Port-Réal, 296 AC
Tout comme Cersei, Serena développe rapidement une obsession à la fois malsaine et inquiétante pour les jumeaux. Stannis n'apprécie pas du tout le comportement de son épouse: la louve et la lionne ne cessent de se chamailler, de mettre en valeur leurs rejetons, de les utiliser pour prouver leur domination sur l'autre. Il n'a jamais vu Serena ainsi et ne comprend pas ce changement d'attitude soudain. Il a bien essayé de l'envoyer à Peyredragon, de l'éloigner de la mauvaise influence de Cersei, mais rien n'y a fait: pire, quand Jon vient leur rendre visite, de plus en plus rarement pour des raisons bien légitimes, il devient la proie d'un combat indécent entre Cersei et Serena. Cette dernière ne cesse de vanter son courage, sa beauté, sa force, les qualités de sa future épouse Margaery. Cersei réplique par toutes les méchancetés qu'elle peut trouver, et, bientôt, Jon décide qu'il ne viendra plus dans la capitale. Avant de s'installer à Peyredragon avec Margaery après leur mariage, Jon a déjà prévu de visiter plusieurs villes des Sept Couronnes qui l'ont toujours fasciné.
Ce soir là, Stannis retrouve Serena dans leur lit, lisant avec un sourire quelques missives. Elle paraît calme et gentille, ce soir, et il est soulagé de voir que les jumeaux sont au lit.
« Quelles nouvelles? » demande-t-il, se débarrassant de sa tunique et de ses hauts-de-chausses.
« Ned, et Jon. Jon veut savoir quand son mariage nous arrangerait le plus, et Ned m'envoie des nouvelles de Winterfell. Te rends-tu compte, Rickon a déjà un an? » s'émerveille t'elle, mais, malgré tout, elle secoue la tête d'un air triste.
« Le temps passe si vite... pourquoi es-tu triste? » dépose t'il un baiser sur son épaule nue, qui se soulève d'un air las.
« Je veux un autre enfant... mais je doute que nous en ayons un. Il nous a été si difficile de concevoir Shôren, puis les jumeaux... » soupire t'elle en lui tournant le dos.
Il laisse sa main sur sa hanche:
« Nous sommes encore jeunes. Tu tomberas enceinte à nouveau, j'en suis sûr »
Ses mots sont doux et rassurants mais Serena n'y croit pas une seule seconde. Elle se sent vide, malgré ses enfants. Chaque jour l'éloigne de son aînée, Shôren, sans même qu'elle arrive à l'expliquer. Toutes ses pensées sont tournées vers Selyn et Sarlan, jour et nuit, comme si ils étaient ses seuls enfants. Elle sait que Shôren la réclame, souvent. Elle surprend les conversations qu'elle a avec son père, elle le voit la consoler, essuyer ses larmes, caresser ses cheveux, lui promettre que sa mère l'aime autant que les petits derniers. La petite fille n'est pas épargnée par les enfants de la reine, les moqueries à son encontre fusent, surtout de la part de Joffrey, encouragées par leur mère. Serena et Cersei ne se sont jamais aimées, appréciées, ou quoi que ce soit s'approchant un tant soit peu d'un sentiment positif. La jeune Stark, timide et fragile, n'avait pas compris, au début. Et puis les années lui avaient ouvert les yeux: Cersei était jalouse. Maladivement. La reine ne supporte aucune femme: qu'elle soit belle ou laide, intelligente ou stupide, ambitieuse ou pas, elle ne les aime pas. Serena trouve ça curieux, et n'ose poser de questions, mais elle a détesté la façon dont Cersei a regardé sa future belle-fille. Cette jalousie puante, mélangée à une haine viscérale, lui a donné envie de protéger Margaery. Dieux merci, elle ne sera jamais à la cour. Elle restera à Peyredragon, où, Serena l'espère, elle connaîtra autant de bonheurs qu'elle même. Ses pensées la ramène dans la chambre de la capitale, aux côtés de son époux, et elle ne peut se résoudre à lui sourire. Elle effleure ses lèvres d'un baiser:
« Bonne nuit » murmure t'elle, se tournant à nouveau et fermant les yeux immédiatement. Elle entend le souffle de Stannis éteindre les bougies et sa main caresse distraitement le parchemin qu'elle a laissé sur le lit.
