Merci à tous pour vos reviews, vos suivis et autre mise de l'histoire dans vos favoris. J'espère que cette suite vous plaira, n'hésitez pas à me laisser un mot pour me faire savoir ce que vous en avez pensé (aussi parce que j'aime lire vos théories — théories que vous avez déjà en nombre après seulement deux chapitres, haha ! ).

Sans transition, les RàRA:

Adenoide: Hé, merci pour ta review ! Que fait Astoria dans le coin ? Et bien, une partie de la réponse te viendra dans ce chapitre, de mémoire. Quant à savoir si Tanner et Severus sont la même personne, c'est un non ! Ces trois dadais sont des OCs, ni plus ni moins.

Petite précision: l'histoire suit les bouquins disons, jusqu'au sixième tome. Peut-être que ça éclaiera certains sur les éléments d'ores et déjà présents dans la trame. En outre, je réécris le tome 6 au cours de cette histoire. Vous aurez l'occasion d'en savoir plus d'ici quelques chapitres (ou beaucoup plus).


CHAPITRE 2 : LE SURVIVANT

"Il paraît que tu as rencontré une charmante fille," fit Ma lorsqu'il se pointa (un peu) en retard au dîner dominical hebdomadaire.

En général, Darius passait la semaine à l'Alice où il logeait non loin du garage et revenait au vendredi soir, passer le week-end chez ses patrons-parents (une nuance qui commençait à devenir floue avec le temps, ou qui l'était d'ores et déjà devenue, allez savoir) au O'Hara, dans l'Outback. Ça n'était pas la porte à côté, bien sûr, mais Ma avait toujours tenu à ce qu'ils soient au moins tous réunis afin de pouvoir dîner ensemble les dimanches midi. D'un autre côté, rentrer à l'outback les week-end donnait l'impression à Darius de pouvoir réellement souffler. Le petit plus étant qu'il pouvait alors aller se perdre dans le désert qu'il l'avait retrouvé à moitié mort, des années plus tôt. Enfin, tant qu'il prévenait avant partir. Il s'agissait après tout, des règles de sécurités émises par Charles, depuis toujours.

Tout être humain un tant soit peu normalement constitué ne pouvait consciemment partir en balade en plein désert, sans prévenir qui que ce soit. Un accident était rapidement arrivé, entre les diverses bestioles plus mortelles les unes que les autres qui traînaient dans le coin, les éventuelles chutes — il y avait des zones rocheuses, montagneuses et autres trous à perte de vue — et on en passait les meilleures. C'était dangereux et potentiellement mortel et ça aurait été mentir que de prétendre ne pas aimer cette montée d'adrénaline qui faisait battre son sang, lorsqu'il partait à la découverte du monde, là dehors.

"Comment diable peux-tu être au courant de ça ?"

La femme haussa les épaules.

"Je sais tout," dit-elle comme s'il s'agissait de quelque chose d'évident.

Le garçon qu'elle avait fini par considérer comme son fils, leva les yeux au ciel. Bien sûr que Ma savait tout. Elle était une lionne et une lionne s'efforçait toujours de protéger ce qui était sien, ses petits plus encore. Qu'elle sache ce qu'il eut mangé au court de la semaine, ne l'aurait même pas étonné. C'était Ma, après tout, alors Darius se contenta de sourire doucement tandis qu'il récupérait le plat de pomme de terre passé par son voisin de table, Charles, dont la main accrocha un essuie afin qu'il puisse débarrasser sa moustache grisonnante de gravy sauce. Lorsqu'il reprit la parole sous les regards intéressés de la foule ( Angus, Maddox et Tanner ayant été invités au plus grand désespoir de leur jeune patron,) ce fut pour grommeler qu'il n'y avait pas de quoi s'emballer parce que bon sang ! Nous allons juste aller boire un verre d'accord ? Je ne vois même pas pourquoi vous en faites tout un plat.

Secrètement, Darius était heureux de voir ses proches s'intéresser à sa vie, même si parfois, parfois il aurait préféré un peu plus de discrétion. Après tout, il connaissait parfaitement les gens qui entouraient cette table et plus particulièrement, les trois hommes qui faisaient office d'ami et collègues. Semblables à des chiens devant un os, le jeune homme savait qu'aucun d'eux ne lâcherait l'affaire avant d'être parfaitement satisfait, avant de lui avoir extorqué les plus petits détails de l'histoire.

"Tu parles gamin ! Cette femme te dévorait des yeux," fit la grosse voix rieuse de Maddox, comme pour lui donner raison.

Il faisait honneur à un clafoutis au légumes spécialement préparé pour lui. Les gens s'étonnaient toujours du fait que cet homme particulièrement fort et bruyant soit de ceux qui ne mangeaient guère de viande. Il donnait constamment l'impression de n'avoir aucune faiblesse, d'être pareil à un rock, à une montagne même — à un foutu viking pour reprendre les mots de certains. Darius ne pouvait s'empêcher de penser, malgré le ridicule de la situation, que Maddox n'était en fait qu'un gentil toutou, aboyant plus qu'il ne mordait. Tout ça parce qu'il se refusait à planter sa rangée de dents blanche dans la chair d'une bestiole quelconque.

"M'étonnerez pas que vous finissiez à l'arrière du pub ou bien même dans les toile.."

Seth qui jusqu'à présent s'était perdu dans la lecture d'un livre quelconque caché sous la table (et qui manqua de se faire rabrouer par Ma, parce que ce n'est pas une façon de se conduire à table, mon garçon !), s'étouffa avec un bout de poulet, les pommettes au moins aussi colorées que celle de son frère adoptif. Il y en avait rarement un pour rattraper l'autre, après tout, lorsqu'il s'agissait de séduction et de leurs lacunes évidentes.

Qu'ils soient âgés respectivement de seize et vingt-quatre ans n'y changeait rien.

"Angus Spencer Kaplan !" le réprimanda Ma. "Tu as plutôt à surveiller ton langage mon garçon, si tu ne veux pas que je te lave la bouche avec du savon !"

Le fait que le suscité ait passé la barre des quarante ans n'avait visiblement rien de quoi déranger la maîtresse de maison. Charles ricana sous cape tandis que Tanner, le discret Tanner secouait sa tête, faisant valser ses longs cheveux noirs et nattés par endroit, d'un endroit à l'autre.

"Le seigneur aura ta peau pour ça," promis-t-il d'un sourire moqueur.

Une fourchette piquée d'un bout de viande fut pointée en sa direction.

"Je suis certain que le seigneur appréciera de savoir que tu t'es envoyé la sœur Lewis le week-end passé," répliqua-t-il avec un rictus plus moqueur encore.

Il y eut un éclat de rire général qui fut pourtant bien vite calmé, lorsqu'une certaine femme priva les espèces d'enfants à tête d'hommes qu'ils étaient tous de dessert. Après ça, pas sûr que quiconque puisse encore un jour affirmer n'avoir jamais supplié qui que ce soit de quoi que ce soit.

####

"Je suis fier de toi, Darius," lui dit Charles O'Hara lorsque le reste du joyeux groupe fût entraîné par la maîtresse de maison afin de ranger les restes, nettoyer le bazar et faire la vaisselle.

Les deux étaient à peu près sûr que rien de tout cela se passerait dans le plus grand des calmes. Trois fois sur quatre, quelqu'un finissait par faire main basse sur les fameux restes et mettre plus encore de bazar parce que hé, j'ai trouvé des cotillons est-ce que- Oups ! Pardon Ma, les confettis sont sorti tout seul, promis juré. C'était sans mentionner la piscine que devenait alors la cuisine, parce qu'apparemment, il était trop demandé à trois hommes adulte et un adolescent, que de laver et essuyer quelques assiettes sans que les lieux se transforment en parc aquatique.

Ils échangèrent un premier sourire, lorsque le raffuts intérieur parvint jusqu'au jardin, même si jardin était un grand mot puisque leurs propriété s'étendait sur des centaines d'hectares. Le temps était plus que clément pour un mois de mai et pour une fois, le thermostat avait consenti à ne pas excéder les vingt degrés Celsius, ce que Darius appréciait grandement. La chaleur et lui ne faisaient guère bon ménage, ce qui était assez ironique puisqu'il passait sa vie à arpenter le désert lorsqu'il n'était pas enfermé dans son garage à tripoter des tas de ferrailles plus vieux que lui.

"Vraiment ?" qu'il fini par demander doucement.

Sa voix résonna pareil à celle d'un enfant et l'adulte se fustigea d'avoir l'air en quête d'approbation. C'était totalement juste bien sûr, parce que plus que quiconque, Charles l'avait soutenu du début à la fin, mais ce n'était pas une raison pour l'afficher. Il ne voulait pas que l'homme croit qu'il n'était encore qu'un petit garçon, aucun adulte ne voulait être traité de la sorte, après tout. Darius plus que n'importe quel autre.

"Bien sûr. Je t'ai observé, Darry. Ce que tu as accompli en huit ans, peu de personne en auraient été capable, tu sais ?"

"Je ne vois pas de quoi..."

"Tu es parti de rien..," coupa Charles.

Ils plia les genoux afin de pouvoir s'asseoir sur les marches du perron, son regard gris délavé voguant par delà l'horizon. Le soleil était encore haut et il donnait au désert rouge une impression d'immensité, d'enfer auraient dit certains. Parce qu'il n'y avait que cela à des milliers de kilomètres à la ronde: de la poussière rouge qui, portée par la bise, terminait inlassablement son chemin dans un replis de vêtement, des bottes ou des yeux trop sensibles.

L'homme prit une inspiration profonde et..

... raconta:

"Un jour j'ai trouvé un gamin mourant dans le désert. Il n'aurait jamais dû survivre, Dieu sait qu'il n'aurait pas dû. Quand je ferme les yeux, je revois la façon dont ses membres étaient tordu, la façon dont ses os ressortaient tant par sa maigreur, que parce que certains d'entre eux avaient été brisés. Je revois.. (il ferma les yeux douloureusement et à ses côtés, le garçon dégluti, entraîné par un récit dont il ne se souvenait pas) un gamin au regard hanté, un gamin amaigri, assoiffé et torturé.."

Il souffla.

"D'une manière ou d'une autre, cet enfant à survécu. Il a serré les dents, gémit parfois lorsque les sauveteurs l'ont déplacé, parce qu'il fallait le bouger. Il ne pouvait pas rester parmi les cactus et les rochers, n'est-ce pas ? Il fallait le transférer, il fallait faire quelque chose pour lui, même si personne n'y croyait, même si les gens étaient déjà persuadés qu'il ne survivrait pas au transport. Mais tu sais quoi ?" demanda l'homme et Darius demanda quoi ? d'une voix tremblante. "Il l'a fait. Il a survécu non seulement au transport, mais à la nuit qui suivit et toutes celles d'après. Peu importe combien de fois il passa en salle d'opérations, peu importe combien de fois ses médecins disaient qu'il ne fallait pas trop espérer, le garçon a survécu."

####

Cette nuit-là, Darius fit un rêve, encore un.

Il y avait cette gamine au regard intelligent qui lui demandait pardon. Pardon de ne pas pouvoir faire plus, disait-elle, pardon d'avoir douté de toi, pardon si les choses ne se sont pas passés comme elles l'auraient dû. Comment aurais-je pu me douter ? disait-elle. Comment ?

Il se voyait lui hurler dessus, encore. Il se voyait lui rétorquer que les amis étaient censés se soutenir et avoir confiance — tu aurais dû avoir confiance. Tu aurais dû, d'accord ? Être plus maligne que les autres ne te donne pas raison à chaque coup, disait-il. Et il pleurait, mon dieu qu'il pleurait. Pourquoi pleurait-il ? Pourquoi, pourquoi, pourqu-..

L'amnésique se réveilla en sursaut bien sûr. Ses joues étaient trempées de larmes sans qu'il puisse comprendre pourquoi. Il essaya de s'accrocher à ce qu'il pensait être un souvenir, essaya de ramener à lui, le visage de cette gamine.

En vain.

Il fut incapable de se rendormir après ça, alors que déjà, les vestiges de son rêve échappaient à sa mémoire.

Une fois de plus.

####

"Hé. Hé, salut," fit-il lorsqu'il aperçut la jeune femme — Astoria se souvint-il — devant le Montes Lounge.

Celle-ci lui retourna son salut, une bise plaquée sur ses joues et un sourire resplendissant qui firent rougir le jeune homme qu'était encore Mr. Carter.

Ils s'étaient donnés rendez-vous dans l'un des nombreux pub peuplant l'Alice, l'un de ceux que Darius avait fréquenté à de trop nombreuses reprises en compagnie de ses compagnons de galère — Angus, Maddox et Tanner. C'était un endroit vivant dont l'intérieur était fait de bois sombre, de tables longues et de banc confortable. Un bar des plus classique, si ce n'est le coin extérieur qui, lorsque la nuit tombait, devait comme enchanteur grâce à ces dizaines de guirlandes et autres lanternes suspendu d'un arbres à l'autre par un fil de nylons quasi invisible. C'était là que s'était assis le jeune homme en attendant son rendez-vous avec bien moins de calme que ce qu'il avait assuré à ses plus proches amis. Vêtu d'un jean et d'une chemise en flanelle, c'était un miracle qu'il ait délaissé son akubra chez lui, mais Angus avait été clair, ce n'était pas avec un chapeau que l'on pouvait séduire les étrangères, tant pis si Darius, sans ce dernier, se sentait plus que nu.

"Bonsoir Darius, ravie de voir que vous êtes toujours en un seul morceau !"

Le susnommé lui retourna un sourire, charmé sous les airs d'animal mal léché qu'il pouvait parfois se donner. Il fit de son mieux pour présenter un visage serein et détendu malgré la fatigue qui pouvait alourdir les traits de son visage et le stress qui le faisait quelque peu suer. Sa nuit avait été très mauvaise et ce n'était que la perspective de passer une soirée en bonne compagnie qui avait fini de le convaincre de faire un effort. Ou peut-être était-ce parce que la jeune femme avait un je-ne-sais-quoi cliché qui l'avait conduit à vouloir en savoir plus sur elle, allez savoir ? D'un geste, il l'enjoignit à prendre place autour de la table sur laquelle reposait d'ores et déjà deux verre de bière pré-commandés. Si la jeune femme haussa quelque peu les sourcils, elle ne fit aucun commentaire en prenant place après avoir placé sa veste sur le banc afin de ne pas salir sa jolie robe d'été d'un blanc strié d'ocre.

"N'est-ce pas ? Je me suis dit que ça ne serait pas mal d'attendre un peu avant de devoir vous faire pleurer ma perte, ou quelque chose dans le genre."

"Vous êtes un comique vous."

"Je plaide coupable, c'est l'effet de la pleine lune," promit-il en pointant les cieux de son index.

Une main s'enroula autour de son poignet, une autre lui fit relever le menton vers ces fameux cieux.

"Dommage qu'il fasse encore jour, alors," se moqua Astoria Greengrass. "Par ailleurs, la pleine lune est la semaine prochaine. J'espère que d'ici là, j'aurais le droit à un meilleur répertoire de blagues."

Et bon dieu que Darius fondit pour cette femme, son sourire en coin et ses yeux brillants. Il n'avait jamais cru au coup de foudre, bien sûr et n'y croyait toujours pas. Mais peut-être, se dit-il distraitement, peut-être qu'Astoria était de ces femmes qui n'arrivaient qu'une fois dans une vie. De celles qui semblaient avoir été créées pour une seule et unique personne et —

"Darius," appela-t-elle de son timbre délicat. "Vous êtes en train de baver."

Elle éclata d'un rire roux et mélodieux et..

... Darius Carter se dit que tomber pour cette fille ne pourrait pas faire le moindre mal.

Elle l'avait comme ensorcelé, après tout.

"Vous pouvez me tutoyer, Astoria. Enfin, si vous le voulez.. Si ça ne vous dérange pas.. Je veux dire. Je préférerais."

Son regard fut indéchiffrable, lorsqu'elle inclina le chef. La petite voix à l'arrière de sa tête fut étouffée avant même d'avoir pu crier au loup.

Probablement que si ses souvenirs n'avaient pas été emporté par.. — peu importe ce par quoi ils avaient été volés, — alors Darius aurait écouté la petite voix dans sa tête qui lui soufflait de se méfier. Qui lui souffla de ne pas tremper les lèvres dans sa boisson, qui lui souffla que tout cela n'avait rien de vrai. S'il avait été un tant soit peu méfiant, un tant soit peu reposé, un tant soit peu attentif, alors il aurait aperçu le dégoût voilé dans le regard noisette de cette femme qui, débarqué d'on ne sait où, semblait avoir trouvé l'exact moyen d'attirer son attention. Mais Darius Carter n'avait aucune raison d'être méfiant. Il n'était qu'un moldu sans histoire qui, un jour, était supposément tombé dans une crevasse et avait perdu la mémoire des suite de sa chute. Personne ne le haïssait à proprement parler. Bien sûr, on ne pouvait guère s'entendre avec toute une ville, tout un continent. Il lui était arrivé de se battre parfois avec des types plus enivrés que lui. Mais ça n'avait jamais été plus loin que quelques coups.

Jamais Darius Carter n'aurait pensé faire l'objet d'une surveillance rapprochée. Une surveillance rapprochée visant à estimer s'il devait être gardé en vie, ou non.

####

"Elle est différente," raconterait-il plus tard à ses trois meilleurs amis.

Appuyé contre l'établi, Tanner lui aurait alors adressé un sourire doux et tranquille, imperméables aux regards moqueurs d'Angus et Maddox. Des trois, il était sûrement celui qui était le moins lourd en blagues, lorsqu'il s'agissait de la vie sentimentale des gens. C'était le seul sujet qui éclipsait un peu sa stupidité congénitale — dixit Maddox. Sans doute était-il un peu fleur bleue au fond, même s'il ne l'aurait avoué de vive voix pour rien au monde. Après tout, l'amérindien tenait à sa tranquillité d'esprit.

"Ne le sont-elles pas toutes?" demanda Angus.

Toujours aussi blond, toujours aussi grand et fort. Il était penché sur la fameuse Triumph Tiger qui leurs avait été apporté une semaine plus tôt. Cette dernière avait été entièrement démonté tant certaines pièces avaient été abîmées. Maddox avait estimé qu'il s'agissait là d'un meurtre et que le sale môme responsable de cette ignominie ne devait être bon qu'à la prison parce que comment diable pouvait-on oser faire une chose pareille à une si jolie bécane ? C'était incompréhensible.

"C'est ce que tu disais de Jessica," intervint le grand rouquin du haut de sa mezzanine.

Ses doigts étaient perdu dans sa barbe rousse et tressée de perles et autre babioles qui, la plupart du temps, attisaient les moqueries de ses trois autres collègues. N'était-il pas un cliché après tout ? Ne pouvait-il pas être fort et robuste et roux sans avoir un l'air d'un fichu viking ?

"Jessica," soupira rêveusement Angus. "Jessica et ses belles formes."

"J'espère pour toi qu'elle ne t'entendra jamais dire ça, mon vieux," se moqua Tanner qui souriait désormais en coin.

Maddox ricana légèrement tandis qu'il mimait, d'un pouce glissant contre sa gorge, la mort assuré du grand blond.

"J'aimerais qu'on m'explique pourquoi on s'entoure toujours de cinglées.."

"Elles n'étaient pas toutes cinglées !"

L'intervenant rentra sa tête dans ses épaules lorsque trois regards dubitatifs lui tombèrent dessus. Il passa outre les orbes noires de Tanner, outre le bleu céruléen d'Angus, outre l'éclat moqueur ambre et noisette de Maddox. Ses ex-copines n'étaient pas cinglées, voulu-t-il appuyer. À la place, les trois hommes se mirent à énumérer les fameuses jeunes filles, abandonnant momentanément la réparation d'une bécane pour l'un et le je-ne-fout-rien-et-je-le-vit-bien pour les deux autres.

"Scheyenne était cinglée. Elle l'a suivis jusqu'à chez lui pendant trois semaines et tu t'es retrouvé avec la carcasse d'un animal mort sur ton paillasson parce que la pauvre fille s'est cru habitée par l'esprit d'un loup et que c'est comme ça que les loups font la cour."

L'amérindien foudroya le pseudo-viking de son regard. Darius échangea un regard avec Angus qui roula aussitôt des yeux. S'il y avait bien un sujet à ne pas aborder de façon critique devant l'amérindien, c'était bien celui des esprit. L'homme avait beau ne plus entretenir de contact avec la réserve de Caroline du Nord de laquelle il était originaire, il s'agissait-là toujours d'un sujet plus que sensible.

"Un peu de respect pour les esprits saleté de viking," dit-il tandis qu'un pli soucieux vint se glisser entre ses deux sourcils. "Rien ne te dit qu'elle n'a jamais été en mesure de communiquer avec eux."

Darius sauta sur l'occasion pour l'appuyer, les intérêts avant les potes, comme aurait dit Seth.

"Comme il dit ! Elle n'était pas folle juste.. euh… entreprenante et un peu, sans doute, passionnée ?"

Personne ne lui fit l'affront de commenter, mais deux regards sur trois parlèrent pour eux. Darius se renfrogna, bras croisés sur son torse. Soudainement, il se demanda pourquoi il avait fait mine d'évoquer le sujet. Ses histoires de cœurs étaient un sujet sensible chez ces grands dadais et jusqu'à présent, aucune des filles qu'il avait fréquenté n'avaient eut l'air de leurs convenir. Comme s'il avait besoin de l'approbation de ces trois têtes de pioches de toute façon ?

".. Moira l'a demandé en mariage après deux jours," continuait Angus tranquillement.

"Et Brunhilde a exigé ton premier enfant parce qu'avoir un enfant avec l'Élu ne pouvait que lui porter chance, peu importe ce que ça veut dire."

"Putain de folle de viking," grommela Tanner.

Il évita de justesse la clé à molette qui vola dans sa direction et répondit d'un majeur levé en direction du rouquin de la bande.

"Il attire les folles, c'est un genre d'aura m.."

"Ne dit pas mystique magique lunaire, ou je vais m'énerver," pointa Angus en menaçant l'amérindien dans son dos, de son outil de travail.

L'homme en question leva les mains en l'air en signe d'abandon. Son sourire ne trompa personne cependant, sur la nature de ses pensées.

"Est-ce qu'on pourrait changer de sujet ?" plaida Darius.

"Vous vous souvenez de Will ? Will s'est avéré être un homme et—"

"Will était une femme transgenre, Maddox, tu ferais bien de faire attention à ce que tu vas dire."

"Je veux juste dire que.."

"Est-ce que vous pouvez arrêter de débattre sur ma vie amoureuse…?"

"Et Will était très gentille en plus de ça, n'est-ce pas Darius ?"

"Oui, mais non mais, je veux dire par là que.."

"Les gars sérieux, stop !"

"C'est à cause des escargots ?"

"Haa ces foutus français.."

"FrançaisEs, Maddox, FrançaisEs," dit Tanner en levant les yeux au ciel.

"Darius n'a aucun soucis avec les personnes transgenre, n'est-ce pas Darius ?" ajouta le mécanicien blond en ignorant parfaitement le suscité.

"On pourrait changer de- quoi ? Non ? Je veux dire, bien sûr que je n'ai pas de soucis avec — mais bon sang c'est quoi votre soucis à vous ?"

"Tu vois ?"

"Donc on est d'accord que Will était la seule nana parfaitement normale dans le lot."

"Elle bouffait des escargots mon frère, il n'y a rien de normal là dedans."

"Est-ce que vous allez vous t.."

"Pourquoi on revient là dessus déjà ?"

"Hé, vous vous souvenez de Trish ?"

Darius poussa un profond soupir. C'était désespérant, il était désespéré. La tête plongée entre ses bras, il se demanda pour la centième fois de la journée pourquoi il avait décidé de venir bosser à l'Alice à la mort du propriétaire du garage, plutôt que de rester cloîtré à l'O'Hara. Était-il désormais condamné à devoir supporter les remarques de ses amis sur les manières de ses petites amies ? D'une oreille distraite, il écouta Maddox raconter avec ferveur comment la fameuse Trish avait été essayée de les embarquer dans un plan à cinq et il secoua la tête, sans pouvoir empêcher un fin sourire de venir lui bouffer les lèvres. Ils avaient beau faire leurs mauvaises langue aujourd'hui, ces filles avaient eut le mérite de les faire rire à défaut d'être totalement diabolique D'une oreille distraite, il écoute Angus plaider en faveur de Trish. Qu'est-ce qu'il y avait de mal à vouloir prendre du bon temps avec quatre hommes, demanda-t-il ? Au temps pour Maddox et son esprit vieillot qui peinait parfois à suivre la jeunesse. Personne ne lui fit remarquer qu'ils avaient quasiment exactement le même âge.

Au fond, il savait que ces trois ours étaient simplement trop surprotecteur, trop possessif aussi, pareil à des animaux bien trop territoriaux. Aucun d'eux n'arrivaient à se défaire du Darius qu'ils avaient rencontrés huit ans plus tôt. Le petit Darius alors âgé de seize, peut-être dix-sept ans, le petit Darius malingre, faible qui pendant un an, n'avait été en mesure d'émettre le moindre son. Ce jour-là, il n'en avait alors pas eut conscience, mais il avait gagné trois grand frère incorrigiblement bon et aimant.

"Hé," fit Angus en venant cogner le bout de sa clé de douze contre son genoux. Sa voix était alors douce et soucieuse. "Ne nous écoutes pas trop, d'accord ? Si tu pense que c'est la bonne, alors fonce."

Darius lui offrit un sourire timide. C'était rare qu'il se laissât aller à ce genre de mimique. Tout le monde avait été habitué à faire face à un gosse buté et fort et qui n'en faisait qu'à sa tête. Un gamin qui avait entouré son cœur d'une barrière, afin que personne ne puisse jamais le lui briser. Pourtant, à ce jour, il y avait bien quelques personnes qui étaient parvenu à passer outre cette pseudo-protection. Ils se comptaient sur les doigts d'une main bien sûr, mais c'était largement suffisant.

"Ouais," renchérit Maddox du haut de son perchoir. "Mais s'il s'avère que c'est encore une de ces cinglées, compte sur moi pour te faire la misère jusqu'à la fin de tes jours, gamin."

Plus tard, sur le ton de la confidence, Tanner lui proposerait d'étouffer ce fichu viking dans son sommeil histoire que le boss soit enfin tranquille.

Darius éclaterait de rire en se disant que pour rien au monde, il n'échangerait sa vie contre une autre.

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Au final, personne ne sut pourquoi Darius trouva cette fameuse Astoria aussi incroyable. Le sujet avait été oublié, comme bien d'autre avant lui, dans les méandres d'une conversation sans queues ni têtes. Et pourtant, lorsque Darius rentra chez lui le jeudi soir, il ne pouvait s'empêcher de noter les différences.

À part pour l'humour qu'il avait déjà retrouvé chez certaines de ses ex (puisqu'il s'agissait-là d'un trait que beaucoup d'autres humains possédaient), Astoria était.. indescriptible. Rafraîchissante et mystérieuse à la fois. Darius avait comme l'impression que la jeune femme était entourée d'un voile sombre, comme une aura qui, dans un murmure, lui demandait d'approcher. Viens à nous, viens à nous Darius Carter.

Outre cela, elle semblait toujours avoir les mots pour titiller sa curiosité. Quel genre de sport demandait une adresse telle que la jeune femme parvenait toujours à rattraper les objets en cours de vol ? Darius ne comptait plus le nombre de choses qu'il avait, par mégarde, fait tomber. Passée la surprise, Astoria lui avait avoué trouver cela adorable. Qui pouvait croire qu'un homme tel que lui fût si maladroit ?

Darius n'avait pas vraiment saisi la remarque. Un homme tel que lui ? Que voulait-elle dire par là ? Il avait demandé, bien sûr. Il demandait toujours lorsque quelque chose le tracassait. Mais Astoria s'était contenté de lui adresser un sourire plein de mystère.

Son amnésie l'avait particulièrement intéressée. C'était courant bien sûr, que les gens lui demandent s'il était sûr d'avoir tout oublié. Il paraît que ça revient avec le temps tu sais ? As-tu essayer l'hypnose ? Peut-être que t'étais un meurtrier et que ça t'as tellement traumatisé, que tu as décidé d'oublier. Peut-être que ta famille s'est faite buter et que ça t'as tellement traumatisé, que tu as décidé d'oublier. T'imagine un peu ? Tu pourrais avoir toute une vie, là dehors. Quoi ? Sortir avec toi ? Qui me dit que tu n'est pas juste un gros menteur et que tu n'a pas une femme et des enfants qui t'attendent ?

Darius ne comptait plus le nombre de fois où il avait entendu ces questions. Certaines avaient été blessantes, d'autres avaient hantés ses nuits. Pourquoi rêvait-il de morts et de lumières vertes et de cris perçant ? Pourquoi ne pouvait-il se souvenir de rien, même sous hypnose ? Et si ces gens avaient raisons ? Si sa mère l'attendait dehors ? Si sa femme l'attendait dehors ? Après la plupart de ses premiers rendez-vous, Darius n'avait qu'une envie: pleurer à chaude larme comme l'enfant qu'il n'était plus. Mais pouvait-il encore se prétendre adulte, lorsqu'il n'avait aucun souvenir de sa petite enfance, de son adolescence ? N'était-ce pas pour cette raison qu'il était constamment couvé ?

Astoria avait eut la délicatesse de ne poser aucune question. Enfin, disons plutôt que si ses yeux avaient été remplis de ? ? ?, sa bouche avait su rester fermée. Darius se souvint de la main délicate et pâle de la jeune femme contre la sienne. Il se souvint de son regard doux. Il se souvient de ses mots.

"Je suis désolée," avait-elle dit avec ce qu'il avait cru être une grande dose de sincérité. "J'espère qu'un jour tu trouveras le chemin vers ce que tu cherches."

Puis elle lui avait demandé s'il avait réellement vingt quatre ans parce que sérieusement, tu as l'air d'en avoir au moins trente avec ta barbe !

Ils avaient rit longuement, après ça. Et pour la première fois depuis des années, Darius se coucha après un premier rendez-vous non pas au bord des larmes, mais avec le sourire. Il rêva d'une salle blanche et lumineuse, d'horloge et de sablier. À son réveil, il n'eut aucun souvenir de cela, bien évidemment.

####

"Le Survivant est quoi ?" s'étouffa la forme cendrée dans la cheminée.

"Amnésique. Harry Potter est amnésique !"

"Et bien ça pour une surprise.."

Il y eut un moment de flottement où chacun semblait réfléchir à la signification de cette nouvelle. Si Harry Potter n'avait pas conscience d'être l'Élu alors.. C'était comme s'il n'y avait pas d'Élu, pas vrai ? La visage fait de cendre se mit à rire. Il rit un interminable moment durant. Ça n'avait rien d'amusant, pourtant. Le son n'était ni beau, ni agréable. Il faisait froid dans le dos. Il était terrifiant.

"Tu as fait du bon travail, Greengrass," dit-il.

"Maître, je ne vis que pour vous servir," promit-elle.

Elle n'obtint d'un vague rictus. Une petite voix à l'arrière de sa tête couina. Pourquoi avait-elle prévenue cet homme ? Pourquoi n'avait-elle pas gardé le secret ? L'espoir était encore présent, bien que semblable à filet de lumière sur le point de se faire bouffer par la nuit. Les sorciers murmuraient à qui voulait l'entendre que Harry Potter reviendrait. Que la haine alors, n'existerait plus, que la guerre prendrait fin.

Astoria ignora la boule qui prit forme au creux de sa gorge. Elle était un mangemort fidèle. Elle se devait de-

"Garde un œil sur lui, ma chère," murmura le Maître de sa voix suave et pleine de charme. "Garde le sous ta coupe, qu'il te soit dévoué corps et âme s'il le faut. Que tu vives le restant de tes jours avec lui, s'il le faut. Harry Potter est mort en ce qui me concerne. Ce moldu n'est rien et ferait mieux de rester dans son trou, s'il veut rester en vie."

"Oui Maître, tout ce que vous voudrez," répondit la jeune femme, comme le parfait soldat qu'elle était.

Elle fit de son mieux pour mesurer le timbre de sa voix, pour que les larmes restent à leurs place, pour que le chagrin ne soit guère flagrant. Elle avait beau se trouver à des milliers de kilomètres de l'Angleterre, elle savait que son Maître pouvait encore la punir via la marque noire sur son avant bras. Elle n'était, après tout, pas supposé faire montre de ses sentiments. Elle vivait pour le Maître. Vivait pour accomplir son devoir. Et si son devoir était de s'accoquiner avec la plèbe et ne plus jamais revoir ses proches ?

Ainsi soit-il.

"J'attends ton rapport le moins prochain et tout ceux qui suivront."

Astoria n'eut guère le temps de répondre. Lord Voldemort déjà, venait de couper la communication.