Mentir ou périr, partie 4
X
Naruto regarda l'homme qui paraissait tout sauf amical. Les lanières de son manteau en cuir flottaient sous le vent impétueux, qui faisait aussi voltiger leurs cheveux. Tous les autres enfants étaient déjà partis avec leurs parents. Ils constituaient les derniers restants encore présents, à côté du grillage bordant l'Académie.
— Que me voulez-vous ? requit Naruto avec politesse.
L'homme sembla alors chercher quelque chose dans l'une des poches de sa veste.
— Attention, Naruto, je sens comme quelque chose de louche chez cet homme... commenta la fille aux cheveux rouges, les bras croisés, juste à sa gauche.
Naruto pouvait désormais l'ignorer sans problème maintenant qu'il était habitué à sa présence.
Il avait passé le jour entier avec elle après tout.
L'adulte lui donna finalement une plaquette où il put lire : Inspecteur Yamanaka, première division des Forces de l'Ordre.
L'homme sembla alors disséquer Naruto sous tous ses angles : son comportement, ses réactions, son langage corporel, absolument tout. C'était le type de personne avec lequel Naruto avait le plus de mal.
Kura avait vu juste, cela ne sent pas bon du tout.
— Que voulez-vous savoir de moi ? Je n'ai rien fait ! s'exclama le garçon effrayé.
L'homme leva les mains de manière innocente.
— Du calme, du calme. Je suis juste venu poser quelques questions, rien de plus.
Et après vous allez me tabasser, me torturer puis me...
Naruto commença à avoir du mal à respirer, comme s'il eut une crise. La fille fantomatique le tint proche d'elle, tentant de le réconforter, lui soufflant qu'elle le protégerait de tout, mais l'homme l'ignora et secoua l'enfant prostré au sol.
— Eh garçon, tu n'as pas intérêt à claquer dans mes bras, d'accord ?
Il déposa le garçon à terre, allongé, en le laissant reprendre son souffle. La fille aux yeux rouges le fixait avec un regard concentré de haine.
— Je suis désolé, monsieur, chuchota Naruto au bout d'un moment, toujours au sol.
L'homme lui donna finalement un chocolat.
— Veux-tu que je t'emmène à l'hôpital ? demanda l'homme inquiet, mais le garçon hocha de la tête.
Pourquoi avait-il autant le vertige ?
Kura lui cria quelque chose à côté, mais il ne put enregistrer ce qu'elle lui hurla.
Naruto tomba alors inconscient.
Tigre leva son Katana au niveau de la gorge de l'homme.
— Que lui as-tu fait Yamanaka ? Je te donne cinq secondes.
— Je n'ai rien fait de mal, je voulais juste qu'il se calme. Il semblait avoir une crise et-
— Si jamais tu t'approches encore de cet enfant, je te tue.
Et la voix du Tigre ne laissa aucun compromis.
— Bien, bien, mais sois certain que j'en parlerai à ton supérieur direct, ANBU, lui menaça Monsieur Yamanaka tandis que celui-ci reculait de cinq pas.
— Fais donc, grogna Tigre en rangeant sa lame dans son fourreau lorsqu'il vit l'inspecteur s'éloigner au loin.
Tigre attendit que celui-ci ne soit plus à portée de vue avant de poser une main sur Naruto et disparaître avec lui dans un rayon de lumière.
Lorsque Naruto se réveilla, il était dans un lit confortable. L'endroit lui paraissait familier et il se rendit compte qu'il était dans sa chambre. Il sentait une main lui ceindre la tête, derrière sa nuque.
Kura ? pensa-t-il encore dans les vapes, mais il entendit seulement un shh de sa part.
— Alors, tu es réveillé, petit ? requit une autre voix familière à proximité.
— Oui ? répondit Naruto, bien que peu sûr.
Il entendit l'homme continuer :
— Bien. Premièrement, je suis désolé pour mon retard. J'étais censé te raccompagner chez toi, mais j'ai dû semer quelques tarées sur la route.
Naruto ne voulait pas savoir qui était assez fou pour être défini comme tel par Monsieur Tigre.
— Veux-tu que je te laisse te rendormir ? lui répliqua son gardien. Il est déjà minuit passé.
Mais le garçon hocha la tête.
— Non, je me sens assez reposé, admit-il en ouvrant les yeux.
La fille lui fit signe de se rallonger expressément, l'air inquiet. Il lui sourit en retour en s'asseyant. L'homme au masque avait ses jambes croisées sur la chaise à côté et le fixait, la tête supportée par ses doigts recourbés. Naruto sentit alors une délicieuse odeur provenir de la cuisine.
— J'ai préparé des nouilles, maugréa l'agent. Je ne suis pas un très bon cuisinier mais cela suffira pour ce soir. Viens dans le salon quand tu auras fini de te rhabiller.
Et Tigre s'éloigna en marchant.
Naruto retourna sa tête vers Kura, mais elle l'incita à se taire en plaçant un doigt devant sa bouche. Il se leva, s'habilla et alla vers le salon, la fille-fantôme sur son arrière-train.
Comme l'homme masqué l'eut annoncé, il lui avait préparé deux bols de nouilles. Naruto s'assit à la table et Tigre lui versa sa part avec des baguettes en prime. Ils commencèrent à manger. Les nouilles du Tigre passèrent au travers de son masque, puis disparaissèrent comme par magie. Naruto se demanda quel tour il pouvait bien utiliser pour réaliser une telle prouesse.
— Du Genjutsu, maudit Kura à sa droite en se mordillant le pouce. Si seulement nous pouvions maîtriser cet art...
Mis à part ce commentaire, le repas continua en silence. Naruto réalisa finalement que l'homme était blond et que ses cheveux atteignaient ses épaules. Son uniforme lui moulait son corps tonné comme s'il était trempé d'acier. Il était deux fois plus grand que Naruto et ses bras étaient entièrement recouverts d'étranges tatouages prenant la forme de minuscules tourbillons.
L'observation de Naruto fut subitement interrompue par un bruit surgissant de la porte d'entrée.
— Es-tu supposé recevoir du monde ce soir ? lui demanda Tigre, sur un ton que Naruto ne pouvait identifier que comme neutre.
Naruto hocha la tête, lâcha ses baguettes et alla ouvrir. Il remarqua que Tigre n'avait pas bougé de sa place. Le garçon soupira et ouvrit enfin la porte. Il découvrit avec surprise deux femmes en armure et le visage révélé présentes au pas de la porte.
— Aaaaw, tu es si mignon ! miaula l'une d'entre elle en serrant très fort Naruto contre ses seins énormes.
Naruto put entendre Kura jurer de derrière.
— Alors c'était là ta cachette, agent T, notifia l'autre en prenant pas dans l'appartement de Naruto.
— Je suis actuellement en mission, mesdames. Je n'ai pas le temps de jouer avec vous, déclara platement ledit agent T.
Celle qui tenait Naruto le fit voltiger en l'air et le fit tourner autour d'elle comme s'il était sa poupée.
— C'est lui que t'es censé protéger ? Je peux le garder, dis, je peux le garder ?!
Naruto ne comprenait décidément rien à cette scène grotesque si ce n'était qu'il entendit le soupir exaspéré de son gardien.
— Vous êtes bien conscientes que vous êtes sur le point d'entériner ma mission, les menaça Tigre.
Mais les deux autres rigolèrent avant de prendre une posture menaçante et réciter leur mantra :
« Nous sommes les Ombres que les Arbres Invoquent. Nous sommes le Sang estampillé de nos Ennemis. Nous sommes la Peur rampante dans les Ténèbres. Nous sommes l'Horreur et la Haine qui entraînent la Zizanie dans les rangs de nos adversaires. Nous sommes la Flétrissure de la Mort dans le corps de notre Maître. Nous sommes les Annonciatrices du Chaos et du Carnage. Nous sommes les Seigneurs de l'Oubli et de l'Épouvante. Nous sommes les Élues de l'Obscurité. Nous sommes les Messagères de la Nuit et de la Fin de la Lumière. Nous sommes les Secrets de Konoha. Nous sommes les Dernières, les Seules, les Véritables.
« Nous sommes les jumelles Ara et Cacatoès. »
Et après ces mots, Naruto se sentit soudainement tomber dans le vide, avant d'atterrir sur son fessier. Se massant le derrière, il entendit le souffle du vent changer de direction. Lorsqu'il releva sa tête, il vit des lumières se mouvoir partout à une vitesse qu'il ne pouvait suivre. Alors qu'il allait demander à sa fille-fantôme ce qu'il se passait, même Kura paraissait estomaquée par le spectacle devant lequel ils étaient confrontés. Des éclairs crépitaient l'air. Éclairs qui étaient ensuite résorbés par de l'eau surgissant de nulle part, suivi d'une immense flamme à la lueur verte qui évapora tout le liquide et ainsi de suite. Le plus surprenant était qu'ils ne détruisaient rien du mobilier, comme si tout rebondissait lorsque l'une de leurs attaques arrivait à un élément du décor.
— Mes enfants, mes enfants, calmez-vous ! ordonna une voix grave derrière Naruto.
Et c'était une voix qu'il reconnaissait bien.
— Grand-père, glapit le petit garçon en se jetant dans les bras du vieil homme. Celui-ci rigola en le réceptionnant avant de le déposer sur son épaule.
De sa hauteur, Naruto put enfin voir les trois ANBU se tenir immobile, encore en posture de combat. Tigre était en plein milieu d'une série de mudras tandis qu'il parait avec son fourreau une immense faux, tenue par la femme qui avait précédemment étreint Naruto. L'autre agente était en train de tambouriner ses pieds sur le sol pour éteindre des flammes vermeilles. La première avait des cheveux blancs ondulés alors que la seconde avait des cheveux coiffés en une seule natte blonde.
Tigre reprit une posture militaire alors qu'il se courba respectueusement face au Hokage. Les deux autres agentes mirent quant à elle un genou au sol.
— Bienvenue à vous, Hokage-sama ! profèrent tous à l'unisson.
Naruto observa maintenant Hiruzen avec une vision totalement renouvelée. Il réalisa désormais comment son grand-père pouvait maintenir tout le village sur ses épaules avachies. Son aura respirait la confiance, l'autorité, mais par-dessus tout ; la sûreté.
Naruto chercha Kura du regard, mais ne la trouva nulle part et se souvint alors ce qu'elle lui avait dit : « J'ai fait quelque chose d'assez grave envers Konoha au cours de ma vie et si le chef de Konoha apprend que je suis à l'intérieur de toi, il me chassera probablement jusqu'à que mort s'en suive. »
Naruto soupira. Il espérait tant que son grand-père et elle puissent se réconcilier un jour.
— Levez-vous je vous en prie. Vous me faites une telle scène alors que j'étais censé venir ici incognito, déclara Hiruzen avec un sourire mutin.
Il était vrai qu'il ne portait pas son gros chapeau cette fois-ci.
Mais même après sa remarque, Tigre et les deux autres agentes se tinrent debout en faisant le salut militaire, démontrant leur long entrainement et leur dévotion envers leur maître. Mais sentant alors que l'atmosphère avait changé, Tigre devint silencieux et marcha vers Hiruzen avant de le dépasser sur le pas de la porte. Les deux autres filles le sifflèrent sur un air cocasse en levant le poing en l'air.
— J'attends toujours ton rapport, Agent T, déclara le vieil homme, sur un ton franchement désapprobateur.
Si Tigre n'avait pas son masque, Naruto aurait juré qu'il les aurait regardés du coin de l'œil.
— Je ne resterai pas ici ce soir. Je vois bien à travers tes manigances, vieux sorcier.
Et la seconde d'après, Tigre disparut dans un éclair jaune, sans laisser de traces.
— Wow, Hiraishin ! Cela doit faire depuis le Quatrième que j'avais pas vu ça ! s'exclama la fille aux cheveux blancs — celle qui avait étreint Naruto — alors qu'elle s'était rapprochée d'eux.
— Eh, maître, cet homme a-t-il un lien avec le Quatrième ? demanda la deuxième fille, suivant sa sœur jumelle.
— Les filles, les filles, je ne suis pas supposé—
— Il est célibataire ? Peut-on le marier ? demandèrent-elles en même temps en se rapprochant dangereusement de Hiruzen.
— Révéler cette—
— Allons, nous sommes tes favorites ! Tu nous dois une récompense pour la dernière mission !
— Information ! termina promptement le vieil homme.
Il semblait suer énormément devant les deux filles qui se prosternaient indignement face à lui. Le vieux ninja dut faire de son mieux pour éviter que son regard ne vagabonde trop loin et ne se perde davantage dans le décolleté plongeant et infini de ses subordonnées.
— Eh grand-père, pourquoi tu es venu me rendre visite ? Normalement, tu n'as jamais le temps pour ça, demanda Naruto sur son épaule.
Les yeux de Hiruzen scintillèrent subrepticement de reconnaissance.
— Oh oui, bien sûr ! Je m'en rappelle maintenant, je te devais justement une explication, affirma-t-il avec un large sourire.
— Et nous, tu ne nous dois pas une explication ? se plaignirent les deux autres.
Hiruzen se retourna alors vers ses deux gardes du corps l'air grave avant de mugir avec la même fougue qu'un lion grondant ses lionceaux :
— Silence, femmes ! Vous outrepassez déjà votre position ! Si vous continuez à agir telles des enfants et bien je vous traiterai en tant que telles et je vous renverrai tout droit à l'Académie.
— Hmm ! Même pas drôle ! humèrent-elles en même temps alors qu'elles passèrent la porte.
Cependant, celle avec les cheveux blancs se retourna vers Naruto au dernier moment, comme si elle avait oublié quelque chose d'essentiel.
— Eh mon mignon, si tu as du temps libre, viens nous rendre visite !
Elle lui décocha un dernier bisou de sa main et une petite feuille apparut soudainement dans la main de Naruto, avec dessus une adresse signée Ara et Ca'. Les deux disparurent soudainement dans un mirage et il ne les vit plus.
— Elles sont vraiment impossibles, pas vrai... commenta Hiruzen d'une voix amusée.
Sa perversité avait toujours été son plus grand pêché.
— Et maintenant, hum ! souffla le vieil homme en déposant Naruto au sol. Nous avons des choses à nous dire l'un l'autre. Cela te dérange si je m'assois à ta table ?
Naruto hocha la tête et après qu'ils aient refermé la porte, ils s'assirent dans le salon.
L'atmosphère entre eux était clairement relâchée.
Le garçon aux cheveux blonds ne réalisa pas que derrière sa chaise, la fille-fantôme était subitement apparue derrière lui. La lueur de ses iris montrait une ombre dorée qui scintillait, tournoyait...
— Bien, bien, Naruto, comment a été ta journée ? Cela faisait si longtemps depuis la dernière fois que tu m'as donné ton rapport, annonça soudainement Hiruzen comme s'il avait une pastille dans la bouche.
Et son clin d'œil n'avait pas échappé à Naruto.
— Ce matin, j'ai mangé un gâteau à la fraise ! s'exclama joyeusement Naruto.
Le vieux ninja parut surpris, bien qu'en fait, c'était seulement leur jeu favori à lui et à Naruto lorsqu'ils se retrouvaient.
— Tu l'as trouvé comment ? requit le vieil homme d'un air intrigué. Si tu l'as pas trouvé bon, j'irai de ce pas changer de cuisinier ce soir !
— Il était su-cu-lent ! miaula Naruto contenté.
— Et Tigre, est-il gentil avec toi ? requit Hiruzen, passant du coq à l'âne.
Naruto acquiesça, bien qu'un peu perdu.
— Il est un peu frustre mais je sens qu'il a un bon fond.
Hiruzen lui sourit en biais.
— Et ta journée à l'école. As-tu appris quelque chose d'utile aujourd'hui ?
Naruto hocha la tête dépité.
— La leçon de Iruka était ennuyante à mourir ! Il m'a même demandé de rester après les cours !
Le petit sembla faire la moue.
— Et de quoi avez-vous parlé ? demanda Hiruzen d'un air curieux.
— Naruto... maugréa la jeune fille d'un ton ferme.
Mais comme elle lui avait ordonné de l'ignorer toute la journée, il respecta sa directive et ne tint compte de sa remarque.
— Nous avons parlé de...
Mais sa voix s'éteignit subitement dans sa gorge. Tout le monde autour de lui se mit à bouger, à devenir flou, comme si la réalité se distordait peu à peu. Il avait l'impression d'être à l'intérieur d'une bulle, du fond d'un bocal où il voyait l'univers s'onduler par vagues. Sa tête lui fit atrocement mal, si bien qu'il eût l'impression que quelqu'un lui vrillât la tempe avec un kunai. Ses intérieurs parurent remonter puis redescendre, lui provoquant une immense nausée et une profonde envie de vomir.
— NaRuTo, VaS-tU bIeN ? entendit-il au loin.
La voix de son grand-père était déformée et bien plus grave qu'habituellement. Naruto entendit ensuite le son de sa propre voix répondre, avec ce même effet dilué.
— OuI, gRaNp-PèRe ! Je SuIs JusTe FaTiGué vOiLà ToUt !
Kura... pensa Naruto confus mais peu après, ses sens redevinrent à la normale. Il hocha la tête et vit la fille assise sur la chaise à côté lever un doigt devant sa bouche. Ses yeux plissés et colériques rendaient son visage effrayant.
Pas un mot de plus à notre propos. Souviens-toi de la première règle.
— Naruto, m'as-tu écouté ? s'enquit Hiruzen sur le côté. Je t'ai dit que j'allais te laisser dormir.
Naruto lui offrit un sourire, bien qu'un peu peiné.
— Oui grand-père ! Merci à toi d'être venu mais c'est vrai que l'on doit se lever tôt demain.
Il était déjà une heure du matin passée.
Hiruzen se leva, souhaita au revoir au garçon tandis qu'il se dirigeait vers la sortie. Le vieil homme lui confia un dernier sourire avant de refermer la porte derrière lui.
Shikaku attendait à l'extérieur, juste à côté de la copropriété. Il regarda d'un air apathique le Sandaime descendre les marches du deuxième étage où était situé l'appartement de Naruto. De là où il était, le stratège ne pouvait lire l'expression du dignitaire du village. Toutefois, il pouvait sentir les ombres suivre le vieil homme à la trace.
Il avait toujours eu un don pour pister le mouvement des ombres, même dans la nuit la plus noire...
Et ce soir, les ombres paraissaient bien plus agitées que d'habitude. Elles semblaient scruter les alentours, veillant à ce que rien n'échappe de leur contrôle. Shikaku réalisa à l'instant que le Sandaime l'avait déjà dépassé. Celui-ci ne se retourna même pas, négligeant complètement sa présence. Shikaku suivit sa trotte, les mains dans les poches et la brindille à la bouche alors qu'ils empruntaient la route menant à la Tour de l'Hokage.
— Alors, comment s'est passé l'entretien ? demanda l'homme dans la fin de la trentaine.
Le Sandaime ne s'était pas arrêté de marcher avant de répliquer d'un air relaxé :
— Assez bien au final. D'après moi, Naruto n'a pas changé par rapport à d'habitude.
— Bien sûr qu'il l'était. Nous l'avons épié des ombres ! ricanèrent deux autres voix féminines alors qu'ils n'étaient censés n'être que lui et le Sandaime.
Shikaku put soudainement ressentir la présence de la faucille juste en dessous de sa jugulaire et visualiser le bout de la lame lui caresser dangereusement la joue. Il reporta son regard vers le Sandaime et vit un sourire sinistre apparaître dans l'air depuis les ténèbres, juste à côté du vieil homme.
— Si tu les as apportés avec toi, je suppose que tu étais réellement sérieux, commenta le stratège, d'une voix qui ne trahissait ni trouble, ni peur.
Toutefois, il fut pris d'un soubresaut lorsqu'une présence à sa droite s'ignifugea dans une matrice de lumière. Et ce n'était pas une apparition à laquelle le jounin en chef aurait pu s'attendre. L'armure légère du nouvel arrivant scintillait d'une lueur peu naturelle, parcourue par des lucioles et de sigles à l'allure ésotérique.
— Le petit est vraiment dur à lire, l'entendit souffler Shikaku. Si le Kyuubi est en effet responsable du mauvais état de notre garçon, je dois dire qu'il fait un sacré boulot pour camoufler sa présence.
Le Nara ne manqua pas de remarquer le ton dépourvu d'émotions que prit cet homme. En retournant son visage vers le Sandaime, il nota alors sa moue pensive, se distinguant des rides et du noir. Hiruzen conclut alors d'une voix terne :
— Je pense que nous sommes encore dans le bon scénario, mais cela a le potentiel d'évoluer sur le deuxième à n'importe quel moment. Agent T, continue ta mission. Tant que nos doutes ne sont pas complètement levés, nous continuerons cette routine.
— Et que devront faire les ombres en attendant, Maître ? Donnez-nous vos ordres, ô Maître ! soupirèrent lascivement les voix féminines.
Le Sandaime leva son bras dans l'air, avant de pointer deux fois le vide et de désigner Tigre juste après.
— Vous trois, je veux que vous vous relayiez pour me fournir un rapport toutes les deux heures. Je veux tout savoir sur Naruto, de ses agissements quotidiens jusqu'au moindre de ses ronflements.
— Oui ! Hokage-sama ! crièrent les ninjas à l'unisson.
Et les Ombres comme Tigre se volatilisèrent dans l'air.
Le Sandaime riva finalement son regard vers Shikaku. Un regard qui ne détrompait pas :
— Et toi, tu ne marcheras plus sur mes plates-bandes à présent. La situation est parfaitement sous contrôle. Je pardonne une fois, pas deux.
Shikaku eut alors un rictus. Il reconnut enfin l'homme qui avait mené la Feuille durant la dernière guerre. Il se courba révérencieusement devant le Troisième, qui trônait dans la noirceur de la nuit, tel un maître absolu de ce royaume de ténèbres.
— Oui, ô Haut Seigneur, s'inclina très bas le stratège en posant un genou au sol.
Le Sandaime le scruta du coin de l'œil avant de s'enfouir définitivement dans l'obscurité, où les ombres jouèrent leur danse macabre de façon inlassable.
— Je suis désolé Kura, je ne voulais pas te trahir ! s'écria Naruto en s'agenouillant très bas devant la fille, qui avait une moue désabusée, assise sur sa chaise.
Néanmoins, voyant qu'il était sincère, elle soupira et déposa un baiser sur sa joue. Naruto constata la lueur changeante de ses yeux, passant du rouge au jaune, puis du jaune au rouge.
— Je sais bien Naruto, mais tu dois faire très attention à l'avenir. Tu as failli dévoiler toute notre main d'un coup.
Sa voix était douce mais charriait autant une leçon que le jeune garçon devrait à jamais retenir. Et Naruto se sentait surtout très fatigué, éprouvé de ce jour où il avait dû agir contrairement à sa nature première. Il n'avait pas soupçonné la veille que se comporter en ne laissant rien transparaître pouvait être aussi éreintant.
— Peut-on arrêter ce jeu du chat et de la souris ? Grand-père ne nous laissera jamais tranquille... minauda-t-il défaitiste.
Néanmoins, à sa surprise, la fille hocha la tête et sourit à grandes dents.
— Aies confiance Naruto, j'ai un plan.
— Kura ! s'exclama-t-il inquiet, mais la fille ignora juste son inquiétude en s'allongeant sur le lit dans une posture aguicheuse.
— Repose-toi Naruto, nous aurons besoin de forces pour demain matin.
Naruto soupira avant de la rejoindre. Il plaça sa tête contre son ventre alors qu'elle lui caressait les cheveux de ses mains.
— Kura, es-tu fière de moi ? requit-il, encore troublé.
Et telle une mère, elle lui embrassa le front, lui faisant oublier tous ses soucis.
— Tu progresses à ton allure, enfant. Nous sommes sur la bonne voie.
Sa voix était sa berceuse qui lui permit de glisser dans la torpeur.
X
Les ombres jouèrent leur danse macabre.
