Le feu crépitait et apportait un peu de lumière dans cette station abandonnée si sombre. Tourguenevskaya ne respirait plus depuis bien longtemps, pourtant elle semblait toujours aussi vivante. Des jouets étaient éparpillés de ci, de là. Des tentes à présents vide trônaient sur le quai. Aucun des voyageurs n'osaient y dormir, comme si elles appartenaient encore à quelqu'un. Cette station était portée d'une malédiction désormais et ne s'en déferait jamais.

Nina dormait paisiblement tandis que Sam se contentait de fixer les flammes, incapable de dormir. Son identité avait peut-être changé, ses cauchemars restaient néanmoins présents, lui rappelant sans cesse la vérité.

Ici, dans le métro, vous pouviez très bien être une autre personne, cependant vous n'oublierez jamais qui vous êtes et ce que vous avez fait. Vos souvenirs vous hanteront jusqu'à votre dernier souffle, et même encore après votre mort.

Nina était allongée et dormait d'un sommeil profond, les heures passaient, même si le temps ne signifiait plus vraiment grand chose ici bas. Sam détestait attendre. Attendre lui permettait de se rappeler d'avant. Il n'avait pas dormi, mais cela ne le dérangeait pas, il pouvait passer 48h avec deux heures de sommeil alors là, ce n'était qu'un jeu d'enfant. La jeune fille s'était endormi il y a peu, cela devait bien faire une heure qu'elle avait trouvé le sommeil.

Puis soudain, Nina se réveilla en sursaut, le cœur battant et en sueur, Sam était encore là, les yeux perdus dans le vide, les flammes se reflétant à travers.

-T'as fais un cauchemar ?

Nina baissa la tête comme pour confirmer. L'épouvante pouvait se lire dans ces yeux. Elle avait l'impression de revoir sans cesse ses mêmes images.

-Tu sais, continua Sam, j'aimerai te dire que ça va s'atténuer, mais c'est faux, ça s'empirera toujours.

Le silence qui régnait ici était pesant, lourd et emplie de tristesse. Chaque tunnel et chaque station avait son ambiance, mais celle-ci cachait quelque chose de terrible qui rampait lentement vers chacun des voyageurs. Nina brisa finalement le silence décidée à en apprendre plus sur celui qui l'avait sauvé.

-Pourquoi tu m'as aidé ? Demanda-t-elle, Je veux dire, je suis plus un poids qu'autre chose...

Sam releva les yeux vers elle, mais il n'en restait pas moins plongé dans ces pensées.

-Chaque instant où je ferme les yeux, je revois mon ancienne vie ainsi que les erreurs que j'ai commise... C'est pour ça que j'ai accepté que tu viennes.

Cette réponse ne suffisait pas à Nina qui cherchait à en savoir plus.

-Ton ancienne vie là-haut ?

Sam mit un certain temps avant de répondre comme si il se remémorait chaque détail de son ancienne vie. La réponse de la jeune fille lui avait parut si naïve, comment pouvait-il être hanté par son ancienne vie là-haut alors qu'il ne se souvenait même pas, qu'il ne se souvenait même plus.

-Je n'ai pas toujours été Sam le stalker depuis que nous vivons dans le métro... J'ai passé la moitié de mon existence à rester caché de ce monde de fou bien au chaud dans ma station.

Nina fut surprise d'entendre Sam parler de lui alors que de nombreuses personnes ne savaient rien de lui. Elle fut d'autant plus surprise d'apprendre qu'il avait vécu dans une station, lui qui désormais errait dans chaque recoin du monde. Elle avait tellement entendu parler de son esprit de vagabond qu'elle ne s'était jamais imaginée que le jeune homme avait eu un jour une habitation fixe, ou même qu'il ait pu mener une vie autre que celle de stalker.

-Et puis tu sais, c'était l'époque où La Hanse et les communistes étaient en guerre, alors il y a bien fallu qu'un jour ça se batte chez nous... Je devais avoir peut-être 10 ou 12 ans, je sais plus... Bref, La Hanse a débarqué, ça a été le chaos total, ma mère a péri ce jour-là et mon frère et moi on s'est enfuit dans une autre station qui était assez éloignée de la guerre communiste. On avait tout perdu, notre station n'était plus qu'un territoire de sang et de poussière...On a continué de vivre tant bien que mal, et quand les attaques se sont calmées, que la paix était revenue, on était encore en vie et en bonne santé à vivre dans cette station qui à la base n'était que provisoirement notre refuge.

Nina savait qu'une guerre avait eu lieu mais personne ne l'évoquait car cela rappelait trop de mauvais souvenirs, trop de personnes tuées, trop de trahisons au sein des groupes.

-On a continué notre vie tranquillement en essayant tous de reconstruire ce qu'on avait perdu. Quand j'ai eu 14 ans, dans cette même station où on avait reconstruit notre vie, la mort a encore frappée une nouvelle fois, il y a eu une épidémie à cause de la radioactivité ou j'en sais rien, en tout cas la station s'est faite décimée par cette maladie, mon frère comptant parmi les victimes.

Ces yeux s'assombrirent, Sam baissa la tête, et Nina aurait presque pu voir des larmes avec le retour de la lumière du foyer.

-Il m'a supplié de le tuer... Il souffrait... Il vomissait du sang, il ne tenait pas debout, ces jours étaient comptés... Puis Sam releva la tête avant de déclarer avec des remords au sein de la voix, Mais j'ai pas été foutu de le faire, je l'ai laissé souffrir parce que j'étais trop égoïste... dit-il en concluant son récit.

Ce fut au tour de Nina de baisser la tête tant elle comprenait la douleur que cela pouvait être.

-C'est ça, ton cauchemar ? Finit-elle par lui demander.

-Chaque fois que je ferme les yeux, je le revois, me suppliant d'en finir... Et moi l'abandonnant à son sort, incapable de l'aider... Comme si il m'en voulait de l'avoir laissé dans la douleur... C'est en partie pour ça que je suis devenu stalker, je ne supportais plus de rester là à ne rien faire à part l'agriculture ou bien m'occuper des cochons ou encore des mioches... Je pouvais plus me regarder en face, j'avais besoin de changer d'air. En fait, tout simplement, si je suis devenu stalker, c'est parce que je ne voulais plus rester fixe dans un même endroit à attendre que la mort vienne me chercher. Mais tu sais, même si je bouge constamment, les cauchemars, eux, ils restent encrés dans ma tête, crois-moi tu vas pas t'en débarrasser comme ça.

-C'est pour ça tu m'as aidé, le jour où … Merci en tout cas... Tu es quelqu'un de très courageux Sam, enfin ça doit pas être la première fois que tu l'entends j'imagine...

-Qu'est-ce-que le courage ? Le fait de se promener dans les tunnels, d'en connaître les moindres recoins, les moindres factions, et les moindres mutants ? Aller dehors ramener des trucs pour les stations ? Affronter les mutants dehors ? Non. Le vrai courage, c'est d'être capable d'aider les siens quoi qu'il en coûte. Étrangement, tu me rappelles mon frère, il était constamment là à vouloir aider les autres, c'est peut-être pour ça qu'il est tombé malade à force de jouer le médecin. Enfin je sais pas, je me suis dit que je pouvais au moins faire ça.

-Merci sincèrement, c'est la plus belle chose qu'on m'est jamais faite.

Sam la regarda sans comprendre.

-Pas la peine de dire merci, tu sais les formes de politesses n'existent plus ici. Enfin bref, avant de traverser le tunnel, je dois faire un petit détour à Sretenskiy Boulvar, je dois parler à quelqu'un impérativement avant d'arriver à Polis...

Parler à quelqu'un, à qui devait parler le stalker ? Surtout, pourquoi devait-il se rendre à Stretenskiy Boulvar, une station inexplorée du métropolitain. A la connaissance de Nina, personne ne savait même si cette station tenait encore debout ou si elle était habitée par des mutants.

Elle emballa ses affaires pendant que Sam lui faisait à manger dans son réchaud. Il ne lui fallut pas longtemps, les affaires que Sam lui avait donné était vraiment peu nombreuses mais importantes. Elle remercia une énième fois le jeune homme qui lui tendait sa nourriture, peu importait que les bonnes manières n'avaient plus leur place dans ce monde, il lui restait une part d'humanité, c'était une des rares choses qu'il pouvait rester de l'ancienne vie ancienne vie qu'elle n'avait pas connu.

Au lieu de continuer sur ce tunnel obscur, Sam prit la direction d'une sortie de secours qui semblait scellée. La jeune fille l'observait avec attention se demandant comment il s'y prendrait pour rejoindre cette station inexplorée et certainement en ruine.

C'est quand elle le vit sortir un badge de sa poche, elle comprit instinctivement qu'il n'aurait pas à forcer le passage ou bien à passer dans une bouche d'aération. Il partit en direction d'un sous-sol et s'arrêta devant une porte pratiquement impossible à distinguer par l'obscurité environnante malgré leur faible lumière.

Il inséra le badge et le fit glisser jusqu'à ce qu'un bip se fasse entendre. Soudain, les portes coulissèrent lentement dans un grincement assourdissant. Nina fut abasourdi en réalisant que devant elle, un passage venait de s'ouvrir, passage qui n'était pris par personne, outre Sam qui apparemment, avait l'air de connaître les passages les moins utilisés dans le métro.

-Viens, on évitera de passer par l'autre tunnel et de croiser des idéologistes sur notre chemin, expliqua le stalker qui commençait à entrer dans le tunnels sombre et sinueux.

-Attends ! S'exclama Nina qui fut comme retenu par la peur.

-Attendre quoi ? La mort ? T'inquiètes, pas besoin de l'attendre elle saura nous trouver ! Rétorqua Sam qui continuait sur sa traversée sans même se retourner.

-Et les mutants ? Personne ne sait qu'on est ici... Si il nous arrive quelque chose ?

-Libre à toi de me suivre, après tout, c'est ta destinée, pas la mienne ! Mais dépêches-toi sinon la porte va se fermer ! Lança Sam qui commençait à être loin.

Une fois qu'elle serait définitivement partie de la station abandonnée, il n'y aura pas de retour arrière. Elle respira un bon coup, puis se dit que de toutes manières, c'était bien trop tard pour abandonnée.

Elle fit un pas en avant et à peine fut-elle dans le tunnel que les portes se refermèrent lentement derrière elle. Elle se retourna en sursaut consciente de la misère dans laquelle elle s'était fourrée. Elle soupira créant de la condensation et s'apprêta à marcher quand elle se rendit compte qu'elle ne voyait plus Sam devant elle, il devait être plutôt loin. C'était dingue ce que ce type marchait vite.

-Bon... C'est plus comme si j'avais le choix... murmura Nina complètement tiraillée entre l'envie de prendre ses jambes à son coup et celle d'avancer coûte que coûte.

Elle fit un pas en avant, puis un autre avant de marcher pendant bien cinq minutes toute seule. Mais où était passé le stalker ?

Les boyaux étaient longs et obscurs. Personne d'autre n'était dans le tunnel, on entendait l'humidité et les gouttes qui tombaient sur les anciennes rails.

Il y avait encore les rames, ce qui surprit Nina. Mais après tout, cet endroit n'avait pas été visité depuis la fin. Elle frissonna se rendant compte avec effroi qu'un sentiment de claustrophobie naissait en elle et commençait à gratter à l'intérieur de son estomac.

Elle sentit soudain le besoin de se retourner, afin de voir s'il n'y avait rien derrière elle. Forcément qu'il n'y avait rien, elle était seule, mais c'était plus fort que elle. Et puis où était passé Sam !

Elle se retourna une fois puis roula les yeux se disant qu'elle devenait parano. Elle continua sa route avant de ne plus tenir et de se retourner tous les deux mètres. La peur commençait à la joindre, elle se sentait oppressée au point de devenir folle.

C'est enfin qu'elle rejoignit Sam qui était quelques mètres plus loin mais qui marchait à l'aveugle. Un sentiment de soulagement l'atteignit mais cependant, la peur restait tout de même.

-Alors, tu t'es décidé à venir ? Se moqua la jeune homme.

-C'est pas drôle ! Tu aurais pu m'attendre ! S'égosilla celle-ci qui avait besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un.

-Mais, je t'ai attendu, je savais que tu viendrais, c'est plus fort que toi. Comme tu as pu le remarquer, il n'y a ni hommes ni mutants dans ce tunnel, c'est un des rares tunnels où il ne se passe rien ! conclut-il avec un air fier.

-Je ne sais pas, Nina se retourna une énième fois en frissonnant, J'ai le sentiment horrible d'être observée...

L'air fier de Sam redevint froid et distant comme à son habitude, il ferma les yeux avant de soupirer et de s'expliquer.

-Tu n'es donc jamais allée dans les tunnels... C'est ce qu'on appelle « la peur des tunnels », tout le monde est touché, seulement, certains le gèrent plus facilement que d'autres. C'est comme si tu ne te sentais pas protégé de derrière, tu as ce besoin de te retourner sans arrêt pour être rassuré. Il y en a qui sont devenus fous rien qu'avec ça tu sais...

Nina trembla une fois de plus avant que Sam ne reprenne.

-Mais toi t'es une dure à cuir, pas vrai ! Il frappa son épaule amicalement en rigolant. C'était bien la première fois que Nina voyait le stalker être aussi à l'aise avec elle. Elle rigola doucement avant de se frotter le bras sentant la poigne qu'avait le jeune homme.

Ils reprirent leur route, mais cette fois, ils entamèrent la discussion, Sam lui expliquait tout ce qu'il y avait à savoir sur les tunnels, sur le monde, sur le passé, ses aventures, tout. La jeune fille écoutait totalement absorbée par les paroles de l'homme qui étrangement, avait l'air plutôt serein ici.

Soudain, il se tut et força à arrêter la jeune fille, elle crut un instant qu'il sentait un danger mais elle le vit faire une action étrange à ses yeux. Le stalker avait éteint sa lampe puis l'avait rallumé, il fit cela trois fois et elle comprit que c'était un code. Elle se rappela qu'il devait parler à quelqu'un, étaient-il arrivés dans cette station inexplorée ? Un sentiment d'appréhension et de curiosité chassa la peur qui s'était logée précédemment en elle.

Quelqu'un fit exactement de même au loin et Sam reprit sa route en soupirant de joie. Quelque chose avait changé dans son attitude, comme si cet endroit lui était familier.

Finalement, c'est avec choc que Nina s'aperçut que la station n'était ni éboulée ni habitée par des mutants, en revanche, c'était bien des hommes qui habitaient la station. Elle comprit immédiatement pourquoi Sam avait perdu cet air si froid.

Ils arrivèrent vers un cordon de patrouille et un homme tapa Sam sur l'épaule avant de le serrer dans ses bras en riant. Le stalker répondit à son étreinte. Puis un enfant arriva en courant et sauta sur Sam manquant de le faire tomber.

-Sam ! T'es revenu ! On avait peur que tu reviennes plus nous voir !

Le jeune homme ébouriffa les cheveux de l'enfant avant de lui donner un petit cadeau, le petit garçon sautilla sur place de joie en remerciant Sam puis il entendit sa mère l'appeler et dû s'en aller au plus vite.

Autour d'eux, il y avait quatre autres hommes, outre celui qui avait enlacé Sam, Nina parut surprise puis se rendit vite compte qu'en fait, c'était elle l'intrus ici.

-Dis-moi, c'est qui ce gamin que tu nous amènes Stalker ? Demanda un des quatre autres hommes alors qu'ils les accompagnaient à travers le noir vers la station.

Nina n'étant pas encore habituée à être dans le rôle d'un garçon ne comprit pas immédiatement, c'est quand Sam la présenta comme Dmitri qu'elle se rappela.

-Eh bah Dmitri, enchanté ! J'espère que tu seras un bon compagnon de route pour ce vieux Sam, il passe son temps à errer tout seul ! Il va finir barjo à force de vivre avec la solitude comme pour seul compagnon ! Se moqua un autre.

-Vous pouvez vous moquer ! Vous restez exclue des autres stations ! Beaucoup pensent que Sretenskiy Boulvar a été réduite en miette le jour de la fin ! Rétorqua Sam.

-C'est un mal pour un bien, au moins La Hanse et tous ses idéologistes à la con viennent pas nous emmerder, répondit un autre membre en riant. On sentait vraiment que chacun s'entendait bien entre eux, il y avait une certaine cohésion dans ce groupe que Nina n'avait jamais vu, et qui n'existait peut-être même pas dans leurs tunnels.

Le choc fut d'autant plus rude lorsque Nina s'aperçut qu'il n'y avait pas qu'une dizaine d'habitants mais bien une cinquantaine, voir une centaine. C'était, certes, un petit groupe, mais cependant c'était plutôt surprenant, ils vivaient tous en harmonie.

Les hommes saluèrent Sam avant de partir chacun de leur côté pendant que le stalker prenait la direction d'une grande bâtisse aux allures gigantesques. Sur le chemin, de nombreuses personnes saluaient le jeune homme.

Contrairement aux rumeurs, cette station était vraiment vivante. Ils avaient aménagés des habitations dans les anciens magasins, la population était minime, cependant, assez suffisante pour donner assez de la vie à l'endroit. Les rires fusaient, les enfants jouaient tous ensemble, tous avaient l'air heureux.

Nina eut un pincement au cœur se rendant compte que tout ça, elle l'avait connu par le passé, allait-elle le connaître à nouveau ? Est-ce-que Rijskaya allait un jour revivre cette douce ambiance familiale ? Elle soupira puis entreprit de rattraper Sam. Seulement, elle se rendit compte qu'il la regardait comprenant parfaitement ce à quoi elle pensait.

-Cette station est unique, pas vrai ? Il rigola doucement comme s'il se plaisait à être ici. En même temps, comment ne pas l'être.

La jeune fille baissa doucement le regard comme intimidé par tant de bonne humeur, elle n'était pas habituée. Ils entrèrent dans le bâtiment et montèrent les escaliers. L'intérieur n'avait rien de bien impressionnant, il était assez banal hormis un tapis mural gigantesque rouge avec des motifs d'or qui avait l'air très ancien.

Une fois en haut, Sam toqua à une grande porte imposante, on entendit un bref « Entrez » et le stalker poussa les portes pour accéder à un espace de bureau, ce devait être le gérant de cette station supposa Nina.

La pièce également n'avait rien de particulier, seul un semblant de cheminée et un feu à l'intérieur qui crépitait étaient en activité..

-Sam ! Je comprends mieux toute cette agitation ! Qui est donc ton compagnon ? Demanda l'homme à la barbe grisonnante.

-Dmitri, se présenta d'elle-même Nina ce qui fit rire l'homme.

-Enchanté Dmitri ! Moi c'est Alexandre, mais tu peux m'appeler Choura ! Vous m'avez l'air bien fatigué... Je pense qu'une bonne sieste s'impose avant de discuter, pas vrai ? ! Tiens, les clés de tes appartements ! Vous devriez faire plus attention, c'est mauvais pour la santé de ne pas dormir ! Il envoya un clin d'œil à Sam qui roula les yeux mais dont la remarque le faisait sourire. Nina n'avait pas l'habitude de le voir aussi jovial.

Sam prit les clés et remercia l'homme avant de partir en soupirant de soulagement. Nina se demanda pourquoi il n'y avait pas de tentes ici, elle osa poser la question quitte à se risquer d'être ridicule mais Sam lui répondit gentiment. Il lui expliqua qu'en fait, ils étaient tellement peu nombreux que chaque ancienne boutique était des logements et qu'il y en avait assez pour tout le monde. Son explication avait beau être clair, la jeune fille ne comprenait toujours pas pourquoi il avait un logement ici.

Il lui expliqua brièvement qu'il avait découvert durant une de ses quêtes que cette station était encore sur pied, il avait donc ramené le nécessaire à ses habitants pour leur permettre de mener une vie paisible.

« Le maire », qui devait être ce Choura, lui avait alors donné un appartement en guise de remerciement pour avoir contribué au bien-être de l'endroit et de sa population.

Ils prirent différents carrefours ce qui permit à la jeune fille de réellement voir à quel point cet endroit était grand et spacieux. Plus elle passait du temps dans cette station, plus elle comprenait pourquoi Sam était si à l'aise ici.

Ils arrivèrent finalement devant un bâtiment à étages, Sam poussa la porte et monta encore une fois des escaliers avant de se retrouver devant une porte et d'y glisser la clé. Il la fit tourner et on entendit que la porte venait de se déverrouiller. Il invita Nina à entrer et elle fut époustouflée par l'endroit.

C'était comme un appartement, du moins, de ce qu'elle avait lu dans les livres, il y avait trois pièces, une cuisine, une chambre salon, et une salle de bain. Elle comprenait mieux le terme appartement qu'avait employé Choura. Il y avait un bureau avec des cartes entassés les unes sur les autres ainsi que des cahiers et des livres, l'endroit était éclairée, des armes traînaient ça et là avec des munitions.

-C'est pas fou, mais j'imagine que c'est mieux qu'une tente pas vrai ! Rigola Sam face à l'air ébahi de la jeune fille, Enfin, fais comme chez toi ! Tu peux dormir sur le lit, je dormirais sur le canapé. Tu peux aussi aller prendre un bain si tu le souhaites, en tout cas c'est ce que je vais faire de ce pas ! Prends dans mon sac, j'ai du bœuf séché si tu as faim !

En un éclair, Sam disparut de la pièce pour aller dans la salle de bain. Nina n'osa pas y croire, il avait une salle de bain, avec de l'eau décontaminée. Cette station était le paradis décidément. Elle entendit son ventre gargouiller atrocement et elle se rendit compte que la faim prenait le dessus. Elle fit comme le stalker lui avait indiqué et chercha dans son sac le bœuf séché.

Son sac était bien rangé, à l'intérieur, il y avait tout le nécessaire pour faire les premiers soins, des munitions, plein de munitions, quelques armes de poing, il y avait également un petit livre de poche, Nina se demanda si elle pouvait le lire, elle leva la tête et entendit l'eau couler, elle le prit avec douceur pour ne pas l'abîmer et vit le bœuf séché. Elle prit également la nourriture pour manger pendant qu'elle lirait.

Seulement, à peine eut-elle ouvert le livre qu'elle se rendit compte que ce n'était pas qu'un simple roman. C'était des notes, des choses que Sam avait écrit. Elle se mit à rougir quand ses yeux se posèrent sur la première phrase du cahier mais ne purent se détacher des lignes, pour la première fois, elle pouvait réellement comprendre le jeune homme qui l'accompagnait.

Aujourd'hui, les stations ont peur. Chacune à son propre danger. La mort rode encore une fois prête à frapper. J'écris légèrement parce que je sais que je vais m'en aller d'ici peu de Rijskaya, les morts se réveillent, ils sont en colère, ils prennent possession des tunnels, on les entend mais on ne les voit pas. J'en ai eu la preuve lorsque la faction de VDNKh est venue pour poser les fils de communication. Certains seraient devenus fous dans le tunnel reliant nos deux stations, seul un, prénommé Artyom n'aurait pas été atteint. Je me demande bien ce qu'à ce jeune homme de si spécial pour que les tunnels le choisissent.

J'ai également entendu dire que VDNKh était en proie à des mutants bien étranges et propres à leur station. « Les noirs », c'est ainsi qu'ils les appellent, ce sont des êtres noirs comme la suie qui font régner la terreur, littéralement,. Ils auraient trois pattes, seraient rapides et pour les tuer, on devrait leur mettre une balle dans la tête. Je ne sais pas ce que cela signifie pour le reste du métro, mais en tout cas, rien de bon.

J'ai croisé Hunter qui m'a dit qu'il irait parler à Soukhoï pour trouver un moyen d'aider la station. Il m'a expliqué qu'il avait l'intention de faire exploser la connexion entre Botanitcheskiy Sad et VDNKh pour stopper cette invasion, j'espère seulement qu'il ne se fera pas tuer.

Nina frissonna en lisant ses quelques lignes, le métro allait plus mal que ce que ses habitants ne laissaient paraître. Elle voulut fermer le cahier se disant qu'elle en avait trop lu et qu'elle avait violé la vie privée du stalker. Seulement, en le refermant un peu trop brusquement, une photo jaunis en sortie.

Cette photo représentait une femme d'une trentaine d'année avec un garçon et une fille qui fêtait un anniversaire, il y avait un gâteau avec des bougies dessus. Les trois souriaient et avaient l'air heureux ensemble. Elle retourna la photo pour voir s'il y avait une description et lut « anniversaire 2010 – Mikhaïl et Svetlana Tretyakova »

Elle comprit que Mikhaïl était le frère de Sam, leur ressemblance était frappante, cependant qui était cette petite fille ?

Soudain, la réalité la frappa brusquement, et si ? Non, ce n'était pas possible. Pendant tant d'années ? Il avait clairement dit que les femmes vivaient difficilement ici bas, et si ? Non, elle ne pouvait pas y croire. Pourtant, elle n'avait jamais vu le stalker avec une barbe, même minime, le peu de fois qu'elle l'avait croisé et même lorsqu'ils étaient partis. La plupart des hommes avaient une barbe dans le tunnel, il était rare de pouvoir se faire une beauté dans le métro.

Et si en fait, Sam n'était pas Sam mais Svetlana, une femme qui se cachait ? L'attitude du stalker pourtant ne laissait rien de suspect dans son attitude.

Je n'ai pas toujours été Sam le stalker depuis que nous vivons dans le métro...

Ces paroles résonnaient, elle ne savait pas si elle devait en parler ou non à « Sam » ou Svetlana, si il ou elle apprenait qu'elle avait fouillé dans ses notes, il ou elle ne voudrait clairement plus de Nina dans ces pattes.

Elle rangea le cahier et la photo là où elle l'avait trouvé avant de s'allonger dans le lit. Son compagnon de route était décidément plein de secret.

Elle ferma les yeux et s'endormit de fatigue sans s'en rendre compte.

-Tu as abandonnée cette station Nina...

Quelqu'un ne cessait de répéter cette phrase encore et encore alors qu'elle essayait de dormir, mais à peine commençait-elle à sommeiller que la personne reprenait l'empêchant de se reposer.

Elle finit par être agacée et décida d'ouvrir les yeux et de partir à la recherche de celle qui n'arrêtait pas de l'interrompre dans sa sieste. Elle ouvrit sa tente et passa sa tête à travers la toile comme pour chercher d'où provenait cette voix.

La station était vide et obscure, les autres tentes autour d'elle étaient fermées et laissaient supposer que personne ne semblait entendre cette voix, hormis elle.

-Tu as fui comme une lâche alors que nous avions besoin de toi...

Une autre voix prit le relai bien plus forte que la précédente. Elle frissonna, ces deux voix lui étaient familières mais elle ne savait plus à qui elles appartenaient. Elle sortit de sa tente et trembla de froid. Elle aperçut au loin un feu qui crépitait, elle s'y approcha supposant que les voix venaient de là-bas, sinon d'où ?

Une fois assez proche du feu, elle fut surprise de voir Sam accompagné du petit garçon et de la petite fille qui chantait une comptine pour enfant. Elle reconnut les paroles et l'air, il s'agissait de « Deux oies joyeuses ».

L'une grise et l'autre blanche, elles se sont cachées !
Mamie crie : "Mes oies sont disparues !"
L'une grise et l'autre blanche, elles sont disparues.

Ils répétaient sans cesse ces trois paroles. Quand elle s'approcha de Sam, dont elle ne distingua pas le visage, il se retourna brusquement, les yeux vitreux et s'exclama sur un ton rauque.

-Les morts se réveillent...

Avant même qu'elle ne puisse répondre, les deux voix qui l'avaient réveillé reprirent la parole et hurlèrent en même temps :

-Tu nous as abandonné !

Nina se réveilla en sursaut. Encore un cauchemar, elle pouvait encore entendre la comptine des deux enfants qui chantaient. Elle était essoufflée et en sueur. Un frisson la parcourut quand elle vit Sam qui la regardait avec des yeux ronds.

-Si tu veux te rafraîchir les idées, tu peux aller te laver, je vais parlé à Choura, dit-il en se levant.

Le ton rauque était le même que dans son rêve ce qui la fit frissonner une nouvelle fois.

-Sam ! Attends ! S'écria-t-elle brusquement faisant arrêter le stalker. J'ai... J'ai lu tes notes, je suis désolé... J'ai vu une photo de ton frère et de toi et... J'ai compris...

-Si ta question est : Suis-je une femme ? Oui, félicitation, tu as été la première personne à le découvrir après des années !

Sam ne parut pas le moindre du monde contrarié ou énervé, ce qui fut un soulagement pour Nina.

-Tu ne m'en veux pas ? Demanda Nina en baissant la tête.

-Pourquoi je t'en voudrais, peut-être que j'ai volontairement mis mes notes à ta disposition pour que tu comprennes, dit-elle avec un clin d'œil.

C'est sur ces paroles que Svetlana laissa Nina pour aller discuter avec Choura sous l'identité de ce Sam. Elle fut encore plus impressionnée et se dit alors que la femme avec qui elle voyageait était vraiment une personne forte d'esprit.