Winterfell, 281 AC

Durant tout le trajet qui les mènent d'Harrenhal à Winterfell, Stannis est très prévenant avec Serena, et elle retrouve peu à peu son sourire. Il lui explique longuement les raisons pour lesquelles son père lui a caché la nomination de Jaime dans la garde royale: c'était tout simplement parce qu'il pensait que l'annonce inattendue de son mariage avec Stannis la rendrait très heureuse, et qu'il voyait dans cette occasion une chance de se racheter pour sa conduite passée. Serena écoute religieusement son futur mari, et comprend, petit à petit, que son père n'a jamais voulu lui faire du mal, et que le seul coupable de la trahison qu'elle a ressenti est Jaime Lannister, et personne d'autre.

Tous les invités du tournoi d'Harrenhal les suivent jusqu'à Winterfell, et devront partir après les noces. Rickard regrette, malgré tout, que Tywin ne soit pas là. Profondément blessé et humilié par la nomination de son fils aîné et héritier naturel de Castral Roc, il a abandonné la charge de Main du Roi, et est retourné dans ses terres, avec sa fille Cersei. Le plan soi-disant parfait qu'elle avait prévu n'a pas fonctionné, pense Jaime amèrement en suivant le cortège royal. Lui va rester à Port-Réal, et elle sera à Castral Roc, jusqu'à ce que leur père lui trouve un mari, qui ne vivra certainement pas dans la capitale. Le jeune chevalier se demande même si Cersei ne l'a pas utilisé afin qu'il ne se marie pas.

À Winterfell, Serena se prépare pour ses noces: sa robe de mariée est prête depuis longtemps, cousue par elle-même. Nuit et jour, elle a rêvé de ce mariage et, à présent qu'il se concrétise, elle réalise enfin, après sa grande colère, à quel point elle est chanceuse. Bien sûr, ce mari n'est pas celui auquel elle avait pensé mais, après tout, si elle avait pu décider qui elle pouvait épouser, elle aurait choisi Stannis. Sa propre réaction au tournoi, quand il lui avait dit qu'il allait se marier, l'a convaincue qu'elle était amoureuse de Stannis. Et, enfin, elle va vivre son rêve, qui est de quitter Winterfell, et ce père avec qui elle a une relation si conflictuelle. Le jour des noces est programmé une semaine après leur retour dans le Nord: tous les bannerets des Stark assisteront au banquet, ainsi que les nobles maisons du royaume, mais la cérémonie dans le bois sacré restera intime. Elle se déroulera à la nuit tombée, puis, le lendemain, les seigneurs festoieront autour d'un banquet, avant que la jeune mariée ne fasse ses adieux.

Le jour dit, Serena s'occupe scrupuleusement d'elle-même : elle ne pense plus qu'à son bonheur présent et futur. Après avoir veillé toute sa vie sur les autres, il est temps qu'elle soit égoïste. Elle écoute attentivement Nan qui la fait se laver soigneusement: elle nettoie ses dents, brosse ses longs cheveux noirs et laisse Nan les lui tresser. Elle peut voir sa servante sangloter alors qu'elle noue sa crinière aux reflets bleutés, et Serena retient à grand peine son émotion. Nan a toujours été là pour elle, et a remplacé sa mère a de nombreuses reprises. Elle prend aussi un long bain, parfumé d'huile pour satiner sa peau, et lave ses parties intimes. Elle se sèche dans une serviette chaude, et laisse Nan l'habiller, revêtant sa magnifique robe blanche. Enfin, devant le miroir, elle regarde les mains de sa servante poser le manteau sur ses épaules. Elle caresse distraitement la douce fourrure: reverra t'elle jamais cette louve géante qu'elle avait rencontré avec Stannis? L'animal lui manquera certainement.

« Voilà, tu es prête » la voix de Nan s'étrangle dans un sanglot et Serena ne peut s'empêcher de la prendre dans ses bras et de la serrer longuement contre son cœur.

« Tu vas me manquer, Nan » murmure t'elle. Elle a pensé lui demander de l'accompagner à Accalmie, mais Nan a des enfants, des petits-enfants et même un nouvel arrière petit-fils dont elle doit s'occuper ici.

« Oh, vous aussi, madame, vous aussi » Nan s'écrie et tapote le dos de sa jeune maîtresse. Il y aura toujours Lyanna, pense t'elle, mais la relation n'est pas la même: Serena aime les contes, les histoires, les robes et les belles coiffures. Lyanna est plus proche d'un cheval que d'une fille, à vrai dire. Un bruit à la porte les arrache à leur étreinte, et Rickard entre, portant une boîte à la main. Il sourit en regardant Serena:

« Ma fille... tu es superbe »

Serena fait une révérence et remercie son père. Il s'avance dans la pièce et, ouvrant la boîte en bois qu'il tenait, en sort le collier de pierres précieuses que Lyarra, sa femme, portait tous les jours. Serena hoquette, surprise, et Rickard, avec des gestes doux qu'elle ne lui connaît pas, attache le collier autour de son cou, avant de se placer devant elle et de lui tendre le bras.

« Il te revient de droit » dit-il en montrant le collier, alors que Serena glisse son bras sous le sien avec un sourire. Il la guide dehors, suivi par Nan, reniflant. Lorsqu'ils sortent du château, Brandon, Ned, Lyanna et Benjen leur emboîtent le pas.

Leurs bottes s'enfoncent dans la neige fraîchement tombée, laissant de larges empreintes au sol. Le cœur battant, Serena se prend soudain à paniquer: et si Stannis, lui aussi, change d'avis? Mais non, Stannis est un homme d'honneur. Il connaît Serena et il l'aime telle qu'elle est. Tâchant de se rassurer, elle marche à hauteur de son père, jusqu'au barral. Près du vieil arbre sacré, Stannis se tient, portant le manteau de sa maison. A ses côtés, Robert est là, souriant. Serena se mord la lèvre pour ne pas qu'elle tremble, et s'arrête de marcher en même temps que son père. La voix de Stannis s'élève:

« Qui va là? Qui s'avance devant le dieu? »

Rickard répond:

« Serena, de la maison Stark, vient ici se marier. Une femme accomplie et fleurie, de naissance légitime et noble, elle vient implorer la bénédiction des dieux. Qui vient la revendiquer? »

Serena ne peut détacher ses yeux de Stannis, qu'elle trouve particulièrement beau cette nuit: la lune est pleine, et se reflète sur lui, donnant un éclat particulier à ses cheveux noirs et ses yeux bleus.

« Moi, Stannis de la maison Baratheon, je la revendique » dit Stannis à nouveau. « Qui l'accorde? »

« Moi, Rickard de la maison Stark, seigneur de Winterfell et gouverneur du Nord » Rickard se tourne vers Serena « Serena de la maison Stark, acceptes-tu de prendre pour époux Stannis, de la maison Baratheon? »

Serena parvient à dire d'une manière assurée:

« Je l'accepte, Père »

Rickard sourit, et lâche son bras. Symboliquement, elle s'éloigne de lui pour s'agenouiller avec Stannis devant le barral. Elle prie silencieusement, remerciant les dieux pour leur bonté et, jetant un coup d'œil à Stannis, remarque qu'il a les yeux fermés. Elle sait qu'il ne croit plus en les Sept depuis le décès de ses parents, et ne pense pas qu'il prie qui que ce soit en cet instant. Après un certain temps, Stannis se relève, se place derrière Serena et lui ôte délicatement son manteau de fourrure, qu'il tend à Robert. Celui-ci le prend et regarde Lyanna en souriant. La jeune fille lui rend son sourire, non sans avoir la bouche qui tremble un peu. Stannis enlève son propre manteau et recouvre les épaules de Serena, qui rouvre les yeux alors que le jeune Baratheon presse gentiment ses mains sur ses épaules. Elle se relève, ils se regardent et son mari la prend dans ses bras. Serena noue ses bras autour de lui et enfoui son visage dans le creux de son cou.

Il l'emmène dans un silence religieux jusqu'à sa chambre, où les servantes ont préparé le lit. Il ferme la porte avec son pied lorsqu'ils entrent et Serena le regarde en souriant. Il la dépose à terre et, prenant son visage dans ses mains, il la dévore des yeux, ne voulant, ne pouvant plus cacher ses sentiments. Serena, les bras noués autour de son cou, lui sourit, elle aussi laissant enfin ses sentiments s'exprimer, alors qu'elle les a refoulé pendant si longtemps. Leurs lèvres s'unissent dans un baiser d'abord timide, puis fougueux, alors que tous deux se rappellent cet unique baiser échangé des années plus tôt, ce baiser dont Serena s'était sentie tellement coupable. Mais maintenant, toute culpabilité a disparu. Il n'y a plus que la passion, trop longtemps réfrénée, qui les emporte tous deux dans des caresses fébriles, des baisers passionnés, et une maladresse bien compréhensible. Serena rit légèrement alors qu'elle essaye de déshabiller Stannis:

« Pardonne-moi, je n'ai pas l'habitude de déshabiller un homme » s'excuse t'elle avant de finir par enlever sa tunique frappée du cerf noir, et déboutonner sa chemise blanche.

Stannis lui sourit tendrement, laissant l'air qui caresse sa peau le faire frissonner. Intérieurement, il est mort de peur à l'idée de ne pas savoir s'y prendre avec elle, de ne pas lui donner du plaisir. Déjà, alors qu'elle lui offre son dos pour qu'il défasse les lacets qui retiennent sa robe, il sent son sexe durcir dans ses hauts-de-chausses. Sa robe défaite tombe à ses pieds, et il fixe des yeux son dos, sa peau parfaite, son corps parfait, et nu, avant de l'attirer à lui et de glisser ses mains sur ses bras. Ses lèvres embrassent son cou, et Serena se laisse totalement aller, s'abandonne à son plaisir. Après de douces caresses et des mots murmurés à l'oreille, elle se tourne pour lui faire face, et fait glisser ce qui lui reste de vêtements pour qu'il soit nu, lui aussi. Encore un peu embarrassés, ils s'embrassent, Stannis la guidant jusqu'au lit. Serena s'allonge, ses cheveux noirs couvrant l'oreiller blanc, et elle hoquette de plaisir alors que Stannis s'allonge sur elle, son sexe dur contre son ventre, et fait courir ses lèvres sur son visage, son cou, ses seins. Elle gémit sans retenue aucune alors que les lèvres de son mari se referment sur ses mamelons, durcissant dans sa bouche, et la jeune femme sent le rouge lui monter aux joues. Elle referme ses jambes musclées autour de Stannis, et fait courir ses ongles le long de son dos, sans le marquer cependant. Ce n'est que quand, impatiente et excitée, elle le fait remonter jusqu'à son visage que Stannis ressent une hésitation et une appréhension. Il caresse gentiment les cheveux de sa femme:

« J'ai peur de te faire mal... »

Il déglutit difficilement: il sait ce qu'il doit faire, mais il ne sait si il peut le faire.

« J'ai confiance en toi » Serena sourit, non sans éprouver exactement la même appréhension. Stannis acquiesce, et place son sexe à l'entrée du sien. Serena hoche la tête légèrement, et Stannis la fixe du regard alors qu'il entre lentement en elle. Au moindre signe de douleur ou d'inconfort, il arrête, l'embrasse, la laisse même gémir, lui murmure des mots de réconfort. Lui-même n'éprouve pour l'instant pas de plaisir: il sent que son corps lui résiste, et il sait que sa douleur est réelle, annihilant chez lui tout plaisir charnel. Très lentement, prudemment, doucement, il progresse. Serena se détend, son corps cesse de lui résister, et, soudain, il atteint le fin fond de son être. Il s'autorise à gémir, pas aussi fort que Serena bien sûr, mais le plaisir est maintenant présent, et l'envahit en une vague si puissante qu'il doit s'arrêter pour ne pas se laisser submerger. Il contrôle peu à peu son excitation, sa respiration, les battements de son cœur, et il embrasse profondément Serena, lui murmure qu'il l'aime en caressant la naissance de ses cheveux alors que ses hanches vont et viennent contre elle, lui arrachant des cris. Il la regarde un instant, confus, mais elle bouge contre lui, lui ordonnant de continuer.

Serena n'aurait jamais cru que la première fois soit si agréable. Elle avait déjà entendu les servantes en parler, beaucoup évoquaient la douleur, la gêne, peu d'entre elles parlaient de plaisir. Alors bien sûr, quand Stannis la pénètre, la douleur est presque insupportable mais il sait comprendre ses gémissements, ses cris. Elle a l'impression d'être déchirée en deux, et elle ferme les yeux, se mord la lèvre pour ne pas hurler, mais son mari s'arrête juste à ce moment-là, et la douleur s'atténue. Elle ne sait combien de temps il faut pour qu'il la déflore complètement, mais il arrive un instant où, alors que leurs deux corps nus sont déjà trempés de sueur, le sexe de Stannis touche le point le plus profond de Serena et le gémissement qui sort de sa bouche ne traduit plus que du plaisir. Elle se cambre, ses seins durs contre la poitrine de Stannis, et elle rejette sa tête en arrière, le plaisir l'envahissant comme une vague puissante et incontrôlable. Les lèvres de Stannis la dévorent, attrapent la peau de son cou, le bout de ses seins, ses joues et sa propre bouche, les martyrisant de baisers. Serena répond à ses baisers, enfonce ses ongles dans la peau du dos de son époux et les fait descendre très lentement, le marquant sans toutefois le faire saigner. Alors qu'il utilise ses mains, agrippant les draps trempés, pour se redresser et intensifier ses mouvements, son épouse en profite pour couvrir de baisers son torse musclé, enserrant ses hanches plus fermement entre ses cuisses. Le lit grince horriblement fort, et le ventre de Stannis claque toujours plus vite et bruyamment contre celui de Serena. Parfois, pendant une fraction de seconde, Serena se dit qu'il y va trop fort, qu'ils vont casser ce lit qui n'a jamais connu de telles choses, mais son plaisir s'intensifie encore, et elle crie juste le nom de son époux. Elle n'a de cesse de le regarder, d'essuyer la sueur qui menace de lui tomber dans les yeux, et Stannis fait de même, caressant la naissance de ses cheveux avec une douceur qui contraste avec la violence de ses coups de reins. Mais le jeune homme ne peut faire autrement: il a toujours rêvé de ce moment. Il n'a jamais désiré une autre femme que Serena, et c'est à elle qu'il pensait quand il commençait à explorer son corps. C'est elle qui a toujours hanté ses pensées pendant le jour, et qui venait lui rendre visite la nuit, dans ses rêves. « Je t'aime » crie t'il presque, alors que Serena semble ne plus se contrôler à présent, ses gémissements se muant en cris. Stannis sent son corps sous le sien se durcir, et, autour de son sexe, ses parois se resserrer. Il a un hoquet de surprise et d'extase, et il accélère encore, gémissant à présent lui aussi. Serena hurle des paroles qu'il n'aurait jamais cru entendre sortir de sa bouche et il la regarde, fasciné, alors qu'elle atteint le paroxysme du plaisir. Stannis la rejoint rapidement, son gémissement étouffé par ceux de Serena, qui tremble violemment à présent, son corps agité de soubresauts. Stannis se recouche complètement sur elle, pour la réchauffer, et l'embrasse gentiment, mais les lèvres de Serena ne répondent que mollement à ses baisers. Il la regarde, caresse ses cheveux à nouveau, son visage d'où perle la sueur, et Serena, les yeux mi-clos, profite de ce moment, ses doigts massant sa nuque. Elle finit par rouvrir les yeux, et sourit à Stannis, caresse ses joues avec son pouce:

« Merci » murmure t'elle.

Stannis la regarde confus:

« Merci de quoi ? »

« De m'avoir offert... une première fois digne de ce nom » la jeune Stark pouffe de rire et enlace son époux étroitement. Stannis se sent rougir, et l'embrasse à nouveau.

« Ce fut un plaisir, madame » dit-il, faisant à nouveau glousser Serena. « Je vais sortir les draps pour que les serviteurs les montrent à ton père »

Serena acquiesce et se redresse dans son lit, un peu étourdie par le plaisir. Elle ne peut ignorer la large tache de sang qui a souillé les draps mais Stannis, déjà, les enlève, ne semblant ni choqué ni dégoûté. Ne prenant même pas la peine de se rhabiller, il jette les draps hors de la pièce, pendant que Serena lave son sexe meurtri dans un baquet d'eau, enlevant le sang qui a souillé ses cuisses. Elle sent des doigts écarter sa main, et voit Stannis lui sourire, avant de la remplacer. Il la lave consciencieusement, et elle ne peut détacher les yeux de son époux. Quel autre homme dans Westeros ferait ça? Aucun, croit-elle. Ned, peut être. Lorsqu'elle est nettoyée, il presse une serviette contre elle, doucement, comme s'il savait qu'elle avait un peu mal, et qu'il ne voulait pas intensifier la douleur. Puis il la prend dans ses bras, et la repose sur les draps frais. Ils s'embrassent longuement, se caressant mutuellement, et Serena finit par se recroqueviller, Stannis s'allonge derrière elle, l'enlaçant de son bras.

Le lendemain, Nan qui toque à sa porte pour les réveiller surprend Serena: elle ne s'est même pas sentie s'endormir. Déjà, Stannis fait une rapide toilette et s'habille, et elle se presse d'ouvrir la porte quand son époux est habillé. Nan entre, les yeux rougis par les larmes, consciente que c'est la dernière fois qu'elle habille et coiffe sa maîtresse.

« Je vous ai trouvé quelqu'un qui vous accompagnera à Accalmie, madame, si monseigneur votre époux le permet » Nan s'incline légèrement devant Stannis.

« Bien sûr » Stannis répond en enfilant ses bottes et en remettant sa tunique.

« Qui, Nan? » interroge Serena.

« Keynaa » dit-elle et Serena acquiesce. Elle est jeune, orpheline, mais travaille dur et est très douce pour s'occuper de Serena. C'est un bon choix. Stannis salue les deux femmes et quitte la pièce, sous le regard de Serena. Lorsqu'elles sont seules, Nan lui sourit:

« Comment s'est déroulée votre première nuit, madame? »

Serena se sent rougir intensément et balbutie:

« Très... très bien, Nan, merci de t'en inquiéter. »

Nan rit de bon cœur:

« Je n'avais aucun doute là dessus, madame. Personne n'en doute dans le château. »

Serena la fixe du regard:

« Par tous les dieux... Nan, qu'est-ce que ça veut dire?... vous... avez... entendu?... »

« Eh bien disons plus simplement que le sommeil de beaucoup d'entre nous a été perturbé »

Serena pousse un cri horrifié:

« Mon père? Mes frères?! »

Nan se contente de rire et lui tapote l'épaule:

« Allons, ne vous tracassez pas. Tout va bien. Vous êtes prête, il vous faut rejoindre votre époux pour le banquet »

Serena acquiesce et se lève, rejoignant Stannis. Tout le monde est déjà réuni dans la salle du banquet, et ils se lèvent en voyant Stannis entrer, Serena à son bras.

« Ahah! Les voilà les jeunes mariés! » la voix de Robert tonitrue dans la salle.

Les hommes rient et félicitent, certains tapent leurs chopes sur les tables en bois. Serena sourie et remercie, avant de prendre place à la place d'honneur, celle d'habitude réservée à son père. Elle mange, beaucoup, et Stannis la regarde d'un air amusé, caressant sa main ou sa cuisse.

Rickard regarde sa fille d'un autre œil, à présent. Plus doux, moins exigeant, moins sévère. C'est sa dernière journée à Winterfell, et il ne faut pas qu'il la gâche. A ses côtés, Ned non plus ne peut regarder ailleurs, tout comme il ne pouvait détacher ses yeux d'Ashara Dayne, au tournoi. À l'idée de perdre sa soeur, il lui semble qu'on lui arrache une partie de lui.

« Ne t'en fais pas » son père murmure. « Tout ira bien pour elle »

« Je sais, Père. Stannis est un homme bon, honorable. Mais elle est ma jumelle, et je ne pourrais pas voyager jusqu'à Accalmie aussi facilement que jusqu'aux Eyries » le jeune Stark réplique. « Par les dieux, je sais qu'elle doit se marier, qu'elle doit partir, mais que cette pensée est douloureuse... »

« Je comprends, Ned » la main de son père attrape sa nuque gentiment et Ned se force à sourire. Comment pourrait-il comprendre? Il n'a pour ainsi dire jamais su ce que c'était que d'avoir une fratrie. Ned regarde à présent Brandon, Lyanna et Benjen. Lyanna aussi partira bientôt. Une autre soeur, mariée à un autre Baratheon. Benjen parle déjà de rejoindre la garde de nuit, l'un de ses membres l'ayant convaincu alors qu'il demandait aux chevaliers présents de les rejoindre, à Harrenhal. Le petit dernier n'aura aucune terre à réclamer, et la garde de nuit est une institution prestigieuse à Westeros. Ses membres y sont respectés. Mais devenir un frère juré de la garde signifie aussi renoncer à sa famille, renoncer à se marier et à avoir une descendance. Ned sait que Rickard parlera aussi des inconvénients à Benjen, qui n'y voit pour l'instant qu'un moyen de devenir un glorieux chevalier. Il lui restera Brandon, son frère aîné, le futur seigneur de Winterfell. Au moins ne sera-t-il pas seul. Après quelques heures, ayant beaucoup trop bu, il doit quitter la salle du banquet et se dirige vers un endroit tranquille pour évacuer toute cette bière. Alors qu'il est seul, Serena le rejoint.

« Que fais-tu là? » grogne t'il en essayant de cacher son sexe à la vue de sa soeur.

« Je dois te parler. Vite. Ne t'inquiètes pas pour ça » dit-elle en voyant son geste.

« Qu'y a-t-il de si urgent? » Ned s'inquiète.

« C'est Lyanna. Je l'ai surprise à Harrenhal. Te rappelles-tu ce chevalier mystérieux qui a défait ceux qui avaient embêté Lord Reed? » demande-t-elle.

« Bien sûr » Ned sourit en y repensant. « Il a disparu subitement »

« Il n'a pas disparu, c'était Lyanna. Le prince Rhaegar est parti à la recherche de ce chevalier, et l'a découverte. J'ai tout entendu Ned, je te supplie de me croire. Rhaegar a séduit notre sœur. Et elle compte bien l'épouser »

Ned ricane:

« Comment le pourrait-elle? Rhaegar est marié, sa femme est fertile, elle l'a déjà prouvé deux fois »

Serena secoue la tête:

« Je ne sais pas mais j'ai peur qu'elle fasse une énorme erreur. Tu la connais comme moi, elle n'écoute personne. Mais peut être que si tu en parles à Père... il saura la raisonner, ou il hâtera son mariage avec Robert »

Ned regarde sa soeur, qui semble sincèrement inquiète. Il lui promet d'en parler à leur père. Mais il ne croit pas une seconde à son histoire. Lyanna ne sait pas ce qu'elle dit, et cette histoire de reine de beauté et d'amour lui est montée à la tête, c'est tout. Il raccompagne sa soeur jusqu'au banquet en la rassurant.

Le banquet finit par se terminer, et les époux doivent à présent partir. Keynaa attend sa maîtresse, serrée contre une Nan qui ne peut s'arrêter de sangloter. Stannis offre son ancien cheval à Ned, et l'enlace aussi, promettant de prendre soin de sa soeur. Puis il fait ses adieux à Rickard: celui qui a été comme un deuxième père pour lui. Stannis ne sait qui il lui est le plus dur de quitter: son frère, ou son père de cœur. Mais, quelque part, il emporte un bout d'eux mêmes en épousant Serena. La jeune mariée est en larmes à présent, alors qu'elle serre contre sa poitrine Benjen, Brandon, Lyanna, plus légèrement, et se jette au cou de Ned, pleurant plus fort que jamais. C'est Rickard qui les sépare, sachant que plus ils attendent, plus ce sera dur. Enfin, elle se plante devant son père, et fait une révérence, mais Rickard la prend dans ses bras, lui murmure qu'il l'aime, et la repousse aussitôt vers sa jument isabelle, le cadeau de mariage de Stannis. Elle monte prestement, encore abasourdie par les mots de son père, et se retourne pour saluer tous ceux qui ont marqué sa vie à Winterfell: Mestre Walys, Ser Rodrik, les servantes, le forgeron, les palefreniers, le petit Walder, dans les bras de Nan... Elle les salue et les regarde, même quand son cheval emboîte le pas de celui de Stannis, et elle ne regarde la route royale que quand son château a disparu à l'horizon. Soudain, les hommes qui sont censés protéger Stannis crient: les chevaux se cabrent effrayés, et les hommes dégainent leurs épées. Sur le côté de la route, perchée sur un rocher, se tient la louve géante. Serena sent les larmes lui monter aux yeux, d'émotion.

« Ne lui faites pas de mal » ordonne t'elle aux hommes. Elle descend de cheval, malgré les protestations de ceux-ci. Stannis leur ordonne d'un geste de la main de se taire, et Serena marche vers la louve, prenant un morceau de viande dans sa poche.

« Je savais que tu viendrais » murmure t'elle en lui donnant la viande et en enfouissant son visage dans la douce fourrure, y respirant l'odeur sauvage, entêtante, l'odeur du Nord. Elle rejoint son cheval, et part vers sa nouvelle demeure, sous les hurlements de la louve.