Winterfell, 272 AC

« Lyanna, attends ! »

C'est inutile. Serena monte à cheval, et Lyanna passe juste à côté d'elle comme une tornade, son propre poney au grand galop. Serena crie de peur à l'idée de voir sa soeur tomber et se blesser, voire pire. Elle donne un coup de talon à son poney, mais ne peut la rattraper. Au contraire, Lyanna regarde par-dessus son épaule et, dès que Serena se rapproche d'elle, elle éperonne son poney plus violemment. Serena ne peut s'empêcher de lever les yeux au ciel, et se contente de la suivre. Elle admire le talent de sa sœur : Lyanna n'a que cinq ans, mais est une meilleure cavalière que bien des gens au château. Bien meilleure que Serena, qui préfère passer des heures à panser les chevaux, à les câliner, qu'à les monter. Elle retrouve Lyanna allongée dans l'herbe, au pied d'un arbre.

« Vous n'êtes guère prudentes, Mesdames », Rodrik Cassel, qui les accompagne, leur dit alors que Serena rejoint sa sœur et s'assoit hors d'haleine à ses côtés.

« Ce n'est pas ma faute », proteste Serena.

« Vous êtes son aînée, madame. Lady Lyanna, vous devez obéir à votre sœur. »

Lyanna acquiesce distraitement et se relève :

« Puis-je avoir votre épée, Ser Rodrick ? »

Ser Rodrik lui lance un regard outré :

« Certainement pas, Madame. Vous pourriez vous blesser. »

Lyanna lui lance un regard suppliant :

« Je veux juste regarder. J'adore les épées. »

Rodrik jette un œil à Serena, qui a sorti un livre de sa selle et commence à lire, sa main libre jouant avec les brins d'herbe à ses côtés.

« Lady Serena, dois-je le l'y autoriser ? » demande-t-il.

« Faites, Ser Rodrik. Faites » Serena fait un geste de la main agacé, totalement plongé dans son livre.

Rodrik soupire légèrement et dégaine son épée lentement, avant de plonger la lame dans le sol humide. Lyanna s'avance et ne peut détacher ses yeux de la lame et de son pommeau, élégamment sculpté.

« C'est magnifique » murmure-t-elle.

Depuis que Brandon et Ned sont partis, c'est Stannis qu'elle regarde s'entraîner avec Ser Rodrik. Elle le fixe des yeux, apprend ses mouvements par cœur et, quand elle est seule, elle l'imite, le plus souvent avec un bout de bois, mais parfois sans rien, juste en serrant ses doigts sur le pommeau d'une épée imaginaire. Elle s'imagine faire un duel contre Stannis, ou contre Ned quand il viendra leur rendre visite des Eyries. Mais rien n'y fait : son père refuse catégoriquement, arguant qu'une fille ne peut décemment pas porter une épée, ce privilège étant réservé aux hommes. Elle soupire légèrement en regardant Ser Rodrik : elle aurait tellement aimée naître garçon, pouvoir faire ce qui lui plaît, se battre, monter à cheval, régner sur un château, guerroyer et gagner des batailles. Elle sait quel est son destin : se marier, avoir des enfants qui ne porteront même pas son nom. Son regard se pose à présent sur sa sœur Serena, si belle, mais si froide, si malheureuse. Elles se ressemblent finalement, toutes les deux ne se sentant pas à leur place dans cette maison. Elle va s'asseoir à côté d'elle :

« Que lis-tu Serena ? »

« Un livre que tu n'aimerais pas. Un conte de fées » répond sa sœur sans même lever les yeux de son livre.

« N'aimerais-tu pas être un garçon parfois ? » demanda Lyanna, provoquant un soupir de la part de Serena.

« Peut-être père m'aimerait-t-il plus, n'est-ce pas ? » Elle ne peut cacher le sarcasme dans sa voix.

« Ce… Ce n'est pas ce que je voulais dire… » Liana hoquette.

Serena prend la main de sa sœur et la serre gentiment :

« Je sais, chère sœur. Je sais. Tu sais, être un garçon n'a pas que des avantages. Tu risque de mourir lors d'une bataille, tu dois apprendre le maniement de l'épée et t'entraîner, qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente. Et si tu n'as pas de fils lorsque tu deviens adulte, tout le monde se moque de toi. Non, je suis heureuse d'être une fille. J'aimerais juste que… Père soit aussi heureux que moi. » Liana laisse sa tête s'appuyer sur l'épaule de sa sœur :

« Qui épouserons-nous, tu crois ? » demande-t-elle innocemment.

« Des seigneurs du Sud probablement. C'est ce que veut Père. » Je ne peux pas quitter Winterfell » Lyanna soupire tristement.

« Malheureusement, tu le devras. Les garçons seront les seuls à rester ici avec leurs épouses. À moins que Père ne les envoie dans des places fortes. » Lyanna soupire à nouveau et Ser Rodrik marche vers elles :

« Mesdames, nous devrions rentrer. La nuit va bientôt tomber. » « Très bien, Ser Rodrik », Serena acquiesce et se lève, ramassant quelques fleurs. Remarquant le regard interrogatif de Ser Rodrik, elle murmure :

« Pour Mère. »

« Belles pensées, mon enfant », dit le chevalier en souriant légèrement.

Ils rentrent au château à cheval, et Serena part avec Lyanna sur la tombe de leur mère. Elle y dépose les fleurs, murmure une prière et nettoie la tombe, enlevant les feuilles tombées sur le marbre blanc. Lyarra n'est pas enterrée dans la crypte, celle-ci étant réservée aux seigneurs et anciens rois du Nord. Rickard y reposera quand il mourra. Serena dépose un léger baiser sur la pierre froide et s'éloigne pour rentrer au chaud, tenant toujours fermement la main de Lyanna.