Bonsoir, bonjours ! Un chapitre pas vraiment plus long que d'habitude, mais j'ai eu deux semaines de fou ! J'espère qu'il vous plaira :)
« Réapprentissage » a dépassé les 600 reviews ! Merci ! Merci aux followers aussi qui seront bientôt 400 ! et à tous ceux qui lisent et surtout, qui m'encouragent !
Cette semaine, une pensée à la fillette d'Uttar Pradesh, aux victimes de Stockholm, à celles d'Egypte et toutes les autres du monde entier qui sont momentanément ignorées... :'(
Sur une note plus joyeuse : bonne lecture !
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Chapitre 45
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Rémus surveillait la réaction de son petit voisin. Il n'avait encore jamais fréquenté tant de monde depuis qu'il gardait sa forme humaine la majeure partie du temps. Ce serait donc une nouvelle expérience pour lui.
Tout en observant Harry, son tuteur s'aperçut de l'état des carreaux de ses lunettes. Il grimaça et les retira du petit nez retroussé sur lequel elles étaient juchées.
L'enfant tiqua :
- Moony, je ne vois plus rien ! Se plaignit-il.
Rémus sourit amusé et leva les yeux en l'air. D'un coup de chiffon, il essuya les verres maculés de traces de doigts grasses, les inspecta en regardant à travers et, satisfait, les remit sur la tête du petit.
- Voilà ! Ce devrait être mieux comme ça.
Harry cligna plusieurs fois des yeux et un sourire éclatant s'afficha sur son visage. Effectivement, c'était le jour et la nuit. Ainsi, il put mieux épier la démarche, les expressions et tous les gestes que faisaient les nouveaux arrivants, s'imprégnant de leur gestuelle.
L'enfant était tout de même sacrément intimidé. Il n'avait jamais vu une telle concentration de population autour de lui. La plupart bavardait avec son entourage direct et cela créait un brouhaha impressionnant pour quiconque avait l'habitude d'un silence relatif, tel que lui. Pour l'instant, personne ne l'avait encore remarqué et il redoutait un peu le moment où tous les regards se tourneraient vers lui. Moony l'avait prévenu, il devrait alors garder une attitude « digne » – même s'il n'avait pas complètement saisi le sens de ce mot – et faire son possible pour ne pas s'en préoccuper. Il devait se comporter normalement, bien que ce soit encore une notion floue pour lui. Décidément, le vocabulaire humain était bien complexe.
Finalement, il fallut attendre que Dumbledore se lève pour son « Bon Appétit ! » quotidien pour que certaines têtes ne se tournent vers la table des professeurs qui hébergeait aussi Rémus et Harry à ce repas. Là, les chuchotis prirent rapidement de l'ampleur et de nombreux visages se tournèrent vers eux.
Le loup-garou ne put s'empêcher de rougir, un peu mal à l'aise devant tant d'attention. Harry déglutit en constatant tout l'intérêt qu'on lui prêtait soudainement. Il se tourna vers ses deux tuteurs et voisins. Si le premier semblait conserver une attitude imperturbable, le deuxième n'était clairement pas dans son assiette. En effet, Moony se triturait les mains cachées sous la nappe et passait nerveusement son regard d'un bout à l'autre de la salle.
Constatant que l'enfant à ses côtés le fixait, Rémus se tourna vers lui et lui sourit. Ce qui avait pour but de le rassurer, inquiéta plus encore Harry qui avait bien remarqué que le visage de l'adulte était crispé. De l'autre côté, Severus leva les yeux au ciel et intima aux deux perturbés de se tenir correctement.
- Par l'amour de Merlin, Rémus, fait un effort, Harry se tient mieux que toi, siffla-t-il.
Alors que les plats apparaissaient sur les tables et que les élèves se détournèrent enfin d'eux, le sorcier s'empourpra davantage. Il se morigéna mentalement, souffla un bon coup et se força à se détendre. Quelques regards les épiaient encore, mais c'était beaucoup plus supportable. Ses épaules se relâchèrent et il offrit un véritable sourire à Harry qui le lui rendit, son anxiété se volatilisant en même temps que celle de son tuteur. Tous deux se concentrèrent alors sur les mets qui étaient apparus devant eux.
Harry indiquait les aliments qu'il voulait manger et Rémus le servait dans son assiette. La table des professeurs étant légèrement plus haute que celle des élèves et l'enfant étant un peu plus petit que la moyenne, se servir seul aurait été périlleux pour lui, surtout avec sa maladresse persistante. Il avait beau s'entraîner tous les jours à manier divers objets pour effectuer multiples actions, il conservait toujours cette certaine gaucherie, à son plus grand dam.
Ainsi, Rémus lui coupa aussi sa viande. Les petits objets étaient les plus difficiles à manipuler et ils avaient convenu qu'attirer le moins possible l'attention sur eux pendant le repas, quelle qu'en soit la façon, serait plus judicieux pour l'instant. Donc Harry se laissa servir, même si ça ne lui plaisait pas plus que ça. Il lui semblait être empoté dans ce genre de cas, ce qui avait tendance à l'agacer profondément. Il avait hâte d'être plus autonome, bien que Moony, Ley et Sev soient toujours aux petits soins avec lui de manière agréable.
Alors que le repas était déjà bien entamé, Harry remarqua la manière particulière dont avait un élève de manger sa salade d'accompagnement. Au lieu de la couper avec un couteau ou ses dents, comme le faisait Rémus, il la pliait préalablement puis piquait ses feuilles de sa fourchette en un geste habile et enfournait le tout élégamment dans sa bouche sans que rien ne dépasse. C'était fascinant et il resta plusieurs minutes à l'observer.
Fort de sa découverte, il demanda à son voisin de lui servir un peu de salade. Severus en déposa quelques feuilles sur un coin de son assiette et retourna à son repas. Harry, quant à lui, s'empressa de s'emparer de ses couverts et, avec un air concentré, attaqua sa manœuvre.
En tirant légèrement la langue, il s'appliqua à plier une première fois la grande feuille verte. Ce n'était pas une sinécure. La feuille n'était pas régulière et frisottait quelque peu sur l'un de ses bords, mais il réussit finalement à faire son premier pli. Appuyant de sa fourchette sur la salade, il entama la suite des gestes. Il fallait conserver la position de la feuille, avec ce pli, et en créer un deuxième sans que tout ne se défasse. Avec une feuille de papier il pouvait utiliser ses mains et c'était alors nettement plus simple. Là, il devait se contenter du bout de ses couverts et c'était un exercice peu aisé.
Rémus avait repéré le manège de son petit protégé et en était attendri. Harry mettait tellement de vigueur à l'apprentissage de la vie quotidienne sorcière, s'en était adorable. Il faisait des progrès fulgurants et cela l'étonnait sans cesse. La volonté et l'application de l'enfant l'émouvait toujours autant.
Après le troisième échec, Harry faillit perdre patience, mais Rémus qui le gardait à l'œil apposa tranquillement ses mains sur les siennes et l'accompagna dans ses gestes. Doucement, ils reprirent ensemble toutes les étapes et le petit finit par engloutir sa feuille de salade. Il gloussa devant le mimétisme de Moony qui avait ouvert la bouche en même temps que lui et ce dernier, en réponse à la gentille moquerie, lui ébouriffa les cheveux.
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Le froid s'était bien installé sur l'Écosse en cette mi-décembre. La neige avait commencé à recouvrir les pelouses du parc et la cime des arbres. Harry était emmitouflé dans une cape d'hiver à doublure de fourrure et une écharpe de laine mauve offerte par Kinglsey pour se protéger des courants d'air des couloirs du château. Il avait décidé, comme c'était de plus en plus le cas, de parcourir le chemin qui séparait ses appartements aux cachots – où s'était réfugié Moony pour leur laisser l'espace et l'intimité nécessaire au cours de l'enfant – sous sa forme humaine, se forçant à pratiquer la marche en station debout et de porter des vêtements. Cela le gênait toujours un peu, mais il s'y faisait petit à petit grâce, notamment, aux sorts qu'appliquait Fillius dessus et qui les allégeaient considérablement.
Harry était plongé dans ses pensées. Il sortait justement de l'un de ces cours avec son petit professeur et commençait à apprendre à lire. C'était très compliqué et il devait lutter pour ne pas perdre patience. Son allocution n'était toujours pas excellente. Il butait souvent sur certaines associations de sons et, s'il reconnaissait plutôt facilement les lettres et apprenait rapidement leurs prononciations groupées, il n'arrivait toujours pas à les énoncer de manière fluide et agréable à l'écoute. Sa voix était encore chevrotante, voire bégayante, et ça avait le don de l'exaspérer et le frustrer au plus haut point.
Le pire, selon lui, était que, bien qu'il arrivait finalement à déchiffrer les lettres et mots écrits, il lui fallait toujours les prononcer à voix haute une deuxième ou troisième fois avant de capter le sens global de la phrase. Et il ne parlait pas de ces petits symboles qui parsemaient les textes. Enfin, Fillius et Moony lui avait assuré que c'était normal, pour l'instant, qu'il ait encore beaucoup de mal et, qu'au contraire, il se débrouillait très bien.
Harry renifla à cette pensée. Puis il pouffa. C'était typiquement le genre de réaction qu'avait Severus lorsqu'il était agacé par quelque chose. Un air idiot s'afficha sur son visage à la pensée qu'il ressemblait de plus en plus à ses humains, adoptant leurs mimiques.
C'est le sourire toujours accroché aux lèvres qu'il faillit rentrer dans quelqu'un, au détour d'un couloir. Levant le regard dans celui qu'il avait manqué de percuter, il se retrouva d'un seul coup plié en deux par la douleur émanant de son front.
Le professeur Quirrell ne s'embarrassa pas à tenter de le relever, ni à l'aider d'une quelconque manière. Il resta plutôt là, à le regarder de toute sa hauteur, épiant sa réaction avec une certaine satisfaction malsaine.
Harry tenta plusieurs fois de se redresser, d'affronter ou de fuir l'homme au turban, mais chaque fois qu'il relevait un tant soit peu la tête, celle-ci recevait un nouveau pic de douleur qui le pliait à nouveau. Après trois minutes de ce traitement, il crut que sa tête allait tout simplement tomber et lui avec. Ses genoux ployaient sous le poids de sa souffrance et il se laissa finalement tomber au sol, incapable de garder son équilibre précaire dans cette situation.
Quirinus jubilait, il avait enfin à ses pieds le Survivant, responsable de la déchéance de son maître. Il maintenait son regard rivé dans celui émeraude de son vis à vis, dans l'intention de lui procurer le plus de mal possible, vengeur.
Une quatrième interminable minute s'écoula, plongeant l'enfant dans un supplice intenable, mais , heureusement, deux silhouettes se présentèrent à l'extrémité du couloir où il était effondré. Le professeur s'empressa alors de disparaître, foudroyant sa victime d'un regard rageur et lui glissant, avant de quitter les lieux d'un pas rapide, un dernier avertissement venimeux :
- Je n'en ai pas fini avec toi, Potter !
Les jumeaux Weasley accoururent bruyamment et aidèrent Harry à se remettre debout.
- Est-ce que ça va ?
- Que faisait le professeur Quirrell ?
- Est-ce lui qui t'a mis au sol ?
- Pourquoi ne t'a-t-il pas aidé ?
Le flot de questions n'aida pas Harry à se remettre de sa migraine. Il grimaça légèrement et se tenant la tête et les deux frères, constatant son état, cessèrent de l'interroger.
- Veux-tu que l'on te conduise à Moony ? Demanda l'un des deux frères.
Harry redressa la tête, interloqué que ceux-ci connaissent le surnom de son humain. Les jumeaux lui sourirent, affichant un air identique. Cependant, leurs visages ne l'étaient pas totalement. En y regardant bien, l'un avait un grain de beauté en plus au coin d'un œil, à peine visible car mêlé à la multitude de tâches de rousseurs qui constellait leurs deux visages et l'autre avaient les yeux d'une teinte à peine plus claire que l'autre. Et leurs odeurs n'avaient pas non plus tout à fait la même nuance. C'était peu, mais ça permettait de les différencier.
- Qui êtes-vous ? Demanda le petit brun, méfiant.
- Oh ! Excuse nous …
- Nous sommes les jumeaux Weasley !
- Voici George, dit l'un désignant l'autre.
- Et Fred, fit de même son frère à son tour.
- Tu as le même âge que notre petit frère, Ronald, commenta le dénommé Fred, comme si cet indice allait aider Harry.
Ce ne fut évidemment pas le cas, mais cette présentation lui permit de mettre un nom sur les deux visages. Ainsi, Fred était celui au grain de beauté avec une fragrance plus piquante et George était celui aux yeux plus clairs et au parfum plus sucré.
- Je suis Harry, se présenta timidement l'enfant.
George donna un coup de coude à son frère pour l'empêcher de dire une bêtise du genre « nous savons qui tu es ! » ou « comme si quelqu'un ici l'ignorait ... ». Un regard noir lui répondit, mais l'expression s'effaça dès qu'il se tourna vers le petit brun, affichant de nouveau un beau sourire joyeux. Harry lui répondit, un peu gêné mais étonnamment à l'aise avec les deux inconnus.
Pour ne pas laisser le silence s'installer, Fred s'approcha de lui, un air conspirateur s'inscrivant sur son visage et lui chuchota à l'oreille :
- Nous allions préparer un mauvais tour à Rusard, tu te joins à nous ?
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Rémus était dans le salon de son ami, attendant le retour de Harry qui devait avoir fini son cours avec Fillius depuis presque une demi-heure, maintenant. Il n'avait pas été trop inquiet au début, le professeur avait peut être pu prolonger de quelques minutes leur rencontre afin de finir un exercice, mais après trente minutes de retard, il commençait à se poser des questions et des scénarios se montaient dans son esprit. Lorsque l'un d'eux mit en scène un accident dans les escaliers aux pieds desquels il retrouvait l'enfant baignant dans son sang, il se leva brusquement. Marmonnant un mot à son ami pour le prévenir qu'il quittait son salon, il sortit pour retrouver Harry, il l'espérait fortement, sain et sauf.
Arrivé à mi-chemin, il découvrit son petit protégé plié de rire en compagnie des deux terreurs rousses. Il marqua un arrêt, abasourdi par la scène. Les jumeaux Weasley avaient enchanté toutes les armures du couloir pour qu'elles dansent la gigue. L'un des deux mimait un chef d'orchestre et faisait résonner un air de musique totalement faux et complètement décalé par rapport aux pas de danse.
Un sourire amusé se dessina lentement sur le visage de Rémus. Décidément, ces deux là formaient une paire particulièrement turbulente, mais agréablement rafraîchissante et lui rappelant indéniablement ses jeunes années. Ils étaient la digne relève des Maraudeurs.
Après les avoir observés plusieurs minutes les trois acolytes et fauteurs de trouble, Rémus s'avança à leur rencontre et manifesta sa présence en toussotant doucement.
La paire de jumeaux sursauta et rougit fortement tandis que Harry restait hilare et s'exclama :
- Moony ! T'as vu ? C'est drôle !
Les frères Weasley se tournèrent vers lui, surpris par le courage, ou l'inconscience, qui avait poussé leur nouvel ami à prononcer cette phrase avec tant de liberté.
- J'ai vu, affirma Rémus en tentant de dissimuler son amusement. Messieurs, si vous vouliez bien remettre un peu d'ordre dans ce couloir, je vous en saurais gré.
Fred et Geroge s'activèrent alors à annuler leurs sort et à replacer les armures à leur juste place. Devant le ton employé par l'adulte, Harry s'avança vers lui avec un regard inquiet.
- Ce n'était pas correct ?
Rémus passa une main affectueuse dans les cheveux particulièrement broussailleux de l'enfant et lui expliqua avec douceur que ce n'était pas quelque chose qui se faisait. Cependant, il ne serait pas fâché tant que personne n'était blessé et que le désordre disparaissait après leurs méfaits.
Puis il se tourna vers les deux troisième-année :
- Messieurs, je ne vois pas d'inconvénients à ce que vous fréquentiez mon petit Tinypaw à la seule condition que vous preniez soin de lui. Il ne doit en aucun cas être l'objet de vos farces, ni être un cobaye et ne doit jamais souffrir de vos blagues, que ce soit de vos mains ou de celles de camarades vengeurs. Est-ce clair ?
- Limpide, Moony ! Déclarèrent les deux frères d'une même voix.
Cela fit pouffer Harry qui fut heureux de pouvoir continuer à s'amuser avec ses deux nouveaux amis.
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A dans deux semaines !
