Port-Real, 295 AC
Trépignant d'impatience, Serena fait les cent pas devant la porte du Donjon Rouge. A ses pieds, ses jumeaux tentent quelques pas sur leurs jambes encore chancelantes. La petite fille tire sur la robe de sa mère, mais Serena la repousse sèchement, les yeux rivés sur l'horizon. Stannis, observant la scène légèrement en retrait avec Shôren, prend la petite Selyn dans ses bras avant qu'elle ne se mette à pleurer, et rattrape Sarlan qui s'approche dangereusement des escaliers. Alors qu'il le porte lui aussi, un bruit attendu le fait se retourner: Serena aborde le sourire le plus large qu'il ait vu, alors que les bannières vert et or des Tyrell approchent de la ville à grande vitesse. Il faut encore de nombreuses minutes avant que les premiers cavaliers grimpent la côte qui mène au Donjon Rouge: Serena ne peut arrêter de sourire alors que Lord Mace et Jon arrivent, côte à côte. Ils mettent pied à terre et Serena est frappée par la taille de Jon. Elle se précipite sur lui et l'enlace:
« Comme tu as grandi! » s'exclame t'elle.
« Je suis tellement heureux de vous revoir, Mère » répond il à son étreinte. Il enlace ensuite son père, plus fermement mais non moins tendrement. Jon se tourne ensuite vers Shôren et lui sourit:
« Est-ce toi, petite sœur? »
Pour toute réponse, elle lui saute au cou, et il rit de bon cœur. Il fait la connaissance ensuite des jumeaux, admirant leurs joues roses, leur intrépidité, déjà. Lord Mace aide son épouse à descendre de leur carrosse, une jeune fille les suivant.
« Lord et Lady Baratheon, je vous présente ma fille Margaery » annonce t'il non sans fierté.
« Ravie de vous rencontrer, mademoiselle » Serena fait une légère révérence. Lord Mace a de quoi être fier, et elle comprend les longues lettres flatteuses de Jon à son sujet: elle est bien belle, cette fille Tyrell. De beaux yeux noisettes, de longs cils, un visage harmonieux et gracile. Une cascade de cheveux bruns, plus clairs que ceux des Stark ou des Baratheon, couvre son dos, et son sourire est des plus chaleureux. Stannis la salue à son tour, mais Mace le prend à part immédiatement et, alors que Serena entreprend de faire visiter le Donjon Rouge à ses hôtes, Stannis guide Mace vers son bureau.
Alors qu'il l'invite à s'assoir, et lui propose un verre de vin, Mace le remercie et le regarde:
« Les affaires courantes ne sont pas les seules choses qui m'amènent ici, Lord Stannis. Je dois vous parler d'une chose importante. »
« Je vous écoute, Lord Tyrell » Stannis répond, ses doigts se crispant légèrement sur les bras de son fauteuil.
Mace, lui, pianote son fauteuil:
« Ma fille s'est embéguinee de votre fils. »
Stannis attend la suite, mais il semble que Mace veuille le laisser parler. Il ne sait quoi dire cependant:
« Cela arrive souvent entre pupille et enfant de seigneur. Je suis bien placé pour vous le dire » sourit il en repensant à lui et Serena, ou à Brandon et Barbrey. Mace, lui, ne sourit pas du tout:
« J'ai tout essayé pour la faire changer d'avis: la ruse, la persuasion, la menace, le chantage, la douceur. Rien n'a marché. »
Stannis ressent une telle déception dans la voix de l'homme qui lui fait face que sa stupeur première laisse place à une colère froide.
« Pourquoi vouloir la faire changer d'avis? » demande-t-il d'une voix étonnamment calme.
« C'est un Baratheon. C'est votre fils. De quoi va-t-il hériter? Ce caillou perdu, Peyredragon? » Mace dit avec un ton proche de l'insolence. Oublierait-il à qui il parle? se demande Stannis, de plus en plus troublé. Mace sent sa confusion, et reprend:
« Nous ne sommes pas exactement des alliés, ou des amis. »
Stannis le fixe du regard, et Mace finit par baisser les yeux:
« La guerre est loin derrière nous, Lord Tyrell. Les meilleures alliances sont construites par le mariage. J'entends votre déception: vous aviez probablement déjà quelqu'un en tête pour votre fille, quelqu'un qui régnerait sur autre chose qu'un caillou perdu. Mais, prenez ceci en compte: Jon est un Baratheon. Il est le neveu du roi. Plus tard, il sera le cousin du roi. Le sang des Targaryens coule dans ses veines, comme dans les miennes. Et si vous dites que votre fille l'aime, il vous faut l'écouter. Vous avez d'autres enfants pour faire de meilleures alliances » Stannis déclare.
« Je destinais Margaery à Joffrey, justement » Mace réplique et Stannis éclate d'un rire clair, honnêtement amusé.
« Joffrey sera fiancé à Sansa Stark, Lord Tyrell. Vous pouvez me croire sur parole. Robert a toujours rêvé de faire partie de la famille de Lord Eddard Stark, et ce rêve a été brisé. Jusqu'à maintenant. Il attend juste un peu pour en faire part à Ned, mais il est certain que c'est dans ses plans. Les Baratheon et les Stark forment de belles alliances » sourit-il narquoisement.
Mace semble déconcerté, et Stannis se lève, mettant fin à l'entretien:
« Je m'entretiendrai avec Jon de cette conversation, et vous ferait part de ses dires. Quand à moi, j'applaudis ce mariage, s'il doit se faire. »
Mace s'incline légèrement, dissimulant à grand peine sa déception. Il pensait que Stannis chercherait à détruire cette amourette, pas à l'encourager. Mace quitte la pièce sans un mot, et retourne auprès de sa femme.
La jeune Tyrell est présentée à la reine et au roi, et Jon retrouve son oncle avec un plaisir amusant. Immédiatement, Robert, malgré les protestations de Cersei, décide que Jon et lui feront un petit duel amical, pour tester la force du jeune garçon. Stannis les rejoint alors qu'ils pénètrent dans la tour de la Main. Là, dans la petite cour qui précède la tour, Robert entoure son bras autour de Jon, et l'attire vers un étal où attendent plusieurs épées.
« Choisis bien » rit le roi.
Serena les regarde en frissonnant: il parait soudain si petit, si fragile, à côté du colosse qu'est Robert. Elle déglutit difficilement, et la main de Stannis vient serrer la sienne.
« Il ne lui fera aucun mal » promet-il.
Elle acquiesce légèrement, mais ne peut s'empêcher de crier quand l'épée du roi s'abat sur Jon. Le jeune garçon a juste le temps d'éviter le coup.
« Belle esquive. Allons, mon garçon, attaque! » aboie-t-il.
Stannis a l'impression de revenir des dizaines d'années en arrière, quand ils s'entraînaient sous le regard de Donal Noye dans la cour d'Accalmie. La même agressivité, les mêmes rires moqueurs résonnent maintenant comme à l'époque. Mais Jon ne se laisse pas déconcentrer, et prend de l'assurance: ses coups sont moins hésitants, ses jambes bougent plus vite, son visage est plus déterminé. Lord Mace l'a bien formé. Stannis se tourne en entendant un hoquet de peur: Margaery assiste aussi au spectacle. Jon lui lance un regard. La seconde qui suit, il est à terre, l'épée de Robert pointée sur sa gorge.
« Mort » Robert annonce seulement avant d'éclater de rire et d'aider son neveu à se relever. « Joli combat, Jon. Tu tiens plus de moi que de ton père » rit il encore.
Stannis sent son visage s'empourprer, de honte, alors que son frère l'humilie une nouvelle fois devant la cour. Jon remarque le visage de son père, mais ne sait quoi répondre au roi sans paraître insolent ou irrespectueux. Il rengaine l'épée, et rejoint sa famille.
Ils partagent leur repas avec le roi et la reine, ainsi que les enfants, avant que Stannis accompagne son fils à sa chambre. Alors qu'il ferme la porte et s'assure qu'ils sont bien seuls, il se tourne vers Jon:
« Lord Tyrell s'est entretenu avec moi, peu après votre arrivée. Sais-tu ce qu'il voulait? »
Le sang de Jon se glace dans ses veines:
« Veut-il me renvoyer? » balbutie-t-il.
Sa famille lui manque bien sûr, mais il est comme chez lui à Hautjardin, et ne veut pas en partir.
« Pourquoi penses-tu cela? » Stannis s'assoit à côté de lui sur son lit.
« Je pense à ce qui pourrait arriver de pire » répond Jon en toute bonne foi.
Stannis secoue la tête:
« Il ne s'agit pas de cela. Il dit que Margaery est amoureuse de toi »
Jon redresse la tête et un sourire éclaire son visage:
« C'est vrai?! »
Par tous les dieux, qu'il ressemble à Ned, se dit Stannis. Il passe une main dans les boucles brunes, et acquiesce.
« Et toi? Que ressens-tu? »
Jon sourit tendrement:
« Je crois que je l'aime aussi »
« Voudrais-tu l'épouser? »
Le jeune garçon acquiesce, essayant de cacher son excitation:
« Croyez-vous que ce serait possible, Père? »
Stannis acquiesce à son tour:
« Je m'entretiendrai avec Lord Tyrell demain. Allons, dors maintenant. Le voyage a été long » se lève t'il.
« Merci, Père. Je vous aime, vous savez. Je... je suis désolée de n'avoir rien dit au roi, tout à l'heure. Je voulais vous défendre mais... c'est le roi et je ne voulais pas être irrespectueux. »
La main sur la poignée de la porte, Stannis se tourne vers lui.
« Tu es un bon garçon, Jon. Robert n'en a jamais été un. Promets-moi que tu ne traiteras jamais tes frères comme cela. »
Jon hoche la tête gravement:
« Je vous promets, Père. Bonne nuit »
« Bonne nuit, mon fils » Stannis sourit avant de quitter la chambre.
