Réflexion, partie 6


X


Naruto ne put deviner combien de temps il était resté perdu dans ses pensées. La seule chose qu'il savait, c'était que maintenant, Tigre faisait face à son bureau et avait repris sa précédente activité, qui était d'écrire ses livres. Le garçon nota aussi que ses propres larmes avaient séché depuis un moment déjà. Il contemplait désormais l'homme en face de lui avec un regard renouvelé. L'enfant écoutait le son constant du stylo fricotant avec la surface du papier dans une monotonie inlassable. Tigre, le Yondaime, ne savait probablement pas que son fils l'observait de si près.

Et Naruto savait pourquoi.

Le serment de son père lui avait subtilisé toute la liberté qu'il possédait jadis.

Naruto n'était pas sûr si l'homme avait répondu à ses questions, parce que le Sandaime le lui avait ordonné, avant même qu'il ne vienne ici, sous la condition que cela n'entrait pas en conflit avec son serment ou simplement en raison que son père ne pouvait refuser de lui répondre. Peut-être était-ce parce qu'il avait réveillé quelque chose de longtemps éteint en cet homme ? Bien que le garçon voulait absolument que la dernière option soit la bonne, la première paraissait bien plus probable.

Naruto réalisa aussi que s'il avait appris la vérité une semaine avant, il aurait pleuré et crié à son père d'être aussi injuste et méchant et il l'aurait harcelé au point où cet homme l'aurait juste foutu en dehors de chez lui. Désormais, le garçon analysait la situation d'une manière si inflexible et impitoyable, qu'elle aurait fait rougir un Nara. Il ne savait pas si cela avait un rapport avec le fait que les liens qu'il entretenait avec Kura soient aussi forts que jamais, mais il pouvait en inférer l'hypothèse avec certitude.

Naruto n'avait prononcé un mot depuis que l'homme avait révélé son secret. Il savait, ou plutôt, il supposait que c'était le genre de secret qui pourrait tuer si cela venait à être évoqué et le fait qu'il soit l'hôte du Kyuubi n'y changeait rien. Personne ne savait et personne n'était au courant de cette réalité. Les gens célébraient le jour où le héros s'était sacrifié pour le village, sans s'intéresser au comment, ni au pourquoi.

Mais Naruto connaissait la raison.

Tout n'avait été qu'une simple charade pour cacher l'odieuse réalité. Les gens avaient été élevés et conçus pour croire en ce que la puissante organisation leur disait sans penser aux conséquences, aux causes ou même à la signification des événements qui arrivaient autour d'eux. Ils se contentaient seulement d'exister. Naruto avait aussi été comme ça auparavant. Et quelque part, il aurait voulu rester dans cette bienheureuse ignorance. Toutefois, il lui était désormais impossible de s'éloigner du Chemin. Comme lorsque son père avait certainement ressenti que c'était son devoir de sauver le village, il se sentait dans l'actuelle obligation de sauver son père de son destin...

Le garçon ne pouvait être sûr de l'intention originelle de son grand-père lorsqu'il l'envoya chez Tigre pour découvrir la vérité. Sa sécurité n'aurait pu être qu'un prétexte et son grand-père aurait pu tout planifier depuis le départ, en sachant pertinemment comment les gens réagiraient une fois qu'ils auraient pris conscience de son importance et de son véritable statut.

Peut-être tout ceci n'était après tout qu'une chaîne de causes et d'effets qui les avait amenés à la situation ici présente. Peut-être était-ce dû à une simple coïncidence qu'il se retrouve ici, à cet instant, à tirer les vers du nez à son père. Quelque part, son grand-père aurait pu juste espérer que le fils puisse sauver le héros de son destin par un biais surnaturel. Et si c'était ce que son grand-père avait vraiment pensé, il n'avait probablement pas évalué la possibilité que son père ne l'avait jamais considéré comme un fils pour commencer. C'était quelque chose que son grand-père n'avait peut-être pas pu entrevoir à travers tous ses stratagèmes.

Le Dilemme du Prisonnier était construit de telle façon à ce qu'il n'y ait jamais de bonne solution pour y répondre. Et s'il y en avait une, Naruto savait avec certitude qu'il manquait de recul pour le résoudre. Après tout, son père avait passé huit ans dans cette condition et n'en avait pas trouvé. Comment pouvait-il seulement espérer trouver la clé du mystère en l'espace d'une nuit ? Il estimait également la probabilité que son père n'avait pu trouver la volonté de chercher une solution à son problème en raison des restrictions imposées par son serment. Et ce qu'il redoutait encore plus, c'était que le Sandaime lui-même n'avait pas dû s'attendre à de telles conséquences lorsqu'il avait apposé à son père cette terrible malédiction.

Ce sont souvent les plus sages qui sont les plus sots.
Le poisson dans la mer ne connaît rien du monde de la terre.

Naruto avait mémorisé ces phrases en raison de ce qu'il avait été, quelqu'un qui avait cherché à attirer l'attention sur lui. Il avait estimé qu'elles auraient eu l'air cool à dire et qu'il aurait eu l'air intelligent s'il avait eu l'opportunité de les employer. Désormais, il comprenait parfaitement la signification de ces mots : un individu même muni des meilleures intentions du monde pouvait commettre le pire des crimes lorsqu'il arrivait en terre inconnue.

Son grand-père avait sauvé son père mais en échange, l'avait aussi condamné à une vie qui n'en était pas une. Le Sandaime n'avait possiblement pas eu conscience des effets qu'auraient pu entraîner ses actes. De même, son père n'avait probablement pas su ce qui se serait arrivé si le processus de scellement avait échoué. Il ne savait pas qu'en essayant de se tuer, il survivrait... Et maintenant, Naruto devait contempler l'affreuse réalité avec amertume :

Son père n'était jamais mort en martyr.

Son père était mort en tant qu'homme brisé.

Et le résultat fut qu'il avait échangé un père aimant contre un esprit aimant.

Naruto se doutait aussi que le renard épiait chaque pensée qu'il avait, et qu'il planifierait avec précision ses futures paroles afin qu'il reste de son côté. Tout le monde l'avait manipulé depuis le départ, dépendamment de leur propre agenda. Son grand-père avait attendu de lui qu'il joue le rôle du parfait garçon obéissant, celui qui rêverait d'apprendre de nouvelles techniques, afin qu'il devienne le meilleur outil à sa disposition, comme son père l'eût été. Kura avait voulu qu'il prenne le rôle du héros, celui qui accomplirait tout, sacrifierait tout pour elle, y compris sa propre vie, pour qu'il puisse servir ses desseins. Et la gorge nouée, Naruto redouta que son père n'avait probablement rien attendu de lui puisqu'il n'avait jamais rien pu attendre de lui pour commencer.

« En vérité, je pensais au début que tu ne les lirais jamais, mais tu n'étais peut-être pas une cause perdue après tout, » fut la phrase que son père lui avait soufflée lorsqu'il lui avait avoué son désir d'apprendre et de s'améliorer. Car aux yeux de son père, il n'avait été qu'une cause perdue depuis le départ.

Dès le commencement, cela n'avait été que des rôles, des masques et des mensonges. C'était ce qu'un ninja était et devait être et c'était aussi ce à quoi Naruto devait aspirer : manipuler et être manipulé. Mais l'enfant ne le voulait pas, il ne voulait rien de tout cela !

Naruto voulait rester fidèle à lui-même et devenir un homme capable de se lever le matin et de se regarder dans la glace. Il voulait devenir quelqu'un sans remords et sans regrets. Il aiderait son grand-père comme il aiderait Kura comme il aiderait son père. Il les aiderait tous, non pas parce que c'était son rôle mais parce que c'était quelque chose qu'il désirait au plus profond de lui.

Car c'était ce qu'il était et ce qu'il désirerait être.

Son Chemin était là.

C'était son Nindo.

C'était sa résolution.

Il résoudrait le Dilemme du Prisonnier.

Afin qu'ils soient tous libres.


Cacatoès attendait dans le vestiaire là où Tigre et Naruto étaient supposés la rencontrer. Cela était toujours terriblement ennuyeux pour elle mais c'était quand même sa mission. Elle était avant tout une femme d'actions, toujours prête à aller au-devant de la bataille ou qu'elle aille infiltrer les forteresses les plus fortifiées. Dans un sens, elle adorait remporter les défis. C'était pourquoi elle était constamment heureuse d'être à leurs côtés, puisqu'elle savait que leur sillage serait toujours parsemé d'événements riches en actions. Être à proximité d'eux lui faisait sentir comme si elle se retrouvait au milieu de la tempête, à vivre au jour le jour les moments les plus importants de l'enfant destiné à être un héros. Le Sandaime disait souvent aux jumelles que Naruto serait certainement celui qui hériterait de la Volonté du Feu en raison de sa nature même :

Celle de l'Ultime Sacrifice.

Le dévouement que Cacatoès avait pour Naruto était similaire à l'attachement qu'elle vouait au Sandaime. Sa loyauté envers le garçon était indéfectible et elle savait qu'elle le protégerait quoi qu'il en coûtait, même si cela devait être au prix de sa vie. Entre outre, le petit était si mignon qu'elle l'appelait de cette manière. Il était tel un petit frère qu'elle avait toujours rêvé d'avoir. Il éveillait en elle ses instincts maternels, qui la poussaient à le préserver à tous prix. Il semblait si fragile mais en même temps, il était celui ayant le plus grand potentiel d'entre tous. Elle pouvait visualiser son évolution jour après jour, de la même façon qu'elle aurait observé une chrysalide d'un insecte en train d'éclore en un magnifique papillon.

Lorsque le placard s'ouvrit ce jour-ci, la femme aux cheveux incolores put témoigner au visage du petit garçon qu'il avait probablement pleuré toute la nuit, au point où ses yeux semblaient avoir perdu l'intégralité de leur éclat. Elle se demandait ce qui avait bien pu se passer à l'intérieur et elle jura tout au fond d'elle que Tigre le paierait s'il s'avérait que c'était lui le responsable d'une telle évolution.

— Prends soin du petit, maugréa-t-il tandis qu'il poussa Naruto contre elle.

Mais cette fois, le garçon ne fit pas de grimace ; se contentant juste d'afficher un sourire. Et c'était le genre de sourire que personne ne souhaiterait voir sur le visage d'un enfant. Le style de sourire désillusionné que seul un homme dans la fin de sa quarantaine serait en mesure de réaliser, après avoir passé une vie de regrets et d'occasions manquées.

Cacatoès n'aimait indubitablement pas ça. Elle préférait bien plus l'innocent et l'excentrique enfant qui défiait les règles qu'on lui soumettait et qui la surprenait toujours de ses méfaits.

Le garçon se retourna alors vers elle et lui confia une expression candide — probablement la plus enfantine dont il était capable avant d'étrécir les yeux dans sa direction.

— Merci pour hier Madame Oiseau, vous m'avez sauvé des méchants ninjas ! souffla-t-il avec un grand sourire.

Mais les instincts de l'agente lui hurlaient intérieurement tout le contraire de son apparent contentement. Elle aurait été aveugle de penser le contraire.

Le garçon marcha alors vers sa salle de classe, à son allure habituelle et la seule chose dont elle était en mesure de faire sur l'instant présent était de le suivre et vérifier que nulle chose lui arrive...


Un peu plus loin, le regard sombre, Naruto se mit en mode automatique et demanda résolument :

Kura, es-tu là ?

Oui, je suis là... lui répondit sa voix intérieure de façon neutre.

Réponds-moi honnêtement, Kura. Savais-tu que Tigre était mon père ?

Il y eut une courte pause.

Et alors, celle-ci lui répliqua :

Il y avait des indices, beaucoup d'indices et néanmoins, j'espérais de tout cœur que cela ne soit pas le cas. Je n'ai jamais aimé cet homme et ne l'aimerai probablement jamais, mais il ne mérite pas son sort actuel. Personne ne le mériterait. Je peux te sembler cruelle mais j'aurais en vérité préféré qu'il soit mort en héros il y a huit ans que de subir cette vie insensée qu'il a endurée jusque-là.

Il grinça des dents.

Tu as dit que mon père était mort durant l'Accident.

Il la sentit comme si elle plaquait sa main contre sa tête.

Je ne sais pas vraiment Naruto. Je t'ai déjà dit que je ne me souviens plus des détails exacts de l'événement. Tout ce que je sais c'est que je fus sous le contrôle de cet homme aux yeux rouges, que je n'ai pu voir que fugacement et puis j'ai terminé dans ton sceau après que tout ait été terminé sans avoir eu mon mot à dire.

Du sang perla de son poing, tandis que son visage se durcit.

Alors tu savais à propos de mon père et tu ne m'as jamais rien dit.

La voix lui rétorqua d'une façon aussi impassible que la sienne :

Je ne t'ai jamais caché le fait. Je t'ai dit que je te raconterai tout au sujet de tes parents quand tu serais plus âgé. Et je ne pense pas qu'il soit sage pour moi de te révéler quoi que ce soit maintenant.

Pourquoi ? requit-il, ne pouvant contenir davantage sa rage. Kura lui murmura alors de manière très douce :

Tu es encore sous le choc de la nouvelle. Et tu m'as vraiment fait peur Naruto. Quand tu as appris la vérité, je ne t'ai quasiment plus reconnu, comme si tu étais quelque chose de complètement différent, quelque chose d'inconnu à ma connaissance. Je me suis sentie perdue, seule un moment lorsque tu t'es isolé dans tes pensées et je croyais t'avoir perdu pour toujours. Le choc était si brutal que j'ai senti ton esprit se disloquer, comme quelqu'un qui aurait frappé avec un marteau sur une vitre. Te souviens-tu quand tu as fait face à Mizuki ?

Il acquiesça, même s'il n'était pas supposé le faire à côté de sa surveillante.

J'ai pris le contrôle de ton corps, au moment où tu étais devant ton grand-père, tu as dû te résoudre à choisir entre lui et moi. Quand tu as effectué ton choix Naruto, j'ai senti ton esprit imploser de l'intérieur, puisque la seule chose qui maintenait tout ton être ensemble était l'amour que tu portais pour ton grand-père, chose que tu as dû abandonner en me choisissant moi. Tu as passé deux jours endormi et j'ai passé deux jours à essayer de rassembler les morceaux éparpillés de ta personnalité. Je suis un être fait de chakra et même si j'ai vécu ma vie à travers différents hôtes humains, je ne sais encore pas très bien comment l'esprit humain fonctionne réellement. Si un Yamanaka avait regardé dans ton esprit à ce moment, ce qui a failli arriver si tu te rappelles bien, il n'aurait vu qu'une toile éparse de fragments de mémoires dans un décor noir, où les bribes étaient reliées uniquement par l'intermédiaire de mes queues. J'avais alors pensé avoir réussi à te reconstruire de zéro, mais il m'est évident que j'ai dû commettre une erreur au cours de ce processus.

Tu veux dire que je ne suis plus un être humain ? demanda Naruto les yeux clos, ne savant trop comment le prendre.

Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Tu es encore humain. Tu es juste... un tout petit peu différent. Je pense que quand je me suis séparée de toi, j'ai fusionné une partie de moi avec ton esprit tandis que j'ai pris une partie de ton âme avec moi et nous en sommes arrivés à notre situation actuelle. C'est certainement pour cela que j'ai pu ressentir quelque chose avoisinant de l'amour envers toi. Avant cela, ce n'était qu'un autre de mes jeux mais je suppose que c'est trop tard, même pour moi, de quitter la partie... Pour cette raison Naruto, je tiens énormément à toi et je ne veux pas que tu te perdes dans le néant comme ton père le fit. Je ne veux pas d'un deuxième Minato à mon actif.

Naruto se mordit les lèvres avant de répliquer au quart de tour.

Je ne suis pas comme mon père ! Je ne terminerai pas de la même manière que lui ! J'en sais beaucoup plus que lui ne savait ! Je ne deviendrai pas un monstre ! Je n'abandonnerai pas mon humanité en échange de mon devoir. Je-

Et maintenant néanmoins, le coupa Kura, tu agis exactement de la même manière qu'il le fit. Tu es animé de la même volonté qui le porta jadis à nous commettre du tort à tous les deux.

Il commença à pleurer.

Arrête de me comparer à Tigre ! Je ne suis pas comme lui. Je suis...

Et soudainement, il s'agenouilla au sol et se mit à hoqueter. Il ne pouvait plus contenir ses larmes de couler. Sa vie entière avait été un enfer, seulement parce que son père n'avait pu l'élever comme il aurait dû. Il avait tant souffert car il avait été le récipient de la haine des villageois, le prenant pour responsable pour la mort du héros, qui n'avait été d'autre que son propre père. Une terrible douleur le ceignit, de la même façon que si on lui découpait ses cervicales et qu'en simultané, on le faisait baigner dans un bain d'acide. Tout parut s'éteindre dans les environs, comme si toute la lumière ambiante avait été résorbée pour ne plus jamais revenir.

Naruto sentit alors au fond de lui comme une sorte d'horloge voyant ses aiguilles tourner. Elle se révéla enfin à lui dans un tourbillon de rouge et d'auburn. Ses neuf queues battaient derrière son dos, merveilleusement puissantes et cependant si douces. Son aura l'enveloppa complètement dans une chaleur qui lui rappela celle du soleil. Elle tint sa main dans sa direction et l'invita à venir. Son magnifique sourire de même que ses yeux malicieux étaient si envoûtants qu'il sentit ses jambes bouger par elles-mêmes. Il sentit son odeur enivrante, venant directement des forêts, comme si la nature reprenait ses droits en ces terres. Elle le sera alors dans ses bras et posa sa tête contre sa poitrine, passant sa main entre ses cheveux tandis qu'elle le réconfortait, le guérissait de ses meurtrissures.

— Cela fait bien longtemps, Naruto, n'est-ce pas ?

Et il pleura encore. Kura lui souffla des mots doux, comme la fois où tout le monde parlait de lui en mal à l'Académie, ou lorsqu'il pleurait le soir dans son lit. Elle était telle une mère réconfortant son enfant, le recouvrant de sa grâce, pour qu'il renaisse tel un phénix ressuscitant de ses cendres.

— Je pense t'avoir un peu menti Naruto, avoua-t-elle sur un rire léger. Quand je t'ai dit que je pouvais devenir tout ce que tu voulais, je ne me vois en vérité plus sous une autre forme que celle sous laquelle j'apparais désormais face à toi. Je suppose que le corps que l'on adopte finit par dominer notre manière de penser. Maintenant endors-toi, tu mérites du repos après ce que tu as enduré cette nuit.

Ses lèvres se séparèrent des siennes et elle disparut tel le vent, un vent apaisant qui le fit s'endormir.

En paix.


Quand Naruto se réveilla, il était dans un lit. L'endroit lui paraissait familier et ce ne devait pas être une bonne nouvelle puisqu'il était actuellement à l'infirmerie de l'Académie. Quand il tourna les yeux aux alentours, il réalisa la présence de son grand-père. Le vieil homme était juste assis à côté du lit, sur une chaise en bois, où son gros chapeau blanc reposait. Étrangement, il était seul et cela était probablement la première fois que Naruto le vit sans personne d'autre à côté. Par la fenêtre, Naruto put voir le ciel illuminé de rouge, provenant du soleil qui se couchait à l'horizon.

— Je pense que j'ai séché le jour entier, plaisanta Naruto alors qu'il prit une position assise.

Son grand-père lui sourit gentiment en retour. Naruto le vit tapoter ses jambes de ses doigts.

— Je suppose que je devrais te punir pour tes égarements mais tu as ce qu'on pourrait appeler... ah oui, des circonstances atténuantes pour la journée. J'ai déjà averti tes professeurs à propos de ton cas. D'ailleurs, pas besoin de t'inquiéter, ils ne te mettront pas de mauvaises notes pour les tests que tu as ratés aujourd'hui.

Naruto le regarda alors d'un air confus.

— Pourquoi es-tu ici ? Tu n'es pas censé être super occupé normalement ?

Hiruzen se mit à rire à gorge déployée.

— Allons, mon garçon ! Penses-tu vraiment qu'un Kage puisse tenir une semaine sans faire un minimum confiance en ses subordonnés ?

Naruto rougit d'avoir été aussi stupide. Le sourire du vieil homme s'élargit alors qu'il posa une main sur l'épaule du garçon :

— À vrai dire, l'opération que nous avons effectuée hier était un tel succès que nous avons éliminés quasiment toutes les menaces qui étaient restées cachées à Konoha depuis un bon moment. Il y a encore des problèmes bien sûr, mais je pense que je peux me permettre une petite après-midi, surtout quand mon supposé petit-fils adoptif se remet dans un lit d'hôpital.

Hiruzen lui décocha un clin d'œil. Naruto regarda à droite et à gauche, embarrassé, avant de faire remarquer :

— Mais... pourquoi es-tu donc seul alors ? Tu n'es pas supposé avoir toujours des gardes du corps avec toi ?

Sa question ne fit que nourrir davantage le rire du vieil homme, si bien qu'il toussa un peu avant de reprendre :

— Parfois, un peu d'intimité ne fait pas trop de mal. Et puis j'ai déjà sécurisé les lieux pour que l'on puisse parler sans que personne n'entende notre conversation.

Naruto pouffa timidement à son tour lorsqu'il pensa à Kura mais ne commenta pas. Hiruzen porta alors la main du garçon contre la sienne.

— À vrai dire Naruto, je te dois une excuse. Et ne dis rien, laisse-moi d'abord m'expliquer. J'ai ordonné à Tigre de me révéler ce qu'il s'est passé dans son repère et il m'a avoué qu'il t'avait divulgué son identité. J'ai un peu mieux compris le rapport de Cacatoès lorsque vous êtes sortis. En vérité, je voulais que cela se produise, mais je voulais vraiment pour le bien de vous deux que l'homme puisse enfin s'ouvrir un peu plus, mais si même toi tu n'as pas pu l'aider, alors je ne pense pas qu'il puisse être sauvé.

Voyant qu'il s'apprêta à répondre, le vieux ninja leva la main pour signifier à l'enfant qu'il n'avait pas terminé.

— Je vais maintenant te narrer ce qu'il s'est réellement passé durant la nuit où le Kyuubi a attaqué. Désormais que tu sais à propos du sceau que tu as sur ton ventre et pourquoi les villageois ignorants te haïssent tant, je vais complètement t'exposer la vérité et je sais que tu es assez mature pour recevoir l'intégralité du secret. Mais avant ça, tu devras me jurer ne jamais révéler ceci à personne. La sécurité de Konoha sera en jeu à partir du moment où tu connaîtras ce secret et il est important que tu en aies conscience avant d'accepter cette responsabilité. Ce n'est pas quelque chose que je peux te forcer à accepter.

Naruto eut un sourire en coin devant son grand-père.

— Vraiment ? Tu crois vraiment que tu peux faire ce coup après tout ce que tu m'as fait subir ? J'espérais bien plus de toi, Hiruzen Sarutobi.

Hiruzen eut un petit rire.

— Allons, allons, tu es si vieux que tu peux m'appeler par mon prénom maintenant ? Connais ta place, jeune impertinent ! le réprimanda le vieil homme avec un doigt levé mais Naruto rigola, savant que c'était juste de la comédie. Alors, où en étions-nous… Ah oui l'histoire ! L'Accident nous a pris en réalité par mégarde. Nous savions que ta mère allait accoucher et que c'était forcément un moment dangereux pour une Jinchuuriki mais nous ne nous étions pas attendus à ce que cela dégénère aussi loin.

— Ma mère était l'hôte du Renard ? demanda Naruto surpris.

C'était un autre fait que Kura ne lui avait point révélé et Hiruzen acquiesça :

« Bien sûr, les gènes provenant du côté de ta mère te permettent d'avoir un grand métabolisme additionné à de la longévité. Si tu es chanceux Naruto, tu pourras peut-être vivre plus longtemps que moi. J'ai entendu dire que certains Uzumaki ont déjà atteint deux cent ans, ce qui est un record mondial si tu veux mon humble opinion.

« Mais je me perds dans des détails et j'en oublie le cœur de l'histoire. Ton père était supposé rester à côté de ta mère durant cette dure épreuve et ils avaient déjà tout préparé pour ton arrivée. Il faut dire, la naissance du fils du Hokage n'était pas un moment anodin. »

Naruto ferma les yeux. Un sentiment étrange naquit dans son esprit. Lui qui avait toujours pensé qu'il avait été un enfant indésiré, apprit enfin qu'il avait été aimé avant même sa conception. Le Sandaime continua son discours sur un ton grave :

« Seulement, quelque chose a alerté ton père à ce moment, quelque chose de suffisamment grave pour qu'il s'en aille loin de ta mère. Nous ne connaissons pas les détails exacts, mais cela nous a demandé de déployer beaucoup d'agents à ce moment pour investir les lieux mais nous avons finalement réalisé que cette attaque était prévue de longue date pour affaiblir Konoha.

« Jusqu'à présent, nous ne connaissons toujours pas l'identité du vrai coupable, mais je peux te dire que si jamais je le retrouve, rien ne pourra le sauver de ma rage. Au final, le Renard n'a été qu'un outil pour arriver à ses fins et c'est ce qu'est le Renard, une arme. Je suis certain que des fois tu te sens un peu différent, voire plus fort n'est-ce pas ? »

Naruto acquiesça. Il n'y avait pas d'intérêt à dénier ce que son grand-père savait déjà.

« Je veux te prévenir de faire très attention quand tu décides d'utiliser ce pouvoir. Le Renard est un être malveillant et les années qu'il a passé en captivité n'a fait que renforcer son agressivité envers les êtres humains et la nuit de l'Accident il y a huit ans nous l'a juste montrée. »

Naruto voulait lui dire qu'il avait tort mais il hocha juste la tête à la place. Le vieil homme soupira :

« Et néanmoins, si nous pouvions réparer toutes les fautes que nous avons commises à son égard et que si dans son cœur, la créature ait le courage de nous pardonner, je lui rendrai sa liberté. »

C'était une main tendue vers Kura, mais ce n'était pas une main qu'elle était prête à prendre.

« Mais ceci est le passé du passé et ce n'est pas quelque chose sur lequel on peut agir, si bien qu'il vaut mieux revenir à l'Accident :

« Ton père à ce moment-là affronta un homme très fort, si fort qu'il était même l'égal de ton père, ce qui est déjà un fait incroyable en soit. Ce dernier réussit à le berner en allant directement vers ta mère. En conséquence, ta mère a dû relâcher le renard et c'est dans mon sommeil que j'entendis la terrible complainte de la Bête. C'était absolument terrifiant Naruto, le pouvoir de la Bête est juste inimaginable et je me sentais réellement comme un minuscule insecte en comparaison de son pouvoir si bien que je me suis demandé si nous n'avions pas commis une faute en laissant ta mère entrer dans le village.

« Mais ce qui est fait est fait. Ton père à ce moment était déjà un grand expert en Fuinjutsu, comme ta mère. Ta mère commença alors le processus de scellement du Renard en toi et Minato la joignit plus tard et commença à conjurer un pouvoir interdit pour rendre le sceau parfait. Ta mère mourut en te tenant dans ses bras alors que j'arrivais sur la scène, mais je ne pouvais interrompre le processus de scellement qui était une chose très délicate et je savais que la moindre distraction pouvait causer un échec généralisé. Lorsque le Renard fut finalement scellé, je courus et notai que ton père était encore vivant, bien que ta mère n'eût malheureusement pas cette chance. »

Naruto ne put dire si son père avait été réellement chanceux pour le coup.

« À ce moment, ton père fut vraiment proche du seuil de la mort et j'ai bien cru que nous l'aurions perdu cette nuit. Il avait souffert de nombreuses blessures durant le combat, ajouté au stress du sceau et les effets inconnus que celui-ci apportait avec. Ton père aurait très bien pu être une momie qu'un archéologue aurait découvert en la sortant de sa tombe tellement son corps était frêle.

« Il a fallu deux semaines, avec les meilleurs médecins à notre disposition pour le maintenir en vie et le sortir de situation d'urgence. Nous avons gardé son état critique un secret, ne voulant apparaître démunis auprès de nos ennemis de l'extérieur ou causer la panique auprès de la population mais les rumeurs avaient déjà commencé à circuler. Finalement, nous réussissions à stabiliser sa situation. Et enfin, un mois plus tard, il fut complètement guéri, ou du moins, ce fut ce que je pensai. »

Et Naruto se mit à redouter le pire. L'air peiné du vieil homme continua de s'agrandir au fil de l'histoire.

« Après avoir rencontré ton père à l'hôpital, je fus si soulagé de voir qu'il aille bien. Il paraissait un peu déprimé, mais je considérais ça normal après ce qu'il venait de traverser. Ta mère, sa femme venait de mourir et toi, son fils, venais d'hériter de la malédiction de celle-ci, une malédiction qu'il t'avait infligé de ses propres mains. Je n'étais pas inquiet à ce point et je savais qu'il avait besoin de temps pour récupérer. Néanmoins, lorsque je revins une semaine plus tard, je le trouvai dans un état... qui n'était vraiment pas beau à voir :

« Ses cheveux commençaient à tomber et d'immenses cernes voilaient son visage. Ses dents étaient jaunes et son corps paraissait cadavérique. Il présentait aussi des coupures sur ses avant-bras. Lorsque je vis ça, j'ai instantanément demandé à ses médecins des explications le concernant et ils m'ont avoué il se les était faites lui-même. En conséquence ils avaient dû lui injecter une solution intraveineuse pour lui fournir les nutriments suffisants afin que son corps ne se décompose pas plus vite que ce qu'il ne le faisait déjà. »

Ce qui concordait avec ce que lui avait révélé son père lorsqu'il avait admis avoir tenté de se suicider... Naruto sortit de sa transe morose à la voix tranchante de son grand-père, qui poursuivit alors les yeux fermés :

« Et alors, j'ai fait appel au service du plus puissant des liseurs d'âme, qui était et qui est encore Inoichi Yamanaka, un proche ami de ton père, pour accélérer son processus de guérison. Cependant, même Inoichi fut estomaqué lorsqu'il revint de l'esprit de ton père et je peux te dire qu'en tant que chef de clan, Inoichi avait été habitué à visionner les pires choses dans l'esprit des gens. Il me révéla qu'il n'avait jamais vu autant de haine de soi chez un homme.

« Normalement, un esprit est supposé se guérir et se renforcer de lui-même avec le temps mais il semblait que c'était complètement l'inverse avec Minato. Son propre esprit était tel un aspirateur qui lui dévorait son existence comme une sangsue sur le dos d'un bovin. Inoichi appela ça un cas extrême de syndrome d'auto-voracification de l'esprit où l'esprit lui-même ne se reconnait pas en tant que tel et par conséquent, se détruit de lui-même. Inoichi m'avait dit qu'il avait déjà traité avec ce genre de cas mais que cette fois, c'était bien différent. »

Son grand-père rouvrit les yeux, fronçant des sourcils et ce fut la première fois que Naruto vit un air aussi déterminé chez lui :

« Après plusieurs tristes essais inutiles à essayer de reconfigurer le cerveau de Minato sous un état stable, Inoichi me révéla que son esprit revenait systématiquement à son état antérieur, comme s'il était impossible pour Minato de conserver une bonne hygiène mentale. Parler avec Minato se révéla tout aussi vain comme il ne faisait que grogner quand on le dérangeait — lorsqu'il répondait. Les seuls moments où il paraissait lucide arrivaient lorsqu'il nous demandait de l'achever ou de l'envoyer au front afin qu'il puisse mourir au combat.

« J'ai demandé à mon disciple Jiraya, celui qui avait tout appris à Minato sur le Fuinjutsu d'investiguer le sceau que ton père avait utilisé, mais après un moment, il m'avoua que même lui n'avait rien trouvé d'intéressant à ce propos. Inoichi fit alors appel à tout son clan pour le soutenir mais après deux semaines d'efforts acharnés, nous sommes devenus fatigués, à court d'options, lasses et nos ennemis avaient déjà commencé leurs préparatifs pour nous envahir. »

Le garçon commença à apercevoir les rouages derrière toute la supercherie...

« C'est alors que je cherchai dans mes vieux, très vieux bouquins, qui sont à présent probablement dans la maison de Tigre, sur les sceaux qui incorporaient un système de serment. C'était la seule solution immédiate que je pouvais voir après que nous ayons tout essayé. Tu ne te rappelles peut-être pas mais nous t'avions même amené devant Minato dans l'espoir que cela l'aiderait, mais cela avait juste au final empiré son cas de son esprit auto-vorace. »

Hiruzen le regarda droit dans les yeux, avec un visage qui implorait le pardon.

« Je jure Naruto, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir mais à la fin, il n'y avait pas d'autres solutions. Après une semaine de recherche, j'ai finalement trouvé ce que je voulais et je vins directement à l'hôpital après avoir essayé le sceau sur des cobayes. J'ai conjuré alors un rituel très ancien et interdit qui permettait de relier un maître à un esclave sous un serment inaliénable avant de forcer ton père à réciter sa propre partie.

« J'ai construit le sceau de sorte à ce que ton père ne se tue lui-même mais le sceau lui-même demandait à son plus bas niveau une obéissance totale de l'esclave au maître. Il me manquait du temps et je ne pouvais me permettre de trouver un autre type de sceau, si bien que j'ai dû utiliser cet artifice sur ton père en dernier recours, malgré ma répulsion extrême de devoir en employer un aussi barbare. J'ai ordonné à tout le monde de me laisser seul avec lui ensuite. Connaissant ton père, son incroyable habilité au combat et ses connaissances dangereuses, j'ai donc affilié à son serment une loyauté absolue envers le village de la Feuille, ainsi que d'autres choses que je ne puis te révéler. »

C'en fut trop pour Naruto, qui se mit enfin à verser des larmes. C'était son droit de savoir.

— Pourquoi grand-père... Pourquoi ne peux-tu rien me dire sur ça ?

Le Sandaime mit une main devant son visage, comme si la lumière provenant du néon au-dessus d'eux était si aveuglante qu'il devait s'en prémunir.

— Naruto... Je ne peux pas te révéler les termes exacts que j'ai employés lors de la création de ce serment, car c'est une connaissance bien trop dangereuse à posséder pour toi, même avec le Kyuubi agissant comme un gardien de ton esprit. Ce n'est pas quelque chose que je suis prêt à risquer. Tout ce que je peux te dire, c'est que c'est le genre de serments qui ne présente strictement aucune faille.

— C'est injuste, murmura le garçon dans un hoquet.

— La vie est injuste Naruto, je l'ai appris que bien trop de fois, récita le vieil homme d'une voix amère. Crois-tu que c'est avec plaisir que j'ai repris ce rôle que j'aurais déjà dû léguer il y a une dizaine d'années ? Crois-tu que je sois heureux que le village n'ait actuellement aucun héritier légitime ? Je suis fatigué Naruto, exténué même de tout ceci et parfois, tout ce que je veux, c'est juste m'endormir pour ne plus jamais me réveiller.

Son aveu choqua Naruto. Il sentit la main du vieil trembloter contre sa paume. Son grand-père avait combattu des années, il avait éprouvé moult difficultés pour que le village de la Feuille connaisse la paix et la sérénité, tandis que lui n'avait jamais eu le droit au repos, même après avoir traversé toutes ces guerres. Naruto comprit enfin le sacrifice qu'avait dû réaliser son grand-père et de fait, il prit alors sa résolution.

— Crois en moi grand-père. Si personne ne peut le faire, alors je le ferai. J'assumerai cette responsabilité de protéger tout le monde. Je deviendrai Hokage, je le promets.

Hiruzen ouvrit de grands yeux, surpris. Il se mit alors à tousser violemment et alors que le garçon se mit à se lever pour l'aider à reprendre son souffle, Hiruzen lui fit mine de se rasseoir. Le vieil homme se mit alors à ricaner sombrement, un rire à la fois étouffé mais étrangement soulagé d'une certaine manière.

— T'adopter est vraiment le moindre des services que je pouvais rendre à ton père... Tu lui ressembles tant Naruto... Mais j'arrive tout de même à percevoir les différences entre vous deux...

Le vieil homme ménagea une pause tandis que son regard resta figé un moment en l'air. Naruto attendit, bien qu'intérieurement, il brûlait d'en savoir plus sur ses parents.

« Ton père était la définition même de l'homme parfait. D'un naturel amical, bon, honnête, il réussissait aussi tout ce qui l'entreprenait. Et je crois que c'est la distinction principale entre vous deux quelque part ; il n'a jamais connu l'adversité avant son échec et c'est pour cela qu'il fut autant brisé après avoir échoué à te protéger, toi et ta mère. Bien que la Volonté du Feu brûlait plus intensément chez lui que n'importe qui d'autre dans le village, j'ai le sentiment que tu es en train de le surpasser Naruto. »

Le garçon fut ému de se faire couvrir autant d'éloges pour le Haut Seigneur de la Feuille, qui apposa ses mains sur ses épaules. Le garçon sentit pleinement leur poids tandis qu'il visualisait son grand-père le fixer sans relâche.

« Toutefois, tu es actuellement trop jeune ; non expérimenté et pas assez fort pour en conserver le secret. Peut-être plus tard, quand tu seras plus vieux et suffisamment puissant pour te défendre toi-même, en parfait contrôle du Renard et en possession d'alliés politiques influents, je te révélerai alors les clés pour libérer ton père et assumer sa souveraineté, en même temps que mon chapeau de chef du village, mais ce n'est pas quelque chose que je puisse faire maintenant. »

Naruto comprit son point de vue et ne pouvait réellement le contredire. Il comprenait que quelque part, seul le Hokage pouvait être habilité à contrôler un individu aussi puissant que son père. Hiruzen soupira une fois de plus avant de poursuivre ses aveux :

« Actuellement, seul moi dispose de la clé qui permet de relâcher ton père et seul moi suis capable de passer cette connaissance à quelqu'un d'autre. Si je meurs sans que cette connaissance puisse se transmettre à quelqu'un d'autre, ton père restera dans un état indéfini où il devra protéger Konona à jamais. Son serment agira en tant que seul maître de son esprit et plus rien ne pourra le retenir d'accomplir son devoir. »

Chose que Naruto voulait absolument éviter. Néanmoins, la suite rendait le tout encore plus compliqué :

« En vérité, ton père est actuellement si puissant que si je le relâchais maintenant, je ne suis même pas sûr de ce qu'il se passerait. Peut-être se rebellerait-il contre l'univers entier, peut-être pas... Le serment que je lui ai forcé à réciter lui a fait tellement explorer les arts ninjas que je crois que même les cinq villages réunis ne suffiraient pas pour l'arrêter. Je ne suis pas prêt encore à relâcher l'enfer sur terre. Les Bijuus sont déjà assez de forces de destruction de masse et je n'ai pas envie de rajouter ton père en haut de la pile.

« C'est par la suite que j'ai demandé aux Yamanaka d'effacer complètement la mémoire des docteurs l'image du Minato convalescent. J'ai ordonné par la suite à tous les Yamanaka, à l'exception d'Inoichi d'oublier à propos du fait que ton père soit en vie. Et puis j'ai déclaré au monde que le Yondaime était mort le jour de l'Accident du Kyuubi pour que tout le monde se souvienne de lui comme un martyr, comme il l'aurait souhaité et non pas comme un homme qui supplie pour qu'on le tue. »

Hiruzen poussa un profond soupir avant de reprendre en se grattant la tête :

« Les rumeurs s'effacèrent avec le temps et seule la version officielle resta au final. Jusqu'à présent, les seules personnes ayant connaissance de ce secret sont moi, Inoichi, toi et Tigre lui-même. C'est le seul secret de type S+ que le village possède actuellement. »

Le regard appuyé que lui lança son grand-père était suffisant pour lui faire comprendre qu'il ne devait rien révéler à ce propos, quelles qu'en soient les circonstances.

« En vérité, quand ton père m'a dit que si Iwa nous déclarait la guerre, j'aurais juste à le relâcher sur le village caché adverse pour mettre fin au conflit, il n'avait pas tort sur un point. Seul, il pourrait complètement raser le village de la carte et je n'ai même pas besoin de le soustraire de son serment pour cela, tant que mes ordres ne rentrent pas en altercation avec certaines règles qui y sont propres. Konoha pourrait conquérir le monde juste en envoyant ton père... Ce que je ferais si j'étais un tyran démoniaque dont l'objectif serait de contrôler le monde, mais ce n'est pas le cas. Te souviens-tu, Naruto, de mon discours que j'ai prononcé devant tous les étudiants ? »

Le garçon tenta de se remémorer mais retenir par cœur des locutions n'avait jamais été son fort. Devant son air éperdu, le Sandaime lui confia un sourire tolérant :

« Je leur ai déclamé en ces termes exacts : Nous sommes là pour protéger, guider et mener le monde vers un avenir meilleur et non le mener vers sa destruction ! Et si nous n'avons d'autres choix que de causer le chaos, nous choisirons toujours une destruction moindre à une destruction plus importante. »

Naruto ouvrit les yeux abasourdi. Il avait été bien trop choqué par la révélation des Jeux de Guerre pour vraiment écouter son grand-père mais désormais, il saisissait pleinement la sagesse derrière ces paroles. Hiruzen acquiesça avant de soupirer une fois de plus.

« Et ça, c'est grâce à ton père que nous avons réussi à nous sortir du système des Bijuu pour équilibrer les forces entre les villages. Nous avons notre propre super Bijuu, sous la forme d'un être humain et qui n'est pas exactement un être humain. Mais par ce biais, Konoha est devenu totalement dépendant de ton père. Toutes les nouvelles technologies découvertes sont de son invention et tant qu'il est là pour réguler la sécurité intérieure de Konoha, personne ne peut plus nous envahir. Il peut stopper n'importe quelle tentative de renverser le Hokage. Certains Uchiwa ont tenté de se révolter il y a quelques mois mais il leur a juste jeté un Genjutsu, modifié un peu leur esprit pour qu'ils ne dérangent plus la paix de Konoha et cette histoire s'est terminée sans bain de sang ou de mort des deux côtés. »

À cette mention, Naruto sentit quelque chose remuer au fond de lui. Il tenta d'appeler Kura mais celle-ci ne répondit pas. Il perdit un peu le fil du discours de son grand-père et se décida de se remettre à l'écouter :

« Lorsqu'un problème délicat survient, ton père vient à la rescousse. Nous sommes devenus complaisants, nous avons allégé les emplois du temps des ninjas pour les missions importantes, nos ninjas s'entraînent moins et sont généralement moins efficaces. Tout le monde a le sentiment que j'ai tout sous contrôle alors que je ne fais que vieillir et m'affaiblir jusqu'au jour où je mourrai et la seule chose qui restera encore sera seulement mon nom et le serment de ton père pour tous nous protéger.

« Et pour toutes ces raisons évoquées ci-dessus, je ne relâcherai jamais ton père de son serment Naruto. »

Hiruzen s'arrêta finalement. Sa gorge était sèche après avoir autant parlé. Naruto fixa ses mains, son esprit tentant de trouver une solution au problème mais son grand-père avait déjà fait tout son possible avant d'appliquer son sceau. Le sceau avait été le seul moyen pour son père de survivre. Et maintenant, son père était devenu si fort qu'il était devenu un risque et même une menace qui les détruirait tous s'il venait à être relâché. Tigre était devenu le bouclier et l'épée de Konoha et le village ne pouvait plus survivre sans lui. Pour le remercier, la Feuille célébrait tous les ans le jour où son père avait supposé être mort en martyr. Le problème paraissait insoluble et sans faille...

Naruto ferma les yeux.

N'y avait-il vraiment pas de solutions ?

Avaient-ils vraiment passé en revue toutes les possibilités ?

— Grand-père... commença Naruto. Si jamais je trouve un moyen de pouvoir guérir mon père de son sort actuel et de lui faire retrouver son humanité, accepteras-tu de le relever de son serment ?

Hiruzen acquiesça magnanime.

— Si jamais tu arrives à le guérir et qu'en effet il retrouve sa santé mentale, je laisserai le vrai Minato décider pour lui ce qu'il veut, mais je ne pense pas que cela soit vraiment possible. À moins que tu ne réussisses à faire de l'ingénierie inversée sur le sceau qu'il a utilisé, ce que tous les meilleurs experts en Fuinjutsu ont déjà essayé, c'est chose impossible, car c'est le genre de sceaux qui change dépendant de l'état d'esprit de l'utilisateur au moment où il le lance. Et je ne peux pas demander à Tigre de l'analyser car son sceau est l'une des principales clauses du Serment.

Naruto opina à son tour.

Je suis désolé Kura, pensa-t-il mais elle ne répondit pas.

— J'ai une faveur à te demander, grand-père.

— Dis-moi, répondit Hurizen, pas vraiment surpris.

— Je pense que je deviendrai fou si je reste un jour de plus dans la maison de mon père. Si possible, je désire vivre ailleurs. Je ne pense pas que rester avec Tigre soit la solution pour sauver mon père. Et puis je trouve aussi ta présence un peu trop... envahissante. Je n'ai pas le sentiment que je pourrai faire de vrais progrès si j'ai toujours quelqu'un dans mon dos pour me dire ce que je dois faire. Je ne sais pas encore où j'irai, mais je sais que j'ai quelques amis qui peuvent m'héberger le temps que je trouve quelque chose. Je veux chercher ma propre voie.

Hiruzen passa la main dans sa barbe.

— Tu es vraiment sûr ? Je comprends ton besoin d'indépendance mais cela risque d'être peut-être l'une des seules fois où tu auras vraiment l'occasion de connaître un peu plus ton père. Plus tu grandiras et moins l'occasion se présentera à toi de parler avec lui.

Naruto hocha la tête négativement.

— Ce serait passer du temps avec Tigre, mais je pense que c'est différent que de passer du temps avec mon père. Et puis il ne me reconnait même pas comme son fils de toute façon.

— Hmm... cela a du sens je suppose, soupira Hiruzen. Très bien, j'accepte ta décision de choisir où tu vas vivre. J'aurais quand même toujours un agent pour te suivre, mais je promets de respecter ta vie privée et ce, tant que ta sécurité est assurée. Juste préviens-moi quand tu trouves quelque chose que je t'envoie tes affaires, d'accord ?

Naruto acquiesça content.

— Ne t'en fais pas pour moi grand-père, je le ferai !

Naruto se leva et fit au revoir de sa main à son grand-père tandis qu'il passa la parte de la petite chambre.

Lorsque Naruto partit, Hiruzen alluma sa pipe et respira ses fumées. Il pouvait enfin se relâcher.

Peu après, un homme avec un masque de tigre se déglutina du mur qui fluctua comme s'il était constitué d'un fluide. Ses bras et sa tête émergèrent en premier, suivi de son corps puis de ses jambes pour finir.

Tigre se tint alors à côté du vieux ninja, regardant la porte par laquelle Naruto était parti.

— Beau discours. Même si je ne suis pas sûr que leur révéler autant d'informations si tôt ait été une si bonne idée, commenta l'agent au visage camouflé.

Le Sandaime regarda d'un air vitreux celui qui autrefois aurait dû porter ses atours.

— En vérité, je ne leur ai pas révélé tant de choses que ça, il y a encore beaucoup de choses qu'ils ne savent pas.

Tigre fit le tour de la pièce avant de se retourner devant le vieil homme, qui lui faisait face. Derrière lui, le soleil couchant coloriait l'horizon dans une oriflamme ensanglantée.

— Tu les as mis sur la voie néanmoins. Le petit est intelligent et avec l'aide de son animal de compagnie, ils arriveront probablement à découvrir le tableau entier si nous laissons trop d'indices.

Hiruzen mit une main devant son visage avant de se masser la barbe.

— Pas d'inquiétude, mon ami, tout est sous notre contrôle. Le garçon avait besoin d'être rappelé de sa loyauté envers moi et je lui ai donné ce qu'il voulait. Ne le trouves-tu pas charmant ? Il veut absolument te sauver.

Tigre haussa les épaules, avant de se retourner et d'écarter le rideau pour mieux percevoir le village de la Feuille, commençant à être enfoui sous les ombres du crépuscule. Alors que des relents d'émotions le parcoururent, Tigre avoua d'une voix sèche :

— Je ne veux pas être sauvé. Le Serment est peut-être un peu restreignant par moments mais je m'y suis finalement habitué. Et puis les plus surpassaient de très loin les moins. Je me sens un peu déprimé de temps en temps mais tant que je prends mon médicament régulièrement, tout ira comme sur des roulettes. De plus, c'était mon choix au départ. Je dois admettre que le plan que tu nous as concocté était assez étriqué, termina-t-il avec une voix quelque peu amusée.

Hiruzen eut un petit rire de son côté.

— C'est parce que je sais que je peux faire confiance en tes talents d'acteur. Nous devions être certains que le Renard ne représentait plus un danger pour Konoha. Il semble avoir pris vraiment notre garçon à cœur, n'est-ce pas ?

Les yeux de Tigre scintillèrent alors de mille feux. Il se mordit la lèvre en pensant à tout ce qu'il avait sacrifié pour en arriver là.

— Bien sûr, nous nous sommes assurés qu'il soit l'hôte parfait et l'arme parfaite. Kushina a toujours dit que le Renard était intelligent et tu peux prévoir les actions des entités intelligentes.

Hiruzen posa un coude sur le dossier de sa chaise avant de se masser le front de sa main.

— Je me demande s'ils seront prêts... L'Akatsuki est déjà en train de bouger, songea-t-il d'un air contrit.

Les sceaux de l'homme masqué semblèrent réagir à la seule mention de l'Akatsuki. De l'énergie bleue concentrée s'enroula dans sa main.

— Nous avons le temps. Nous sommes en avance sur le planning. Ils nous ont peut-être pris par surprise il y a huit ans, mais dorénavant, c'est nous qui avons une main d'avance.

— Mais les choses vont vite se compliquer. Nous devrons jouer notre main avec beaucoup de précaution.

Tigre acquiesça et l'orbe tourbillonnant s'éteignit brusquement. Il se tint alors le bras, les yeux toujours étrécis.

— Comment les autres villages réagissent ? requit-il d'une voix neutre.

Hiruzen ouvrit sa main en réponse :

— Je leur ai envoyé mes lettres, qu'ils ont prises comme un autre de mes complots, mais c'était à prévoir. Peut-être vont-ils se réveiller lorsqu'ils se rendront compte qu'ils n'auront plus de Jinchuuriki.

Tigre eut un rictus derrière son masque.

— Et comment Jiraya se débrouille ?

Le Sandaime haussa les épaules.

— Il allait bien la dernière fois que je l'ai vu. Peut-être un peu saoul après une nuit passée dans un motel mais tu le connais bien.

Tigre eut un rire.

Un rire qui ne dura qu'une seconde.

— Que comptes-tu faire du petit et du Renard ?

Le vieil homme se gratta la barbe.

— Pour maintenant, je vais relâcher un peu ma laisse autour de son cou. Comme le garçon l'a si bien dit, il ne pourra pas développer son plein potentiel si je suis constamment dans son dos et maintenant que le Renard est à ses côtés, nous n'avons plus de soucis à nous faire. Cacatoès sera suffisante pour le surveiller et elle est déjà fidèle au garçon. Nous pourrons avoir nos mains libres sur d'autres affaires. Nul remord de l'avoir laissé partir ? requit Hiruzen en allumant sa pipe encore une fois.

Tigre regarda Hiruzen avec méfiance.

— Pourquoi me poses-tu cette question ? Tu sais déjà que j'ai choisi mon devoir contre son bien-être il y a huit ans...

— Je testais juste si c'était toujours le cas, dit Hiruzen en toussant plusieurs fois. J'espère avoir bientôt un héritier digne.

Tigre acquiesça avant de se retourner une dernière fois vers la fenêtre et de contempler le Sandaime du coin de l'œil.

— Pour Konoha, murmura l'homme au masque d'une voix sinistre.

— Pour Konoha, souffla Hiruzen en acquiesçant à son tour.

Tigre s'approcha alors du mur par lequel il était apparu et disparut dans une fluctuation murale.

Hiruzen quant à lui regarda son chapeau et le plaça au-dessus de sa tête. C'était son fardeau à porter.

Bien que l'habit ne faisait pas le moine, lorsque quelqu'un avait accepté ce chapeau une fois, celui-ci ne pouvait s'arrêter d'être un Kage.

Car seuls eux savaient qu'il y avait en réalité deux Kage à Konoha.


Naruto marcha entre les ruelles de Konoha avec une vision renouvelée de son village, qui avait également une vision renouvelée de lui. Lorsqu'il passait devant les magasins, les marchands agissaient avant comme s'il n'existait pas mais dorénavant, certains venaient le voir pour l'inviter à dîner. le garçon se doutait que ceci était dû à sa réputation.

En seulement une semaine, tant de choses avaient changé dans sa vie qu'il avait l'impression d'être devenu une personne totalement différente, comme si le vieux Naruto avait été gommé, effacé pour faire place à un tout autre individu. Le garçon apeuré qui ne connaissait rien à rien était devenu une célébrité aimée qui connaissait tout sur son passé. Il avait été un orphelin parce qu'il avait cru avoir été abandonné en raison de son physique hideux mais il était désormais le garçon qui voulait tout faire pour secourir son père qui s'était sacrifié pour sa patrie. Pour cette raison, il se sentait complet.

En cours de route, il avait aussi découvert qu'il n'avait jamais été seul et qu'il y avait toujours eu quelqu'un à ses côtés pour veiller à ses meilleurs intérêts. Mais Kura n'avait rien dit depuis qu'elle l'avait apaisé, alors il se demanda si elle était en colère à son propos.

Non... je réfléchissais juste à toutes les informations que nous venons de recevoir, répliqua-t-elle à sa pensée et Naruto soupira.

Est-ce que tu m'en veux car j'ai choisi de ne plus vivre chez Tigre ? Je sais que tu veux vraiment engranger de la connaissance et Tigre est probablement le moyen le plus rapide pour nous de devenir fort.

Non, en vérité, c'est mieux comme ça, répliqua Kura au quart de tour. Cela aurait été difficile sur le long terme de toute façon puisque nous n'avions pas aucun moyen de nous contacter quand nous le désirions et je détestais le fait que tu n'aies aucune liberté sur tes actions. Cela ralentira un peu notre plan mais je suis plus à l'aise ainsi. Non, ce n'est pas ça qui me dérange actuellement.

Est-ce parce que je ne me concentre plus dans l'unique but de devenir plus fort ? demanda Naruto toujours sur son fil de pensées. La voix neutre de Kura lui répondit :

Pas vraiment Naruto. Les deux objectifs ne rentrent pas vraiment en conflit l'un l'autre car la poursuite du savoir peut aussi résoudre le problème de ton père. Non, c'est quelque chose de totalement différent qui me perturbe.

La tirade de Kura le rendit confus mais elle poursuivit son analyse malgré tout :

Ne penses-tu pas que la situation est bizarre Naruto ? Peut-être que j'imagine trop de choses. Peut-être qu'en effet les choses sont aussi simples qu'elles y paraissent. Mais je me suis souvent rendue compte qu'une situation trop simple et convenue était souvent une situation où je jouais dans la main de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas toujours le cas, mais il y a quelque part une forte corrélation statistique entre ces deux phénomènes.

Je pense que tu analyses trop, rétorqua-t-il, ne voulant croire qu'il aurait pu être ainsi berné par son père et son grand-père.

Alors je vais te pointer les choses qui me paraissent illogiques parmi les récents événements qu'on a découverts. Ce n'est que maintenant que je m'en suis rendue compte car la réaction de ton grand-père m'a vraiment fait tiquer. Comme je te l'ai dit, j'ai vraiment haï le fait que tu ne puisses prendre aucune initiative sans éveiller de soupçons et j'étais déjà en train de planifier un moyen afin que le Sandaime nous laisse tranquille, mais il nous a laissé partir trop facilement et ce fut le point qui m'a fait réaliser que les faits avaient peut-être une vérité cachée en eux.

Mais, le Sandaime nous a tout révélé ! On a même découvert la vraie nature de mon père ! se plaignit Naruto mais il fut désarçonné par la voix sèche qu'emprunta Kura.

Je pense que tu t'en rendras compte quand je te présenterai les faits un à un que je considère étranges :

Premièrement, il y a quelque chose que je me suis toujours demandée et dont nous n'avons toujours pas obtenu de réponses encore, c'est pourquoi si ton père Tigre t'a suivi depuis que tu es tout petit, il n'a jamais informé ton grand-père que tu te faisais maltraiter à multiples reprises par tes voisins ? Il y a aussi eu la fois où Mizuki t'avait battu pendant un mois entier, si tu te souviens bien et Tigre aurait dû le reporter au Sandaime dans tous les cas. La raison, c'est probablement parce que le Sandaime était au courant et a laissé ces abus continuer comme il me parait impossible qu'aussi intelligents que soient ces deux personnages, ils n'aient pu remarquer cela. Pourquoi ont-ils décidé seulement d'agir pour ton bien seulement lorsque j'ai moi-même commencé à mettre mes plans à exécution pour te rallier de mon côté ?

Naruto déglutit. Il essaya de trouver coûte que coûte une réponse cohérente à ces questions successives mais échoua lamentablement, tandis que Kura continua impitoyable :

Deuxièmement, nous n'avons aucune garantie que ce que tout ce que nous voyons, ou même si tous les dires de ton grand-père soient la vérité, ce qui est d'autant plus véridique dans un village où quiconque peut incarner tout le monde et encore plus si Tigre a les capacités que ton grand-père semble clamer qu'il possède. Ton grand-père pourrait parfaitement demander à Tigre de réécrire nos mémoires comme il l'entend, de la même manière qu'il le fit avec la révolte des Uchiwa. Nous n'avons aucune certitude que tout ce qu'il nous a révélé est vrai et nous sommes encore moins sûrs de si ton grand-père et ton père paraissent vraiment ce qu'ils sont.

Naruto la stoppa net.

Bien que je suis d'accord avec le premier fait où nous pouvons hypothétiquement faire confiance à personne, le deuxième concernant grand-père n'est qu'une simple supposition de ta part.

Kura répondit vigoureusement :

Eh bien je vais te dire qu'il y a quelques trous dans l'histoire que ton grand-père t'a narrée : Premièrement, peu importe au combien ton père est fort, il reste un humain et le Sandaime te l'a décrit comme un demi-dieu.

Mais tu as vu comme moi les bouquins qu'il a écrits et la connaissance qu'il possède. Tu me l'as dit toi-même que la connaissance est une source de pouvoir ! Naruto répliqua avec verve. Étrangement, il put se représenter la figure de Kura en train de hocher la tête.

En vérité Naruto, c'est un point sur lequel je suis en désaccord avec toi. Tu n'as ouvert qu'un seul livre de sa bibliothèque et tu n'as même pas vérifié le contenu exact que tu n'as essayé d'en apprendre plus, car tu avais estimé ne pas avoir la connaissance pour comprendre le jargon qu'il utilisait. Il aurait pu très bien écrire le même charabia sur plusieurs lignes, de même que sur tous ses livres et tu n'y aurais vu que du feu. En plus, il me parait évident que le Serment tel qu'on nous l'a décrit est illogique. Ton grand-père a dit que le Serment n'avait pas de failles, donc comment se fait-ce que Tigre a réussi à répondre à tes questions directement ou indirectement concernant son Serment. Si le Serment était si restrictif, Tigre ne serait d'aucune utilité à ton grand-père car il questionnerait son Serment à chaque fois qu'il agirait. Je pense que le Serment est le cœur du problème car c'est quelque chose sur lequel nous n'avons aucune donnée.

Alors pourquoi mon père n'est jamais venu me rendre visite ? Pourquoi ne m'a-t-il jamais dit que j'étais son fils ? pointa le blond exacerbé.

Car tout ne tourne pas autour de toi ; Naruto ! Peut-être que l'homme a d'autres priorités, ou que sais-je d'autre !? Peut-être parce que tout ceci n'a été qu'un rôle qu'il fut ordonné de jouer par le Sandaime, peut-être qu'il tient vraiment à toi mais d'une façon dont tu ne réalises pas encore... Toutefois, il y a une chose qui me trouble réellement : je sens comme si nous n'avions pas de choix dès le départ et que nous étions destinés à nous unir de cette manière. Quand tu es dans un endroit où tu ne peux ni faire confiance en tes propres pensées et tes propres sentiments ou même être certain à propos de la vérité fondamentale « je pense donc je suis », que peux-tu faire d'autre que douter ? Qu'est-ce qui me prouve par exemple, que le fait que j'ai été consciente d'avoir toujours été libre il y a deux ans et non avant était dû à une inadvertance de ma part et non pour une autre raison ? Et si tout ce qu'on traversait n'était seulement qu'un autre jeu de ceux qui contrôlent nos vies ?

Naruto hocha la tête.

Je pense que nous manquons trop d'informations pour affirmer de telles choses. Tu es juste parano.

Et je suis d'accord avec ta première assertion qui est que nous devons en savoir plus, confia sa partenaire. C'est pour cela que notre prochain objectif est de vérifier la véracité des informations que ton grand-père nous a indiquées. Il nous a donné un indice néanmoins. Il a énoncé que ce Inoichi Yamanaka savait à propos de l'identité de Tigre. Le confronter pourrait être une première étape et nous ne sommes même pas sûrs de combien il restera d'étapes après celle-ci pour que nous puissions découvrir l'entièreté du tableau.

Naruto soupira mais il savait que Kura ne lâcherait rien tant qu'elle ne serait pas certaine de la véracité de ses théories.

Alors, que fait-on maintenant ? requit Naruto. Car pour l'instant, je suis au milieu de la rue, sans le sou, avec nulle part où dormir.

Il la sentit soudainement avoir un rictus.

Il y a en réalité un homme que nous connaissons qui peut nous aider, révéla-t-elle sardonique.


Dans le quartier général des Forces de l'Ordre de Konoha, l'Inspecteur Yamanaka était en train d'éplucher pensivement ses plus récents dossiers d'investigation. Il avait failli se faire virer quelques jours auparavant car il avait essayé d'interroger un gamin blond qui était subitement devenu la nouvelle célébrité de Konoha. Il y avait environ cinq jours, il avait reçu des lettres chez lui provenant des ANBU en lui demandant de se mêler de ses oignons s'il voulait garder son travail et comme il n'avait pas d'autre source de revenus, il avait dû lâcher l'affaire. Depuis, il avait seulement reçu des missions inintéressantes, comme celle de retrouver celui ayant volé le chat de tel civil.

L'Inspecteur Yamanaka rangea ses dossiers et valdingua toute cette paperasse insipide dans le premier casier de son bureau. Il posa son chapeau sur son visage pour empêcher la lumière de la lampe à huile au-dessus de sa tête de le perturber durant sa petite sieste. Ses pieds rappèrent la surface rugueuse de son pupitre tandis qu'il s'assagit et se permit de méditer sur sa situation...

Il était déjà sept heures passées du soir, mais il savait que même s'il revenait à la maison, il n'y aurait pas de femme pour réchauffer son lit, ni de famille pour l'accueillir. Il avait toujours été le genre de personne à ne pouvoir se ranger dans l'esprit d'un clan. Il était ce genre de loup solitaire qui préférait la liberté par-dessus tout, bien qu'il n'avait rien contre un peu d'argent de temps en temps.

Et alors qu'il hésitait à rentrer chez lui, quelqu'un vint toquer à la porte.

— Entrez ! dit-il tandis qu'il posa ses jambes sous son bureau. Un de ses collègues arriva.

— Il y a une personne qui veut te rencontrer.

— Et bien laisse-le rentrer ! répliqua l'Inspecteur Yamanaka spontanément.

Cinq secondes plus tard, un enfant aux cheveux blonds avec des cicatrices en forme de moustaches sur ses joues passa la porte. L'Inspecteur Yamanaka le reconnut instantanément.

— Inspecteur Yamanaka, si vous pouviez venir avec moi ? Je crois que l'on n'a pas mal de choses à se raconter.


X


Il y avait en réalité deux Kage à Konoha