Disclaimer : Au sein de cette histoire, je manipule les personnages et l'univers de Marvel qui appartiennent à qui de droit.
Rated : M, violences, souffrances, thèmes durs
Note : Allez, on retourne un peu voir Steve dans ce chapitre. J'ai encore pleins de choses à mettre en place !
Chapitre 6
- Bucky, ne bouges pas.
Bucky leva le regard, doucement, lentement même, vers Steve, puis le dévia, tout aussi lentement, vers l'autre homme. Il l'avait identifié. C'était Iron Man, celui qui lui avait arraché le bras. Le fait qu'il ne soit pas dans son armure changeait-il vraiment quelque chose ? Il se tendit plus perceptiblement encore et Steve répéta :
- Ne bouges pas.
Bucky envisagea une seconde d'attraper le plateau de métal près de lui pour l'envoyer dans la tête de celui qui l'avait mutilé. Aurait-il le temps de lui tordre le cou avant que Steve n'intervienne ? Se battre contre les deux n'était pas prudent. Vu la tension musculaire de cet homme, il n'aurait sans doute pas le temps. Il était tendu, légèrement penché vers l'avant, prêt à intervenir dans la seconde.
- Allez j'y vais !, annonça Tony.
Steve se fit la réflexion qu'il avait l'air vaguement hésitant et ça l'inquiéta davantage. Ils étaient venus à sa demande. Sur le chemin, Steve avait décidé d'aller chercher Wanda qui avec son pouvoir pourrait immobiliser Bucky sans le blesser pour autant. Puis tous les trois étaient allés dans l'atelier de l'ingénieur et Steve avait donné des ordres. Il avait l'impression de ne faire plus que ça depuis quelques temps. Il était devenu l'homme qui donne des ordres. C'était désagréable … mais ainsi, Bucky était à peu près gérable.
Devant lui, Tony posa une membrane fine sur le moignon de métal de son ami. A peine cela fut-il fait que Bucky tenta de l'arracher. La membrane ne bougea pas et le regard de Bucky devient fou.
- Bucky !, interpella Steve.
L'homme tourna lentement la tête vers lui et l'observa avec ses yeux de tueur psychopathe. Wanda l'avait déjà cloué sur place, sans quoi il aurait sans doute tenté de leur sauter dessus. La jeune femme s'approcha et demanda au Captain et à Iron Man de quitter l'atelier quelques minutes. Elle voulait lui parler.
Faire sortir Tony de son propre atelier était toujours délicat mais c'était Wanda et la culpabilité … Tony acceptait les demandes innocentes. Tony acceptait les demandes pénibles. Tony acceptait beaucoup de choses tout en prenant à cœur sa sécurité : il resterait à la porte, qu'elle crie en cas de problème.
Wanda détestait l'atelier. Elle n'aimait vraiment pas l'idée même que Stark les ait fait venir ici pour soigner Bucky et son bras. Tout mécanisé soit-il il restait un être humain, un être vivant et elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver que l'infirmerie aurait été plus adapté pour faire passer le bon message au soldat de l'hiver …
Elle ne savait pas exactement ce qui avait provoqué le dérapage, mais elle le voyait bien. Elle avait lancé son pouvoir pour le bloquer sur place en immobilisant ses jambes. Sans ça, il aurait sauté sur Stark. A quelques millièmes de secondes près, l'accident aurait eu lieu. Cette simple prise l'avait retenu d'agir.
- Est-ce que ça fait mal ?, demanda-t-elle.
Il leva un regard perdu vers elle, comme si sa question était tellement étrange qu'elle en devenait déboussolante. Elle lui montra son bras avec cette membrane à moitié transparente enroulée finement autour. Elle l'observa détourner le regard, réfléchir, revenir à elle presque surpris qu'elle soit encore là, … Il semblait déraper en permanence dans sa tête.
- Ton bras était dangereux dans cet état.
Il leva un sourcil sarcastique et elle ne put s'empêcher de sourire. Effectivement, il n'était pas plus dangereux qu'en temps normal quand il était entier et qu'il l'utilisait pour tuer. Il l'était même beaucoup moins, à moitié arraché et pleins de court-circuit.
- Et si tu m'expliquais ce qui te met en colère ?
Il ne répondit pas mais sembla se détendre soudainement alors, avec prudence, elle relâcha doucement sa prise sur lui et peu à peu l'observa se calmer totalement. Il regarda un moment la membrane qui couvrait son bras. Elle devait être adhésive ou quelque chose comme ça car il ne parvenait pas à la soulever malgré de nombreux essais.
Bucky avait envie d'hurler de rage mais il soufflait doucement pour se calmer. La fille semblait avoir peur de lui sinon et les bribes de conscience qu'il parvenait à avoir par instant n'aimait vraiment pas ça. Faire peur aux filles, ce n'était pas bien. C'était une pensée étrange dans sa tête, une pensée qui aurait pu appartenir à un autre. C'était peut-être même le cas. Une pensée de Bucky, ça n'arrivait pas si souvent que ça. Malheureusement, les sensations du métal refroidissant, terriblement lourd et immobile étaient horribles. Ce n'était pas des sensations qu'il connaissait. Il connaissait les pincements, les brulures, les douleurs, la chaleur insupportable, … Il connaissait aussi la mobilité et la souplesse qui accompagnait tout ça. Alors il voulait arracher ce qu'on lui avait imposé. En attendant, il se sentait de nouveau amputé et avait envie d'hurler de rage à cette idée. On ne pouvait pas continuellement l'amputer du même bras. C'était ridicule ! Affligeant ! Terrifiant aussi …
- Explique-moi ce qui ne va pas. Je pourrais peut-être t'aider tu sais.
Il leva les yeux vers elle. Elle s'était rapprochée mais restait à une bonne distance de sécurité malgré tout et au bout de ses doigts, des éclats rougeoyant dansaient en quasi permanence. Il hésita, mais parvient à rester concentrer sur elle. Elle ne ressemblait pas aux femmes dont il se souvenait. Elle était différente. Ses cheveux. Ses habits. La manière dont elle le regardait. Etrangement, ça avait tendance à lui permettre de s'ancrer dans la réalité. Dans le présent.
Doucement, comme s'il n'avait plus l'habitude et peut-être était-ce réellement le cas d'ailleurs, il prononça :
- Je ne sens plus mon bras.
Il hésita, est-ce que ça suffisait pour qu'elle comprenne ? Est-ce qu'il fallait dire d'autres choses ? Il ne savait pas. Il la regarda, elle et ses lèvres pincées. Sa propre gorge le brulait un peu, comme s'il lui avait arraché beaucoup trop de mots en une seule fois. Elle sembla comprendre et compléta :
- Tu ne peux plus le bouger ?
Il fit doucement non de la tête, incapable d'aller plus loin dans cette énorme tentative de communication. Elle acquiesça et lui proposa de faire revenir Stark pour voir ce qu'il pouvait faire pour changer ça. Elle proposait de l'aider. Elle avait déjà fait ce genre de chose mais c'était la première fois que l'aide était « matérielle » et « immédiate ».
Elle appela Stark et il revient dans la pièce. Ce coup-ci, il n'eut pas besoin de cette prise rouge étrange sur son corps pour rester immobile.
- Son bras ne bouge plus.
Stark leva un sourcil circonspect puis il haussa les épaules, comme pour dire que ça ne changeait pas grand-chose. Après tout, ce n'était qu'un moignon ! Ce n'est pas comme si il pouvait l'utiliser pour faire quoique ce soit.
- Est-ce que ce serait possible de lui rendre sa mobilité ?
Tony détourna le regard et serra les dents. Il y avait des choses qu'il ne voulait pas dire. Des choses dont il ne voulait pas parler. Il ne voulait pas dire devant Steve que son cher Bucky avait en permanence mal à cause de son bras de métal. Il ne voulait pas parler des brulures, des chocs électriques sur sa peau à lui, dans ses chairs. En faites, il ne voulait même pas y penser ! Il ne voulait pas dire devant le soldat de l'hiver qu'il était en train de travailler sur un tout nouveau bras, car même s'il le faisait, il n'avait pas encore décider s'il allait réellement le lui monter ou pas. Il ne voulait pas dire devant Wanda que si c'était pour se plaindre d'une absence de douleur autant que ce boulet se taise … même si ça, ça lui brulait les lèvres. Alors pour la première fois depuis longtemps, il hésita avant de parler. Il répondit pour la forme, à demi-mot, comme s'il cherchait à temporiser.
- Ok, je vais travailler sur une autre solution. Ce sera juste temporaire., tenta-t-il.
Wanda hocha de la tête tout en observant Bucky à la recherche d'une réaction sur son visage mais il n'avait déjà plus l'air d'être avec eux. Il bougeait sur commande. Se levait. S'asseyait. Se déplaçait. Rien de plus.
Après avoir ré-enfermé Bucky dans leur appartement, puisqu'il n'y avait pas d'autres termes, Steve était retourné voir Wanda. Il lui avait demandé si Bucky avait vraiment parlé et quand elle avait dit « oui », il s'était senti trahi. Bucky préférait parler à une inconnue, même pour expliquer un problème, qu'à lui. C'était une sensation horrible. Une part de lui-même lui rappelait sèchement qu'il l'avait laissé tomber, littéralement, et abandonné à l'ennemi. Pourquoi Bucky lui aurait-il fait confiance au juste ?
Elle avait tenté de le rassurer, en vain et il était reparti amer. Ce soir-là, après un repas des plus pénibles, Steve se sentait épuisé. Depuis que la membre avait été posé, Steve respirait un peu mieux. Une cause d'accident en moins, c'était une très bonne nouvelle. Mais ça semblait énerver Bucky. Il était brusque. Comme à fleur de peau d'une façon nouvelle. Comme prêt à exploser. Alors finalement ça avait été encore pire pour Steve …
C'est peut-être pour ça qu'il avait envie de saisir Bucky par les épaules pour le secouer comme un prunier en lui hurlant au visage qu'il devait lui parler à lui aussi ! Il devait oser ! Il devait être capable de lui dire quand ça n'allait pas, ce qui n'allait pas, pour qu'ils puissent avancer ensemble ! Presque décider à le faire vraiment, malgré le risque de déclencher une réaction violente, Steve s'était approché mais Bucky avait levé le visage vers lui. Un visage neutre au regard de tueur et ça avait frappé Steve. Comme un coup de poing dans le ventre. Ce n'était pas Bucky. Ce n'était même pas un petit peu Bucky. Le mec qui était face à lui n'avait rien à voir avec Bucky.
Bucky était le gars fort qui arrivait comme un sauveur dans une ruelle sombre où il se faisait casser la gueule et qui riait de lui après avoir chassé son assaillant. Bucky était le gars qui souriait pour lui donner envie de sourire. Bucky était le gars qui faisait des acrobaties pour impressionner une jolie fille. Bucky était le gars insouciant et heureux. Bucky était le gars courageux et loyal. Bucky … était mort. Bucky était mort. Il avait là, au bout de ses doigts, tellement proche et pourtant trop loin. Un bruit de métal qui se brise et déjà, Bucky tombait. Bucky était ce gars qui hurlait dans ses cauchemars alors que sa chute était mortelle. Bucky, c'était ce gars au nom gravé dans une liste de héros aussi décédé qu'oublié. Bucky c'était ce visage imprimé sur des pancartes dans des musées à la gloire de Captain American. Et Bucky était mort.
Bucky était mort. C'était comme un coup de poignard, qui revenait sans cesse dans ses entrailles, mais Bucky était toujours mort. Ce type assit là à le regarder froidement, c'était pas lui et ce ne serait plus jamais lui. Il ne retrouverait pas son ami, car son ami était mort. Il était mort parce qu'il l'avait laissé tomber. Steve courut jusqu'à la salle de bain et vomit dans les toilettes.
Bucky était mort. Il l'avait pleuré. Il avait continué pour lui. Bucky était encore mort. Le corps qui était là, dans la pièce d'à côté, ce n'était pas Bucky mais personne d'autre ne serait plus Bucky que lui. Il vomit de nouveau. Il ne voulait plus voir ce regard froid et dire Bucky comme s'il pouvait le reconnaitre. Comme si lui et ses yeux de tueurs ressemblaient à son ami. Comme si le sang sur ses mains ne changeait rien. Il eut même envie de mettre son poing dans la tête de cet usurpateur en repensant au fait qu'il revendiquait lui-même ce titre. Bucky. Il n'aurait pas dû avoir le droit.
Steve se sentit injuste et dégoutant. Il se rassura en se disant qu'il avait vraiment besoin de dormir et se rinça la bouche. Il fallait simplement qu'il se repose. Normalement, il allait chercher Bucky, lui ordonnait de dormir en le conduisant jusqu'à son lit. Mais il était trop épuisé mentalement par cette situation impossible, il alla directement à son propre lit et s'effondra dessus.
Dans l'autre pièce, Bucky glissa les doigts sur la membrane. Elle était douce. Vaguement tiède. Sans aspérité et elle paraissait vaguement moelleuse, très différente de la texture habituelle de son bras : froid et dur. A un seul endroit, sur la face intérieure de son moignon, il sentait une légère variation. C'est là qu'elle débutait et qu'elle finissait. C'était par là qu'il pourrait peut-être l'arracher. La sensation de cette membrane sur lui était terriblement étrange. Ça lui faisait peur. Il y passa les doigts et tenta de tirer. Encore et encore.
Quand Steve se leva, il retrouva le soldat de l'hiver, assit dans le salon, les doigts en sang et tentant toujours de retirer la membrane. Son sang ne fit qu'un tour et il cria :
- Stop, soldat !
Bucky se figea, puis baissa lentement sa main blessée tout en se raidissant. Aussitôt Steve sut qu'il avait fait une erreur, mais il était déjà trop tard. La posture de celui qui avait été son ami resta dure. Il attendait un ordre. Il ne semblait absolument plus perdu. Tout en lui paraissait dur. Il était prêt. Et là, Steve vit tout ce qui avait encore été Bucky, il y une minute. Tout ce qu'il venait de perdre, faute de l'avoir vu avant.
- Bucky ? Je suis désolé. Je n'aurais pas dû réagir comme ça. Tu n'as pas dormi ? … Bucky ? Bucky s'il-t-plait ? … Bucky ? …
Le Soldat ne cilla pas. Il attendait les ordres. Froidement. Alors dans un murmure qui traduisait son impuissance, Steve demanda :
- Est-ce que tu veux que j'aille chercher Wanda ?
Note de fin : Ce n'est vraiment pas facile pour Steve dans ce chapitre …
