Belle Île, 289 AC

Stannis, dans la cabine de son vaisseau, regarde Davos, une carte dépliée sur la table. De petits vaisseaux en bois y sont disséminés, marquant les positions de chaque armée.

« Nous n'avons jamais été craints sur la mer, et je pense que c'est une force » explique Stannis en déployant les vaisseaux miniatures portant le cerf Baratheon. « Les Fer-Nés sont fiers, et arrogants. Ils nous sous-estiment, j'en suis sûr. »

« Nous ne devrions pas commettre la même erreur, ne pensez-vous pas? » Ser Davos avance prudemment.

Stannis le regarde en souriant et incline la tête:

« Je ne sous-estime jamais mes ennemis. Mais je veux que cette rébellion soit vite terminée. J'ai une femme et bientôt deux enfants à rejoindre. Je pense que vous êtes tout aussi impatient de rentrer chez vous, Ser Davos? »

L'ancien contrebandier sourit et hoche la tête de bas en haut:

« Bien sûr, monseigneur. »

Les yeux de Stannis se reposent sur la carte:

« Nous allons prendre la flotte de Victarion en étau » explique-t-il en déplaçant certains de ses vaisseaux devant la flotte de Fer, et d'autres derrière. « Les vaisseaux arrières prendront un peu de retard, pour que Victarion croit que la victoire lui est acquise » recule t'il les galères légèrement. Il avance celles de Victarion, puis les siennes qui attaqueront par l'avant:

« La bataille commencera là. Et alors que tous seront occupés à se battre... » il laisse sa phrase en suspens et rabat les vaisseaux de son arrière-garde sur les poupes des bateaux Fer-Nés. « Ils devront battre sur deux fronts. Nous frapperons dur, et fort. »

Ser Davos ne quitte pas la carte des yeux:

« Très astucieux » complimente t'il son suzerain.

« Ravi que cette stratégie vous plaise, car vous commanderez l'arrière-garde. »

Davos perd son sourire, bouche bée devant cette nouvelle inattendue:

« M-moi, monseigneur?! »

« J'ai une totale confiance en vous » acquiesce Stannis.

« Mais, peut-être un commandant plus aguerri, ou un noble plus... noble... serait un meilleur choix » proteste Davos.

Stannis, qui a déjà ouvert la porte de sa cabine pour sortir, se retourne lentement et fixe des yeux son chevalier:

« Êtes-vous en train de discuter mes ordres, Ser Davos? »

Celui-ci secoue la tête rapidement, et Stannis le salue d'un signe de tête, avant de quitter la cabine.

Peyredragon

Serena se réveille épuisée, comme tous les matins: entre les cauchemars, et les rêves de loup, où elle a l'impression de vivre dans la peau de la louve qui était autrefois sa plus proche confidente, son sommeil n'est que rarement réparateur. Cressen est de plus en plus inquiet pour elle, et sa maîtresse commence à lui mentir, pour ne plus l'effrayer et l'angoisser. Elle se redresse dans son lit, difficilement, et sent son bébé bouger dans son ventre:

« Bonjour, petit faon » sourit-elle en posant sa main sur son ventre. « J'espère que tu as mieux dormi que moi » soupire t'elle en se levant. Elle regarde la mer par la fenêtre de sa chambre, si paisible, si calme. Elle guette à nouveau le signe d'une voile, mais l'horizon reste désespérément vide. Elle ferme les yeux, imaginant Stannis manœuvrant son bateau sur la mer des Fer-Nés. Elle est si fière de lui, de son courage. Mais il lui manque, terriblement, et à Jon aussi. Le pauvre petit garçon pleure chaque soir, réclamant son père. Il ne pensait pas que son père serait absent si longtemps, et il se met aussi beaucoup de pression, se considérant à présent comme l'homme et le seigneur de la maison. Malgré tout, il reste un petit garçon, terrifié à l'idée de ne jamais revoir son père. Serena secoue la tête tristement, et se décide à quitter sa chambre pour aller manger un peu. Dans la Grande Salle, Jon est déjà levé, mangeant silencieusement, et Serena passe une main dans ses cheveux avant de les embrasser tendrement. Il lève la tête vers elle:

« Bonjour, Mère »

« Bonjour, mon fils » répond-elle, s'asseyant à ses côtés.

Ils mangent ensemble, puis Serena se prépare pour recevoir le peuple qui lui transmet ses doléances. Elle joue ensuite avec son fils, mais remarque, après le déjeuner, du sang sur sa robe. Paniquée à l'idée que quelque chose soit arrivé au bébé, elle se précipite dans le bureau de Cressen, qui l'examine immédiatement.

Après quelques secondes de silence qui lui paraissent une éternité, il la regarde:

« Le travail a commencé, madame »

« Quoi?! » se redresse Serena aussi brutalement que si on l'avait piqué. « Non, non, non » balbutie t'elle. « J'ai besoin... je veux attendre mon époux! »

« Votre bébé va naître aujourd'hui, madame, que vous le vouliez ou non » Cressen insiste et Serena écrase une larme de frustration, mais acquiesce.

Elle quitte la chambre avec des domestiques pour qu'ils l'accompagnent dans ses propres appartements, et elle fait venir Jon pour lui expliquer ce qui se passe. Le petit garçon l'écoute avec gravité, et se montre très courageux, mais Serena préfère qu'il reste à l'écart. Le travail est long, et ce n'est qu'à la tombée de la nuit que Cressen lui dit qu'elle peut enfin commencer à pousser. Elle attrape la main de Keynaa, sa plus fidèle domestique, et la serre fort alors qu'elle pousse de toutes ses forces. La sueur perle sur son front, bientôt coulant sur son visage. Keynaa l'éponge doucement, murmurant des mots d'encouragement à sa maîtresse. Après une nouvelle heure passée à serrer main et draps, et à se retenir de hurler de douleur, Cressen lui annonce enfin qu'il voit la tête de son bébé. Elle pousse un soupir de soulagement, et rassemble le peu d'énergie qui lui reste pour pousser à nouveau. Bientôt, un autre cri se mêle aux siens, et elle retombe sur les draps lourdement. Cressen regarde le bébé qui vient de pousser son premier cri, et regarde Serena les larmes aux yeux, exactement comme pour la naissance de son premier enfant. Il l'enveloppe délicatement dans une serviette, et la dépose sur la poitrine de Serena.

« Félicitations Madame, vous avez une petite fille parfaite » dit-il en appuyant sa main sur son front, et en souriant gentiment.

Serena ne peut répondre, submergée par l'émotion et fondant en larmes. D'ailleurs, tout le monde pleure dans la salle, et bientôt, Cressen fait sortir les autres domestiques. Serena a déjà mis sa fille au sein, et Cressen la baigne puis l'habille légèrement avant de la rendre à Serena. La dame de Peyredragon demande à ce qu'on aille chercher Jon, afin qu'il rencontre sa petite soeur.

Belle Île

Stannis garde les yeux rivés sur l'horizon, alors qu'il s'avance, à la tête de son armée, vers les positions des Greyjoy. Les hommes sont impatients de se battre, il peut sentir leur nervosité et leur hâte. Soudain, devant eux, apparaissent les premières voiles de Victarion. Stannis se tourne vers ses hommes et leur hurle de se préparer pour la bataille. Les archers préparent leurs flèches, prêts à les tremper dans le feu, et les hommes dégainent leurs épées en hurlant. Le chenal est étroit, mais Stannis a confiance en son plan. Il s'accroche à un cordage alors que les bateaux se rapprochent dangereusement les uns des autres. Le choc est terrible lorsque le bateau de Stannis heurte de plein fouet celui du frère de Balon Greyjoy, Aeron. Le « Typhon d'or » est pourfendu en deux par les bois du cerf sculpté à la proue de sa galère. Les hommes hurlent alors qu'ils coulent, et Stannis, y voyant un signe, ordonne à ses hommes d'attaquer. Les flèches enflammées volent vers les bateaux Greyjoy, mais les Fer-Nés abordent les bateaux de Stannis, et la bataille, sanglante et sans pitié, commence. Stannis abandonne vite le gouvernail, et se jette au côté de ses hommes, tuant tous les Fer-Nés qu'il croise. Ils sont bien plus nombreux qu'eux, mais il aperçoit déjà les voiles de la flotte de Davos. Ses ennemis, eux, croyant la victoire déjà gagnée, ne se rendent même pas compte de la manœuvre. C'est le son des cors de guerre des autres hommes des Terres de l'Orage qui les font se retourner. Ils essayent de repartir sur leurs vaisseaux pour attaquer Davos et ses galères, mais la moitié d'entre eux brûlent déjà. Victarion se rend compte de son énorme erreur, mais continue de se battre, coûte que coûte. Ce n'est que quand les hommes de Davos fondent sur les siens en hurlant, qu'il voit ses vaillants compagnons se faire massacrer, qu'il jette les armes, et ordonne à tous de cesser le combat.

Les pertes sont colossales pour les Greyjoy: ils ne contrôlent plus les mers, et ont perdu beaucoup d'hommes. Victarion et Euron sont faits prisonniers, Aeron est porté disparu. Sans leur supériorité maritime, la rébellion est quasiment finie.