Endomorphisme Nilpotent, partie 4


X


Naruto regarda son grand-père de manière impassible. Il sentit le loquet derrière lui se tourner et il savait qu'il n'avait que peu de temps afin de convaincre le Sandaime. Un danger imminent survint du dessus et son intuition le poussa à faire un pas sur la gauche. Il regarda les débris ainsi que les armes contondantes qui étaient tombées à l'endroit où il s'était tenu la microseconde d'avant. Il eut à peine le temps de bifurquer son regard qu'un Kunai faillit se planter entre ses deux yeux s'il n'avait pas immédiatement penché sa tête en arrière.

Son grand-père en armure se jeta sur lui avec le coude avancé vers son estomac tandis que son autre bras parallèle au premier était armé d'un Ninjato prêt à le trancher horizontalement à son corps. Ce double assaut força Naruto à utiliser l'une de ses nouvelles appendices formées par son énergie spirituelle pour bloquer la lame et pouvoir ainsi esquiver le coup pénétrant en se tenant de profil. Son grand-père disparut dans un écran de fumée blanc et Naruto discerna enfin que la particularité étrange qu'il avait repéré dans le corps de son vis-à-vis précédent était dû au fait que c'eût été un simple clone. Ne voulant que la situation ne dégénère davantage, Naruto considéra qu'il devait en terminer le plus vite possible.

Il concentra alors ses sens au maximum pour ralentir le temps à son paroxysme. L'ensemble de la pièce sembla se retrouver figé. Pour compte, une tasse au bord de la table où s'était tenu précédemment le Sandaime et qui avait été en train de tomber était désormais stoppée en plein vol, comme tenue par une ficelle invisible. Le contenu de cette tasse, ayant été précédemment un liquide noir, était en train d'être déversé sur le tapis au sol, mais les gouttelettes elles-mêmes paraissaient être en suspension.

Profitant de cet état, Naruto se rendit compte que son grand-père s'était déjà divisé en deux version de lui, soit probablement un clone et lui-même. Naruto, de par la structure particulière des sigles apparaissant sur le corps des deux doubles, réussit à identifier lequel était l'original et l'autre la copie. Il se glissa alors d'un simple pas derrière le Sandaime, fit évaporer le clone d'un coup de pied et désarma le vieux ninja alors qu'il rabattait le bras de celui-ci derrière son dos avant de le forcer contre la table en face de laquelle ils se tenaient en le poussant délicatement dessus.

Il laissa ainsi le temps reprendre son cour et se rendit compte que tout le processus avait utilisé l'équivalent d'une appendice en terme d'énergie consommée. La tasse ayant été jetée tomba finalement au sol, de même que le café qui échoua sur le tapis. La porte d'entrée s'ouvrit en fracas, révélant plusieurs agents masqués qui formèrent un bouchon au niveau de l'entrée. Ils s'arrêtèrent lorsqu'ils virent le ninjato du vieil homme se rapprocher de sa gorge.

— Si tu penses que mes hommes ne sont pas entraînés à gérer ce genre de situation, détrompe-toi, le maudit Hiruzen. Me tenir en otage ne te permettra pas de sortir ici vivant.

À cette mention, les agents s'apprêtèrent à charger mais Naruto resserra la garde de son fourreau d'un air menaçant, ce qui les causa de reculer. Il descendit ses yeux sur son grand-père, qui était désormais étrangement plus petit que lui.

— Je ne suis pas venu ici pour me battre. Je voulais juste vous avertir de certains faits.

— Nous menacer ? gronda Hiruzen en écarquillant les yeux.

Naruto s'en voulut de sa pauvre prestation verbale.

— Non, je voulais dire que je suis de votre côté.

— C'est vrai que ta lame à mon cou souligne vraiment ton argumentaire.

L'adolescent blond à l'aura rougeoyante soupira exaspéré.

— Je suis Naruto, grand-père.

Hiruzen lui cracha au visage.

— Je te laisserai pas parler de mon protégé ainsi. Naruto est un petit garçon de huit ans, il n'a rien à voir avec un monstre de ton espèce.

Un monstre de ton espèce... ainsi, c'était ce mépris qu'avait souffert Kura toute ces années ? Même son état actuel ne pouvait lui permettre de rester de marbre face à ce rejet.

— Est-ce que je peux te le prouver alors ? requit Naruto sans état d'âme.

Comme il vit qu'Hiruzen ne répondit pas, il continua en remontant à loin, très loin dans ses souvenirs, une connaissance que seul Naruto pourrait connaître et qui n'était pas un secret d'état : « tu te souviens de la discussion qu'on eue quand tu es venu dans mon appartement ? Tu m'as demandé comme d'habitude comment s'était passée ma journée et je t'ai répondu que j'avais mangé un gâteau à la fraise, dont tu m'avais révélé juste après qu'il avait été fait par ton cuisiner personnel, gâteau que j'avais trouvé succulent. T'en rappelles-tu maintenant ? »

Les pupilles de son grand-père se dilatèrent tandis qu'il le fixait désormais avec attention. Naruto attendit un moment avant que son grand-père se décide à reparler.

— Si ce que tu dis est vrai alors relâche-moi.

Cependant, Naruto voyait bien à son regard qu'il ne lui faisait pas confiance. Et il savait qu'il était impossible d'instiller ce sentiment à moins qu'il joigne ses paroles aux actes. Seulement, le moment où il relâcherait son grand-père, il savait que les ANBU se jetteraient sur lui, ce qui l'obligerait à se défendre — ou à s'enfuir loin d'ici. C'était situation où chaque décision représentait un ultimatum où il était impossible de retourner en arrière et Naruto savait que c'était typiquement le genre de cas propice à tourner au désastre si cette situation venait à s'éterniser.

Mais il n'avait pas le choix...

Il laissa tomber le ninjato sur son bureau et s'écarta de son grand-père en se rapprochant de la fenêtre, préparé au dernier moment à sauter au travers. Le moment où il fit ça, les agents au niveau de la porte se précipitèrent vers lui. Quand alors soudain, une matrice de lumière s'ignifugea juste à droite de lui dans un éclat aveuglant. Apparut alors à un homme en armure légère portant un masque de tigre blanc, qui leva son katana ensanglantée face aux autres agents masqués, qui se stoppèrent sur place. Naruto sentit comme si celui-ci concentrait toute l'énergie de la salle et la convergeait tel un disque d'accrétion. Le Sandaime, qui était en train de se masser les poignets, se fronça les sourcils devant cette arrivée incongrue.

— Tigre, où était-tu-

— Il est temps, vieil homme. L'ennemi que nous avons cherché toutes ces années ne tardera pas à se présenter devant nos portes.

Hiruzen le regarda un moment en se taisant. Il reprit d'un ton sec :

— Nous discuterons de ceci plus tard. Quoi qu'il en soit... souffla-t-il en se retournant vers Naruto.

Naruto sentit une main se poser sur son épaule. L'adolescent tourna sa tête et vit à travers les fentes du masque des yeux complètement éteints, comme si toute émotion qui avait pu imprégner cet homme auparavant s'était complètement dissipée. Celui-ci dépassa Naruto et se présenta devant les autres gardes, en nettoyant son arme via un mouchoir qu'il sortit de l'une de ses poches. Le contingent d'agents commença à émettre des murmures le concernant. Tigre rangea son arme tandis que les sigles sur ses bras et jambes s'éteignirent en même temps. Naruto ne put distinguer alors aucune énergie vitale sortant de cet homme, comme si celui-ci n'existait tout simplement pas.

— Ce... jeune homme, annonça Tigre en bûchant sur le dernier mot, n'est pas notre ennemi. Il est bien celui qu'il prétend être.

Les autres ANBU se rapprochèrent lentement d'eux. La plupart d'entre eux avaient les jambes qui grelottaient, les bras qui tremblaient. Ils tombèrent alors à genoux devant Tigre, qui se tenait alors juste à côté du Sandaime qui soupira se frappant le front. Ceux-ci crièrent de joie :

— Ô Haut Seigneur, vous êtes revenu d'entre les morts pour nous sauver !

— Je vous ai vu sur le champ de bataille ! Alors que j'étais sur le point de me faire trancher par l'un de ces démons, vous êtes apparu subitement dans une lumière jaune et-

— Vous avez sauvé ma fille ! Je ne peux rien faire d'autre que vous-

— Silence ! mugit soudainement le Sandaime en balayant son bras devant lui. Retournez à vos postes ! Vous devez secourir les civils blessés et identifier tous corps à terre que vous pourrez trouver, allez !

Les gardes se levèrent au garde à vous et plièrent bagage de la pièce, ne pouvant se soustraire aux ordres de leur supérieur. Il fallut une vingtaine de seconde pour que tous sortent, à l'exception de Tigre, le Sandaime, Naruto et celle que l'adolescent reconnut comme étant Ara, qui était à l'écart toujours prostrée sur sa chaise. Le Sandaime sortit d'un tiroir son calumet et se mit à extraire des vapes à répétition, son front ridée dégoulinant de sueurs.

— Je suppose que tu vas m'expliquer pourquoi j'étais incapable de te contacter durant ces deux dernières heures, Tigre.

L'homme masqué acquiesça simplement.

— Malgré mes précautions, l'ennemi a réussi à perturber la concentration mon réseau de clones via l'un d'entre eux.

— As-tu pu lire ses intentions dans son esprit ? requit Hiruzen paressant décontenancé par cette nouvelle.

Tigre hocha la tête.

— Mais par contre, j'ai le sentiment qu'il a pu lire dans le mien...

— Et ainsi découvrir les secrets que Konoha conserve depuis des années, continua Hiruzen en posant sa pipe sur la table où il était assis.

Naruto se sentit à l'écart de leur discussion. Ils paraissaient agir comme s'il n'était pas dans la pièce. Il était à la base venu ici pour informer son grand-père du monstre qui menaçait Konoha. Il profita de la courte pause dans la réunion pour s'y immiscer :

— Excusez-moi ? commença-t-il. Je suis venu ici pour vous dire que-

— Nous sommes déjà au courant, le coupèrent les deux Kage en se retournant vers lui simultanément.

— Pardon ! répliqua Naruto en baissant les yeux.

Il ne s'était pas habitué au changement soudain de son grand-père à son égard dès lors que Tigre était apparu. L'instant d'avant, celui-ci avait été persuadé qu'il était un ennemi et maintenant il apparaissait comme s'il était un détail insignifiant à ses yeux, si bien que Naruto ne savait pas où se mettre. Du fait de son état actuel, il ne ressentait pas vraiment de la gêne mais plus... une sorte d'incompréhension vis-à-vis de la situation. Lorsqu'il releva les yeux, il remarqua que son père était en train de regarder avec des yeux curieux.

— Pourquoi... initia celui-ci, il t'en manque une ?

— De quoi ? requit Naruto interloqué.

— De queue. Tu es censé en avoir neuf, pas huit, affirma Tigre d'une voix certaine.

Naruto jeta à coup d'œil derrière son dos et vit les huit queues matérialisées par une aura rouge danser à ses pieds. En levant ses yeux, il vit également son reflet à travers la vitre, au milieu des immeubles fumants de Konoha. Des oreilles élongés de chakra se dressaient aussi sur sa tête. Il remarquait enfin qu'il était quasiment nu et que seuls restaient au niveau de ses bras et jambes les vestiges de son ancien pantalon et T-shirt. Il sentit subitement comme une couverture l'envelopper. Il vit la main de Tigre flotter au dessus de son crâne. La couverture se révéla être une cape blanche où sur les rebords, au niveau de ses genoux, des flammes rouges étaient tissées.

— Sérieusement Tigre ? questionna le Sandaime. Voyant qu'il opina, le Sandaime inspira, clairement désapprobateur. « Il n'est pas prêt. »

Tigre haussa les épaules.

Personne ne peut être prêt pour ça. Nous n'étions pas prêt et pourtant nous voilà ici. Le seule prérequis est une loyauté absolue envers le village et le fait qu'il soit venu ici en premier lieu, bravant tous les dangers sur sa route sans commettre plus de trouble démontre sa compétence. Et il y a un certain proverbe qui dit : jamais deux sans trois, n'est-ce pas ?

Le Sandaime souffla d'un air blasé tandis que son père calqua une main sur son masque comme pour étouffer un rire. Ils se mirent alors à le dévisager tandis qu'il se retournait vers eux, tenant sur ses épaules la cape qu'il avait vue passer sur tellement de tableaux représentant le Yondaime. Sauf que cette fois, le mot Godaime était inscrit dessus à la place.

— Père ?

Tigre posa une main sur ses épaules. Son regard pour la première fois montra un aspect relâché.

— Je te confie le village. Ma dette... est payée.

Tigre disparut dans un éclair jaune alors que Naruto tint son bras devant lui, tenant entre ses mains seulement de la poussière dorée.

— Ne t'en fais pas, ricana son grand-père à côté. Il n'est pas mort. Il s'est juste enfuit comme d'habitude. Il n'aime pas vraiment les cérémonies.

Naruto soupira soulagé.

— Où est-il passé ? demanda-t-il.

Hiruzen haussa les épaules.

— Il est sans doute en train de nettoyer les restes de nos envahisseurs. Mais nous avons quelque chose de plus important à faire ici.

Le Sandaime se leva du bureau et vint juste en face de lui. Malgré que le vieil homme était désormais plus petit que lui, le poids des années le faisait paraître incommensurablement plus imposant.

— À genoux, commanda Hiruzen d'une voix austère en levant deux doigts.

L'adolescent dut s'exécuter. Quand un Hokage ordonnait, le servant obéissait.

— Bien que je ne sois pas tout à fait d'accord avec sa décision hâtive, le choix du successeur revient au dernier de la chaîne, donc je n'ai pas vraiment mon mot à dire. Toutefois, je comprends son choix, qui a du sens d'un point de vue stabilité politique de notre système. Mais je m'égare... songea-t-il après un moment. Naruto, lève la tête.

Le blond leva les yeux. Il vit alors le vieil homme commencer son rituel avec des larges gestes de ses bras avant de rejoindre ses mains dans un mudra. Il écarta alors ses paumes et des lumières bleutées se mirent à luire de son index et de son majeur tandis qu'il se mit à écrire en l'air.

« Si jamais tu te sens digne, répète après moi ces paroles :

« Je jure sur mon passé, sur mon présent et sur mon futur,

je jure sur mes ambitions, sur mon corps et sur mon âme,

que je protégerai le village de la Feuille, ses habitants et sa culture quoi qu'il en coûte,


que cela soit à travers mes paroles, à travers mes décisions ou à travers mes actes,


que je le préserverai, que je le chérirai et que je le ferai prospérer.


Si jamais par le biais de ce serment, mon prédécesseur pouvait remettre en cause la sécurité du village par ses axiomes ou par son attribution même, alors je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger le village, même si je devais m'absoudre de ce serment ou que cela devait me coûter la vie.


Si jamais il existait une vie après la mort, ma loyauté envers la Feuille ne pourrait être dissipée, quel que soit la douleur, la peine et la honte que cela m'incomberait.


Si jamais il existait un moyen d'étendre la vie, sans coûter la vie d'innocents, soit de personnes ne représentant un danger pour le village, cela constituerait mon cinquième devoir à poursuivre.


Si par malheur je devais choisir de sacrifier une partie du village pour sa sauvegarde entière, je privilégierais toujours une solution qui résulterait en une perte qui soit la moindre possible.


Si par malheur, malgré tous mes sacrifices, je venais à disparaître et causerais ainsi une destruction future du village, je devrais choisir un successeur animé de la même volonté que moi.


Et si par malheur, je devais défier les Dieux, les Démons, ou toutes sortes de créature à l'intérieur et en dehors de ce monde, qui pourraient mettre en péril le village, alors qu'ainsi soit ma résolution.


C'est pourquoi aujourd'hui même, j'accepte cette marque en moi, pour qu'elle devienne intégrante de ce que je suis, de ce que j'étais et de ce que je serai — ainsi que ce que tout ce que je pourrais être.


Que la Volonté du Feu me garde, me conserve et me guide.


Et qu'enfin, à jamais cette Volonté ne puisse se tarir en moi.
»