicitement dit qu'elle avait eu peur, peur des terribles événements à venir. Une partie des informations lui avait été donnée par Maryse. Nos "chasses", tout du moins, c'était ainsi qu'on les nommait sur le site internet, pourraient un jour être fatales, et elle voulait être sûre qu'en cas de problème, quelqu'un puisse s'occuper de sa petite fille, Louane. Le contexte de ce premier rencard, donc, n'était franchement pas fameux, mais il nous avait tout du moins permis d'être plus proches et de partager nos angoisses communes. Une première forme de complicité s'était créée. Mais cette fois, ça semble être pour de bon. Je sens que maintenant, elle a plus que jamais besoin de moi.
Retour au moment présent. On approche quatorze heures. L'ambiance n'a pas non plus été au beau fixe durant la matinée, la faute à des nouvelles peu rassurantes de nos collègues en combinaisons moulantes. Une bouchée d'un sandwich à l'italienne au chèvre a visiblement vite fait d'apaiser un peu Gwen, comme la dernière fois. Elle avait pris exactement la même chose. Pour ma part, je finissais en douceur mon tout dernier wrap saumon, n'ayant toujours pas touché à mon café depuis notre arrivée.
-Tu veux aller où, après? demandais-je à ma future conquête.
-N'importe où... Tant que je suis avec toi.
Elle a l'air physiquement et mentalement épuisée, mais m'observe toujours avec un certain sourire. Le son de ces paroles me plonge dans une sorte d'ivresse, illogique. Je dois lutter.
-Eh, wow, tu déconnes pas avec ça, on dirait! Je peux te demander un truc? Comment ça se fait que tu... Que tu me fasses autant confiance? J'ai vraiment l'air d'un mec fiable et sérieux?
Elle rit.
-Je trouve juste que t'es sacrément courageux, dit-elle d'une voix faible mais enthousiaste. Dès que tu as appris ce qui nous attendait, tu t'es immédiatement mis à suivre les programmes à la lettre, et de ce que tu m'as dit, tu veux même arrêter de fumer. Moi, j'ai juste pleuré dans mon coin, en essayant de rassurer la petite comme je le pouvais. Mais elle est loin d'être bête. Elle sait qu'on va devoir travailler dur pour définitivement sortir de tout ça. Tu sais... J'ai vraiment cru que j'allais mourir, dans cette gueule. Ce monstre a failli me bouffer et tu as fait tout ce que tu pouvais pour essayer de me sauver, au péril de ta vie. Peu de gens auraient fait ça.
-Tu oublies Raphaël et Maryse, dis-je la bouche à moitié pleine. Ils ont tout fait, eux aussi, pour t'aider, cette nuit-là. Je m'en souviens comme si c'était hier. Et ce pauvre type, le flic... Merde, quoi. Il avait pourtant l'air d'une meilleure constitution physique que toi et moi, et il s'est quand même fait tuer. Caillou m'a dit que c'était parce qu'il ne portait pas la combinaison. T'y crois ça? J'aimerais faire quelques exercices avec cette combi, mais ils m'ont dit d'attendre que mon corps soit prêt. T'as la moindre idée de ce que ça implique, cette formule? Chomp... Moi, pas du tout.
Le regard de Gwendoline change. Rapidement, je me rends compte de mon erreur.
-Mais, c'est pas grave, tout ça, on a toujours pas été rappelés! Ça implique qu'on a forcément encore pas mal de temps devant nous... Si je me fie aux informations données sur le site... Ouais! Je crois qu'on va retourner se faire un petit tour dans le vieux Lille! Demande-moi tout ce que tu veux, j'ai eu ma première paie, haha! Tu penses quand même pas que tout cet argent va se dépenser seul?
-Avec nos discussions... On dirait vraiment que tu penses que toutes les femmes sont vénales, non?
-Quoi, c'est pas le cas?
-Allez, arrête ton char, gros macho, je me fie à ton programme et je te suis. T'as intérêt à allonger la monnaie, haha!
On se dirige à nouveau vers le vieux Lille, malgré une légère réticence de la part de l'intéressée. Il faut dire que le temps n'aide pas des masses. Les petites gouttes d'eau de tout à l'heure se sont transformées en pluie, et cette météo peu arrangeante estompe toutes les odeurs possiblement agréables vantées par les brochures touristiques, censées se dégager des établissements des fleuristes, des boulangeries et des grands restaurants. Non, tout ce qu'on sent, c'est l'humidité.
-Viens, je vais nous prendre un parapluie, dis-je, toujours alerte et prêt à saisir l'occasion de me rapprocher de la bombe atomique qui me sert d'accompagnatrice aujourd'hui. Y a un magasin de fringues à quelques mètres, tu vois? Je pourrais peut-être aller te proposer de faire... Des folies?
-Non mais tu m'as prise pour ta Vivian? dit-elle en me fixant, les sourcils froncés. Je blague, me regarde pas comme ça! Bon, d'accord, Edward Lewis, on va y faire un tour même si je ne suis pas convaincue... Allez! Surprends-moi, monsieur le super-héros!
Nous entrons. Je déteste faire les magasins, mais paraît-il que c'est un passage obligé avec les gonzesses. Je sais pas trop, j'ai pas vraiment eu l'occasion de sortir avec beaucoup de nanas. Juste Nolwenn à vrai dire. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'était pas spécialement fusionnel. Remarque... Quand on baisait à deux, y avait plus que ça qui importait. Pour le reste, c'était de l'interdépendance forcée due à nos faiblesses mutuelles. Aux petits vols, à la drogue, et au fait d'avoir des parents cons. Sinon, on s'engueulait. On passait notre temps à s'engueuler. Elle, c'était une fille forte, elle voulait de nouvelles expériences et avoir plus de façon générale, elle voulait bouger, aussi. Dégager du Nord au plus vite et rejoindre des potes à elle. Moi, j'étais juste un petit junkie à côté de ses pompes, mal à l'aise avec le changement. Mais pourquoi je pense à ça en ce moment, moi?
Bordel, c'est un cas de crise majeure, un paramètre inattendu bien plus grave qui se produit sous mes yeux. Car Gwen m'interroge très sérieusement, avec un mouvement de tête latéral, en me tendant un chemisier noir à fleurs jaunes dans une main, puis un autre vert caca d'oie dans l'autre.
-Lequel m'irait le mieux, selon toi?
Déjà? À peine dans l'enceinte du magasin, me voilà devant un dilemme éthique insoutenable. Je me demande combien de gars sont tombés sous le poids d'une telle réflexion dans cette boutique de tissus légers. Je n'arrive pas à trancher. Adhésion pure et simple, ou franchise?
-Je trouve que n'importe quoi pourrait aller sur toi Gwen, parce que je te trouve rayonnante et pleine de vie. Mais, si je peux me permettre, je trouve...
-Oui?
-Ben quand même, les deux sont sacrément moches.
-HAHAHAHAHAHA!
Elle inonde tous les rayonnages avec son rire, faisant se retourner toutes les pouffiasses et les mégères ménopausées. Elle est pas croyable, Gwen. Je la fréquente sérieusement depuis une semaine et pourtant ses réactions n'ont pas fini de m'étonner. Si seulement toutes les meufs étaient...
-Et là, tu te dis quelque chose du genre "si seulement toutes les meufs étaient comme ça", hein? pleure t-elle de rire. Ben pour moi c'est pareil, je m'attendais absolument pas à ce genre de remarque, on me l'avait jamais faite celle-ci, Florian! Et puis, dit-elle en soupesant un moment chaque chemisier dans un mouvement de balancier théâtral, c'est vrai qu'ils sont aussi immondes l'un que l'autre, tu l'as bien dit! D'ailleurs, tout ce qui est ici est vraiment horrible!
-Euh, Gwen...
Les caissières et le personnel de la boutique se mettent à nous dévisager avec des airs furibonds. Je me doute un peu du genre d'effet qu'on a pu produire. Nous n'avons quasiment rien à voir avec les consommateurs de cette enseigne: nous sommes bruyants et nous n'avons pas un langage sophistiqué. Femmes oisives, jeunes cadres ou ménages actifs veulent nous fusiller par la voie oculaire. D'un commun accord, nous décidons de partir au plus vite, Gwendoline encore hilare.
Cascade d'émotions qu'est ma vie. J'ai chaud, et mon estomac est encore rempli par un délicieux cheeseburger avalé il y a peu, mais mon coeur est léger, malgré la lourdeur de mon repas. Il est huit heures et demie du soir. On entend une douce et réchauffante musique, juste avant les publicités. La tête de Gwendoline tombe sans prévenir sur mon épaule. Elle est visiblement avide de contact. Peut-être plus, qui sait?
-On est bien, ici, dit-elle. Sans ces costumes noirs, sans monstres à tuer...
-Ouais, ajoutais-je. Sans Raphaël et Maryse, sans réunions oppressantes et sans enfants qui posent des questions à voix haute pendant la séance, surtout! Enfin, vu le film qu'on a choisi, ça m'aurait étonné. Ça commence quand d'ailleurs?
-Je sais pas, bientôt j'imagine. On a presque la salle pour nous tous seuls, chuchote la belle à mon oreille.
-Presque, si on met de côté les deux qui vont se bécoter au fond, deux rangs derrière nous.
-C'est pas le genre, lâche Gwen. Ils ont plutôt l'air intellos et coincés.
-Tu me trouves intello et coincé, toi?
-Haha, je sais pas. Tu m'emmènes quand même voir un truc imprononçable avec une affiche bizarre, mais bon, tu m'as dit qu'il y avait Jim Carrey dedans, alors...
-Hé! Il va te prendre aux tripes, ce film! J'aurais voulu un truc du genre Evil Dead, mais il n'y avait rien d'autre qui faisait l'affaire dans la programmation, alors...
-Je déconne! Rassure-toi, blaguait Gwendoline en m'ébouriffant les cheveux, j'aime aussi ça, les films un peu bobo!
-Non mais t'es sérieuse? Haha!
Rapidement, les publicités remplacèrent la petite musique, au moment où les lumières périrent pour que l'on puisse admirer le petit théâtre des ténèbres. Ce film est plutôt inhabituel. Ce n'est pas une comédie, mais plutôt une espèce de drame romantique sur fond d'amnésie. Et curieusement, Gwen a l'air plutôt intéressée, elle aussi. Du moins, jusqu'à ce qu'elle vienne me titiller, car vers la moitié du métrage, au moment où je sens ses fines mèches de cheveux effleurer mes joues, un autre contact s'impose: celui de ses petits doigts sur mon intimité. Elle va jusqu'en bas. La fermeture est ouverte.
Je ne sais pas quelle heure il est, et je m'en moque pas mal. Je sais juste que la Lune est bien visible, mais ce n'est pas à la fenêtre que je regarde. Je suis en position assise, en tailleur plus précisément, sur le lit de mon appartement. Gwendoline, que je vois de dos, refait ses cheveux devant le miroir. Son manteau beige est négligemment posé sur une chaise de bureau, plus loin. Elle se regarde, encore vêtue de sa jupe et de ses collants. Un top blanc laisse voir ses bras nus, qui tentent avec une ardeur désespérée de lisser les petites mèches indisciplinées de sa crinière, mèches qui bouclent dans tous les sens. Ses fesses bougent comme si elles étaient agitées par une machine. Sa poitrine, que je vois dans le reflet, se soulève de façon conséquente et je peux voir à quel point elle est grosse... Une dose de franche excitation parcourt tout mon corps. Je ne peux pas laisser cette occasion s'en aller, ni Gwendoline... Oh non, hors de question de la laisser partir...
-Tu peux m'aider? dit-elle alors que je m'approche furtivement. C'est que ça rebique terriblement après une... Oh!
Je lui tiens fermement les seins. La petite exclamation de surprise qu'elle a lâché est équivoque, la demoiselle ne boude pas son plaisir. Malgré cela et pour y mettre la forme, elle me fait parvenir un semblant de protestation.
-Florian... Ah... Arrête... Pas maintenant?
-Et pourquoi pas? Je t'aime bien, quand tu es toute mouillée...
-Mais, Florian, enfin... Je sors à peine de ta douche! Oh... Non, pas les... Oh, c'est pas vrai... Ah!
Je commence à pincer avec un doigté d'expert ses petites pointes au travers de son top. Ce qui provoque un conséquent déhanchement de ma sauvageonne, en somme, le début d'une lutte entre moi et elle qui ne pourra aboutir qu'à des rugissements les plus exquis, que je compte amplifier, bien sûr, à mesure que mes mains descendent en attrapant sa taille.
-Oh, Florian, s'il te plaît... Mmh!
Je viens de plaquer ma main droite sur sa bouche pendant que la gauche tient son ventre, même si ça devient assez difficile puisque, avec ses talons, elle est plus grande que moi. Tant pis, je vais la faire basculer vers le lit, à moins que je ne lui fasse... Quoi?
-Ouah!
Elle m'a donné un coup de bassin qui m'a poussé vers le matelas, pour qu'elle puisse ensuite se retourner en avançant vers moi de façon triomphale, avec un air satisfait et gourmand, sa langue apparente et ses yeux ne me lâchant plus.
-Tu ne pensais quand même pas réussir à me surprendre comme ça, hein? Petit joueur.
Elle monte sur le lit, me laissant à peine le temps de réagir. Elle commence à laisser tomber ses seins ronds sur mes bijoux de famille, de façon purement machiavélique.
-Tu aimerais, si je mettais ton poireau entre mes deux nichons, hum? Petit pervers.
-Eh... À vaincre sans péril, comme on dit... Oh, c'est... C'est vraiment... Je vais te baiser toute la nuit, si tu te mets à faire ça en position... Ah!
Elle a baissé mon pantalon d'un coup, sans prévenir. C'est au tour de mon caleçon Calvin Klein.
-Je vais la prendre en bouche d'abord, et ensuite, tu auras le droit de me baiser.
C'est pas vrai, c'est presque comme dans mon rêve. Sauf que cette fois, je suis juste avec Gwen. Non, mais à quoi je pense, là? Je ferais mieux de faire comme si je n'avais jamais rêvé de ça dans ma vie, j'aurais l'air trop malsain si je racontais à Gwen que je rêvais d'un plan à trois... Mais elle est si... Elle est si bonne, pour ce qu'elle fait. Je crois bien que c'est la première fois que je me fais sucer. Même Nolwenn ne l'avait jamais fait. Pas comme ça en tout cas. La seule fois où elle avait essayé, elle y avait mis les dents. Mais je... Oh, putain de succube.
-Gou... Gwen, balbutiais-je en caressant sa tête, je veux venir... Please, sois sympa...
Elle se retire tout doucement alors que j'étais au bord de l'explosion. J'ai vraiment chaud, c'est à la limite de brûler. D'un coup, je la prends bien fermement en la retournant, quasiment enragé. J'abaisse ses collants avec une force nouvelle. Elle ferait mieux de s'y préparer, elle l'a bien cherché!
-Je vais tirer, chérie. Tu vas devoir remuer du cul si tu veux y survivre.
-Florian, non... Tu as oublié les... AH!
Orgueilleuse pécheresse... Je vais te faire croire en une religion qui me désignera comme ton Dieu, qui t'obligera à faire voeu d'obéissance auprès de moi. Elle est à moi. Rien qu'à moi! Mon bassin donne de puissants coups alors que je presse mes doigts contre la peau de ses fesses parfaites. J'ai activé le pilote automatique, je suis comme inconscient de mes gestes. ENCORE, ENCORE, ENCORE!
-Flo... Les capotes... Pourquoi tu n'as pas mis une ca... AAAAAAAAH!
Elle me griffe, prisonnière de l'impulsion bestiale. Je la sens. Je l'ai refaite à ma mesure. J'ai tout ouvert, tout remis en place. Plus aucune frontière entre nos corps. Tout vient de partir alors que les jambes de Gwen, jusqu'à maintenant plutôt vivaces, tombent sur la couette pour que toute sa personne suive. De ses orteils à ses cheveux, elle est écroulée, et moi aussi. Je crois... Je crois que c'est, sans contestation possible, le plus bon moment de ma vie.
-On... On est à l'envers, tu sais? Murmurais-je.
-De... De quoi?
-Par rapport au lit...
-Tu m'as littéralement mise à l'envers, dit Gwen avec un petit rire. T'as quel âge, déjà?
-Arrête, Gwen, c'est pas drôle...
Ma tête est contre sa poitrine, et je l'entends respirer. Le va-et-vient d'air que je perçois sur elle m'exalte, mais je me sens déjà partiellement endormi. Elle passe une main sur mes fesses, ce qui me donne un petit sursaut.
-Allez, champion, détends-toi, maintenant... On va se reposer.
J'en demandais pas moins. Je respire l'odeur, la sueur et tout ce qui vient de Gwen avec une vénération non dissimulée. Le visage de côté, je profite de cette proximité enivrante et je me laisse transporter sur les longues autoroutes du sommeil...
Bruit blanc. Putain de bruit blanc! J'ai mal au crâne... Oh non, c'est pas vrai.
Je me suis redressé pour m'éjecter du lit, juste à temps, provoquant au passage un grognement de Gwen. Vite, ma combinaison.
-GWEN! LÈVE-TOI!
Au moment où j'essayais toucher ma tête, je comprenais que la téléportation avait commencé et qu'on devait vite se rhabiller, sous peine de réduire drastiquement nos chances de survie dans ces chasses de tarés, en plus d'exposer bien malgré nous nos organes génitaux à la vue de tous.
-Hum... Qu'est-ce qui se passe, mon bébé? me répondit enfin Gwendoline.
Je tente de lui répondre tant bien que mal en enfilant ma combinaison, ayant tout juste eu le temps de m'occuper du bas.
-Ta combinaison, Gwen, on va être téléportés! Bordel! MERDE! Vite, tu l'as rangée où?!
-Sac... Mon sac à main, au fond.
J'ai tout juste le temps d'attraper la lanière du sac en cuir, avant que ma tête n'ait complètement disparu. Je sens quelque chose. Ça doit être ça... Voilà.
-Tiens, t'es encore torse poil?
Je cligne des yeux. Me voilà de retour dans cette antichambre de l'Enfer, cet appartement lillois, cette maudite piaule située sur le dessus du Carlton. Il semble que la petite pique m'ait été adressée par Raphaël en personne, bras croisés. Le viking sans cheveux a un air vaguement intrigué.
-Ah, euh, c'est-à-dire... Ben... J'ai à peine eu le temps de me changer.
-Mais tu foutais quoi, au juste? Et puis, qu'est-ce que c'est que ça, hein? Pourquoi tu tiens dans tes mains une autre combi? Tu l'as eue où?
-Euh, c'est Gwen... Elle a, euh.
-Elle a quoi?
Maryse me fixe avec un air inquisiteur, appuyé par un haussement de sourcils, qui semble vouloir me dire quelque chose du genre "Attends, t'es pas sérieux?" et pour toute réponse, je peux à peine adresser une grimace tordue d'une tension ultime.
Puis arrive Gwen, petit à petit, complètement reconstituée par le laser. Il se trouve qu'elle est à poil, dans une attitude complètement amortie, et qu'elle a totalement l'air de ne rien piffrer à ce qui se passe.
Raphaël écarquille les yeux. Maryse se plaque la main au visage. Louane, dans les jambes de Maryse, regarde sa mère et lui demande, avec un ton lourd de conséquences, ceci.
-Maman, pourquoi t'es toute nue?
Gwendoline met un long moment à comprendre la situation.
-Hein? Que... Oh.
Après avoir parcouru du regard toute la pièce, en s'attardant particulièrement sur moi en train de lui faire signe d'aller dans la salle de bains, la pauvre Gwen écarquille encore plus les yeux que Raphaël et se met à crier.
-AH! FLORIAN, LA TENUE!
Elle m'arrache son costume noir des bras et court à grandes enjambées vers le couloir, afin de pouvoir se changer en toute quiétude. Même si à vrai dire, la quiétude n'a pas vraiment pu transparaître sur son visage. Une fois Gwendoline partie dans le couloir, on entend rien d'autre que l'air pendant un long moment. Puis, Louane, déterminée, finit par revenir à la charge en sautillant et en faisant grincer les lames du plancher.
-Florian, tu sais pourquoi ma maman elle était toute nue?
-Hein? Mais que... Mais pourquoi tu me demandes ça à moi, voyons?
-Parce que ma maman, elle a dit qu'elle allait vous voir pendant toute la journée, tous les trois. Monsieur Caillou, tu sais, toi?
-Ne m'appelle pas comme ça la morveuse, d'accord?
-Chéri... C'est encore une enfant, tu peux la ménager un peu, quand même, dit Maryse.
-Rien à foutre. Eh, petite, tu connais la blague de l'extraterrestre?
-Non.
-C'est un martien qui dit à son pote "Eh, tu crois qu'il y a des habitants, sur la Lune?" et l'autre lui répond "Bah ouais, ils font fonctionner leur électricité tous les soirs!" dans le plus grand des calmes.
-Elle est nulle ta blague, dit Louane d'un ton tranchant.
-Espèce de sale petite...
-Raphaël, cria Maryse, ton langage!
C'est drôle. Malgré la petite dispute causée par ma question ce matin, on dirait qu'on fonctionne comme une espèce de... Famille. Une famille bizarre, cela dit. Gwendoline nous rejoint enfin, complètement vêtue de son costume. Elle est super crispée, évidemment, à cause de notre arrivée assez explicite.
-Gwendoline, dit Raphaël d'un ton se voulant le plus neutre possible, ton flingue est où au juste?
-Je... Je l'avais laissé ici, dans cette pièce. Je crois même qu'il était encore dans ma valise. Je n'ai pas osé amener cette chose chez moi. J'aurais eu trop peur que Louane y touche sans faire attention, tu comprends?
-Ouais, je comprends, mais assure-toi d'avoir toujours ça sur toi, sinon, ça pourrait vite tourner au vinaigre. Allez, va le reprendre. Et toi le bourreau des coeurs, tu vas aller terminer de t'habiller, d'accord? Ce sera pas en étant juste couvert au niveau des jambes que tu pourras endurer les chocs.
-T'as pas d'ordres à me donner, papy! répondis-je avec un sourire narquois.
-J'ai vingt-sept ans le nain, donc, boucle-la. Vas-y.
Je me dépêche d'aller de l'autre côté pour enfiler mes bottes, mon haut et mes gants. Le miroir de cette salle de bains devient franchement poussiéreux, ça se voit que personne n'a osé y toucher depuis longtemps. Je me passe de l'eau sur le visage, histoire d'être bien réveillé. Ça reste toujours aussi étrange de se retrouver là à nouveau. Je crois vraiment que je n'arrive toujours pas à saisir le côté réel de tout ça. Heureusement qu'il y a eu les deux conférences du groupe de Survivre en combi chez Raph, sinon je crois bien que je me ferais dessus. Comme un gros flippé, comme au premier soir. C'est bon. Tout est sur moi, je suis prêt. J'ai plus que mes deux flingues à ranger dans les étuis de ma combinaison, au niveau des jambes. Génial. Allez vous faire foutre, les aliens. Je vais faire ce à quoi j'ai été préparé pendant ces deux semaines. Tuer. Tuer le plus possible. Je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur. Tiens? Mais c'est le bruit du laser, que j'entends, là... Il y a une autre personne qui arrive, on dirait. Pas étonnant, vu que le flic est mort pendant la chasse précédente. De ce qu'on se disait pendant les conférences, Gantz allait forcément le remplacer. Mon hypothèse est appuyée par le cri de surprise de Louane, que j'entends jusqu'ici. Je cours pour voir.
-Ah, t'as rien loupé, dit Raphaël. Il arrive à peine, là.
J'observe une tignasse noire qui boucle en tous sens et petit à petit, je vois des yeux jaunes injectés de sang, aux pupilles dilatées. Un nez crochu suit tout ça. Une peau usée et des traits anguleux, une mâchoire longue et pointue, pas de doute possible, c'est mon ancien voisin.
