Accalmie, 300 AC

Jon se tient sur les murailles de la forteresse ancestrale de ses ancêtres, admirant la flotte imposante qui noircit la mer devant lui. Un frisson parcourt sa colonne vertébrale alors qu'il caresse le pommeau de son épée. Il a hâte de partir en mer, d'affronter les Lannister, de voir son père monter sur le trône. Au quatre coins du royaume, tous les seigneurs ont reçu la lettre de Stannis dénonçant l'inceste de Cersei et l'ascendance de Joffrey, Myrcella et Tommen: certains ont répondu en annonçant leur soutien à son père, d'autres sont restés silencieux, laissant planer le doute sur leur allégeance. Jon arrive à les comprendre, même s'il méprise cette façon d'attendre qui aura le trône pour se déclarer. Il sait que son père n'oubliera pas qui lui a été fidèle dès le départ. Une main pressant son épaule lui fait relever la tête: son père se place à ses côtés, les mains posées sur les pierres de la muraille.

« Alors, es-tu prêt à gouverner en mon absence? » demande-t-il, les yeux fixés sur sa flotte.

Jon fronce les sourcils:

« Votre absence, Père? »

« Aurais-tu oublié que je pars demain? »

'Je...´ Jon fixe des yeux son père et ose le corriger:

« Nous partons »

« Tu ne peux pas venir avec moi » Stannis réplique calmement.

« Je suis prêt à me battre » Jon affirme en bombant le torse. « J'ai appris des meilleurs. Je suis prêt. »

« Crois-tu? » un étrange sourire tord les lèvres de son père. « Tu n'as jamais tué un homme. Tu n'as jamais entendu un homme te supplier de l'épargner. Et j'espère que tu ne vivras jamais cela. Crois-tu que je pars heureux? Que j'ai hâte d'ôter la vie à des hommes braves et honnêtes? De voir mes propres hommes mourir, après les avoir entraînés dans cette guerre? »

Jon secoue la tête lentement.

« Tu es jeune, tu as la vie devant toi. Ici, tu apprendras auprès de ta mère, et vous me rejoindrez à Port-Real, quand j'aurai gagné. Si je meurs, tu seras le nouveau roi. Si tu m'accompagnes et que c'est toi qui meurs, ta mère ne me le pardonnera jamais. »

« Ce n'est pas à elle de décider. Je suis adulte, père » s'entête le jeune homme.

Cette fois, Stannis ricane:

« Tu n'as pas peur de ta mère, tu devrais. Ma décision est prise. Tu rentreras à Peyredragon après notre départ. Si la bataille tourne mal, je compte sur toi pour me venger, et prendre ce qui te revient de droit. »

Sur ces mots, il rentre dans le château, laissant Jon confus, mais malgré tout déterminé. Il jette un dernier regard à la flotte devant lui: son père a abandonné l'emblème du cerf sur un champ d'or pour un autre, créé avec Melisandre, sa sorcière rouge. Jon n'aime pas cette femme, mais son père semble lui faire confiance. Après avoir été assuré du soutien de Renly, Stannis a fait voile vers Accalmie, pour regrouper tous ses hommes. Là, toutes les maisons vassales des Baratheon les attendait. Le nombre d'hommes est déjà impressionnant, et c'est sans compter sur les soldats du Bief et ceux du Nord, engagés au côté de Stannis grâce aux alliances forgées quelques années auparavant. C'est Davos, accompagné de Serena, qui s'est rendu dans l'armée du Nord plaider la cause du roi. À la grande surprise de Serena, les Seigneurs Nordiens leur ont donné du fil à retordre. Certains ont même demandé à nommer Robb roi du Nord. Sous le choc, elle n'avait su quoi dire. Davos, avec un discours enflammé, plein de passion pour son roi, avait rappelé à ces seigneurs à qui Ned avait fait allégeance, qui l'avait assassiné et humilié de la plus cruelle des façons, en posant sa tête sur une pique pour que la capitale voit le sort réservé à ceux qui s'opposeraient au roi Joffrey. Serena avait écouté religieusement, le cœur battant de fierté de voir un homme si dévoué être le premier conseiller de son époux. Les Nordiens avaient maugréé, mais comment auraient-ils pu le contredire? Tous savaient que Davos avait raison. Robb avait ensuite annoncé son intention d'épouser la fille du vieil ami de son père Howland Reed, Meera. La jeune fille ne semblait pas très encline au mariage, mais devenir la dame de Winterfell était un privilège que peu de gens pouvaient refuser. La noce avait été célébrée rapidement, avant que l'armée ne se mette en route. Robb avait connu de nombreuses victoires mais son fait d'armes le plus retentissant avait été de capturer Jaime Lannister durant la bataille du Bois-aux-Murmures: Stannis l'avait félicité, et encouragé à garder un œil sur lui. Il pourrait être une bonne monnaie d'échange, même si Stannis doutait fort de la reddition de Joffrey sans combattre. Perdu dans ses pensées, revivant les événements des dernières semaines, ce n'est que la nuit tombée qui tire Jon de sa torpeur, et le fait rentrer au château.

Les chandelles sont presque totalement consumées, mais Serena ne peut fermer l'œil, ce soir. Allongée aux côtés de Stannis, elle le dévore des yeux, alors que lui lit avec attention un énième parchemin. Ses lèvres accrochent le rebord d'un verre, puis cessent de bouger le temps de finir une phrase. Il avale son eau citronnée, et ses yeux bleus se concentrent sur le papier. Parfois, ses sourcils se froncent, creusant un peu les rides de son front. Sa mâchoire se crispe souvent, ses lèvres faisant la moue, et ses doigts grattent sa barbe de trois jours. Ses ongles sont très courts, sa manie de se les ronger ne l'ayant jamais quitté. Serena se blottit contre lui, caressant les cicatrices que lui ont laissé les batailles auxquelles il a participé. Son bras se soulève et l'attire contre lui, sans un mot. La reine sourit, et sa main caresse son torse musclé, imberbe, ses doigts jouant avec les quelques poils qui entourent ses tétons, puis se glissent jusqu'à son ventre. Elle peut le sentir frissonner, et retient un sourire en prenant son sexe dans sa main. Stannis ferme les yeux un instant, ses lèvres s'ouvrent pour laisser échapper un soupir. La bouche contre son épaule, Serena le regarde toujours, laissant ses lèvres s'écarter pour embrasser sa peau, puis pour la mordiller gentiment. Il répond à ses caresses rapidement, mais il ne se tourne vers elle qu'après avoir posé le parchemin sur la table de nuit. Stannis l'attire sur lui, la peau de son épouse, diaphane, contrastant avec la sienne, plus hâlée. Leurs tétons sont de la même couleur, foncés, pointés vers les autres. A son tour, il fait glisser ses mains calleuses sur sa peau nue, et il grimace en se demandant si elle ne va pas trouver ça désagréable. Mais Serena ferme les yeux, semblant apprécier vu son sourire. Leurs deux sexes se frottent l'un contre l'autre, aussi gonflés, gorgés de sang et de désir. La reine se prend à prier qu'il lui donne un enfant avant de partir demain. Alors qu'elle s'empale sur lui, et que les deux amants gémissent d'une même voix, elle ne peut s'empêcher de se dire que ce sera peut être leur dernière nuit ensemble. Non, se maudit-elle. Il a une armée puissante et nombreuse, et des combattants hors pair. Il a Loras, et cette femme géante venant de Tarth. Il a Robb. Il ne peut pas perdre, se répète t'elle alors qu'il va et vient en elle, touchant son point le plus sensible, tout au fond d'elle-même. Elle penche sa tête en arrière, prenant appui sur ses cuisses, et elle hurle presque alors que sa bouche et ses lèvres martyrisent ses seins durs, tendus vers lui. A son tour, ses hanches remuent, rapidement, et elle appuie sur sa tête pour qu'il ne cesse de l'embrasser. Ils jouissent ensemble, leurs corps trempés de sueur et tremblants de plaisir, les bras de Stannis l'enserrant alors qu'il retombe sur les draps froissés. Ils s'endorment sans un mot échangé, mais dans une étreinte plus forte que toutes celles qu'ils ont partagé.