Ce côté de la station était bien plus angoissant, cela se lisait sur le visage des autres gardes qui apparemment se sentaient inconfortable à l'idée d'avoir laissé passer Artyom avec sa kalachnikov vieille comme le monde. Chacun croyait que Prospect Mira et La Hanse estimeraient ce laisser-passer comme un affront. Sam dut les rassurer en leur disant que de toutes manières, Artyom ne ferait pas long feu avec son artillerie et Bourbon comme compagnon de route.
-Normal que tu sois relax, t'étais pas là lors de la dernière attaque stalker ! Tu étais parti chasser des mutants ! Lui avait rétorqué un des gardes sous les nerfs.
Les stalkers n'étaient pas appréciés de tous. Certains habitants estimaient que ce n'était que des vagabonds en quête d'aventure qui laissaient vite tomber les stations pour leur projet personnel. Sam ne pouvait nier qu'une part de cette réflexion était vraie même si elle lui portait préjudice.
Il comprenait leur angoisse mais il ne l'était pas pour autant. La Hanse avait tendance à vouloir s'étendre, comme si elle n'avait pas assez de stations et de périmètres.
La Hanse était une confédération tenue par des marchands, elle possédait une ligne circulaire sur tout le métro coupant alors les stations telles que Rijskaya, VDNKh ou bien d'autres stations. Ce n'était pas un mal compte tenu des guerres contre les trotskistes principalement, cependant des rumeurs disaient que les néonazies étaient de retour dans le métro et qu'ils formaient le IV Reich, Sam se doutait fortement que des guerres éclateraient au plus tôt.
Pourtant à cause de ces guerres, La Hanse avait donc tendance à vouloir s'acquérir d'autres stations et elle pourrait très bien y arriver étant donné le pouvoir qu'elle détenait sous terre.
Dans le silence sans fin du tunnel, Sam ne pouvait s'empêcher de cogiter sur les raisons du départ de Bourbon. Il était pratiquement sûr qu'il cherchait à savoir ce qu'il se passait à la Soukharevskaya et ce qui était advenu de ces hommes.
La Soukharevskaya était un tunnel d'une noirceur infinie c'était un des tunnels les plus long du métro moscovite, le plus effrayant et le plus mystérieux, la rumeur disait que de nombreuses personnes avaient disparu alors qu'elles étaient seules dans ce tunnel, malheureusement, Sam savait qu'elle était vraie, que ce n'était pas que des ragots. Alors, certains attendaient que des caravanes de dizaines de personnes passent pour pouvoir le traverser.
Il ne fallait pas oublier que la Soukharesvkaya détenait une station abandonnée : la Tourguenevskaya la raison de cet abandon était à la fois terrifiant et intrigant, personne ne savait réellement pourquoi ces habitants l'avaient laissé, mais ce qui était sûr, c'est que cela avait un rapport avec ce tunnel.
-Vous avez entendu ? Interrompit demanda le garde le souffle coupé interrompant les pensées de Sam.
Sam tendit l'oreille, tous étaient à l'écoute du moindre bruit, mais rien.
-Tu déconnes vieux c'est tout, il y a aucun bruit ici ! Le railla son partenaire.
Pourtant, Sam n'en était pas si sûr. Il sentait un danger venir, quelque chose de lourd et de rapide fonçait droit sur eux mais il ne parvenait pas à se concentrer pour entendre précisément les bruits aux alentours, les autres gardes se moquaient de leur collègue empêchant toute écoute.
-Taisez-vous, il a raison... Il y a quelque chose de mauvais dans ces tunnels, j'peux le sentir...
Le garde en question parut rassuré de voir qu'il n'était pas le seul à pressentir quelque chose. Sam possédait la capacité d'entendre les tunnels, peu de gens ici avaient ce don. Celui qui permettait de sentir l'ambiance d'un tunnel. Pour certains, ce n'était que des tunnels, pour d'autres, ces tuyaux gigantesques étaient vivants et dégageaient une odeur, un aura.
-S'il te plaît mon gars, c'est pas parce que tu te ballades que tu connais tout non plus ! Railla encore un des gardes. A ce moment-là, un bruit sourd se fit entendre au loin interrompant le garde à son tour.
-Préparez-la mitrailleuse et les sacs de sable, ordonna Sam.
Tous se précipitèrent à leur positions et attendirent patiemment osant à peine respirer, ni même bouger. Au bout de quelques minutes, le même garde qui se moquait précédemment rompit le silence.
-Peut-être que c'est un rat ?
-C'est pas un rat... C'est lourd et malveillant... souffla Sam hors d'haleine.
Le bout du tunnel était sombre. La lumière clignotait.
BOOM
-300 mètres, chuchota Sam.
Des bruits de pas se firent entendre, ils étaient lourd, pourtant d'une rapidité et d'une agilité improbable.
-150 mètres...
Et puis soudain devant eux se tenaient une meute de nosalis. Il s'agissait de mutants, ils se déplaçaient rarement en troupe, s'ils étaient ici, c'était parce qu'il recherchait du territoire. Sam ne comprenait pas pourquoi il avait senti quelque chose de malveillant, ces mutants-là courraient les tunnels tout simplement, cependant, jamais ils n'allaient ici.
Le garde arma son artillerie et tira des rafales. Les premiers cadavres tombèrent, mais l'arme s'échauffa vite laissant les 3 autres hommes en charge de tenir le massacre éloigné.
Les nosalis se rapprochaient dangereusement malgré leur effort et certains parvinrent à franchir la limite imposée par les sacs. Sam entreprit d'économiser des munitions pour ceux qui arriveraient et sortit son poignard.
La mitrailleuse reprit son bruit fatal, les douilles tombèrent et résonnèrent. Au bout de quelques instants la meute était à terre, du sang coulait de part et d'autres et l'arme meurtrière fumait. Sam ne comprenait pas pourquoi il avait senti cet air lourd et malveillant pour de simple nosalis.
Soudain, Blokov arriva et fut surpris par la meute qui s'étendait morte devant lui.
-Putain... C'est jamais bon signe si les nosalis se déplacent ici... Je vais appeler des gars pour ramener les cadavres, ça nous fera économiser du cochon...
C'est ainsi que cette journée se termina, le moral dans les chaussures. Pourtant, cette station n'en n'avait pas fini pour autant.
Quelques jours après, une épidémie de grippe se déclencha contaminant la moitié de la station. Rijskaya était mise en quarantaine et ne possédait pas tant de médicaments pour soigner tout le monde.
Sam continua sa garde quotidienne, il ne pouvait pas laisser sa station comme ça lorsqu'elle avait encore plus besoin de lui. Un jour, il eut une discussion avec Blokov, cette discussion le mena à accomplir une mission.
-Tu sais gamin, je sais pas comment on va s'en sortir ici... Voilà des jours que cela durent, encore, comme il y a des années... On a déjà 12 morts sur les bras... Merci d'être resté tu nous es d'une précieuse aide...
C'était la deuxième fois que Sam voyait Blokov ainsi, aussi désemparé. Une première épidémie avait eu lieu, déciment la moitié de la station, rares étaient les survivants de cette première grippe, Sam s'en rappelait comme si c'était hier, et il avait le sentiment que la deuxième serait d'autant pire.
-On manque de médicaments, enchaîna-t-il, je me sentirais pas capable d'enterrer une nouvelle fois ces personnes...
A cette parole, Sam eut un frisson, lui non plus n'était pas capable de revoir ça une nouvelle fois.
-Je vais vous aider, dit-il en relevant la tête déterminé, Blokov, je vais aller à Polis chercher des médicaments et je vous promets que je vais sauver cette station, je te le promets.
Blokov le regarda un instant avant de lui répondre.
-Sam, les chemins sont plus aussi sûrs jusqu'à Polis, reste ici, on trouvera un moyen d'aider les gens ici...
-J'ai connu l'horreur Blokov, je sais ce que ça fait de voir une station décimée, je refuse de le voir une nouvelle fois non plus,, je refuse de voir cette station vide et abandonnée comme j'ai pu le voir pour certaines.
Il y eut un instant de silence, puis Blokov reprit.
-D'où es-ce que tu viens stalker ? Lui demanda l'homme.
-Pourquoi veux-tu savoir, depuis le temps que l'on se connaît tu ne m'as jamais demandé quoi que soit sur ma vie personnelle, lui répondit Sam.
-J'aimerais avoir quelque chose à dire sur toi si jamais tu crèves, t'es un des rares gars dont j'apprécie la compagnie ici.
Sam réfléchit un instant se demandant s'il lui dévoilerait sa réelle identité, puis il lui répondit tranquillement.
-Je viens d'ici et d'ailleurs, je ne suis pas un stalker pour autant mon ami...
C'était la dernière conversation qu'ils eurent eu tous les deux. Les heures d'après, Sam dormit quelques temps pour se préparer à son périple, puis prit son sac prêt à traverser le métro en direction de la cité interdite.
Lorsqu'il traversa Rijskaya, il ne voyait que des visages malades, ravagés par les larmes, le commerce n'était pas aussi bruyant. Il continua sa traversée et s'arrêta lorsqu'il entendit des pleures dans une ruelle caché derrière un escalier. Sam s'approcha lentement et vit une jeune fille en larmes recroquevillée sur elle-même. Il s'assit à côté d'elle et posa une main sur son épaule l'air compatissant. La jeune fille leva la tête, elle avait cet air perdu et seul que Sam avait eu lorsqu'il fut à sa place.
-Qui as-tu perdu ? Osa-t-il finalement demandé.
-Toute ma famille, ma mère et mon frère... Je n'ai plus rien... Qu'est-ce-que je vais devenir... pleura-t-elle replongeant sa tête dans ces bras.
A cet instant, Sam fit quelque chose d'incompréhensible, il la serra dans les bras, les larmes lui montèrent aux yeux. Il se rappelait, il se rappelait avoir été sous cette marche même, à pleurer pensant qu'il n'aurait plus personne pour l'accompagner dans cet enfer. Il se rappelait alors qu'il essayait en vain d'oublier ce souvenir, mais impossible, les cauchemars étaient toujours là.
-Je pars pour Polis chercher des médicaments, lui chuchota-t-il, je te promets de vous sauver...
La jeune fille leva la tête avant de le supplier.
-Je veux partir avec toi, je t'en pris... Je n'ai personne ici, je ne veux pas rester à cultiver des champignons...
Sam aurait pu refuser, lui dire que les tunnels n'étaient pas fait pour une jeune fille comme elle, mais il se revoyait à son âge, et la seule chose qu'il put dire fut :
-Très bien... Va préparer tes affaires, je me charge de te trouver une arme.
A partir de là, leur route fut toute tracée, ils iraient à Polis ramener des médicaments ensemble. Sam n'avait jamais eu de compagnon de voyage, mais cette situation lui rappelait ces erreurs et il ne put refuser parce que arriverait un jour où il allait mourir dans une de ces nombreuses aventures et il ne pouvait pas mourir sans laisser un héritage quelque part. Il ne pouvait pas mourir sans avoir rattrapé son erreur.
