Réflexion, partie 3


X


Naruto regarda la fille aux cheveux rouges qui était debout au centre de la pièce. Les bras croisés, il la contempla respirer profondément avant qu'elle n'ouvra ses yeux cramoisis dans sa direction.

— Pourquoi as-tu choisi ce vêtement en particulier ? demanda-t-il enfin.

C'était une question qu'il voulait lui poser depuis la première fois qu'elle était apparue face à lui sous cette forme.

Elle lui sourit.

— Un vêtement ample d'un noir uniforme est plus facile pour moi à représenter à tes yeux. Et puis sinon, je serai obligée de marcher nue partout où j'irai et je ne pense pas que cela soit approprié pour un enfant de ton âge d'être habitué à voir le corps des membres du sexe opposé, soupira-t-elle avant de poursuivre. Alors Naruto, es-tu prêt ? Tu es actuellement dans la cuisine en train de cuire des nouilles. Dès que je te relâcherai de ce monde éphémère, tu seras positionné juste en face du robinet de ton évier.

Il acquiesça. Il savait que ce qu'il voyait maintenant n'était pas la réalité, mais savoir au fond de lui les raisons de pourquoi sa perception de la réalité avait été altérée rendait toute l'affaire encore plus confuse. En revanche, un fait se porta à son attention ; pourrait-il continuer à la voir comme avant dans la réalité ?

Il la vit soudainement le toiser mortellement sérieuse :

— Fais attention à ne pas tomber, tu seras probablement désorienté le temps que ton cerveau s'ajuste à la nouvelle situation. Essaye de ne pas réagir trop brusquement, lui conseilla-t-elle avant de sourire. Comme tu t'en doutes Naruto, je ne serai plus capable d'apparaître devant toi dans la forme fantomatique que j'arborais dans la réalité, désormais que tu as connaissance du fait que ce n'est qu'une illusion. Je ne peux faire croire à ton esprit que je suis là, alors que je ne le suis pas. Je serai toujours capable de te communiquer des informations par la pensée mais c'est tout. Le seul moment où tu pourras me voir sera à l'intérieur de ce monde, si bien que nous ne nous reverrons pas avant demain soir.

Il acquiesça encore. Il savait qu'il partageait un moment exceptionnellement intime avec elle. Il profitait de chaque minute, de chaque seconde où il pouvait encore la voir. Il sentait son odeur naturelle — celle des Forêts du Nord, des aiguilles de pins et des bois fourrés — s'élever dans l'air. Sa voix cristalline, son mélodieux rire qui sortait de ses lèvres à chaque fois qu'elle lui lançait une pique. Ses longs cheveux cuivrés et ses yeux cramoisis qui montraient une teinte dorée lorsqu'elle était heureuse. Son nez fin, ses délicieuses lèvres, sa peau de pêche, son petit corps et ses bras fins complètement recouverts par les manches noirs de son pull. Tout était parfait chez elle.

Alors elle s'approcha vers lui, se tenant juste à portée. Elle tint sa tête entre ses mains et leva les yeux vers lui, étant donné qu'elle était un peu plus petite que lui, leur menton se touchant quasiment l'un l'autre. Tout ce qui provenait d'elle était si exaltant et il savait qu'elle le faisait exprès afin qu'il ressente tout en amplifié. Mais même si ce n'était qu'une illusion, mais si elle n'était en réalité qu'un renard géant, qu'elle n'était pas humaine, qu'elle n'était qu'un être immortel composé d'énergie pure, il lui était inconcevable de penser qu'elle pouvait être autre chose que celle qui apparaissait en face de lui. La perfection avait bien un nom, mais ce n'était pas un nom qu'il pouvait prononcer désormais. Tenter de prononcer son nom aurait brisé cette merveilleuse désillusion qu'il l'avait autorisée à l'envelopper si chaleureusement et il détestait ça. Il savait qu'il devait la laisser partir et qu'il ne pourrait pas la retenir pour toujours.

Au revoir Naruto et à bientôt, murmura-t-elle alors que ses lèvres se joignirent aux siennes.

Lorsque leurs lèvres se séparèrent, elle se fondit en une lumière dorée. Sa peau semblait se désagréger peu à peu tandis que ses cheveux s'enveloppèrent sous le vent chaud les entourant, provoquant l'univers entier de disparaître pour être remplacé par un autre. Naruto eut l'impression de passer à travers un diaphragme contigu, où l'univers entier se ployait, se divisait, telle une toile qui se déchirait. Le véritable monde apparut enfin devant ses yeux, un monde morne, où la lumière était peu présente et où elle n'était plus. Le contact chaleureux de son corps, de son odeur et son doux regard s'étaient envolés, pour ne plus jamais revenir.

Une sensation désagréable le submergeait tel un raz-de-marée mais il se tint fixe, immobile, les yeux clos, attendant que ces sensations désagréables s'en aillent enfin. Lorsqu'il ouvrit ses yeux, une larme coula de sa joue et il la nettoya avec sa poignée tandis qu'il feignit de bailler. L'eau continuait de couler en dehors du robinet, qu'il referma alors. Il alla à sa table et mangea ses nouilles. La texture sans saveur qui rentra dans sa bouche lui donna envie de vomir mais il se força quand même à manger car il savait qu'il aurait besoin de forces.

Il savait qu'il devrait devenir plus fort et il ne pouvait plus se permettre de perdre davantage de temps. Il savait qu'il était une pièce importante du plateau. Lui qui n'avait été qu'un pion ignorant jusque-là réalisa pleinement le jeu qui se déroulait au-dessus de sa tête et sa reine blanche était fatiguée de se battre toute seule face aux ténèbres. Mais elle n'était plus seule. Il la soutiendrait, non, il la porterait même de telle façon qu'elle ne se retrouve plus dans une situation où elle aurait à concéder son identité.

Sa résolution était son serment. Sa loyauté lui était exclusivement destinée.


Sasuke prenait son petit déjeuner comme d'habitude avec ses parents ce matin. Sa mère cuisinait et son père lisait le journal, comme n'importe quelle bonne famille Uchiwa devait l'être. Fugaku Uchiwa, était la quintessence même des traditions et il s'attendait à ce que ses fils suivent son modèle. Dès son plus jeune âge, Sasuke avait régulièrement reçu la morale comme quoi le clan Uchiwa était le plus grand et le plus craint de Konoha et qu'il appartenait au clan le plus connu du monde. Sasuke était en deuxième position dans la ligne d'héritage et c'est pourquoi ce fut sa mère qui s'occupa de toute son éducation, de l'enseignement des mathématiques aux arts martiaux. Elle le berçait tous les soirs pour l'aider à s'endormir puisqu'il était son gros bébé à elle.

Pour cette raison, alors que Sasuke adorait sa mère, il était toujours effrayé par son père, qui n'avait jamais dit un compliment à son propos, ni lui avait réprimandé quoi que ce soit par ailleurs. C'était comme s'il n'existait pas à ses yeux. Le premier héritier, son grand frère Itachi Uchiwa quant à lui l'aimait presque autant que ne l'aimait sa mère. Le gentil Itachi, le grand Itachi, le parfait Itachi... Sasuke avait été élevé pour révérer son grand-frère comme un demi-dieu.

Itachi était entré à l'Académie à l'âge de sept ans et en était ressorti à l'âge de huit ans. Il avait activé son Sharigan en protégeant le Daïmyo du Feu à neuf ans seulement, où il tua son premier homme et à dix ans, il passa les examens Chuunin sans même avoir d'équipiers pour rentrer un an plus tard dans les forces spéciales de Konoha, les ANBU. Il n'y avait pas un seul membre du clan qui ne connaissait pas Itachi et il n'y avait pas un seul membre du clan qui ne l'admirait pas. Même si Fugaku ne le montrait jamais officiellement, Sasuke l'entendait rire joyeusement devant le rapport que faisait Itachi et ce, jusqu'à très tard durant la nuit.

Mais Sasuke n'était pas jaloux. Il aimait tendrement son grand frère. Il voulait tant captiver son attention et que celui-ci le reconnaisse à sa juste valeur. Si Sasuke était digne aux yeux de son frère, il se considérerait complètement satisfait, parce qu'il savait que son père ne serait jamais du genre à lui témoigner ce type d'attention. Il était persuadé qu'il resterait toujours l'ombre de son frère et qu'il existait seulement pour le servir et le supporter.

Ce matin, lorsque Sasuke prit son petit déjeuner, son père sembla finalement remarquer sa présence, pour la première fois depuis des années :

— J'ai entendu de ta mère que cela faisait un mois que tu étais rentré à l'académie.

Quand Fugaku parlait, seule la personne à qui il s'adressait était autorisée à répondre. Son regard sévère soupesa sur son fils, causant celui-ci d'avachir ses épaules sous la colossale pression.

— Oui père, en effet, rétorqua Sasuke d'un ton humble.

Fugaku croisa les bras tandis qu'il buvait sa tasse de café.

— Et es-tu le meilleur élève de ta classe ?

Toute autre réponse qu'affirmative n'était pas permise.

— Oui père, j'ai les meilleures notes en cours de survie, en cours d'espionnage, en cours de canalisation de chakra, en cours d'histoire, en cours d'investigation et en cours de Taijutsu.

Même si ce n'était techniquement pas vrai en histoire et en investigations, comme Sakura et Ino avait obtenu un 100 à leur test respectif, il n'avait techniquement pas tort non plus car il avait obtenu le score maximum à tous ses tests. Mais ceci n'impressionna pas du tout son père, qui continuait de le regarder impassible. Moins que cela aurait juste été navrant de sa part.

— Itachi est sorti de l'Académie en un an. Mais tu n'es pas Itachi...

Sasuke tenta de ne pas pleurer. Sa mère le regardait très triste, mais ne pouvait intervenir. Les traditions étaient les traditions.

Mais à la surprise de tout monde, son père lui sourit :

— Malgré ça, tu restes un bon fils, Sasuke. Merci pour ton rapport, conclut Fugaku en pliant le journal et en le jetant dans la poubelle à côté de lui.

Cette phrase seule fit battre la chamade au cœur de Sasuke. Il fit du mieux qu'il put pour ne pas sourire car cela aurait pu être vu comme de l'impertinence. Fugaku déposa sa tasse de café sur la table basse.

— Sasuke, connais-tu tous les élèves de ta classe ? requit Fugaku subitement.

Cette question était vraiment étrange dans le sens où ce n'était clairement pas quelque chose auquel Sasuke s'était préparé avant l'entretien, si bien qu'il hocha juste la tête. Son père le scruta d'un air sévère.

— Hmm... Il est important Sasuke de connaître les enfants provenant des autres clans, surtout quand ils sont les héritiers de leurs clans respectifs.

Mikoto regarda un peu surprise son mari. Elle ne pouvait pas croire qu'il pensait sérieusement à un mariage arrangé avec une personne extérieure.

— Oui, père ? demanda Sasuke, sans saisir ce que son père voulait sous-entendre.

— Pour la première fois, Sasuke, je t'autorise à être ami avec un élève de ta classe.

Les yeux de Mikoto s'élargirent en grand. Sasuke acquiesça, comprenant la situation. Il se baissa très bas devant son père.

— À quelle héritière voulez-vous que je fasse la cour, père ?

Fugaku se mit à rire bruyamment, un rire qui lui ressemblait très peu et qui laissa son fils et sa femme complètement désarçonnés.

— Vraiment Sasuke, tu penses vraiment que je te vendrais pour si peu ? Non, même si tu n'es pas Itachi, tu restes mon fils. Si je devais te donner à quelqu'un, cette fille devrait au moins être une princesse ou une reine de son pays. Moins que cela apporterait juste la honte sur notre famille.

Si Sasuke était fier de l'aveu de son père à son encontre, il se sentait aussi très stupide de ne pas avoir pu déduire sa pensée

— Tu ne vois vraiment pas de qui je veux parler fils ?

Fugaku le regarda, avec une mine inquisitrice. Mais Sasuke n'avait vraiment aucune idée de qui il voulait parler. Son père fronça les sourcils.

— Fils, si tu es destiné à devenir l'ombre d'Itachi, tu devrais au moins faire attention à ce qui se dit autour de toi. Le gamin avec qui je t'autorise à faire amitié est Naruto Uzumaki.

Sasuke eut la bouche pendue devant ces révélations. Il secoua rapidement sa tête pour camoufler sa surprise. L'orphelin impertinent avec la combinaison orange ? Le stupide blond aux yeux bleus qui finissait dernier à tous les tests ?

Voyant son expression désœuvrée, son père acquiesça juste.

— Actuellement, je comprends ton étonnement, fils. Je ne m'étais jamais attendu à que ce garçon prenne autant d'importance et soit digne de notre attention, mais il m'est arrivé hier une information très intéressante à son propos. À quoi penserais-tu si tu voyais quelqu'un être accompagné par les ANBU du Hokage en plein jour ?

Sasuke répondit du mieux qu'il put :

— Cela dépend. Si la personne est externe au village, je devrais dire au moins au niveau du Daïmyo ou un membre de la famille très proche du Daïmyo ou n'importe quel équivalant en termes de pouvoir politique. Si la personne est du village, je dirais quelqu'un de très proche du Hokage, comme son petit-fils par exemple, mais j'ai entendu dire que le Hokage avait fait bouger toute sa famille dans une base secrète donc cela ne peut être le cas. Dans tous les cas, cela doit être quelqu'un d'important qui n'est pas en mesure de se défendre soi-même. Cela peut être le dernier membre d'un clan très puissant, s'il s'agit de protéger une ligne héréditaire mais dans ce cas, la personne serait juste restée dans le quartier général des ANBU jusqu'à devenir adulte. Naruto Uzumaki. Uzumaki n'est pas un nom qui m'est inconnu. J'ai entendu dire que c'était un clan très puissant qui venait en dehors du Pays du feu. Un jour, ils ont envoyé l'un de leurs représentants dans un contexte de mariage arrangé, soudant l'alliance du village avec eux. Mais sinon, je ne vois pas pourquoi il pourrait être aussi important.

Fugaku croisa les bras quand il reprit encore sa tasse de café. Il sirota l'aigre boisson avant de répondre :

— Je vois que tu ne m'as pas menti quand tu m'as dit que tu étais le premier de ta classe en histoire au moins. Mais vois-tu Sasuke, j'aime garder un œil sur les personnes importantes et j'attache une grande importance aux personnes ayant un poids politique au sein de notre village. Cela signifie tous les chefs de clans, leurs héritiers respectifs et aussi le Hokage et son entourage proche. J'ai découvert que le ANBU qui accompagnait l'enfant Uzumaki était en réalité un agent qui était souvent vu à proximité du Sandaime. Qu'il déploie un opérateur aussi important ne peut signifier que deux choses. Bien sûr, entre les deux, l'un d'entre eux est un secret que je ne ne puis te révéler en raison de la loi mais l'autre chose est différente et c'est quelque chose que tu peux — ou du moins je l'espère — deviner seul.

Sasuke fronça du nez. Il essaya d'enregistrer tout le flot d'informations qu'il venait de recevoir mais il était dur pour lui de dissocier l'enfant stupide et inutile d'un individu potentiellement majeur que Naruto pourrait constituer. Un être suffisamment important pour être reconnu aux yeux de son père...

— Si ce n'est pas à propos de son nom Uzumaki et comme cela vous a été porté à vous seulement hier père, cela signifie que son identité était supposée rester un secret mais que ce n'est plus le cas. Dans ce cas, son nom est censé cacher cette même autre identité. De fait, Naruto Uzumaki devrait être plutôt Naruto avec un nom important. Mais... Si je devais faire le lien avec le Hokage, cela voudrait dire que son identité est liée à lui. Mais il ne peut être son petit-fils puisqu'ils ne ressemblent pas tout d'abord et le Sandaime avait envoyé sa famille au loin, mais quelqu'un d'assez proche, peut-être le fils d'un de ses disciples ou...

Les yeux de Sasuke s'étrécirent alors qu'il réalisa l'entièreté de la farce. Fugaku eut un rictus.

— Oui fils, il est l'ultime héritage de notre village. Blond, yeux bleus, attitude qui se fait savoir, si tu mettais son père à côté de lui, je suis sûr que tu n'aurais aucun doute que cet enfant est bien le fils de son père, car oui, Naruto Uzumaki est en effet le fils du Héros, le Yondaime.

Sasuke respira bruyamment. Comment était-ce même possible ? Pourquoi le fils du Hokage se comporterait-il comme un tel idiot ? À moins que...

— Père, vous saviez que Naruto Uzumaki était le dernier de sa classe, n'est-ce pas ?

Son père lui répondit avec un fier sourire alors qu'il acquiesçait. Sasuke avait tout sur le bout de la langue :

— Est-ce que cela peut-être parce que... Il nous a tous roulés dans la farine en nous faisant penser qu'il n'était qu'un demeuré ? Parce que c'était juste un stratagème de sa part pour que nous ne découvrions jamais qu'il était en réalité l'héritier le plus important de notre classe.

Le sourire de Fugaku s'agrandit et il donna enfin son avis :

— Le fait qui est important n'est pas qu'il soit le fils du Yondaime mais plutôt que les gens aient commencé à le remarquer. Et s'ils ont commencé à le remarquer, cela ne peut signifier qu'une chose : c'est que le gamin a choisi d'arrêter de se faire passer pour un imbécile. Je n'ai pas idée de ses plans mais tu dois faire preuve d'une extrême vigilance avec les mots que tu emploies lorsque tu es face à lui, fils. Le plus proche nous sommes du pouvoir, le plus proche notre clan est de celui-ci et en tant que mon fils Sasuke, tu incarnes l'essence même du clan. Pour toutes ces raisons, tu es autorisé à faire amitié avec Naruto Uzumaki.

Sasuke s'abaissait très bas devant son père. C'était sa mission en tant que second héritier du clan, en tant qu'ombre d'Itachi et en tant que fils de son père...

— Oui, père, je ne vous décevrai pas.


Naruto remercia Tigre de l'avoir emmené à l'école. Par amener, il entendait le téléporter à l'intérieur d'un placard de l'Académie. Grâce à lui, Naruto avait réussi à arriver trente minutes en avance. Lorsqu'il lui avait demandé pourquoi il n'avait pas été là le jour précédent, il l'avait entendu murmurer dans sa barbe à propos d'enfants ingrats, avant que sa présence ne s'effritât dans un flash lumineux. Naruto rigola, car si quelque chose était à jamais constant dans sa vie, ce serait bien la mauvaise humeur de Tigre.

Naruto, d'un air nostalgique, marcha le long des couloirs. Tout semblait différent maintenant que la fille aux cheveux rouges n'était plus à ses côtés. Elle était apparue dans sa vie tel un éclair et il n'avait pas eu le temps de s'habituer qu'elle était déjà repartie.

Je suis encore à l'intérieur de toi Naruto, ne t'en fais pas...

Il put sentir son toucher apaisant sur son esprit. Alors qu'elle lui eut dit ça, il se l'imaginait devant lui, en train de rire, mais il hocha la tête pour dissiper son fantasme. Si elle lui avait redonné sa perception de la réalité, ce n'était pas pour qu'il se perde dans ses pensées.

Lorsqu'il croisa des étudiants, leurs regards parurent peser sur lui plus longtemps que d'habitude. Il soupira. Il considérait sa situation plutôt ironique car l'attention qu'il avait voulu obtenir depuis si longtemps lui était désormais accordée à présent qu'il n'y faisait plus attention. Il se sentait stupide d'avoir agi aussi puérilement par le passé mais dorénavant, il savait qu'il devrait prendre ses leçons avec sérieux afin qu'il devienne un hôte de valeur aux yeux de Kura. C'était le moins qu'il pouvait faire pour mériter de l'avoir à ses côtés.

Il prit place alors en face de la salle de classe, avec les autres élèves qui attendaient le professeur. Il sortit un livre de son sac. Ce matin, avec Kura, ils avaient sélectionné parmi les livres de ses étagères celui qui serait le plus approprié pour débuter son apprentissage au Genjutsu. Ils avaient rapidement tourné les pages de chaque manuel avant de sélectionner celui qui était le plus adapté. Par la suite, étant déjà en retard, Naruto avait mangé rapidement et lorsqu'il avait ouvert la porte, Tigre avait déjà été sur le palier en train de l'attendre.

Ce ne fut que maintenant que Naruto réalisa que ce fut Tigre qu'il l'avait probablement sauvé de ses agresseurs quelques jours auparavant. Naruto lui en était reconnaissant pour cela. D'une certain manière, le garçon finissait par douter que Tigre avait été dans l'ombre de chaque pas qu'il faisait, le prémunissant de n'importe quel danger. Il devinait alors que Tigre avait toujours été son ange gardien. Il se sentait vraiment stupide. Il n'avait jamais été seul depuis le début. Il y avait toujours eu quelqu'un pour veiller sur lui, pour le protéger. Il n'avait aucune raison d'être inquiet pour quoi que ce soit tant qu'il restait dans Konoha. De l'amour à son égard ne se matérialisait pas forcément au travers d'actes affectueux, comme des doux regards ou des compliments. Son grand-père lui avait donné une maison et une famille quelque part, même des amis (même si Madame Oiseau était tarée et Tigre toujours de très mauvaise humeur).

C'était juste qu'il n'avait pas été assez mature pour s'en rendre compte.

Comme le professeur arriverait seulement d'ici une demi-heure, Naruto estima qu'il avait le temps de plonger dans son ouvrage :

« Genjutsu pour débutants par Tonima :

Le contenu suivant concerne tous ninjas ou étudiants souhaitant appréhender le Genjutsu. Le bouquin commencera avec les bases de l'art et finira avec des exemples que le lecteur pourra expérimenter. Ce livre ne vous permettra pas d'utiliser du Genjutsu en situation de combat, ni face à des humains de manière générale mais vous serez au final en mesure de berner une abeille en vous faisant passer pour sa reine, ou rendre un chien obéissant en lui faisant croire que vous êtes son maître.

Note : si vous voulez accéder à des notions plus avancées, consultez la deuxième édition du livre : Genjutsu pour débutants II. Si vous aimez cet ouvrage, soutenez l'auteur en lui glissant une review pour améliorer le contenu de ses futures éditions.

Le Genjutsu est un art difficile à apprendre car il requiert un état d'esprit particulier dépendamment du type d'illusions que vous souhaitez lancer. Cet art est souvent laissé pour compte par les ninjas et les étudiants, qui préfèrent utiliser soit du Ninjutsu, soit du Taijutsu pour remporter un combat. La majorité des tours de Genjutsu ne fonctionne pas contre les puissants Dojutsu, tels que le Sharigan possédé par les Uchiwa. Ils sont considérés aussi inefficaces face au Byukagan appartenant aux Hyuuga dans la plupart des situations auxquelles vous serez présenté.

Néanmoins, il est souvent dit qu'il existe un équivalant entre les trois arts majeurs des ninjas qui sont le Taijutsu, le Ninjutsu et le Genjutsu. Un expert en Ninjutsu réussira à battre quatre-vingts pour cent des fois un expert en Taijutsu pour la raison que le maître en Taijutsu n'arrivera jamais à portée de l'expert en Ninjutsu. La majorité des utilisateurs que vous allez rencontrer sont soit des experts en Taijutsu, soit des experts en Ninjutsu et parfois même les deux en même temps. Néanmoins, le Genjutsu est particulièrement efficace face à un spécialiste de Ninjutsu comme il permet de contrôler directement le système nerveux ainsi que les nœuds de chakras de l'adversaire, rendant ces individus inefficaces ou même dangereux par extension pour leurs alliés. Un spécialiste en Genjutsu aura néanmoins beaucoup de problèmes face à un expert en Taijutsu ayant le plein contrôle de son corps et de son environnement. L'expert en Genjutsu présentera des difficultés aiguës face à un Jinchuuriki... »

Naruto transpira et dut prendre une pause. Il n'était vraiment pas habitué à lire des livres et la première page lui avait déjà pris vingt minutes pour qu'il puisse saisir bien toutes les notions. Le seul mot qu'il n'avait pas réussi à appréhender était en réalité Jinchuuriki.

C'est juste un terme technique pour désigner les personnes comme toi Naruto, rien de plus... lui souffla Kura à son oreille. Il est vraiment difficile pour un utilisateur de Genjutsu de saisir comment notre esprit fonctionne et nous n'avons pas exactement le même système nerveux que celui des humains. En général, ils n'ont même pas le temps de le réaliser qu'ils se font avoir.

Naruto acquiesça. Il leva les yeux du bouquin et remarqua quatre filles qui le scrutaient intensivement de très près. Il rougit profondément sous leurs yeux inquisiteurs. Il tenta de les interpeller avec tact :

— Oui, que puis-je faire pour vous ?

Elles glapirent soudainement un « Hiii ! », l'une d'entre elles qui était brune avec des couettes se présenta à lui munie d'une lettre.

— Pour toi ! murmura-t-elle timidement les joues encore plus rouges que Naruto.

Le blond prit la lettre en se grattant la tête.

— Merci... je suppose ? répondit-il confus.

La fille se cacha alors dans son manteau et s'en alla. Les autres filles la suivirent en criant des « Tu l'as fait ! Tu l'as fait ! »

Naruto fut complètement éberlué face à cette scène.

— Qu'est-ce que c'était que... ça ?

Je te suggère de voir le contenu de la lettre, Naruto. C'est peut-être un piège, murmura-t-elle extrêmement sérieuse.

Naruto acquiesça, commençant à être inquiet. Était-il pris pour cible ? Est-ce que les gens avaient commencé à se rendre compte qu'il agissait différemment ? Savaient-ils à propos de Kura ?

Il sortit la lettre de l'enveloppe et se mit à lire :

« Cher Naruto,

Je suis Mizu et hier, j'ai réalisé quelque chose d'extrêmement important nous concernant. Je t'invite à me rencontrer après les cours, pour que nous en discutions plus intimement,

Mizu-chan »

Naruto retournait toutes les combinaisons possibles dans sa tête mais n'arrivait pas à démêler les intentions de cette lettre.

Qu'en penses-tu Kura ?

Naruto, c'est certainement un piège. Tu ne dois absolument pas la rencontrer.

Cependant, cette fois, la voix de Kura parut étrangement amusée. Naruto soupira et savait qu'elle avait probablement raison. Il devait faire absolument attention aux personnes qu'il côtoyait. Il plia la lettre dans une poche de sa combinaison avant de jeter un coup d'œil autour de lui. Les regards des autres filles convergeaient tous dans sa direction et Naruto sentit soudain comme s'il était la cible d'une conspiration. Il recula d'un pas mais le mur était déjà derrière son dos. Et il aperçut avec un effroi absolu qu'elles firent toutes un pas vers lui à l'exact même moment.

Cela le fit flipper un max.

Heureusement, le professeur arriva à son secours. Le grand homme portait une moustache finement coupée et un chapeau haut de forme. Celui-ci regarda aux alentours avant de fixer son regard sur Naruto. Il sourit gentiment au garçon avant d'inviter tout le monde à rentrer. Naruto le regarda un peu méfiant lorsqu'il passa devant lui au niveau de la porte.

Bizarrement, Kura ne commenta pas.

Naruto alla donc s'asseoir au premier rang pour participer activement au cours d'investigation. Il nota que personne ne s'essaya au même rang que lui. Il soupira relaxé et s'imaginait que les gens le considéraient encore comme un paria. Sakura arriva et Naruto lui fit signe de venir. La fille aux cheveux roses transpira à fortes gouttes lorsqu'elle arriva à son niveau.

— Tu veux ma mort ? siffla-t-elle agressive.

Naruto la regarda sans comprendre et rétorqua :

— Te prennent-ils pour cible toi aussi ?

Oui, cela devait être l'œuvre de la conspiration. Sakura prit une serviette de main et se mit à nettoyer son front énorme alors qu'elle s'asseyait à gauche du blond.

— Je suis tellement morte Naruto. Tu fais vraiment chier, hoqueta-t-elle en colère.

Naruto posa une main sur son épaule et lui murmura extrêmement sérieux.

— Ne t'en fais pas Sakura, je suis assez fort pour te protéger.

Elle lui lança un regard équivoque qui devait probablement signifier quelque chose approchant de « Qu'est-ce tu fous ? » mais Naruto retourna son visage en face de lui lorsqu'il entendit une voix survenir de devant :

— Naruto Uzumaki ? Je me présente, Sasuke Uchiwa et je te présente mes meilleurs vœux. Puis-je m'asseoir à côté de toi ? demanda le garçon, plein de grâce.

Un « Oh » général accueillit l'aveu.

— Oui, pas de problème, répondit Naruto un peu gêné de cette déclaration pompeuse.

En vérité, il n'avait jamais aimé Sasuke mais comme il le demandait aussi poliment, Naruto ne voyait aucune raison de refuser. Le garçon paraissait parfaitement content de pouvoir s'asseoir à sa droite. Naruto évalua que cela pouvait être un habile jeu de Sasuke. Après tout, qu'est-ce qui l'empêcherait d'être l'un des principaux acteurs de la conspiration ?

Naruto ne pouvait indubitablement rien conclure.

Alors Ino arriva et passa devant le bureau de Naruto tandis qu'elle prit place à côté de Sasuke. Le garçon aux cheveux noirs de jais toisa suspicieusement la fille blonde qui se contenta de siffler sur sa chaise.

Choji et Shikamaru arrivèrent peu après et s'assirent aussi au premier rang, alors que normalement, ils s'asseyaient toujours au dernier — quand ils venaient en cours. Naruto leur fit coucou de la main amicalement et Shikamaru maugréa juste un « pénible ». Choji prit soudainement un paquet de chips de son sac et se mit à manger frénétiquement.

Kiba entra à son tour et son visage se décomposa lorsqu'il vit le premier rang. Il jura un « politique de mes couilles », avant de venir s'asseoir de leur côté. L'avant de la classe commençait réellement à être bondé. Shino et Hinata arrivèrent les derniers et s'insérèrent aussi discrètement que possible à la même rangée que tout le monde.

Naruto commença à se demander pourquoi, par tous les sacro-ninjas, les enfants de clans qui d'habitude séchaient les cours se retrouvaient studieusement ? Était-ce à cause de l'annonce des Jeux de Guerre ? Ce Satoshi Uchiwa avait vraiment dû être un génie pour inspirer toute une génération d'héritiers à travailler sérieusement.

La salle de classe était silencieuse contrairement à d'habitude. Le cours n'avait commencé que depuis cinq minutes et Naruto avait l'impression qu'il avait été là depuis une heure, soit la durée totale du cours. Les leçons d'investigation consistaient soit en l'apprentissage de codes chiffrés que les ninjas utilisaient pour relayer des messages, ou dans des études de cas-par-cas d'enquêtes.

Le but du cours était de développer un esprit logique et de pouvoir tirer des conclusions à partir de faits contradictoires. En général, c'était des affaires criminelles que mettait en avant le professeur pour stimuler les étudiants à travailler.

Ce cours était indispensable pour ceux voulant se lancer dans une carrière de policier, ou entrer dans les divisions des Forces de L'Ordre (comme Monsieur Yamanaka). Cela pouvait aussi servir à rentrer dans la section T&I ou même pour obtenir un permis de traqueur. Naruto avait toujours aimé ce cours mais ne s'était jamais senti assez intelligent pour en découdre toutes les subtilités, si bien qu'il finissait toujours par accuser l'innocent. Le professeur lui avait même avoué un jour que si Naruto terminait directeur des Forces de l'Ordre, Konoha finirait probablement sous le joug des criminels en moins d'une semaine.

Cette fois, l'affaire en question portait sur un culte. Des sectaires du Jashin avaient été vus dans les environs d'un meurtre présentant des faits surnaturels et en tant que bon investigateur, Naruto devait démêler le vrai du faux. Il jeta un coup d'œil discret à droite et voyait Sasuke et Ino commencer à faire des diagrammes bizarres sur leur feuilles respectives en reliant des éléments parmi leurs documents. À sa gauche, Sakura faisait la même chose, bien que moins rapidement. Le seul bruit qui se fit écho dans la pièce fut celui des stylos grattant le papier.

Veux-tu que je t'aide, Naruto ? demanda Kura. Cet exercice a l'air amusant.

Pourquoi pas, haussa-t-il des épaules. Elle avait rarement offert son aide par le passé — même si en vérité, c'était parce qu'il n'avait jamais essayé de faire ses exercices en classe.

Cinquante minutes plus tard, Naruto regarda sa feuille satisfait. Avec l'aide de Kura qui avait pointé les faits marquants, ils avaient réussi à remonter sur la piste du coupable, qui était en réalité le prêtre du lieu-dit. Sasuke, qui avait rendu sa feuille depuis trente minutes, lança un regard curieux sur celle de Naruto. Ses yeux se portèrent alors sur le blond.

Le jeune Uchiwa parut embarrassé.

— Naruto ? Es-tu certain de tes réponses ? lui murmura-t-il, profitant du fait que le professeur s'était assoupi sur son bureau.

Naruto le regarda un peu perplexe et lui répondit sur la même base sonore :

— Hmm, j'hésite encore sur quelques points mais je pense que toute l'affaire semble cohérente.

Sasuke parut vraiment préoccupé.

— Naruto, je ne sais pas si tu te moques de moi mais si tu le fais, dis le moi maintenant. Je ne veux pas perdre de temps avec tes jeux d'acteur.

Naruto le toisa avec un air hagard.

— Il y a un problème avec mes réponses ? demanda-t-il sincèrement.

Sasuke leva des yeux au ciel. La comédie du blond était si parfaite qu'il se doutait encore que celui-ci soit un demeuré.

— Tes réponses n'ont aucun sens ! souffla l'Uchiwa contrit. Ton interprétation du message chiffré est éronné. Je ne sais pas comment tu as réussi à trouver le coupable, mais les raisons que tu as trouvées sont complètement absurdes ! Comment un lapin qui est dessiné dans le ciel en joignant les étoiles et qui te montre la direction d'une falaise ressemblant vaguement au visage du prêtre sonne-t-il juste à tes yeux ?

Sasuke explicita alors la bonne méthode à Naruto, qui ouvrit les yeux devant l'illumination. Il était vrai qu'elle avait plus de sens que celle de Kura.

Je dois dire que c'est un moyen intéressant de trouver un suspect. Hmm... peut-être que ma manière de penser n'est pas adaptée la situation ; commenta méditativement la voix dans sa tête.

— C'est l'heure ! Lâchez vos stylos ! cria le professeur en se réveillant instantanément à la sonnerie de l'Académie. Je rendrai les résultats de vos tests demain.

C'était moins une. Sasuke l'avait aidé à corriger toutes les réponses. Comme il était le meilleur élève, le blond faisait confiance en ses capacités. Après le cours, à l'extérieur, Naruto remercia Sasuke avec un sourire étincelant. Le garçon aux cheveux noirs ne put évaluer s'il avait vraiment aidé ou si c'était juste un autre test de la part de Naruto pour l'éprouver.

Comme le prochain cours était censé être celui que Mizuki devait enseigner, ils avaient une heure de libre devant eux. Le blond décida d'aller à la bibliothèque seul pour lire son livre. Sakura proposa de l'accompagner. Naruto avait préféré le terme accompagner car elle était venue à lui dans ces termes : « Maintenant que tu m'as forcé à être avec toi, prends tes responsabilités. Je ne veux pas mourir aujourd'hui »

Sasuke se proposa aussi, d'une façon aussi mielleuse que la première fois où il avait demandé de s'asseoir à côté de lui. Naruto trouva extrêmement exotique sa manière de formuler sa demande si bien qu'il s'esclaffa en lui disant qu'il n'avait rien contre le fait qu'il vienne. Le petit Uchiwa sembla néanmoins mal le prendre avant qu'il s'en aille au loin en murmurant être indigne de son père.

Ino qui était déjà son amie haussa juste les épaules et se rétorqua par « pourquoi pas » en les accompagnant. Shikamaru et Choji vinrent aussi, affirmant que la bibliothèque était un bon endroit pour manger et dormir de toute façon. Kiba choisit de s'absenter car il annonça qu'il voulait vérifier si son chien, Akamaru allait bien et qu'il avait eu assez de « Naruto » pour la journée. Shino et Hinata les suivirent de loin, demeurant silencieux. Naruto pensa qu'il ferait probablement un bon couple à deux. Et derrière Shino et Hinata, il y avait une sorte de masse d'élèves qui les suivait de loin.

Lorsqu'ils arrivèrent, le libraire faillit s'évanouir devant la quantité de premières années qui voulurent soudainement s'inscrire. Après le trentième, il demanda au reste de revenir demain car la bibliothèque avait déjà dépassé son quota de personnes admissibles et le libraire commença aussi à se poser la question s'il ne devrait pas faire une demande pour agrandir la bibliothèque.

Naruto estima qu'il aurait besoin de parler avec Kura à propos de l'attitude de tout le monde de retour à la maison, chose qu'elle accepta vivement.

Avant que Naruto ne sorte son bouquin, Shikamaru lui chuchota, à voix très basse comme ils n'étaient pas supposés parler :

— Eh Naruto, vas-tu participer à ces Jeux de Guerre ? Je pense pour ma part qu'ils sont vraiment relous mais mes parents m'y forcent pour des affaires de clans, donc va savoir.

Naruto lui donna la même réponse que Kura lui avait donnée lorsqu'il avait posé la question, dans une voix tout aussi basse :

— J'attendrai de voir combien de personnes s'y inscrivent. S'il a plus de vingt élèves par classe, je me joindrai au programme.

— On joue au petit malin, hein ? commenta Ino. Mon papa m'a forcé à m'inscrire. Et toi Sakura, que vas-tu faire ?

Sakura leva les yeux au ciel.

— Je ne sais pas. Je n'en ai pas encore parlé à mes parents. Ils ne comprendront probablement pas le thème mais je suppose qu'ils me pousseront à m'y engager car n'importe quel cours supplémentaire dispensé par l'Académie est toujours le bienvenu. Ceci dit, s'ils lisent le programme avec un peu plus d'attention, ils seront probablement si effrayés que je me fasse mal qu'ils m'interdiront de participer.

Choji apporta son grain de sel à la discussion :

— Mon père m'a dit que si Shikamaru et Ino participaient, je devrais y participer aussi. Sinon, il disait qu'il s'en moquait. Il semble qu'il ne nous reste que quatre jours. Un étudiant avait demandé au professeur comment se passaient les inscriptions et il lui a répondu qu'ils étaient libres de venir quand on voulait pour signer. De cette manière, il disait que même si une personne effaçait le nom d'un autre élève de la liste, il pourrait quand même le vérifier sur sa liste personnelle si on est bien enregistré. Au moment de signer, on doit aussi avoir l'accord de nos parents car il y a une note qui indique que l'Académie ne peut être tenue responsable pour toute blessure occasionnée pendant le cours.

Sakura soupira peinée.

— Zut, je vais être obligée d'aller convaincre mes parents puisque vous y participez tous. Je ne veux pas être laissée pour compte.

Ino sourit pour sa part.

— Pas d'inquiétude, un mot de la part de mon Papa et tes parents seront convaincus.

Sakura leva encore ses yeux au ciel. Shikamaru mit ses coudes sur la table et sourit furtivement au blond.

— Et Naruto, ça te dit d'essayer une partie de Shougi ? Je sais que tu n'y as jamais joué mais tu sembles être le genre de gus à apprendre rapidement.

Naruto ferma les yeux pour y réfléchir.

Quand est-ce que je pourrais lire mon livre tranquille ?

Se faire des relations est aussi bon pour toi. Une chose à la fois. Et ce n'est pas comme si tu pouvais le lire dès que tu as du temps libre, le convainquit Kura.

Mon emploi du temps est serré mais bon. Je ferai tel que vous l'ordonnez, maîtresse !

Maitresse ? requit Kura sur un ton amusé.

Mais Naruto ne continua pas, sachant pertinemment que cette discussion prendrait la journée s'ils se mettaient à débattre

Il ouvrit enfin les yeux et dévoila un sourire à Shikamaru :

— Pourquoi pas, mais ne t'attends pas à ce que je devienne un expert dès la première partie !

Shikimaru sourit mesquinement tandis qu'il prit son plateau et les pièces de jeu de son sac (si bien que Naruto se demanda s'il avait même amené ses cahiers de cours). Le Nara se mit à expliquer les règles tandis que le reste du groupe les observait. Pendant ce temps, Sakura avait décidé de s'avancer sur le prochain cours en les ignorant pleinement.

Naruto réussit à saisir les règles aisément mais cela ne l'empêcha pas de se faire massacrer à tous les matchs. Après la quatrième défaite de suite, il déclina le dernier avec un sourire, disant que c'était intéressant mais qu'il aurait besoin de plus d'expérience s'il voulait espérer se battre avec lui sérieusement. L'enfant paresseux commenta qu'il n'était pas mauvais et qu'en effet il manquait de pratique. Shikamaru lui proposa de venir chez lui s'entraîner si cela lui disait mais Naruto déclina poliment, se rappelant des paroles de Kura qu'il devait faire attention évaluer avec attention ses perspectives relationnelles.

L'alarme sonna encore et ils partirent pour une autre leçon.


À la fin de la journée, Naruto souhaita au revoir à tout le monde. Sasuke se courba dans sa direction tandis qu'il partit de son côté. Naruto vit un adolescent portant l'uniforme des ANBU escorter Sasuke à la maison. Cet adolescent ressemblait fortement à l'enfant. Cet Uchiwa sourit à Naruto avant que lui et Sasuke ne quittent l'Académie. Sakura demanda à Naruto s'il voulait retourner à la maison avec elle, se rappelant qu'il rentrait toujours seul chez lui, mais il lui avoua que quelqu'un viendrait le chercher directement.

Lorsque tout le monde, y compris les professeurs furent partis, Naruto revint dans l'un des bâtiments désormais vides de présence humaine. Il alla dans un vestiaire et ouvrit un placard.

Tigre était à l'intérieur.

— Salut ! Comment a été votre journée ? lui demanda Naruto.

— Si tu veux signifier le nombre de personnes ayant posé des questions stupides que j'ai éviscérées aujourd'hui petit, je dirai autant que tu as de doigts sur ta main droite.

Naruto supposa que son humeur ne s'était pas améliorée avec le temps. Toutefois, il vit l'homme poursuivre d'un ton amène :

— Maintenant dépêche-toi de venir à l'intérieur, petit. Et ferme la porte, nous n'avons pas envie que les gens sachent pour ce spot.

Naruto fit comme ordonné et ils furent instantanément transportés dans un lieu sombre, à l'intérieur apparemment. Le garçon ne pouvait rien voir tellement que les ténèbres étaient denses.

— On est où ? demanda-t-il.

Tigre rétorqua irrité :

— À côté du bureau du Hokage. Maintenant, ne parle que quand on te le demande, petit.

Grand-père voulait le voir ?

L'homme toqua alors sur une surface solide trois fois, s'arrêta, puis frappa encore trois fois. Et la surface se révéla être en fait un mur qui se mouva soudainement sur la gauche. Naruto pouvait désormais voir le bureau éclairé du Hokage. Naruto nota qu'il ne venait que rarement dans le bureau de son grand-père et quand il le faisait, c'était à chaque fois pour parler de choses importantes — comme le sujet de son entrée à l'Académie.

Tigre précéda l'entrée, fit une courbette au Sandaime et invita Naruto à venir à l'intérieur également. Lorsqu'ils passèrent le mur, celui-ci se referma derrière eux, se cadrant parfaitement avec le reste de la bâtisse si bien que personne n'aurait pu se rendre compte qu'il y avait une porte dérobée à cet endroit pour commencer. Hiruzen, qui était assis à son bureau, leur sourit tendrement. Son chapeau reposait sur sa chaise. Naruto nota que Madame Oiseau était là avec sa sœur jumelle. Elles portaient toutes deux leur masque cette fois. Elles lui firent coucou alors que le vieil homme interpella Naruto :

— Merci de m'avoir amené Naruto, Tigre.

— Je n'ai fait que mon devoir, maître, répondit l'agent sur un ton monocorde.

Le Sandaime grimaça à la mention du mot maître et les deux autres femmes rigolèrent. Naruto réalisa enfin que Tigre n'avait que deux timbres de voix ; robotique ou irrité.

Naruto hocha la tête avant de se remémorer le but de sa venue :

— Tu voulais me voir grand-père ? demanda enfin le garçon.

Le vieil homme se mit à acquiescer et lui proposa de s'asseoir en face de lui.

— Oui Naruto. Il semblerait que nous ayons des choses importantes à mettre au clair.

Le Sandaime sortit une pipe de son tiroir et l'alluma avant d'en respirer la fumée. Il ne fumait normalement jamais en présence de Naruto, mais le garçon supposa que les habitudes étaient dures à enlever, d'autant plus dans un environnement commode. Une fois assis, le Sandaime lui posa la question :

— Naruto, je suis sûr que tu as réalisé que les gens autour de toi agissaient un peu différemment, n'est-ce pas ?

Naruto acquiesça, battant de sa main devant son visage pour dissiper la fumée.

— J'aurai été un demeuré de ne pas m'en apercevoir mais j'attendais de me confier à toi avant de demander à une autre personne le pourquoi du comment.

Même si en réalité, il comptait en parler à Kura d'abord.

— Ce fut une sage décision de ta part Naruto. Maintenant, je vais t'expliquer pourquoi tout le monde agit de cette manière. Vois-tu, la veille, Cacatoès t'a raccompagné à l'école.

— Tu veux dire Madame Oiseau ? minauda Naruto en souriant.

Le Sandaime scruta le garçon un peu confus avant de poursuivre d'un revers de main :

— Oui, Madame Oiseau si tu préfères. En vérité, j'ai choisi d'agir ainsi pour montrer à tous que tu étais bien sous ma protection pour éviter que des personnes comme l'Inspecteur Yamanaka vienne à toi. J'ai vraiment peu apprécié le fait que certaines personnes qui n'étaient pas de notre camp s'approchent de toi ou même pire, puissent te blesser pour cette même raison.

Naruto se souvint de son rendez-vous avec ledit Inspecteur et dire qu'il ne l'avait point apprécié était plus qu'un euphémisme. Hiruzen poursuivit :

— Cela a eu des résultats quelque peu inattendus. En vérité, je m'attendais à ces résultats en ce sens, mais je ne m'étais pas attendu à qu'ils se fassent savoir si vite et de manière si prononcée.

— C'était évident, maître, fit remarquer l'homme juste à droite de Naruto.

Le garçon leva un œil sur le côté pour voir Tigre être debout à quelques décimètres de son siège. Il considéra que c'était probablement la remarque la plus proche d'une pique que l'agent aurait pu témoigner. Hiruzen soupira et foudroya le ninja du regard avant de lui rétorquer sévèrement :

— Tu m'as déjà fait le « je te l'avais bien dit » Tigre, alors pas besoin de remuer le couteau dans la plaie.

— Je me sentais obligé de le rappeler à votre bon souvenir, maître.

Naruto jura que c'était la première fois qu'il ressentait quelque chose d'autre dans la voix de Tigre que son côté irrité ou inexpressif. Hiruzen jugea bon de l'ignorer et se contenta de continuer avec un simple haussement d'épaules :

— Bon, je vais te révéler la raison maintenant Naruto pourquoi tout le monde est si intéressé par toi. Tu es en fait le fils du Yondaime.

Naruto sembla se figer un moment.

Kura... commença-t-il mentalement.

Où est passé le mot maîtresse ?

Il aurait pu jurer qu'il aurait pu voir son rictus à ce moment-là.

Ce n'est pas drôle Kura ! C'est mon père qui est mort ! Tu aurais dû dire que le Yondaime était mon père ! se plaignit-il à son encontre.

Hé ! Je me suis quand même excusée pour le Yondaime hier, répliqua-t-elle pour sa défense.

Je pensais que c'était quelque chose de normal à faire pour notre héros !

Il n'est pas mon héros ! Naruto nota qu'elle avait particulièrement insisté sur les mots « mon héros ». Et puis je ne me serais jamais excusée si l'homme n'était pas proche de toi d'une manière ou d'une autre. C'était un fait que tu aurais très bien pu déduire seul !

Naruto arrêta de débattre avec elle. Sa logique étrange le rendait encore plus confus qu'il ne l'était déjà.

Hiruzen demanda alors inquiet :

— Ça va bien Naruto ? Je m'attendais à ce que tu réagisses de manière... plus expressive.

Mais le garçon hocha la tête.

— Je suis encore en train de me repasser en tête l'information. Comment les autres s'en sont-ils rendus compte ?

Hiruzen expira de la fumée encore une fois alors qu'il expliquait :

— Ils ont fait le rapprochement entre ton physique et le fait qu'un ANBU te protégeait et les rumeurs que tu étais bien le fils de Yondaime se sont répandues telle une traînée de poudre. Je suppose que l'information a dû déjà fuiter du pays du Feu à l'heure qu'il est.

— Et elle a déjà fuité, confirma Tigre. J'ai repéré cinq espions de Iwa qui ont instantanément envoyé des oiseaux messagers avant que je ne règle leur compte personnellement.

Hiruzen le fixa intensément. Ils parurent se mesurer du regard durant bien une poignée de secondes.

— Que leur as-tu fait ? murmura-t-il sur un ton menaçant.

— Je leur ai chanté une berceuse et j'ai compté jusqu'à trois pour qu'ils s'endorment, répliqua Tigre irrité.

— Les faits, Tigre ! requit Hiruzen tout aussi irrité.

— Je les ai tués bien entendu, en prenant soin de les décapiter proprement, répondit l'agent, sa voix robotique refaisant surface.

Hiruzen soupira encore et apparut alors très fatigué.

— J'aimerais que tu emploies une méthode moins définitive la prochaine fois que tu t'occupes d'un espion. Ils peuvent toujours avoir des infos utiles. Tu peux jouer avec eux autant que tu veux avec une fois que l'on sait ce qu'ils cachent ou ce qu'ils planifient.

— Je méprise les espions. Et je méprise les espions provenant d'Iwa encore plus.

Hiruzen se gratta sa tête à moitié dégarnie devant son agent récalcitrant. Pour Naruto, toute l'affaire commençait à lui donner la migraine. Si les gens mourraient seulement pour relayer une information aussi bénigne, il commençait à réaliser la vraie nature d'un ninja.

— J'espère juste qu'ils ne nous déclareront pas la guerre pour ça, évalua Hiruzen.

— Libère-moi de mon serment et je m'occuperai d'eux s'ils osent le faire, lui offrit Tigre avec une voix mesurée.

Hiruzen hocha la tête.

— Tu ne m'auras pas comme ça Tigre. Tu n'es pas comme un génie démoniaque que je relâche une fois pour exaucer un de mes souhaits et être satisfait après coup. Tu es la propriété de Konoha.

— Je ferai comme il vous semble bon d'agir, maître, annonça l'agent après une courbette.

Naruto eut des difficultés à suivre la conversation entre les deux. Et Naruto nota que même Madame oiseau et sa sœur jumelle montraient des signes qu'elles étaient aussi confuses que lui, si bien que le fait le rassura un peu de ne pas être le seul en-dehors de la boucle. Hiruzen retourna enfin son regard vers lui :

— Bon, pour revenir à ton cas Naruto, le Yondaime était connu pour avoir causé de grands faits durant la dernière guerre. Pour Konoha, il est peut-être un héros mais il est vu comme un démon de l'extérieur. Pour cette raison, ta vie est menacée désormais que ce secret a été révélé au grand jour.

Naruto rétorqua avec un rire fébrile.

— C'est bon grand-père, j'ai toujours vécu dans le danger.

Cependant, le vieil homme hocha la tête clairement désapprobateur.

— Des civils ivres n'ont jamais été un danger pour toi Naruto. Tu n'as jamais été une seule fois en danger auparavant, je m'en étais assuré. Mais la situation est maintenant différente et j'ai peur que même avec quelqu'un aussi talentueux que Tigre, il soit impossible de te protéger de tous les dangers qui t'attendent. Cela signifie aussi que tu dois faire attention à ce que tu manges tous les jours. Dès à présent, tu ne feras confiance qu'en ce que moi ou Tigre prépareront pour toi. Pour vérifier si quelqu'un se sert de l'identité de Tigre pour t'approcher, vous devrez vous entendre sur un mot de passe comme mesure de sécurité supplémentaire. Tu devras toujours, je dis bien toujours être avec quelqu'un. Cela peut être Tigre ou Cacatoès comme tu le préfères, puisque les deux sont parfaits pour ce boulot.

— Je préfère Madame Oiseau, avoua Naruto sans hésitation.

Hé ! protesta Kura à l'intérieur de lui.

Naruto choisit soigneusement de l'ignorer. Il était certain qu'il finirait fou s'il devait rester avec Tigre toute une journée.

Hiruzen acquiesça magnanime.

— Très bien, ce sera alors Cacatoès.

La femme courra auprès de Naruto et le serra si fort contre sa poitrine qu'il put à peine respirer.

— Je savais depuis le début que tu me choisirais, mon mignon !

Et Naruto commençait déjà à regretter son choix.

Tu récoltes ce que tu sèmes, gredin ! le maudit Kura en faisant la moue.

— Quoi qu'il en soit, fit remarquer Naruto en s'extirpant de la femme trop envahissante. Quelque chose d'autre à rajouter grand-père ?

Hiruzen le regarda espiègle.

— Oui. J'ai entendu dire que tu as commencé à lire un ouvrage sur le Genjutsu. Puis-je te demander pourquoi ?

Son grand-père était vraiment au courant de tout ce qu'il faisait. Kura avait raison quand elle lui avait témoigné qu'il avait toujours des yeux sur lui.

— Je pense que c'est un art très intéressant qui peut être très utile. Je ne me suis intéressé que très récemment à ce sujet donc je ne peux pas te dire avec certitude ce que je pourrai faire avec ça.

Son interlocuteur lui convia un regard quelque peu étonné.

— C'est original de ta part Naruto et je ne te cache pas que cela risque d'être très compliqué pour toi. Cet art nécessite un parfait contrôle de son chakra. Il te faudra des années avant que tu puisses l'utiliser en situation réelle.

Pas de problèmes vieil homme, je suis là pour l'aider, entendit-il Kura dire à l'intérieur de son esprit. Le Sandaime quant à lui lui accorda un sourire confiant avant de poursuivre :

— Mais soit, tu sembles vraiment motivé à apprendre et je t'en félicite. Tu es encore à un âge où tu as tout le temps d'apprendre. Quand tu grandiras et que tu auras plus de responsabilité, tu auras moins de temps pour te plonger dans les sujets qui t'intéressent vraiment. Veux-tu que je cherche un tuteur ?

Bien sûr ! hurla Kura avec joie.

— Si cela ne te dérange pas, grand-père, répondit poliment Naruto, même s'il bouillait à l'intérieur.

Hiruzen se mit alors à rire.

— Que dis-tu de Tigre ?

— Non, dirent les deux intéressés en simultané.

Hiruzen se gratta la barbe, paraissant décontenancé.

— Hmm... C'est embarrassant, je ne connais personne de plus talentueux que lui en Genjutsu, alors...

— Je peux l'enseigner si vous voulez, maître ! intervint joyeusement Cacatoès.

Néanmoins, le chef de la Feuille hocha la tête.

— Je sais que tu es très douée en Genjutsu, mais tu n'es pas une experte comme l'est Tigre. Peut-être qu'un Uchiwa... songea Hiruzen un moment. Mais cela m'arrangerait vraiment que vous puissiez régler vos différents, avoua-t-il en scrutant à la fois Tigre et Naruto d'un air grave.

Tigre n'est pas si mal en réalité, commenta Kura.

Naruto leva les yeux au ciel.

La vision négative de ce type sur tout va juste me rendre plus déprimé qu'autre chose.

Peut-être que si tu apprenais à le connaître, tu te mettrais à l'apprécier.

Naruto soupira alors. Il ne pouvait vraiment pas discuter avec elle.

— Bon ça me va, concéda-t-il enfin devant tout le monde.

Hiruzen se retourna vers son agent à la tête de pioche :

— Et toi, ça te va Tigre ?

— Non, répliqua-t-il franchement irrité.

Hiruzen fronça du nez.

— Tigre, c'est un ordre.

— Bien sûr, ô maître... termina Tigre avec une voix robotique, suivie d'une courbette.

Naruto commençait déjà à s'imaginer ses leçons avec cet homme et ce n'était pas joli joli. Bien qu'il fût certain que Tigre devait y connaître un rayon sur le Genjutsu, il doutait sérieusement de sa pédagogie.

— Bien, maintenant que nous avons réglé cette affaire, Naruto, nous devrons te faire déménager ailleurs. Pour des raisons de sécurité, tu vivras dès à présent dans la maison de ton tuteur attitré, soit Tigre ici.

— Quoi ?! protesta Naruto.

Le coup du professeur et maintenant ça ?

— Ta résidence est trop dure à défendre Naruto et est connue d'un bon nombre de personne et personne à part moi ne sait où Tigre vit réellement. De fait, tu ne seras pas constamment distrait pas les invitations incessantes des autres clans à venir à leurs événements considérant qu'ils ne sauront pas où envoyer leurs lettres pour commencer.

— Est-ce encore un ordre de votre part, mon maître ? requit Tigre sur une voix tendue à l'extrême.

Naruto put très bien estimer que la frustration de Tigre atteignait de nouvelles stratosphères.

— Oui et ce n'est pas négociable, conclut Hiruzen sur un ton définitif.

— Je le ferai comme vous le désirez, maître... répondit Tigre en se penchant encore mais Naruto sentait que l'homme était absolument outragé par l'idée de le recevoir chez lui.

Hiruzen se retourna alors vers le garçon.

— Et Naruto, une dernière chose avant que tu ne partes. Fais vraiment attention aux relations que tu entretiens avec les autres personnes dorénavant que tu as un poids sur le jeu politique. Tu es le fils du Yondaime et rien que pour ça, les gens chercheront à te connaître et à t'approcher, non pas parce qu'ils sont personnellement intéressés par toi mais en raison du levier que tu pourrais leur apporter à mon encontre. Les enfants des clans ont probablement été ordonnés de te suivre de près. Je suis certain que tu as pu t'en rendre compte.

Naruto acquiesça. Sasuke avait été un exemple parfait de cette situation. Même s'il ne détestait pas le garçon, il ne pouvait pas vraiment dire qu'il le portait dans son cœur.

— Et Naruto, dernière chose. Passe une bonne nuit, termina Hiruzen avec un sourire.

Naruto se rapprocha de lui et le serra dans ses bras.

— Bonne nuit à toi aussi, grand-père.

Naruto retourna alors vers Tigre. Les cheveux blonds de l'homme paraissaient plus agités que d'habitude mais Naruto ne pouvait lire son expression derrière son masque. Tigre posa une main sur son épaule et ils disparurent dans un éclair jaune.

— Il a vraiment beaucoup mûri en une semaine, commenta Ara alors qu'elle alla derrière le Sandaime pour lui masser délicatement les épaules.

— Oui, mais j'ai bien peur qu'il n'ait d'autre choix de mûrir vite s'il veut affronter les épreuves qui l'attendent.

Cacatoès reposa son dos contre la fenêtre tandis qu'elle affirma :

— Ne t'inquiète pas, je serai là pour le protéger la journée et Tigre est avec lui durant la nuit pendant que Ara te transmettra nos rapports. Tu ne pourras pas toujours être à ses côtés, cher maître.

— Oui, je trouve que les enfants grandissent trop vite ces derniers jours.

Et le sourire du vieil homme fut mi-figue, mi-raisin.


Naruto manqua de peu de se cogner la tête au plafond lorsqu'il passa dans le tunnel. Cela faisait déjà deux cent mètres qu'il suivait Tigre dans les ténèbres et il serait tombé plusieurs fois si cela n'avait été pour la main de Tigre qui l'en avait prévenu. Naruto n'avait aucune idée de là où il était mais il pouvait sentir l'odeur de la prairie, ainsi qu'un air plus pur que celui qu'il était habitué à respirer dans la ville de la Feuille.

— On arrive bientôt ? demanda-t-il à son gardien.

— Bientôt, maugréa l'homme agacé.

Et deux minutes plus tard, ils terminèrent sur une impasse. Tigre posa alors une main contre le mur et murmura deux mots :

— Shikki Fujin.

Des glyphes verts apparurent sur la façade, illuminant totalement la place et Naruto put enfin voir qu'il était à l'intérieur d'un dôme titanesque. Le mur bougea vers la droite sans un bruit et révéla une antichambre éclairée d'une lumière ténue. Tigre l'invita à l'intérieur et le mur se referma derrière eux après quelques instants.

— Maintenant tu peux parler autant que tu veux, personne ne pourra t'entendre d'ici, l'en informa Tigre alors qu'il déposait le fourreau de son Katana sur deux crochets enfoncés dans un mur fait de pierres.

Naruto observa cet endroit qui était dorénavant sa maison. Les lieux étaient vraiment spacieux. Il estima que l'antichambre à elle seule devait être au moins deux fois plus grande que son appartement. Il y avait de nombreuses portes qui menaient des chambres, à une cuisine et deux salons. Il explora encore et se rendit compte qu'il y avait dix chambres, qui était au moins aussi grandes que le salon. Dans l'une des chambres à coucher, Naruto put voir ses valises. Lorsque Naruto revint à la salle principale, il leva les yeux au ciel et remarqua qu'il pouvait voir au plafond les étoiles défiler sur le firmament.

— Sommes-nous à l'extérieur ? demanda Naruto sans comprendre.

Lorsqu'il était revenu, Tigre avait déjà enlevé son armure et l'avait mise dans la machine à laver. Naruto pouvait voir les tatouages sophistiqués de l'homme sur tout son corps — et là où il n'y avait pas de tatouages, il y avait des cicatrices à la place. Par endroits, les cicatrices se cachaient sous les tatouages, ou c'étaient les tatouages qui se dérobaient sous les cicatrices. Naruto remarquait qu'une partie de sa peau était décolorée. Celle-ci grimpait jusqu'à son cou pour disparaître sous la façade de l'individu. Ses cheveux blonds se déployaient désormais librement sur ses épaules. L'agent enleva enfin son pantalon pour le mettre dans la machine à laver et Naruto remarqua qu'il avait des tatouages même aux jambes.

Tigre se releva et alla vers l'unique salle de bain de la « maison ».

— Je prends ma douche le premier et tu la prends après moi petit. J'ai déjà bougé tous tes vêtements et tes jouets ici, de même que tes livres. Ne touche à rien jusqu'à que je revienne.

Celui-ci referma alors la porte et Naruto put enfin entendre le bruit de l'eau crépiter de loin. Le garçon alla dans sa chambre et vit qu'il lui avait même pris sa serviette et sa brosse à dents.

Il se dirigea alors dans la salle centrale, enleva ses vêtements qu'il mit dans un sac et s'enveloppa lui-même d'une serviette. Il ne faisait même pas froid même lorsqu'il se retrouvait nu. La température semblait être stable dans la résidence, ni trop froide, ni trop chaude. Naruto s'assit à une table et soupira. Il ne pourrait pas voir Kura cette nuit maintenant qu'il était ici. Ses yeux vagabondèrent et il remarqua qu'il y avait des rayons entiers de livres dans la salle principale. Il réalisa qu'il y avait même plus d'ouvrages chez Tigre qu'à la bibliothèque de l'Académie.

Curieux, Naruto encore emmitouflé dans sa serviette explora les longs corridors et nota qu'ils étaient rangés par catégories mais chaque recueil semblait avoir de près ou de loin un rapport avec les arts ninjas. Des manuels sur le lancer de Shuriken, sur la canalisation du Chakra dans le corps, du Ninjutsu, du Taijutsu, du Genjutsu ainsi que du Fuinjutsu et du Kenjutsu et d'autres arts dont Naruto n'avait même pas entendus avant, comme l'invocation de créatures ou d'autres titres attrayants comme les jutsus interdits. Naruto n'avait même pas exploré la moitié des rayons qu'il se sentait déjà étourdi par la quantité de livres que Tigre avait stockée ici.

— Ton tour, petit, rouspéta une voix que Naruto commençait à bien connaître.

— J'arrive ! cria-t-il en retour en se précipitant vers la salle de bain.

Sur le chemin, il vit que Tigre portait exactement la même copie que le pantalon bleu et le T-shirt blanc qu'il avait portés durant la journée, excepté qu'ils étaient propres cette fois. Naruto entra dans une sorte de cloître intérieur avant de déposer ses vêtements et sa serviette sur un atelier en bois, disposé contre une façade de la même substance. Il revint à l'entrée et ferma la porte. Lorsqu'il le fit, de l'eau commença à tomber du ciel, à l'exception de là où il avait disposé ses vêtements. Naruto prit alors un nouveau savon qui était montré en évidence sur l'établi avec son nom inscrit dessus et procéda à se nettoyer de toute la saleté accumulée cette journée.

Quand il eut terminé, Naruto ouvrit la porte pour demander comment faire afin que la pluie s'arrête, mais celle-ci cessa de tomber aussitôt par elle-même. Il ne comprit rien de ces phénomènes étranges, si ce ne fut qu'ils étaient extrêmement pratiques. Il s'investit alors de ses pyjamas et alla chercher Tigre, qui paraissait être nulle part dans la demeure. Naruto explora les chambres lorsqu'il remarqua que l'objet de sa recherche était allongé sur un lit, dans le noir. Naruto lui souhaita bonne nuit mais celui-ci ne répondit pas. Au final, il décida d'emprunter le chemin vers sa propre chambre, qui était à l'opposé de celle de Tigre.

Naruto s'allongea sur le lit et ferma les yeux.

Peut-on discuter ?

Pas d'informations. Dangereux.

Son message était cryptique mais il comprenait qu'il devrait attendre. C'était probablement plus sage de cette manière. Il ne savait pas quelle heure il était. Il se sentit soudainement si fatigué qu'il s'endormit sans lire une page de son livre.

Et à sa méconnaissance, le dragon observait le moindre geste qu'il faisait ou la moindre pensée qu'il avait.

Car les ombres ne dormaient jamais à Konoha.


X


La perfection avait bien un nom, mais ce n'était pas un nom qu'il pouvait prononcer