Affirmation de l'Hypothèse, partie 2
X
Sasuke se réveilla en sursaut cette matinée, en raison du brouhaha provenant de l'extérieur. Il se frotta les yeux tandis qu'il ouvrit sa fenêtre et distingua un rassemblement d'une cinquantaine de personnes en cercle juste en face de chez lui. Il reconnut plusieurs membres de sa famille. Il vit son grand-frère Itachi tapoter le dos de leur cousin Shisui, qui pleurait à chaudes larmes. Son père Fugaku, étant au centre, haranguait la foule, qui constituait le reste de leur clan :
— Mes frères et sœurs, neveux et nièces, j'ai quelque chose de terrible à vous annoncer : l'un d'entre nous a quitté cette nuit. Cet homme était un très cher ami, un membre exemplaire de notre clan et un père admirable. Les circonstances de sa mort demeurent mystérieuses et j'ai d'ores et déjà envoyé une missive auprès de notre Kage pour qu'il envoie des agents et des investigateurs élucider cette sinistre affaire. Je souhaiterai pendant cette période que vous conserviez le secret de sa mort. Sachez que si jamais sa mort se révèle être l'objet d'un crime à notre encontre, je m'engage à prendre toutes les mesures à ma disposition pour qu'il ne demeure impuni et ferai en sorte que le ou les coupables paraissent devant la justice de notre clan et de notre village afin qu'ils soient dûment châtiés. Nous devons tous restés unis et fidèles face à cette épreuve. J'aimerai aussi que l'on accorde une minute de silence pour cet homme, dont le nom était Satoshi, paix à son âme.
— Paix à son âme, répondirent tous les Uchiwa en chœur.
Sur ces mots, tous regardèrent le sol dans un mutisme respectueux, quasi-religieux. Il faisait affreusement beau cette journée, mais ce nouvel événement jetait clairement un voile d'ombre sur le clan. Sasuke, de la fenêtre, trouvait la scène quasi-surnaturelle qu'il se demandait s'il était en train de rêver. D'inombrables questions le bombardèrent. Pourquoi, comment, pour quels motifs aurait-on attaqué l'un des leurs ? Ou peut-être était-ce simplement un accident ? Sasuke ne pouvait pas savoir.
Il entendit toquer à la porte la minute d'après. Lorsqu'il alla ouvrir, il vit sa mère ayant une mine attristée.
— Sasuke, je suis si heureuse que tu ailles bien... murmura-t-elle en le prenant dans ses bras.
Sasuke tapota timidement son dos. Sa mère resta ainsi un certain moment.
— Que s'est-il passé maman ?
Mikoto hoqueta. Sasuke, étant encore sous le choc, se mit à pleurer aussi. Sa mère lui confia alors :
— Je ne sais pas. C'était ton cousin Shisui qui a découvert la scène le premier et je n'en sais pas plus. Il a contacté ton père directement qui s'embarqua dans sa résidence. Dix minutes plus tard, Frère Satoshi avait déjà était recouvert d'un voile. Après vérification, ton père valida que c'était bien sa dépouille...
— Maman... souffla Sasuke alors que sa mère le serrer encore plus fort. Que va-t-il se passer maintenant ?
— Je ne sais pas mon bébé... Je ne sais pas...
Vingt minutes plus tard, ils descendirent au vestibule et virent Fugaku habillé d'un kimono honorifique, qu'il ne portait que pour les cérémonies officielles de leur clan ou lorsqu'il allait à des représentations importantes.
— Chéri ? demanda Mikoto, en tenant par la main Sasuke.
Il hocha la tête.
— C'est mon devoir en tant que chef de clan. Je vais demander une instance d'urgent auprès du haut conseil. Nous devons porter la lumière sur ce qu'il s'est passé. Tout le monde est déjà parti effectuer son devoir journalier.
— Comment va Shishui ? requit-elle inquiète.
Fugaku soupira.
— J'espère qu'il ne sera pas traumatisé par cette expérience. Découvrir un membre proche de sa famille mourir chez soi n'est pas quelque chose que quiconque aimerait expérimenter. Itachi sera à ses côtés le reste de la journée et le Hokage comprendra pourquoi ils ne seront pas présentés à son bureau aujourd'hui. En parlant du Hokage, je vais aller le voir de suite.
Mikoto tendit le bras vers son mari mais s'abstint au dernier moment, se pinçant la lèvre inférieure. Elle prit le visage le plus chaleureux dont elle était capable avec de lui murmurer.
— Fais attention à toi, mon amour.
Il révéla un sourire et s'approcha d'elle en lui déposant un baiser sur les lèvres. Même l'impassible Fugaku laissait paraître ce qu'il ressentait vraiment en ces temps difficiles. Il se pencha également sur Sasuke pour embrasser son front, avant de s'agenouiller devant lui. Sasuke était encore en train de pleurer.
— Prends garde fils, à ton environnement. Et ne laisse rien paraître à l'école, d'accord ? chuchota son père en lui tapotant la tête.
Sasuke acquiesça en nettoyant ses larmes. Il se tint fièrement face à son père. Celui-ci lui sourit en acquiesçant à son tour avant de se relever. Il ajusta son chapeau en toile sur sa tête et et prit à pleine poigne sa canne, sur laquelle étaient peints les motifs de leur clan. Deux oncles à Sasuke accompagnèrent son père tandis qu'ils sortirent de la maison.
Ce n'était que cinq minutes plus tard, que Sasuke partit pour l'Académie.
Naruto avait commencé sa marche vers l'école bien plus tôt aujourd'hui dans la matinée. Mori les avait réveillés avec un coup de pied aux fesses en leur criant qu'il avait un rendez-vous important aujourd'hui et qu'il n'avait qu'un seul double des clés. En conséquence, cinq minutes plus tard, tous les trois furent sortis. Mori requit à l'agente Cacatoès de lui refiler un billet de quelques ryos pour la nuit. Mori leur fournit très rapidement un set d'instructions pour se rendre à l'Académie avant de se séparer d'eux. Naruto regarda interrogativement Cacatoès, qui lui rétorqua avec un grand sourire qu'elle l'accompagnerait jusqu'à l'école. Son argument fut que les rues du bas quartier étaient trop dangereuses pour un enfant de son âge. Naruto haussa les épaules et s'engagea dans la direction que leur avait indiquée l'Inspecteur Yamanaka.
Après vingt minutes, ils déboulèrent sur la rue principale de Konoha. La rue était encore plus bondée que d'habitude. Les boutiques affichaient fièrement leurs marchandises et en raison des différents attroupements, Naruto et l'agente durent bifurquer plusieurs fois leur chemin. Naruto portait un T-shirt simple et un pantalon long cette journée tandis que Cacatoès était toujours dans son armure classique. En cours de route, ils croisèrent Sasuke. Naruto lui fit coucou de loin et comme le blond était assez dure à ignorer, même parmi la foule du fait que les gens s'écartaient devant lui, Sasuke n'eut pas de mal à le voir et à se ramener vers lui. Il était accompagné par un Chuunin, qui était probablement de sa famille.
— Yo, ça va Sasuke ? requit Naruto lorsqu'il fut en face d'eux.
Sasuke acquiesça vivement, bien que son visage eût l'air un peu plus blanc que d'habitude.
— Oui, ça va. Tu n'es pas venu hier, commenta le brun en le dévisageant.
— Haha, oui, j'étais malade la veille, mais je suis remis, répliqua le blond en riant.
Sasuke lui sourit brièvement avant de toiser le garde du corps de Naruto.
— On te lâche pas d'une semelle apparemment.
Naruto roula des yeux.
— Le désavantage d'être une célébrité. Je vois que tu en partages aussi ces plaisirs.
L'oncle de Sasuke toussa un peu à sa remarque, avant de fixer l'agente masquée à côté de Naruto avec méfiance. Il commença à prendre la main de Sasuke et à l'empresser de continuer leur route. Sasuke fit une vague amicale à Naruto qui retourna le coucou.
— Ils t'ont regardé bizarrement, remarqua Naruto à Cacatoès.
Elle haussa les épaules.
— Les Uchiwa sont connus pour être taciturnes. Mais on devrait aussi se dépêcher, ton premier cours commence dans une heure.
Naruto acquiesça.
Suite à cette remarque, ils suivirent alors le sillage des deux Uchiwa.
Ara souffla au Sandaime que le chef de clans des Uchiwa était en bas de la Tour et qu'il sollicitait un entretien avec lui. Hiruzen, qui avait reçu la missive de cet homme dans la matinée, s'était attendu à ce résultat. Il acquiesça et ordonna à Ara de transmettre les informations au rez-de-chaussée. La blonde s'exécuta en une courbette et cinq minutes plus tard, Fugaku arriva avec deux autres dignitaires de son clan. L'homme portait sur ses épaules une écharpe aux couleurs contrastées de rouge et de noir. Il s'arrêta à cinq mètres du bureau où était assis le Seigneur de la Feuille. Les yeux de Fugaku croisèrent ceux du Sandaime alors qu'il claqua dans un bruit sourd sa canne contre le parquet, en la tenant entre ses deux mains.
— Fugaku Uchiwa adresse ses salutations au Haut Seigneur de Konoha, prononça-t-il solennellement dans une courbette.
Hiruzen, dans son costume d'apparat et son chapeau haut de forme, pencha légèrement sa tête en avant.
— Hiruzen Sarutobi, Troisième Hokage de Konoha, salut le représentant de la lignée des Uchiwa.
Et l'atmosphère resta tout aussi tendue malgré ces échanges formels. Les dignitaires regardaient tout autour d'eux dans une attitude emplie de défiance. En dépit de la matinée déjà assez avancée, la salle semblait baignée dans les ombres, comme si l'espace dans lequel elle était enfermée était essentiellement monochrome.
— Vous savez ce qui m'amène ici, murmura Fugaku paraissant inflexible.
Hiruzen acquiesça.
— Et j'ai bien saisi votre demande, que j'accepte. J'ai déjà convoqué l'ensemble des chefs de clans, ainsi que les hauts dignitaires du village pour une réunion d'astreinte du Conseil.
Fugaku ne fut pas surpris, ce n'était que le protocole après tout, dans le cas où un tel problème surgissait sur le territoire de l'un des clans.
— Vos agents ont-ils découverts quelque chose sur le corps défunt de notre frère ?
Hiruzen sortit une pile de documents qu'il posa sur son bureau.
— En sus de nos agents, la première division des Forces de L'Ordre de Konoha est aussi sur l'affaire. Nous attendons toujours le rapport d'autopsie, l'informa Ara à gauche du Sandaime.
Fugaku ne lui lança qu'un bref regard avant de rabattre son attention sur le Sandaime.
— Et concernant le programme de l'Académie ? Comment comptez-vous vous y prendre ? C'était le clan Uchiwa qui était à l'initiative de cette démarche et les Jeux de Guerre sont censés commencer aujourd'hui.
Hiruzen se gratta la barbe.
— J'ai déjà mandaté un membre de la section T&I sur place pour remplacer temporairement l'homme en question. Cette affaire nous ennuie autant que vous, Sire Uchiwa, ajouta le Sandaime devant le regard abasourdi de Fugaku. Les doigts tenant la canne parurent se calciner tellement ils étaient resserrés autour.
— Je vois que vous aviez déjà prévu le coup...
Ara s'apprêta à réagir, mais Hiruzen leva une main pour la faire taire.
— Je comprends vos soupçons à notre égard, mais cette fois-ci, Konoha n'a rien à avoir à faire avec cette affaire. Vous avez ma parole, Sire Uchiwa.
Les sharigans s'ouvrirent dans un crissement strident. Fugaku maintint le regard durant un temps indéfini avant de souffler en fermant les yeux.
— Notre clan restera fidèle au village, tant que le village restera fidèle à notre clan.
Hiruzen prit alors sa pipe et exhala la fumée morbide. Les yeux du vieil homme sondèrent ceux du chef de clan.
— Concernant votre requête à propos de Itachi et Shisui, j'accepte de leur faire passer le test, souffla Hiruzen.
Fugaku agrandit ses yeux devant la surprise. Cela faisait un mois qu'il avait émis cette missive mais l'administration ne lui avait jamais répondu. Mais il ne se laissa pas berner, il savait très bien ce que mijoter son vis-à-vis.
— Si vous pensez que cela peut atténuer notre colère—
— Vous n'êtes pas le seul clan à Konoha à avoir actuellement des problèmes, Sire Uchiwa. En tant que dirigeant légitime du village, je me dois d'équilibrer autant que possible les forces entre les clans. Comprenez bien que cette démarche a été acceptée seulement basée sur la tournure actuelle des événements. Ara, donne-lui les documents concernant le test.
L'agente prit alors une chemise verte du bureau, portant les insignes du village et s'avança vers le Seigneur des Uchiwa dans une allure protocolaire. Cinq secondes plus tard, elle tendit le porte-documents à Fugaku. Ara recula et Fugaku se courba vers le vieil homme.
— Le clan des Uchiwa vous remercie de la confiance que vous nous accordez.
— Et Konoha vous remercie de votre diligence et de votre sagacité. Néanmoins, vous devez vous rendre compte que le test ne garantit pas que les deux garçons pourront devenir Jounin. Seuls les examinateurs pourront les juger aptes, selon leurs performances au cours de l'épreuve. Veillez préparer les candidats avec soin, conclut le Sandaime d'un ton neutre.
Fugaku acquiesça avant de tourner les talons. Son escorte déjà devant, il se retourna une dernière fois vers le Sandaime en lui confiant un regard entendu :
— La seule liberté que nous n'ayons jamais reçue fut celle de choisir notre propre prison.
Hiruzen acquiesça magnanime et porta son chapeau contre son torse pour saluer le Seigneur des Uchiwa.
Lorsqu'il fut parti, Ara se rapprocha vers le vieil homme, avec une mine soucieuse.
— Comment va Naruto ? requit-il soudainement.
— Cacatoès et lui viennent d'arriver à l'Académie. Sur le chemin, ils ont rencontré le fils du chef de clan des Uchiwa. Globalement, il semble aller bien. La veille, ils ont dormi dans les bas-quartiers, chez un homme affilié aux Yamanaka. Il fait apparemment parti de la Première Division des Forces de l'Ordre.
Hiruzen déposa sa pipe sur son bureau.
— Compile-moi un dossier sur cet homme. Je veux tout savoir sur son passé et sur les enquêtes qu'il mène. Je veux aussi qu'un agent le piste à mi-temps et me fournisse un rapport quotidien.
Ara se courba brièvement.
— À vos ordres, maître.
Puis Hiruzen revint à son dossier dont il s'occupait avant l'entretien avec Fugaku Uchiwa. La reliure du registre affichait Aménagement du territoire.
Itachi regardait son cousin jetait des pierres dans une des rivières qui bordait le village. Shisui était assis sur un tas d'herbe, à la lisière du courant d'eau. Le grand-frère de Sasuke ne savait pas comment l'aborder. Si Itachi était un expert dans les arts du shinobi, il n'en restait pas moins une personne assez effacée. Le ploc continue des cailloux plongeant dans l'onde était la seule source audible entre eux. Itachi décida enfin de rompre le silence :
— Code 452, un ninja ne doit pas se laisser abattre par ses émot—
— J'ai suivi les mêmes cours que toi Itachi, pas besoin de me rappeler ceci, rétorqua son cousin agacé. Laisse-moi profiter de ce magnifique anniversaire où j'ai eu l'excellente surprise de retrouver mon père mort dans sa chambre.
Itachi ne rajouta rien d'autre, complètement pris au dépourvu. Normalement, c'était toujours Shisui qui menait la conversation lorsqu'ils étaient deux. Et son sarcasme mordant signifiait qu'il voulait tout sauf parler avec lui. Néanmoins, Itachi se sentait obligé, à la fois par devoir et par amitié de rester avec lui.
C'était ainsi qu'ils demeurèrent ici jusqu'à l'heure du midi.
À l'entrée de l'Académie, Cacatoès libéra Naruto de sa présence. Le jeune garçon lui sourit tandis qu'il s'engouffrait dans le bâtiment central, à la poursuite de Sasuke. Il tenta d'être le plus furtif possible, mais au bout d'une minute, une élève le reconnut et alerta dans un cri l'ensemble de la cour. Une minute après, Naruto se retrouva encerclé par un attroupement de groupies qui s'affairèrent autour de lui, la harcelant de questions sur pourquoi il avait été absent la veille. Naruto se démena du mieux qu'il put pour atteindre finalement sa salle de classe, en tentant de conserver le sourire durant la durée du parcours.
Il y retrouva tous les enfants de clans assis au premier rang de l'amphithéâtre. C'était censé être le premier cours d'introduction des Jeux de Guerre, mais le professeur, Satoshi Uchiwa, n'était toujours pas arrivé. Au moins un tiers des premières années étaient présents et fourmillaient sur les sièges en pierre. Tous les regards bifurquèrent sur Naruto lorsqu'il rentra dans la salle. S'attendant à ce genre de réactions, Naruto se contenta de rejoindre le banc qu'occupait Sasuke, en s'essayant à sa droite.
Le brouhaha de l'hémicycle s'amplifia à son paroxysme jusqu'à l'apparition soudaine de trois hommes habillés en noir sur le devant de la scène, surgissant dans une dense fumée. Parmi eux, le seul ne portant pas le masque des forces spéciales se distinguait par les nombreuses cicatrices ravageant son crâne. Ce dernier s'avança sur le pupitre qui était censé être réservé au professeur et fixa sévèrement ceux qui ne s'étaient encore tus avant de déclamer d'une voix grave :
« Salutations, élèves de Konoha. Je suis Ibiki Morino, chef de la section T&I de Konoha. Je viens en renfort du corps enseignant. Votre professeur attitré, Satoshi Uchiwa a eu un accident et est actuellement convalescent. On m'a chargé de vous prendre en charge jusqu'à nouvel ordre. Je suis celui qui m'occupera de l'initialisation des Jeux de Guerre. Commençons par vérifier qui est présent. »
Le professeur suppléant sortit une liste et se mit à épeler le nom de chaque élève présent. Ceci ne dura que deux minutes avant que Monsieur Morino range sa feuille, se dirigea vers le tableau, prit une craie et se mit à tracer deux barres verticales pour séparer le tableau en trois. Il se retourna alors vers les étudiants.
« Du fait de votre emploi du temps chargé et de la structure de ces Jeux, ce cours aura lieu seulement durant toute la journée du Samedi. »
Des grognements se firent savoir parmi les élèves. Cela n'avait pas été indiqué sur la fiche d'inscription.
« Ce n'est pas négociable. En rentrant ici, vous vous êtes engagé dans une guerre où vous avez tous pour obligation d'obéir aux ordres de vos supérieurs. Les Jeux de Guerre ont déjà commencé. Durant ce cours, vous serez répartis en trois équipes. Les chefs d'équipes ont déjà été choisis par nos soins et ce sont eux qui constitueront nos équipes. Que les étudiants Haruno Sakura, Nara Shikamaru et Uchiwa Sasuke se présentent face à moi. »
Sasuke se leva, passa devant Naruto et s'avança sur l'estrade. Il fut suivi de près par Sakura, qui avait l'air stupéfaite d'avoir été appelée. Shikamaru pour sa part avait les bras derrière la nuque, baillant comme s'il venait de se réveiller de sa sieste. Lorsqu'ils furent arrivés tous les trois sur l'estrade en bois, alignés devant l'homme en noir. Celui-ci leur sourit amicalement avant de reporter son attention à l'ensemble de la classe.
« Vous serez mis en condition réelle de guérilla. Vous serez répartis en trois équipes, mimant une situation où trois villages sont en guerre. Vos territoires seront assignés dans les rouleaux que nous vous remettrons à vos chefs d'équipe. Les trois élèves que j'ai appelés ont été désignés pour devenir les Kage des villages concernés. Ils sélectionneront leurs ninjas parmi la pépinière de mercenaires que vous représentez pour mener à bien leur future guerre. Toutefois, il est rare qu'une guerre soit continue et les périodes d'accalmie seront représentées par le reste de la semaine, ce qui vous permettra de planifier vos actions futures pour la journée du samedi ou échanger des informations. »
La plupart des élèves commencèrent à prendre des notes. Ceux qui n'en prenaient pas suivirent le mouvement.
« Le système ayant été conceptualisé comme un Jeu, chaque équipe devra emmagasiner un capital de points, appelé aussi influence politique. À l'issue de chaque manche, qui seront les journées entières du Samedi, dépendamment de trois critères que je vous exposerai par la suite, vous gagnerez un certain nombre de points. L'équipe, qui à l'issue de l'année, aura réuni le plus de points gagnera une récompense. Les membres de l'équipe concernée auront droit à une formation de spécialisation d'une semaine et pourront choisir le thème de cette formation, parmi celles proposées par Konoha. »
Ibiki savait qu'il n'y avait rien de mieux qu'une carotte pour appâter le lapin hors du terrier.
« Toutefois, le Jeu étant conçu pour favoriser les retournements de situation, vous serez exposés à des événements aléatoires, qui viendront agrémenter les parties et accentuer leur réalisme. Vous aurez également l'opportunité au début de chaque manche d'investir des points d'influence pour obtenir des avantages, comme de nouvelles armes, de nouvelles techniques, ou bien des informations concernant les camps adverses. Ces avantages ne seront donnés qu'au début de la manche qui suit. Il sera aussi alloué à toutes les équipes une réserve initiale de points d'influence, que les équipes auront le choix d'investir ou non. Ceci reflète un aspect de la guerre, qui est souvent l'attrition de ressources. »
Shikamaru commençait déjà à entrevoir les problématiques sous-jacentes de ce système. L'homme aux innombrables cicatrices se racla la gorge avant de continuer :
« Vous gagnerez ces points d'influence selon trois modules :
- Le nombre de ninjas en vie à l'issue de chaque manche donnera proportionnellement un nombre de points, avec un bonus si tous les ninjas d'un camp demeurent en vie à la fin d'une manche. Un ninja est défini en vie tant que celui-ci n'est pas sorti du périmètre assigné durant la manche et qu'il se situe à proximité de son leader au moment T.
- Le contrôle d'un objectif commun, défini à chaque début de manche, où les point seront divisés proportionnellement à la prise de contrôle de cet objectif au cours du tour. La dernière équipe à contrôler cet objectif se verra attribuer un bonus.
- Le remplissage d'un objectif propre à chaque équipe, qui sera également attribué à chacune au début de chaque manche de manière confidentielle.
« Il sera également remis à chaque équipe pour la première manche une technique de rang D. Les membres seront libres de s'entraîner à la pratiquer durant leur temps libre ou pendant les Jeux de Guerre. »
Cette annonce fut accueillie par un mutisme généralisé. Ils allaient encore avoir du travail en plus.
« Maintenant, je vais vous notifier les interdits et les sanctions disciplinaires qui y sont liées si un élève s'amuse à les contrarier :
- Un retard de quinze minutes sans justificatifs est le maximum toléré. Plus sera considéré comme une absence.
- Si vous manquez plus de deux fois ces cours durant la journée du Samedi sans justificatifs fournis, vous serez exclu du cours.
- Exclusion définitive des Jeux avec un blâme si un élève est surpris à amener des armes non dispensées par l'Académie durant les manches.
- Si vous portez gravement atteinte de manière intentionnelle à l'intégrité physique et morale d'un participant ou d'un examiteur durant une manche, vous serez renvoyé de l'Académie sans préavis. Par gravement, on entend la fracture d'un membre du corps, l'imputation ou un organe vital gravement endommagé et par intégrité morale, veillez-vous référer aux fautes graves du code des ninjas, partie éthique, que vous avez appris durant la première semaine de vos cours d'investigation. »
Naruto se mordit la lèvre inférieure, puisqu'il n'avait rien retenu du premier mois de cours de l'Académie. Ses lacunes le poursuivaient encore.
« Je laisse maintenant vos chefs d'équipe le soin de choisir les membres de leur équipe. Celles-ci demeureront les mêmes pour tout le reste de l'année, je vous donne une heure pour constituer les équipes. »
Sur ces derniers mots, Ibiki s'assit contre le bureau du maître de conférence, tandis que ses deux subalternes distribuaient des foulards de couleurs rouge, bleu et verte respectivement à Sasuke, Shikamaru et Sakura.
Les yeux de la jeune fille convergèrent alors vers ses deux autres camarades, désormais ennemis dans ce cours. Elle comprenait le choix de l'enseignant pour Sasuke (bien qu'il fût bien plus discutable concernant Shikamaru) mais pourquoi entre tous les enfants de clans avait-elle été choisie comme chef d'équipe ? Elle était faible dans toutes les activités physiques et malgré ses bonnes notes dans les autres matières, elle n'avait aucune particularité.
Elle tenta d'évaluer le mental de ses voisins. Shikamaru continuait de bailler, totalement indolent tandis que Sasuke paraissait évaluer du regard, parmi les étudiants présents les meilleurs candidats pour son équipe. Elle retourna alors le regard vers le professeur, qui les observait tous les trois d'un air neutre, si bien qu'il lui était impossible de lire son expression.
— Hé les amis, ça vous dit qu'on se départage celui qui commence au shifumi ? proposa Shikamaru entre deux bâillements, alors qu'il posait ses rubans sur une chaise en bois.
Sasuke haussa les épaules alors qu'il fit de même sur une autre chaise, suivi par Sakura qui les imita, alors qu'elle acquiesça.
Un vote nul et deux votre pour. Procédé accepté.
Les trois élèves se mirent alors en position, cachant leur main derrière le dos. Shikamaru fit un petit sourire aux deux autres qui le regardaient avec curiosité.
« Shi-Fu-Mi ! », crièrent-ils en révélant leur main.
Pierre pour Sasuke, Feuille pour Sakura, Ciseau pour Shikamaru.
Egalité.
Ils répétèrent l'opération et finirent encore une fois sur une égalité. Tous avaient conservé le même choix.
Le sourire du Nara s'agrandit. Sasuke et Sakura commencèrent à comprendre pourquoi il avait choisi ce procédé pour les départager. Ils avaient tous deux eu un cent en histoire et avaient étudié de près les arts de la guerre. Un conflit entre trois nations se terminait souvent par un statu quo car lorsqu'une d'entre elles prenait l'avantage, car les deux autres se liguaient contre cette dernière pour la renverser la tendance. Le Shifumi entre trois joueurs n'était qu'une mise en abîme de ce fait.
— On recommence ? offrit Shikamaru en mettant sa main derrière lui.
Les deux autres se remirent en position.
Après une dizaine d'égalités consécutives, Sasuke sortit son épingle du jeu et termina premier. Sakura et Shikamaru se départagèrent ensuite sur cinq manches. Sakura termina en deuxième position et Shikamaru troisième.
Sasuke s'avança donc sur l'estrade, vers l'hémicycle et commença à regarder les bancs remplis d'élèves, qui avait observé la partie de shifumi avec ennui. Mais maintenant, tout le monde paraissait excité de connaître qu'elle allait être le choix de Sasuke.
« Naruto Namikaze ! », mentionna le second héritier des Uchiwa.
C'était évident, commenta Kura dans l'esprit de Naruto.
Naruto était assez d'accord avec cette assertion. Après tout, il était le seul de la classe en mesure d'affronter en combat singulier Sasuke. Il était donc logique d'être son premier choix, en dehors de toute autre considération politique. Néanmoins, le blond nota bien qu'il avait utilisé le nom du côté de son père et non de sa mère. Naruto descendit les marches tranquillement et prit le foulard rouge que lui donna Sasuke et l'enroula autour de sa tête.
Dans un sens, c'était une couleur qui le seyait à merveille.
Il se mit derrière Sasuke et observa la fille aux cheveux roses s'avancer pour appeler Ino à la rejoindre. Sa meilleure amie vint à elle en faisant un high five avec elle et prit son bandeau vert en riant.
Dommage, j'aurai bien aimé avoir la petite Yamanaka dans notre équipe, songea Kura.
Ils s'étaient entendus la veille de faire levier sur la fille pour se rapprocher du père, Inoichi Yamanaka. Etre un ami proche de la gamine aurait été un moyen certain d'arriver jusqu'à lui. Ne pas être signifiait moins de temps passer avec elle et donc allait retarder leur objectif de pouvoir le confronter.
Shikamaru, comme on pouvait s'attendre de lui, choisit son meilleur ami, Chôji, le garçon enveloppé qui passait son temps à manger. Celui-ci se rangea derrière son ami et ne paraissait pas surpris de se retrouver là. Le ruban bleu autour de sa tête contrastait étrangement bien avec les tatouages spiralés sur ses joues.
Comme Shikamaru était le dernier, il pouvait choisir encore une fois. Il porta son dévolu sur Kiba. Le garçon descendit les marches, la mine renfrognée, médisant que cela aurait dû être lui le chef d'équipe. Shikamaru se gratta la tête, embarrassé, en s'excusant, mais souligna que ce n'était pas lui qui avait choisi ce rôle.
Ce fut encore au tour de Sakura, qui avec l'aide d'Ino, désigna Hinata, probablement par solidarité féminine ou quelque chose dans ces eaux-là. Les deux filles accueillirent la timide aux yeux pâles à bras ouverts, qui se recroquevilla à leur contact chaleureux. Sakura lui ébouriffa les cheveux, lui soufflant qu'elle dût plus avoir confiance en elle.
Vint au tour de Sasuke, qui encore une fois, passa son regard sur l'ensemble de l'assemblée. À chaque fois que les yeux du Uchiwa s'attardait sur quelqu'un, celui-ci parut frémir. Après trente second, le chef de l'équipe rouge ne s'était toujours pas décidé.
Propose-lui Shino Aburame. Ce petit semble suffisamment réservé pour nous obéir et constitue une porte d'entrée pour nous de nous rapprocher d'un des clans de Konoha, souffla Kura.
Naruto posa sa main sur l'épaule de son voisin. Celui-ci se retourna vers lui surpris.
— Eh Sasuke, pourquoi on ne prendrait pas Shino ?
Sasuke tourna ses yeux de gauche à droite embarrassé.
— J'y ai pensé mais ses notes sont un peu faibles. Je doute qu'il soit vraiment un bon élément.
— Sasuke... Tu sais comme moi que les notes ne signifient pas tout. Tu m'as choisi malgré le fait que je sois l'un des derniers de la classe. Pourquoi pas lui ?
La réponse était évidente pour Sasuke, mais elle ne l'était pas autant pour Naruto.
— Comme tu veux, soupira le Uchiwa. Tu as peut-être raison après tout.
Juste après, Sasuke appela Shino à rejoindre la file. Le garçon aux lunettes teintées et à la blouse épaisse ne dit rien lorsqu'il les rejoignit et se contenta d'ajuster sa paire de verres. Voyant Sasuke hésiter pour son prochain choix, Naruto demanda de l'aide :
Une autre idée, Kura ?
Les autres ne sont que des enfants de civils ou de ninjas sans importance, ils ne m'intéressent pas. Je vous laisse vous occuper du reste.
Et sur l'heure suivante, les chefs d'équipe continuèrent leur démarche. Au final, chaque peloton fut composé d'une douzaine d'élèves. Sasuke tenta de prendre les élèves avec les meilleurs notes, Sakura tenta de prendre le plus de filles et Shikamaru choisit un peu au hasard.
Une fois fait, Ibiki nota les équipes sur une liste et donna à chaque chef d'équipe un rouleau de parchemin, sur lequelle était notée la localisation de leur base secrète pour la manche de demain. Sasuke eut le droit au sous-sol du bâtiment B, Sakura à une salle de classe dans le bâtiment A et Shikamaru dans les cuisines de l'académie.
Le cours étant fini, Ibiki rangea sa liste dans sa veste et disparut dans un nuage de feuilles mortes avec ses collègues aux masques d'animaux.
Les élèves partirent en pause et participèrent au reste des cours de la journée.
Le soir, vers dix-sept heures Naruto souhaita aurevoir à tout le monde en partant devant cette fois-ci, étant donné qu'il n'avait plus à attendre Tigre pour venir le récupérer. Cacatoès le rejoignit en cours de route et le fit passer par un ensemble de ruelles désertes, en lui révélant qu'ils étaient suivis. Naruto haussa des épaules et l'accompagna dans ce dédale de béton et d'acier. Il nota qu'elle regardait à droite à gauche en passant au détour de chaque virage. Parfois, elle demandait à Naruto de rester sur place tandis qu'elle disparaissait, pour redevenir visible trente secondes plus tard en lui annonçant que la voie était libre. Il se doutait aisément que c'était pour distancer ceux qui cherchaient à connaître sa nouvelle résidence. Ainsi, ils mirent deux fois plus qu'il leur fallait pour atteindre la résidence de Mori, soit deux heures en tout. Ils arrivèrent en même temps que le Yamanaka, qui leur refila un double des clés d'un lancer de main.
Une fois rentrés, ils s'alternèrent pour prendre la douche. Cacatoès épousseta avec un balais le parquet pendant que Mori prenait sa douche et lorsque ce fut au tour de la femme aux cheveux blancs, Mori prépara la cuisine. Naruto demanda de l'aide sur certains exercices qu'il devait rendre pour la semaine suivante et Mori d'un air distrait lui maugréa des éléments de réponse. Lorsqu'il rangea ses cahiers, le petit garçon contempla le Yamanaka avec plus d'attention. Il ne semblait pas avoir tant changer que cela, considéra-t-il, mise à part qu'il était plus conciliant avec lui. Il soupira soulagé qu'il n'y eût au final pas de complication à l'opération de Kura sur cet homme, calmant ainsi ses craintes.
Cacatoès sortit de la salle de bain en séchant ses cheveux et en portant sur elle qu'un simple peignoir et annonça avec un sourire qu'il pouvait enfin prendre sa douche. Naruto réunit ses affaires et alla dans la salle de bain. Celle-ci paraissait bien plus propre que la veille et respirait une étrange senteur dont il pouvait mettre le nom dessus, bien qu'il se doutât que cela appartenait à une espèce de fleurs. Cacatoès avait laissé le bassin rempli d'eau chaude. Naruto se demandait comment les adultes faisaient pour se détendre à l'intérieur, puisque lui-même s'y casait à peine. Naruto plongea la tête dans l'onde, avant d'émerger et secouer sa tête partout. Parfois, il considérait que rien n'était mieux qu'un bain chaud pour se remettre d'aplomb, cette journée l'ayant épuisé.
Il avait dû rattraper de nombreux cours et assimiler en très peu de temps de nombreuses notions qui avait été vue la veille. Le programme de l'Académie étant dense, chaque jour manqué était très difficile à rattraper. Après tout, il estimait cela normal, puisque l'Académie devait les rendre opérationnels sur le champ de bataille en moins de trois ans. En repensant à ses cours, il se mit aussi à repenser à son père. Il se demandait s'il lui manquait quelque part, mais hocha la tête, considérant cette idée même incongrue. Il se rappela alors de l'exercice que Tigre lui avait donné à faire pour apprendre le Genjutsu et il ne lui restait déjà plus que quatre jours pour le réaliser.
Comme je te l'ai dit, je peux te montrer comment faire, mais il faudra t'assurer qu'il n'y ait personne d'autre dans les environs, murmura la voix de Kura qui résonna entre ses oreilles.
Tu ne peux pas le faire ici ? Nous sommes seuls actuellement dans la salle de bain, rétorqua Naruto en s'amusant à faire un pistolet à eau avec ses mains.
Hmm... c'est possible, mais dangereux. Mais tu as raison, cet endroit est peut-être le plus sûr au final, puisque nous savons que cette femme invisible est dans la salle à côté et les cloisons du bâtiment devraient prémunir des yeux de tes éventuels autres observateurs.
Naruto ressentit soudainement cet effet de bulle caractéristique lorsque Kura prenait le contrôle. Il vit sa main se lever contre son grès au-dessus de l'eau et son index se dégageait du reste de ces doigts.
Je te demanderai de prêter attention à l'afflux d'énergie dans ton bras, l'invita-t-elle.
Il tenta de le faire, puis soudainement, son champ de vision parut s'affiner, se fragmenter, comme si tous les éléments du décor furent réduits à un ensemble de minuscules petites billes, maintenues les unes avec les autres par des liaisons mouvantes. De son bras, il vit une sorte de ligne directrice bleutée, reliée par des nœuds engorgés d'une sorte d'aura fluorescente. Son corps lui-même paraissait être une matrice de chiffres et de symboles étranges. Tout autour de lui, des nombres similaires semblaient flotter dans le vide, éparpillés ici et là. Son canard en plastique avait l'apparence d'une mini-galaxie de particules. Il tenta de contracter son biceps et vit les étranges sigles vermillons converger vers le muscle en question.
Tu me gènes, rouspéta Kura, paraissant agacée.
Désolé. J'étais simplement curieux.
À quel propos ? Je n'ai encore rien fait d'autre qu'inonder ton corps de mon énergie.
Tu... Je veux dire, ce n'est pas à toi responsable de cette étrange vision ?
Vision ? De quoi veux-tu parler Naruto ? requit Kura, désormais intriguée.
Tous ces nombres et signes bizarres qui me parcourent le corps. Il y en a même qui flottent dans l'air, avoua Naruto.
Soudainement, l'effet de bulle s'estompa et sa vision redevint comme habituelle. Kura demeura silencieuse durant trente secondes, si bien que Naruto s'inquiéta.
Kura ? demanda Naruto mal à l'aise.
Je suis en train de réfléchir, persifla la voix de Kura qui paraissait étrangement troublée.
Naruto attendit, un peu embarrassé qu'elle se fermait à lui ainsi. Une quinzaine de seconde plus tard, Kura ajouta sur un ton las :
Il semblerait que nos liens sont devenus si forts que quelques parties de nos esprits ont déjà commencé à fusionner.
Il eut du mal à formuler une idée cohérente face à cette révélation.
Je suis aussi surprise que toi Naruto. Je ne me doutais pas que nous irions si loin dans ce processus. Je dois t'avouer que cela m'ennuie un peu que tu aies eu accès à cette vision particulière. Cela doit faire une chose de plus que je dois surveiller et je ne peux pas dire que cela m'enchante réellement. Bien que j'apprécie que nous soyons très proches, je ne veux pas que nous soyons si proches, au point de commencer à perdre notre individualité respective. Et pour répondre à la question que tu es sur le point de poser, ce que tu as vu est la manière dont je visualise le monde.
C'était... particulier, témoigna-t-il confus, ne savant pas trop comment réagir.
Je ne me doute pas que ceci est troublant pour un être humain. Mais je préférais éviter pour l'instant que tu t'y absorbes trop. Je ne sais pas combien de temps pourrait tenir ton système nerveux sans présenter des séquelles.
Sa gorge se noua.
Que veux-tu dire par là ?
Ce que je veux dire Naruto, c'est que c'est vraiment terrible si cela venait à se vérifier. Comme je te l'ai déjà révélé, mon espèce a un système nerveux bien différent de celui des mammifères et les humains font partis de ce règne animal. Moi et mes semblables ne sommes pas des animaux. Nous sommes des êtres constitués de chakra. Le monde que nous visualisons s'intègre en équations, en formules et en énergie pure. Nous avons une compréhension moléculaire de notre existence et avons accès à des dimensions que l'être humain ne peut parvenir par ses sens seuls. Et j'ai bien peur que si tu restais exposé à mon pouvoir sur une trop longue période, tout ton système cérébral pourrait s'effondrer sur lui-même et ce n'est pas un risque que je veux prendre.
Naruto ferma les yeux. Étrangement, il ne ressentait pas de la peur face à cette révélation soudaine. Ou peut-être était-ce que le sentiment de la peur lui-même était neutralisé par autre chose. Soudainement, il se mit à analyser la situation avec un regard extérieur, comme si son enveloppe corporelle ne lui appartenait pas. Il savait que cela avait un rapport avec les liens forts qu'il entretenait avec Kura. Il l'avait déjà expérimenté, cette manière de réfléchir, aussi froide que du nitrogène liquide et implacable que du bêton armé. Naruto déduit que sa mère et ses prédécesseurs ayant hébergé le Renard à neuf queues n'avaient probablement jamais vécu ce phénomène, fait qu'il corréla avec la précédente réaction de Kura. Surprise et lasse à la fois, tel un enfant qui aurait cassé un jouet et ayant tenté de le réparer mais ayant fini par échouer.
Qu'as-tu donc fait Kura ? requit Naruto sans état d'âme.
Il y eut une courte pause.
Je crois que j'ai fait une erreur en tentant de manipuler quelques particularités de ton sceau, avoua-t-elle enfin. Je suppose qu'il n'y a plus lieu de te le cacher maintenant.
Le visage de Naruto se fronça.
Pourquoi as-tu essayé de faire ça ? N'as-tu pas toi-même dit que tu pouvais sortir quand tu voulais ? Qu'est-ce qui pourrait t'intéresser d'autres que cette sécurité.
Quelque part, il sentit qu'il la blessa profondément en disant ceci. Toutefois, elle répondit sur le même ton que lui, impassible et froid.
Ce n'est pas ça Naruto, certaines fonctions du sceau freinaient notre union. Avec les quelques rudiments de Fuinjutsu que j'ai appris, j'ai tenté de manœuvrer du mieux que j'ai pu, mais il semblerait que je sois allée un peu trop loin dans le processus.
Pourquoi prendre un tel risque Kura ? N'as-tu pas toi-même dit que tu ne voudrais risquer nos deux vies en expérimentant sur cet art ? Pourquoi toucher quelque chose de si fondamentale à notre alliance ?
Tu le sais comme moi que je prends parfois des risques, mais s'il-te-plait, crois-moi, je l'ai fait parce que c'était nécessaire. Je ne ferai jamais rien qui soit contre notre propre intérêt.
Bizarrement, la voix de Kura ne paraissait plus tout aussi insensible sur la fin. Du moins, la pensée de Naruto ne démordait pas.
Dorénavant, je veux que tu me préviennes et que tu attendes mon accord avant de nous engager sur une telle voie.
Kura attendit un moment, avant de répliquer abattue.
Comme tu veux Naruto...
Et dans sa voix, il y eut comme un soupçon d'amertume.
X
La seule liberté que nous n'ayons jamais reçue fut celle de choisir notre propre prison
