Port-Real, 300 AC

Lord Tyrion se regarde longuement dans un miroir, avant de soupirer d'un air las:

« Je suis ridicule... »

Il caresse légèrement l'armure qui protège son corps. Il regarde son épouse, Asha, le rejoindre, elle-même vêtue de sa propre armure. Elle est aussi belle et attirante, vêtue ainsi, que lui n'est hideux et risible. Leur mariage est heureux, n'en déplaise au père de Tyrion. Mais cette nuit l'angoisse terriblement, et il la regarde, dans le reflet du miroir.

« J'aurais voulu que tu restes avec les enfants... » pointe-t-il l'armure qui met ses courbes en valeur.

Asha rit ouvertement et passe sa main dans ses cheveux:

« Mon cher époux, je suis une Fer-Née. Je n'irai pas me cacher dans le Donjon Rouge »

Tyrion sourit, sachant pertinemment que cette pique est destinée à sa chère sœur. Son sourire ne reste cependant pas sur ses lèvres:

« Et si nous mourons tous les deux? »

Asha secoue la tête:

« Cela n'arrivera pas. Tu m'aimes beaucoup trop pour m'abandonner » elle prend son visage entre ses mains et l'embrasse longuement. « Allons... nous devons emmener les enfants en sécurité » elle se force à sourire. Tyrion acquiesce et sort de la chambre avec elle. Son estomac se crispe alors qu'il voit les troupes se préparer pour la bataille: il doit faire bonne figure, il le sait, mais il est loin d'être idiot. Ses troupes sont loin, très loin d'être suffisantes pour repousser Stannis. Même avec le feu grégeois, qu'il a fait entreposé sur des canots prêts à le déverser dans le fleuve, il ne peut gagner cette bataille. Si cela ne tenait qu'à lui, il ferait ouvrir les portes de la capitale, et ne livrerait même pas bataille. Il se soumettrait à Stannis, sans lui demander quoi que ce soit sinon de l'épargner, lui et sa famille. Sa vraie famille: Asha, et les enfants. Il sourit en pensant à eux: quelle frayeur avait-il ressenti lors des accouchements. Il avait craint que ses enfants ne soient difformes, comme lui, mais il n'en avait rien été. Le premier-né est une fille, qu'il a appelé Lyna. Elle a fêté ses 5 ans il y a peu. Elle ressemble à Asha mais a les yeux vairons, comme son père. Deux ans plus tard, un premier fils les a rejoint, nommé Margon. Et enfin, Wyllon, qui ne sait même pas encore marcher, ou même ramper à quatre pattes. Alors que le couple les rejoint, Tyrion admire leur courage: aucun d'eux ne pleure. Tout juste le bébé les regarde curieusement, se demandant pourquoi on l'amène avec toutes les dames de la cour. Les parents les embrasse rapidement, et Margon s'assoit avec sa sœur et son petit frère. Tyrion leur jette un dernier regard avant de rejoindre les remparts de la capitale.

Flotte de Stannis

Davos se tient sur la proue de la Botha Noire, son navire, et regarde longuement son fils Blurd, qui commande la Lady Marya. Alors qu'ils aperçoivent enfin les remparts de Port-Real, il essaye d'apercevoir le roi, mais il ne distingue que la cape rouge de Melisandre. Il entend Blurd ordonner à ses hommes d'accélérer, et, alors qu'il s'apprête à lui recommander la prudence, Davos remarque soudain deux sortes de poteaux qui n'existait pas avant. Son fils s'engage déjà entre eux, suivi de près par son frère Dale.

« Blurd! Dale! Stop! C'est un piège! » hurle-t-il à plein poumons.

Sur La Fureur, Stannis entend son plus fidèle conseiller et se précipite à la proue du navire. Une dizaine de ses navires est déjà proche des remparts. Melisandre lui touche l'épaule, et lui montre plusieurs archers avec des flèches enflammées. Il hoquette de peur et ordonne à ses hommes de les abattre. Immédiatement, les flèches volent en direction des hommes de Tyrion, mais ils n'atteignent pas tous les archers et Stannis regarde, impuissant, une des flèches enflammées s'envoler vers un canot. Il se tourne vers Melisandre, qui ne bouge pas un cil, avant que tout s'illumine. Le ciel, la mer, le monde entier semble s'embraser dans une magnifique couleur verte. Stannis est projeté en arrière sous la force du souffle de l'explosion, mais se relève rapidement. Jon est à ses côtés, regardant, terrifié, les hommes brûler vifs. Les bateaux sont en flammes, et certains, par réflexe, sautent par dessus bord, pour être seulement happés par les flammes qui ravagent la mer. Leurs hurlements sont à glacer le sang, même pour Tyrion, perché sur ses murailles. Mais il n'a pas le choix. Davos hurle le nom de ses fils, et Matthos doit mettre toute sa force pour le retenir de se jeter lui aussi à l'eau. Stannis regarde à nouveau Melisandre, pâle comme la mort, et ordonne le débarquement des troupes.

« Reste près de moi » souffle t'il à Jon qui acquiesce, faisant signe à Fantôme de le suivre. Les flèches pleuvent à présent des remparts, et Stannis ordonne aux hommes de se protéger avec leurs boucliers. Alors qu'ils posent le pied sur le sable, ils se regroupent, malgré de nombreux morts, et forment une carapace quasiment incassable. Au milieu, sont protégés les soldats portant le bélier qui doit servir à enfoncer la porte. Stannis les encourage, et grimace en voyant certains de ses hommes se faire défoncer le crâne par des blocs de pierre lancés des murailles. Toutes les manœuvres de Tyrion n'ont fait qu'exacerber la colère de l'armée de Stannis, et, quand la porte cède, ils se ruent à l'intérieur en hurlant.

Sur la terre ferme, Robb profite de l'obscurité pour dissimuler son armée. Sa mission est très simple: empêcher Tywin Lannister de rejoindre la capitale. Stannis a prévu que le vieux lion ne laisse pas sa famille en danger, et veut lui couper la route. Les Nordiens sont nombreux, appuyés par les hommes du Bief. Alors que la cavalerie de Lord Tywin se fait entendre, Robb tente une astucieuse manœuvre d'encerclement. La bataille est là aussi sanglante, mais plutôt brève. Les hommes de Robb sont bien trop nombreux, et Tywin bien trop intelligent pour laisser ses propres troupes se faire massacrer. Prenant garde de les garder prisonniers sous la garde d'une partie de ses hommes, Robb se dirige enfin vers la capitale.

Stannis se bat bravement, malgré la fatigue, et la lassitude. Il essaye de ne pas quitter Jon des yeux, mais il est vite submergé par le nombre d'hommes qui assaillent son armée. Il entend néanmoins les hommes hurler de terreur alors que Fantôme leur saute dessus, esquivant habilement les épées. Sa fourrure devient rapidement rouge sang, mais il chancelle sous une flèche qui perce sa cuisse. Jon se précipite sur lui et le met à l'abri. Stannis en profite:

« Reste avec lui. N'enlève pas la flèche » ordonne t'il avant de suivre ses hommes. Il est presque soulagé de savoir Jon à l'abri. Davos, près de lui, se bat aussi avec une rage décuplée par la mort de deux de ses fils. Les soldats Lannister battent en retraite alors que l'aube pointe à l'horizon, et Stannis fait ouvrir toutes les portes de la ville. Immédiatement, les troupes de Robb s'engouffrent dans les brèches et Stannis sait, à cet instant, qu'il a réussi. Il prend un moment, cerné de cadavres, pour reprendre son souffle, avant de rejoindre ses hommes.

Le soleil brille depuis quelques heures déjà quand Stannis peut enfin faire soigner ses quelques blessures par un mestre. Son bras le fait atrocement souffrir, et ses jambes lui semblent deux chapes de plomb. Son visage est couvert de sang, de boue et de morceaux de chair. Il regarde Fantôme boiter aux côtés de Jon, et ses hommes empiler les corps des soldats tombés au combat. Il reconnaît les cheveux blonds et la petite taille de Tyrion, mort aux côtés de son épouse Asha. Malgré tout, Stannis regrette cette issue. Il aurait préféré en faire un prisonnier, et le voir ployer le genou devant lui. Son intelligence aurait pu lui être utile. Il fait sortir les corps:

« Lord Tyrion aurait voulu être enterré auprès de sa mère, je pense » soupire t'il en faisant signe aux soldats de les écarter de l'amas de cadavres, avant de grimacer en sentant le mestre appuyer sur ses blessures. Lorsqu'il en a fini avec lui, Stannis voit Davos, seul, assis sur l'une des pierres qui ont jonché le sol. Il le rejoint, et pose une main sur son épaule:

« Vous avez combattu bravement, Ser Davos » dit-il.

Les yeux marrons de l'ancien contrebandier sont encore plein de larmes mais il acquiesce:

« Merci, Majesté... »

« Je suis désolé pour vos fils. Ils ne méritaient pas une telle fin » reprend-il honnêtement.

La voix de Davos s'étrangle dans un sanglot:

« Je sais... »

Maladroitement, Stannis tapote l'épaule de son ami, et relève la tête en sentant un regard insistant sur eux: c'est Melisandre qui les observe avec un léger sourire en coin. Elle s'incline devant son roi, mais il s'éloigne d'elle, se dirigeant avec Robb et Jon vers le Donjon Rouge, pour réclamer le trône, et libérer les dames de la cour.