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Bonne lecture
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Chapitre 8
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Kingsley arriva très tôt ce mardi. Rémus avait réveillé Harry et lui avait donné un peu de lait mais le renardeau avait pris à peine deux lampées avant de retomber dans les bras de Morphée. Le loup-garou le plaça donc dans une petite couverture où il l'emmitoufla, puis le déposa dans une grande sacoche qu'il porta en bandoulière, ouverte, pour garder un œil dessus.
Les deux sorciers avaient juste échangé quelques mots. Rémus était encore amer. Il n'en voulait, bien sûr, aucunement à son ami. Il préférait mille fois que ce soit lui qui ait la charge de Harry, plutôt qu'un autre, quel qu'il soit. Même plus riche, même plus disponible, n'importe qui aurait été moins bien que l'Auror. Kingsley était vraiment quelqu'un de formidable d'après lui. Gentil, tolérant, ayant de bons principes et une éthique irréprochable. Il était serviable, drôle, doux, passionné par son travail, bref. Pour Rémus, il était un véritable ami et ce depuis presque sept ans maintenant.
Au ministère, ils arrivèrent à l'heure de pointe. Tous les sorciers y travaillant embauchaient et débauchaient à la même heure tous les jours : 8h-12h le matin, 14h-18h l'après midi. Rares étaient ceux à mi-temps. Quelques femmes, peu nombreuses, qui étaient fonctionnaires étaient, elles, à ¾ temps, afin de s'occuper de leurs enfants le matin, le midi et le soir. Le monde sorcier avait encore bien des progrès à faire en termes d'égalité des sexes et ce n'était pas peu dire.
Pour éviter qu'on ne le regarde de travers, ou qu'on ne lui pose des questions, Rémus avait rabattu le devant de son sac, afin de mieux dissimuler Harry. Cependant, c'était plutôt inutile, tout le monde marchait sans faire attention à personne, trop enfoncé dans sa routine quotidienne, à moins que ce ne soit l'heure matinale.
Les deux sorciers atteignirent rapidement un ascenseur. La présence de l'Auror leur évitait de passer par l'entrée des visiteurs, ils n'avaient donc pas eu à déposer leur baguette. Ils s'engouffrèrent dedans, accompagnés de quatre autres personnes et attendirent le bon niveau. Ils étaient à nouveau seuls quand ils arrivèrent à l'étage du département de la justice. Ils sortirent donc de la cabine et soufflèrent un bon coup avant de s'avancer dans le couloir sombre.
Arrivés devant la bonne porte, Kingsley regarda son ami sans rien dire et Rémus soupira fortement. Ce dernier sortit précautionneusement la petite boule de poils ronflante de sa couverture, un instant attendri par ce bruit de moteur provoqué par un si petit être et passa une main dans sa fourrure afin de le réveiller doucement.
- Harry, mon ange, il faut que tu te réveilles. 'Ley à besoin de toi, ma puce.
Les mots doux étaient sortis naturellement. Rémus s'était vraiment beaucoup attaché à son petit renardeau durant le petit mois qu'ils avaient passé ensemble. Il espérait fortement que le juge n'allait pas poser problème et qu'il pourrait continuer à le voir.
Il savait que c'était ce qui était prévu. Officieusement, ce serait lui qui aurait la garde du petit. Cependant, Albus et Kingsley pouvaient avoir la meilleure volonté du monde, si le juge décidait que l'Auror n'était pas apte à adopter Harry, alors il ne savait pas ce qui se passerait, à qui serait confié l'enfant et s'il pourrait le revoir. Et ça l'angoissait énormément.
Le renardeau, toujours dans les mains caressantes de son porteur, finit par émerger de sa sieste et bailla à s'en décrocher la mâchoire pour chasser les restes de sommeil qui lui faisaient briller les yeux.
Kingsley sourit et tendit les bras.
- J'en prendrai soin et ne laisserai personne d'autre que moi avoir sa garde, promit-il à son ami. Albus est présent à l'intérieur, tu sais le poids qu'il a au Magenmagot. Il fera tout pour que cela se déroule selon nos plans.
Voyant que Rémus ne répondrait pas, il fit une pause puis demanda :
- Tu nous attends ici ?
Le loup-garou, chez qui la boule dans la gorge était revenue, acquiesça silencieusement, pas sûr de sa voix. Alors l'Auror, Harry dans les bras, posa une main qu'il voulait réconfortante sur son épaule un moment, puis se détourna et franchit la porte de la salle d'audience, laissant Rémus seul dans le couloir.
La longue attente débuta. Rémus, d'abord assis sur l'un des bancs qui longeaient les murs du long couloir, finit par faire les cent pas.
Les mains dans le dos, puis dans ses poches ou dans ses cheveux.
Les bras ballants ou croisés sur sa poitrine.
Se rongeant les ongles.
Tapant du pied.
Soufflant, soupirant, marmonnant ou silencieux.
Fouillant nerveusement dans sa besace, à la recherche d'il ne savait quoi.
Faisant et refaisant ses lacets pour passer le temps.
Il regarda sa montre mais seulement vingt minutes avaient passé et Albus lui avait indiqué que la séance durerait probablement une heure, peut être plus s'il y avait contestation de l'identité du renardeau.
Il s'était rassis sur le banc dur depuis tout juste une minute quand la porte se rouvrit.
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Quand il avait pénétré dans la grande salle lumineuse dans les bras de Ley – il avait fini par retenir le prénom de « L'Autre » – il avait été assommé par le nombre d'humains présents. Il y en avait cinquante, il les avait comptés. Tous portaient la même couleur d'un prune mûre mais pas du tout appétissante à son goût.
Plusieurs avaient voulu le toucher et si son porteur lui en avait évité la plupart, il n'avait pu tous les esquiver. Il avait bien tenté de se réfugier dans les manches de son troisième humain attitré, mais peu de temps après leur entrée, il avait été déposé sur une grande chaise, au milieu de la pièce.
Harry avait bien compris que ce n'était pas de la volonté de Ley. Il avait vu son regard qui, même s'il se voulait rassurant, était plutôt inquiet. Il avait aussi senti, dans la dernière caresse qu'il lui avait donnée, un vœu de réconfort. Puis l'humain foncé était parti s'asseoir plus loin, le laissant sur son siège.
Qu'est ce qu'il n'aurait pas donné pour avoir son père avec lui à ce moment. Ou Moony, tiens, c'était vrai, ça ! Pourquoi Moony n'était pas là ? Son humain ne l'avait encore jamais laissé seul quand il était dans un endroit nouveau, qu'il ne connaissait pas, et plus encore quand il y avait des inconnus.
Il eu soudain peur. Il se recroquevilla un peu sur lui même, essayant de se prodiguer de la chaleur, mais il lui manquait vraiment une présence rassurante et, sans qu'il ne puisse s'en empêcher, son corps se mit à trembler. Bravement, il évita les larmes mais ne lâcha pas Ley du regard, qui le lui rendait, d'ailleurs.
Le soudain bruit sourd du marteau qui cogne contre le bois le fit sursauter et à sa suite le silence envahit la salle. Tout le monde le regardait, c'était encore plus intimidant. Puis l'humaine assise sur son promontoire, unique isolé, prit la parole et la séance commença.
L'attente commença alors aussi pour le petit renard.
De temps à autre, il sursautait quand un des humains de l'hémicycle haussait la voix.
Il somnolait, parfois.
Il était perdu, tout le temps.
Il ne comprenait rien de ce qui se jouait sous ses yeux. Les humains s'échangeaient des mots, des phrases, plus ou moins longs, plus ou moins forts. Puis vint le moment où ce fut au tour de Ley de parler et enfin, au vieil humain trop coloré. Ce dernier, comme à chaque fois qu'il le rencontrait, le fit froncer le nez. Il était pourtant, en ce moment, l'un des deux seuls visages qu'il connaissait, mais n'était pas rassurant pour autant.
Il eu une grosse frayeur lorsqu'une créature, pourtant pas très grande, fit irruption dans la salle, se rapprocha de lui rapidement et, avec une dextérité foudroyante, lui prit une goutte de son sang. Elle n'était restée dans la salle que quelques secondes, mais elle marqua Harry plus que tous les autres humains présents. Il resta plusieurs minutes à rêvasser sur cette image qui, après coup, l'intrigua beaucoup.
Alors que Ley, qui avait repris la parole, finit de parler, sur un ordre de la « chef », tous les humains de l'amphithéâtre sortirent dans un brouhaha assourdissant. Aussitôt, il le rejoignit et le reprit dans ses bras. Harry en frissonna de bonheur. Il était mille fois mieux ici que sur cette chaise dure, froide, inconfortable et surtout exposé ainsi au milieu de ces inconnus. Le sorcier noir lui prodigua caresses et murmures réconfortants, le serrant sur son large poitrail. Le renardeau enfouit son museau dans le creux de son coude.
Quelques minutes s'étaient écoulées lorsque tous les humains revinrent s'asseoir à leurs places. Harry retrouva alors la sienne, au centre de l'attention – littéralement.
Cependant, contrairement à ce qu'il avait pensé, un seul des humains prit la parole, semblant s'adresser à la « chef ». D'ailleurs, celui-ci lui répondit rapidement avant de frapper une dernière fois son bureau avec son marteau et tout finit.
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Kingsley ne s'était pas attardé. Si tôt le jugement déclaré bouclé, il attrapa Harry et sortit. De l'autre côté des grands panneaux de bois, il prit Rémus par la main et fonça à travers les couloirs le traînant derrière lui.
- 'Ley ? Qu'est ce qu'il t'arrive ? Qu'est ce qu'il se passe ? Dis-moi ! Ça s'est mal passé ?
Rémus était à bout de nerf mais l'Auror resta silencieux et ne le lâcha pas avant d'arriver aux cheminées. Là, il agrippa son ami, le serrant près de lui avec Harry entre eux pour qu'ils pénètrent tous dans le même âtre et donna sa destination sans tarder.
Ce ne fut que dans le bureau du directeur de Poudlard que Kingsley se permit de souffler.
- Merlin, 'Ley, vas-tu me dire ce qu'il se passe ?
Essoufflé, il posa Harry au sol et répondit, haletant :
- Désolé, je vouais éviter l'émeute qui n'aurait pas manqué de se former si nous avions attendu.
Il y eu un moment de flottement puis Kingsley éclata de rire et prit son ami dans ses bras.
- On a réussi, Rem' ! J'ai la garde officielle du petit, il peut rester ici avec toi !
Rémus resta un instant interdit, ne réalisant pas totalement. Il avait tenté d'occulter le risque que Harry soit envoyé loin de lui tout au long du mois où il en avait eu la garde, ses appréhensions ne revenant que la veille. Et là, enfin, il pouvait être serein.
Immensément soulagé, il laissa quelques larmes s'échapper, l'adrénaline retombant. Ils se rendirent dans les appartements de Rémus, qu'il pourrai donc garder, et l'Auror raconta en chemin, à la demande du loup-garou, comment s'était déroulé la séance.
Il détailla particulièrement quand, comme Rémus l'avait craint, un des membres du Magenmagot avait remis en question l'identité de Harry. Heureusement, ils avaient prévu le coup en se prémunissant d'une bouteille de souvenirs où le renardeau se transformait. Cependant, un autre des membres, qu'il reconnut comme étant un ami des Malfoy, contesta leur véracité en appuyant sur le fait qu'aucune de ces images ne montrait la métamorphose en elle même, seulement les deux stades disjoints. La présidente avait alors du faire appel à un gobelin et sa magie afin de prouver que le sang du renardeau était bien celui de l'héritier Potter.
Dans les couloirs, ils croisèrent Severus qui marchait d'un pas vif dans leur direction.
- Rémus, Kingsley, salua-t-il rapidement. Vous tombez bien. Albus est-il rentré aussi ?
- Je ne sais pas, je ne crois pas, répondit le premier. Nous revenons tout juste du ministère. Nous sommes passés par son bureau et venons de le quitter, il n'était alors toujours pas rentré.
Le second acquiesça pour confirmer, ce à quoi le maître des potions rétorqua :
- Suivez-moi.
Suite à cela, il se pencha pour attraper Harry afin qu'il ne soit pas distancé par leurs futures longues enjambées, puis prit la direction du bureau d'où venaient les deux autres sorciers.
- Severus, est-ce que tu vas bien ? S'inquiéta Rémus. Il s'est passé quelque chose ?
L'interpellé se retourna brièvement et lui jeta un regarde torve.
- Rien, il ne s'est rien passé. Vous venez juste de créer un raz-de-marée, mais sinon tout va bien ! Déclara-t-il, sarcastique.
Sur ce, ils arrivèrent aux pieds de la statues qui gardait le bureau du directeur et Severus donna le mot de passe. Ils montèrent prestement les marches et déboulèrent dans la pièce sans même frapper au préalable. Albus venait, apparemment, de rentrer du ministère.
- Severus, tu m'as l'air contrarié, quelque chose ne va pas ?
Kingsley pouffa tandis que le maître des potions soupirait.
- Vous êtes vous donné le mot pour faire un record d'euphémisme ? N'êtes-vous pas conscients de ce que vous venez de révéler ? Ou jouez-vous encore au vieux fou ?
L'Auror cessa immédiatement de rire et s'étouffa presque avec sa salive. Severus avait toujours eu un franc parlé et une réplique piquante, mais la façon dont il s'adressait au directeur, le laissa scotché.
- Albus, l'information du retour de Harry Potter dans le monde sorcier a déjà fuité !
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