Port-Real, 299 AC

Blottie contre cet homme qu'elle connaît à peine, elle regarde les corbeaux s'envoler dans le ciel au moment où la lame s'abat sur la nuque de son père. Puis, l'homme lui parle, mais elle n'entend pas, elle n'entend que la haine de la foule, ses cris de joie devant le corps inerte de son père, et une bouffée de haine l'envahit. Elle se dégage de l'étreinte de l'homme, violemment, et s'enfuit en courant, repoussant les gens qui s'étaient agglutinés pour voir ce que Joffrey allait faire de Lord Stark. Le roi Joffrey, corrige t'elle intérieurement. Robert était mort, d'une vilaine blessure contractée pendant une partie de chasse, et son fils lui avait naturellement succédé. Mais Arya sait qu'elle doit partir. Très vite. Les Lannister ont Sansa, mais sa disparition a du déjà être remarquée. Pendant un instant, elle se cache dans une ruelle sombre: où pourrait-elle aller? Son frère aîné est en guerre, sa mère est seule, sa famille si loin dans le Nord. Les larmes coulent sur les joues de la petite fille, quand elle revoit ce regard échangé avec son père, alors que la sentence avait été prononcée. Elle cache son visage dans ses genoux pliés, et ne relève la tête qu'en sentant une tête se frotter contre elle: un chat est là, la câlinant. A peine le regarde t'elle qu'il s'enfuit vers le port et soudain, Arya comprend que c'est sa seule chance. Elle embarquera sur un bateau et sera comme Maître Forel lui a appris: silencieuse comme une ombre. La petite se mêle aux mendiants qui arpentent le port, et ses oreilles captent la moindre des conversations. Son cœur s'arrête quand elle entend prononcer les mots « cargaison » et « Peyredragon ». Tante Serena, murmure t'elle. Alors que les marins chargent les tonneaux, elle parvient à monter à bord, et se réfugie immédiatement dans la cale. Par chance, la cargaison est déjà partiellement chargée, et elle n'a aucun mal à se cacher entre deux tonneaux.

Elle guette le moindre son lors de la traversée, se faisant toute petite en entendant les rires des hommes. Certains parlent de la mort de son père, beaucoup de la guerre qui fait rage entre les armées Lannister et Stark. Les hommes sont inquiets, pour leur commerce, et l'avenir du pays. Arya écoute, religieusement, espérant avoir des nouvelles de sa tante et de son oncle, mais aucun mot n'est dit à leur sujet. Enfin, les hommes crient que le port de Peyredragon est en vue, et un sourire éclaire un instant son visage triste.

Peyredragon, 299 AC

Les deux parchemins passent de main en main, provoquant hoquets de stupeur et larmes de tristesse. Serena entoure ses enfants de ses bras alors que des larmes roulent sur ses joues: son frère est mort. Stannis, lui, fixe un point invisible sur le mur: il a perdu un frère, lui aussi, mais c'est pourtant Ned qu'il pleure silencieusement, intérieurement. La mort de Robert ne le chagrine pas plus que ça. Les deux hommes ne s'aimaient pas, malgré leurs liens de sang. Il sent le regard de Jon sur lui, un regard bouleversé, et il baisse les yeux un instant. Soudain, le jeune garçon s'agenouille, imité par le reste de la famille.

« Votre majesté » salue t'il.

Stannis met quelques instants à comprendre et il rejoint son fils, le relève sur ses pieds rapidement:

« Silence, idiot. Il est trop tôt pour cela »

Jon s'apprête à protester, mais deux gardes font irruption dans la pièce:

« Monseigneur, madame, il y a une étrange fille qui prétend être Arya Stark »

Serena se relève brusquement:

« Arya?! »

« Arya est à Port-Réal » Stannis fronce les sourcils. « Amenez la dans la grande salle » ordonne t'il et les gardes acquiescent et s'en vont. Serena bondit presque hors de la pièce, et court vers la salle: une jeune fille malingre se tient debout, le visage sale, des vêtements déchirés. Mais en regardant ses yeux, Serena sait que c'est bien sa nièce. Ses yeux sont ceux de Ned, et de Lyanna. Elle se précipite sur elle et la serre dans ses bras, avant de se tourner vers Stannis et de hocher la tête. Le seigneur de Peyredragon ordonne que l'enfant soit nourrie et lavée. Arya raconte son périple, la mort de son père, les supplications de Sansa, faisant à nouveau pleurer sa tante. Elle parle aussi des doutes qu'avait son père sur la descendance de Robert, et Stannis sent à nouveau le regard de Jon sur lui. Il décide d'envoyer un corbeau à Catelyn, espérant lui faire comprendre via un code que sa fille est saine et sauve à ses côtés.

Arya s'endort rapidement ce soir là, sous le regard tendre de Serena, qui s'éclipse pour rejoindre son époux. Il est assis à son bureau, des parchemins ouverts sur la table, ses doigts claquant nerveusement l'un contre l'autre. Elle se glisse derrière lui, et masse ses épaules nouées. Elle peut lire la signature de Renly, et Stannis lui tend silencieusement la lettre: Renly s'est lui aussi enfuit a Accalmie, et apporte son soutien à son frère pour le trône. Il l'informe que ses armées se tiennent à sa disposition, et qu'il doit rassembler ses troupes sur le continent. Serena ne peut s'empêcher de sourire, mais elle sent les épaules de Stannis se soulever étrangement. Fronçant les sourcils, elle se penche pour le regarder et remarque des larmes sur ses joues:

« Mon seigneur » murmure t'elle en s'agenouillant à ses côtés. « Mon roi » elle prend sa main dans la sienne et l'embrasse longuement. Stannis secoue la tête frénétiquement:

« Je ne suis pas un roi » sanglote t'il à présent, laissant Serena totalement décontenancée. Elle n'a jamais vu Stannis dans cet état, même après leurs nombreux deuils. Ne sachant quoi dire pour le consoler, elle passe une main dans ses cheveux, et les caresse longuement. Stannis finit par respirer profondément, et essuie ses larmes d'un revers de la main:

« Pardonne-moi... pardon... je suis désolé... »

« Tout va bien » le rassure t'elle. « Tu es fatigué, il faut te reposer »

Elle tente de l'entraîner vers leur chambre mais il résiste et refuse:

« Je dois répondre à Renly. Je te rejoindrai plus tard »

Elle acquiesce et embrasse sa tempe longuement, avant de quitter la pièce.

« Stannis est un roi » une voix résonne dans la pénombre et Serena manque de hurler de frayeur. Une ombre rouge, telle une flamme, passe devant elle sans autre mots, et elle reconnaît Lady Mélisandre, alors que la sorcière rouge quitte le couloir aussi soudainement qu'elle y était apparue.