Endomorphisme Nilpotent, partie 3
X
Alors qu'elle détacha sa main de l'apôtre inconscient, elle prit les marches qui la menèrent à une estrade surélevée. Derrière elle, les dix queues d'ombre continuaient d'afficher une multitude d'œils aux raies concentriques, ravivant la flamme des fidèles les moins enthousiasmés. Sa robe semblait aussi vivante que le reste de son ombre, où des gueules aux dents acérées la parcouraient en long et en large. Et lorsqu'elle arriva au bout de l'estrade, elle déversa une partie de son énergie dans une pluie rougeâtre pour faire taire le brouhaha. La foule devint alors complètement silencieuse, prête à écouter ses mots, elle leva les bras en l'air au moment où elle proclama avec émotion :
« Mes enfants, comme vous l'avez si bien crié, je suis de retour parmi vous. Bien que l'apparence que j'arbore n'est peut-être pas celle à laquelle vous vous attendiez, sachez que je suis bien plus fort que je ne l'ai jamais été. La prophétie est enfin arrivée, l'heure de gloire absolue est à notre portée ! »
Les membres de l'assemblée se mirent à brandir leurs torches, leurs fourches et leurs pelles. Les mains en l'air de leur prêtresse se replièrent en poing tandis qu'elle brandit sa fougue à la foule.
« Konoha qui a œuvré pour notre destruction est perdue, saignée de l'intérieur. Votre vengeance est à portée de main ! Vous pourrez enfin parler à vos frères, sœurs, femmes, neveux et nièces en toute tranquillité au paradis, puisqu'il ne vous reste plus qu'à marcher droit devant. »
Des bruits de tambours se firent entendre dans la grotte. Elle leur accorda enfin un dernier sourire bienveillant.
« Désormais, je dois m'entretenir avec mes apôtres pour qu'ils répandent ma parole au travers du commun des mortels. Allez-y mes enfants, répandez aussi votre flamme. Nous entrons dans une nouvelle période de l'histoire ! »
L'atmosphère atteint alors son paroxysme lorsqu'enfin, les fidèles ayant la bouche close furent enfin autorisés à scander :
« Jashin ! Jashin ! Jashin ! Jashin... »
Depuis l'obscurité, un vieil homme qui ressemblait plus à un macchabée qu'à un être vivant applaudissait lentement lorsque le maître rentra enfin dans le couloir. La femme à la longue chevelure de flamme lui dégota un sourire hautain tandis qu'elle s'arrêta devant lui.
— Beau discours, lui félicita le squelette humain.
— Tss, ces cultistes boivent déjà toutes mes paroles. Je pourrais leur dire de se jeter dans la fange qu'ils le feraient avec allégresse, répliqua-t-elle avec un hoquet moqueur.
L'homme, en revanche, hocha la tête sérieusement.
— Je craignais que la perte de Tobi nous empêche d'avoir un harangueur de foule, mais le fait que tu aies pu récupérer ce corps nous permet d'avoir une figure de proue pour la guerre à venir.
Elle le toisa avec une étincelle amusée dans le regard.
— Il est vrai qu'il est dommage qu'il soit mort. Il constituait mon meilleur fou sur l'échiquier. Mais son sacrifice nous a permis grandement d'accélérer notre plan car grâce à lui, je sais à peu près tous les secrets que Konoha nous cachait encore. Et nous avons maintenant assez de chair à canon pour juste marcher sur le village et la voir se faire écraser sous notre supériorité numérique, tandis que nos véritables agents mettront le reste à sac.
Son interlocuteur était en revanche un peu moins sûr.
— Je ne sais pas si ce sera si simple. Leurs protocoles de sécurité sont bien plus avancés que nous le pensions. De tous les espions que j'ai envoyés chez eux, aucun n'est retourné ici.
Elle haussa les épaules.
— Ce ne sont que de simples pions de toute manière, souffla-t-elle avec une expression embrasée d'extase. Ils n'étaient là que pour divertir la véritable manigance que je planifiais dans leur dos. Maintenant que j'ai le pouvoir du Kyuubi entre mes mains, le pouvoir qu'ils ont tant cherché à me prémunir d'atteindre, ils ne peuvent plus faire grand chose pour m'arrêter, proclama-t-elle en faisant crépiter de l'énergie pure entre ses doigts. Et les tensions que j'ai ravivées dans les autres villages ont fait que toutes leurs tentatives diplomatiques soient vouées à l'échec.
— Mais leurs troupes semblent aussi plus vaillantes que jamais, souleva-t-il en fronçant le sourcil.
Elle explosa de rire à la mention de ces troupes.
— Elles seront trop distraites par les quelques cadeaux que je leur ai laissés. Je peux t'assurer que leur morale est proche de zéro maintenant, de même que leur confiance en leur cher leader.
— Mais il reste encore une menace...
Elle étrécit les yeux d'un air effronté.
— Pourquoi toutes ces questions, Madara ? Tu ne me fais donc pas confiance ? Toutes les promesses que je t'ai promulguées jusque là se sont effectuées. Et par menace, si tu voulais parler du Yondaime, tu te méprends lourdement. Il n'est plus que le vestige d'un homme, un simple fantôme du passé. Une personne que j'ai détruit de bout en bout, que j'ai annihilé sous ma botte et qui n'est plus là que pour satisfaire mon amusement sadique de le voir observer tout ce qui lui est cher se faire détruire par ma main. J'ai pris possession de sa femme qui constituait son dernier refuge émotionnel, j'ai réduit à néant son esprit et maintenant, je m'apprête à détruire le village qu'il aime tant. Ah, je lui ai laissé son fils j'admets, un fils connu comme l'enfant de la prophétie. Une vaste blague quand on sait que la prophétie a été créée de ma propre initiative.
Madara hocha la tête, peu convaincu.
— Certes... Mais le plan que nous avons mis en place a été grandement retardé. J'ai mis des années avant de pouvoir rerentrer en contact avec toi. Et parmi toutes ces promesses, celles que le Yondaime et sa femme périssent le jour de l'attaque n'ont pas été respectées, de même que tu réussisses à dominer le Renard dès que tu pus rentrer dans le corps du gamin. Et tu ne m'as toujours pas dit pourquoi.
Elle ferma les yeux et prit une mine inhabituellement méditative. Peut-être était-ce la première fois que Madara vit une faille dans l'armure invincible que son partenaire avait toujours affichée.
— C'était... un imprévu je l'admets. Il était un adversaire bien plus fort que je ne l'eus cru, à un tel point que je me demande s'il n'était pas l'ultime pion destiné à me vaincre durant cette manche mais... Il ne s'était même pas rendu compte que les sentiments qu'il développait pour le petit n'était qu'un moyen pour moi de le corrompre et que la facette qu'il a conçue comme échappatoire n'était qu'un outil de plus afin que je puisse prendre son contrôle. Et dire que sa dernière action a été de protéger l'enfant de la prophétie, souffla-t-elle en hochant la tête. Quel dépit... Alors qu'entre tous, c'était lui qui avait la plus grande opportunité de me détruire. Il a failli au pari que je lui ai donné et par conséquent, je l'ai absorbé dans son intégralité. Et désormais que Konoha a perdu leur reine, leur dernier espoir a été réduit à néant.
Madara acquiesça, satisfait.
— Tu aurais dû m'informer de la raison de ce contre-temps. Je n'aurais pas sacrifié autant de ressources si tu m'avais envoyé ne serait-ce qu'un signe.
Elle le regarda avec une vive colère, encore plus inhabituelle.
— Tu le sais qu'à l'intérieur du corps du gamin, mon champ d'action était extrêmement limité. Et la moindre erreur aurait pu me coûter la défaite, il est vrai. Mais j'ai réussi à vaincre ce satané Renard de malheur. S'il avait fait un tant soi peu confiance en Konoha, peut-être qu'il aurait pu me vaincre, mais sa rancune était ce qui lui a causé sa perte. Mais bon, tout ça n'est qu'une histoire révolue ! conclut-elle avant de s'arrêter durant quelques secondes. En revanche...
— En revanche ? s'enquit-il inquiet d'un nouvel imprévu.
— Il nous reste encore un ennemi que je dois faire tomber, afficha-t-elle avec un sérieux des plus mortels.
Il écarquilla les yeux surpris qu'elle puisse afficher une telle expression.
— Qui donc ? requit-il.
Elle hocha la tête avec un fin sourire.
— Tu ne comprendrais pas, même si je te l'expliquais. Si nous sommes des fourmis, il est l'être humain. Nous sommes des êtres en deux dimensions tandis qu'il est un être à N dimensions au-dessus de nous. Il est terrifiant, à chaque plan que je fais, il m'envoie un contre adapté. Je sais qu'il me réserve encore des surprises et le simple fait que je n'ai pu détruire l'âme du garçon comment je l'avais prévu en est la preuve.
Il croisa les bras sceptique.
— S'il est si redoutable... comment se fait-ce qu'il ne s'est pas déjà manifesté ?
Le sourire de la femme se transforma en rictus.
— Oooh ! Mais il s'est déjà manifesté à plusieurs reprises ! Si mes plans n'ont pas fonctionné comme nous le voulions, c'est justement à cause de lui et lui seul. Heureusement que les règles de notre duel stipule qu'il ne peut utiliser d'éléments en dehors de ceux établis sur le plateau de jeu. Il est pieds et mains liés autant que je le suis. Même s'il est une existence au-dessus de tous, il est incapable d'effacer ce monde.
Madara n'avait que cure de ces élucubrations qu'il avait toujours considéré comme les délires de ce montre en forme humaine. Elle leva les yeux vers le plafond, imprégnée d'une sorte d'expression soulagée avant de déclarer :
— Comme il est ironique que le dilemme qui nous réunie tous les deux fasse partie du maillon de la chaîne qui me permette d'exister. Mais je peux déjà t'affirmer que je serai celui qui s'élèvera au-dessus de lui... Et peut-être qu'enfin, je connaîtrai la liberté.
Il ricana à la mention de cette liberté.
— Ce fameux rêve dont tu m'as parlé... J'ai encore du mal à y croire.
Elle afficha une mine hautaine devant lui.
— Voilà pourquoi tu es limité et tu ne pourras jamais être un vrai humain.
Mais au moment où elle prononça cette phrase, un frisson lui parcourut le corps. Elle regarda alors sa main et sentit une sensation étrange en elle, comme elle n'avait jamais ressenti auparavant, même au travers de ses multiples itérations. Elle hocha la tête rapidement et proclama : « Assez parlé, il est temps de mettre en place notre plan d'attaque. »
Sur ces dernières paroles, ils franchirent leur couloir qui débouchait sur le grand conseil.
Naruto regarda autour de lui, empli de dégoût. La pièce où il avait sommeillé semblait avoir été le théâtre d'un affrontement terrible. Il manqua de peu de vomir lorsqu'il reconnut les corps démembrés et éventrés de Mori et de sa gardienne, Cacatoès. Leur visage était transmué dans une expression d'horreur et il ne voulait même pas imaginer ce qu'ils avaient pu entrevoir durant sa torpeur.
« Il faut que je prévienne le Sandaime de ce qu'il s'est passé ici, » hocha-t-il résolument de la tête.
Il leur accorda alors une prière silencieuse et embrocha un pied par-dessus l'unique fenêtre du salon. Il était au troisième étage, mais bizarrement, alors qu'avant il aurait ressenti du vertige, il avait l'impression qu'il pouvait simplement descendre comme s'il n'avait qu'à franchir une simple marche.
Même sa vision était étrange : il voyait des sigles ésotériques monter le long des parois des immeubles et le sol lui-même paraissait rempli de chiffres. Cela lui rappela la courte discussion qu'il avait eu avec Kura lorsqu'elle lui avait dit que leur esprit avait commencé leur étape de fusion. Même le ciel, éclairci par la lune rouge, paraissait parcouru d'innombrables symboles étranges. Ainsi, c'était comme ça qu'elle avait toujours visualisé le monde. Mais en pensant à elle, une certaine colère s'empara de lui, une colère qui parut se matérialiser autour de lui sous la forme d'aura rouge. Il leva la main devant son nez et visualisa que ses ongles s'étaient eux-mêmes transformés en griffes.
Il fit alors un pas...
Et voilà qu'il était descendu en bas de l'immeuble. Il leva la tête vers la fenêtre par laquelle il était passé et il eût l'impression qu'il s'était quasiment téléporté tellement que la transition du haut vers le bas avait été rapide.
« Un monstre ! Le démon ! », entendit-il crier sur la droite. Il tourna la tête et vit une vielle dame sur un trottoir le pointer du doigt. Les passants dans la rue qui étaient déjà en train de courir vers la Tour s'étaient arrêtés pour l'observer avec une crainte référentielle. Curieux une telle attention, il s'approcha d'une marre, issue d'une pluie étant probablement tombée les jours précédents et visualisa l'exacte même apparence qu'il avait arborée dans son rêve où son père et le simulacre de Kura étaient apparus.
Il sentit alors un léger choc sur son crâne et vit que les villageois s'étaient mis à le lapider. Il était vrai qu'il devait paraître monstrueux pour le citoyen moyen. Il soupira de dépit. Toute la réputation qu'il avait voulue mettre en place avec Kura s'était envolée et il n'avait actuellement aucun moyen de savoir comme il pouvait revenir à un état plus « humain ». Il regarda autour de lui et vit les corps de certains passants à terre.
Ainsi son père n'avait pas menti... Konoha avait bien essuyé une attaque. Il trouva étrange quelque part que sa subite apparition dans la rue n'avait causé l'un des ninjas de la Feuille à l'attaquer. Mais cela voulait dire quelque part qu'ils étaient occupés ailleurs... ce qui n'était pas forcément une bonne nouvelle.
« Je dois me dépêcher, » déclara-t-il résolu.
Il refit un pas... puis un deuxième.
Il regarda derrière lui et vit les passants plus loin, beaucoup plus loin, en train d'hurler de stupeur. Il entrevit brièvement sur le côté un masque s'approchant de lui au ralenti. Le masque appartenait à un membre de forces spéciales de Konoha qui s'était mis à bondir sur lui avec un long Katana. Mais il lui paraissait tellement lent... Naruto leva simplement deux doigts et arrêta la lame avec la même aisance qu'il aurait stoppé une feuille en train de tomber.
Il put entendre le souffle abasourdi de l'agent l'ayant attaqué à travers son masque, ainsi que le son d'une autre attaque survenir sur le côté. Cette fois-ci, c'était une boule feu lancée dans sa direction. Mais étrangement, en même temps, Naruto avait l'impression que la boule de feu avait une deuxième forme... celle d'un petit chien montrant les dents. Avec un chuchotement tranquille, il descendit sa main sur la tête du chien, dont les aboiements féroces devinrent de faibles gémissements. La flamme s'enroula autour de son bras et d'un renfermement sec du poing, celle-ci s'éteignit instantanément.
Naruto leva les yeux et vit la mine estomaquée du chuunin lui ayant lancé l'attaque. Il était honnêtement aussi surpris que lui, mais son propre esprit semblait euthanasié par une sorte de calme surnaturel, comme s'il analysait chaque chose comme elles étaient et non pas à travers le prisme de son ressenti. Alors qu'il vit le ninja en train de recommencer à incanter ses mudras, il posa deux doigts sur les mains de celui-ci et lui susurra à l'oreille : « Je ne suis pas ton ennemi. »
Il vit la lente transformation des traits du ninjas qui passèrent de la surprise à un effroi complet. En se retournant, il vit l'agent des forces spéciales, désormais à plus d'une vingtaine de mètre, courir vers lui le sabre à l'air. Naruto soupira et déposa une main calme sur l'épaule de l'individu masqué pour le faire s'asseoir, comme si celui-ci n'était qu'un petit garçon secouant un bâton de bois à la main qu'il aurait grondé. L'homme tomba alors les genoux à terre, grelottant comme une brindille, tandis que Naruto n'avait même pas bougé de place. Le blond le toisa avec interrogation avant de hausser les épaules.
Il retourna alors son regard vers la Tour du Hokage plus loin et décida qu'il avait assez perdu de temps. En moins de trois pas, il arriva au sommet du grand bâtiment en pierre cimenté. Là, il y avait encore plus d'agents mais Naruto les esquiva tous en se faufilant à travers eux comme lorsqu'il aurait dépassé des enfants au réfectoire à l'heure du repas. Il s'immisça à travers l'une des fenêtres et atterrit dans un couloir sombre. Il ferma alors les yeux et laissa parler son ouïe qui lui fournit la topologie entière de l'étage. Il chercha à l'odorat une senteur familière et forte avant de trouver enfin celui qu'il cherchait, mais qui se situait deux étages plus haut.
Cela ne lui prit qu'une dizaine de pas pour arriver à son objectif. En regardant en arrière, il eut l'impression que chacun de ses pas avait troublé le sol comme s'il avait marché sur la surface d'un liquide, mais considérant qu'il était plus important de se focaliser sur son objectif, il n'y prêta pas plus attention. Naturellement, le nombre d'agents à cet endroit était le plus important de tous, mais avant qu'ils n'aient même eu le temps de réagir, il avait déjà ouvert la porte et l'avait refermé derrière lui.
Là, dans l'obscurité de la pièce, il put entendre les larmoiements d'une femme aux cheveux blonds prostrée sur sa chaise. Un peu plus loin, le bureau qui faisait face à un siège retourné devant une immense vitre blindée donnant sur le village de la feuille. Les accoudoirs en cuir du siège se tiraient, comme si une pression incommensurable s'y exerçait. La figure munie d'un chapeau blanc se leva alors et se retourna vers lui et le visage de son grand-père lui fit face.
« Si tu es venu pour m'assassiner, je serai plus qu'heureux de te montrer comment un Hokage meurt dignement au combat. »
X
Une vaste blague quand on sait que la prophétie a été créée de ma propre initiative
