Tigre, partie 2
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Papa !
La voix était lointaine, dissolue... De même que ce rêve...
Naruto ! Attends ! Tu n'as pas afin ton repas !
Papa ! J'ai réussi tous mes exercices aujourd'hui, et—
Partant d'un vide, à la fois infini dans son étendu mais aussi éphémère dans sa durée, sa conscience réémergea de l'abysse. Ses yeux s'ouvrirent lentement, accueillis par une immense migraine qui rendit chaque seconde aussi laborieuse qu'insoutenable. Une expression d'incertitude et de confusion se peignit sur son visage tandis qu'il s'imprégna de chaque détail de son environnement proche. Il cligna des yeux à plusieurs reprises, tentant de percer la brume lumineuse dans laquelle il était baigné. Il s'abreuvait de ces sensations incommensurablement intenses. Sa pomme d'Adam tressauta et un léger gout de sang mêlé à de la salive emplit ses papilles. Ses muscles se ravivèrent peu à peu et il ressentit enfin la texture du matelas sur lequel il était entreposé.
Sur le côté, une sorte d'oscilloscope était disposé. Des pulsations translucides se dessinaient sur le cadran vert. Des tubes incolores provenant de cette même machine machine convergeaient vers diverses endroits de sa personne. Il tenta un bref mouvement mais une douleur colossale le paralysa sur place.
« Aaah... ah. Aaah... », furent les premiers sons intelligibles qu'il put retranscrire. Un brouhaha insoluble le submergea alors. Son esprit était aussi trouble que le reste de ses sens et il ne put formuler la moindre pensée sans qu'elle ne se termine dans un galimatias incompréhensible. Il ferma les yeux, essayant de se focaliser exclusivement sur son ouïe mais aussitôt, une pluie d'étreintes s'apparentant à des mygales lui grimpant tout le long de son corps lui répondit.
« Appelez... Hokage... », entendit-il brièvement. Une alarme lui vrilla les intérieurs et il se sentit soudainement pénétré par une immense angoisse. Mais même cette peur ne pouvait éclipser l'horreur qu'était devenue la torture de ses sens.
« Si... comprenez... clignez... fois... », réussit-il à percevoir brièvement. Il concentra toute son attention pour répliquer en ouvrant puis en fermant ces paupières mais son esprit se dissolut avant même qu'il ne puisse s'exécuter...
Des milliers d'itérations étaient parfois nécessaires pour parvenir à un résultat satisfaisant...
— Comment te sens-tu Tonima ? demanda une voix très familière.
Il cligna des yeux en réponse, avant de prendre enfin une position assise, faisant face à l'image du vieil homme.
— Comme d'habitude, répondit-il vaguement.
Malgré les années passées, les souvenirs de ce réveil restaient encrés dans sa mémoire, de la même manière que l'étaient les semaines qui avaient suivi.
Le visage ridé afficha une mine circonspecte. Le silence pouvait sonner par moments plus désapprobateur que le reproche. Mais en cela, Tigre ne pouvait lui en vouloir. Son interlocuteur reprit alors dans un soupir :
— Quoi qu'il en soit, j'ai besoin de toi au plus vite. Te sens-tu apte à reprendre l'exercice ?
Une partie de lui voulait dire non. Néanmoins, une majorité de lui-même le poussa à acquiescer. Il pouvait lire un certain remord dans le regard qu'il reçut, avant que celui-ci ne revint en une expression bien plus commode. La figure se leva et l'ordonna d'un doigt levé.
— J'ai besoin d'une centaine d'agents sur le point U-87.
Il ferma les yeux.
— Je ferai comme vous l'ordonnez, maître.
Les seules fois où Tigre était destiné à sortir de son repère étaient les moments où il devait se rendre à l'hôpital. Ces épisodes étaient rares, mais suffisamment désagréables pour être dérangeants. C'étaient les seuls points qui parsemaient son quotidien d'incertitude. Les autres jours étaient l'exacte réplique des précédents. Et le vieil homme était probablement le seul avec qui il était autorisé à prendre contact à l'exception de quelques personnalités choisies avec soin.
Car s'il y avait bien une chose en laquelle Tigre était devenu suprêmement talentueux, c'était le fait de diviser son attention à divers endroits.
Par ailleurs, s'il était inopportun qu'il n'y ait qu'un seul Tigre dans le village de la Feuille, il était encore plus rare que quelqu'un en-dehors de son scope restreint se souvienne de l'avoir un jour croisé.
Pop. Pop. Pop. Pop.
Les informations convergeaient vers lui chaque seconde dans un flux continu. Il n'y avait pas d'endroits à Konoha qui pouvait lui échapper. À quelques mètres de l'original, un autre Tigre était concentré à contrôler d'autres vecteurs pour écrire les rapports. Ceux-ci étaient envoyés à une fréquence soutenue. Un par tranche de dix minutes. Cette usine d'informations était continuellement renouvelée et les interruptions étaient programmées pour optimiser le repos. Cette machinerie était particulièrement plus dense la nuit que le jour, sustentée par la volonté d'un seul individu.
Assis sur son trône, Tigre analysa avec une fascination morbide les différents écrans qui lui faisaient face. Derrière lui, des émanations sortaient continuellement du siège recourbé et se dirigeaient vers l'extérieur, traversant le labyrinthe confiné dans cette matrice parfaitement agencée.
Tigre immatriculé temporairement 491 était différent de ses semblables, dans le sens où sa seule fonction était d'observer l'efficacité des autres clones. Un circuit ne pouvait être parfait s'il n'était pas autosuffisant. Dans cette optique, Tigre 491 avait été créé pour vérifier par effet miroir si la fonction 490 n'était pas compromise.
Il était inutile de rappeler que Tigre 492 avait été initié afin de...
Alpha regarda l'homme en face de lui, ou plutôt sa représentation. Il étaient assis en vis-à-vis, autour d'une table rectangulaire où il n'était espacé que de deux mètres. Alpha enleva sa main du masque blanc avant de déclarer :
— Rien à signaler.
Le clone se dissipa aussitôt.
— Tonima, l'anniversaire de Naruto arrive dans deux semaines.
Tigre remit son masque tandis qu'il était toujours allongé sur son lit d'hôpital.
— Bien compris, déclara-t-il austère.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre 106 regarda le cadavre emmuré de son Némésis.
Le clone se dissipa aussitôt.
L'agent T, nommé aussi Tigre 58 raccompagnait le sujet N chez lui. L'agent T se sépara du sujet N.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre 45 remit Naruto à l'agent Cacatoès. Le jeune enfant déambula vers sa classe, suivi par sa gardienne.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre 17 émergea en une fluctuation murale et confronta le vieil homme après que celui-ci eut dévoilé certains points auprès du sujet N.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre 13 constata la mort du suspect.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre 8 épia le sujet Y-58 rentrer en contact avec le sujet N.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre 1 prit contact avec l'entité K.
Le clone se dissipa aussitôt.
Tigre émergea de sa stupeur avant de déployer d'autres agents sur place.
L'entité K était compromise.
Au dessus du plateau de jeu, deux êtres métaphysiques se faisaient face, contemplant la tactique qu'ils devaient entamer. Ils savaient que la moindre erreur pouvait sonner le glas pour l'un d'entre eux.
L'Avatar sourit, avant d'avancer sa reine blanche directement sur le flanc ennemi.
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Il n'y a aucun moyen que je perde cette manche.
