Winterfell, 278 AC

Serena éperonne son cheval aussi fort qu'elle le peut, et devance, pour la première fois de sa vie, sa soeur Lyanna, galopant à ses trousses. Le cœur battant, son sourire s'élargit à chaque pas qui la rapproche du château. Stannis est parti plusieurs semaines chez lui: plus il vieillit, plus il passe du temps avec ses parents à Accalmie, ou avec Lord Rickard à parcourir le Nord et à rendre visite à des familles alliées. Bref, les moments entre lui et Serena sont rares, mais aujourd'hui, Serena sait qu'il rentre à Winterfell. Lyanna a absolument voulu faire une ballade à cheval, et Serena y a consenti, mais à présent, elle ne veut plus que voir son ami. En entrant au grand galop dans la cour, elle voit un serviteur rentrer le cheval de Stannis dans son box. Elle met pied à terre rapidement et se précipite à l'intérieur. Une main s'abat sur son poignet et la retient brutalement: elle crie de douleur et lève les yeux. Son père se tient devant elle, un air bouleversé sur son visage.

"Vas-tu voir Stannis?" Demande-t-il.

Serena acquiesce et hoquette en sentant son étreinte se resserrer.

"Père, qu'y a-t-il?" demande-t-elle effrayée par son comportement.

"Ses parents... Lord Steffon et Lady Cassana... ils... ils ont fait naufrage Serena... Stannis et Robert les ont vu... juste devant le château..."

Il balbutie, tant et si bien que Serena a besoin de quelques secondes pour comprendre ce qui se passe. Elle se dégage dans un mouvement brusque et s'enfuit jusque dans la chambre de Stannis. Elle s'arrête devant la porte en bois, et colle son oreille à la paroi: Stannis est là, elle peut l'entendre. Elle toque légèrement et entre sans même attendre sa réponse, refermant la porte derrière elle.

Stannis est sur le lit, des dizaines de lettres éparpillées autour de lui. Les épaules tombantes, Serena ne peut s'empêcher de remarquer qu'elles sont aussi agitées de soubresauts. Elle sent les larmes lui monter aux yeux et mord sa lèvre violemment pour ne pas pleurer. La jeune fille rejoint son ami, et s'assoit à ses côtés, sans un mot. Stannis ne la regarde pas, son visage caché au creux de ses bras, sa main tenant une des lettres, et des larmes qui, en tombant, brouillent l'encre d'une autre. Serena le regarde, et passe une main dans son dos, le caressant, essayant maladroitement de le réconforter. Entre deux sanglots, il murmure:

« Ils sont morts... mes parents sont morts... »

« Oh, Stannis... » Serena ne peut que murmurer à son tour et prend son visage dans ses mains, y dépose de doux baisers. Stannis se laisse aller, s'appuie sur elle, comme il a toujours pu le faire, mais cette fois, ce n'est pas seulement mentalement mais physiquement. Son front s'appuie sur son cou alors qu'il répète ces mots, comme s'ils pourraient l'aider alors qu'ils ne font que le rendre plus malheureux. Les mains de Serena relèvent son visage pour qu'il la regarde, et ses lèvres caressent ses joues, son front, ses mains se perdent dans ses cheveux. Elle murmure son prénom, des « je suis désolée » et ses lèvres se rapprochent dangereusement de celles de Stannis. C'est lui qui prend sa bouche avec la sienne, dans un élan désespéré, une pulsion de vie, de vouloir se sentir vivant. Serena ne le repousse pas: elle en est incapable. Elle s'allonge sur le lit, au milieu des lettres et Stannis l'embrasse avec une passion qu'elle ne pensait pas possible. Alors que ses lèvres se perdent dans le cou de la jeune fille, il murmure encore, mais cette fois des mots différents.

« Je t'aime, Serena... »

La jeune Stark ferme les yeux et, retenant un sanglot, elle ne peut s'empêcher de le repousser:

« Je... je ne peux pas... Je... Jaime... tu comprends... »

Hâtivement, elle se relève du lit, et tente d'arranger ses cheveux décoiffés. Stannis est toujours à moitié allongé sur les draps, à la fois honteux de son comportement et triste qu'elle l'ait repoussé. Cependant, il sait qu'elle a raison: elle est fiancée, et a un devoir envers son seigneur et père, ainsi qu'envers son futur époux. Mais il sait quels sont ses sentiments envers lui: il le voit dans ses yeux, dans sa hâte de le retrouver. Il balbutie:

« Pardon, madame... je... je ne sais pas ce qui m'a pris »

Serena tente de calmer les furieux battements de son cœur dans sa poitrine et se tourne vers lui, se rassoit à ses côtés et sa main, à nouveau, se perd dans ses cheveux. Stannis ferme les yeux et de nouveaux sanglots le font trembler violemment.

« Je te pardonne » murmure t'elle. « Je sais trop ce que c'est de perdre un parent » sa gorge se resserre en se rappelant sa propre réaction à la mort de sa mère. Stannis ne hurle pas, lui. Peut être l'a-t-il fait, cependant, quand ils voyaient les vagues dévorer le bateau de ses parents, quand il entendait les cris d'épouvante des marins, de son père et de sa mère. À présent, il pose sa tête sur les genoux de son amie et, alors que Serena tente d'apaiser son chagrin, il se sent coupable, affreusement coupable de se sentir heureux d'être là, avec elle, seuls pour quelques instants, alors qu'il devrait pleurer ses parents. De nombreux sentiments contradictoires se bousculent dans son âme, le laissant épuisé, et il ferme les yeux, s'endort lentement, bercé par la voix douce de Serena qui lui chante une berceuse du Nord.

Dans l'entre bâillement de la porte, Lord Rickard les observe, un œil sévère scrutant le moindre mouvement de Serena. Sa fille aînée doit partir, décide t'il. Vite, avant qu'elle ne ruine tous ses plans.