- La Fée Mélusine m'emporte… C'est la baguette de Daisy Saunières…

Daisy regardait le fabriquant, les yeux écarquillés. Totalement abasourdie par les mots de l'homme. Il était impossible qu'il connaisse cette baguette, elle avait été achetée aux Etat Unis en 1991. Son père craignant que Daisy obtienne quelque chose lui étant destiné par des moyens détournés, il l'avait emmenée loin de l'Europe. Mais d'un autre côté, que le marchand la connaisse expliquait largement le fait que la baguette en Ebène et celle en Cerisier soient jumelles. Il fit un sourire et alla dans son arrière-boutique, sous le regard interrogatif des deux jeunes femmes. Il revint avec un grand livre poussiéreux ne portant pas la marque de la boutique.

- Depuis des générations, les Galbant ont fabriqué les baguettes des Saunières. Expliqua-t-il. C'est une famille de voyageurs, ramenant des matériaux toujours plus exotiques. Ma famille était chargée d'en faire des baguettes.

- Il y a combien de ces… Exotiques en circulation ? Demanda Danika après traduction de Daisy.

- Il n'en reste que trois, la plupart de nos créations pour les Saunières se sont désagrégées à la mort de leur Sorcier. Les autres sont enterrées avec eux. Dit-il en cherchant quelque chose dans son livre le temps que la brune traduise pour son amie.

- Ma baguette a été achetée aux Etats-Unis. Il est impossible que vous l'ayez fabriquée. Répondit Daisy.

- Assurance est souvent sœur d'ignorance. Répondit-il en souriant. Ha voilà !

Il montra une page du livre ou était référencées les trois dernières baguettes créées pour les Saunières. Celles-ci furent fabriquées à la fin des années 40 par le père du marchand, il indiqua la marque sur le pommeau des baguettes que les jeunes femmes trouvèrent identiques à celles du livre.

- On appose une marque sur chacune des créations pour les Saunières, afin de les référencer dans ce livre. Une preuve de leur fabrication et de notre savoir-faire, même si maintenant ce n'est plus réellement nécessaire, vu que Madame Lucille nous a donné les fonds nécessaires pour racheter cette boutique.

Danika abandonna immédiatement la lecture du manuscrit, qui était évidement en français. Daisy aussi avait énormément de mal, ne comprenant pas tous les mots.

- Excusez-moi, ma famille a pour habitude d'écrire ces registres en vieux français, je vais vous le traduire.

Daisy lui fit un sourire de remerciement alors qu'il commençait ses explications, qu'elle traduisait pour Danika.

- Vers la fin des années 40, votre grand père a ramené trois plumes d'Oiseau Tonnerre des Etats Unis. Comme le voulait le vieil accord entre nos familles, on les a utilisés comme cœur pour des baguettes. Le livre indique que ce fut un défi de taille, on avait déjà réalisé des baguettes jumelles en de rares cas pour les Saunières, mais c'était la première fois que l'on faisait des triplées.

- C'est si rare que ça ? Demanda Danika qui suivait grâce aux traductions de Daisy.

- Vous n'avez pas idée, mademoiselle. Des triplées augmentent les risques de Priori Incantatem. Nous pensons que les animaux magiques connaissent inconsciemment le phénomène, ce qui les pousse à ne pas trop donner d'ingrédients pour les cœurs de baguettes. Bien sur ce n'est qu'une théorie répandue dans ma famille qui n'a jamais réellement trouvé d'adeptes.

- Et donc… Les baguettes ? Demanda Daisy.

- J'ignore comment les cœurs ont été obtenus, nous n'avons fait qu'honorer une commande de nos vieux alliés.

- Ça n'a aucun sens… Soupira Daisy. Tout le monde sait que les baguettes choisissent leur sorcier. Cette commande ne pouvait aboutir qu'a un conflit entre la baguette et son sorcier.

- En effet. Répondit-il en souriant. Aucune baguette Saunières n'a jamais choisi celui qui passait la commande. Elles ont toujours été fabriquées pour les enfants et les petits enfants à travers les générations depuis l'existence de notre alliance.

- Et celles-ci ?

- La première est trois est en bois d'Ebène rigide, 38 centimètres. Dit-il en désignant celle portée par Danika. La seconde est en bois de Noisetier rigide également, 42 centimètres, elle est portée aujourd'hui par Lucille Saunières. Il regarda Daisy. Et enfin… La troisième, la plus puissante des trois, est faite en bois de Cerisier rigide, comme ses sœurs, de 40 centimètres.

- A qui ont-elles appartenu avant nous ? Demanda Daisy.

- Personne. J'était encore jeune quand Mr Jaques est venu avec son épouse, madame Antaria. Cette dernière avait eu un souci avec sa précédente baguette, notre estimé ami a donc décidé de lui présenter une des trois. Elle fut choisie par celle en Cerisier. Il sourit. Puis ce fut…

- Mon tour. Déclara Lucille qui venait d'entrer dans la boutique.

Daisy se retourna et offrit son plus beau sourire à Lucille. Cette dernière s'avança et étreignit, sa petite sœur. Danika souriait, elle voyait enfin Daisy être heureuse, elle espérait de tout cœur que ça l'aiderait à guérir des blessures morales que son amie avait.

- Mademoiselle Lucille, c'est toujours un plaisir. Déclara le fabriquant en souriant.

- Monsieur Jérôme, le plaisir est partagé.

- Je suppose que vous leur racontiez l'histoire des baguettes.

- Tout à fait, mademoiselle.

- Il était en train de raconter comment les triplées ont choisi leurs sorcières. Ajouta Daisy.

- Ha oui. Lucille sourit et jeta un sortilège de traduction sur Danika pour éviter à sa petite sœur de faire l'interprète. C'était après la mort de papa, maman m'a emmenée voir les Galbant pour que je puisse essayer une des deux baguettes qui restaient. J'ai été choisie par celle en Noisetier.

- Ça n'explique toujours pas comment celle en Ebène est tombée entre mes mains.

Jérôme Galbant fit une mine renfrognée. Il était évident qu'il n'avait pas aimé la manière utilisée pour que Daisy obtienne sa baguette.

- J'admet que c'est un peu de ma faute. Sourit Lucille. Le Ministère, ou plutôt mon cher supérieur, refusait que j'aie une quelconque interaction avec les Ironwood. Elle ricana. Mais je suis du genre têtue. Par quelques pièces dans les bonnes poches, j'ai appris que notre cher ami Julius allait emmener sa fille de onze ans aux Etats Unis, pour qu'elle obtienne sa première baguette.

- Ouais… Il trouvait le travail d'Ollivander ‟trop classique″. J'en aurait bien voulu une de chez lui, étant gamine…

- Quel crétin. Grogna Danika. Tout le monde sait qu'Ollivander fait les meilleures baguettes au monde.

- Hey, la fierté anglaise, chut. Ricana Lucille.

Danika croisa les bras, un peu boudeuse. Elle n'aimait pas vraiment qu'on touche à son Angleterre.

- Et donc ? Demanda Daisy.

- J'ai vite trouvé où ton père comptait aller, en même temps il n'acceptait d'acheter des baguettes que dans une seule boutique en Louisiane, outre atlantique. J'ai dû verser un peu d'argent pour que le marchand accepte de te faire tester la baguette en Ebène avant les siennes, mais mon pari a payé.

- Attends… Tu lui as vendu la baguette ?

- Et quoi encore ? Ria Lucille. Non je l'ai payé pour qu'il te fasse essayer une baguette, si elle ne te choisissait pas, je la récupérais et la ramenait au coffre familial. Dans tous les cas, le marchand gagnait de l'argent.

- En gros… Le père c'est fait pigeonner.

- Du début à la fin.

Daisy n'en revenait pas. Sa sœur qu'elle n'avait jamais connue, prenait soin d'elle comme elle le pouvait depuis tout ce temps. Jérôme Galbant lui remit un livre détaillant les accords entre leurs familles, lui demandant de lui ramener quand il serait lu. Puis vint la question de leur visite ici : la baguette de Danika. L'artisan se pencha sur la baguette cassée, soupirant. Elle était brisée en quatre morceaux, au-delà de toute réparation, il regarda Danika d'un air désolé.

- Je suis désolé, mademoiselle. Votre baguette est irréparable.

Danika versa à nouveaux des larmes sur sa première baguette, elle y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Elle se réfugia dans les bras de Daisy qui la câlina pour la réconforter. Pire, elle n'avait pas les moyens de racheter une baguette de facture supérieure en France, encore moins chez Ollivander si elle retournait exprès en Angleterre.

- Je te la paye, Dani… Soupira Daisy. Tu sais que ce n'est pas l'argent qui me manque…

- Je… Je ne veux pas vivre d'emprunt… Soupira la châtaine.

- Voie ça comme un cadeau.

Sa générosité lui allait droit au cœur, Danika fixa Daisy avec des yeux larmoyants. Elle n'avait jamais pu avoir de baguette fabriquée par Ollivander, elle n'en avait pas les moyens. Ayant été obligée de se rabattre sur la seconde boutique du Chemin de Traverse, moins bien réputée. Lucille leur fit cependant marquer un temps d'arrêt.

- Attendez les deux dépensières.

- Quoi ? Demandèrent-t-elles en cœur, l'une en anglais et l'autre en français.

- Danika c'est ça ? La concernée opina du chef. Tu as pu utiliser la baguette de ma sœur contre De Valette, non ?

- Oui pourquoi ?

- Galbant ?

- Les baguettes d'Ebène sont un reflet de la force des convictions et de la fierté de montrer ce qu'on est.

- Bah c'est mal barré… Je cache… Elle se stoppe.

- Il n'y a pas que ça dans la vie. La repris Daisy. Mais oui ça en fait partie.

- Par contre… Pour que la plume de Rex t'obéisse, tu dois être réellement loyale à ma sœur. Commenta Lucille. Jérôme, vous pouvez regarder.

- Bien sûr.

- Rex ? Interrogea Daisy.

- C'est le nom de l'Oiseau Tonnerre, il est mort avant ma naissance mais père m'a beaucoup parlé de lui.

- Permettez que j'examine votre baguette ? Demanda Jérôme.

Danika lui tendit, un peu tremblante. C'était celle de Daisy, elle y faisait extrêmement attention maintenant qu'elle n'était plus dans le feu d'un combat. Galbant la manière, la fit tourner sur ses doigts en écoutant le bruit de l'objet à son oreille.

- Mhhh… Compliqué… Mademoiselle Daisy ? Puis-je voir la vôtre ?

La brune tendit la sienne en se demandant où il voulait en venir, puis il répéta son manège avant d'afficher une expression de certitude. Il posa les deux sur son comptoir.

- Nous sommes face à un cas… Spécial… Soupira-t-il. L'allégeance de la baguette d'Ebène est floue.

- C'est-à-dire ?

- Elle s'est sentie devenir inutile, quand la baguette de Cerisier c'est liée à Mademoiselle Daisy. Néanmoins… Mademoiselle Danika n'étant pas ce qu'elle attendait, elle se contente de lui accorder un droit d'utilisation.

- Je vois… Donc la baguette être totalement mienne… Soupira Danika. Je risque quelque chose à l'utiliser ?

- Strictement rien, tant que vous restez loyale à Mademoiselle Daisy.

- Je préfèrerais que Morgane m'emporte plutôt que trahir celle qui m'a sauvé la vie.

- Alors vous pouvez l'utiliser sans risques.

Lucille et Daisy se concertèrent du regard, Danika avait été bouleversée par les évènements chez De Valette. Même si elles se connaissaient peu, elles étaient du même sang, les deux sœurs ne mirent pas longtemps à comprendre qu'arracher la baguette en Ebène des mains de la châtaine serait courir à la catastrophe. D'un autre côté, ça gênait Daisy de voir son amie s'accrocher encore plus à elle via cet objet. Elle s'approcha de Danika, posant une main dans son dos.

- Il serait quand même plus sûr de t'en acheter une autre… Soupira Daisy.

- Tu as peur que je casse la tienne ? Demanda-t-elle, lui reprochant presque un manque de confiance.

- Non. Répondit Daisy en faisant un sourire se voulant réconfortant. Mais les baguettes ont leurs propres règles… Toi qui les étudies, tu le sais mieux que moi. J'ai peur qu'il t'arrive quelque chose… Imagine qu'un jour on se fâche, la baguette pourrait se retourner contre toi…

Danika baissa la tête. Elle savait que son amie avait totalement raison, mais elle refusait de lâcher la baguette. Elle avait pourtant étudié les baguettes et connaissait les risques d'en utiliser une qui ne nous appartenais pas. Elle soupira en la rangeant dans sa poche de manteau. Daisy la laissa faire, prétextant que c'était mieux pour elle de la garder pour le moment, même si elle ne s'en servait pas. Après tout, s'en servir était ce qui avait sauvé la vie au duo. Mr Galbant revint avec plusieurs étuis, il passa un moment à observer Danika tout en regardant les étuis un à uns. Il finit par lui en tendre une, mais le mouvement leur valu quelques emballages en pleine tête.

Il y eu deux autres essais ratés, Daisy pris sur elle de décrire comment elle voyait Danika, en omettant aucun détail. Mr Galbant retourna alors dans son arrière-boutique, clamant qu'il avait loupé le détail faisant toute la différence. Il revint avec un étui différent des autres, tendant une baguette de 26 cm à Danika.

- Tenez, Bois de Charme, 26cm souple. Cheveu de Vélane.

Danika pris la baguette sa main droite et fit le geste. Elle senti alors l'afflux de puissance en elle, sa nouvelle baguette s'accordant avec elle. Elle la sentait bien plus passionnée et puissante que son ancienne, avec un caractère bien trempé. Les deux sœurs furent plutôt surprises qu'un tel cœur ait choisi la châtaine. Elles se regardèrent, puis tournèrent leurs yeux vers Galbant.

- Surprenant… D'ordinaire un tel cœur choisi quelqu'un de son espèce. Déclara Lucille.

- A dire vrai, elle était à l'origine destinée à l'une de vous deux. Mais en voyant le comportement de mademoiselle Danika avec votre petite sœur…

- Vous avez tenté le coup…

- Simple question… Qui était la donneuse ? Demanda Daisy.

- Votre mère, madame Antaria.

Daisy roula des yeux, elle était sans doute la seule à savoir ici que cette baguette avait une jumelle. D'un autre côté, l'obtention de cette baguette montrait que Danika était acceptée par sa famille et pas seulement par un animal. La concernée fixa Daisy, se jetant dans ses bras, elle était parvenue à la même conclusion que la brune. Cette dernière sourit et paya la baguette, elle n'était pas au coffre, c'était un des secrets de sa mère qui avait été remis en boutique quand Lucille avait été choisie par l'autre baguette. Les trois femmes sortirent de la boutique, le professeur Haywood les attendaient à la sortie, tapant du pied.

- Vous en avez mis du temps… Soupira Penny.

- On a appris au passage l'histoire de mes baguettes. Répondit Daisy.

- Vous seriez d'ailleurs aimable de nous remettre celle en Cerisier, elle est sous l'autorité du Ministère pour le moment.

- Du Ministère Français depuis la réquisition. La repris Lucille. Et en tant qu'Auror en charge de cette baguette, je décide de la rendre à sa propriétaire. Vous aurez les papiers demain matin sur votre bureau qui feront de Daisy S… Ironwood, sa propriétaire légitime.

- Bien… Et Miss Rooks ?

- J'en ai une toute neuve. Dit-elle en la montrant.

- Et de magnifique facture. Commenta Penny en souriant. Bien sûr, c'est loin du savoir faire de Mr Ollivander, mais elle reste magnifique.

- Les anglais… Soupira Lucille en français.

- Pardon ? Demanda la professeure qui n'avait pas sortilège de traduction.

- Je disais combien les anglais sont aimables. Sourit Lucille.

Penny n'en crut pas un mot mais n'insista pas. L'Auror raccompagna le groupe à la pension, elle y fut même invitée par Sofia qui était revenue entre temps avec Talbott. Penny laissa les élèves pour rejoindre ses deux amis, Daisy et Danika purent ainsi passer un peu de temps avec Lucille qui leur apprit l'hospitalisation de Maxime. Le Doloris avait un peu secoué le jeune Auror, mais il allait s'en remettre et recevoir son écusson. Plusieurs élèves s'interrogèrent sur cette grande femme qui était avec Daisy et Danika, une étrangère qui avait été autorisée à entrer dans la pension louée par Poudlard. Mack resta à distance, se disant que c'était tout sauf le moment d'ennuyer Daisy.

Les trois femmes passèrent la soirée ensemble et Lucille étreignis sa petite sœur en lui promettant de passer tous les jours à la fin de ses cours pour apprendre à la connaitre et rattraper toutes les années qu'elles avaient perdues. Puis elle parti en compagnie de Talbott pour qu'une collaboration entre l'anglais et la française puisse se mettre en place. « Pour le pire… » se dit Daisy.


Et voila pour cette passe de publications :)

A bientôt pour la suite.