Bonjour, bonsoir ! Bonne année 2019 ! Et une année de plus passée avec vous ! C'est fou comme le temps passe vite (et que j'écris lentement ^^). Merci pour toutes les reviews et les encouragements !

J'espère que cette suite vous plaira !

Sur ce, bonne lecture !

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Chapitre 88

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Drago lui en voulait beaucoup. Il lui avait fait valoir que son amitié avec lui était plus ancienne que celle avec « le rouquin belette » et qu'il aurait dû avoir la priorité. D'après lui, c'était lui qu'il aurait dû suivre dans la forêt interdite. Il aurait même dû être au courant de son plan. D'après lui, toujours, c'était une grave trahison. Donc il lui faisait « la gueule ». C'était les mots qu'il avait employés et Harry n'avait pas compris.

- Moony, Drago m'a dit quelque chose, mais je ne sais pas ce que ça veut dire …

Rémus qui était en train de lire un bon roman, une tasse de thé à la main, se tourna vers lui et, avec un sourire avenant, l'invita à s'asseoir à ses côtés.

- Dis-moi tout.

Harry s'assit confortablement, prit un coussin contre lui et appuya son menton dessus.

- Il a dit quelque chose, il a dit qu'il me faisait « la bouche » … ça veut dire quoi ? Est-ce que c'est une expression ?

Rémus s'était figé et rougit violemment. Avait-il bien compris ? Gêné, il demanda :

- Qu'a-t-il fait ou dit juste avant ?

Il voulait connaître le contexte de telles paroles pour ne pas mal interpréter ce qu'avait dit Drago. Il savait que son pupille pouvait passer à côté d'une signification particulière et comprendre des situations de travers, mais cette histoire de bouche l'inquiétait. Drago et Harry approchaient dangereusement de l'adolescence et il ne se souvenait que trop bien des stupidités dont un garçon était capable à cet âge.

Heureusement, après explications, il s'avéra que sa première hypothèse était la bonne.

- « Faire la gueule », mima-t-il, est une expression qui signifie bouder. On dit aussi faire la tête. Ici, la gueule ne représente pas la bouche, comme chez les animaux, mais le visage. C'est un synonyme argotique, du langage familier, reformula-t-il.

La mine de Harry s'éclaira un instant avant de reprendre une moue contrariée.

- Mais pourquoi il boude, alors ?

Rémus soupira.

- C'est une autre convention humaine. Les hommes mettent beaucoup d'importance dans les concepts tels que la loyauté, l'honneur, l'amitié, etc. Drago a estimé que tu avais, en quelque sorte, trahi son amitié en ne lui parlant pas de quelque chose qui le concernait. Surtout parce que tu l'as fait avec Ron que tu connais depuis peu et moins bien que lui.

Harry, la tête de travers et les sourcils froncés de concentration essayait de saisir ce que lui expliquait Moony.

- Mais Ron est mon ami aussi, comme Drago est mon ami ! Et c'est Ron qui m'a …

Harry rougit soudainement. Il venait encore de faire une gaffe.

- Dis-moi, Harry. Tu as déjà été puni pour ta bêtise, je ne suis plus en colère contre toi. Explique-moi toute ta pensée que je puisse vraiment t'aider. Tu as encore besoin d'apprendre plusieurs choses sur le comportement humain.

Harry baragouina quelques mots, encore honteux de ses actions des jours passés. Moony l'avait effectivement bien puni et il avait dû réfléchir pendant deux jours et exposer la veille pourquoi ce qu'il avait fait était stupide. Après une grande inspiration, il se lança :

- J'ai suivi Ron, car c'est lui qui m'a proposé de le faire. C'est avec lui que je parlais de ça. De toute façon, la plupart du temps, Drago a trop peur de faire quoi que ce soit …

Rémus se retint de dire que son ami avait souvent raison et fit un geste pour que Harry continue. L'enfant avait bien compris les pensées de son tuteur et grimaça avant de reprendre :

- Je ne comprends toujours pas pourquoi Drago m'en veut … Je veux toujours être son ami, ça n'a rien changer entre lui et moi !

Rémus soupira à nouveau.

- Drago, particulièrement parce qu'il a été élevé dans une famille très accrochée aux traditions, pense probablement que tu dois regagner sa confiance. Il se sent trahi parce qu'il es persuadé que tu en as manqué envers lui.

- C'est quoi la confiance pour les humains ? Demanda Harry perdu.

Il savait ce qu'était la confiance en soi, depuis le début de son apprentissage ses tuteurs ne cessaient de lui répéter qu'il devait se faire confiance pour progresser et avoir confiance en eux pour l'aider, parce qu'ils étaient compétents dans leurs domaines. Cependant, ce mot semblait ici avoir une toute autre définition.

Rémus réfléchit un temps. C'était un mot chargé de sens et les concepts qui le composaient n'étaient pas des plus simples à comprendre non plus.

- La confiance, tu peux l'avoir, comme quand tu sais, ou est persuadé, que tu es capable de faire quelque chose. On dit que l'on a confiance en soi. Mais elle peut se donner aussi. On donne sa confiance en des personnes proches, généralement, ou que l'on connaît bien.

Il prit une seconde supplémentaire pour composer une réponse claire que Harry pourrait comprendre.

- Tu as confiance en quelqu'un lorsque tu sais, ou que tu crois qu'il est incapable de te tromper, de te trahir ou que tu sais être capable de faire ce que tu lui confie ou demande.

Il pinça les lèvres, pas très content de sa définition, mais ça avait suffi à Harry pour comprendre que ce mot avait bien la signification qu'il lui donnait. Ce n'était pas le vrai fond du problème.

- Mais je n'ai pas compris ce que voulait dire trahir, ou trahison …

Rémus se laissa tomber au fond du canapé. Il avait fini son thé et avait reposé sa tasse auprès de son livre. Il fit signe à Harry de le rejoindre sous le plaid installé sur ses genoux, ce que l'enfant fit rapidement. Une fois blotti contre le corps chaud de son tuteur, un bras sur son épaule et la tête contre l'épaule solide de Moony, l'homme se lança dans l'explication.

Kingsley les trouva ainsi lors de son retour du Ministère. Le sujet avait dévié plusieurs fois depuis et ils discutaient à présent de l'avenir de Harry. L'Auror se joignit à eux, s'asseyant de l'autre côté de l'enfant après avoir embrassé son amant, puis demanda :

- De quoi parlez-vous, tous les deux ?

Il passa la main dans les cheveux ébouriffés de Harry et sourit lorsqu'il râla.

- Tiny me demandait ce qu'il pourrait faire plus tard. Je lui donnais donc plusieurs pistes possibles, mais je lui disais surtout qu'il avait encore le temps pour se décider.

- Oh oui ! Tu n'as que onze ans, Tiny ! Tu ne connais même pas encore les disciplines enseignées à Poudlard …

- Si ! S'exclama Harry. Moony m'a tout dis sur le sujet ! Rétorqua-t-il. Et de toute façon, Drago et les jumeaux m'avaient déjà dit toutes les matières enseignées de la première à la septième année.

- C'est une chose que d'en connaître le nom, mais s'en est une autre que de la comprendre et de la maîtriser ! Mais, surtout, tant que tu ne l'as pas vécu et expérimenté, même si tu as déjà fait quelques potions et appris quelques sortilèges. Tu as encore le temps de découvrir ce qui te plaît et t'inspire ! Et c'est le principal dans ton futur métier !

Harry le dévorait des yeux et un immense sourire mangeait la moitié de son visage. Il était heureux de l'entendre de Ley aussi.

- C'est exactement ce que je lui ai dit, confia Rémus avec amusement et bonheur.

- C'est que nous sommes sur la même longueur d'onde, répondit Kingley en se penchant pour déposer un baiser sur ses lèvres.

Harry, entre eux, grimaça au geste, avant de ressentir une agréable chaleur dans sa poitrine. Il était simplement heureux de se trouver là, entouré des personnes qu'il aimait tant et qui l'aimaient tout autant en retour.

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Le lendemain matin, Harry était debout le premier. En ce lundi premier juin, ils allaient fêtés l'anniversaire de Kingsley, raison pour laquelle l'Auror avait exceptionnellement travaillé la veille, alors même que c'était un dimanche et qu'ils avaient passé la nuit dans leur cottage.

Harry avait prévu un petit quelque chose qu'il savait être un cadeau idéal. Il avait mis ça au point la veille avec Moony. Il mit en route la cafetière, sortit la vaisselle et dressa un plateau avec plusieurs morceaux de pain couverts de la confiture préférée de ses tuteurs. Il servit aussi un verre de jus d'orange et prépara quelques morceaux de sucre, ainsi que plusieurs fruits.

Harry regarda l'ensemble, il ne manquait plus que le café à verser dans les deux tasses.

- Ah non !

Rapidement, il enfila un gilet et des chaussures et sortit dehors. Il courut jusqu'à atteindre un petit coin d'herbe où poussaient quelques fleurs. Précautionneusement, il en coupa une petite poignée qu'il ramena à l'intérieur. Il versa aussi un peu d'eau dans un grand verre – il n'avait pas trouvé mieux – et y déposa le bouquet. Il réajusta une ou deux tiges un peu trop longues et fut satisfait du résultat.

Maintenant, le plus délicat : monter les escaliers en portant le plateau sans tout faire tomber. Il déplaça les deux tasses pour que les masses soient mieux réparties et souleva le tout pour le sous-peser. C'était lourd, mais ça devrait aller. Il prit une grande inspiration, s'assura de sa bonne prise et s'avança vers les escaliers. Il monta lentement, faisant très attention à ne rien renverser.

Il mit plusieurs minutes à franchir toutes les marches, mais finit par y arriver. En haut, il posa le plateau au sol et, reprenant sa respiration, il fit jouer ses doigts en les pliants et dépliants doucement. Puis, il ouvrit la porte de la chambre de ses tuteurs silencieusement, reprit le plateau en main et progressa à l'intérieur.

Rémus était déjà assis dans le lit et s'était appliqué à réveiller son amant de la plus douce des façons, en embrassant d'abord ses paupières closes, puis ses joues, son nez, son front, son menton et, enfin, sa bouche, insistant particulièrement sur ce dernier point. Kingsley sourit dans les brumes de son sommeil, avant de bailler et de papillonner des yeux. Rémus alluma alors leurs lampes de chevet, tandis que Harry s'approchait avec son plateau.

- Bon anniversaire, murmura le loup-garou aux oreilles de son amoureux.

- Bon anniversaire ! S'exclama joyeusement l'enfant, attirant l'attention de Kingsley.

- Oh ! Un petit déjeuner au lit, c'est formidable ! Commenta l'Auror en se redressant sur le lit.

Avisant les fleurs, il sut que cette initiative était de Rémus. Harry n'aurait pas su pourquoi le faire. Il se tourna alors vers son compagnon et l'embrassa.

- Merci amour, murmura-t-il sur ses lèvres. Et merci à toi d'avoir préparé tout ça, Tiny. Tu es un ange !

Harry sourit de toutes ses dents après avoir déposé le plateau sur leurs genoux.

- Viens là, mon cœur, lui intima Rémus en tapotant la place entre Kingsley et lui.

L'enfant ne se fit pas prier et se faufila entre ses deux tuteurs, se glissa sous les couvertures et se lova contre eux.

- Il manque ton chocolat, Tiny, fit remarquer Kingsley.

- Parce que je n'avais plus de place ! Lui répondit Harry. Mais ce n'est pas grave, je mangerai les fruits !

Ainsi, chacun dégusta son petit déjeuner, discutant avec plaisir. Tous les trois adoraient ces moments-là. Kingsley travaillait beaucoup et il était rare qu'il prenne des jours de repos. Pas qu'il ne pouvait pas, les Aurors étaient suffisamment nombreux pour que tous puissent prendre des journées congé, mais il adorait vraiment son travail et avouait que lorsqu'il était en vacances – ce qu'il faisait tout de même de temps en temps, les Aurors étaient tenus de prendre des jours de repos régulièrement pour leur santé – il lui arrivait de se sentir coupable ou de s'ennuyer.

C'était moins vrai depuis qu'il vivait avec Rémus et Harry, tous deux le comblaient parfaitement. Il était impossible de s'ennuyer avec eux toute la journée et il adorait passer du temps en leur compagnie.

Auparavant, chaque jour de congé supplémentaire le rendait fou. Bien sûr, les week-ends étaient savourés. Il pouvait alors se permettre de traîner un peu au lit, de faire un effort pour cuisiner quelque chose de vraiment bon, voire de lire un livre. Mais rapidement, il tournait en rond et ses affaires occupaient continuellement son esprit.

Rémus aussi s'ennuyait beaucoup avant l'arrivée de Harry dans sa vie. Il était un rayon de soleil dans son quotidien. Il n'imaginait pas comment vivre sans lui, à présent. Il était toujours très inquiet quant à son futur et du probable retour de Voldemort. Il se faisait un sang d'encre et les dernières frasques de l'enfant n'avaient rien arrangé.

Harry, quant à lui, avait déjà vécu une heureuse vie de famille avec Fox et Lun qui avaient pris soin de lui. Il avait eu de nombreux frères et sœurs, mais il n'avait pas eu le temps de tous les connaître. À peine étaient-ils nés qu'ils s'en allaient déjà du terrier, formant leur propre famille. Il était resté avec son père plus longtemps. Une fois sa mère décédée, il n'avait plus eu de grande fratrie, il était resté seul avec son père. C'est à partir de ce moment qu'ils avaient créé un lien particulier et indéfectible.

Il n'était pas naturel pour un renard de vivre aussi longtemps sous sa forme de renardeau. Ils étaient des animaux qui avaient une croissance rapide, au bout d'un an il quittait le cocon familial, normalement. Harry était resté sept ans avec son père qui avait lui-même eu une longévité de vie exceptionnelle. C'étaient ces deux rapports d'exceptions qui avaient permis cette relation si particulière.

Cependant, ce qu'il vivait à présent avec Moony et Ley était encore différent, beaucoup plus fort. Harry avait aimé son père de tout son petit cœur. Fox lui avait apporté affection, sécurité, il avait répondu à ses besoins vitaux, mais avait aussi assouvi sa curiosité toujours croissante et avait été à l'écoute de ses moindres doutes.

Mais ce qu'il développait avec ses deux tuteurs actuels étaient autrement plus fort et plus grand. Il n'avait jamais tant appris que depuis qu'il vivait avec eux. Tous les jours, il apprenait et comprenait de nouvelles choses. Tous les jours, il se rapprochait de Moony et Ley et en apprenait plus sur eux, leur passé, leurs pensées. Les êtres humains étaient tellement complexes ! Au début, ça lui avait donné le tournis. Aujourd'hui, il était chaque jour un peu plus curieux. Et il aimait ses tuteurs immensément.

Harry regarda tour à tour les deux hommes qui discutaient sans s'être aperçu qu'il ne suivait plus la conversation. Leurs deux visages rayonnaient. Il les avait rarement vu aussi détendus. Leurs joues légèrement rougies de bonheur, leurs yeux qui pétillaient d'affection et leurs sourires … Ils faisaient trois fois le tour de leur visage et dépeignaient tout ce qu'ils pouvaient ressentir : amour, joie, sérénité.

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Merci pour votre lecture, j'espère que ça vous a plu, j'attends vos retours !

À bientôt !