Nous marchons dans cette espèce de forêt, ou peut-être est-ce une sorte de parc, qui sait? Impossible d'évaluer avec précision la taille de la zone dans laquelle nous avons été expédiés. En tout cas, retrouver son chemin ici est absolument impossible de nuit. Parmi les choses que nous découvrons, il y a des canards, des moustiques, mais aussi des grenouilles bruyantes, nichées dans les petits points d'eau qui peuplent çà et là les chemins. Louane a failli s'enfoncer dans la gadoue, mais rien de grave. Nos pieds foulent les tourbières sans que nos yeux ne puissent apercevoir les autres. Mon dos est raidi par le stress. Je me risque à poser une question.
-Maryse...
-Quoi? me répond la guerrière aux mèches violacées.
-Tu as déjà eu des soucis, avec Raphaël?
Sa bouche remonte en une nette grimace d'exaspération. Décidément, elle a vraiment au moins ça en commun avec son mari, qui n'est pas non plus du genre à lâcher facilement des sourires.
-Qu'est-ce que tu veux dire par-là? Et, quel rapport ça a avec la putain de mission?
-Non, je me disais... Tu sais, pour cette affaire de trafic de drogue. Bon, d'accord, c'est vrai que j'étais en plein dedans, et genre, pas juste un peu. J'avais littéralement aucun espoir de vivre. Aujourd'hui, c'est complètement l'inverse. Je veux plus que jamais profiter de ce que j'ai, et Gantz m'en a fait prendre conscience. Tu crois que Gwen va... M'en vouloir longtemps, pour avoir fait ça?
-Ça ne me concerne pas. Mais si j'étais à la place de cette fille, j'aimerais au moins effectivement avoir des excuses. Tu aurais dû lui dire la vérité.
Lui dire la vérité? Elle est bien bonne, celle-là. Qui accepterait de sortir avec un déchet? De le soutenir? De partager son existence avec un mec prisonnier de ses peurs, prêt à tout pour éviter la douleur et les difficultés? Non, je sais comment je suis. J'essayais de changer. J'essayais vraiment, pendant ces deux semaines. Et j'étais en bonne voie. Oui! C'est encore trop tôt pour avoir des regrets, je pourrais toujours trouver une astuce ou deux pour gagner sa confiance à nouveau. Lui offrir quelque chose. Apprendre encore plus ce qu'elle aime. Fouiller ses poubelles? Mais à quoi je pense, moi? Rien ne tourne rond dans ma caboche. Depuis que Mehmed est arrivé dans la chambre du Carlton, je n'arrive plus à réfléchir normalement. Et si au final, j'étais comme lui? Et si au final, je n'avais rien à offrir à Gwendoline, rien d'autre à offrir que des problèmes? Il faut que je me responsabilise. C'est fini tout ça, fini les doutes. Je ne suis plus un gosse. Je ne dois plus accorder d'importance à ces petites voix dans ma tête, mais tout simplement avancer. Oui, avancer... OUTCH!
-Hé, Florian, maugréa Maryse après m'avoir donné un coup sur la tête, je vois très bien à quoi tu penses, mais mon mari et ta copine sont peut-être en danger. Alors tu intellectualises moins et tu marches plus! Sinon, je te refais le portrait sur-le-champ!
Bon, entendu, je reporte les tourments intérieurs à plus tard. La zone est énorme, et on ne peut pas se permettre de perdre du temps. Je pense que Raphaël est du genre costaud. Sinon, il ne se serait pas aventuré seul pour sauver Gwendoline à ma place, à moins d'être inconscient... Mais je me sens mal. Pourquoi a-t-il fallu que je perde connaissance? Je suis une merde. Caillou pourrait s'en sortir et nous ramener Gwen, mais le manque de stimulations sonores m'inquiète. Les brindilles craquent légèrement sous nos pas. Le vent se fait de plus en plus rare, absorbé par le dépôt de matière organique au sol, et aussi par les vieux chênes. Rien de particulier à signaler en dehors des bruits du bois. Aucune présence animale, nous sommes juste un post-ado, une adulte et une enfant.
Une chanson guillerette va interrompre notre marche, à ma grande surprise.
-Une souris verte, qui courait dans l'herbe... Je l'attrape par la queue... Je la montre à ces messieurs...
C'est pas croyable. À une dizaine de mètres se trouve la même petite fille que j'ai croisé au début de la mission. Les mêmes mèches blondes claires, le même pas sautillant, la même longue robe. Je sens mon coeur battre à cent à l'heure.
-Ohé! Toi!
Mon visage se fige. Le sien aussi. J'ai peut-être eu tort de crier comme ça, de parler sur ce ton. Elle s'est retournée vers moi avec un air apeuré, puis, sans tarder, elle a commencé à s'enfuir après avoir exécuté un demi-tour presque irréel, les plis de sa robe l'ayant accompagnée en créant de l'air comme un fantôme. Il y a des moments où l'instinct vous pousse à faire des choses irrationnelles, sans que vous même ne puissiez clairement l'expliquer avec le recul. Cet instant où j'ai croisé le regard d'une petite fille effrayée fait partie de ces moments de ma vie. J'ai couru vers elle, c'était comme si c'était urgent. Comme si ne pas la suivre à ce moment provoquerait des dégâts irréparables. La voix de Maryse retentit comme un coup de tonnerre, me faisant ralentir au passage.
-FLORIAN! OÙ EST-CE QUE TU VAS?
-Je veux pas rester toute seule! Je veux pas rester toute seule! suppliait Louane en sanglotant.
-Toutes les deux, suivez-moi! La dernière fois que j'ai vu cette petite fille, elle nous avait amenés vers le moulin! J'ai le pressentiment qu'elle n'est pas une présence hostile et qu'elle pourrait nous venir en aide, alors on doit se dépêcher!
-CE QUE TU DIS N'A AUCUN SENS, IL N'Y A PAS DE PETITE FILLE!
-SUIVEZ-MOI ET FERMEZ-LA!
Moi-même, j'ai conscience de donner l'impression de raconter n'importe quoi, d'où mon débordement d'agressivité. Je ne crois pas aux sorcières, ni aux esprits de personnes décédées ou aux manifestations paranormales. C'est pas mon genre. Mais je sais ce que j'ai vu. Une petite fille terrifiée qui cherchait sa maison. Peu importe par quel moyen elle arrive à nous, elle nous a bel et bien amenés vers le moulin. En suivant le raisonnement selon lequel elle est un aimant à extraterrestres, ça nous amènera forcément vers Gwen et Raphaël. Je prie pour que mon hypothèse soit la bonne, sinon, on est bons pour crever, à force se perdre éternellement ici. Il faut que je mette de côté mon esprit terre à terre, et que j'arrive à composer avec ce qui n'est pas habituel. Qui sait ce qui nous arrivera si nous ne bouclons pas la mission à temps?
Je ne pense à rien d'autre qu'à Gwendoline. Gwen. Je ne peux pas me permettre de te perdre. Je sens que je vais bien plus vite. Ça doit être la combinaison qui fait son travail, comme indiqué sur le site. J'arrive au bout du chemin, au bout de mon parcours. Je vois Raphaël qui combat une masse noire, non, attends... C'est la sorcière. C'est Marie Groëtte.
Il est en position de tir, mais il n'y arrive pas. C'est fou, mais cette chose est sur un balai, et elle virevolte au rythme des détonations produites par le flingue, en riant comme une démente. Qu'est-ce qui se passe? Et où est Gwen? Maryse me pousse et sort ses armes. Moi aussi. Après peut-être une minute, Raphaël réussit à lui tirer dans la jambe. La sorcière tombe face contre terre, en plein dans la boue. Son balai s'enfuit sans elle. Un objet rond et petit ressemblant à une grenade roule sur le sol, sans qu'on ne le remarque tout de suite, sorte de truc orangé qui dégage une faible lueur verte.
Je me mets à couvrir la petite Louane avec mon corps, attendant l'impact du coin de l'oeil. Je vois cette lumière dégueulasse qui augmente en intensité. Ça grandit. Ça explose. Moi et les autres sommes projetés en arrière, et je sens que ma peau brûle, sur le côté gauche de mon visage... Putain.
Une ombre émerge de la fumée, du chaos. Le chapeau pointu de Marie Groëtte est nettement perceptible. Est-ce qu'elle s'avance vers moi? Est-ce que... Est-ce que je vais mourir? J'ai peur. J'aimerais que tout ça prenne fin. Mais alors que je m'attends au pire je suis écarté par un vieil orteil couleur de vase, dépassant d'une espèce de chaussure de cuir. Bientôt, tout le pied de la sorcière suit, et je geins dans l'herbe, impuissant.
-Ah... L'enfant, gémit la sorcière d'une voix de crécelle, l'enfant est venue jusqu'à moi!
L'enfant? Est-ce qu'elle parle de la petite fille qui fuyait tout à l'heure? Attends... BORDEL, NON! Je la vois ébouriffer le crâne de Louane. Je ne la laisserai pas faire. Je dois... Je dois rester clair. Putain... Cette saloperie d'alien me regarde. Elle sourit avec ses chicots. Je me relève. Je titube, mais je suis bien résolu à exploser cette connasse avec tout ce que j'ai. Elle resserre ses mains sur le cou de la petite alors je cours dans sa direction. Un coup porté vers son visage, un autre vers son ventre. Aucun des deux ne passe, alors que la sorcière tient toujours la gamine entre ses griffes.
-Tu vas mourir, chasseur. J'ai lu en toi.
Ma vision se trouble. Elle est derrière moi, je le sens! Je la saisis en resserrant un bras et en la faisant cracher! Parfait, ça lui apprendra à ce monstre! Je sors enfin mon pistolet, en l'appuyant bien fort contre son cou. Cette fois, c'est bon, je le sens! Plus aucun malaise, plus aucune vapeur ne m'empêchera de la tuer! Je presse les deux gâchettes, ce qui rompt ses tissus en causant une implosion, puis une décapitation. L'affreuse tête est enfin tombée. Louane hurle. Peu importe, il faut que je la mette hors de danger. Je pointe mon arme vers le crâne mort alors que la douleur à mon visage est insoutenable.
-ATTENDS, NON! NE FAIS PAS ÇA!
Incroyable. Si j'avais pas déjà vécu une nuit d'enfer avec les martiens Pétote et maïs, je serais terrifié. Les lèvres du visage de Marie Groëtte se sont mises à bouger pour articuler des mots.
-Bravo, tu as gagné. Tu vas me tuer, et ensuite? Arrête un peu et regarde autour de toi! Si on met de côté l'enfant, ils sont tous morts. REGARDE!
-Quoi?
Hésitant, je redresse ma colonne vertébrale pour pouvoir me tourner sans difficulté. Une vapeur verte est encore bien visible, mais commence à se dissiper. Je plisse les yeux. Autour de moi, c'est... Oh non. Raphaël est inerte, le corps complètement cramé. Qu'est-ce qui s'est passé? Non, je ne peux pas le croire! Il était trop proche de la déflagration? Le cadavre de Maryse est à quelques mètres, ne laissant aucune ambiguïté possible. La pauvre a l'estomac troué, tripes à l'air. Je ne veux pas voir ça plus longtemps. Non, bordel, c'est pas vrai! Pas ça! Je vais faire payer à cette saloperie, que je regarde maintenant avec dégoût. Regarde-moi. Oui, regarde-moi bien. Tu vas mourir par ma main, dès que j'aurais pressé ces deux gâchettes. Tu as tué mes amis. Je lui écrase le visage avec ma botte d'un coup violent, sans faiblir.
-Tu peux encore les sauver, Florian...
Quoi? Cette horreur en veut encore? Et puis même, comment se fait-il que ça parle alors que rien n'irrigue son cerveau?
Peu importe, plus question de me faire avoir par des tours de magie, je vais venger mes amis. Oui, mes amis. Raphaël, Maryse, Gwendoline. Ils m'ont accepté, ils m'ont compris! Je vais achever cet extraterrestre, et protéger Louane... Oui, protéger Louane. C'est le plus important. Gwendoline. Est-ce que tu es morte, toi aussi? Je ne t'ai pas vue. Est-ce que cette petite fille est tout ce qu'il reste de toi? Je... Je ne veux pas le croire. Pas question de croire que tu es morte, toi aussi. Tu es forcément là. Tu es quelque part. La sorcière arrive encore à parler, mais c'est complètement impossible. Oui, c'est impossible.
-Tu peux la ramener, elle aussi. Je peux tous les ramener à la vie.
-TA GUEULE, CONNASSE, TA GUEULE! FERME-LA!
-Tu dois... Juste me laisser m'approcher de l'enfant. Allez, dépêche-toi Florian! Donne-moi l'enfant, vite!
-La ferme, connasse... TU VAS FERMER TA GRANDE GUEULE!
Je donne un grand coup de pied dans la tête, ce qui la fait voler. J'entends des rires, des rires partout. Ça résonne comme si j'étais sous une cloche, c'est horrible. Je dois lutter. Je dois rester conscient de tout ce qui se passe. Je tombe sur les genoux. Je rampe, tout en sueur, vers la tête qui continue à ricaner. Au moment où j'essaie d'attraper cette salope démoniaque par les cheveux, elle s'enfonce sans raison dans le sol.
-Tu es sous l'effet d'un puissant hallucinogène, Florian. Tu m'as tout dit sur toi et tu es le seul à être en vie. Seul, avec la fillette. Tu ne t'en rends pas compte, Florian, mais je suis encore là. Tu ne m'as jamais touchée. Aucun de tes tirs, aucun de tes coups n'a pu atteindre ma personne. Lâche la fillette maintenant, et je t'épargnerai bien des souffrances. Tu es encore en train de la couvrir avec ta carcasse. T'en rends-tu compte?
Quoi? Mais qu'est-ce qu'elle raconte? J'écarquille les yeux. La tête continue à fuir jusqu'aux entrailles de la terre, et les couleurs deviennent plus saturées. Un rose pétant vibre autour de moi, puis un bleu électrique. Ma tête me fait horriblement mal, et je ne peux pas m'empêcher de hurler.
-Moi seule peut arrêter ça, Florian. Moi seule! Soumets-toi! Lâche l'enfant! Arrête de combattre et je te ramène à tes... Comment les appelles-tu, déjà? Ah oui. Des... «Amis», c'est ça?
Qu'est-ce qu'elle raconte? Louane est plus loin, je ne la touche même pas. Néanmoins, cette obstination qu'a la sorcière me fait me poser des questions. Furtivement, je risque une inspection de mon champ visuel. Et là, je me vois, en train de tenir Louane. Qu'est-ce qui est en train de se passer? Je n'y comprends plus rien. J'existe en double, en deux exemplaires? Ou alors, je deviens fou? Chiotte!
-Le combustible de la grenade est si puissant qu'il t'a rendu inconscient. Et à cause des effets produits par le gaz, tout se passe dans ta tête. Tu as beau ne pas assimiler la matière, tu arrives à entendre ma voix, même si ton corps est toujours en train de la serrer. Tu as perdu, chasseur. Ne t'obstine pas. Toutes ces vies, la tienne... Et celles de Raphaël, Maryse et surtout, celle de Gwendoline... Tout cela vaut-il la peine d'être sacrifié, juste pour une pauvre et misérable gamine? Mon marché est très humain. Je pourrais ressusciter les autres et vous laisser repartir d'où vous êtes venus. Tu as juste l'enfant à me laisser en échange. Dans la mesure où je pourrais te tuer de façon immédiate, je me considère comme très magnanime.
-Jamais... Et puis de toute manière, pourquoi tu ne m'as pas déjà buté, connasse?
-Je commence à tout doucement perdre patience. Je n'ai pas envie d'abîmer l'enfant, alors s'il te plaît, écarte-toi. Tu as juste à réintégrer ton corps en courant vers lui. Tout peut encore bien se passer.
-NON!
-ÉCARTE-TOI!
La voix de la sorcière s'était muée en un cri horrible, sur une fréquence qui m'a projeté loin, très loin. Moi, mon âme ou une débilité du même acabit, qu'est-ce que j'en sais? En tout cas, j'ai vu des bandes lumineuses blanches se former à toute vitesse, senti un courant d'air froid comme la mort, et j'ai cligné des yeux. J'ai peur. Je ne veux pas mourir, putain. Alors qu'importe... Je me battrai, jusqu'au bout, et si je suis désarmé, j'utiliserai mes poings! Non! Ça ne sert plus à rien. Il faut accueillir tout ça avec sérénité, maintenant. Si mon corps est fichu, alors... C'est la fin. Adieu à tout.
Mais visiblement, je vais encore être obligé de ressentir la douleur plus longtemps.
Ma vision est redevenue nette, je vois s'élever un pantin macabre, chapeau à terre, une morveuse blonde qu'elle tire par les cheveux. Ça s'élève, sans cesse, à plusieurs dizaines de centimètres du sol. Puis, l'ombre disparaît d'un coup, avec Louane, dans une détonation assourdissante. J'avais les bras complètement écartés, à l'instant? Mais c'est loin d'être le pire. Maintenant, dans la pénombre, je reconnais d'autres silhouettes, éclairées par la fulgurance des flammes vacillantes qui se consument lentement sur l'herbe. C'est Raphaël et Maryse. Ils me regardent d'un air terrible qui n'annonce rien de bon.
-T'as merdé, me lâche le leader sans détour. Putain, Florian! Pourquoi tu lui as donné la gamine?
-Mais je... J'ai fait ça?
-Pire, même! s'écrie Maryse. Tu nous a carrément attaqués, avec la combinaison à pleine puissance!
Je tremble. Je n'arrive pas à comprendre comment ce qu'ils disent peut être vrai.
-Non... Merde. Je me suis battu, merde! C'EST PAS VRAI! J'ai voulu la protéger... J'ai voulu protéger tout le monde! J'ai... J'ai été drogué par ce truc? POU... POURQUOI CETTE MERDE DE GAZ NE VOUS FAIT RIEN? C'EST PAS NORMAL, IL DOIT Y AVOIR UNE EXPLICATION...
-En fait oui, dit Raphaël, les poings sur les côtes, il y en a probablement une. T'es un ancien toxico, c'est ça?
-Je... Oui, c'est vrai j'ai déjà touché à ça. Mais là... C'est juste...
Raphaël est droit, comme en train de me jauger. Je prie simplement pour que tout ça s'arrête, et vite. Je veux juste en finir. Arrêter avec cette existence qui me rend malade. C'est ça, c'est la maladie de vivre. Putain. Et dire que j'ai cru pendant un moment que j'allais faire quelque chose de constructif...
-T'as pris quoi, en tout et pour tout? finit-il par enchaîner.
-Cocaïne, cannabis, ecsta et LSD. Mais ça fait déjà, bientôt... Deux ans. Deux ans que c'est fini. J'ai définitivement coupé les ponts avec tous ceux qui m'ont initié à ça, depuis que mon ancienne copine m'a lâché.
Mon ancienne copine, ouais. Et encore, je suis même pas sûr que ce soit le terme qui convienne. Elle était pas du genre à dire facilement qu'elle m'aimait. On baisait en fait, et c'est tout. Je ne dois pas penser à ça.
-Faut pas chercher trop loin, continue Raphaël. Ta consommation de toutes ces saloperies a dû niquer tes récepteurs de sérotonine. Ça, plus le stress d'une mission à hauts risques, j'imagine. C'est comme ça que cette espèce de gaz qu'elle utilise partout pourrait, hypothétiquement, atteindre ton cerveau, non?
Il regardait sa femme qui acquiesça d'un signe de tête. D'accord. D'accord Raphaël, je prends note, mon cerveau est fichu.
-Mais à toi et à Maryse, ça vous a vraiment rien fait?
-Si, bien sûr. Je suis suffisamment conscient pour garder le contrôle, mais on est globalement ralentis, dans le coaltar, quoi. Sans non plus avoir des hallucinations poussées, pas comme le truc qui semble t'être arrivé, en tout cas. Ce qui est sûr, c'est que la priorité, c'est de pourchasser cette sorcière. Je ne sais même pas comment elle a fait pour s'envoler, elle avait perdu son putain de balai.
-Rien n'est logique dans cette histoire de merde, finis-je par lui répondre, excédé. Cette connasse peut attendre, il faut... Il faut qu'on retrouve Gwendoline le plus vite possible.
-Eh, Florian, dit sèchement Raphaël. Je te rappelle que la sorcière a aussi Louane avec elle, une gamine de sept ans qui n'est a priori pas en capacité de se défendre. Même avec les combinaisons, on a rien pu faire, et son gaz empoisonné t'a complètement bousillé les neurones, jusqu'à te faire voir des choses qui ne sont pas là. Mais si on doit tenter notre chance, il est beaucoup plus logique de poursuivre la sorcière, où qu'elle soit partie. Il suffit de regarder l'écran du radar, alors dans ce cas...
La courbe de la bouche de Raphaël prit une puissance inquiétante. Il regardait le boîtier noir, avec l'air de quelqu'un qui a perdu tout espoir.
-Débile de gadget. Putain. Cette connerie, elle est... Complètement cassée.
Alors que j'encaissais encore la gravité de l'information, j'entendis un cri féminin, tout proche de nous. Une interpellation, en fait.
-HÉ, MARYSE! RAPHAËL! ATTENDEZ... ATTENDEZ-MOI DEUX SECONDES!
Coup de théâtre. Alors que j'avais perdu tout espoir, voilà que la femme qui a changé ma vie arrive en boitillant vers nous, émergeant du sombre sentier boisé au loin. Oui! Putain, Gwen! Tu es encore en vie, c'est... C'est...
-OHÉ, GWEN! crie Maryse. ARRÊTE DE MARCHER, ON VIENT VERS TOI!
