Port-Réal, 289 AC

Les rayons du soleil réveillent Stannis ce matin, perçant à travers les rideaux, et faisant grogner le jeune seigneur. Prenant l'oreiller à côté de lui, il le pose sur son visage pour se protéger de cette lumière aveuglante. Serena, qui dort à côté de lui, proteste faiblement, et se love contre lui.

« C'est trop tôt » marmonne t'elle.

Les paupières de Stannis vacillent, luttant pour s'ouvrir, entre fatigue et devoir. C'est le deuxième qui l'emporte et il s'assoit dans le lit, se frottant les yeux, avant d'embrasser le dos de sa femme.

« Repose-toi » ordonne t'il. Il écarte les draps, pose les pieds par terre, et se lève. Serena le regarde paresseusement, ses yeux errant sur ses fesses et ses dents mordillant ses lèvres. Une puissante et brutale crampe la fait presque gémir de désir, et elle doit se mordre la lèvre encore plus fort pour se taire. Sa grossesse se déroule à merveille, au grand étonnement de tout le monde, Cressen et Pycelle compris. Quand elle a dépassé les premiers temps si fragiles, elle a rejoint Stannis avec Jon. Ravi de retrouver son cousin, il avait malgré tout été plutôt mal accueilli: les deux enfants n'ont rien en commun. Joffrey est geignard, et collé à sa mère, capricieux et déjà cruel. Jon, lui, indépendant et affable, est apprécié par tout le monde au Donjon Rouge, notamment les domestiques, et Robert. D'ailleurs, quelques jours après son arrivée, Robert l'avait emmené à la chasse, contre l'avis de son père Stannis.

Celui-ci quitte la chambre alors que Serena s'est déjà rendormie, et se dirige vers la salle du Conseil, où il est le premier à pousser les portes. Il s'installe sur son siège, bien habitué à devoir attendre son frère. Varys est le deuxième à apparaître et ils discutent, courtoisement mais sans amitié: Stannis se méfie de cet homme, pardonné par Robert à l'issue de la rébellion, mais dont il doute de la loyauté envers son roi. Il se sent bien plus à l'aise lorsque les autres membres arrivent, notamment Renly, son petit frère. Il ressemble de plus en plus à Robert, pense-t-il en le voyant s'assoir, ayant à nouveau dépensé des sommes folles dans de nouveaux habits. Personne n'aurait pu se douter que cet enfant, maintenant presque un adolescent, ait vécu un siège durant une année entière. À présent, son arrogance exaspère Stannis, qui reproche à Robert sa mauvaise influence sur lui. Le roi est, comme à son habitude, le dernier à se montrer, mais aujourd'hui, il tient dans sa main un parchemin qu'il tend à Lord Arryn sans un mot. Sa mine est grave mais Stannis voit dans ses yeux briller une lueur qui avait depuis longtemps disparue. Jon lit le parchemin, avant de le reposer sans un mot sur la table, et de le glisser à son plus proche voisin, Stannis. Alors que le seigneur le lit et le fait passer à tous les autres membres, Robert prend la parole:

« Balon Greyjoy nous a écrit pour nous informer de son intention de devenir roi du Sel et du Roc » éclate t'il de rire.

« Il veut devenir roi à ta place? » s'étonne Renly.

« Non, mon garçon. Il veut l'indépendance de ses maudites îles » Robert tonne.

Stannis écoute, religieusement. Balon Greyjoy, seigneur des Iles de Fer, a toujours eu des velléités d'indépendance, mais la situation prend une tout autre tournure. Déjà, il voit Robert se redresser, sa voix plus chaude, ses yeux plus brillants, et un étrange frisson parcourt son échine: la guerre est là, à nouveau. Pas question de subir encore un siège cependant. Robert se tourne vers son frère et lui ordonne de préparer la flotte royale. Stannis acquiesce, l'air grave, et le roi reprend:

« Qu'on envoie des missives à tous les seigneurs des Sept Couronnes. Nous verrons bien la sincérité de leur loyauté, maintenant. »

Et sur ces paroles, il quitte le conseil restreint, sans même écouter l'ordre du jour. Jon Arryn reste, et reprend les problèmes généraux avec les autres membres du conseil. Robert ne s'intéresse pas à la politique, mais là, c'est une guerre qui se prépare, et Stannis sait qu'il s'investira bien plus dans une bataille que dans son royaume. Il est infiniment chanceux d'avoir Jon comme main du Roi. En a-t-il même conscience?

Les messages affluent par dizaines au cours des jours qui suivent: Robert reçoit le soutien du Nord, bien évidemment, des Lannisters, du Conflans et du Bief. Seule Dorne ne répond à l'appel de Robert que pour affirmer sa neutralité. Les relations entre Doran Martell, le prince de Dorne, et Robert ne se sont jamais réchauffées malgré le mariage futur de Renly et Ariane. Robert ne s'en soucie pas vraiment: il a besoin de marins pour combattre les Greyjoy, et Dorne ne compte pas parmi les plus doués sur la mer. Les Greyjoy, eux, n'ont aucun soutien si ce n'est celui de leur propre peuple. Très combattif et pillard, ils ont toujours eu mauvaise réputation au sein du royaume: la vie dans les Îles de Fer est rude, et l'on y manque de tout. Cette rébellion n'est qu'un retour aux traditions après que le peuple Fers-Né aient vu dans la présence croissante des Mestres et des Septons une invasion, et une volonté de détruire leur culture.

Stannis doit en informer sa femme et son jeune fils: il craint que le choc de le savoir partir en guerre ne fasse du mal au bébé qui grandit dans le ventre de sa mère. Lorsqu'il entre dans leurs appartements, il sait, en outre, qu'il ne verra pas la naissance de son enfant: Serena est proche d'accoucher, et la rébellion ne pourra certainement pas être matée en un mois ou deux. Elle lui sourit quand il entre, mais il la fait s'assoir, et prend ses mains dans les siennes:

« Je dois te dire quelque chose... » il prend une grande inspiration. « Balon Greyjoy a déclaré la guerre à Robert. Je dois soutenir mon frère, et partir en guerre avec lui »

Serena blêmit, et serre ses mains:

« Mais... mais... notre bébé... ne peux-tu retarder ton départ, le temps que je le mette au monde?... »

Stannis secoue la tête doucement:

« Je suis désolée, mon amour. Tu sais à quel point j'aurai aimé être là. J'ai manqué la naissance de Jon, je vais manquer celle-là... écoute, je vais demander que Cressen vienne ici »

« Ne serait-ce pas plus raisonnable que je parte à Peyredragon? » demande-t-elle. « En ton absence, c'est moi qui veillerait sur nos terres » affirme t'elle. « Et je t'avoue que je n'ai aucune envie d'accoucher seule ici, même si Cressen est avec moi. »

Son époux acquiesce silencieusement, et lui donne un long baiser:

« Qu'il en soit ainsi. Dis aux domestiques de rassembler vos affaires, et prends Jon avec toi pour me dire au revoir. »

« D'accord » soupire t'elle, lasse, et elle s'accroche à l'épaule de Stannis pour se relever. Il ne peut s'empêcher de sourire en la voyant marcher devant lui, les pieds écartés comme ceux d'un canard, malgré toute la noblesse qu'elle essaie de garder. Il rejoint ses hommes, leurs bateaux, et, alors qu'il attend que Serena arrive, Davos, qui l'a évidemment rallié, vient le prévenir, hors d'haleine, que les Fer-Nés ont déjà lancé leurs attaques: à Salvemer, d'abord, une forteresse qui protège le Conflans, les terres de Lord Tully, et à Port-Lannis, la ville portuaire des Lannister. Les pertes sont terribles, et si Lord Jason Mallister, le seigneur de Salvemer, a tué l'un des fils de Balon, Rodrick, et a repoussé ses forces, la situation est toute autre pour l'autre attaque. Celle-ci a été perpétrée par deux des frères de Balon, Euron, le plus combatif et effrayant de toute la famille, et Victarion, le commandant de la flotte des Fer-Nés. La flotte des Lannister était au mouillage et, avant que les hommes aient pu réagir, elle a été détruite. C'est un coup dur pour Robert, mais qui ne fait que renforcer sa détermination.

Serena arrive sur le quai, tenant Jon par la main, et Stannis les embrasse tous les deux, sous les yeux de Davos.

« Prends soin de ta mère » dit Stannis à Jon. « Je te rapporterai quelque chose des Îles de Fer, que voudrais-tu? »

Jon essaye de réfléchir aussi vite qu'il peut:

« Un bateau! »

Stannis éclate de rire:

« Un bateau comme celui-là? » montre t'il son vaisseau.

« Non, un bateau que je pourrai faire flotter dans mon bain, ou dans les fontaines! » s'exclame Jon, ravi.

« D'accord » Stannis lui serre la main. « Tu auras ton bateau »

« Merci Père » Jon serre ses bras autour de sa taille et lui lance un regard plein d'admiration.

Il ne pleure pas lorsque son père monte à la poupe de son navire, et les salue de sa main levée. Il entend sa mère sangloter, il sent ses ongles s'enfoncer douloureusement dans sa main, mais il ne pleure toujours pas. Son père est fort, courageux, il sait qu'il reviendra. Pourquoi pleurerai t'il? Quand il sera avec eux, il lui racontera les batailles et Jon, même s'il aura un peu peur, sera surtout fasciné, et l'admirera encore un peu plus. Il se tourne vers sa mère quand tous les bateaux ont disparu à l'horizon:

« Allons, Mère, il faut vous reposer »

Et, comme le lui a demandé son père, c'est lui qui la ramène au Donjon Rouge, avant qu'ils ne fassent voile, eux aussi, mais pour Peyredragon.