Accalmie, 282 AC

Les forces de Stannis sont assiégées depuis quatre mois à présent, et la nourriture s'épuise rapidement. Malgré le rationnement strict qu'a imposé Stannis, il devient évident que les renforts ne viendront pas avant que le château ne meure de faim. Il devient urgent pour Stannis de décider quoi faire pour nourrir ses soldats et sa famille. Il s'appuie beaucoup sur Cressen, sur son expérience, et sa sagesse. Le mestre propose de tuer les chevaux : leur nourriture, à eux aussi, est sur le point de manquer, et Stannis ne peut se permettre de les nourrir avec les légumes et les fruits qui peuvent encore faire tenir ses hommes. Il prend donc la lourde responsabilité d'abattre les chevaux d'Accalmie, un par un, laissant le boucher préparer leur viande pour la conserver en vue de temps encore plus difficiles. Il décide cependant de faire un tour dans les écuries, afin de choisir l'animal le plus affaibli, pour mettre fin à ses souffrances. Il n'est pas surpris d'y trouver Serena. La jeune dame se tient devant la jument qu'il lui a offert pour leur mariage, et caresse gentiment sa tête. Stannis se force à sourire, et pose sa main sur l'épaule de sa femme pour la prévenir de sa présence. Serena le regarde en souriant, et, alors que sa main caresse toujours la tête de sa jument, elle murmure :

« Je n'ai pas eu mes lunes »

Stannis pâlit brusquement, et fixe des yeux sa jeune épouse.

« As-tu vu Cressen ? Depuis combien de temps n'as-tu pas saigné ? »

Serena secoue la tête doucement :

« Cressen est bien trop occupé avec les soldats. Je ne veux pas le déranger avec ceci. J'ai entendu dire que, parfois, la faim faisait disparaître les lunes »

Stannis prend sa main dans la sienne, et la presse fermement :

« Je veux que tu vois notre mestre. Il est très important que je sache si tu es enceinte ou pas. La nourriture va manquer, Serena, et les renforts ne semblent pas venir à nous. Si tu attends un enfant, il faudra que tu te reposes le plus possible, et que tu manges plus que les autres. »

Serena serre elle aussi la main de son mari, et le regarde dans les yeux :

« Qu'allons-nous manger si nous n'avons plus de nourriture? »

Stannis ne dit pas un mot, mais tourne la tête vers les chevaux de l'écurie. Serena le regarde, pensant un instant qu'il plaisante, avant de se rendre compte que le moment n'y est pas propice. Elle connaît la situation, elle voit les réserves fondre comme neige au soleil. Elle ne peut pas défendre la vie de ses chevaux : il leur sont inutiles ici, dans la forteresse. Un assaut sur les forces Tyrell est inenvisageable. Ils mourront de faim, de toute façon, autant que leur viande servent à les faire tous survivre. Elle se retourne vers Stannis, cependant, et supplie :

« Je t'en prie, ne tue pas Orage et Dune! Je t'en supplie Stannis, épargne-les ! »

Stannis veut refuser, et lui dire les choses en face, mais il ne se sent pas le courage de le faire. L'idée que sa femme puisse porter leur enfant change les choses : il sait que Serena doit éviter tout stress supplémentaire, alors que la situation lui en procure bien assez. Il lui lance un doux sourire, et acquiesce :

« Ne t'inquiète pas pour eux, je les ferai sortir cette nuit, et je suis sûr qu'ils pourront vivre dans les forêts alentour. Je te le promets. »

Serena lui rend son sourire, et dépose un long baiser sur la tête de Dune, avant de repartir vers le château. La jument donne de légers coups de museau sur la main de Stannis, et il la regarde, caressant à son tour sa tête et son encolure. Il ne peut décemment pas priver ses hommes de cette viande, mais il n'a pas le cœur à dire la vérité à Serena.

La jeune dame d'Accalmie regarde anxieusement le mestre, alors qu'il l'examine consciencieusement. Après de longues minutes de silence, Cressen relève enfin la tête vers sa maîtresse, et sourit, presque tristement :

« Oui, vous attendez bien un enfant, Madame »

Serena aimerait ressentir le bonheur naturel à cette annonce, mais elle n'y arrive pas. Elle ne pouvait espérer pire moment pour accueillir un enfant. Mais que peut-elle y faire ? Elle se doit de prendre à présent soin d'elle, et de ce petit être qui grandit au cœur de ses entrailles. Elle hoche la tête, et Cressen lui prodigue quelques conseils pour mener sa grossesse de la meilleure façon possible. Quand il la libère, elle rejoint immédiatement Stannis pour le prévenir. Étrangement, le jeune seigneur semble bien plus enthousiaste à l'idée d'avoir un enfant, et même les soldats, lorsqu'il leur annonce, félicitent Serena avec de grands sourires : elle ne sait pas si la raison de leur enthousiasme est qu'ils croient encore être libérés bientôt du siège, ou si, pour ces hommes si habitués à côtoyer la mort, l'idée de voir naître une nouvelle vie leur redonne du baume au cœur. Renly, le petit frère de Stannis, réagit lui aussi très bien à la nouvelle, enlaçant tendrement Serena : le pauvre enfant n'a pour ainsi dire jamais connu sa mère, et a tout de suite considéré Serena comme la figure maternelle qui lui a toujours manqué. À partir de ce moment-là, à partir de ce jour, tout le monde est aux petits soins pour la femme de Stanis. Elle est très rapidement alitée, le moindre effort pouvant être beaucoup trop dangereux pour elle et pour le bébé. Les jours, les semaines, les mois passent, et aucune aide n'arrive. Les hommes commencent à désespérer, certains parle même de déserter. D'autres encore passent à l'acte. Alors que les derniers morceaux de chevaux sont partagés entre les hommes, et que Stannis réserve la meilleure part à sa femme, Mestre Cressen vient le voir : Ser Gawen Wylde et trois autres chevaliers ont été arrêté par les gardes alors qu'ils essayaient de quitter le château. Stannis réagis très mal à cette défection, Ser Wylde étant le maître d'armes d'Accalmie. Le jeune seigneur leur promet d'exaucer leurs vœux, et de les envoyer au Tyrell, par un trébuchet. Les hommes supplient, mais Stannis reste inflexible jusqu'à ce que Cressen lui explique qu'il ne faudrait pas gâcher de la bonne viande, étant donnée la terrible situation dans laquelle ils se trouvent. Stannis est proprement écœuré par le sous-entendu de son mestre, mais ne peut que reconnaître qu'il a raison. Les quatre sont envoyés aux cachots, et ne serons nourris qu'en dernier, et avec les pires morceaux. Dans le château, coincée à l'intérieur avec Renly, qui s'affaiblit de jour en jour, Serena s'occupe comme elle peut. Jusqu'à il y a quelques jours, elle a cousu, mais à présent, la faim la fait trembler si violemment qu'elle risque de se blesser si elle continuer. Alors, la plupart du temps, elle dort, le corps de Renly collé contre le sien, ou alors elle lui lit des histoires, trouvant dans la superbe bibliothèque d'Accalmie de quoi assouvir la curiosité du jeune garçon. Elle choisit souvent les histoires les plus fantastiques, pour que l'esprit de Renly puisse s'évader, à défaut de son corps. Elle craint tous les jours pour la vie du jeune garçon, et se réveille plusieurs fois dans la nuit pour vérifier si il respire toujours. Elle partage toujours la couche de Stannis, mais Renly les accompagne. Au début, Stannis était farouchement opposé à cette idée, mais, bizarrement, la faim leur donne froid, et le seul moyen de se réchauffer est de tous se serrer les uns contre les autres. Stannis argue que leur lit est un lit conjugal, mais il ne s'y passe plus rien depuis l'annonce de la naissance de la grossesse de Serena. Ils ne pensent plus au désir charnel, ils ne pensent qu'à survivre, et cela est devenu leur priorité. Le bébé de Serena se développe, mais elle est très inquiète à son sujet. Son ventre ne grossit pour ainsi dire pas, et elle peut lire l'inquiétude dans les yeux de Cressen à chaque fois qu'il l'examine. Elle craint chaque jour pour la vie de son enfant, et chaque jour passé résonne en elle comme une nouvelle victoire.

Ils n'ont aucune nouvelle de Robert, ou de Ned. Ils savent juste qu'ils sont vivants, car Lord Tyrell ne manquerait pas de prévenir son assiégé de la mort de son frère, ou de son beau-frère. Mais ils semblent seul au monde, enserres dans cet étau, mourant à petit feu. Les hommes les plus faibles décèdent, et Stannis se résout à garder leur corps, en dernier recours, précise-t-il à Cressen. Le cannibalisme, pour lui, est l'une des pires abomination qu'il puisse imaginer. Il ne se sent même pas capable de manger de la chair humaine, même si c'était la seule chose qui resterait dans le château. Lorsque la viande de cheval a été totalement consommée ,Stannis décide de faire tuer les chats : ne pouvant prévoir quand le siège sera levé, et surtout si il sera levé, Stannis veut garder les chiens en vie, en cas d'attaque de Lord Tyrell, et tuer les chats laisseraient les rats proliférer, fournissant un vivier de viande non négligeable. Comme Renly et Serena ne quittent plus l'enceinte de leur chambre, Stannis ne leur dit pas ce qu'il leur ramène à manger tous les jours. À présent, il a encore rationné la viande, n'autorisant les hommes à ne manger qu'une seule fois par jour. Sa famille n'est pas épargnée, même Serena, mais sa part est plus importante. Il n'aurait cependant jamais cru que le chat ait un goût si semblable à celui d'un lapin. La viande des chats leur dure quelques semaines, puis il tue les chiens, qui avaient commencé à manger les rats. Là encore la viande les nourrit quelques temps, mais pas assez. Les rats sont donc les derniers animaux d'Accalmie à être mis à mort par les hommes. Et après, murmurent les hommes entre eux, que mangerons-nous ? Les quatre prisonniers qui croupissent dans les cachot d'Accalmie sont mourants. Cressen découvre deux cadavres en allant les nourrir un matin. Les hommes tentent de survivre en mâchant les feuilles mortes des arbres, en buvant l'eau de pluie, mais bientôt, cela ne suffit pas. L'un d'entre eux a l'idée de faire bouillir ses bottes : le cuir qui les compose n'est que de la peau d'animal, après tout. Il mâchonne le cuir, fatigué, appuyé sur le mur du château. Bientôt, tout le monde l'imite, même Stannis. Le seigneur est l'un des derniers à pouvoir se lever, en avoir la force, mais il se doit de le faire. Il a la responsabilité de tous ces hommes, et, même si ses jambes sont plus chancelantes que jamais, il va d'un homme à un autre, les encourageant, les félicitant pour leur ténacité, leur disant à quel point il les admire. Chacune de ses paroles est sincère. Malgré leur faim, malgré leur soif, malgré la fatigue, ils ont repoussé chacun des assauts de Lord Tyrell, qui s'est lassé, et n'a plus attaqué le château depuis un bon moment. Lors d'une de ses attaques, le forgeron d'Accalmie, Donal Noye, a été vilainement blessé au bras, et Stannis a du l'amputer, à vif. Cette guerre, ce siège va les marquer à tout jamais, Stannis en est persuadé. Ils en ressortiront plus fort, tout comme lui. Parfois, lorsque le château est encore endormi, que le soleil se lève à l'horizon, et qu'il est le seul à pouvoir le voir, il se tourne vers sa femme, endormie dans leur lit, et caresse le ventre à présent bien rond de son épouse. Il sent son enfant bouger sous ses mains, comme s'il cherchait le contact de son père. Dans ces moments-là, il oublierait presque qu'ils sont en guerre. Mais il ne peut ignorer le corps décharné de sa femme, celui de son frère, qui n'est encore qu'un petit garçon. Lui pardonnera-t-il jamais de l'avoir tant fait souffrir ? Il aurait du le faire partir, mais pour aller où? Il n'aurait pu faire confiance à qui que ce soit. L'un de ses vassaux aurait très bien pu le livrer au roi si l'idée lui avait traversé l'esprit. Non, il n'avait pas le choix: il devait garder sa famille près de lui. Stannis paye un lourd tribut, lui aussi. Il a perdu près de la moitié de son poids, chacun de ses os semble prêt à transpercer sa peau. Mais il tient bon, comme il a promis à Robert.

Le château est silencieux aujourd'hui : le moindre effort semble insoutenable aux hommes, alors ils bougent, parlent le moins possible. Même Stannis, aujourd'hui, se sent prêt à abandonner tout espoir. Hier, un homme l'a supplié de l'achever, la faim donnait à ses yeux une lueur de folie. Stannis n'a pas pu se résoudre à le tuer, même en sachant qu'il ne survivrait pas. Plus tard, ils avaient retrouvé son corps, recroquevillé sur le sol. Assis sur un vieux tonneau en bois, le jeune seigneur tente de reprendre des forces, même si il ne se connaît plus la signification de ce mot. Soudain, un murmure parcourt l'armée. Stannis entends vaguement ce que les hommes chuchotent, et deux soldats viennent à sa rencontre, chancelants sur leurs jambes fragiles : ils ont été chargés de monter la garde pour surveiller la flotte de Lord Redwyne.

« Monseigneur, il faut que vous voyiez quelque chose » le plus fort des deux arrive à dire.

Stannis se lève difficilement : il aimerait s'allonger, fermer les yeux et dormir. Mais il sait que si il se laisse aller, son corps ne se réveillera jamais. Il est trop faible à présent, et le sommeil le terrifie. Ses jambes semblent marcher comme des automates, ses pieds semblent peser une centaine de kilos chacun, tellement il a du mal à les bouger. Ne sachant comment, il suit les soldats, qui le mène jusqu'à une embarcation, et sur le quai, se tient un homme à peine plus âgé que Stannis. Il s'incline devant lui, il montre du doigt son bateau :

« Monseigneur, j'ai échappé aux Redwyne pour apporter de quoi nourrir vos hommes. »

« Votre nom ? » demande Stannis de la voix la plus ferme possible.

« Davos, Monseigneur » réponds l'homme. « Juste Davos » précise-t-il.

Stannis s'avance vers le bateau, et inspecte la cargaison minutieusement : du poisson salé, des oignons, des pommes de terre. En quantité suffisante pour, rationnés, tenir quelques semaines, peut-être quelques mois de plus. Stannis sait qu'il devra faire très attention à la réaction de ses hommes quand ils sauront que de l'aide leur est enfin parvenue.

« Qu'êtes-vous donc, Davos ? Un contrebandier ? » Le seigneur demande.

Davos hésite un instant : il sait parfaitement que la contrebande est un crime à Westeros.

« Répondez » ordonne Stannis d'une voix plus forte.

Davos acquiesce simplement :

« J'ai une famille à nourrir, Monseigneur. le royaume entier connaît votre souffrance, et je savais que vous m'offririez un bon prix pour cette nourriture. »

« Ces victuailles vont nous sauver la vie à tous, Davos. Je dois dire que je suis admiratif de votre habileté à passer entre les lignes ennemies. Ainsi, je ne vous tuerai pas, je ne vous enverrai pas à la garde de nuit pour vos crimes. »

Davos sent le sol se dérober sous ses pieds : il avait entendu parler de l'inflexibilité de Stannis, mais il ne pensait pas que c'était à ce point-là.

« Qu'allez-vous donc me faire, Monseigneur ? » demande-t-il.

Stannis le regarde droit dans les yeux :

« Pour votre bravoure, je vais vous nommer chevalier, je vous donne des terres au cap de l'Ire. Je ne vous demande que deux choses en échange »

Davos croit difficilement en sa chance à ce moment-là : être anobli est un honneur dont il n'aurait jamais pu rêver.

« Quelles sont-elles ? » Demande-t-il à nouveau.

« Votre loyauté, et vos phalanges de la main gauche. C'est le prix que je vous demande pour votre passé de contrebandier. Si vous acceptez, vous devriez aussi vous choisir un nom, pour votre maison. »

Davos se sent lentement tomber à terre, à genoux devant Stannis :

« J'accepte, Monseigneur. Mais je vous demande de les trancher vous-même. »

Stannis acquiesce, mais fait d'abord entrer la nourriture dans le château. Une fois que tous les hommes ont mangé, le meilleur repas qu'ils aient fait depuis des mois, que Stannis nourrit sa femme et son petit frère, et que lui même avale lentement, savourant le délicieux repas que le cuisinier d'Accalmie a pu préparer, il rejoint Davos, et le contrebandier enlève son gant gauche, met sa main à plat sur un rondin de bois. Stannis prend une feuille de boucher, et tranche les premières phalanges, d'un coup net et précis. Davos hurle de douleur, et Stannis le confit aux soins de mettre Cressen, pour le soigner. Une fois remis, il pose son épée sur les épaules de Davos et le fait Ser Davos Mervault, seigneur du cap de l'Ire.

Port-Real

Tywin Lannister se tient devant les portes de la ville, à la tête de 10000 hommes. La guerre est finie : le prince Rhaegar a été tué par Lord Robert Baratheon à la bataille du Trident, et Ned Stark marche sur la ville avec toute l'armée rebelle. Tywin sait que le roi a grand besoin d'hommes, et que, dans sa folie, il croit encore pouvoir remporter la victoire. Il demande à entrer, proclamant sa fidélité au roi. Les portes mettent un moment à s'ouvrir, mais elles le font néanmoins. Lord Tywin se tourne vers ses soldats, à qui il a donné des instructions précises. Il leur dit qu'ils peuvent entrer dans la ville, et les soldats s'y ruent en hurlant. Tywin ne sait pas si Aerys a compris. Sur son cheval, il traverse la ville, jusqu'au donjon rouge : il voit ses soldats massacrer les habitants, mettre le feu aux maisons, il entend les femmes supplier pour la vie de leurs enfants, les hommes tenter de résister, et aussitôt massacrés. Tywin n'a jamais oublié l'affront qui lui a été fait par celui qu'il considérait comme un ami : le refus de marier son fils à sa fille, l'entrée de Jaime dans la garde royale, et tant d'autres humiliations qu'il a du subir en serrant les dents. À présent,Il exerce sa vengeance sur le peuple de Port-Real, avant de l'exercer sur les Targaryens.

Ned suit les forces de Tywin, et entre à son tour dans la ville. Il est horrifié par ce qu'il voit : les civils sont innocents des crimes d'Aerys, mais il est trop tard. Il se précipite au donjon rouge, et entre dans la salle, y trouvant Ser Jaime Lannister, celui qui aurait dû épouser sa sœur, assis sur le trône de fer. Le corps d'Aerys gît à ses pieds, une large tache de sang dans le dos. Le rire de Jaime résonne dans la salle vide :

« Ne vous inquiétez pas, lord Stark, je n'ai fait que garder la place pour votre ami Robert » dit le chevalier en se levant du trône de fer.

Il quitte la salle avec Tywin, et Ned les regarde partir, incapable de dire un seul mot. Robert arrive quelques instants plus tard : blessé par Rhaegar à la bataille du trident, il n'a pu faire partie de l'avant-garde. Jon Arryn est avec lui, et Ned leur montre le corps sans vie du roi.

« Ser Jaime Lannister a tué Aerys » explique-t-il. « Il a tué son roi, Robert. Il mérite d'être envoyé au mur. »

Jon secoue la tête doucement :

« Lord Tywin a choisi son camp. Il a choisi notre clan. Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir les Lannister comme ennemi. » Il se tourne vers Robert. « Pardonne à Jaime. Garde le près de toi, pour le surveiller. Et je pense qu'il faut que tu épouses Cersei Lannister. Cela ne ferait que consolider ton alliance avec les Lannister. »

Robert est sur le point de répondre, quand les Lannister refont leur entrée dans la salle, et que deux de leurs hommes portent des corps enveloppés de manteaux rouge et or. Qu'est-ce que ceci, se demande Ned. Il a l'impression d'être en plein cauchemar : ce n'est pas ainsi qu'il voulait gagner la guerre. Les deux hommes déposent les deux petits corps aux pieds de Robert, qui écarte les manteaux. Tout le monde, hormis ces deux hommes, a un hoquet de choc, et de dégoût : les deux petits visages sont ceux des enfants de Rhaegar et d'Elia Martell. La petite fille n'était âgée que de deux ans, et son corps a été transpercé de dizaines et de dizaines de coups de couteau. Ses yeux sont grand ouverts, et Ned peut encore y lire la terreur. Le corps du bébé à côté d'elle, lui, est méconnaissable, son crâne a été fracassé. Ned regarde Robert, ne pouvant croire que son meilleur ami a donné ce genre d'ordre. Robert est pâle comme la mort alors qu'il regarde les corps sans vie. Pense-t-il à sa petite Mya, en cet instant? Ned lève les yeux vers Tywin Lannister, qui sourit légèrement. Ainsi, c'est lui qui a ordonné ce massacre. En quoi cela était utile ? La guerre était gagnée, déjà. Elia aurait pu être exilée à Dorne, ses enfants envoyés aux sœurs silence, ou à la citadelle pour devenir mestre. Il était inutile de mettre fin à leur si jeunes vies. Ned demande au deux hommes, froidement, où est la mère des enfants. Les hommes se regardent, et ricanent, avant que l'un d'entre, Gregor Clegane, admette qu'il a tué la princesse. Ned regarde Robert d'un air horrifié, mais le nouveau roi ne semble avoir aucune réaction. Il finit par attirer Jon et Ned dans une salle pour discuter entre eux :

« Tu ne peux décemment pas ignorer ces crimes affreux » Ned s'emporte auprès de son ami. Jon reste silencieux, et Ned ne comprend pas l'attitude du vieil homme, qu'il croyait noble et juste.

« Comme je l'ai dit » Jon répète « une alliance avec les Lannister est cruciale pour ton règne, Robert. Pardonne-leur, épouse Cersei, c'est la meilleure chose que tu puisses faire »

Ned voit son ami hocher la tête, et peste, avant de quitter à grandes enjambées la pièce. La voix tonitruante de Robert lui demande où il va. Ned, sans se retourner, crie :

« Je vais libérer ton frère, et ma sœur »

Il rassemble ses troupes, et part immédiatement pour Accalmie. Lorsqu'il atteint la forteresse, il voit les armées de Lord Tyrell rassemblées devant le château. Il est sûr qu'ils sont au courant de la mort de Rhaegar, et de la prise de Port Real. Les bannières Stark flottant au vent, il galope vite, et s'arrête devant Lord Tyrell. Il n'y a aucune bataille, aucun sang versé. Les Tyrell savent que la guerre est finie, et se soumettent au nouveau roi. Lord Stark demande à ce qu'on ouvre les portes, et Stannis sort le premier, portant Serena dans ses bras. La pauvre jeune femme a tellement maigri, que son frère peine à la reconnaître. Cependant il ne peut ignorer le ventre de sa sœur et, alors qu'il la prend dans ses bras, soulageant le pauvre Stannis de son fardeau, il ne peut s'empêcher de lui reprocher :

« Stannis, tu l'as mise enceinte ? Alors que vous étiez ainsi assiégés ? »

Stannis n'a même pas la force de répondre. Il tombe dans les bras du premier soldat venu, et Ned se rend alors compte de l'état de l'armée de Stannis. Chaque homme n'a plus que la peau et les os, et Renly, dans les bras de Cressen, est à deux doigts de mourir. Ned se reproche ses paroles, et laisse à ses soldats le soin de s'occuper de la garnison, de leur donner à manger et à boire. Il reste quelques temps avec sa sœur, mais la jeune femme est inconsciente. Alors qu'il remonte à cheval, Stannis lui demande pourquoi il part:

« J'ai sauvé ma sœur » Ned le regarde. « Mais il m'en reste encore une »