Winterfell, 265 AC

La neige est tombée en abondance cette nuit, et les enfants Stark se réveillent à l'aube, bien avant leurs parents. Brandon s'habille aussi bien qu'il le peut, du haut de ses trois ans, sans réveiller les domestiques. Sur la pointe des pieds, il quitte sa chambre, rejoignant celle de son frère et de sa sœur silencieusement. Les jumeaux sont endormis dans le même lit, comme à leur habitude : à la fois fusionnels et en perpétuelle compétition, leur relation semble bien étrange à bon nombre de gens, leurs parents inclus. Le jeune garçon fronce les sourcils en les découvrant ainsi, et marche jusqu'au lit, secouant Ned par l'épaule :

« Réveille-toi » chuchote-t-il. « Ned ! Debout ! »

Le petit frère ouvre lentement les yeux et grogne en regardant Brandon :

« Il est trop tôt… »

Il se tourne vers sa sœur, et Brandon la réveille à son tour.

« Il a neigé, venez ! » insiste-t-il.

Serena se redresse aussi brusquement que si elle avait été tirée du lit et saute sur les dalles froides de la chambre. Brandon rit et l'aide à s'habiller et ils partent en courant dans la cour de leur château. La neige a recouvert le sol, et les toits ne sont plus gris de leurs ardoises, mais blancs immaculé. Dans l'écurie, les chevaux soufflent de la fumée, et le château est totalement silencieux, comme figé dans le givre. Serena crie de joie, et se penche dans la neige pour former une boule entre ses mains, avant de l'envoyer en direction de Brandon. Son frère pousse un hurlement quand la neige atterrit au creux de sa nuque, et bombarde sa petite sœur de neige. Serena capitule rapidement devant la force de son frère, déjà impressionnante malgré son jeune âge, et éclate de rire à chaque fois qu'une boule de neige la touche. Ned fait son apparition sous le porche, et les regarde un moment avant de se précipiter en hurlant sur Brandon. Il essaye de le faire tomber dans la neige, mais Brandon est bien trop fort, il ne bouge même pas, et rit en regardant son petit frère.

« Serena, aide-moi ! » Ned crie et sa sœur se relève rapidement pour venir à sa rescousse. Ned agrippe la jambe droite, Serena la gauche, et ils renversent leur grand frère, qui tombe à son tour dans la neige en riant.

Lady Stark est réveillée par les éclats de rire qui résonnent dans la cour du château, plus habituée à entendre les bruits des épées. Elle se redresse dans son lit, jette un œil à Rickard, toujours endormi à ses côtés, et attrape son manteau, l'enroule autour de ses épaules et quitte la chambre endormie sur la pointe des pieds. Elle traverse la tour, jusqu'au ponceau, et appuie ses avant-bras sur la barrière en bois, un sourire se dessinant sur son visage alors qu'elle admire ses jeunes enfants, jouant dans la neige tels des louveteaux excités par le froid. Elle frissonne légèrement devant le spectacle : ses enfants sont du Nord, c'est indéniable. Rickard et elle sont cousins, mais elle sait que son mari a d'autres desseins pour leurs enfants. Son regard s'attarde sur les jumeaux : Brandon sera le seigneur de Winterfell, mais Ned, qui épousera-t-il ? Certainement pas la fille d'un de leurs vassaux. Il sera envoyé comme pupille à un grand seigneur, et quand il reviendra, Lyarra ne reconnaîtra plus son fils. Et Serena, son sort est déjà scellé, c'est certain : elle épousera un Seigneur du Sud et sera arrachée à sa mère dès qu'elle aura saigné pour la première fois. Lyarra voudrait profiter de l'enfance de ses enfants, mais elle sait le destin qui est celui des nobles du royaume. Elle soupire légèrement. Peut-être seront-ils heureux, après tout. Sa main s'égare sur son ventre alors qu'une violente crampe la fait frémir à nouveau : elle aimerait tant donner à Rickard d'autres enfants, d'autres fils, mais son corps s'obstine à lui refuser ce désir. Trois, ce n'est pas assez : les enfants du Nord ont le loup géant pour emblème, et ce n'est pas un hasard. Les familles Stark sont comme des meutes, et plus la meute est grande, mieux c'est : le nombre est protecteur.

« Mère est là ! » Brandon crie soudainement, alors qu'il essaye de se défaire de l'étreinte des jumeaux et Eddard lance une boule de neige à la figure de sa mère. Elle hurle de surprise et ramasse la neige sur la balustrade pour riposter quand Eddard, qui avait déjà amassé une autre boule, se figer brutalement, et laisser la neige retomber sur le sol. Lyarra, tout sourire, ne comprend pas et se tourne : Rickard l'a rejoint, son manteau de fourrure sur son dos, l'air grave et sérieux, comme à son habitude. Les rires se taisent, et Ned tremble de peur, certain que son père l'a vu lancer la neige sur sa mère. Le sourire de Lyarra s'efface aussi, et se forme à la place un sourire en coin. Rickard ouvre la bouche pour réprimander son cadet, quand ses yeux s'agrandissent sous la douleur et la surprise. Il tourne la tête vers sa femme, qui éclate de rire en le regardant, et il crache la neige hors de sa bouche. Rickard attrape le bras de Lyarra , une grosse poignée de neige, et la glisse dans son dos, sous sa robe. Elle éclate de rire malgré le froid glacial, et les enfants se regardent, poussent des soupirs de soulagement et reprennent leur bagarre. C'est un curieux spectacle que découvrent les serviteurs qui démarrent leurs journées, mais tout le monde se calme bien vite, et rentre au château. Il est une chose de jouer avec ses enfants, il en est une autre de se montrer « faible » devant ses serviteurs. Brandon, Ned et Serena, frigorifiés, sont amenés dans les salles de bain pour se glisser dans un bon bain chaud. Le bain s'arrête quand ils commencent à s'éclabousser, et les servantes les habillent chaudement. Bientôt, leur éducation les séparera : Ned et Brandon apprendront l'art de l'épée, et Serena la couture et le crochet. Lyarra passera de longues soirées à brosser les cheveux sombres de sa fille, quand les garçons compareront la taille et la dureté de leurs muscles. Peut-être se retrouveront-ils pour faire des ballades à cheval mais ils n'auront que peu de temps : bientôt, les garçons partiront pour devenir pupilles, et Serena se retrouvera seule, à moins qu'un frère ou une sœur lui soit donné. Mais, pour l'instant, ils restent des enfants, qui, une fois leur petit-déjeuner avalé, iront à nouveau jouer dans la neige.