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Chapitre 1 : Brebis Égarée


X


Naruto arpenta la rue principale du village. Sur la route, il aperçut les tenanciers disposer leurs marchandises au devant de leurs échoppes, ainsi que les premières caravanes avancer sur la terre meuble, traînées par des buffles et autres bovins du même genre. C'était une vision familière pour Naruto, qui ne le choqua pas plus que ça. Il tourna sa tête à droite à gauche pour voir si Cacatoès le suivait, mais celle-ci devait être bien évidement invisible. Le garçon sourit aux passants, qui en croisant son regard, dérivèrent le leur du sien. L'aspirant ninja fut décontenancé par cette réaction mais reprit vite le contrôle en hochant la tête.

Tandis qu'il passa un peu trop près d'un magasin d'armes, il croisa du coin de l'œil le visage mauvais du vendeur. Naruto le dévisagea du visage, perplexe mais hocha la tête encore une fois. Il s'empressa alors d'afficher un grand sourire en s'avançant vers le magasinier d'un pas posé.

— Bonjour. Comment vont les affaires ? s'enquit Naruto en présentant sa main.

Le regard de son vis-à-vis passa de mauvais à suspicieux.

— Encore une autre de tes farces, gamin ?

Naruto le fixa sans comprendre.

— Oui, oui c'est ça ! Je te connais, toi et tes tours ! Allez houste, tu vas faire fuir mes clients.

Sur ces mots, l'homme à l'allure de bûcheron poussa Naruto sur le côté et il se mit à porter sur ses épaules des cagots entiers d'armements pour les déposer à l'intérieur de sa boutique. Le blondinet observa les environs pour évaluer les réactions des passants et il les vit murmuraient entre eux, tout en esquivant son regard. Naruto poussa un profond soupir avant de considérer qu'il était probablement plus sage de s'éclipser pour l'heure actuelle.

Il se dirigea vers l'Académie, tentant tant bien que mal de ne penser à e49acc98d62d830b1f4b6cfc0109596d.


Comme il s'y attendait, les étudiants de l'Académie agirent conformément au script. Tout semblait aller comme s'il était retourner deux semaines dans le passé... Avant que son identité soit révélé. Les rares élèves qu'ils croisaient se moquaient de lui, le traitant dernier de la classe. Ceci ne fit que contribuer à son exaspération et il prit sur lui pour ne pas s'énerver et rétorquer qu'il avait bien compris leur petit numéro.

Naruto se rendit naturellement à la salle des professeurs, ne sachant pas quel jour il était, bien qu'il se doutait qu'il était visiblement Lundi, ce qui le confortait à penser qu'il avait dormi au moins deux jours. En se rappelant des Jeux de Guerre, Naruto réalisa que ceci pouvait expliquer le comportement des élèves. Quelqu'un qui lâchait son équipe dès le premier jour n'était pas de son point vue une personne de réellement recommandable. Mais ceci ne collait pas au comportement des passants... à moins que tout le monde se soit donné le mot pour participer à cette mascarade.

Au détour d'un couloir, Naruto croisa Shikamaru et Choji, le Nara ayant les mains derrière sa tête et Choji dans son paquet de chips. Il leur fit coucou de la main.

— Hey, Les amis ! Qui a gagné la manche avant hier ?

Les deux le passèrent sans dire bonjour.

— Tu sais ce qu'il voulait ? demanda Choji à son voisin qui haussa les épaules.

— Laisse, c'est forcément encore un troll de sa part.

Dire que Naruto resta bouche bée devant leur réaction était un euphémisme. Il réprima une insulte et continua sa route, persuadé qu'il aurait le fin mot de cette histoire. Il traversa le dédale de couloirs et d'embranchements avant de terminer enfin dans la salle des professeurs. D'un pas décidé, il ouvrit la porte et—

— Ola, ola, qui voilà donc ? Que fait notre trouble-fête favoris devant notre salle de réunion ? commenta sardoniquement une voix qu'il reconnaissait.

Juste à l'emplacement de la porte désormais ouverte, se tenait une personne à nez avec le garçon. Naruto leva lentement la tête. La veste de Chuunin, brodé avec certains insignes réservés aux enseignants de l'Académie, suivi long cou de l'individu, sur lequel descendaient quelques éparses cheveux blancs et pour finir, au sourire hautain que Naruto pouvait identifier entre mille.

Le regard du garçon se troubla davantage alors qu'il baissa les yeux vers ses pieds. Non, il était impossible que cet enseignant exerce encore, ou du moins, se retrouve à cet endroit précis à cette heure de la journée. Il sentit sa tête se faire supposer par deux doigts pour le forcer à fixer droit dans les yeux cet homme lui ayant fait subir tant de supplices par le passé.

— Hmm... Tu devrais au moins laver ton visage avant de venir à l'école, petit. Maintenant va rejoindre tes camarades à la salle 6-D. Je n'ai pas que ça à faire de m'occuper de toi. J'arriverai d'ici dix minutes.

Naruto reçut alors une pichenette qui le fit capahuter au sol. Il se tint le front endolori tandis qu'il visualisa le professeur lui accorder un sourire avant de refermer la porte. Naruto resta au sol, retenant avec difficulté ses larmes de couler.

e49acc98d62d830b1f4b6cfc0109596d, s'il te plait... réponds-moi, supplia-t-il.

Seul un mal de crâne lui fut répliqué.


Naruto se sentait totalement déconnecté de son monde. Du haut de l'amphithéâtre, il contemplait d'un air las Mizuki donner son cours théorique sur les différentes utilisations du Tanto. Tout paraissait avoir été effacé : de l'expulsion de cet enseignant à l'amitié qu'il accordait aux étudiants. Mais ce qui lui manquait le plus cruellement, fut l'absence de sa voix intérieure. Naruto décida qu'il valait mieux utiliser cette dénomination pour y faire référence. Il se sentait désœuvré mais pire, solitaire. Il ressentait désormais la sensation d'être un affamé ayant été sevré de toutes substances nutritionnelles. Tout ce qu'il avait accompli, tout ce qu'il avait parcouru semblait s'être envolé, tel un grain de sable dans le désert, disparu dans ce labyrinthe que constituait ce monde actuel. Il laissa alors son esprit vagabonder, se distrayant comme il pouvait de cette réalité.

Naruto n'avait pas l'habitude de lire de livres, mais il était parfois allé à certaines représentations, où des acteurs y racontaient des histoires en portant des masques en porcelaine. Bien que ce genre de spectacles était assez rare à Konoha, puisque destinés aux civils, il était souvent arrivé au jeune garçon de s'immiscer dans les gradins pour pouvoir les suivre. Ces pièces de théâtre s'adaptant à leur public, les scènes représentées à Konoha partaient bien souvent plus loin dans leurs idées illustrées. Elles évoquaient de temps à autre la question du voyage temporelle ou le récit d'une caverne où les captifs étaient effrayés par un simple effet de jeu et de lumière, mettant en relief certaines facettes de l'esprit humain à se faire piéger par ses propres biais d'observation.

Bien entendu, à l'époque, Naruto n'avait eu ni la sagesse, ni le recul pour prendre en considération de tels sujets de réflexion et il avait été bien plus attiré par l'accoutrement ridicule des représentants ou les dispositifs qu'ils mettaient en place pour leur mise en scène. Plus rarement encore, les spectacles utilisaient parfois un effet supposé effrayant pour induire en sentiment comique ou une situation étant initialement hilarante pour introduire une sensation d'effroi :

Un mort-vivant sortant de sa tombe pour aller manger des ramens au bistrot du coin apportait au final une atmosphère assez relaxante, du fait de la légèreté globale de l'oeuvre, comme l'attirail du zombie qui paraissait horrible au premier abord et qui était tourné en dérision par ses actions vers le milieu du récit. Les histoires d'horreurs racontées par les acteurs mettaient souvent en avant des personnages principaux en proie à une terreur constante, où chaque recoin de la scène pouvait être sujette à faire peur. Le décor jouait alors une place prépondérante dans ce certain type de récits.

D'une autre façon, certaines histoires ayant pour thème principal l'aventure se retrouvaient bien plus déstabilisantes que ces spectacles mettant en premier plan des ressorts effrayants, de simples cris, ou autres simagrées, tirant ainsi parti de l'esprit humain à être assujetti au danger direct et imminent. Parfois, l'effet d'une blague un peu déplacée prenant un tout autre sens dans un contexte particulier pouvait distiller un sentiment bien plus déstabilisant que le hurlement d'un monstre invisible, tapis dans l'obscurité. Et si l'oeuvre pouvait se montrer suffisamment convaincante au point que le spectateur parvienne à s'imaginer des choses, sans pour autant que l'histoire soit destinée à faire peur, l'observateur de la scène pouvait avoir le pressentiment que quelque chose d'affreusement plus grave se tramait en arrière-plan.

Naruto avait l'impression de se retrouver dans cette exacte situation où le monde entier paraissait avoir été modifié et où tout le monde semblait jouer un rôle, comme un jeu de pantins, pantins étant incarnés par les étudiants, les professeurs et les passants autour de lui, dans une harmonie qui ne présentait aucune faille dans la représentation.

Lorsqu'il avait essayé d'interpeller Sakura, celle-ci l'avait renvoyé paître en lui témoignant d'un air moralisateur qu'elle n'avait rien à faire avec les vauriens en son genre. Sasuke, qui ses derniers jours, avait démontré de grands efforts pour se rapprocher de lui, efforts auquel il s'était montré réceptif, broyait désormais du noir, sur son propre bureau, sous l'admiration des jouvencelles qui se pâmaient d'extase devant le ténébreux. Sasuke avait dégagé une telle aura de négativité que Naruto eut du mal à l'approcher. Shikamaru, Choji, Ino et Kiba avaient séché les cours et Hinata ainsi que Shino étaient restés en isolés sur les coins de salle de classe.

Il se sentait véritablement comme un corps étranger à cet univers. Durant la pause, Naruto prit la peine de présenter à un professeur qu'il considérait neutre à son égard une situation similaire à la sienne. Celui-ci lui avait avoué que si lui-même se retrouvait dans une telle situation, il penserait avant tout à un Genjutsu minutieusement préparé, bien qu'il était peu probable de subir un tel Genjutsu. Simuler autant d'éléments était souvent prône à l'erreur et si la victime s'en apercevait, celle-ci pouvait rompre le charme avec un simple mudra ou avec une douleur suffisamment poignante pour la sortir de son état de stupeur.

Naruto remercia l'enseignant pour sa lucidité. Avant qu'ils ne se quittent, Naruto demanda quel jour ils étaient et le professeur lui avoua qu'ils étaient effectivement le Lundi 21 Octobre, comme l'avait supposé Naruto initialement. Suite à ça, le garçon après avoir mangé seul le midi retourna en classe. Il passa l'après-midi à formuler plusieurs hypothèses concernant ses circonstances, qu'il classa respectivement de la plus probable à la moins probable :

(1) Il s'était retrouvé dans un monde illusoire, créé par un Genjutsu. D'une certaine manière, il lui fut aussi coupé la communication avec sa voix intérieure et c'est pour ça qu'à chaque fois qu'il essayait de la contacter, il se retrouvait l'instant d'après avec une migraine insupportable.

(2) Le monde entier s'était ligué contre lui, pour une raison ou une autre, afin de produire une telle mise en scène. Néanmoins la coordination demandée, les différents éléments qui ne faisaient pas de sens rendaient le tout impossible.

(3) Il s'était retrouvé dans un univers parallèle au sien où certains éléments se ressemblaient mais dont l'ensemble du tableau avait été changé.

Durant cette période, Naruto se mit également à formuler des plans pour pouvoir tester chacune de ces hypothèses. La première était celle donnée par le professeur, pour la seconde, il aurait juste besoin de confronter son grand-père et pour la dernière, il n'avait pas vraiment d'idées, et considéra le tout juste tiré par les cheveux.

Le garçon profita alors de la fin de journée pour subtiliser plusieurs kunais à la réserve de l'Académie ainsi que quelques rouleaux sur comment rompre un Genjutsu à la bibliothèque. À la fin de la journée, lorsqu'il eût réussi à accumuler suffisamment de ressources, il rentra chez lui sur un air détendu. Il esquiva les allées trop peuplées, ne voulant pas subir en sus l'ire et la condescendance des autres villageois.

Vers sept heures du soir, Naruto réussit enfin à se retrouver son appartement. Une fois dans le salon, il fit de la place sur la table et déballa son sac. Il écarta tout ce qui était superflu et se contenta de compter ses armes et ses rouleaux à disposition. Il se lança immédiatement dans l'étude des parchemins, qui lui décrivirent une série de processus différents pour rompre les illusions. C'est ainsi qu'il apprit que certaines d'entre elles se basaient sur la corrosion du chakra de l'hôte par insertion d'un chakra étranger. Il apprit que même d'autres pouvaient même perturber la perception du temps et de l'espace. Le problème étant que chaque type d'illusions demandait pour la contrer à la fois un mudra bien précis à réaliser, ainsi qu'une maîtrise de soi pré-requis et une articulation des nœuds de chakra à activer dans le bon ordre. En somme, tout ceci requérait une rigueur dont Naruto était pour l'instant incapable de réaliser.

Vers huit heures, il termina sa lecture approfondie. Et comme le lui avait soumis le professeur, il était aussi question dans les rouleaux de provoquer une douleur suffisamment importante à son organisme pour réduire à néant le Genjutsu en question. Considérant le temps nécessaire à l'apprentissage d'une nouvelle technique, Naruto se doutait qu'il devrait en venir à une telle situation et c'est pourquoi il avait choisi sciemment de voler quelque chose de suffisamment tranchant et élongé à l'Acadamie. En effet, plus tôt il sortirait de ce monde illusoire, mieux ce serait pour lui. Même si l'équipement scolaire était la plupart du temps émoussé pour éviter que les étudiants ne se fassent mal en le manipulant, Naruto avait considéré que c'était sa meilleure solution qu'il disposait dans l'immédiat.

Naruto rangea alors ses parchemins dans le meuble à côté de son chevet et prit le soin de sélectionner parmi les kunais celui qui paraissait le moins émoussé. Il éprouva le tranchant sur le coin de la table de manière méthodique, appliquant systématiquement la même force et regardant celui qui se creusait l'entaille la profonde dans le bois. Avec un sourire satisfait, il prit dans sa main l'heureux élu. Naruto passa le kunai à l'eau avant d'en venir au menu principale. Il ferma le robinet et déploya son avant bras au dessus de l'évier. Il porta son kunai en l'air en fixant son poignet d'un air résolu.

Naruto avait toujours été une personne de relativement bornée, mais même lui trouva difficile cet exercice, qu'il devait avant tout considérer comme un exercice. En effet, l'automutilation demandait à la fois une abnégation de soi ainsi qu'une force d'esprit que peu avaient. Ou du moins, une force d'esprit de pouvoir se faire mal en visant un objectif bien précis sans pourtant porter une haine de soi importante. Ce n'était pas quelque chose à laquelle Naruto s'était entraîné, mais il puisa dans toute la rancœur, dans tous les sentiments négatifs qu'il avait accumulés avant sa rencontre avec e49acc98d62d830b1f4b6cfc0109596d pour s'affranchir de ces scrupules inutiles.

Alors, il plongea.

Tchac. Tchac. Tchac. Tchac. Tchac.

C'est avec une expression morbide qu'il contempla son poignet réduit en charpie. Il se mordit les lèvres en s'en faire couler du sang pour réprimer l'envie de hurler. Sa tête se mit à tourner, mais il prit résolution dans sa douleur de poursuivre. Cela n'était pas assez.

Tchac. Tchac. Tchac. Tchac. Tchac.

Naruto ne put s'empêcher de retenir un cri. Il se pencha, recroquevillé contre son évier, se tenant le poignet à vif, montrant de multiples coupures, qui commençaient à asperger de sang l'évier. L'univers entier parut tourner autour de lui et Naruto sortit un sourire victorieux d'avoir vaincu l'illusion. Enfin, la vérité allait être révélé et il pourrait retrouver e49acc98d62d830b1f4b6cfc0109596d ainsi que tous ses amis. Ses jambes ployèrent sous lui et il se ramassa la tête contre une surface solide avant de plonger dans le néant.


Bien plus tard, après un temps indéterminé, Naruto reprit connaissance. La lumière à néon du plafond lui explosa la rétine et il dut se retourner contre le sol pour ne plus subir cette lumière abjecte. Après un long moment d'acclimatation à la lumière ambiante, Naruto put enfin observer son poignet. Celui-ci bien que recouvert de sang avait complètement cicatrisé. Bien évidement, il était bête d'avoir oublié qu'il était avant tout le Jinchuuriki du Renard. Néanmoins, cela le conforta dans l'idée qu'il avait toujours la voix intérieure en lui et porta à son regard l'échec cuisant qu'il avait essuyé à vouloir sortir de ce monde. Naruto se demanda combien de temps il avait dormi. Il regarda l'horloge du salon et y lut trois heures du matin.

Ayant faim et se sentant sale, il considéra remettre à plus tard ses plans d'échappatoire. Il décida de prendre sa douche. Il passa par la cuisine, ouvrit le frigo et constata l'absence complète de vivres, à l'exception d'une brique de lait qui sentait bien trop fort pour ne pas avoir déjà tourné. Après s'être douché, Naruto dressa une liste d'objectifs à accomplir durant la journée, le premier d'entre eux étant de faire les courses. Il fouilla dans son appartement à la recherche de son porte-monnaie et réalisa avec aigreur qu'il était vide. Rendre visite à son grand-père remonta alors tout en haut de la liste.

Vers trois heures et demi, Naruto sortit de chez lui pour se rendre à la Tour. Ce n'était pas vraiment une heure à laquelle les gens étaient supposés être levés mais le garçon estima que c'était le seul moment où son grand-père pourrait se libérer dans son emploi du temps, soit en dehors de son emploi du temps. Naruto réalisa qu'il parcourait exactement le même chemin que la veille, à l'exception prêt qu'il faisait nuit sombre et que les ruelles étaient vides. Habillé seulement d'un T-shirt, il commença à ressentir le froid mordant du milieu d'automne. Il se maudit de ne pas avoir pensé à prendre un pull, mais il se sentait trop éreinté, du fait de ne pas avoir mangé et dormi trop peu pour pouvoir rebrousser chemin et considéra qu'une fois rentré chez lui, il ne voudrait plus partir de chez lui pour la journée.

Ses pieds se cabossèrent à répétition contre le sol irrégulier et dans l'obscurité, Naruto faillit trébucher plusieurs fois. La demi-lune berçait le village que d'une faible lueur tamisée, insuffisante pour éclairer les interstices que constituaient les ruelles étroites. Le quartier lui-même semblait avoir changé également et le garçon finit par se perdre plusieurs fois avant de retrouver son chemin. Prenant son mal en patience, il parvint finalement à la place centrale du village, soit la Tour du Kage. À l'entrée, deux gardes faisaient des rondes. Naruto préféra jouer la carte de la confrontation directe, n'ayant vraiment pas l'énergie de jouer à plus malin que des vétérans de l'armée.

Le garçon s'avança en ligne droite devant les gardes, qui tournèrent instantanément le regard vers lui lorsqu'il s'approcha d'eux à moins de cinquante mètres. Naruto ne put vraiment lire leur expression sur leur visage et même s'il était assez proche, ils se doutaient que c'était le genre de gardiens à porter des masques. Il s'approcha sans rompre un seul instant sa démarche, jusqu'à pouvoir distinguer effectivement le visage camouflé des ninjas levèrent une main pour lui faire signe de s'arrêter. Trop fatigué pour argumenter, Naruto leur informa qu'il désirait une réunion avec le Haut Seigneur de la Feuille. Les deux gardes se regardèrent un instant avant de hausser les épaules et d'ouvrir la porte derrière en invitant sans mot dire Naruto à rentrer.

Le garçon acquiesça avant de s'engouffrer dans le donjon. Il n'était pas vraiment familier avec l'endroit mais il reconnut assez vite que le vestibule avait l'allure d'une salle d'attente, avec des fauteuils installés sur le côté et une personne assignée au guichet, que Naruto supposa être une secrétaire. Le blondinet marcha jusqu'à l'officine d'un pas lent. Le couloir était relativement élongé et il fallut une trentaine de secondes pour qu'il parvienne à destination. L'employée qui faisait la garde de nuit se révéla être une grosse femme au visage protubérant de boutons qui paraissaient sur le point d'éclater. Naruto retint un haut le cœur en la fixant et se demanda distraitement si cela n'avait pas été un critère de sélection pour l'avoir recruté.

— Oui ? requit la clerc sur un ton aussi accueillant que ne l'était son faciès.

— Je désire une entrevue avec le Sandaime.

La femme jeta un coup d'œil à ce qui apparaissait être un calepin avant de lui retourner un regard qui aurait fait pâlir un poisson mort dans un marais en décomposition.

— Aucune réunion n'a été prévue pour cette tranche d'horaire. Revenez plus tard.

Naruto s'épongea la main contre son visage pour essuyer sa frustration.

— Dites-lui que c'est Naruto Namikaze qui cherche à le voir !

Le garçon l'entendit alors chiffonner quelque chose derrière le bureau.

— Votre demande est prise, veillez vous asseoir jusqu'à que je vous appelle.

Naruto vit la seconde d'après une ombre sortir du bureau pour se précipiter vers les escaliers menant aux étages du dessus. Il jeta un regard entendu à la matrone qui retourna à sa précédente occupation, que Naruto pouvait identifier comme de la lecture. Naruto s'assit alors sur l'une des chaises ballantes de l'accueil et ferma les yeux.

— Hey ! Gamin ! Réveille-toi ? appela soudainement une voix féminine juste à côté.

— Euh quoi ? demanda-t-il en ouvrant les yeux pour voir un masque de chat le toiser.

— Le Hokage est arrivé depuis vingt minutes, cela fait déjà une heure qu'on t'a appelé mais tu n'es toujours pas monté.

Naruto se gratta la tête. Il se craqua la nuque deux fois avant de se lever dans un bâillement. L'agente le prit par la main et le guider à travers le dédale de marches. Maintenant qu'il était accompagné par une ANBU, Naruto n'aurait plus à se soucier de devoir se repérer dans ce dédale. Après cinq minutes, ils arrivèrent devant une porte qui ressemblaient à tant d'autres qu'ils avaient passé sur le chemin.

— Entre, le Hokage t'attend, lui pressa la voix doucereuse.

Naruto la remercia avec un sourire avant de rentrer dans la pièce. Naruto reconnut le bureau de son grand-père. Les tableaux dépeignant les précédents Kage ainsi que le Quatrième étaient parfaitement alignées sur le mur de droite. Des huit coins de la salle, Naruto pouvait distinguer des ombres se mouvoir. Le dossier tournant du bureau était retourné contre la fenêtre, qui portait sur le village de Konoha, baignée par la lumière du soleil levant. Le siège se retourna brusquement et Naruto retint un hoquet de surprise.

— Je crois que l'on a pas mal de choses à se dire, petit.


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Une oeuvre peut se montrer suffisamment convaincante au point que le spectateur parvienne à s'imaginer des choses, sans pour autant que l'histoire soit destinée à faire peur...