Winterfell, 282 AC
Portant une longue cape qui cache son corps, et une large capuche pour dissimuler son visage, Lyanna quitte le château par un chemin secret qu'elle a découvert, prenant soin d'éviter les gardes. La lune est voilée cette nuit là, rendant la pénombre insondable. Elle commence à courir dès qu'elle le peut, se dirigeant vers la plus proche auberge. Là, dans la pénombre, elle voit un cavalier, et les battements de son cœur s'accélèrent. Elle lance trois sifflements distincts, et le cavalier tourne la tête dans sa direction. Il lève la main, faisant trois signes, et elle se précipite sur lui. Le cavalier rabat sa capuche, découvrant des cheveux argentés, et des yeux indigo. Il tend sa main vers Lyanna, qui la prend en souriant, et il la hisse sur son cheval avant de partir au grand galop, Lyanna serrant ses bras autour de sa taille.
Accalmie
Serena se réveille ce matin de bonne humeur, et prend son petit-déjeuner devant la mer. Le soleil brille déjà fort, et la jeune dame apprécie de sentir sa peau réchauffée. Elle aime sa nouvelle demeure un peu plus chaque jour. Tout le monde l'a accueillie avec gentillesse et respect, y compris Mestre Cressen. La servante qui l'a accompagnée ici apprécie aussi la forteresse. « Au moins il y fait chaud » a-t-elle dit les premiers temps à Serena. Cependant, le temps à Accalmie peut changer vite, et brusquement. Parfois un soleil radieux y règne le matin, et une tempête éclate l'après midi. La première fois qu'elle en voit une, Stannis est obligé de l'éloigner de la fenêtre, tant Serena est fascinée par le phénomène. L'océan en lui même l'attire et la terrifie. Elle sait trop bien ce que l'océan peut donner, et reprendre. Le seul être qu'elle n'aime pas à Accalmie est Bariol, un bouffon, le seul à avoir survécu au naufrage du vaisseau de Lord Steffon Baratheon. Il lui fait peur, chantant des chansons étranges, pris de crises d'épilepsie et de violents tremblements. Stannis tient à le garder, Serena pensant que c'est parce que cet homme lui rappelle ses parents. Quelqu'un frappe à la porte de sa chambre et elle fait entrer la personne. Stannis est déjà parti vaquer à ses occupations, il se lève toujours beaucoup plus tôt qu'elle. C'est Mestre Cressen qui entre, et lui tend une lettre cachetée du loup des Stark.
« Lady Baratheon » s'incline t'il avant de faire demi-tour, mais de se retourner vers sa maîtresse. « Faut-il que je vous examine à nouveau, madame? »
Serena secoue la tête tristement:
« Malheureusement, ce sera inutile. Mes lunes sont arrivées cette nuit »
Cressen acquiesce et quitte la pièce. Sur le chemin vers Accalmie, Stannis lui a demandé si elle préférait garder son nom de naissance, ou prendre le sien. Les deux maisons étant tout aussi célèbres, et les Stark régnant sur la région la plus vaste du royaume, Serena aurait pu garder son nom. Mais la jeune fille avait demandé à prendre le nom de son mari, et c'est ainsi qu'elle était devenue Lady Serena Baratheon. Au début, elle avait eu du mal à s'y faire, mais elle avait appris à aimer ce nouveau nom. Par contre elle est inquiète à l'idée qu'elle n'est pas encore enceinte. Ce n'est pas faute d'essayer, Stannis, comme elle, y mettant beaucoup d'enthousiasme mais cela ne vient tout simplement pas. Elle semble être la seule à se soucier de cela, Cressen et Stannis arguant qu'elle est encore très jeune, et qu'elle a tout son temps. Essuyant sa bouche avec sa serviette, elle décachette la lettre, et perd son sourire en lisant les premiers mots. À la fin de sa lecture, elle attrape le parchemin, et s'enfuit, cherchant Stannis.
Sur la route royale
Brandon Stark, en route pour épouser Lady Catelyn Tully, pâlit en lisant la lettre que lui transmet un messager arrivant tout droit de Winterfell. Il écrase le parchemin entre ses mains, et se tourne vers le messager :
« Tu vas aller tout de suite à Vivesaigues , et tu vas t'excuser de ma part auprès de Lord Tully. »
Il attrape un parchemin, une plume, et griffonne un mot à la hâte, appuyé sur la selle de son cheval. Il scelle la lettre, et la tend au messager :
« Donne lui cette lettre. Il comprendra, c'est un homme raisonnable. »
Brandon remonte immédiatement sur son cheval, et se tourne vers sa garde rapprochée :
« Mes amis ! Je viens de recevoir un message du seigneur mon père, me disant que le prince Rhaegar Targaryen a enlevé ma sœur Lyanna. L'honneur de ma maison est bafoué. Venez avec moi, je vais chercher ce misérable dans le trou à rat où il se cache ! »
Tous les hommes crient d'excitation en brandissant leurs épées, et Brandon s'enfuit au triple galop, suivi par sa garde. Le messager les regarde partir, avant de lui aussi quitter la route, mais en direction de Vivesaigues.
Port Real
Lorsque Brandon Stark arrive à la capitale, les chevaux sont épuisés. Il les laissent aux soins des hommes de la garde Royale, qui confisque aussi ses armes, ainsi que celle de tous ses compagnons. Brandon n'en a cure. Il veut juste savoir où est sa sœur, si elle va bien, et qu'elle rentre à la maison avec lui. Il s'avance vers le donjon rouge, déterminé , mais les portes ne s'ouvrent pas. Il hurle alors :
« Sors de là, Prince. Viens m'affronter, et réponds de ce que tu as fait subir à ma sœur ! »
Les portes ne s'ouvrent toujours pas, et Brandon peste violemment, accusant le prince de lâcheté. Alors qu'il est prêt à enfoncer les portes du donjon rouge, celles-ci s'ouvrent finalement, lentement. Brandon se prépare à affronter le prince, même à mains nues, persuadé qu'il peut le battre. Mais ce n'est pas le prince qui sort : c'est le roi, chancelant, mais qui ricane de la folie de Brandon. Immédiatement, il ordonne que Brandon et ses compagnons soit arrêtés. Ils sont jetés aux cachots, incertains du sort que le roi fou leur réserve. Ils ne savent pas combien de temps ils restent enfermés, mais, un jour, tous les compagnons de Brandon sortent de leurs cellules. Brandon ne les reverra jamais : ils sont exécutés, avec leurs pères, qui ont rejoint la capitale sur ordre du roi. Brandon ne sait pas tout ça, mais le même jour, lui aussi est extirpé de sa cellule, et emmené dans la salle du trône. À sa grande surprise, son père et là, enchaîné. Le roi est sur son trône, entouré de quelques membres de sa garde royale. La voix chevrotante, mais une lueur folle dans le regard, il déclame :
« Vous êtes accusés de trahison envers la couronne. Vous serez jugés pour ce crime.»
La voix de Rickard Stark s'élève dans la salle :
« Je demande une ordalie par combat. »
Aerys ricane ouvertement, mais accepte. Rickard est détaché de ses chaînes, et revêt son armure, se demandant quel chevalier de la Garde Royale le roi va choisir pour l'affronter. Mais il remarque qu'aucun d'entre eux ne bouge. Il fronce les sourcils et se tourne vers le roi. Il sait qu'il aurait été inutile de le raisonner, et que Brandon avait l'intention de tuer Rhaegar. La trahison est avérée. Aerys le regarde, et sourit cruellement:
« Le champion de ma maison n'est pas un homme, Lord Stark. C'est le feu. Le feu et le sang. Vainquez le feu, et vous serez libres de retourner dans ce trou puant et gelé que vous appelez château. »
Rickard panique, et jette un regard à Brandon. Sous ses yeux, son fils a une corde autour du cou, et l'un des gardes suspend une épée au plafond. Les autres gardes enferment Rickard dans une armure, et le suspendent au-dessus d'un feu. Rickard hurle, se débat, et Brandon, dans un élan de désespoir, tente d'attraper l'épée qui pend en face de lui. Le noeud coulant serre sa gorge et il sait qu'il ne sortira pas vivant du donjon rouge. Malgré tout, il se débat, prend le moindre filet d'air qu'il peut, arrivé presque à toucher l'épée. Il se jette en avant, et la corde serre son cou, encore et encore. Ses doigts effleurent la poignée de l'épée, mais, à présent, il ne peut plus respirer. Il tente de garder les yeux ouverts, mais n'y arrive plus, et son bras, si près de saisir l'épée, retombe le long de son corps sans vie. Aerys éclate de rire, et regarde Rickard brûler vif. Jusqu'au bout, le seigneur hurle, et ce n'est que quand les cris s'arrêtent que les gardes savent que c'est la fin.
« Bon » dit le roi. « Je vais rendre une petite visite à ma reine » se lève t'il, et quitte la pièce empestant la chair brûlée en sifflotant.
Accalmie
Serena se serre contre Stannis, les larmes coulant sur son visage, le corps secoué de sanglots violents. A ses pieds, la lettre annonçant le décès de son père et de son frère gît. Serena ne pleure pas pour son père: elle avait dit à Ned de le prévenir que Lyanna allait faire une bêtise, et ses prédictions se sont réalisées. Non, elle pleure son frère aîné, elle pleure Brandon, si jeune, si beau, si fort. Elle se souvient de tous ces moments passés avec lui, de toutes les fois où il la faisait sauter en l'air, tellement haut qu'elle pensait pouvoir toucher les nuages. Elle se souvient de ces courses à cheval, de ces parties de cache-cache, et de ses yeux malicieux, de son rire tonitruant, de sa joie de vivre. Elle se souvient aussi du banquet de son mariage, il n'y a pas si longtemps: la bonne humeur qu'ils partageaient tous, pour une fois. Et à présent, plus rien. Lyanna disparue dans la nature, Ned retranché aux Eyries, Brandon et leur père assassinés. Elle se sent affreusement coupable: peut-être aurait-elle du prévenir son père elle même, au lieu d'envoyer Ned. Mais après tout, cela aurait-il vraiment changé quelque chose? Son père ne l'aurait pas cru, elle en est sûre. Stannis n'a de cesse de la réconforter, de lui caresser les cheveux, de la consoler. Cressen entre à nouveau avec une nouvelle lettre: les nouvelles leur parviennent au compte-goutte, souvent sans rapports les unes avec les autres. C'est Stannis qui ouvre et lit celle-là: Serena n'en a pas la force. Le roi réclame à présent les têtes de Ned et de Robert: l'un étant l'héritier des Stark, l'autre le fiancé de Lyanna. Jon Arryn a refusé, et a appelé ses bannerets. Westeros entre officiellement en guerre civile. Tous les bannerets ne suivront pas leur maison suzeraine. Il y aura des trahisons, des batailles sanglantes, des soumissions, des pardons, ou non.
Les premières batailles se déroulent dans le Val d'Arryn, pour le contrôle de Goëville, un port dont la position est cruciale pour que Robert et Ned puissent rejoindre leurs fiefs, afin de convoquer leurs bans. Ned, impatient, n'attend pas leur victoire et contourne le port, passant par les Teois sœurs, un archipel, et Blancport pour rejoindre Winterfell. Lorsque Robert arrive enfin à Accalmie, Serena sait que leur avenir va se jouer: de nombreux bannerets répondent à l'appel de leur suzerain, mais certains veulent rester loyaux à la couronne, et Robert est obligé de les combattre afin de les soumettre. À la jonction des terres de l'orage, de Dorne et du Bief, il défait trois armées différentes en une seule journée puis, dans le but de rejoindre et d'unir toutes les forces rebelles, il quitte Accalmie, laissant le commandement à Stannis. Le jeune Baratheon est honoré par la confiance de son frère: il est toujours très jeune, mais Robert connaît ses aptitudes en tant que stratège militaire. Accalmie est une place forte quasiment imprenable, si ce n'est au prix de milliers de vies. Dans la capitale, le jeune Jon Connington, grand ami de Rhaegar, est nommé main du Roi à la place de Ser Owen Merryweather, accusé de n'avoir pas réalisé la dangerosité des rebelles. Au sein de la guerre, les rebelles doivent rallier Lord Tully à leur cause, afin de profiter de l'emplacement idéal du Conflans. Pour l'instant, Hoster Tully et Tywin Lannister n'ont pris parti pour aucune des deux causes. C'est ainsi que, dans la négociation, Eddard propose d'épouser Catelyn Tully, qui était fiancée à son frère Brandon, et Jon Arryn, sans héritier, demande la main de Lysa Tully. Hoster accepte, et les forces du Conflans rejoignent ainsi les rebelles. Alors que Robert essaye d'éloigner les forces loyalistes de ses frontières en attaquant Cendregué, dans les terres des Tyrell restes fidèles au roi, Lord Randyll Tarly le prend à revers, et lui inflige une cuisante défaite. Le roi ordonne alors à Mace Tyrell de prendre Accalmie.
Alors que Stannis organise la défense du château, mettant la population à l'abri, les armées du Bief marchent sur la forteresse. Mace Tyrell veut essayer de prendre le château par les armes, mais change d'avis et décide d'organiser un blocus, grâce à son armée et celle de Mathis Rowan par la terre, et la flotte de Lord Redwyne par la mer. Un matin, alors que Serena se lève, elle aperçoit les étendards ennemis à leur porte, et Stannis la met rapidement à l'abri, craignant les archers adverses. Il se rend vite compte qu'une attaque sur la cité n'est pas envisagée, et que les soldats des Tyrell installent leurs campements tranquillement. Descendant et montant les marches d'Accalmie quatre à quatre, il crie différents ordres: quantifier, rationner et protéger la nourriture. Dans la chambre de Serena, Keynaa pleure d'angoisse dans ses bras, et la jeune dame essaye de la rassurer, mais elle est elle-même terrifiée. Renly regarde les soldats courir sans un mot, ses yeux effrayés les suivant des yeux. Le soir venu, Stannis les réunit dans son bureau: il leur explique la situation, le siège qui commence et dont il ne peut prévoir la durée. Puis, le regard dur, déterminé, il explique qu'il ne livrera jamais la forteresse, dûssent-ils tous y laisser leurs vies. Ils acquiescent tous, et il leur dit d'aller se coucher. Serena l'attend cette nuit là, mais il ne vient la rejoindre qu'à l'aube, et repart une heure plus tard. Les sourcils froncés, il fixe des yeux les hommes qui l'assiègent, bien décidé à tenir sa promesse faite à son frère aîné. Robert veut que Stannis tienne Accalmie, et Stannis la tiendra.
