Dorne, 283 AC
Après avoir parcouru des centaines de milles, et interrogé des dizaines de personnes, Ned finit par découvrir où est cachée Lyanna. Mais, elle n'est pas seule: Rhaegar a laissé avec elle ses meilleurs gardes. Ned et ses compagnons les combattent, et gagnent, mais au prix de leurs vies. Seuls Ned, et Howland Reed, l'un de ses plus proches, celui dont Lyanna avait défendu l'honneur au tournoi d'Harrenhal, survivent. Ned se précipite dans la tour, appelant sa soeur. Il entend des gémissements, dans l'une des pièces, et enfonce la porte. L'odeur du sang lui donne la nausée: il a besoin d'un moment pour se rendre compte de ce qui est en train de se passer ici. Sur un lit, sa soeur est étendue, immobile. Des femmes sont avec elles, et crient de peur en voyant Ned. Il ne les regarde même pas. Il se précipite sur sa soeur.
« Lyanna! Lyanna, tu m'entends? » demande-t-il.
Sa soeur ouvre lentement les yeux, et lui lance un sourire radieux malgré la douleur.
« Ned » murmure t'elle faiblement.
« Oui, je suis là. Je vais te ramener à la maison. Tout va bien maintenant, c'est fini... » Ned sent les larmes couler sur ses joues.
Lyanna caresse sa joue gentiment:
« Tu ne peux pas me sauver mon frère... » elle prend sa main et la pose sur son ventre.
Il lui lance un regard étonné, et il sent une des femmes s'approcher de lui. Il se tourne et voit un bébé dans ses bras. Il regarde Lyanna, et, alors que l'inconnue lui met l'enfant dans les bras, il repense au pauvre petit Aegon, et à Rhaenys. Son meurtrier plaisantait en disant qu'il l'avait trouvée sous le lit de son père, Rhaegar, comme si elle s'attendait à ce qu'il la protège. Avait-elle crié lorsqu'il l'avait tiré par les pieds? Avait-elle supplié en voyant la lame? Avait-elle appelé son père, quand il avait enfoncé sa lame dans sa poitrine, encore et encore et encore? À quel moment la vie l'avait quitté? Au premier coup? Au cinquième? Au dixième? Elle était morte, c'est tout ce qui comptait. Une enfant innocente, tout comme son frère, tout comme ce bébé qu'il tient maladroitement dans ses bras.
« Rhaegar... » la voix faible de Lyanna appelle. « Où est Rhaegar? »
Ainsi, tout ce en quoi croyaient les gens était faux: il n'y avait jamais eu d'enlèvement, ni de viol. Ils s'aimaient. Ned mordille sa lèvre, mais ne sait pas s'il doit répondre. S'il doit dire la vérité. Lyanna n'a pas besoin de mots: elle lit dans les yeux de son frère comme dans un livre ouvert. Elle éclate en sanglots, et Ned cherche ses mots pour la consoler de la mort de son amant.
« Je suis désolée » sanglote t'elle.
« Non... non... » Ned balbutie.
« C'est ma faute... tous ces morts... Père... Brandon... pardonne-moi Ned... j'ai été stupide, si stupide... promets-moi... » elle semble avoir du mal à respirer et Ned, en panique, la rassure comme il peut.
« Je te pardonne, Lyanna, je te pardonne »
Elle se calme et jette un œil au bébé:
« Promets-moi de prendre soin de lui... Jaehaerys... de le protéger... Robert... promets-moi Ned... et... et Serena... promets-moi... ramène moi à la maison... promets le... »
Ses paroles deviennent insensées, son regard erratique. Ned promet, pour que sa fin soit douce. Il promet de traiter cet enfant comme son fils, il promet de le protéger de Robert, et de ses autres ennemis, il promet de lui dire qui sont ses parents, quand le jour viendra, il promet de lui dire à quel point ses parents l'aimaient. Quand il a fait toutes ces promesses, il regarde Lyanna s'en aller, paisiblement, sans souffrir. Il la pleure ensuite, un long moment, avant de l'envelopper dans des draps propres, et de descendre les marches de la tour, les larmes ruisselant sur son visage, des sanglots bruyants résonnant entre les murs. Il rejoint Howland, qui a enterré les vaillants soldats qui ont donné leurs vies pour protéger Lyanna, et pour la libérer. Lord Reed ne dit pas un mot, et aide Ned à préparer le corps de Lyanna pour la ramener chez eux, à Winterfell, aux côtés de leur père et de leur frère.
Accalmie
Tenant son nouveau-né dans les bras, Serena éclaire son visage d'un grand sourire alors qu'elle voit les bannières Stark flotter au loin. Deux cavaliers s'approchent du château, au galop, et Serena se rend vite compte que son frère est l'un d'entre eux. Elle crie son nom, folle de joie de revoir enfin ce frère tant aimé. Il est parti très vite après avoir levé le siège d'Accalmie, et elle a mit longtemps à se remettre des privations de la guerre. Stannis, lui aussi, n'a eu que peu de répit: à peine quelques semaines après la levée du siège, et alors que Serena était sur le point d'accoucher, il a du partir pour Port Real. C'est Cressen qui a mis au monde le fils de Serena, et elle attend maintenant le retour de son époux. Alors que les cavaliers entrent dans la cour du château, les cris de joie de Serena se muent en hurlements de tristesse en voyant le corps que transporte son frère. Elle sait qui est enveloppée dans ce linceul, et s'accroche à Ned quand il descend de cheval. Le jeune seigneur se laisse aller à son chagrin à nouveau, et Serena ordonne que les serviteurs prennent soin de leurs hôtes.
Plus tard, après avoir partagé un repas frugal et silencieux, Serena rejoint Ned dans sa chambre, portant son fils dans ses bras. Ned est assis sur le lit, caressant la petite main de son neveu, se demandant quelle histoire il va bien pouvoir inventer pour le protéger. Serena sourit légèrement, et allonge son propre fils endormi aux côtés de l'autre bébé. Ned lève les yeux vers elle.
« Ils sont beaux, n'est-ce pas? » murmure t'elle pour ne pas les réveiller.
Ned acquiesce mais ne peut ignorer l'aspect malingre et maladif du bébé de Serena. Cet enfant ne survivra pas, il peut le voir. Le siège aura fait plus de dégâts que prévu. Peu avant le dîner, il a vu Serena l'allaiter, et l'enfant est si faible qu'il ne peut presque pas se nourrir.
« Comment s'appelle-t-il? » demande-t-il.
« Je ne lui ai pas encore trouvé de nom. J'attends que Stannis revienne » sourit Serena. « Et celui-là ? » montre t'elle du doigt le bébé de Lyanna.
« Lyanna lui a donné un nom Targaryen, mais je pense l'appeler Jon » Ned sourit à son tour. « Pour Jon Arryn » précise-t-il.
« C'est un bel hommage » embrasse t'elle le front de son jumeau avant de s'assoir à ses côtés. « Et que vas-tu dire? A Catelyn? »
Ned soupire lourdement: il n'en a aucune idée, et il secoue la tête tristement. Le bébé est superbe, mais ne ressemble en rien à un Targaryen. Il a les cheveux noirs des Stark, et ses yeux paraissent gris, comme Ned.
« Puis-je dormir avec toi? » Serena murmure. Ned acquiesce, trop fatigué pour protester. Ils se couchent donc, les deux bébés entre les deux jumeaux, et ils les rejoignent au pays des rêves.
Une montée de lait réveille Serena, et elle palpe ses seins en soupirant. Ouvrant les yeux, elle regarde son fils, les yeux grand ouverts lui aussi. Elle sourit, approche son sein nu de ses lèvres, mais l'enfant ne bouge pas. Il ne réagit pas, ne referme pas sa bouche sur le mamelon. Mais il est réveillé, se dit Serena en fronçant les sourcils. Elle le prend dans ses bras: les bras, les mains, la tête, tout est amorphe. Dans les yeux du bébé, toute lumière de vie a disparu. Serena ouvre la bouche pour hurler, mais une main se plaque dessus, et des bras l'entourent. Ned s'est réveillé, et a compris immédiatement que l'enfant était mort. Serena sanglote, gémit contre son frère, tenant son bébé dans ses bras. Elle le presse contre sa poitrine, essayant de lui influer un souffle de vie. Qu'a-t-elle fait aux dieux pour devoir endurer de telles souffrances? Ned caresse ses cheveux, la berce doucement et, soudain, voit dans cette tragédie une opportunité. Il lève la tête de sa soeur vers lui:
« Prends Jon »
« Qu-quoi?! » renifle Serena en s'éloignant de lui.
« Je t'en supplie Serena... prends cet enfant. Il est ton sang, tout autant qu'il est le mien. Regarde-le, ma soeur: il peut aisément passer pour le tien. Les servantes ne touchent pas à ton bébé, Stannis ne l'a pas vu naître. »
Les yeux de Serena vont de son enfant mort à Jon, dormant toujours paisiblement.
« C'est... c'est à cause de Lyanna tout ça... Père ne t'a pas cru, et il est mort! Brandon est mort! J'ai failli mourir, Ned! A cause d'elle! Et tu me demandes d'élever son enfant?! Un bâtard, né d'une relation adultérine?! » crie Serena.
Ned la regarde, et hoche la tête:
« Si je pars à Winterfell avec lui, il aura la vie d'un bâtard. Ici, il sera le fils d'un seigneur. Cet enfant est innocent, Serena. Tout comme ton fils était innocent. Je t'en prie, pour l'amour qui nous lie, toi et moi, sauve cet enfant. Pour tous ceux que nous n'avons pas pu sauver, pour notre frère. C'est un Stark, Serena. Il sera toujours un Stark »
Les mots de Ned touchent Serena, elle ne peut le nier. Elle sait qu'il a raison.
« Non » dit-elle fermement, et Ned sent son cœur se briser. « C'est un Baratheon » ajoute t'elle en fixant les yeux gris de son frère.
Ned l'enlace étroitement, et ferme les yeux, soupirant de soulagement.
« Merci » murmure t'il.
« S'il te plaît, enterre mon fils avec notre soeur » dit-elle, et Ned acquiesce tristement. Alors qu'elle repose son bébé et le recouvre d'un pan de drap, Jon se réveille, et ses seins se tendent douloureusement alors qu'il commence à pleurer. Elle pleure aussi, alors qu'elle lui donne le sein. Il tête vigoureusement, et ses yeux rencontrent ceux de celle qui vient de devenir sa mère.
Ned et Serena conviennent de ce qu'ils vont dire: Howland et lui doivent repartir dès ce matin. Il emporte le bébé sans vie de Serena, et prétendra que c'est le bébé avec lequel il est arrivé. Il n'aura pas besoin de mentir en disant que c'est son bâtard, il dira que Lyanna et son bébé n'ont pas survécu à l'accouchement. Ils quittent le château discrètement, peu après l'aube, et Serena reste seule, portant Jon dans ses bras. Quand elle voit disparaître les chevaux à l'horizon, elle rentre au château, et écrit une longue lettre à Stannis. Elle lui confie la nouvelle du décès de Lyanna, et son chagrin, mais les larmes qui tachent le parchemin sont pour son fils, et non pour sa soeur. Elle griffonne aussi rapidement qu'elle a décidé de donner le nom de Jon à leur fils, et lui demande si il est d'accord. Elle envoie la lettre et croise Cressen à la volière. Il lui sourit: lui aussi a failli mourir pendant le siège, et même après. Stannis est resté à son chevet jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'il soit tiré d'affaire.
« Comment va notre jeune seigneur? » Le mestre demande à Serena.
« Très bien » répond-elle, essayant de faire bonne figure. Il lui faudra du temps pour voir le visage de Jon quand on lui parle de son héritier, et pas celui de son propre fils.
« Il faudrait que je le voie, pour m'en assurer »
Serena sent le sang quitter son visage, et elle secoue la tête.
« Il est très fatigué. Je veux qu'on le laisse tranquille, au moins jusqu'à ce que mon époux revienne. Je prends bien soin de lui » se défend-elle peut être avec trop de virulence car Cressen fronce les sourcils devant sa réaction. Elle ignore le mestre, qui finit par partir, et elle fait voler le corbeau portant son message jusqu'à Port-Real.
Stannis rejoint sa femme, son enfant et son petit frère sous quinzaine. Renly l'accueille avec des cris de joie, et Serena les regarde avec émotion, tenant un Jon endormi dans ses bras. Elle rit avec Renly quand Stannis le soulève haut dans le ciel: ce château a connu tellement de tragédies, qu'entendre des rires au lieu de lamentations fait beaucoup de bien à tous ses habitants. Puis le jeune homme, tenant toujours Renly, s'avance vers sa femme, les yeux rivés sur le petit être qu'elle tient contre sa poitrine. Serena écarte le tissu dans lequel le bébé est enveloppé pour que Stannis puisse le voir mieux. L'amour et le bonheur absolu qu'elle lit dans ses yeux la bouleverse: à ce moment-là, elle se déteste de lui mentir. Il lui demande si il peut le tenir, la voix étranglée d'émotion, et Serena l'embrasse soudainement, profondément, déclenchant des grognements écœurés de la part de Renly. Elle rit, et dépose Jon au creux des bras de Stannis. « Je t'aime » murmure t'il au bébé, avant de déposer sur son front un doux baiser. « Je vous aime tous les deux » regarde t'il Serena, qui lui sourit. Il entoure ses épaules de son bras libre, et rentre avec elle, le bébé, et Renly, au château.
À la nuit tombée, après avoir couché Renly, Stannis rejoint sa femme dans leur chambre. Elle est allongée, nue, donnant le sein à Jon. Il les observe un instant, avant de se déshabiller à son tour. Les stigmates du siège ont été longs à effacer: ils sont toujours en sous-poids, mais ils sont bien plus forts qu'avant. Leurs côtes sont encore visibles sous leur peau, mais les visages ne sont plus émaciés. Se glissant sous les draps, Stannis s'appuie sur son coude pour observer le bébé téter. Il avance sa main et caresse la joue rebondie.
« Robert veut que je construise une nouvelle flotte » annonce t'il à Serena. Sa femme se tourne vers lui:
« Pourquoi faire? »
Stannis soupire:
« Il veut que je prenne Peyredragon. Rhaella s'y est réfugiée, avec Viserys. Robert veut les exterminer, jusqu'aux derniers. »
Serena déglutit difficilement en regardant Jon.
« Pourquoi faut-il que ce soit toi? N'as-tu pas assez souffert par sa faute? » se lève t'elle pour remettre Jon dans son berceau, à côté de son lit, avant de se rallonger aux côtés de son mari. Stannis la regarde et fait courir un doigt le long de son bras:
« Il dit que ce sera son cadeau de mariage »
« C'est vrai » grogne Serena. Elle avait presque oublié le mariage de Robert avec Cersei. Elle gémit doucement alors que les lèvres de Stannis se perdent dans son cou.
« Tu m'as manquée, mon amour » murmure t'il entre deux baisers.
« Toi aussi » embrasse t'elle ses cheveux, et elle jette un œil à Jon. « Stannis, le bébé... » proteste t'elle faiblement.
Ils n'ont plus eu aucune intimité depuis le siège, et son désir pour son époux a décuplé. Stannis pousse le berceau pour cacher le corps du bébé, et s'allonge sur sa femme. Serena se détend, et s'enroule autour de lui, bras et jambes nouées, s'abandonnant totalement au plaisir qui la transperce quand son époux s'enfonce en elle. Quand ils se câlinent, après, Serena se demande si ils connaîtront jamais des temps de paix. Les forces des Targaryens ne pourront jamais vaincre celles de Stannis, mais personne ne peut prévoir les morts d'une bataille. La dame d'Accalmie presse son corps contre celui de Stannis, et s'endort, épuisée, inquiète, mais heureuse, malgré tout.
