Les Eyries, 279 AC
Eddard suit Robert vers une maison isolée des Eyries. Le jeune homme n'a rien voulu dire à son ami sur la raison de cette visite pour le moins impromptue, et Ned angoisse légèrement, sachant très bien que Jon Arryn n'est pas au courant de leur départ de la forteresse. Robert s'arrête devant la porte et toque. Quelques secondes plus tard, une femme ouvre, tenant un nourrisson dans ses bras. Elle lance un grand sourire à Robert qui ne le lui rend pas, attrapant la manche de Ned et le poussant dans la maison. Il salue enfin la jeune femme et ouvre ses bras:
« Puis-je la tenir? » demande-t-il, l'air ému.
Alors que la jeune fille dépose délicatement le bébé dans les bras de son ami, Ned ne sait comment réagir. Robert ne quitte pas l'enfant des yeux:
« Je te présente ma fille, Ned. Mya » il sourit comme si cette nouvelle allait faire bondir de joie son ami.
Ned n'éprouve aucune joie: il regarde le bébé, puis Robert, se demandant s'il a d'autres bâtards qu'il lui a caché. Père, déjà. Ned le pensait plus intelligent que cela: tout se sait à Westeros, et une réputation est aussi facilement défaite que faite. Il pense à Stannis, se demandant si son ami sait qu'il a une nièce, puis secoue la tête devant l'enthousiasme de Robert.
« Allons Ned, ne sois pas rabat-joie. Regarde comme elle est belle » insiste Robert.
Elle est belle en effet, cette enfant. Ses cheveux noirs recouvrent entièrement son crâne, ses yeux bleus regardent Robert puis Ned d'un air curieux. Une Baratheon, sans aucun doute. Le jeune Stark essaye de sourire à la maman du bébé: après tout, Robert n'est pas le premier à engendrer un bâtard, et il ne sera certainement pas le dernier. Mais Ned a toujours voulu être fidèle à une femme, sa future épouse, et l'attitude de son ami le met mal à l'aise. Bien sûr, ce n'est pas la première fois, Jon Arryn s'étant déjà mis de nombreuses fois en colère contre le jeune Baratheon, que ce soit à cause de ses frasques, ou bien de son goût pour la boisson et les bagarres. Ned a toujours été là pour arranger les choses mais Robert a une nouvelle fois franchi la ligne rouge. N'apprendra t'il donc jamais? se demande Ned alors que Robert lui pose le bébé dans les bras sans même lui demander son avis. Eddard lui lance un regard curieux: son ami n'a jamais semblé attiré par la paternité mais, à présent, ses yeux brillent de joie en regardant ce petit être et Ned se prend à l'envier. Ainsi, c'est ce que l'on ressent en tenant son premier né dans ses bras. Il lui prend soudain l'envie, la hâte de vivre ce moment, et c'est à contre cœur qu'il redonne le bébé à sa mère, alors qu'il s'agite et cherche le sein. Ned détourne les yeux alors que la mère nourrit son bébé, et Robert rit bruyamment, se moquant ouvertement de son ami. Il sait que Ned est encore vierge, malgré les nombreuses occasions qu'a pu avoir le garçon. Il est plutôt beau, moins que son frère Brandon ou que Robert, mais il a de l'allure, et plaît aux filles. Mais Ned a ce maudit sens de l'honneur qui le paralyse et l'empêche de faire toutes les choses amusantes qu'i faire dans ce royaume: forniquer, boire et manger outre mesure. Dans toutes choses, Ned est mesuré, quand Robert est passionné. Même ses sentiments semblent contrôlés, alors que Robert laisse bien souvent la passion l'emporter, que ce soit la passion amoureuse ou la colère. Et pourtant, aussi différents qu'ils soient, ce sont les meilleurs amis du monde. Robert sait que Ned continue d'entretenir une correspondance avec Stannis, et lui a d'ailleurs envoyé une longue lettre après avoir appris la mort de ses parents. Robert se demande comment Stannis a géré son retour à Winterfell: lui a bu jusqu'à plus soif, et a baisé cette fille du peuple. Quelques semaines plus tard, elle lui a annoncé être enceinte de lui. Robert avait trouvé cela étrange: comme une célébration de la vie malgré la mort.
Alors qu'ils quittent la jeune fille et son bébé, Robert lui promet de revenir le plus souvent possible. Ned sait qu'il ne reviendra pas pour la fille, mais pour l'enfant, et il est de plus en plus étonné par les élans d'amour paternel de son jeune ami. Peut-être que, lorsqu'il aura épousé une dame de noble lignage, aimera t'il ses enfants plus fort que n'importe qui. Il espère juste, alors qu'ils franchissent les hautes grilles du château, qu'il ne se lassera pas de son épouse aussi rapidement qu'il s'est lassé de la mère de Mya.
