Réflexion, partie 2
X
Naruto fut éberlué par le discours. Il regarda autour de lui et remarqua qu'il n'était effectivement pas le seul à être choqué. Sakura à côté de lui était verte comme une pomme et semblait être sur le point de vomir. Les enfants de clan quant à eux souriaient et apparaissaient devant Naruto comme s'ils provenaient d'une autre planète.
Comment pouvaient-ils sourire devant un tel discours ? Étaient-ils fous ? Ou peut-être était-ce parce que c'était une vérité bien trop horrible pour un enfant n'ayant grandi dans un environnement ninja ? Fut-ce parce que cette connaissance était si terrible qu'aucun adulte avait eu le courage jusqu'à présent de leur annoncer. Ces enfants souriaient-ils car pour la première fois, quelqu'un paraissait les reconnaître à leur juste valeur devant leurs pairs ?
Bienvenue dans ce monde, Naruto, murmura Kura dans son esprit. Il t'a fallu bien longtemps pour réaliser que le monde dans lequel tu habitais jusque-là n'était qu'un mensonge.
Non, non, non, non, non, non, non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non !
Confronte le Naruto ! Embrasse ta nature ! Deviens ce que tu es vraiment ! Deviens un vrai Humain ! gloussa Kura sarcastiquement.
— Ce n'est pas drôle ! hurla Naruto au ciel. Peu après, Naruto baissa les yeux tandis qu'il murmurait la même chose encore et encore.
Tout le monde le toisait, les enfants de clans déçus et les autres comme s'ils reconnaissaient enfin quelqu'un qui avait toujours été l'un des leurs.
Félicitations, enfant, tu as un certain talent pour attirer l'attention sur toi.
— Ce n'est pas vrai... hoqueta Naruto, s'agenouillant au sol, nettoyant les larmes de son visage.
— Élève... Uzumaki Naruto, c'est ça ? l'appela soudainement Satoshi Uchiwa. L'homme sembla lire une liste sur son lutrin avant qu'il tourne son seul œil encore fonctionnel vers lui et s'abaissa avec respect : Je vous remercie d'avoir eu le courage d'émettre vos doutes concernant mes futurs cours, car je sais que ce n'est pas quelque chose de facile à entendre. Et je comprends que vos sentiments soient partagés par beaucoup d'entre vous mais vous deviez le réaliser en venant ici et—
— Monsieur Uchiwa, le stoppa Iruka en le rejoignant sur la plate-forme. Ne continuez pas davantage. Vous en avez assez dit pour aujourd'hui... il y a des vérités qu'il vaut mieux ne révéler que plus tard. Ils ne sont pas encore prêts...
— Eh Iruka-sensei ! cria soudainement Kiba Inuzuka de la foule. Je pense que le nouveau professeur a parfaitement raison. Nous avons assez perdu de notre temps ici. Je dois tous les jours venir assister à vos cours inutiles. Je ne suis pas un lâche comme Naruto et de même que tous les autres fils de clans. Je veux être prêt, je veux être utile, je veux arrêter de rien branler et commencer enfin un véritable entraînement. Il est temps que l'argent que met ma famille pour me former soit enfin rentabilisé !
Peu après l'intervention de Kiba, un autre enfant provenant d'une famille de civil eut sa propre opinion et se rangea au côté d'Iruka. Et enfin, un débat idéologique se répandit à travers la foule comme une épidémie. Iruka tourna ses yeux vers Satoshi qui l'évaluait en retour. L'enseignant à la queue de cheval l'accusa subitement :
— Voyez-vous ce que vous avez fait ? Nous voulions que tous les enfants soient unis sous la même bannière. Nous voulons qu'ils soient comme une famille soudée, qu'ils soient unis sous la même entité. Vous venez de briser ceci et—
— Et pour répondre à votre autre question Monsieur Imuno, je vous le demande, quand seront-ils enfin prêts pour la guerre ? Le seront-ils quand ils finiront traumatisés car ils auront eu leur premier meurtre sur le terrain parce qu'ils n'auraient pas reçu l'entrainement adéquat ? Lorsqu'ils seront dans une situation où ils pourraient mourir car ils hésiteront à tuer leur premier ennemi ? Quand—
— SILENCE !
...
...
...
Tout le monde s'arrêta de parler, comme le chef de la Feuille était soudainement apparu sur l'estrade en pierre dans un éclat de lumière ocre. À ses côtés, un ANBU portant un masque de tigre se tenait à genoux tandis qu'une femme avec son propre masque d'oiseau se tenait debout à sa droite, les bras croisés. À son visage, il était aisé de dire que Sandaime était clairement insatisfait. Le haut dignitaire du village se mit alors à haranguer la foule d'une voix grave :
« Vous appartenez tous à la Feuille ! Vous êtes tous les branches et les feuilles de nos arbres ! Le fait que la guerre arrive ou n'arrive pas ne compte pas, car rien n'est certain en ce monde. Peut-être que la paix durera plus longtemps que prévu, peut-être qu'au contraire, celle-ci durera moins longtemps. Peut-être que demain, nous déclarerons la guerre à Suna, Kiri, Kumo ou Iwa. Mais la seule chose dont je suis sûr, c'est que tant que nous vivons, que nous respirons, nous pouvons espérer ! Vous avez tous la volonté du Feu enfouie en vous. Lorsque vous êtes entrés à l'Académie, vous avez juré en même temps de ne jamais utiliser ce que vous apprenez contre Konoha et le peuple du pays du Feu. Je ne tolérerai aucune dissension sous mon règne ! Je ne tolérerai aucun de vous se battre pour des raisons aussi futiles, car vous êtes avant tout tous mes enfants ! »
Le Sandaime leva ses bras devant lui et déploya ses poings vers le ciel.
« Satoshi parle avec la vue d'une personne ayant connu la guerre depuis le berceau. Mais notre époque est différente de ce qu'elle était il y a dix ans. Et cependant, je ne vous mentirai pas. La guerre est une réalité, notre réalité. Sans la guerre, les ninjas n'auraient aucune raison d'exister. Et cependant, c'est parce que la guerre est une possibilité que nous existons. Nous ne sommes pas là pour être en guerre, nous sommes là pour empêcher la guerre d'arriver : souvenez-vous toujours de ça ! Nous sommes là pour protéger, guider et mener le monde vers un avenir meilleur et non le mener vers sa destruction ! Et si nous n'avons d'autres choix que de causer le chaos, nous choisirons toujours une destruction moindre à une destruction plus importante. Nous sommes unis, nous sommes la Feuille, nous sommes Konoha ! »
Et alors, le vieil homme ouvrit ses paumes vers les élèves.
« Et cependant, nous sommes conscients que la plupart d'entre vous sont à un âge tendre où il est encore difficile d'accepter cette vérité. C'est pourquoi je déclare officiellement qu'à ce jour, les Jeux de Guerre ne commenceront que dans cinq jours après celui-ci. Ils ne feront pas partis du programme central de l'Académie et ne seront comptés que comme des cours optionnels pour ceux qui veulent vraiment s'immerger dans la réalité des Shinobis sous un processus accéléré. Pour ceux qui ne participeront pas, eh bien vous serez toujours capable d'être diplômé par la voie normale, le temps que vous puissiez assimiler cette réalité. Mais c'est votre choix à faire et personne ne peut décider pour vous de votre destin. »
Le Sandaime tourna les talons. Les élèves quant à eux avaient tous baissé les yeux.
La pluie commença à tomber, lavant la peine de ceux qui avaient déjà sacrifié bien trop de choses pour la paix et rinçant l'hésitation de ceux qui n'avaient pas encore effectué le moindre sacrifice pour la paix.
L'Académie resta fermée toute la journée. Seul le bruit des pas des élèves retournant chez eux résonna dans la terre boueuse de la cour.
Nom : Satoshi Uchiwa (trente-huit ans). Famille : Femme : Décédée, Père : inconnu ; décédé ; Mère : inconnue, décédée ; descendance : Shisui Uchiwa (dix-huit ans)
Hiruzen tomba sur sa chaise, réellement fatigué de sa journée. Il alluma son calumet et soupira tandis qu'il posait sur la table la nouvelle pile de documents qui venait de se rajouter. Il venait d'envoyer Tigre pour réguler la sécurité interne de Konoha et l'agente Cacatoès pour surveiller Naruto. Seule l'agente Ara était restée avec lui pour l'aider à traiter les autres affaires. Il avait plus d'une centaine d'agents à ses ordres. Ils lui renvoyaient leur rapport quotidiennement de toute part dans Konoha. Kakashi, Shisui, Itachi, Yuago étaient autant de noms sous la responsabilité de Hiruzen. Le Sandaime donnait ses ordres de manière hebdomadaire en temps de paix et quotidiennement en temps de guerre.
Les tâches des ANBU étaient multiples : protection, investigation et assassinat.
Ils lui étaient extrêmement utiles car ils étaient les seuls ninjas à être directement sous son commandement direct. Et il y avait beaucoup de zones dans Konoha où il n'avait quasiment aucune influence. Les rues de Konoha appartenaient aux marchands et les ruelles aux différents chefs de la mafia. Le village était juste l'union solidaire de toutes les terres appartenant aux clans. Si les clans avaient juré fidélité auprès de la Feuille, ils conservaient la plupart de leurs possessions et étaient indépendants sur beaucoup d'aspects. Au final, le seul endroit qu'avait pu contrôler Hiruzen avait été le centre-ville.
Si seulement il avait eu Jiraya à ses côtés, celui-ci aurait pu l'assister dans sa tâche mais son cher disciple fuyait toute responsabilité ayant une relation avec le pouvoir politique et ne pouvait être utilisé qu'en tant qu'espion. Orochimaru avait été une cause perdue depuis le début et Tsunade avait fui à cause de ses traumatismes. Tigre était probablement l'agent le plus précieux à sa disposition mais Hiruzen ne pouvait lui relayer la moindre décision en raison de ses circonstances uniques. Ara et Cacatoès étaient ses ombres, effectives dans leur spécialité respective. Ara pour son talent unique de support et Cacatoès pour son efficacité sur le terrain. Elles étaient en revanche trop jeunes et trop volatiles pour qu'il leur confie la moindre responsabilité et leur loyauté envers Konoha s'arrêtait à son unique personne. Kakashi était trop avachi par sa culpabilité pour faire quoi que ce soit et son côté retardataire ne jouait pas en sa faveur. Shisui était un très bon élément mais partageait le même défaut que ses Ombres, il était trop jeune, comme tous les autres agents ayant un aussi grand potentiel que lui.
Et alors, il y avait l'Académie.
Remplacer Mizuki avait été un véritable casse-tête. Konoha avait absolument besoin d'un nouveau professeur et vite et comme c'est un cas qui n'arrivait que tous les deux ans en moyenne, Hiruzen avait reçu beaucoup d'offres provenant des différents clans de Konoha. Pour chaque proposition, Hiruzen avait dû évaluer le pouvoir politique de chaque clan au conseil en même temps que la proposition elle-même.
Et beaucoup d'entre elles n'avaient simplement pas été raisonnables.
Par exemple, les Inuzuka avaient proposé que tous les étudiants aient leur propre chien avec eux. Même si leur habilité de traqueurs était utile, ceci n'était absolument pas un talent nécessaire que chaque élève devait avoir sur le terrain, sans même compter les importants investissements en infrastructures associés à ce type de projets.
L'offre des Inuzuka avait reflété au moins cinquante pour cent des différentes propositions ; soit pas assez précises, soit pas assez relatives à la demande ou tout simplement impossibles à implémenter. Les projets restants avaient inclus au moins l'un de ces trois facteurs. Le projet des Uchiwa, malgré ses défauts était le meilleur choix parmi tous. Satoshi Uchiwa n'avait pas été choisi pour sa pédagogie, ni pour son éloquence, mais avant tout pour son programme.
L'homme n'était pas stupide à l'évidence, mais il était bien trop direct et il ne réalisait pas que ses interlocuteurs étaient des enfants. Hiruzen considérait Satoshi comme étant une bonne alternative pour ceux qui n'étaient pas adaptés au système actuel. Et il y avait ceux qui n'étaient pas d'accord avec la nouvelle addition. Seulement ce matin, il avait reçu une vingtaine de parents d'élèves dans son bureau qui étaient venus se plaindre du nouveau professeur. C'était une véritable migraine pour le Sandaime qui devait aborder la situation d'une façon diplomatique mais au final, il annula juste tous ses rendez-vous.
À la toute fin de la liste, il y avait le cas de Naruto. En réalité, Hiruzen ne savait quoi penser de lui. Pour l'instant, il avait été un fardeau plus qu'autre chose. Même si Hiruzen l'adorait personnellement — notamment pour son côté excentrique — le Naruto actuel n'était d'aucune utilité pour le Hokage et coûtait d'autant plus cher à superviser. Il y avait toujours au moins l'un de ses meilleurs agents consacré exclusivement à le surveiller mais c'était nécessaire du fait de son statut d'arme vivante.
Une Bête à Queues et particulièrement la plus puissante d'entre toutes était suffisante pour détruire un village caché à elle seule et comme Shikaku l'avait dit, ils manquaient d'informations cruciales la concernant. C'était une épée à double tranchant qui pouvait apporter une destruction terrible sur Konoha si elle n'était pas totalement sous leur contrôle.
De fait, c'était une arme que beaucoup de clans lorgnaient. Hiruzen ne comptait plus le nombre de fois où les clans lui avaient proposé d'adopter l'enfant le jour où ses parents étaient morts. Hurizen avait dû réfuter chaque demande pour des raisons évidentes. Il devait être certain de la loyauté du garçon envers lui et par extension, envers Konoha, loyauté qui ne devait jamais être altérée par des éléments extérieurs — y compris par de potentielles amantes...
Le problème de Naruto était complexe ; beaucoup de civils qui avaient découvert sa véritable nature le haïssaient juste, ne comprenant pas le fait que Naruto était seulement l'hôte et non le démon lui-même. Certains adultes faisaient la même erreur, bien que cela était moins prononcé et la loi interdisant de révéler sa véritable identité sous peine de mort avait été dissuasive, même pour les plus agressifs.
Les talents incroyables de Tigre avaient permis à Hiruzen de retarder de révéler le fait que Naruto était directement sous sa protection, mais Hiruzen avait déjà reçu les rapports de Cacatoès à travers le lien qu'elle avait avec sa sœur jumelle, Ara, que les rumeurs que Naruto soit le fils du Yondaime avaient déjà circulé.
Si même une petite fille comme Sakura, si sa mémoire ne lui faisait défaut, pouvait le déduire par simple association entre son physique et la nature de ses gardiens, il n'y avait pas de doute que n'importe qui pouvait le faire. L'opinion de Tigre était qu'il avait été un idiot de ne pas attendre qu'il soit complètement remis mais les événements actuels ne pouvaient tolérer aucun manquement à la supervision de Naruto.
Pour commencer, beaucoup de clans avaient commencé à essayer de rameuter Naruto à leur côté. Montrer un ANBU directement chargé de sa protection en plein jour avait été un rappel suffisant pour mettre un frein à leurs plans le concernant... pour l'heure actuelle néanmoins. Et Hiruzen avait identifié au moins cinq camps potentiellement intéressés à son encontre, le trio Nara-Amakachi-Yamanaka, le duo Aburame-Inuzuka, les Hyuuga, les Uchiwa et Danzo. Hiruzen ne pouvait se permettre de perdre pied sur ce sujet.
Naruto était sa carte maîtresse, son assurance et aussi son petit-fils adoptif dans un sens. Hiruzen, de fait de sa position, avait dû éloigner sa famille de Konoha, en la cachant en rase campagne du pays du Feu. Le seul qui était resté avait été Asuma Sarutobi car il était déjà un Jounin. Le Hokage ne pouvait tolérer que ses sentiments personnels empiètent sur son devoir.
Et jusqu'à présent, seul Naruto avait été l'exception à la règle.
Naruto était allongé sur son lit chez lui. Certains élèves comme Shikamaru, Chouji et Ino l'avaient invité à passer le reste de la journée chez eux dans l'enceinte de leur clan mais Naruto avait décliné. Kura lui avait averti de faire attention à ses relations lorsqu'il était avec les enfants de clans car certains d'entre eux avaient les moyens d'entrer dans son esprit et donc de découvrir le secret par là-même qu'il partageait avec elle. Et il n'avait vraiment pas eu le cœur à jouer la comédie pendant une journée entière.
Il regarda sa fille-fantôme qui était encore en train de lire son livre sur le Fuinjutsu. Ses cheveux rouges rebondissaient à chaque fois qu'elle tournait une page, comme un rappel permanent de sa présence à ses côtés. Il voulait la serrer dans ses bras mais il ne pouvait le faire car il avait été instruit d'agir comme si elle n'existait pas.
Elle lui avait révélé qu'il était très dur pour elle de créer une situation où il pouvait librement inter-changer avec elle sans que cela ne se remarque d'un point de vue extérieur. Elle l'avait fait avec lui il y a deux jours pour le récompenser car les circonstances avaient été plus favorables. Cependant, la supervision constante dont ils étaient victimes rendait quasiment impossible l'opération dorénavant. Elle disait qu'elle ne pouvait se focaliser sur rien d'autre lorsqu'elle activait cette capacité.
Mais c'était aussi éprouvant pour lui de ne pouvoir parler, de toucher et d'interagir avec la seule personne avec laquelle il pouvait vraiment être lui-même. Et ceci était d'autant plus difficile quand elle était juste à côté de lui. Parfois, il sentait le souffle de son esprit contre le sien, comme un touché tranquillisant qui l'apaisait. Le discours de Satoshi l'avait toutefois tant troublé qu'il avait besoin de quelqu'un à qui se confier.
Kura... je peux parler avec toi ? pensa-t-il, d'une voix emplie de désespoir.
Elle divertit soudainement son attention de son livre et ses yeux cramoisis se posèrent sur lui. Elle soupira, referma le bouquin et s'assit face à lui.
— Attends une seconde, ordonna-t-elle en fermant les yeux.
Naruto sentit quelque chose changer très profondément en lui, comme une horloge qui aurait vu ses aiguilles tourner. Elle ouvrit enfin ses magnifiques yeux face à lui et lui sourit brillamment.
— Nous pouvons désormais discuter librement.
Et au moment où elle annonça ce fait, Naruto se jeta sur elle, la poussant sur le lit. Il était dessus, ses bras encadrant son petit corps complètement. Elle était au piège, entièrement sous son contrôle.
— Maintenant que j'ai toute ton attention, tu ne peux plus t'échapper.
Mais elle lui rétorqua par un fin sourire.
— Oh ? Et tu penses avoir le dessus sur moi ?
Soudainement, il y eut un changement étrange dans son champ de vision, comme si le monde s'était complètement renversé en un instant. Elle était au-dessus de lui et lui en dessous. Le sourire en coin de la fille s'élargit encore.
— Je crois que je préfère cette position, avoua-t-elle malicieusement.
Naruto essaya de se lever, mais les mains de la fille bloquaient complètement ses bras, l'empêchant de prendre une position assise tandis qu'elle était à quatre pattes, le circonvenant de part et d'autre du lit.
— Tu es un mauvais garçon, Naruto, s'esclaffa-t-elle. Et maintenant, comment devrais-je te punir ? Je me le demande...
— C'est pas juste quand tu utilises tes pouvoirs comme ça ! se plaignit-il.
Et elle répliqua sur un rire moqueur :
— Je ne t'ai jamais dit que je jouais à armes égales, mon garçon.
Elle se mit alors à le chatouiller férocement. Il rigola jusqu'à s'en perdre les poumons.
— Je me rends, je me rends ! Par pitié ! supplia-t-il entre deux hoquets, mais le sourire de la fille était démoniaque.
— Tu apprendras à ne pas te jeter sur moi comme ça. Et puis seule moi suis autorisée à me jeter sur toi de cette manière, personne d'autre, pas même cette femme que tu appelles Madame Oiseau.
Il la regarda incrédule.
— Quoi, ne me dis pas que tu es jalouse d'elle ?
À son étonnement, elle lui rit au nez.
— Bien sûr que non, elle ne sait rien de toi et je connais tous tes petits secrets.
Il commença sérieusement à s'inquiéter qu'elle en sache autant. Il la vit alors reprendre une mine sérieuse lorsqu'elle le laissa se rasseoir.
— De quoi voulais-tu me parler ? requit-elle en rangeant ses cheveux derrière elle.
— Je voudrais connaître ton opinion sur ces Jeux de Guerre et ce que tu penses de cet homme, Satoshi Uchiwa, révéla-t-il.
Elle prit une moue pensive face à son regard intense en posant un doigt sur ses lèvres.
— Je pense qu'ils sont réellement intéressants. C'était vraiment une réaction intelligente de la part de Konoha, même si elle n'a pas été approuvée à l'unanimité. Je ne l'aurais pas présenté de la manière dont le Uchiwa l'a fait, mais je ne sais vraiment pas comment cet homme calcule, pas que j'en ai quelque chose à faire de toute façon, avoua-t-elle en haussant les épaules puis rajouta ; et contrairement à ce que tu penses, cela ne nous concerne pas tant que ça.
— Vraiment ? Tu veux dire que nous ne participerons pas à ces jeux ? requit-il un peu étonné de son ressenti.
Mais il la vit hocher la tête assez vite.
— Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Je signifiais que ces Jeux de Guerre ne sont pas essentiels à notre développement. Ce dont nous avons besoin c'est de la connaissance et ce que ces jeux nous apporteraient, c'est de l'expérience. C'est utile mais pas aussi indispensable de mon point de vue que la connaissance. Ce qui pourrait être vraiment intéressant, ce serait de former des alliances avec les autres élèves et par leur intermédiaire les autres clans mais à part ça, les Jeux de Guerres n'ont pas grand intérêt. Franchement, si je pouvais choisir, je préférerais cent fois mieux que tu recrutes un mentor en Genjutsu ou en Fuinjutsu.
Naruto pencha son regard sur le côté.
— Pourquoi ? Je te vois lire ce livre tous les jours. Tu n'es pas censée être une experte déjà ?
Elle en rit à cœur joie.
— Si tu penses que lire un livre ou deux est suffisant pour être expert dans un domaine, tu te trompes lourdement Naruto. Je me considère intelligente mais moi-même j'ai des difficultés à comprendre les notions abstraites qui sont dans les livres de Fuinjutsu et les livres de tes étagères ne couvrent que la base. De plus, il me parait évident que c'est un art qui requiert de la pratique et comme c'est un art dangereux, je refuse de risquer nos vies communes autant que je veuille apprendre cet art. Je considère qu'à mon train actuel, il me faudrait des décennies, voir des siècles pour vraiment maîtriser le Fuinjutsu comme je l'entends et nous n'avons pas des décennies. Il me manque l'intuition de piocher ce qui est réellement important dans la masse conséquente d'informations que j'absorbe. Et je ne me suis même pas encore attaquée au livre sur le Genjutsu, mais je peux te dire avec assurance que ce sera probablement la même chose. Pour toutes ces raisons, un spécialiste en Fuinjutsu et en Genjutsu qui serait d'accord pour nous les enseigner serait un atout indéniable. Et ce serait encore mieux si on avait plus de livres sur ces sujets, ça serait juste la cerise sur le gâteau, finit-elle dans un rire.
Naruto la trouvait absolument charmante lorsqu'elle paraissait passionnée à propos d'un sujet.
— Et pourquoi pas le Taijutsu ou du Ninjutsu ? demanda Naruto, comme c'était aussi des notions enseignées à l'Académie.
— Bonne question, bien que de mon point de vue, la réponse est évidente. Mais je pense que tu as besoin d'un rappel, car j'ai le sentiment que tu as tendance à oublier qui je suis.
Soudainement, neuf queues en fourrure apparurent du bas de son dos, des queues qui étaient chacune au moins aussi grandes qu'elle. Elles l'enveloppèrent dans un voile, où seuls ses yeux rouges envoûteurs et ses bras ressortirent. Elle porta alors une main sur sa poitrine et proclama fièrement :
— Je suis le Kyuubi, la plus puissante et la plus enviée créature de ce monde. Un seul mouvement de mes queues peut faire effondrer des montagnes ou causer des tsunamis. Mon surnom est synonyme de destruction et de désastre. En une seconde, je peux raser de la carte un village caché. Mon pouvoir est sans limite et ceux qui ont osé me défier ont tous payé le prix de leur vie. Pour répondre à ton autre question, je peux amplifier tes capacités corporelles au point que tu puisses traverser le monde en un jour sans ressentir le moindre signe de fatigue et tu peux cracher mon feu ainsi qu'utiliser mes pouvoirs terrifiants tant que je le permets. Avec mon pouvoir qui amplifie tes sens, ta vitesse et ta force peuvent être aisément équivalentes à un niveau de haut Chuunin ou de bas jounin.
— Mais... est-ce assez ? Je veux dire, si je m'entraîne, ne serais-je pas plus fort et plus rapide ?
Et la fille eut encore un petit rire.
— Bien sûr que tu peux être plus rapide et plus fort mais pour ça, tu devras ne pas négliger ton entraînement physique mais ce n'est qu'un objectif secondaire pour nous. Tu t'amélioras en grandissant de toute façon et tant que tu conserves un rythme de vie sain, je ne suis pas vraiment inquiète à ce propos. Le Ninjutsu est un art intéressant mais pas vraiment vital pour nous. Mes pouvoirs seuls combinés à tes formidables réserves de chakra nous permettent déjà d'écraser tout sur notre passage. Et cependant, le Genjutsu et le Fuinjutsu sont deux choses bien différentes. Être capable de contrôler l'esprit d'individus et la manière dont ils perçoivent leur environnement est indéniablement redoutable. Le Fuinjutsu est un art… qui permet virtuellement de tout faire, mais cela demande du temps, beaucoup de temps et de préparation. Si terrifiant dans son utilité mais aussi tellement cher en termes de ressources que nous devons allouer pour le faire fonctionner.
Elle quitta alors le lit et se mit à marcher dans la pièce. Naruto se leva aussi bien entendu, mais quand il le fit, elle se retourna vers lui avec le sourire le plus triste qu'il n'ait jamais vu de sa part.
— Naruto, cela m'a demandé des siècles pour réaliser les raisons pour lesquelles les humains ont été capables de me réduire à mon état actuel. Comment se fait-ce qu'une créature immortelle et aussi puissante que moi ait pu être réduite en esclavage par des êtres inférieurs, tant en intelligence qu'en pouvoir ? Je me suis finalement rendu compte que c'était parce que j'étais faillible. Depuis le début, j'étais imparfaite Naruto. Ces angles morts sont la raison de mon emprisonnement, ainsi que celui de toute mon espèce. Il me manque la connaissance... J'ai tout le pouvoir que je veux à ma disposition mais il me manque la connaissance pour l'utiliser à la perfection.
— Et c'est pour cela que tu as été scellée en moi ?
Elle acquiesça puis soupira alors. Naruto eut l'impression qu'elle le regarda avec une compassion et une tristesse, une infinie tristesse.
— Naruto, j'ai une information importante, extrêmement importante à te confier. Je veux que tu restes calme autant que tu le peux. Cette information est si importante qu'elle risque de changer à jamais notre relation et sans nul doute à jamais la manière dont tu entrevois ton monde. J'ai gardé cette information pour moi jusqu'à maintenant car je ne savais pas comment tu aurais réagi si je te l'avais dit avant. J'avais des doutes sur la véracité de cette information mais les maigres connaissances que j'ai acquises en Fuinjutsu m'ont permis d'en affirmer son authenticité. C'est aussi la raison pour laquelle tu seras mon dernier hôte, Naruto. Es-tu prêt à entendre cette vérité, Naruto ? Je ne veux pas te forcer en quoi que ce soit.
Naruto rigola alors qu'il haussa les épaules.
— Après tout le suspens que tu m'as donné, tu crois vraiment que je peux reculer avec un simple non, je m'en moque ?
Kura acquiesça avant de prendre une profonde inspiration. Son visage se figea lorsqu'elle affirma enfin d'une voix impassible :
— Naruto, il n'y aucun sceau qui me retienne emprisonnée à l'intérieur de toi.
« Naruto, il n'y aucun sceau qui me retienne emprisonnée à l'intérieur de toi. Naruto, il n'y aucun sceau qui me retienne emprisonnée à l'intérieur de toi. Naruto, il n'y aucun sceau qui me retienne emprisonnée à l'intérieur de toi. »
Cette phrase se répéta sans cesse dans son esprit, telle une musique qu'une personne aurait oublié de couper et qui aurait perduré durant son sommeil. Naruto réalisa alors toutes les implications de cette information. Elle signifiait... tellement de choses qu'il ne voulait considérer, qu'il ne pouvait même considérer... C'était le même genre d'informations lorsqu'un médecin venait vous voir pour vous annoncer que vous aviez une maladie incurable qui pouvait vous tuer à tout instant et qu'aucun remède n'avait encore été découvert. Ce genre d'informations qui terrifierait n'importe quel être avec la moindre envie de vivre.
— Tu-alors-pourquoi-comment-quoi ? voulut-il demander mais il y avait tellement de possibilités, tellement de questions à l'intérieur de lui qu'il ne sut par où commencer.
Il vit son sourire amer, son visage déconfis ainsi que ses yeux qui brillaient d'une étrange lueur. Elle se mordilla la lèvre inférieure en hochant la tête. Naruto quant à lui ne savait que dire, ni que faire, ni même quoi penser. Il ne se rendit pas compte que son corps tremblait, vacillait, sans s'arrêter et sans discontinuer...
Et alors, son esprit se mit à ressasser spontanément toutes les discussions qui s'étaient déroulées entre eux :
« Je suis le Kyuubi, la plus puissante et la plus enviée créature de ce monde. »
« J'ai tout le pouvoir que je veux à ma disposition mais il me manque la connaissance pour l'utiliser à la perfection. »
« Moi-même j'ai des difficultés à comprendre les notions abstraites qui sont dans les livres de Fuinjutsu »
« Pour toutes ces raisons, un spécialiste en Fuinjutsu et en Genjutsu qui serait d'accord pour nous les enseigner serait un atout incroyable. »
« Il semblerait que je ne puisse contrôler ton corps sans afficher des éléments... relatifs à mon essence... »
« C'est aussi la raison pour laquelle tu seras mon dernier hôte, Naruto. »
Comme des pièces de puzzles qui s'assemblaient pour former un tableau plus grand, telles des briques qui participaient aux fondations d'une maison. À la façon de petits coups de pinceaux qui ensemble réalisaient un chef d'oeuvre, les idées rentrèrent, s'accumulèrent dans son esprit et il réalisa enfin l'envers du décor derrière les stratagèmes de Kura. Il prit aussi conscience que son grand-père savait probablement qu'elle était à l'intérieur de lui et même plus encore. Il se douta que son grand-père avait participé de près ou de loin au processus de formation du sceau et au fait qu'il avait un démon à l'intérieur de son ventre.
Ce que Kura voulait cacher en réalité, ce n'était pas le fait qu'elle soit à l'intérieur de lui parce qu'elle ne pouvait pas sortir, mais le fait qu'elle soit à l'intérieur de lui parce qu'elle ne voulait pas sortir.
Il devina pourquoi les gens le détestaient depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait. Il commença à réaliser jusqu'à récemment pourquoi il était toujours suivi par un ANBU et pourquoi les gens s'étaient approchés de lui avec intérêt. Il saisissait également pourquoi son grand-père le visitait toujours en secret. Il réalisa aussi que depuis qu'il était tout petit, il avait probablement dû toujours être suivi par un ANBU de son grand-père. Il prit enfin pleinement ampleur de son statut d'arme vivante. Et par-dessus tout, il réalisa qu'il n'avait à présent plus aucune valeur désormais que Kura pouvait sortir quand elle voulait.
Il soupçonna que le moment où elle retrouverait sa liberté signerait l'heure de sa mort. Il conclut que si ce secret venait à être révélé, sa propre vie serait instantanément concédée. Et il estima alors qu'il n'avait jamais posé les bonnes questions aux bonnes personnes.
Il avait perdu huit ans de sa vie en ne faisant rien, en n'apprenant rien.
Il rumina le fait qu'il avait été mort depuis sa naissance.
Désormais, Naruto comprit complètement ce qu'elle voulait dire, quand Kura lui disait qu'il devait mentir pour survivre. Le simple fait qu'il ait été vivant depuis le début n'avait été qu'un énorme mensonge. Et pour continuer à vivre, il devrait continuer à mentir jusqu'au jour où il rendrait son dernier soupir.
Il eut soudain des vertiges, puis un malaise, comme si quelqu'un lui avait tapé sur la tête avec un marteau une fois, plusieurs fois, successivement, séquentiellement, simultanément.
Il voulait dire quelque chose, mais c'était comme si ce quelque chose était coincé dans sa gorge. Ses larmes scintillaient dans le coin de ses yeux. La fille aux cheveux rouges, munie de ses neuf queues remplies de poils, le contemplait avec une tristesse, qui ne pouvait être retransmise avec de simples mots.
Depuis le début, sa vie entière n'avait été qu'un immense gâchis.
— Pourquoi... pourquoi... Pourquoi suis-je encore vivant ? Pourquoi est-ce que je respire encore ? Quel est l'intérêt ? Quel est mon but dans cette vie ? Et pourquoi ce monde est-il, si putain d'injuste ! hurla Naruto sur les derniers mots, tandis que ses larmes coulèrent enfin.
Kura pleura alors qu'elle expliqua à son tour :
— Lorsque le Yondaime tenta de me sceller, il n'eut pas le temps de le faire complètement et en conséquence, le sceau qui est supposé me garder en toi est imparfait. C'est pour cela qu'il m'a été si facile de prendre contact avec toi, de modifier le sceau, de prendre le contrôle de ton corps, de modifier ta perception de la réalité et plein d'autres choses qu'il ne serait utile de te révéler ici. Je suis désolée d'avouer que... le Yondaime ait sacrifié sa vie pour rien. Et tu veux savoir la chose la plus stupide ? Pendant les six premières années où j'étais à l'intérieur de toi, j'ai crié contre mon destin, contre le monde, contre l'humanité. Mais c'était qu'enfin j'eus réalisé depuis le début, j'aurais pu m'échapper comme je le voulais. Je me suis vraiment sentie idiote. C'est bête hein ? On n'a connaissance d'une chose que lorsque celle-ci se trouve juste en face de notre nez. Je me sens si pathétique.
Naruto hocha la tête, ne voulant en entendre davantage.
— Je... je.. merde. Merde. Merde. MERDE ! MERDE ! MERDE ! MERDE ! hurla Naruto de toutes ses forces alors qu'il frappait ses jambes de ses poings sans cesse, ne pouvant plus retenir ses larmes qui coulaient telle une rivière infinie.
— Je suis désolée Naruto. Je ne le voulais pas, crois-moi.
— Je sais, merde ! Je sais que ce n'est pas ta faute ! Je sais que tu n'es qu'une victime comme moi ! Je sais que tu souhaitais juste retrouver ta liberté ! Je sais que tu n'es pas la chose démoniaque dont tout le monde parle ! Je le sais que trop bien. Je...
Et elle le serra enfin dans ses bras, très proche, l'embrassant une fois, plusieurs fois. Il retourna le baiser le même nombre de fois. Cela n'avait rien avoir avec le premier qu'ils avaient partagé. Le premier avait été intense en passion, ceux-ci étaient intenses dans la tristesse et la solitude qu'ils partageaient.
Mais ils n'étaient plus seuls désormais. Ils étaient deux, ensemble, unis, similaires à un seul et même esprit.
Lorsqu'il rouvrit ses yeux, il remarqua qu'elle ouvrit également les siens, comme s'il faisait face à son reflet. Et ses yeux lui paraissaient encore plus magnifiques désormais qu'il en saisissait tout le mystère.
Ils allèrent vers le lit, se tenant l'un et l'autre très proche. Leurs larmes continuaient de couler...
Et après un temps, un très long moment, lorsque le crépuscule était déjà tombé sur Konoha, Kura révéla enfin :
« Naruto, la raison pour laquelle je ne suis pas sortie, je vais te la révéler maintenant :
« Il y a beaucoup de choses que je veux pour nous deux et entre toutes ces choses, je veux que l'on devienne plus forts, plus rapides et plus intelligents et ce, le plus rapidement possible. Je veux que l'on devienne invincibles. Tous mes plans culminent vers ces objectifs. Il y a plusieurs moyens d'évaluer la force d'une personne. Le premier est le pouvoir, mais nous avons le pouvoir. Le deuxième est la connaissance, ce que ne nous avons pas encore. Le troisième est l'influence, quelque chose que nous n'avons point du tout et qui est le plus dur à obtenir et à conserver.
« Avec le pouvoir, tu peux forcer les gens à faire ce que tu veux, mais tu ne puis les forcer de le faire de manière efficace. Avec de la connaissance, tu peux forcer les gens à faire ce que tu veux mais aussi de manière parfaite. Avec de l'influence, tu peux non seulement obliger les gens à faire ce que tu veux, de manière parfaite, mais aussi de différentes façons que tu n'aurais pas soupçonnées au premier abord.
« Mais comme je l'ai dit, pour obtenir toutes ces choses, nous devons faire des compromis. Pour faire en sorte que les gens nous donnent ces choses gratuitement, nous devons leur offrir ce qu'ils veulent en retour. Et c'est pourquoi je t'ai appris comment mentir. C'est pour cela que je n'ai pas pris le contrôle de ton corps. Parce que tu m'es inestimable Naruto et ce depuis que je connais la vérité sur le sceau, car je sais que je n'aurai plus jamais d'autres hôtes comme toi. Et c'est pourquoi je ne t'ai pas tué en supprimant ta volonté et en prenant le contrôle de ton corps, car les êtres humains m'auraient juste jeté dans une autre prison et cette fois, je n'aurai pas été capable d'en venir au même compromis que celui que j'ai actuellement avec toi.
« Pour moi, tu es un investissement Naruto, un investissement unique en son genre. J'ai attendu deux ans depuis que je connais la vérité pour attendre le bon moment pour te contacter. En réalité Naruto, la nuit où tu t'es fait attaquer il y a six jours, tes agresseurs ne t'ont même pas touché une seule fois. Tout ce que tu as ressenti était un Genjutsu, probablement à l'initiative de Tigre. Bien sûr, j'aurai pu le dissiper, mais je ne l'ai pas fait. J'avais besoin de ton traumatisme Naruto. J'avais besoin de ce défaut dans ta psyché afin de me rapprocher de toi, pour que j'apparaisse comme ton unique chance, comme ta seule amie, comme la dernière personne qui t'est chère. Tout ce que je t'ai fait traverser, le fait que je t'ai forcé à me choisir face à l'alternative de ton grand-père, tout cela était dans l'unique but que je puisse te révéler cette vérité et que tu me choisisses enfin, en dehors de toutes les autres options. C'est le seul et unique plan que j'ai réalisé depuis que j'ai découvert la vérité sur toi et sur nous. »
Et désormais, le puzzle était complet. Pour Naruto, tout faisait parfaitement sens, absolument tout. La raison pour laquelle elle agissait de cette manière et pourquoi tout le monde se comportait ainsi envers lui. Il comprit pourquoi elle lui avait menti sur tout jusqu'à maintenant. Il comprit que tout ce qu'il avait vécu, tout ce qu'il avait traversé n'avait été qu'un autre de ses jeux, dont elle avait préparé toutes les pièces durant deux longues années.
Mais il lui sourit, à elle. C'était un sourire sincère et non le sourire d'une personne s'étant faite manipuler mais quelqu'un qui avait été heureux d'avoir été manipulé pour son bien.
Voyant ceci, Kura requit alors :
« Sais-tu ce qu'est le Dilemme du Prisonnier, Naruto ? »
Il hocha la tête négativement. Le sourire qu'elle lui montra afficha alors toutes ses dents. Elle paraissait extatique.
« C'est en vérité un problème assez amusant en économie sous une branche particulière qui s'appelle la théorie des jeux. L'idée est basée sur l'idée de deux prisonniers soumis à un problème :
« Ils sont tous deux confrontés aux Forces de l'Ordre, qui les mettent dans deux cellules séparées en tout sens, rendant impossible la communication entre eux. Les Forces de l'Ordre leur soumettent alors un ultimatum : si jamais ils révèlent que l'autre criminel est coupable, ils sont libres, sinon ils vont en prison pour un bout de temps. Le système est construit de telle manière à que si aucun des criminels admet que l'autre est coupable, les deux obtiennent une grande réduction sur leur peine de prison, mais si les deux s'accusent, ils obtiennent alors une peine de prison assez conséquente.
« Je pense que cela représente assez bien notre situation, n'est-ce pas ? »
Le garçon acquiesça. Il comprenait la problématique sous-jacente qui les concernait. S'il révélait que Kura voulait se cacher à l'intérieur de lui pour la raison qu'elle avait évoquée, il aurait probablement une chance de survivre (pas certaine mais existante) pour obtenir un sceau plus efficace afin de restreindre le Démon Renard à neuf queues, mais à la fin, cela détruirait juste les liens qu'il avait construits avec elle. Elle lui avait déjà exposé pourquoi elle n'avait aucun intérêt à prendre contrôle de son corps et qu'elle préférait largement qu'il demeure en vie pour ses plans. S'ils coopéraient tous les deux, ils auraient juste à souffrir quelques années à devoir mentir à tous, mais au final, ils seraient libres et Naruto ne voulait même pas imaginer ce qu'il se passerait si Kura et lui étaient en guerre l'un contre l'autre. C'était juste quelque chose d'inimaginable pour lui.
Voyant qu'il comprenait, elle l'embrassa encore.
« Oui Naruto. Le Dilemme du Prisonnier est construit selon un paradigme qui force obligatoirement les criminels à accuser leurs pairs. Si tu bâtis cette théorie sous un modèle mathématique où tu étends le temps à une décennie, à un siècle ou à un millénaire, tu te rendras compte que le plus tôt les prisonniers révèlent que l'autre est coupable, plus tôt ils seront libres, si bien qu'ils ont tout intérêt à trahir leur partenaire dès le premier jour. Mais je pense que nous sommes bien plus forts qu'une simple théorie Naruto. Je pense que nous pouvons dépasser ce stupide Dilemme du Prisonnier, je suis persuadée que nous sommes plus forts que tout en ce monde et qu'ensemble, nous pouvons être invincibles ! »
C'était un message d'espoir, un message qu'il n'aurait jamais cru possible avant qu'elle le dise juste en face de lui.
Elle lui donna un but. Elle lui accorda sa confiance. Mais par-dessus tout, elle lui retourna sa vie.
Les yeux rouges de la fille s'étrécirent malicieusement dans sa direction.
— Alors Naruto, veux-tu être mon partenaire de crimes ?
Naruto prit sa main, dans une manière où il signifiait qu'il ne voudrait jamais la laisser partir.
— Oui Kura, je suis ton criminel comme tu es ma criminelle. Je suis ton geôlier comme tu es ma geôlière. Nous sommes deux, mais nous ne formons qu'un. Et je t'aime, déclara-t-il enfin, sans hésitation.
Ce fut peut-être la première fois que Naruto vit Kurama rougir. Comment pouvait-elle, elle qui était si audacieuse et si confiante, rougir ?
— Je ne sais pas si je peux dire ça, considérant que je suis une démone formée juste par du chakra, mais je pense que mes sentiments envers toi sont très proches de ce que je pourrais appeler de l'amour. Donc oui, Naruto, je t'aime aussi.
C'était un amour qui était né de leurs circonstances uniques, un amour né à l'intérieur d'une prison, leur prison, mais c'était un amour auquel ils ne renonceraient jamais.
Naruto eut un sourire en coin.
— As-tu autre chose à me révéler Kura, avant que l'on revienne à la réalité ? Je ne sais pas, après tout ce que tu viens de me révéler, je m'attends même à ce que tu me dises que d'ici dix ans, la fin du monde et de l'univers tel que nous connaissons arrivera.
Kura se mit à rire.
— Non, je suis peut-être forte mais je ne suis pas omnipotente. Laissons voir ce que le futur nous réserve, Naruto.
Et ils se tinrent ensemble, le garçon aux cheveux blonds avec des cicatrices en forme de vibrisses sur son visage et un sceau imparfait sur son ventre et la fille aux cheveux rouges munies de neuf queues en fourrure de la même couleur, fille qui était en réalité un Renard fait de chakra. La Nuit tombait, mais ils s'en moquaient vu qu'ils étaient les Créatures de la Nuit. Et ils savaient qu'après la nuit, le soleil reviendrait dans toute sa gloire et qu'ils seraient enfin libres.
Oui, ensemble, ils feraient face à tous les défis qui croiseraient leur chemin.
Afin qu'ils soient enfin libres.
X
Naruto, je t'aime
