Chalut à toutes, coucou aux fidèles

Voici (enfin) la suite…

J'espère qu'elle sera à la hauteur de votre patience !

.

Bonne lecture

.

.

Finch sursauta, alors que, bien calé dans son fauteuil, il consultait la liste des invités par acquis de conscience, tout en écoutant distraitement la conversation. Ce simple prénom prononcé dans un souffle lui fit cesser toute activité alors que son cœur battait plus vite au mélange de surprise, d'angoisse, mais aussi de joie qu'il perçu dans la voix de son partenaire. Il réagit aussitôt, prenant le contrôle de la caméra la plus proche pour observer la scène. Il sentit sa poitrine se serrer devant l'image qu'elle lui renvoyait. D'abord l'expression sur le visage de son partenaire, mélange d'incrédulité, d'espoir et d'autres sentiments qui le frappèrent douloureusement, en face de cette femme tellement semblable à la disparue. Les mêmes cheveux ondulant librement autour d'un visage à l'ovale délicat, les mêmes yeux. Les traits avaient quelques différences pourtant mais si légères qu'il était facile de se laisser prendre à l'illusion et Finch voyait bien que c'était ce qui était en train de se produire…

John fixait avidement la jeune femme, n'osant croire à ce qu'il voyait. Mille sentiments contradictoires l'envahissaient, dominés par la joie de la revoir. Mais l'instant d'après il revenait à la raison. Jessica est morte lui soufflait-elle. Mais celle qui se tenait présentement devant lui était comme son parfait reflet…Et il ne pouvait s'empêcher d'espérer que tout soit vrai, que ce soit réellement elle, la fiancée perdue, celle qu'il aurait tellement voulu sauver…

La voix d'Agnès le ramena à la réalité :

-« Et bien M Rooney ? Quelque chose ne va pas ? On dirait que vous avez vu un fantôme »

-« Non… Je suis désolé » balbutia John en tendant la main vers la jeune femme « Vous ressemblez beaucoup à quelqu'un que j'ai connu autrefois » précisa t-il d'une voix atone

-« Vraiment ? Quelqu'un que vous aimiez bien à en juger par votre réaction ? » Suggéra Tania

-« En effet »

-« Dans ce cas nous ferons plus facilement connaissance » minauda la jeune femme en prenant son bras. Occupé à la détailler, Reese ne vit pas le regard satisfait qu'échangèrent Agnès et Marcy et se laissa entrainer à travers la salle.

Même si elle n'en connaissait pas la cause, Tania ne se priva pas de profiter de son avantage, usant de tout son charme pour étourdir ce candidat qu'on lui avait annoncé particulièrement récalcitrant et qui finalement ne lui semblait pas si inaccessible. Son regard un peu trop insistant la gênait bien un peu. Comme s'il ne pouvait se lasser de la détailler, comme s'il avait besoin de son image. Mais, motivée par l'enjeu, elle fit abstraction de son attitude, seulement préoccupée d'atteindre son but. Elle avait lu la fiche de cet homme et son profil ne pouvait que l'interpeller, beau, pas trop vieux et surtout visiblement très riche. La description de sa villa à elle seule était un argument de poids, et il y avait cette collection dont Agnès avait découvert l'existence lors de ses recherches, « de très belles pièces » lui avait-elle annoncé. Le genre d'objets qu'une femme aime recevoir en cadeau ou à titre de dédommagement… Si elle jouait bien son rôle, elle pourrait obtenir les deux. Car elle n'était pas de ces femmes qui s'attachent pour une vie, son plan prévoyait plutôt une union enrichissante qui lui donnerait ensuite une vie libre et confortable. Il lui fallait juste un homme généreux et savoir se débrouiller pour assurer son avenir. Et en matière d'homme généreux ce John Rooney lui semblait un bon candidat, son physique agréable étant un appréciable bonus. Ces pensées défilaient dans son esprit tandis qu'elle se dirigeait vers les vestiaires sur l'invitation discrète de sa patronne, abandonnant un instant sa proie. Celle-ci l'accueillit avec un sourire entendu

-« Hé bien Tania, on dirait que la soirée est intéressante ? »

-« Très ! »

-« Ca fait une heure qu'il ne te lâche pas, tu lui as jeté un sort ? » ricana Agnès

-« Il ne correspond pas vraiment à la description que tu m'en avais fait ! J'attendais plus de résistance » remarqua Tania

-« Non et je suis assez surprise de son attitude complètement opposée à celle qu'il avait avec les filles qui t'ont précédé »

-« J'ai plutôt l'impression qu'il voit quelqu'un d'autre à travers moi. Il a une ex femme ? »

-« Non, il n'a jamais été marié »

-« Et son alliance ? »

-« Un vieux truc qui appartenait à son grand père »

-« Vieux truc peut être mais pas sans valeur ! » corrigea Tania qui avait déjà étudié la question

-« J'oubliais ta passion des bijoux, forcement le détail ne pouvait pas t'échapper » se moqua Agnès

-« Exact et s'il a d'autre biens de famille de ce genre j'approuve ! » confirma la jeune femme

-« Je ne sais pas. C'est possible vu ses moyens » estima la gérante « Mais ce type me laisse tout de même une drôle d'impression, il est… bizarre »

-« Ce ne serait pas le premier ! »

-« Essaye de te renseigner sur cette obsession ça pourrait être utile »

-« Ok. En tout cas peu importe ce qu'elle cache, elle me rend bien service ! » Jugea Tania « J'y retourne, je te ferais un rapport demain matin » ajouta t-elle en se dirigeant vers la sortie. Agnès la suivie des yeux. Elle la trouvait bien un peu trop enthousiaste mais elle n'avait pas l'intention d'intervenir dans cette affaire si bien engagée.

.

OoooooooooO

.

Malgré l'heure avancée de la nuit Reese ne fut pas surpris de trouver son compagnon encore debout. En le voyant entrer Finch se leva sans un mot de son fauteuil et vint à sa rencontre. John ne bougea pas, comme anesthésié. Il prit son visage entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes pour l'embrasser doucement. Après quelques secondes il sentit avec soulagement les mains de son agent sur les siennes et une réponse à son baiser. Reese posa son front contre le sien, il pouvait percevoir combien il était perturbé

-« C'était tellement réel » chuchota t-il

-« Je sais »

-« Comme si c'était elle »

-« Mais ce n'est pas elle John. Jessica est morte, elle ne reviendra jamais » Il s'en voulu d'être aussi brutal lorsqu'il le sentit se raidir à ses paroles mais il devait l'attacher à la réalité « Pardonne-moi » chuchota t-il « Mais je ne peux pas te laisser te perdre dans un rêve qui ne se réalisera jamais. Tu vas te faire du mal pour rien » Reese ne répondit pas et il le sentait lointain. Le relâchant il lui prit la main « Viens te coucher tu as besoin de repos » John le suivit docilement. Il le laissa l'aider à se déshabiller sans chercher à le repousser mais sans non plus lui offrir les gestes tendres ou les caresses esquissées qu'il ne manquait jamais une occasion de tenter. Dès qu'ils furent allongés Finch se colla contre lui, posant sa tête contre son épaule d'un mouvement possessif. Reese lui caressa les cheveux d'un geste trop machinal pour être rassurant

-« Veux-tu en parler ? » tenta l'informaticien « John ? » insista t-il comme il n'obtenait pas de réponse

-« Ca ne servirait à rien » répondit finalement l'ex agent. Finch se redressa pour le fixer

-« Cela pourrait t'aider au contraire… »

-« Non. Ca ira Finch »

-« John, je suis là, je peux tout entendre » Insista ce dernier mais il sentait une distance entre eux. Reese semblait fuir son regard, s'enfermer dans ses pensées. Cela lui fit peur, pourtant il décida de ne pas continuer, devinant que son compagnon n'était pas prêt à l'écouter. Il lui faudrait guetter le bon moment. Il craignait surtout les dégâts que cette histoire risquait de provoquer chez lui et dans leur couple.

.

Finch ne dormit pas beaucoup cette nuit là, trop inquiet. Le détachement dont faisait preuve son compagnon, cette espèce d'insensibilité, lui faisait peur. Il pressentait que cette rencontre n'allait leur attirer que des ennuis. En d'autre circonstance il n'aurait pas craint de voir John mélanger rêve et réalité mais cette fois cela touchait Jessica. C'était différent, plus dangereux, et il ne savait pas jusqu'où John pourrait aller s'il existait la moindre chance pour lui de la retrouver même en apparence.

Il s'éveilla le premier et resta un moment à le regarder dormir comme l'avare contemplant son trésor avec la crainte qu'il lui soit enlevé. Reese ouvrit les yeux et s'étira selon son habitude. Il se tourna et fut surprit de trouver son compagnon assit à ses côtés. Cela ne dura pas, les images de la soirée se rappelant rapidement à sa mémoire

-« Harold ? »

-« Bonjour John. Est-ce que ça va ? »

-« Oui » répondit fermement celui-ci avant de l'embrasser. « Migraine ? » demanda t-il

-« Non. Seulement un peu de fatigue. Il est tôt vous pouvez dormir encore un peu » Reese hésita

-« Je vais plutôt en profiter pour sortir Bear plus longtemps » dit-il finalement. Finch le fixa mais n'insista pas. « Et je vais préparer le petit déjeuner »

-« D'accord » L'informaticien le suivit des yeux. L'ambiance était étrange, loin de la détente habituelle de leurs matins en commun. D'ordinaire John n'aurait pas refusé de rester un peu plus longtemps près de lui. Quelque chose planait dans l'air, quelque chose de malsain

Finch se prépara rapidement. John achevait de préparer quelques crêpes. Bear l'accueillit au pied de l'escalier.

-« Tu es déjà rentré ? » demanda t-il en le caressant

-« Il n'a pas voulu changer ses habitudes » commenta son maître

-« C'est le genre d'odeur qui donne envie de se lever » affirma Finch en s'installant. Reese déposa le pot de confiture à coté de son assiette et lui vola un baiser

-« Hum. Je vois que vous n'avez pas prolongé la prescription de notre médecin plus que nécessaire » remarqua Finch en désignant son poignet libre de toute entrave

-« C'était le meilleur moment du traitement » jugea Reese avec un sourire coupable

-« Je n'en doute pas »

-« Votre thé sera prêt dans une minute » précisa l'ex agent. Finch le retint, posant la main sur son bras

-« N'avez-vous rien d'autre à me dire John ? » demanda t-il d'un ton sérieux. Leurs regards s'accrochèrent l'un à l'autre. L'ex agent se dégagea pour passer un bras autour de sa taille

-« Ca va passer » affirma t-il en posant son front contre le sien

-« Nous devrions en parler »

-« Ce n'est pas la peine. Je vous assure que tout va bien »

-« Mais… »

-« Je saurais faire la part des choses Harold »

-« Si vous le dites » se résigna Finch sans grande conviction

-« Quel est le programme ? » éluda John

-« Miss Marbery a confirmé son invitation au country club du Forest Hill Club »

-« Celui dont je suis censé être membre »

-« J'ai modifié les fichiers. Officiellement vous y adhérez depuis deux ans »

-« Donc je pourrais facilement la surveiller »

-« Et cet après midi aura lieu la conférence à laquelle vous êtes invité d'office en tant que client de l'agence »

-« Ok »

-« Quant à la soirée je ne pense pas qu'elle vous présente de nouvelle candidate » grinça Finch. Reese baissa les yeux

-« Je tacherais de trouver un moyen de l'éviter sans que cela n'attire l'attention » dit-il

-« Comment allez-vous faire ? »

-« Je trouverais bien »

-« Ne pouvez-vous déclarer clairement qu'elle ne vous convient pas comme pour les précédentes ?»

-« Je n'ai pas envie qu'elle me présente sans cesse de nouvelles filles. Je peux donner le change » Finch ne put s'empêcher de répliquer :

-« Vous jouez avec le feu John » l'ex agent pinça les lèvres

-« Je sais ce que je fais Harold » répliqua t-il fermement. L'informaticien se raidit sur sa chaise devant son ton direct mais garda le silence. John termina son café et se leva « Je vais me préparer. Je préfère arriver en avance »

-« Et si elle vous invite M Reese ? Avez-vous déjà joué ? » Interrogea Finch. Passant derrière lui John se pencha pour l'embrasser et il lui rendit son baiser

-« J'en ai eu l'occasion. Je ne serais sans doute pas au niveau mais je devrais pouvoir me débrouiller »

-« Vous y parvenez toujours » John sourit

-« Merci Finch » murmura t-il avant de l'embrasser à nouveau. Il alla se préparer rapidement puis quitta l'appartement après une dernière caresse à son chien et un dernier baiser. L'informaticien ne s'attarda pas davantage, ayant hâte de rejoindre leur repaire où, l'espérait-il, l'atmosphère serait moins pesante.

.

OooooooooooO

.

John conduisait rapidement sur la route qui menait au club. Les mains crispées sur le volant, mâchoires serrées, nerveux parce qu'il n'avait pas été honnête avec son compagnon et qu'il en souffrait. Mais s'il avait dit la vérité il n'aurait fait qu'aggraver ce malaise qu'il sentait chez son partenaire. Il savait que ce n'était pas par manque de confiance mais par méfiance à cause de cet étrange tour que leur destin leur jouait. Il ne voulait pas le blesser mais s'il lui avait dit que Tania serait présente au club il aurait sans doute voulu le dissuader de s'y rendre, voir refuser de le laisser y aller et cela il ne le pouvait pas. Il voulait la revoir, juste pour pouvoir la regarder, juste pouvoir croire l'espace de quelques heures que Jessica était toujours de ce monde, qu'il était revenu à temps. Il était conscient que tout n'était qu'illusion mais il ne pouvait s'empêcher de s'y accrocher. Lorsqu'il fut sur place, il avertit son partenaire

-« On dirait qu'Agnès est vraiment lève tôt Finch, elle est déjà là et discute avec un couple à une table au fond »

-« Il serait bon de connaitre le sujet de cette conversation. Je me connecte sur son téléphone »

-« Entendu » approuva l'ex agent. Il se dirigeait vers une table à proximité lorsque son regard fut attiré par la silhouette de Tania qui pénétrait dans la salle. Elle l'aperçu et lui adressa un petit signe joyeux. John hésita puis d'un geste rapide il coupa la liaison sur son oreillette.

-« John ! » Lança Tania « Je suis heureuse que vous soyez venu ! »

-« Je suis en congé »

-« Tant mieux ! Nous pourrons passer la journée ensemble. Venez » ajouta t-elle en le prenant par la main pour l'entrainer vers une table libre « Vous avez pris votre petit déjeuner ? »

-« Oui »

-« Il faut tout de même que vous goutiez les croissants ! Ils sont excellents ici le pâtissier est français »

-« D'accord » murmura Reese

-« Quoique. Vous le saviez déjà non ? Vous êtes un habitué des lieux ? »

-« Pas vraiment. En fait je suis inscrit depuis deux ans mais j'ai rarement eu l'occasion d'en profiter, je suis trop occupé »

-« Oh c'est dommage ! Il va falloir changer cela John et vous détendre » Ils s'installèrent à la table et un serveur s'avança avec un plateau chargé de café, de jus de fruit et de viennoiseries « Les jus d'orange aussi sont très bons »

-« Vous aviez déjà commandé ? » demanda l'ex agent, étonné de la rapidité du service

-« Oui. Vous m'en voulez d'avoir anticipé ? » Demanda t-elle timidement. D'un geste machinal elle repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille. John pinça les lèvres en la voyant faire. Jessica avait ce même reflexe. Ce petit geste familier qui lui parut un retour dans le passé « John ? » appela Tania, surprise de son mutisme

-« Non. Vous avez bien fait » répondit-il

-« Ca me rassure. Vous avez retiré votre atèle ? »

-« Oui, je n'en avais plus besoin »

-« Parfait. J'ai repéré quelques connaissances. Nous pourrions organiser un parcours ensuite ? »

-« Je n'ai pas joué depuis longtemps »

-« Ca n'a pas d'importance, mes amis ne sont pas des experts et moi je ne sais pas très bien jouer » ajouta t-elle en rougissant

-« Ce n'est pas si compliqué il suffit de rester concentré et de savoir viser »

-« Avec vous ça parait simple John ! Et bien vous me montrerez, je suis certaine que nous allons bien nous amuser » gloussa Tania

-« Sans doute » approuva Reese. A ce moment un serveur bouscula légèrement sa chaise. Il s'excusa platement mais l'ex agent lui fit signe que ce n'était rien. Accaparé il ne vit pas le regard de connivence que Tania échangea avec Agnès qui les épiait de sa place au fond de la salle

-« Une de vos recrues ? » demanda l'homme assit en face de la directrice

-« En effet » approuva celle-ci « Je crois qu'un nouveau couple est en formation » ajouta t-elle d'un ton satisfait

-« En tout cas ils ont l'air bien assorti » jugea la femme « très harmonieux »

-« Exact » affirma son époux

Finch, toujours à l'écoute, sentit une tension monter en lui, un pressentiment. Il voulu interpeller son agent mais réalisa que la communication était coupée. Prenant le contrôle d'une caméra il zooma sur le côté où se trouvait Reese et l'aperçu alors assit près de Tania. Son cœur manqua un battement en les voyant côte à côte comme sur une ancienne photo, un des rares souvenirs de John avec sa fiancée. Il ferma les yeux un instant sous la vague de jalousie qui l'envahit brusquement. Il devinait d'instinct que son compagnon lui avait mentit. De toute évidence, il connaissait déjà le programme de la journée lorsqu'il l'avait interrogé le matin et il devait savoir qu'elle serait là. Cela ressemblait assez à la technique d'Agnès. Il serra les poings, tenaillé par l'envie de le contacter pour lui reprocher sa conduite tout en sachant que le moment était mal choisit. Malheureusement pour lui son calvaire ne faisait que commencer. Il y avait suffisamment de caméras dans et hors du bâtiment et même tout au long du parcours pour qu'il puisse suivre les agissements de son agent et cette partie de golf où il se laissa entrainer sans trop de résistance, l'air captivé par sa compagne. La matinée avançant, les gestes se faisaient plus naturels mais aussi plus chaleureux, et lorsque la jeune femme lui sauta au cou en posant un baiser sur sa joue comme il venait de porter un ultime coup qui leur faisait remporter la partie, il se sentit trembler de frustration et de colère mêlées. Bien sur, il vit clairement le geste de recul de son compagnon mais ce ne fut pas réellement une consolation pour lui. John avait choisit d'être avec elle et cela il ne pourrait le nier !

.

Un peu avant midi l'ex agent s'isola au coin de la terrasse où seul deux couples s'étaient installés, sans doute à cause de la chaleur. Il hésita quelques instants avant d'enclencher son téléphone

-« Finch ? »

-« Oui M Reese » Le ton était neutre mais l'ex agent perçu une certaine tension dans la voix de son associé

-« Je suis toujours au club. Agnès n'a pas bougé de la matinée »

-« Je sais. J'ai écouté chacune de ses conversations »

-« Ah… »

-« J'ai assuré la surveillance, il fallait bien que cela soit fait » précisa l'informaticien

-« J'étais sur place ! » objecta Reese

-« Certes, vous y étiez, mais je doute de l'efficacité de votre surveillance lorsque vous vous trouviez au bunker ou dans le petit bois. Par ailleurs je ne vous demande pas si votre matinée a été intéressante, j'ai déjà eu l'occasion de le constater »

-« Je n'ai rien fait de mal ! » protesta aussitôt John et Finch songea que cette réponse, son ton sur la défensive, était à eux seuls une forme d'aveu

-« Non » répondit-il avec un calme glaçant « Vous avez seulement beaucoup apprécié la compagnie de votre "candidate"»

-« Je n'ai pas abandonné la surveillance » s'entêta l'ex agent

« Encore heureux » songea Finch

-« Vous savez que vous devriez l'éviter » affirma t-il sans tenir compte de son intervention

-« Je sais ce que je fais Finch et je suis conscient qu'elle n'est pas celle que je voudrais revoir. Je ne franchirais pas la frontière »

-« John » murmura l'informaticien d'un ton radoucit « Je veux juste vous éviter de souffrir encore »

-« Cela n'arrivera pas soyez tranquille »

-« J'aimerais vous croire »

-« Vous ne me faite pas confiance ? »

-« Je me méfie des fantômes. Ils sont parfois plus puissants que les vivants »

-« Je dois y retourner » éluda John « Avons-nous du nouveau ? »

-« Non. Elle n'a rien dit qui me paraisse utile pour l'enquête »

-« D'accord. Alors je vous rappelle tout à l'heure » Affirma l'ex agent

Finch reposa le téléphone en soupirant. Encore une fois il pouvait réaliser à quel point la communication était leur point faible. Leur conversation avait été tendue, froide… c'était un peu de sa faute. En l'attaquant immédiatement comme il l'avait fait il ne devait pas s'attendre à ce que l'ambiance reste cordiale, mais ça avait été plus fort que lui, tout son être s'était révolté contre cette situation, contre l'attitude de son compagnon. John ne semblait pas réaliser qu'en s'approchant si près du danger il risquait de tout briser ! Lui voyait le piège se refermer sur eux et il enrageait de se sentir impuissant !

.

Dès que John retourna dans le restaurant, Agnès l'apostropha pour l'inviter à sa table où elle semblait vouloir réunir tout ses "clients" actuels présents ce jour là. Elle prit soin évidemment de ne pas séparer le nouveau couple. Finch se consola en songeant qu'au moins ils ne seraient pas en tête à tête pour le repas.

L'après midi sembla interminable à l'informaticien qui suivait chaque mouvement de son agent via les caméras. Il le vit assister à la conférence, l'air neutre, cachant subtilement son désintérêt comme à son habitude, mais cette fois il avait aussi une autre source d'attention. Et l'enquête qui n'avançait pas ! Cela leur aurait permis de se retrouver, il aurait pu le tenir à l'écart de cette femme !

Tania ne le quittait pas et Finch les voyait se rapprocher inévitablement. Sa mémoire lui rappela une situation semblable, une conférence dans un domaine viticole, ils menaient l'enquête ensemble et John l'avait surpris à l'épier « Tous les regards ont un poids Finch » lui avait-il dit. Il lui avait alors affirmé qu'il ne pourrait plus l'accompagner sur le terrain parce qu'il troublait sa concentration et John lui avait répondu qu'il l'aimait encore plus pour ces mots là. Il se rappelait son regard brillant, son sourire. Ils étaient si unis ce jour là…

.

OoooooooooO

.

Comme chaque soir depuis mardi, Sven prit le chemin du cabaret avec une certaine impatience. Entrant par la porte à l'arrière du bâtiment, il salua Luc en passant devant sa loge et remonta le couloir vers les coulisses, réservant sa première visite à sa complice. Au moment où il s'engageait dans le couloir il vit Terry sortir précipitamment de la loge de la costumière en riant, rattrapé par un volumineux coussin rouge qui le heurta dans le dos et ne fit qu'aggraver son fou rire, et poursuivit par les imprécations de Bella et notamment un « goujat » retentissant prononcé juste avant que la porte ne soit vivement claquée derrière lui. Sven s'approcha, interloqué. Wells qui venait de se retourner, cherchant à reprendre son souffle, l'aperçu et s'avança aussitôt vers lui avec un large sourire. Avant qu'il n'ait pu dire un mot il l'avait enlacé et réduit au silence d'un baiser empressé

-« Juste ce dont j'avais besoin » affirma t-il satisfait

-« Terry qu'est ce qui se passe ? »

-« Rien. Tu es en retard » éluda celui-ci

-« Terry » gronda Sven « Qu'a tu fais à Bella ? »

-« Rien je t'assure » affirma le gérant en l'entrainant dans le couloir en direction de son bureau « Nous nous sommes chamaillés toute la journée à propos des costumes du prochain spectacle, la routine ! »

-« La routine… » Répéta le jeune homme perplexe. Wells haussa les épaules l'air de dire « évidemment ! »

-« Tu connais notre façon de travailler ! »

-« Je vois que vous retrouvez les bonnes habitudes. Et le coussin c'était pour quoi ? » Terry poussa la porte de son antre

-« Je lui ai dit que si elle avait pu porter une de ces grandes perruques Louis quelque chose… »

-« Terry ! » l'interrompit Sven

-« Je n'ai pas la mémoire des chiffres » répliqua celui-ci « Donc je lui ai dit que si elle pouvait porter un de ces trucs, comme elles sont blanches, elle n'aurait plus eu besoin de se teindre les cheveux, mais qu'avec sa touffe c'est sans espoir ! et comme elle était déjà un peu enervée…» gloussa t-il

-« Oh ! » s'offusqua le jeune homme « Tu sais pourtant combien Bella est susceptible quand cela concerne ses cheveux ! »

-« C'est bien pour ça que j'ai attaqué sous cet angle » triompha le gérant avec un air réjouit. Sven soupira, désabusé

-« Tu te conduis comme un gamin »

-« Parfois » concéda Wells « Mais tu sais comment je suis quand je crée ? »

-« D'une humeur massacrante ou excessivement taquin »

-« Tu préférerais que je sois grognon ? »

-« Non, ne change rien, nous devrions survivre »

-« Mais j'espère bien ! » s'exclama Wells en lui volant un baiser « Et je t'annonce qu'il y aura répétition générale du nouveau spectacle samedi après midi! »

-« Déjà ? » s'exclama Sven, surpris

-« Et oui ! C'est toi qui disait que c'était urgent » Ironisa le gérant

-« Oui mais là je te trouve un peu trop rapide »

-« Pas du tout ! J'ai travaillé sérieusement. J'ai juste pioché un peu dans deux ou trois anciens programmes pour m'inspirer »

-« Terry, je sais bien que cela demande du temps de créer des tableaux, même préconçus, tu ne devrais pas te précipiter »

-« J'ai fait un peu de recyclage pour accélérer les choses mais ce sera la même qualité : j'ai une réputation à tenir ! » Affirma Terry. Enlaçant son compagnon, il nicha son visage dans son cou « Et plus vite il sera prêt plus vite tu tiendras ta promesse »

-« Hum. Je voulais un nouveau spectacle » jugea Sven en posant ses mains sur les siennes

-« C'est le cas » répondit le gérant entre deux baisers

-« Non. Tu as recyclé les tableaux de trois anciens spectacles pour en créer un nouveau »

-« C'est original et ça colle »

-« Mais ce n'est pas vraiment nouveau » Cette fois Wells se redressa et fit pivoter son compagnon dans ses bras pour lui faire face

-« Sven ! C'était bien trop long de tout inventer ! »

-« C'est le secret d'un spectacle réussi c'est toi qui me l'a appris »

-« Juste pour cette fois soit indulgent ! » plaida Terry. Sven fit la moue comme s'il hésitait, puis il leva la main pour caresser la joue de son partenaire, esquissant un sourire

-« Juste pour une fois alors » Wells retrouva aussitôt sa bonne humeur. Sven se pencha légèrement « Et parce que moi aussi je trouve le temps long » lui murmura t-il à l'oreille. En réponse Terry le serra davantage et repris ses baisers, heureux de ses paroles. Il se laissa faire, profitant de ces moments précieux. Après quelques minutes, l'irruption de Luc dans le bureau survint à point nommé alors qu'il cherchait comment échapper en douceur à son compagnon de plus en plus entreprenant. Terry râla

-« Quoi encore ! On ne peut pas être tranquille ! »

-« Désolé, j'ai frappé » affirma Luc un peu embarrassé

-« Ce n'était quand même pas le bon moment !» grogna le gérant

-« Moi je pense le contraire, je n'ai toujours pas salué Bella » le taquina Sven en se dégageant

-« Tache de prévenir que c'est toi » marmonna Wells en le lâchant à contre cœur « les coussins volent bas chez elle »

-« Tu l'avais bien mérité ! » lança le jeune homme en quittant le bureau. Parvenu devant la loge de la costumière, il ramassa le coussin et frappa en s'annonçant

-« C'est moi Bella » La porte s'ouvrit sur la vieille dame toute ébouriffée

-« Ah Sven ! T'as fini ta journée ? » Elle avisa le coussin et s'en saisit « Hum. Ton mauvais sujet m'en fait voir de toutes les couleurs ! » Grogna t-elle

-« Heureusement que tu sais te défendre »

-« Et que j'arrive à le suivre ! Il ne tient pas en place ! »

-« Désolé Bella »

-« Pas moi ! » répliqua celle-ci « Je retrouve le véritable Terry et c'est bon ! » Expliqua t-elle devant l'étonnement de son vis-à-vis

-« Je vois. Ses taquineries te manquaient ? »

-« Exactement. Mais ne t'avise pas de le lui répéter ! » Ajouta t-elle en brandissant un index soit disant menaçant. Sven sourit

-« Je suis de ton côté Bella »

-« Alors toi tu es un brave ! » affirma la costumière en lui tapotant la joue « Tu as examiné le scénario ? »

-« J'ai lu le premier jet »

-« Il a rajouté pas mal de trucs. Ça et des changements d'époques. J'arriverais jamais à finir les costumes à temps ! »

-« Bien sur que si Bella : tu es la meilleure »

-« Flatteur » marmonna la vieille dame

-« Je t'empêche seulement de te sous estimer ! »

-« Mouais. En tout cas les clients ne devraient pas remarquer qu'on a déjà bossé dessus avec les modifications. Mais la prochaine fois il nous faudra de l'original !»

-« Il devenait urgent de nous renouveler »

-« Et Terry avait aussi une autre bonne raison d'être pressé »

-« Disons une certaine motivation » avoua le jeune homme

-« Tu vas vraiment t'installer avec lui ? »

-« Je suis décidé à tenter l'aventure. Si ça ne va pas… »

-« J'espère que ça marchera » le coupa Bella « Pour que vous soyez enfin heureux et en équilibre »

-« Tu n'es pas contre alors ? »

-« Je ne me serais pas autant démené sinon. Même si… »

-« Tu voudrais être certaine que je ne risque rien ? » compléta Sven

-« Ouais » marmonna la vieille dame. Le jeune homme s'approcha et la prit dans ses bras

-« Ne t'inquiète pas Bella. Cette fois je suis décidée à choisir ma vie. J'ai compris que je pouvais le faire moi aussi »

-« Personne n'aurait jamais du te faire croire le contraire ! »

-« Maintenant je le sais. Mais si tu n'avais pas été là je ne le saurais toujours pas Bella »

-« Possible » marmonna la costumière, gênée

-« Toi et M Wren qui m'a fait comprendre qu'il est bon de le savoir mais mieux encore de l'appliquer »

-« Il est de bon conseil » le jeune homme sourit

-« Vous avez fait grandir l'orphelin Bella. Je ne pourrais jamais assez vous remercier »

-« En ce qui me concerne te savoir heureux me suffit. Et je suis bien sûre que ce sera pareil pour Harold »

-« Cela ne me surprendrait pas »

-« Il est comme ça le demi patron » renifla la costumière

-« Bella ? »

-« Ah c'est de ta faute ! Y'a des choses qu'il faut pas remuer ! » Protesta celle-ci « Tu ferais mieux de retourner voir Terry et de vérifier le scénario » Sven sourit, pas dupe. Il savait combien sa complice détestait étaler ses émotions

-« J'y vais. Et je vais appeler M Wren pour qu'il m'aide. J'aime avoir son avis »

-« Ah ça ! Quand vous causez histoire ça n'en fini plus ! Dis lui bonjour de ma part »

-« Promis » affirma Sven en posant un baiser sur sa joue

-« As-tu fini ? » marmonna la vieille dame, le faisant rire. Il quitta la loge la laissant reprendre sa couture et s'isola dans un coin de couloir

.

Finch décrocha machinalement, l'esprit ailleurs. La voix joyeuse de Sven le ramena à la réalité

-« Bonjour M Wren ! »

-« Bonjour Sven »

-« Comment allez-vous ? »

-« Ca va » mentit l'informaticien « Vous semblez… réjouit » constata t-il

-« Oui. Nous avons un nouveau spectacle »

-« En effet c'est une bonne nouvelle » approuva Finch

-« Je pense que Terry reprend goût à son travail »

-« Et il semble avoir retrouvé une certaine inspiration »

-« Plus ou moins. Mais cela reviendra. L'important c'est de pouvoir présenter autre chose. Les clients auraient fini par s'interroger »

-« Sans doute »

-« J'appelais pour vous inviter à la répétition générale samedi. Serez-vous disponible M Wren ? » Finch hésita, il n'avait pas vraiment le cœur à ça

-« Je suis désolé Sven mais je crains de ne pas pouvoir m'y rendre »

-« Oh M Wren ! J'ai besoin que vous m'aidiez à vérifier la chronologie »

-« Vous êtes tout à fait apte à le faire seul Sven, je vous fais confiance »

-« Merci, mais vous savez que je fais encore des erreurs parfois, vous jamais. Et vous avez toujours une bonne vision des détails »

-« C'est gentil mais nous sommes… très occupés ces derniers jours »

-« John est sur… une affaire spéciale ? » demanda le jeune homme

-« En quelque sorte »

-« Je comprend. Dans ce cas je ne veux pas vous importuner » se résigna le secrétaire d'un ton déçu qui toucha l'informaticien

-« Toutefois… » Commença t-il « Je peux peut être me libérer une heure ou deux… »

-« Ce serait formidable M Wren ! » affirma Sven retrouvant son enthousiasme « Nous ne vous retiendrons pas longtemps, juste le temps nécessaire, c'est promis ! »

-« Entendu. Je passerais vers 14H30 ? »

-« Très bien. J'arrangerais tout pour cet horaire. Merci M Wren »

-« Alors à samedi » murmura Finch qui se demandait s'il agissait bien

-« A samedi. Vous avez le bonjour de Bella »

-« Transmettez-lui le mien en retour »

-« Ce sera fait ! »

L'informaticien coupa la communication sur un dernier salut. Il regrettait un peu d'avoir dit oui mais il avait aussi promis d'aider Sven et l'équipe du Symbole. « Etrange évolution » songea t-il. Le reclus asocial devenu co-propriétaire d'un cabaret et participant à l'élaboration des spectacles. Tant de changements rendus possible par un seul homme. Sa pensée dériva vers son ami Nathan. Lui aussi l'avait beaucoup aidé à sa façon mais il n'aurait pas reconnu celui qu'il était devenu aujourd'hui. L'aurait-il approuvé ? Comme son fils, il n'aurait sans doute retenu que le plus important : cela le rendait heureux. Il avait reçu un appel de Will la semaine précédente et celui-ci s'était réjouit de le sentir si serein, si sur de lui. Il se sentait bien dans sa nouvelle vie, épanoui comme jamais il ne l'avait été, plus ouvert, osant affirmer ses envies ou ses désirs. Il pensa alors à leur situation actuelle et l'idée de perdre tout cela lui donna la nausée. Il se leva pour faire quelques pas, cherchant à éloigner ce stress qui l'envahissait brusquement. Il frissonna. Chercha sa veste. La fraicheur subite lui rappela ce rêve qu'il avait fait quelques jours plus tôt et qui lui avait laissé une si sinistre impression. Il passa la main sur son visage, il devait chasser ces pensées là. Bear se manifesta et il saisit l'occasion

-« Vient Bear, allons faire une promenade cela nous détendra » affirma t-il en saisissant la laisse. Le malinois ne se fit pas prier et cala son allure sur celle de son maître pour quitter le vieux bâtiment.

.

Sven revint dans le bureau de son compagnon qui leva les yeux à son entrée

-« Je commençais à trouver le temps long ! » protesta t-il

-« Tu auras dû venir vérifier que Bella ne m'avait pas assommé alors »

-« Elle ne ferait jamais ça tu es son préféré » grogna Wells

-« Je ne la provoque pas sur ses points faibles moi »

-« C'était trop tentant pour toute les fois où elle me fatigue ! »

-« Bien sur » ironisa Sven « J'ai appelé M Wren et je l'ai convaincu d'assister à la répétition de samedi pour superviser la chronologie »

-« C'était obligé ? »

-« Oui. Je te rappelle qu'il est aussi ton associé »

-« Mouais. Alors je le garderais à l'œil » marmonna Terry

-« C'est ça. Tu montera la garde comme M Randall »

-« John est vigilant envers son patron ! »

-« Il est jaloux envers son compagnon » corrigea Sven. Il contourna le bureau derrière lequel se tenait le gérant et glissa la main derrière la nuque de son partenaire « Comme toi » précisa t-il

-« Je ne suis pas jaloux » contra Terry en approchant son visage pour recueillir son baiser

-« Ah non ? » demanda le jeune homme en s'écartant

-« Non » affirma Wells en cherchant à le retenir

-« Je croyais que tu devais être sincère ? » demanda Sven en résistant. Wells soupira à fendre l'âme

-« Tu vas me le reprocher »

-« Peut être pas… »

-« Vraiment ? »

-« Un peu de jalousie c'est une preuve d'intérêt. C'est lorsqu'elle est envahissante qu'elle est mauvaise »

-« Alors je suis un peu jaloux » avoua le gérant

-« Je m'en contenterais » approuva le jeune homme avant de l'embrasser enfin « On peut se mettre au travail maintenant »

-« Et après je t'emmène dîner »

-« D'accord. Mais seulement dîner »

-« Sven ! »

-« C'est bien dimanche que tu lances le nouveau spectacle ? » demanda celui-ci l'air de rien

-« Ce que tu peux être têtu ! »

-« Vois le bon côté des choses. Je ne serais sans doute pas ici si je ne l'étais pas »

-« Et tu as réponse à tout en plus, je préférais l'ancien Sven » grogna Terry

-« Il n'existe plus désolé. Mais si tu ne veux plus du nouveau… » Wells saisit sa main avant qu'il ne s'écarte

-« Je te jure que dimanche je ne te lâcherai pas ! » Sven eut un mince sourire

-« Je n'en espère pas moins de toi » affirma t-il en prenant place à côté de lui. Il lui donna un baiser et ils se mirent au travail sérieusement.

.

OoooooooooO

.

Vers 18H la situation changea. Tania avait un engagement pour la soirée et elle quitta à regret celui qu'elle considérait comme son prétendant officiel. Finch songea que cela lui offrirait quelques heures de répit

Agnès, une fois la conférence achevée, se rendit chez un couple d'avocats où elle était invitée. John la suivit discrètement. Cette fois il ne pourrait mener la surveillance de l'intérieur. Il l'observa tandis qu'elle se garait devant le vaste perron de la villa. L'hôtesse l'attendait sur le seuil et elles s'embrassèrent comme deux vieilles amies avant d'entrer dans la maison

Reese se cala dans son siège et ferma les yeux un instant, il se sentait fatigué, tellement fatigué…

Toute la journée il n'avait cessé de réfléchir à ce qu'il vivait, partagé entre cette envie d'être près de Tania et la conscience de la faute qu'il commettait. Sa place était auprès de Finch pas avec cette fille, mais il voulait tellement retrouver Jessica, même juste quelques heures ! L'idée l'effleura qu'il le voulait par culpabilité mais l'amour ? Il pensait depuis longtemps que seul celui de son compagnon lui importait désormais mais brusquement tout était remis en question. Mais était-ce vraiment de l'amour ? Ou n'était ce pas plutôt l'habitude de ressentir ce sentiment en pensant à elle ? Comment savoir s'il était toujours réel ? Et puis il y avait ce sentiment diffus de trahison. Il l'avait déjà éprouvé au début, lorsqu'il avait réalisé ses sentiments pour son patron. Il s'était alors demandé s'il méritait cette nouvelle chance, s'il avait le droit de la vivre vis-à-vis de Jessica ? Mais elle n'était plus là et il s'était dit qu'elle aurait voulu qu'il soit heureux alors il avait suivi son cœur. Aujourd'hui ce sentiment revenait en force. Il n'aurait pas dû l'éprouver puisqu'il ne s'agissait que d'un sosie mais c'était le cas pourtant, comme un reproche d'outre tombe. Il se sentait perdu au milieu de toutes ces pensées.

La sonnerie de son portable le fit tressaillir, le tirant de ses réflexions. C'était Agnès qui recevait un appel. Elle le prit malgré la situation mais abrégea la conversation. Elle fut peu explicite pour les autres mais cela ramena l'ex agent à la réalité. Il enclencha un appel

-« Finch ? »

-« Oui ? »

-« Je… » Hésita t-il devant le ton bref de son associé « J'ai suivi Agnès jusqu'à une villa… »

-« Elle appartient à Alan Bergson et son épouse Paola. M Bergson est avocat et il est le conseiller juridique de Miss Marbery. Il l'a défendu lors de plusieurs affaires, essentiellement des plaintes qui n'étaient jamais assez étayées pour amener une condamnation. Elle le rétribue généreusement pour qu'il veille à sa défense à la moindre alerte et en échange il se rend toujours disponible. Ils ont des liens cordiaux semblent-ils. Miss Marbery est la marraine de la troisième fille du couple qui a cinq enfants »

-« Ils se connaissent bien alors. Est ce qu'Agnès est à l'origine de leur union ? »

-« Pas du tout. Ils se sont rencontrés à l'université et ont obtenu leurs diplômes d'avocat dans la même promotion. Mais ils ont choisi des domaines différents, Madame Bergson est spécialisée dans les délits fiscaux. Je pense qu'ils ne devraient pas rester longtemps sur place M Reese » compléta t-il

-« Pourquoi ? Ils ont réservé quelque part ? »

-« Au Per se. Une table pour trois »

-« D'accord, je vais les suivre » affirma John. Finch retint de justesse la remarque acerbe qui lui était venu à l'esprit et se contenta d'approuver :

-« Entendu M Reese » Il avait eu le temps de réfléchir en un après midi et avait résolu de se montrer patient. De toute façon si une histoire se tissait entre eux, au vu des motivations de cette femme, elle ne durerait pas. Il suffirait qu'elle apprenne que John n'était pas aussi riche que prévu et tout serait terminé. Il avait même été tenté de précipiter les choses en dévoilant que ce compte bien rempli, cette superbe villa ou cette collection dont il avait crédité son partenaire n'étaient qu'illusions mais c'était impossible, il ne pouvait pas compromettre la couverture de son agent tant que la mission ne serait pas terminée ! La voix de John le ramena au présent

-« Finch ? »

-« Oui ? »

-« Est-ce que… ça va ? »

-« Oui » répondit seulement l'informaticien

-« Je suis désolé pour… pour ma conduite… ce matin » risqua John, mal à l'aise de la situation et de la froideur de son compagnon

-« Vous êtes perturbé John » concéda celui-ci

-« Je ne devrais pas » murmura Reese. Finch en profita :

-« Vous devriez surtout accepter de m'en parler » affirma t-il « Nous nous étions promis de dialoguer »

-« Je sais. Laissez-moi juste un peu de temps » plaida John. L'informaticien soupira

-« Si vous le souhaitez. Mais le temps n'est pas toujours un allié John. Et vous ne devriez pas rester seul »

-« Je ne suis pas seul puisque vous êtes là » rétorqua spontanément l'ex agent. Finch eut envie de lui répondre que s'il ne s'exprimait pas, sa présence ne serait pas suffisante, mais il préféra éviter de le braquer en insistant et ne retenir que l'intention

-« Toujours John » murmura t-il seulement « Je crois que la soirée commence » ajouta t-il en entendant son agent mettre en route son véhicule

-« Oui, ils viennent de sortir. Je les suis »

-« Soyez prudent »

-« Promis. A tout à l'heure » affirma John. Il garda le téléphone dans sa main quelques instants « Toujours John » les mots résonnaient dans sa tête. Finch serait toujours là pour lui il le savait. C'était une certitude ancrée au plus profond de son être et il s'était juré qu'il en serait de même. Jamais il ne cesserait de veiller sur lui. Pourtant aujourd'hui…Il éprouva à nouveau un sentiment de trahison mais envers lui cette fois, une vague de culpabilité l'envahie et le blessa. Il se promit alors de suivre le conseil de son compagnon dès que possible. Il avait raison ils devaient en parler. Mais, en attendant, il se força à se reconcentrer sur la mission.

.

Depuis sa voiture, Reese écoutait la conversation grâce au téléphone d'Agnès. Les sujets défilaient sans grand intérêt pour leur mission. La gérante semblait s'entendre parfaitement avec Paola, il les entendit projeter une sortie commune pour la semaine suivante dans un spa. Le dîner avançait tranquillement. Juste avant le dessert les deux femmes se rendirent aux vestiaires pour vérifier leur maquillage, John les entendit échanger quelques conseils d'un ton léger puis elles regagnèrent leurs places juste au moment où le serveur apportait la suite. Les trois convives entamèrent leurs assiettes mais Reese sentit l'ambiance changer imperceptiblement. Il se redressa, en alerte, lorsqu'il entendit Paola s'exclamer d'un ton inquiet :

-« Agnès qu'avez-vous ? Vous ne vous sentez pas bien ?»

-« Ce n'est rien » répondit celle-ci d'une voix un peu affaiblie

-« En êtes vous sure ? » interrogea Alan

-« Oui, c'est juste un léger malaise »

-« Tout de même… » Commença Paola

-« Je vais aller me rafraichir »

-« Je vous accompagne ! » affirma aussitôt l'avocate. Les deux femmes retournèrent aux vestiaires. Reese entendit un serveur s'enquérir auprès d'Alan de la situation, celui-ci décida de réclamer l'addition, préférant abréger la soirée. Agnès et Paola revinrent quelques minutes plus tard, la première semblant avoir retrouvé ses esprits. L'avocat leur annonça qu'ils avaient réglé et qu'ils pouvaient rentrés, la gérante protesta mais fini par céder aux raisons du couple et ils quittèrent le restaurant

-« Vous êtes surmenée Agnès ! Je vous ai déjà dit que vous travaillez trop » affirma Paola comme ils s'installaient dans la voiture

-« Je ne sais pas rester inactive. Ce n'est pas un petit coup de fatigue qui va m'arrêter ! »

-« Vous êtes trop têtue ma chère » commenta Alan en démarrant. « Je vous raccompagne chez vous »

-« Mais ma voiture… » Protesta Agnès

-« Je vous la ferais reconduire demain, il est hors de question que je vous laisse conduire » trancha l'avocat

-« Alan a raison, il ne s'agit pas que vous ayez un accident. Et vous devriez consulter Agnès surtout si ce n'est pas la première fois ! »

-« C'était juste la chaleur » marmonna la gérante « Je ne suis pas malade ! La maladie c'est mauvais pour les affaires »

-« Certes. Mais il est possible de consulter discrètement » jugea Paola. La discussion continua sur le même ton jusqu'à ce qu'ils parviennent devant l'immeuble d'Agnès. Celle-ci abrégea les adieux. Reese qui n'avait rien perdu de l'incident depuis le début devina qu'elle devait être vexée d'avoir été surprise en état de faiblesse. Chez une femme comme elle c'était impardonnable. Il hésita puis décida de contacter son associé

-« Finch ? Vous n'êtes pas encore couché ? »

-« Non »

-« Vous n'êtes pas endormi devant votre ordinateur j'espère ? » demanda John soupçonneux

-« Je suis rentré mais je n'avais pas sommeil. Que se passe t-il ? » Interrogea l'informaticien

-« Agnès a été victime d'un malaise pendant le repas, et apparemment ce n'était pas le premier » l'ex agent résuma brièvement l'incident

-« A quoi pensez-vous M Reese ? Vous croyez que ce malaise a été provoqué ?»

-« Non je ne pense pas, en revanche ce serait bien d'en savoir un peu plus sur la santé d'Agnès, vous pensez pouvoir trouver des informations là-dessus ? »

-« C'est possible » affirma Finch

-« Dans ce cas vous pourriez voir cela demain »

-« Ou… »

-« Demain » répéta Reese fermement

-« Je m'en occuperais en priorité » céda Finch

-« Bien. Je vais rester un peu pour m'assurer que tout va bien »

-« Entendu » approuva l'informaticien même s'il avait hâte de le retrouver. John perçu un petit son plaintif « C'est Bear ? » demanda t-il aussitôt

-« Oui mais ce n'est rien il voulait juste un peu d'attention »

-« Il y a un problème ? » insista Reese

-« Non aucun John. Je crois que Bear est juste un peu… perturbé » suggéra prudemment Finch

-« Je lui ferais faire une balade demain matin »

-« Il en sera sans doute très heureux » confirma l'informaticien « A tout de suite ? »

-« Je ne tarderais pas » confirma l'ex agent avant de raccrocher, décider à quitter les lieux dès qu'il serait certain qu'Agnès ne bougerait plus de chez elle.

.

OoooooooooO

.

Allongé sur le côté, les yeux ouverts sur la nuit, Finch guettait le bruit de la porte. Il le perçu enfin et en ressentit un certain soulagement. Il écouta l'évolution de son compagnon à travers le loft. Le câlin à Bear, le chemin jusqu'à la salle de bains puis le bruit furtif de ses pieds nus sur le parquet comme il s'approchait du coin repos. Il sentit le matelas s'affaisser de son côté et entendit le soupir fatigué de son partenaire. John bougea doucement et il sentit un baiser posé sur sa nuque. Il frémit et bascula sur le dos. Reese ne parut pas vraiment surpris de le trouver éveillé. Les regards bleus s'accrochèrent, se nouèrent l'un à l'autre puis John se pencha et s'empara des lèvres de son compagnon. Finch lui rendit son baiser, agrippant ses épaules pour le retenir. Lorsqu'il mit fin au baiser leurs regards s'unirent à nouveau quelques instants puis John s'étendit et l'attira contre lui. Finch se blottit, reprenant sa place, et ensemble ils se laissèrent aller au sommeil, à l'oubli, pour quelques heures.