Peyredragon, 288 AC
Serena lève un visage blême sur Mestre Cressen, et murmure:
« C'est impossible »
Le vieux mestre la regarde et secoue la tête, un regard déçu et sévère, tel que sa maîtresse ne lui en a jamais vu. Elle sait qu'elle est la cause de sa déception, et se sent humiliée et triste.
« Je vous jure par tous les dieux, Cressen, je vous ai obéi en tout point. Et Stannis aussi. D'ailleurs, il pourra vous le confirmer! » se défend elle avec virulence. Elle reste la maîtresse de cette forteresse, et n'est plus une enfant pour subir de telles remontrances.
« Et pourtant, vous attendez un enfant, alors comment expliquez-vous cela? » crie Cressen à son tour.
« Je ne sais pas! » se lève Serena brusquement, alors qu'elle était allongée sur le lit dans la salle où le Mestre l'examine quand elle ne se sent pas bien. Des nausées et des douleurs aux seins l'avaient poussé à aller le voir: elle n'avait même pas pensé être enceinte, elle soupçonnait un problème avec ses lunes, étant donné qu'elle ne les avait pas eu depuis quelques temps. Cressen lui avait dit très vite qu'elle était enceinte.
« Je suis votre Dame, Mestre. Je vous demande de me parler avec respect. Je n'ai pas à être désolée d'être enceinte » dit-elle froidement.
Le mestre la regarde et, après une brève hésitation, s'incline:
« Je suis simplement très inquiet pour vous, madame. Une nouvelle grossesse... c'est un gros risque... Il faudra que je vous voie tous les jours »
« Bien sûr, je comprends tout à fait, Mestre » s'adoucit Serena. « Je suis moi aussi inquiète... mais tellement heureuse... » s'autorise t'elle à sourire.
Cressen esquisse un sourire à son tour, et réplique:
« Je vais demander au cuisinier d'adapter les menus, et... il faudrait éviter tout rapport sexuel » rougit-il.
Serena acquiesce, se demandant comment Stannis va prendre la nouvelle.
« Quand pensez-vous que le bébé naîtra? » demande-t-elle.
« Je dirais au milieu de l'année prochaine » acquiesce Cressen.
Après un bref hiver, l'été est de retour depuis la fin de 288 AC. Serena est heureuse de voir son enfant naître en été: elle se souvient trop bien des bébés qui mourraient, malgré tous les soins que leurs parents leur prodiguaient, durant les longs hivers.
« Vous devez absolument vous reposer, madame. C'est très sérieux » insiste le mestre et Serena acquiesce, l'air grave. Alors qu'elle quitte la pièce, souriant à l'idée d'annoncer la nouvelle à Stannis qui doit arriver le lendemain, Serena arpente les couloirs de Peyredragon jusqu'au jardin d'Aegon. L'odeur de résine lui soulève le cœur, elle qui adorait cette senteur il y a encore quelques quinzaines.
Elle cherche Jon au milieu des fougères et des canne berges. Elle finit par le trouver, au pied d'un églantier, une épée en bois à la main, réalisant les manœuvres que Ser Rolland Storm, un chevalier très fidèle à Stannis, lui a appris. Jon aime beaucoup son maître d'armes, et l'affection et l'estime sont réciproques. Le jeune garçon montre déjà un talent certain pour le maniement de l'épée, et Serena est très fière de lui. Quand il la voit, le garçon jette son épée à terre, court vers elle et l'enlace tendrement, levant vers sa mère ses yeux gris, ses yeux de Stark. Elle lui sourit et passe une main dans ses boucles noires.
« J'ai une grande nouvelle Jon » murmure t'elle.
« Père est arrivé? » demande le jeune garçon plein d'espoir.
Serena éclate d'un rire attendri:
« Demain, petit seigneur, demain. Non, ce n'est pas à propos de ton père. Quoique, si, un peu. Un bébé grandit dans mon ventre » regarde t'elle Jon, attendant sa réaction.
Le garçonnet la fixe du regard:
« C'est vrai? »
Serena acquiesce et Jon sourit de toutes ses dents, avant de déposer un très long baiser sur le ventre de sa mère. Elle ferme les yeux, la sensation la faisant frissonner de bonheur.
« Est-ce un garçon ou une fille? » demande Jon, les yeux brillants.
« Impossible de le savoir » rit Serena.
Jon garde un air très sérieux:
« Bien sûr que vous pouvez le savoir » pointe t'il son petit doigt sur son sein. « Ici » conclut-il.
Serena le regarde un moment sans réagir: elle est subjuguée par ce petit être, qu'elle voit grandir chaque jour. Jon devient un garçon bon, généreux, altruiste, sans toutefois oublier son futur rôle de seigneur de Peyredragon. Lorsque Stannis vient les voir, on ne peut les détacher l'un de l'autre. D'ailleurs, le père implique son fils dans toutes les activités impliquant le peuple de Peyredragon: lorsque Stannis reçoit les doléances, ou lorsqu'il consulte ses vassaux pour connaître leur opinion sur un de ses projets, Jon est là. Serena a eu du mal à accepter cela, arguant que son fils n'est qu'un enfant, mais son époux a eu d'autres arguments, souhaitant préparer son fils le plus tôt possible à son futur rôle.
« Mère? » la rappelle Jon, les sourcils froncés.
« Pardon » sourit-elle. « J'étais perdue dans mes pensées. Pour répondre à ta question, je pense que ce sera une fille »
Le visage du garçon s'éclaire d'un large sourire et il applaudit:
« Oui! Une petite soeur! »
Serena part dans un éclat de rire et le soulève pour le porter dans ses bras.
« Aimerais-tu retourner à Port-Réal quand ta petite soeur sera née? Pour rester avec tes cousins? »
« Oui! » s'exclame Jon en levant les bras au ciel et ils rentrent au château riant et criant.
Le lendemain, c'est en lui tenant la main qu'elle se dirige vers le port pour accueillir Stannis. Elle ne lui dit pas tout de suite, voulant attendre qu'ils soient seuls. Elle attend le dîner, qu'ils partagent en petit comité: les époux, l'enfant, et Cressen. Alors que Stannis mange de bon appétit, Serena frôle sa main de la sienne, et il lève les yeux sur elle, l'interrogeant du regard. Mais alors qu'elle ouvre la bouche pour lui dire, c'est la voix surexcitée de Jon qui résonne dans la pièce:
« Mère a un bébé dans son ventre! Une petite soeur pour moi! » dit-il fièrement et Serena glousse de rire, alors que la fourchette de Stannis tombe lourdement sur les dalles de la salle à manger. Jon se tait immédiatement, le rire de Serena s'évanouit. Stannis, sans un mot, regarde Cressen, qui hoche la tête de bas en haut:
« Le bébé semble fort, monseigneur. Et votre épouse se sent bien »
Le seigneur hoche la tête à son tour, et reprend sa fourchette qu'un domestique a remis à côté de son assiette, mangeant à nouveau.
C'est lui qui couche Jon dans sa chambre, et Serena se déshabille en l'attendant, caressant son ventre encore plat. Elle jure y voir une bosse se dessiner, mais elle pense que ce n'est que son imagination. La porte s'ouvre sur Stannis, qui lui sourit légèrement:
« Il s'est endormi, malgré une grande excitation »
Serena le regarde:
« Es-tu déçu que je sois enceinte? » demande-t-elle sans détour.
Stannis hoquette de surprise:
« Absolument pas voyons. Je suis heureux, si heureux. Mais... je ne comprends pas comment cela a pu se produire et... je t'avoue que... j'ai un peu peur »
Elle lui lance un regard désolé et lui ouvre ses bras. Il s'y précipite, et elle caresse son dos et ses cheveux avant de déposer un baiser sur son cou:
« Tout ira bien. Je le sais, je le sens. Et je viendrai te rejoindre dans la capitale, dès que je serai remise de l'accouchement, d'accord? »
Stannis acquiesce, l'embrasse tendrement et se déshabille à son tour. Il serre son corps nu contre le sien:
« Cressen a dit que... que l'on ne devait pas... » murmure Serena. Elle sent son époux acquiescer, mais il la prend quand même dans ses bras, la dépose dans leur lit et s'allonge derrière elle, protégeant son ventre de sa main. Serena sourit en caressant ses doigts, et éteint la bougie avant de sombrer dans un sommeil paisible.
