Chalut à toutes !

Je suis presque en rythme cette fois !

Et avec quelques jours de repos pour recopier je ne devrais pas être en retard la semaine prochaine

Merci aux fidèles lectrices pour leurs encouragements

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Bonne lecture !

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Du fond de son demi-sommeil Finch sentit le lit bouger doucement comme John se levait. Il l'entendit chuchoter quelques paroles à son chien, captant les mots "Courir" et "croissants", et il devina qu'il allait emmener Bear faire un jogging jusqu'à leur boulangerie préférée. Il se sentait la tête lourde, fatigué par ses insomnies, et préféra se reposer encore un peu.

Il se réveilla un peu plus tard et ouvrit péniblement les yeux, aussitôt la lumière le blessa et il songea que ce n'était pas bon signe pour le reste de la journée. Il se leva avec des gestes prudents. Son dos, tendu, lui faisait mal et il sentait une lourdeur qui confirma sa première impression, tout cela était annonciateur d'une migraine. Il soupira et se força à avancer. John ne devait pas encore être rentré puisque Bear ne vint pas le saluer de son petit coup de museau habituel. Il choisit des vêtements adaptés dans le dressing. Il était tôt, pourtant la chaleur était déjà très présente. Il se dirigea vers la salle de bains, les bruits de la rue lui parvenaient par la fenêtre entrouverte. Il entendit un rire enfantin et s'approcha pour voir d'où il provenait. Une jeune femme marchait sur le trottoir, poussant un landau avec un bébé tandis qu'un petit garçon de deux ou trois ans courrait en avant. C'était lui qui riait, joyeux et insouciant. Finch esquissa un sourire devant sa bonne humeur. Levant les yeux, il vit John et Bear revenir au pas de course. L'ex agent avait enfilé son jogging et tenait un sachet de la boulangerie et le malinois suivait sa foulée tranquillement. Il détailla sa silhouette sportive, la sérénité entre l'homme et son chien…

Un appel attira son attention. La femme rappelait son fils qui s'éloignait trop. Le gamin revint sur ses pas en courant mais butta sur une motte de terre et s'étala de tout son long dans l'herbe ce qui déclencha immédiatement ses pleurs. Bear fut le premier a ses côtés, John suivit, s'accroupissant près de lui, tandis que la mère faisait demi tour avec le landau. Finch vit son agent soulever doucement le petit garçon et l'asseoir sur son genou. Celui-ci pleurait toujours mais ses larmes se tarirent rapidement comme Bear le gratifiait de généreux coups de langues sur les joues. L'enfant gloussa puis se mit à rire, tendant ses petites mains vers le malinois. L'informaticien vit son compagnon échanger quelques mots avec la mère, sans doute pour la rassurer. Elle montra le landau puis désigna un véhicule garé plus loin dans la rue. Reese tourna la tête puis sembla proposer quelque chose. L'instant suivant il saisissait l'enfant, le calant sur son bras pour le porter jusqu'à la voiture. Le gamin se blottit contre son épaule, confiant, tout en observant Bear qui suivait le mouvement. En voyant John avec cet enfant il se remémora une autre scène, au début de leur collaboration, l'enquête sur la petite Leïla. Il se rappela les paroles de son associé alors qu'ils venaient de confier la petite fille à ses grands parents. Des enfants, une famille. John aurait pu avoir tout cela en faisant d'autre choix songea t-il. Et peut être n'était-il pas trop tard pour lui ?

Il vit son agent déposer l'enfant à l'arrière de la voiture et s'occuper de lui pendant que la jeune mère installait son bébé et repliait le landau pour le mettre dans le coffre. Il l'observa comme il prenait un croissant dans le sachet pour l'offrir au petit garçon qui le prit en riant. Il semblait parfaitement à l'aise avec l'enfant, dans son élément. Finch serrait le double rideau, la main crispée sur le tissu pour se raccrocher à quelque chose de solide. La migraine enserrait maintenant douloureusement son crane. Impitoyablement, la douleur lui vrillait les tempes, fragilisait son équilibre. Il sentit son estomac se révolter à son tour. Lâchant les vêtements qu'il tenait sur son bras, il se dirigea précipitamment vers la salle de bains. La pénombre dans la pièce lui fit du bien. Il gardait les yeux clos, s'efforçant de se reprendre. Il devait atteindre le flacon d'anti douleur, retourner s'étendre un peu mais il se sentait faible. Il resta là, appuyé contre le lavabo, cherchant à se ressaisir. Après quelques instants, il n'aurait su dire combien, il perçut vaguement le bruit familier de la porte d'entrée, puis des pas furtifs dans l'escalier, un petit coup sur sa jambe, le très léger grincement de la porte de la salle d'eau, la voix inquiète de son compagnon :

-« Harold » ses mains fortes enserrant ses épaules « Harold vient avec moi » Il se sentit attiré, son dos heurta la poitrine de son partenaire alors qu'il sentait son bras entourer sa taille et sa main envelopper la sienne pour lui faire lâcher prise. Il se laissa guider jusqu'au lit où John l'aida à s'allonger « Je reviens ne bouge pas » chuchota t-il. Finch laissa échapper un gémissement comme il s'écartait de lui, emportant sa chaleur et cette présence rassurante. Une petite plainte de Bear lui répondit en écho « Reste tranquille » murmura John « Je vais chercher ce qu'il te faut »

Les pas de Reese dans l'escalier, un aller retour rapide avant qu'il ne perçoive à nouveau sa présence. Finch se força à ouvrir les yeux et le vit sortir de la salle de bains tenant un linge humide. Il s'approcha et se pencha vers lui. Passant un bras autour de ses épaules, il l'aida à se redresser

-« Un petit effort Harold » chuchota t-il en lui tendant un grand verre de laitage « Buvez un peu » Finch tenta d'avaler une gorgée et grimaça. John glissa un comprimé entre ses lèvres « Encore un peu Harold, vous devez prendre votre médicament » l'informaticien prit sur lui pour avaler le cachet et le contenu du verre puis il laissa John le recoucher, posant le linge humide sur son front «Reste calme le temps que la crise s'apaise » affirma l'ex agent en faisant mine de se redresser

-« John » murmura Finch en agrippant son bras « Reste un peu »

-« Je suis là » chuchota Reese en caressant doucement son visage. Ce fut seulement lorsqu'il sentit le pouce de son compagnon l'effacer que Finch prit conscience de la larme qu'il avait laissé échapper. Reese posa ses lèvres sur les siennes quelques secondes « Donne moi une minute » affirma t-il en se relevant. Il alla rajuster les doubles rideaux entrouvert pour atténuer la lumière. Remarquant un tas de vêtement sur le sol il se baissa pour les ramasser, étonné, et alla les déposer sur le portant à côté du lavabo. Il revint et contournant le lit il s'y allongea avec précaution, prenant la main de son compagnon. Celui-ci la serra en retour et parut se détendre.

Au delà de la douleur, Finch souffrait de sa faiblesse et de la scène surprise un peu plus tôt. La pensée obsédante que John méritait autre chose, mieux que ce qu'il avait à lui offrir et son cœur qui se rebellait contre ce constat…Il finit par lâcher prise, naviguant dans une semi-conscience tandis que le médicament agissait et que la douleur s'atténuait lentement. Seulement attentif au soulagement qui l'envahissait et à cette main qui enserrait la sienne…

John s'efforçait de garder une immobilité parfaite, attendant que la crise passe. Il se sentait responsable. Il savait son sommeil perturbé de ces deux dernières nuits et en devinait sans peine la raison. Il s'en voulait de le faire souffrir mais il ne savait plus très bien où il en était. Depuis cette soirée où elle était apparue son esprit n'avait pas trouvé un instant de repos. Finch comptait plus que tout pour lui mais chaque fois réapparaissait ce visage qui le hantait et Tania lui ressemblait tellement ! Il avait effacé son passé pour lui mais il ne parvenait pas à occulter cette partie là. Peut être parce qu'il avait trop de regrets de ne pas avoir été là, de ne pas l'avoir sauvé… Et il se débattait contre ces sentiments ambigus. D'un côté elle était comme une seconde chance, l'opportunité de tout recommencer à zéro, de vivre cette histoire qui lui avait échappé. Mais de l'autre il y avait toujours ce rappel : Tania n'était pas Jessica. Elle était son image mais pas son esprit. Un instant il retrouvait des mots, des attitudes puis l'instant suivant les similitudes s'effaçaient, elle était différente. Elle l'attirait et le repoussait tout à la fois. Et il ne la désirait pas. Il ne l'avait même pas embrassé. Il en avait eu envie pourtant pour tester s'il retrouverait les sensations d'autrefois. Mais chaque fois l'image de son compagnon s'imposait. C'était un regard bleu qu'il cherchait dès que leurs visages se rapprochaient un peu trop et ne pas le trouver le faisait aussitôt reculer. Elle était belle, elle était charmeuse mais il n'avait pas envie d'elle malgré tout les efforts qu'elle déployait pour l'attirer dans ses filets, alors qu'il lui suffisait de poser les yeux sur ce corps fragile qui reposait en ce moment près du sien pour sentir renaitre l'attirance entre eux. N'était ce pas un indice pour lui dire que cela ne marcherait pas ? Que la vie n'accordait pas de seconde chance de revivre un amour? Il le devinait et pourtant il ne pouvait s'empêcher de s'accrocher à ces faux espoirs.

Finch poussa un profond soupir en remuant légèrement. Il serra sa main pour le rassurer avec ce besoin viscéral de le protéger, celui qui avait fait accélérer son cœur lorsqu'il l'avait trouvé si mal à son retour. La migraine n'était sans doute pas sa seule souffrance à ce moment. C'était plutôt lui et son attitude qui devaient être ses principaux tourments. Il lui avait mentit. C'était plus qu'un mensonge en réalité, une trahison parce qu'il se savait le seul être à qui Finch accordait une confiance absolue, le seul avec qui il osait être lui-même, tout comme Harold était le seul être avec qui il osait s'abandonner totalement. C'était devenu sa torture de chaque minute. Il était conscient qu'il risquait de briser tout ce qu'ils avaient bâtis ensemble depuis le début de leur relation. La plus belle histoire qu'il avait vécue dans sa vie. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher, comme si une force maléfique le poussait à agir contre lui-même. Cette étrange sentiment qu'il portait en lui et qui le poussait à se dénigrer, à négliger sa vie. Finch savait combattre ses démons, près de lui il les avait toujours vaincus. Lui seul savait lui donner la conscience de sa valeur, l'envie de se préserver. Mais cette fois c'était différent, il n'était pas sur que son compagnon serait assez fort…

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Attentif au moindre mouvement, Reese tourna la tête en sentant l'agitation de son compagnon. Finch remua et cette fois ouvrit les yeux, cherchant à se reconnaitre. Le visage de John apparut presque aussitôt dans son champ de vision

-« Vous vous sentez mieux ? »

-« Un peu oui » soupira t-il

-« La crise a été violente cette fois » remarqua l'ex agent en rajustant une mèche rebelle

-« C'est juste un peu de fatigue » tempéra l'informaticien « Quelle heure est-il ? »

-« Un peu plus de 9H30 » Finch tressaillit

-« John … »

-« Je ne pouvais pas vous laisser seul dans cet état » l'interrompit celui-ci

-« Mais la mission ? »

-« Je prends le risque » L'informaticien soupira, agacé de sa faiblesse

-« Je ne suis décidément pas… » Commença t-il mais il n'acheva pas, réduit au silence par les lèvres de John sur les siennes

-« Ne dites rien. Vous êtes à la hauteur » intima t-il. Finch hésita mais décida de ne pas le contredire « Je vais aller vérifier où en est Agnès » ajouta l'ex agent. Il se leva et prit soin d'aider son compagnon à se redresser « Ca va ? »

-« C'est passé » affirma Finch en caressant doucement Bear qui s'était glissé près de lui. John hocha la tête puis quitta la chambre, rassuré. L'informaticien resta assit un instant au bord du lit, câlinant le malinois. Une vibration attira son attention. John avait laissé son téléphone sur la table de nuit. Il tendit la main par reflexe mais stoppa son geste, hésitant à l'idée de commettre une indiscrétion. Cette pensée ne lui serait pas venue d'ordinaire. Mais surtout il redoutait ce qu'il lirait. Il jeta un regard vers la porte puis vers l'appareil. Finalement, détournant les yeux, il se leva et se dirigea vers la salle de bains. Dans la situation actuelle John pourrait considérer comme une trahison qu'il lise ses messages et il ne le voulait pas. En entrant dans la pièce d'eau il retrouva ses vêtements soigneusement posés sur le portant et croisa son reflet dans le miroir, son visage fatigué. Il allait commencer par se raser, cela lui sembla indispensable. Reese remonta quelques minutes plus tard et entra dans la salle

-« Agnès semble appliquer son programme » affirma t-il « Elle se rend actuellement dans la salle de sport d'un de ses clients. Il habite au dessus elle va sans doute inspecter les lieux à sa façon. Ensuite elle a rendez vous à sa banque puis elle doit déjeuner avec Mary Steward »

-« Très bien »

-« Je vais la suivre même si cela ne nous avancera sans doute pas à grand-chose » estima l'ex agent. Finch le fixa un instant via le miroir. D'ordinaire Reese considérait la filature comme une méthode fiable à défaut de mieux. Mais peut être avait-il élaboré d'autres projets pour la matinée ? S'efforçant de repousser cette pensée, il annonça :

-« Je termine de me préparer et j'irais à la bibliothèque pour faire les recherches sur d'éventuels antécédents médicaux »

-« Vous devriez rester ici vous reposer. Ce n'est pas un obstacle pour les recherches »

-« Non je serais mieux à la bibliothèque »

-« D'accord mais je vous y conduis moi-même »

-« Je peux… »

-« Ce n'est pas négociable » le coupa John en lui volant un baiser, indifférent à la mousse dont il se retrouva barbouillé. « Et puisque vous êtes occupé à jouer les barbiers je vais prendre ma douche » ajouta t-il « Je n'ai pas eu le temps en rentrant »

-« Allez y » murmura Finch. Il l'observa du coin de l'œil mais l'ex agent se dirigea vers la cabine comme il l'avait annoncé sans chercher à l'entrainer, pourtant d'ordinaire ce n'était pas le genre d'opportunité qu'il laissait passer sans rien dire. Il se sentit mal à l'aise devant son constat et s'efforça de ne pas réfléchir à ce que cela pouvait vouloir dire.

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Une demi-heure plus tard, ils étaient en route pour leur repaire. Bear était installé sur la banquette arrière, étonnement calme. Dans le silence de l'habitacle Finch perçu à nouveau le vibreur du téléphone de son associé mais resta impassible. John ne réagit pas davantage. Il se gara à proximité de la ruelle et descendit pour l'accompagner

-« Je me sens beaucoup mieux » affirma Finch comme il prenait son bras

-« Je préfère m'en assurer » l'informaticien leva la tête

-« Je vais bien : vous êtes là » précisa t-il. Pris d'une impulsion il glissa une main sur sa joue et l'embrassa tendrement sans paraitre se soucier du monde autour d'eux. Reese lui rendit son baiser, profitant de ce geste spontané qu'il appréciait à sa juste valeur

-« Promettez-moi de rentrer si ça ne va pas »

-« Promis » Affirma Finch avant de le lâcher à contrecœur et de se diriger vers la vieille batisse, rejoignant Bear qui l'attendait sur le seuil

Il pénétra dans la grande salle et alluma son système d'un geste machinal. Même si l'attitude de John était souvent rassurante il ne pouvait s'empêcher d'être préoccupé. Après avoir longuement atermoyé il finit par céder à la tentation et se connecta pour vérifier le portable de son agent. Il se sentait coupable d'agir ainsi mais son besoin de savoir était plus fort que sa mauvaise conscience. Il accéda aux messages et ce qu'il lut lui confirma que Reese avait bien élaboré d'autres projets que la filature de leur numéro pour la matinée. Il avait prévu de la passer avec elle. Et visiblement la demoiselle n'appréciait guère d'être délaissée même pour un "impératif professionnel", excuse invoqué par John pour justifier son absence. Contrarié, il referma l'application et vérifia la position de son agent. Pour l'instant il était à côté de la salle de sport où se trouvait Agnès, mais lorsqu'il démarra vingt minutes plus tard il ne prit pas le même chemin que leur numéro…

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La jeune femme consultât sa montre une énième fois, agacée. Elle n'avait pas l'habitude que ses soupirants soient en retard, au contraire. Encore moins de devoir bousculer ses projets et de passer après un problème de boulot ! Et vu ce qu'elle inspirait à celui là elle ne comprenait pas son absence. "Un impératif" lui avait-il écrit. Elle fit la moue. Il allait devoir revoir ses priorités ! Elle saurait bien lui faire comprendre que s'il la voulait il devrait s'adapter à son emploi du temps et pas le contraire, elle faisait déjà assez d'efforts pour lui plaire. Comme de céder à cette remarque la veille lorsqu'il s'était étonné de ses goûts vestimentaires alors qu'elle commentait la tenue d'une cliente du restaurant, admirant son chemisier aux couleurs vives. D'après lui elle n'était pas censée aimer les couleurs trop vives. Voilà que ses lubies allaient la priver de son style préféré ! Sauf que le genre noir et blanc sobre, voir simpliste, ce n'était pas son truc, elle n'avait pas vocation de ressembler à un damier ! Enfin s'il n'y avait que cela pour l'accrocher davantage elle pourrait sans doute s'y plier quelques temps songea t-elle avec un soupir

Son expression fermée, son air exaspéré disparurent comme par enchantement lorsqu'elle vit finalement apparaitre celui qu'elle attendait.

-« John ! Enfin !» lança t-elle, tout sourire

-« Je suis désolé de ne pas voir pu me libérer plus tôt »S'excusa celui ci

-« Ce n'est rien, mais tout de même, faire appel à vous pendant vos congés, c'est injuste ! »

-« Une urgence » éluda Reese

-« Vous n'êtes pourtant pas médecin » suggéra Tania, mi ironique, mi sérieuse « Je crois que je n'aurais pas droit à la visite guidée » ajouta t-elle avec une moue ennuyée en observant la façade du musée

-« Nous pouvons toujours rattraper le groupe. Nous n'avons pas dû manquer grand-chose » jugea l'ex agent en la prenant par le bras. Il l'entraina dans le bâtiment pour rattraper les autres visiteurs. Rouée, Tania reprit son rôle et redevint la compagne charmante et attentive qu'elle prétendait être. John lui ne voyait que son image et l'envie qu'elle soit plus que cela. Cela le rendait vaguement distant et elle devait faire des efforts pour conserver son attention. L'ambiance entre eux était particulière.

La visite se termina à midi et ils quittèrent le bâtiment, se dirigeant vers le véhicule de l'ex agent

-« Où m'emmenez-vous ? » interrogea la jeune femme

-« Je connais une bonne adresse » affirma John

-« D'accord, je vous laisse choisir M Rooney, mais j'espère que vous serez inspiré : j'ai faim ! »

-« Cela devrait vous plaire » L'ex agent conduisit quelques minutes puis se gara aux abords d'un quartier où les commerces et les restaurants de toutes origines se succédaient. Il emmena sa compagne vers un établissement dont la façade verte et jaune attirait irrémédiablement les regards. Ils étaient proches de l'entrée lorsque Tania s'arrêta avec une grimace

-« C'est un restaurant mexicain ? »

-« Oui. Tu adores cette cuisine » murmura John. La jeune femme lui adressa un regard interloqué. John réalisa son erreur « Je… »

-« Je crois que vous vous trompez de fiche John » suggéra Tania d'un ton faussement moqueur destiné à masquer sa vexation « Personnellement je déteste les plats épicés. Ce genre de restaurant ce n'est pas pour moi » Asséna t-elle. « Voyons, il doit y avoir autre chose ? » Interrogea t-elle en observant la rue. Elle fit quelques pas et eut un signe de dégoût devant le second établissement « Japonais ce n'est pas mieux, le riz en rouleau et les nouilles multicolores très peu pour moi » Reese pinça les lèvres. La pensée de l'enthousiasme de son partenaire lorsqu'il ramenait un repas asiatique lui traversa l'esprit. Il garda le silence et continua de suivre Tania

-« Ce que j'aime c'est la cuisine française, raffinée, élégante... Enfin dans ce quartier on ne trouvera jamais ça » remarqua t-elle un peu méprisante « Ah là ! Italien c'est acceptable » jugea t-elle. John suivit son regard et eut un mouvement de recul devant la façade familière. Ils étaient devant le restaurant de Stan. Le préféré de son compagnon. Il était hors de question qu'il y amène cette femme, ce serait comme profaner un sanctuaire. Il rattrapa Tania par le poignet alors qu'elle s'avançait vers la terrasse

-« Pas ici » dit-il fermement et la dureté de son ton frappa son invitée

-« Cela ne vous… plait pas ? »

-« Non. Allons ailleurs » imposa Reese. Il lui fit traverser la rue rapidement d'un pas nerveux et elle peina à le suivre sur ses hauts talons. Il s'arrêta devant un restaurant de grillades « Ici se sera très bien » affirma t-il

-« Vous croyez ? » demanda Tania, essoufflée

-« Vous n'aimez pas les grillades non plus ? » interrogea John se tournant brusquement vers elle. Son ton bref la dissuada de protester

-« Heu… si. J'apprécie. Vous avez raison ce sera très bien » affirma la jeune femme et pour bien marquer son approbation elle pénétra d'un pas décidé dans l'établissement. Même si son sourire envers le personnel habillé à la mode du Far West et s'installer dans une salle au décor d'une autre époque lui coutèrent beaucoup. Mais il lui fallait faire profil bas pour le moment face à ce John étonnement nerveux et dont l'attitude fermée la perturbait. La veille il lui mangeait dans la main et ce matin elle le sentait rétif, troublé. Que s'était-il donc passé entretemps ? Elle songea que la conquête serait peut être plus compliquée que prévue et retint un soupir contrarié. Pour l'instant l'essentiel était de garder le cap vers son objectif, elle pourrait toujours se venger plus tard, et au centuple ! Cette pensée la rasséréna et elle retrouva un peu d'assurance pour poursuivre son but.

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Fusco s'engagea dans le couloir d'un pas léger, de bonne humeur parce qu'il venait de boucler un suspect qui l'avait fait courir plusieurs semaines et il se sentait satisfait de sa prise. Il vit Bear venir à lui mais il lui sembla que le malinois ne faisait pas preuve de son enthousiasme habituel. Il lui fit fête pourtant et l'escorta jusqu'à son seconde maître

-« Bonjour Finch » lança t-il joyeusement

-« Bonjour inspecteur » répondit platement celui-ci

« Allons bon » songea Lionel « Le maître ne semble pas plus en forme que le chien ! » Il l'observa discrètement, remarqua ses traits tirés, ses petits yeux

-« Holà Finch vous avez pas l'air très en forme ! »

-« Ce n'est rien » affirma celui-ci « Juste une migraine un peu forte ce matin » précisa t-il devant le regard insistant de son vis-à-vis « Contrairement à vous » ajouta t-il cherchant à détourner son attention

-« Oh c'est embêtant » jugea Lionel « Moi j'ai enfin bouclé ce rat d'hôtel qui me faisait courir ça me soulage ! »

-« Je suis heureux pour vous inspecteur »

-« J'en avais marre de perdre mon temps dans ces vieux hôtels mais ce gars était une vraie anguille ! » approuva Fusco « Vous avez pris ce qu'il faut Finch ? Un médicament ? » Insista t-il

-« Oui ne vous inquiétez pas »

-« Vous avez vraiment mauvaise mine. Vous voulez un thé ? » L'informaticien hésita. Il redoutait la perspicacité de son visiteur et aurait préféré qu'il ne reste pas trop longtemps mais il ne voulait pas non plus se montrer trop bref

-« Il serait bienvenue » dit-il finalement

-« Ca marche ! » lança Fusco en se dirigeant vers la petite cuisine, Bear sur les talons « On va vous soigner pas vrai mon pote ? » Le malinois jappa pour approuver « Un thé c'est toujours efficace c'est vous qui me l'avez enseigné » remarqua Lionel en cherchant une tasse « J'ai trouvé les biscuits » affirma t-il au malinois en baissant la voix

-« Inspecteur ! »

-« Rien qu'un Finch ! » Plaida celui ci « John doit être inquiet. Etonnant qu'il vous ait laissé venir bosser » affirma t-il

-« Je ne l'ai pas vraiment écouté » avoua Finch. Son sourire crispé interpella son interlocuteur qui trouva que, décidément, quelque chose ne tournait pas rond « Comment va Lee ? » demanda l'informaticien

-« Nickel ! Justement j'étais venu vous dire que tout s'est bien passé grâce à votre ordi. Il devrait obtenir une bonne note »

-« C'est une bonne chose »

-« Ouais. Et j'ai une petite course aussi… enfin…. »

-« La bibliothèque est à votre disposition inspecteur »

-« Merci Finch »

-« Mais pour cette fois je vous demanderais d'aller chercher le livre si cela ne vous ennuie pas »

-« Bien sur ! » approuva Fusco « Voilà votre thé ! » Finch le remercia d'un signe de tête « Alors, où je peux trouver ça d'après vous ? » interrogea Lionel en lui tendant un petit mot

-« Dans la seconde allée, la rangée du fond je pense »

-« J'y vais bougez pas » Fusco suivit les consignes et ne fut pas long à trouver ce qu'il cherchait. Il revint dans la salle avec le bouquin « C'est bon Finch. Juste là où vous pensiez. Vous savez que ses copains sont jaloux ils ont du mal à trouver les livres parfois ! » Ricana t-il. Il capta le geste de l'informaticien qui masquait précipitamment l'écran devant lui. Il fronça les sourcils, suspicieux, remarquant son air encore plus tendu que lorsqu'il était arrivé. Son sixième sens l'alerta et il décida d'en voir le cœur net :

-« Finch y'a un truc qui va pas, je le sens ! » L'informaticien leva les yeux sur lui, hésitant. Fusco scruta son visage pale aux traits tirés « On est amis Finch ! Pourquoi vous me mentez ? » Insista t-il.

-« Je ne vous mens pas inspecteur » Harold passa la main sur son visage d'un geste las, il était si fatigué. Il vit l'expression perplexe de son visiteur

-« Vous avez raison » concéda t-il alors d'une petite voix

-« Ah je le savais ! » s'exclama Lionel « C'est quoi ? Je peux vous aider ?»

-« Je ne pense pas que vous puissiez faire grand-chose inspecteur »

-« Dites toujours ! C'est le boulot… ou John ? »

-« Un peu les deux » murmura Finch. Fusco ne le lâchant pas du regard il se résigna à poursuivre « Vous connaissez notre dernière mission… »

-« Oui dans l'agence. Me dites pas que John s'est laissé embobiner par une cliente ? » Se moqua Lionel mais devant le regard de l'informaticien il perdit tout envie de rire

-« Pas exactement » Finch se tourna vers son ordinateur et exécuta quelques manipulations « John a eu… Il avait une fiancée autrefois. Une femme qu'il aimait énormément. Il avait quitté l'armée pour elle. Mais ensuite il y a eu les attentats »

-« Et il a rempilé » compléta Fusco

-« Et il l'a laissé partir parce qu'il pensait qu'il ne pourrait pas lui offrir la vie qu'elle méritait. Il voulait le meilleur pour elle et ses fonctions, la CIA… Ce n'étaient pas compatible avec une vie normale »

-« Mouais c'est sur. Et alors ? Il l'a retrouvé ? »

-« Jessica est morte inspecteur, victime des maltraitances de l'homme qu'elle avait épousé »

-« Oh » souffla Fusco

-« John ne s'est jamais pardonné de ne pas avoir pu la secourir. Mais il était en mission à l'époque, la dernière, celle qui a failli lui couter la vie, ce qui explique qu'il n'ait pas pu intervenir à temps »

-« Le connaissant, c'est pas ça qui va l'empêcher de se sentir coupable ! » jugea Lionel

-« Non. D'autant qu'elle l'avait contacté quelques jours avant sa mort. Il savait qu'elle avait besoin de lui »

-« Ca n'a pas du aider » marmonna Fusco « Mais quel rapport avec la mission ? »

-« Vous allez comprendre» murmura Finch affichant une photo à l'écran « C'était Jessica » Lionel se pencha pour mieux voir le cliché « et voici Tania la femme que l'agence a trouvé pour John » ajouta l'informaticien en ouvrant un autre fichier, Fusco écarquilla les yeux

-« Merde ! On dirait des jumelles ! »

-« Vous comprenez pourquoi John est… perturbé ? »

-« Ouais il y a de quoi » approuva Fusco « Mais ça ne change rien » ajouta t-il « Cette fille ce n'est pas son ex »

-« Je sais inspecteur. Et lui aussi. Seulement c'est comme si… »

-« Comme si quoi ? »

-« Comme s'il pouvait avoir une deuxième chance » soupira l'informaticien. Lionel grimaça

-« Ca rime à rien Finch. Jessica est morte, rien ne pourra plus la sauver ! Et fréquenter cette fille ne la fera pas revenir ! » Jugea t-il avec logique

-« Nous en sommes tous conscient mais l'espoir est un puissant illusionniste » murmura Finch

-« En gros il se fait avoir par cette donzelle à cause de la ressemblance ? »

-« En quelque sorte »

-« Je vais lui faire connaitre ma façon de penser ! » grogna Fusco

-« Non ! » cria l'informaticien en se redressant brusquement. L'inspecteur lui lança un regard interloqué « Non » répéta t-il plus calmement

-« Mais pourquoi ? »

-« Parce que ce n'est peut être pas une mauvaise chose » Lionel fronça les sourcils et croisa les bras sur sa poitrine

-« Là il faut m'expliquer ! » affirma t-il. Finch détourna la tête, son regard s'égara dans la pièce, la scène surprise le matin même le hantait

-« J'ai beaucoup réfléchi inspecteur. Si John s'attache si facilement à cette femme ce n'est peut être pas uniquement pour la ressemblance. Peut être aussi pour combler un besoin en lui »

-« Qui serait ? » demanda Fusco en se contenant

-« L'envie d'une vie normale… d'une famille »

-« Il l'a déjà »

-« Une vraie famille inspecteur. Avec une épouse, des enfants »

-« Ouais. Et un petit pavillon en banlieue avec le chien sur la pelouse et le barbecue des voisins tout les samedis ? C'est sur c'est tout John ! »

-« Je suis sérieux inspecteur ! » protesta Finch

-« Moi aussi Finch ! » rétorqua celui-ci « Vous êtes en train de lui inventer des désirs qu'il n'a pas »

-« Qu'en savez-vous ? »

-« Je le sais parce qu'il m'a dit un jour qu'il était heureux dans sa vie avec vous et Bear, sa famille » précisa Fusco en insistant sur les derniers mots « Vous deux et ses amis autour, il ne veut rien d'autre »

-« Ca c'était avant » s'entêta Finch « Qui vous dit qu'il n'a pas changé d'avis ? »

-« Pour un fantôme ? »

-« Si c'est son choix… » Soupira l'informaticien. La réponse agaça son vis à vis

-« Ouvrez les yeux Finch ! Il ne sera jamais heureux avec cette femme parce que ce n'est pas elle qu'il veut et qu'elle ne sera jamais Jessica ! » Protesta t-il

-« Je sais bien mais… »

-« D'ailleurs elle aussi un jour elle en aura marre d'être la remplaçante, elle le quittera et il coulera ! » poursuivit Fusco, sentencieux

-« Non je ne laisserais pas faire cela ! » réagit aussitôt Finch

-« Qu'est ce que vous y pourrez il ne sera plus avec vous ? »rétorqua l'inspecteur, toujours logique

-« Je veillerais sur lui. Rien ne pourra m'en empêcher »

-« Sauf qu'il ne vous laissera pas faire parce qu'il se sentira coupable de vous avoir délaissé pour cette fille. Il passera d'une culpabilité à l'autre, ce sera sans fin » estima Fusco

-« Vous avez peut être raison » concéda Finch « Mais il existe une chance que cela fonctionne ! Une chance pour John d'avoir une vie normale avec une vraie famille »

-« Si vous voulez une famille vous pouvez adopter » suggéra Lionel, imperturbable

L'informaticien écarquilla les yeux de surprise

-« Vous n'y pensez pas inspecteur ! » s'insurgea t-il « Avec la vie que nous menons ! »

-« Alors changez de boulot ! » jugea Fusco « Si John part avec cette fille il devra bien en changer donc c'est possible » L'informaticien détourna les yeux « Il faut aller au bout du raisonnement Finch. S'il commence une nouvelle vie, il ne va pas continuer un boulot secret, hyper dangereux, avec son ex comme patron ! » L'inspecteur vit pâlir son interlocuteur

-« Je sais » murmura Finch en fermant les yeux

-« Vous lui en trouverez un autre je suppose ? »

-« Vous savez que je serais toujours là pour lui » Fusco s'attendait à cette réplique, il esquissa un mince sourire moqueur

-« Et vous ? » interrogea t-il

-« Pardon ? » Demanda Finch en rouvrant les yeux pour le fixer, étonné

-« Et vous ? Qu'est ce que vous ferez pendant que John profitera de sa nouvelle vie parfaite bien conforme et régulière ? Vous embaucherez un autre agent pour les missions ? Et vous reprendrez votre petite existence de reclus avec Bear ? »

-« Je ne sais pas… peut être… si c'est la meilleure chose à faire »

-« Vous me décevez Finch ! Je vous croyais plus combattif ! » Râla Fusco. L'informaticien baissa la tête, mal à l'aise « Je vous préviens » insista son vis à vis « Vous pouvez reprendre vos mauvaises habitudes mais vous ne nous exclurez pas de votre vie Lee, Mégan et moi, n'y comptez pas ! » A cette tirade Finch leva les yeux, touché

-« Merci » murmura t-il

-« Je trouve votre attitude complètement stupide et je la désapprouve totalement mais c'est pas interdit d'avoir des amis stupides » ajouta Lionel. Finch le fixa un instant, pas dupe de la manœuvre

-« Je connais vos méthodes inspecteur. Vous n'avez pas pour habitude de ménager vos interlocuteurs, surtout si vous espérez les faire changer d'avis »

-« Ouais, pas faux » avoua Lionel, démasqué

-« J'ai déjà constaté votre façon bien à vous de bousculer vos amis »

-« Il faut bien les faire réagir ? » constata Fusco

-« Sans doute » concéda Finch « Mais même si je change d'avis cela n'arrangera rien »

-« Vous ne pouvez pas laisser faire ! »

-« Réfléchissez inspecteur. Si je laisse partir John notre couple sera brisé. Et peut être me le reprochera t-il un jour c'est vrai. Mais si je le retiens de force il m'en voudra encore plus et il sera frustré de ne pas tenter sa chance et notre couple n'y résistera pas davantage ! »

Lionel soupira, contrarié, et réfléchit un instant à cette impasse

-« Alors la seule solution qui reste c'est de lui ouvrir les yeux ! » dit-il finalement

-« Je ne veux pas que vous alliez le voir inspecteur ! » répéta Finch d'un ton ferme

-« Et j'irais pas. Parce qu'à bien y réfléchir c'est pas la solution. Il pourrait se braquer et j'aurais le contraire de ce que je veux. Non, il faut que ça vienne de cette fille ! Je suppose que vous avez enquêté sur elle ? »

-« Oui. Mais je n'ai rien trouvé de répréhensible »

-« Si c'est une vamp il y a forcement un truc ! »

-« Ses motivations n'en font pas… une criminelle »

-« Ca dépend du point de vue ! » grogna Fusco « Moi je vois surtout ce qu'elle provoque » ajouta t-il en fixant son vis-à-vis d'un regard lourd de sous entendus

-« John ne laisse pas insensible…Et… Elle… » Commença Finch sans parvenir à achever sa phrase, les mots refusant de sortir de sa bouche

-« Elle est amoureuse ? » suggéra Lionel, l'informaticien détourna le regard « Forcement » reprit-il « Vous avez du lui faire un CV d'homme idéal. Déjà, il est pas désagréable à regarder, si en plus vous le faite passer pour riche à souhait, c'est imparable ! »

-« Ne soyez pas si cynique inspecteur ! »

-« Et vous ne soyez pas naïf Finch ! Elle le connait depuis deux jours et elle l'adore ? C'est du rapide ! A d'autre ! En plus vu les trucs pas nets dans cette agence, elle est juste intéressée c'est tout ! Et il faut la démasquer ! »

-« Qu'avez-vous en tête ? » s'inquiéta l'informaticien

-« Rien pour l'instant mais je vais trouver et vous devriez chercher aussi ! » Finch allait répondre mais la sonnerie du téléphone de l'inspecteur l'interrompit « Zut c'est mon chef » il décrocha s'éloignant de quelques pas dans le couloir. L'appel fut bref et il revint dans la salle « Il faut que j'y aille Finch mais je ne vous lâche pas ! »

-« Je n'en doute pas inspecteur » ironisa l'informaticien

-« Je suis sérieux. Et de votre côté j'espère que vous allez continuer à chercher et surtout que vous n'allez pas baisser les bras ! »

-« J'essaierais inspecteur »

-« Je suppose que je dois me contenter de cette réponse ? »

-« En effet » approuva Finch. Fusco pinça les lèvres, mécontent

-« Bon. Je dois retourner au poste mais je veux que vous m'appeliez si vous avez des ennuis ! »

-« Je vous le promet »

-« Je vais voir si je peux trouver quelques indices de mon côté »

-« Inspecteur… »

-« J'ai pas dit que je m'attaquerais à John. Je vais juste enquêter un peu qu'on puisse en finir vite avec cette stupide affaire, ça c'est pas interdit ? »

-« Non cela ne l'est pas » concéda Finch qui ne demandait pas mieux

-« On se tient au courant » lança Fusco en quittant les lieux contrarié. La journée avait pourtant si bien commencée !

Finch le regarda partir pas très rassuré. Il savait l'efficacité redoutable de l'inspecteur lorsqu'il voulait aider ses amis dans certaines situations. Il était même probable que sans son aide John et lui ne se seraient pas réconcilié aussi rapidement après leur séparation à l'automne précédent. Mais il ne voulait pas que John s'imagine qu'il l'avait appelé au secours ou quelque chose de ce genre, il pourrait mal le prendre. En revanche s'il pouvait l'aider à en terminer avec cette mission, il pourrait ensuite agir plus librement et s'efforcer de contrer cette fille. Finch tressaillit à cette pensée. N'avait-il pas dit à l'inspecteur quelques minutes plus tôt qu'il voulait laisser John libre de ses choix ? Et voilà qu'il pensait le contraire après leur discussion… L'inspecteur était décidément bien persuasif dans ses discours…

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OoooooooooO

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Fusco quitta le bureau de son chef passablement agacé

-« Franchement pour me dire un truc pareil il pouvait me téléphoner ! » grogna t-il. « J'ai des affaires plus urgentes à traiter ! » Une surtout désormais prioritaire pour lui. Il retourna s'installer dans son bureau et entama des recherches sur sa nouvelle cible. Il ne trouva que des informations basiques. Finch avec ses méthodes devait avoir récolté dix fois plus. Et bien sur il n'y avait rien de suspect. Alors que faire ? Il explora d'autres options, cherchant une piste. L'après midi s'écoulait lentement et il n'avançait pas vraiment, pestant chaque fois qu'un collègue ou le téléphone l'interrompait. Un détail lui revint. Lorsque Finch lui avait parlé d'Agnès Marbery la première fois il s'était aussitôt rappelé avoir déjà entendu parler de son agence. Peut être que s'il retrouvait à quelle occasion ? N'était ce pas un collègue qui l'avait évoqué ? Cela lui avait valu quelques réflexions... Il chercha dans la base de données, mais en l'absence de plainte il ne trouva rien. Puis il se remémora une des raisons pour laquelle lui et les autres agents s'étaient tant moqués de leur collègue : parce qu'il venait juste de se marier ! Autrement dit celui qui avait le moins besoin d'une agence matrimoniale ! Il se leva aussitôt espérant que l'autre aurait bonne mémoire

Traversant le couloir au pas de charge, Fusco entra dans le bureau des inspecteurs des mœurs et se dirigea droit vers l'un de ses collègues occupé à fouiller dans un classeur

-« Dis Tony c'est bien toi qui menait une enquête sur l'agence matrimoniale d'Agnès Marbery ? »

-« Pourquoi tu veux t'inscrire Fusco ? » ricana l'autre

-« Je suis sérieux Tony ! Alors c'était toi ? » Son ton bref capta l'attention de son collègue qui referma le classeur pour lui faire face

-« Ouais enfin c'était pas réellement contre l'agence »

-« Explique ! »

-« Ok. Attends que je retrouve mes notes » dit l'inspecteur en s'installant devant son ordinateur

-« Tu gardes tes notes dans l'ordi ? »

-« Le papier c'est dépassé Fusco. Le scan c'est une belle invention tu sais ? »

-« Si tu le dis. Moi je bosse à l'ancienne »

-« Tu devrais peut être rajeunir tes méthodes ? »

-« Je sais pas. Elles m'ont pas empêché de résoudre une douzaine d'affaire de plus que toi l'an dernier ? »

-« Coup de chance » marmonna l'autre, vexé

-« Bon tu les trouves tes notes ?»

-« C'est bon ça vient » souffla Tony « Ah c'est ça » Lionel se pencha vers l'écran « En fait c'est une femme qui était passée à propos d'une vieille histoire. Il y a huit ans un type avait tué sa femme et ses jumeaux. Elle disait que le couple s'était formé grâce à cette agence mais elle était persuadée que ça cachait un truc et elle voulait qu'on enquête là-dessus. Je lui ai dit que c'était trop vieux et que de toute façon les principaux intéressés étaient morts »

-« Mais c'était qui cette femme ? »

-« La sœur du type »

-« Donc quelqu'un qui le connaissait bien »

-« Je suppose. En tout cas elle disait que son frère n'était pas violent et qu'il n'aurait jamais commis ce geste s'il n'avait pas été poussé à bout. D'après elle il ne s'entendait pas avec sa femme et il avait été forcé de l'épouser »

-« Forcé ? Comment aurait-on pu le forcer ? »

-« Ca j'en sais rien. Franchement je n'ai pas insisté, c'était trop ancien et ils sont tous morts »

-« Mais si elle avait des soupçons de ce genre pourquoi avoir attendu 8 ans ? » demanda Fusco

-« A cause de son neveu. Le type avait tiré sur ses deux gosses et la gamine était morte sur le coup mais le gamin lui en avait réchappé et c'est elle qui l'avait récupéré à sa sortie de l'hôpital et qui s'en est occupé jusqu'à ce qu'il meurt à son tour des séquelles il y a quelques mois »

-« Ok donc elle s'est consacré au petit et c'est seulement quand il est mort qu'elle a décidé de faire son enquête »

-« Ouais mais franchement je ne vois pas l'intérêt de remuer tout ça »

-« Le besoin de trouver des réponses à l'acte de son frère »

-« A sa place je me chercherais une occupation plus distrayante » remarqua l'inspecteur

-« Sauf qu'elle a passé presque huit ans à soigner son neveu et surement autant à se demander pourquoi son frère avait commis ses crimes, ça doit influencer » rétorqua Fusco

-« Pas faux »

-« Tu as gardé son identité ? »

-« J'ai noté, je peux t'imprimer tout ça ? »

-« Oui merci »

-« Je me souviens plus trop de son nom par contre son prénom m'avait marqué c'était la première fois que je l'entendais ! »

-« Castille Dalmeda » lut Fusco qui avait récupéré la feuille « C'est pas courant »

-« Qu'est ce que tu veux en faire ? » demanda Tony, curieux

-« Je suis à la chasse aux fantômes »

-« Aux fantômes ? Tu sais que parfois t'es pas net Fusco ? »

-« Ca fait parti de mon charme » répliqua celui-ci en sortant du bureau. Par précaution, il se rendit dans les locaux voisins, interroger un de ses collègues de la brigade financière mais celui-ci lui précisa qu'ils n'avaient aucun dossier en cours pour l'agence. Il n'insista pas, dans ce domaine Finch aurait surement déjà trouvé la piste. Quittant le commissariat il décida de se rendre à l'adresse mentionné sur la fiche de Castille Dalmeda. Peut être que cette femme lui donnerait une piste sur les méthodes de l'agence et lui permettrait de coincer l'ennemie. Il fallait qu'il trouve quelque chose contre cette Tania. La pensée de cette fille l'insupportait parce qu'il réalisait trop bien les dégâts qu'elle risquait de faire chez ses amis et Fusco n'aimait pas qu'on s'en prenne à ses amis !

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OoooooooooO

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Reese observait Agnès qui quittait la salle de spectacle où elle avait assisté à un gala de danse avec deux couples. Le premier, auteur de l'invitation, était l'un des rares formé par son agence. Le mari, magnat de l'immobilier, était propriétaire de ladite salle. Il paraissait assez uni. Le second était composé de simples relations et ils semblaient s'être rencontrés au spectacle sans que cela soit prémédité.

Lorsque John l'avait contacté au début de la soirée, Finch les avait identifié et avait fait des recherches sans rien découvrir de particulier. Ils avaient discuté tranquillement pourtant John devinait le malaise de son compagnon. Il l'avait appelé une première fois juste après le déjeuner, un peu houleux, avec Tania. Il lui avait trouvé une drôle de voix et s'était inquiété de son état mais Finch lui avait assuré que sa migraine avait disparu et qu'il allait parfaitement bien. Aucun des deux n'avaient évoqué leur principale préoccupation pourtant John était persuadé que Finch savait tout de son emploi du temps. Mais puisqu'il choisissait le silence il était décidé à le suivre. Il en était à la fois soulagé et blessé. N'étant plus à une contradiction près, il songeait que son compagnon aurait dû se montrer un peu plus sévère envers ses écarts, si ce n'est à titre de compagnon au moins au titre d'employeur envers cet employé qui négligeait plus ou moins leur mission. Mais il ne disait rien, se contentant d'échanger les informations sur l'enquête. Finch n'avait pas découvert d'antécédents médicaux pour Agnès et celle-ci n'était visiblement pas alarmée puisqu'elle n'avait pas cherché à contacter de médecin. Reese avait mis fin à la conversation l'esprit troublé et avait rejoint Tania qui l'attendait pour se rendre dans une autre exposition

Encore une fois elle avait déployé tous ses charmes pour lui plaire et il s'était laissé bercer par l'illusion de retrouver la fiancée perdue. Toutefois, lorsqu'elle avait tenté de prolonger l'après midi après la visite il l'avait quitté, prétextant qu'il avait un autre rendez vous auquel il ne pouvait se soustraire, imperméable à ses mines enjôleuses destinées à le retenir. Il lui avait simplement donné rendez vous pour le lendemain et c'est presque avec soulagement qu'il avait repris la mission et sa filature. Cela lui donnait surtout moins mauvaise conscience pendant quelques heures.

Il avait rappelé Finch vers 17H et celui-ci lui avait semblé plus calme. Cela n'avait fait que le conforter dans son impression qu'il était au courant de ses moindres faits et gestes. Ce calme retrouvé n'était ce pas parce qu'il était seul ? Il se rappela son idée d'avoir avec lui une bonne discussion. La meilleure option sans doute. Mais pour dire quoi ? Tout se bousculait tellement dans sa tête !

Il l'avait rappelé à 20H pour évoquer la soirée de leur numéro et à nouveau il lui avait semblait apaisé. « Comme quelqu'un qui a prit un parti » avait brusquement songé John mais quel parti ? Inquiet, il s'était pris à espérer que la soirée ne se prolonge pas trop pour pouvoir rentrer plus tôt et le tenir contre lui. Tout était tellement plus facile quand il le tenait contre lui…

Comme si elle l'avait entendue Agnès abrégea au maximum la soirée. Il découvrit qu'en fait elle était pressée de rentrer pour recevoir l'appel de son amant. Celui-ci appela à 22H30 et la conversation s'éternisa, prenant rapidement une tournure intime qui conforta Reese dans l'idée que Peter n'était pas la menace attendue.

Il rentra au loft avant même la fin de l'appel, jugeant Agnès en sécurité. En entrant il remarqua aussitôt les joues colorées de son compagnon

-« Vous écoutiez la conversation d'Agnès Finch ? » lui demanda t-il en le prenant dans ses bras pour mieux l'embrasser

-« Au début. Mais je n'ai pas jugé nécessaire de continuer lorsqu'ils ont… abordé certains sujets » répondit l'informaticien gêné

-« Toujours aussi timide » chuchota t-il à son oreille. Il avait enfoui son visage dans son cou et il le tenait contre lui, immobile. Finch leva la main et lui caressa doucement les cheveux « Votre migraine ? »

-« C'est terminé »

-« Vous êtes tendu » murmura t-il en massant doucement son dos mais sans s'écarter de lui comme s'il refusait de s'en détacher

-« Tout va bien John ?» s'inquiéta l'informaticien

-« Oui » répondit brièvement celui-ci

-« Bien » murmura Finch en continuant son geste. Reese ferma les yeux « Bien » Se répéta t-il. Comment pouvait-il dire cela ? Il savait pourtant ? Pourquoi ne lui faisait-il aucun reproche, aucune remarque ? Pourquoi n'était-il pas furieux ? Jaloux ? Ne tenait-il pas plus que cela à lui ? Ou au contraire l'aimait-il trop ? Au point d'être prêt à tout accepter, même ses mensonges, juste pour le garder ? Non Finch était plus fier que cela… Nerveux, il se dégagea un peu brusquement et traversa la salle. Etonné de sa réaction, Finch le suivit

-« John dite moi ce qui ne va pas » incita t-il. Peut être le moment était-il venu d'avoir une véritable discussion ? songea t-il « C'est cette femme n'est ce pas ? » demanda t-il alors

-« Non »

-« Elle vous perturbe je le sens bien » affirma Finch d'un ton amer. John se tourna vers lui

-« J'avais fini par croire que cela vous laissez indifférent » provoqua t-il

-« Comment pouvez vous imaginer cela ? » répliqua l'informaticien durement. Ils restèrent un instant les yeux dans les yeux, cherchant à deviner l'autre

-« Mais vous Harold, que feriez vous si elle revenait ? » demanda brusquement Reese. L'informaticien n'avait pas besoin d'un prénom pour savoir à qui son compagnon faisait allusion

-« Tania n'est pas Jessica » éluda t-il

-« Je sais. Mais vous ne répondez pas à ma question. Que feriez-vous ? » Insista John

-« J'ai pris ma décision le jour où j'ai accepté vos sentiments »

-« Parce que vous n'aviez pas l'espoir de la retrouver mais si cela arrivait ? »

-« J'ai pris ma décision en toute conscience John ! » protesta Finch « J'avais envisagé cette éventualité. Croyez vous donc que je vous ai choisi par défaut ? » Il posa la main sur son bras « Si j'avais voulu autre chose je vous aurais dit non, quitte à rester seul » ajouta t-il plus doucement. Reese baissa la tête mais continua, buté :

-« C'est ce que vous pensiez alors mais si vous pouviez la revoir… »

-« Ca suffit John ! » l'interrompit Finch « Cela ne changerait rien parce que c'est vous que j'ai choisi et je ne reviendrais pas sur ma décision ! » John se détourna et se rapprocha de la baie vitrée, observant la nuit par la fenêtre. Mais Harold n'entendait pas le laisser fuir si facilement maintenant qu'il se décidait à lui parler

-« Je sais très bien où vous voulez en venir » affirma t-il « Vous aimeriez que je vous dise que je serais tenté de retourner vers elle ou que j'ai besoin de réfléchir. Vous aimeriez que je sois incertain parce que cela vous donnerez moins mauvaise conscience de remettre en cause vos promesses si je faisais de même » Finch secoua la tête « Je suis désolé mais je ne vous rendrais pas ce service ! Moi j'ai fait mon choix et je m'y tiendrais »

John ne bougea pas mais il vit ses épaules s'affaisser légèrement. Finch songea aux paroles de leur ami « Ne pas baisser les bras… »

-« Il est vrai que de mon côté j'ai toujours redouté qu'un jour vous ne changiez d'avis, mais à cause de mes différences. Je n'avais pas imaginé devoir lutter contre un fantôme » poursuivit-il d'un ton douloureux

-« Moi j'ai toujours redouté qu'un jour vous trouviez quelqu'un de mieux que moi. Quelqu'un digne de partager vos secrets » murmura alors l'ex agent

-« C'est impossible. Personne ne me connait mieux que vous »

-« Mais je ne connais pas tout vos secrets »

-« C'est une question de temps » jugea Finch

-« Je n'étais plus certain d'en avoir assez »

-« Pourtant au début vous sembliez sur de vous. N'avez-vous pas fait le premier pas ? » Murmura l'informaticien. Il se rapprocha de son compagnon, posa la main sur son épaule. John tressaillit sous sa touche « Depuis quand John ? Depuis quand avez-vous cessé de croire en nous ? »

-« Jamais ! » protesta Reese en se retournant vivement pour lui faire face

-« Alors vous croyez en nous tout en songeant que cela ne durera pas ? Est-ce réaliste ? » Il observa son partenaire qui ne savait visiblement pas quoi lui répondre « Il fut un temps où c'était différent. Qu'est ce qui a changé ? » John haussa les épaules

-« J'ai cru au début que nous pourrions tout partager mais… »

-« Mais j'ai commis quelques erreurs qui ont insinuées le doute dans votre esprit » soupira Finch « Excusez moi de n'avoir pu oublier les reflexes de toute une vie de secrets en quelques heures… »

-« Je ne vous demandais pas cela Harold ! Je vous ai toujours dit que je serais patient et je l'ai été non ? »

-« Oui. Mais à quoi bon si vous doutez ? »

-« Je ne sais plus » souffla Reese le regard perdu. Finch comprit que son compagnon se sentait écartelé entre son passé et son présent. Les promesses d'autrefois et celles d'aujourd'hui. Il prit doucement sa main dans la sienne. Celle a qui il avait fait ces promesses d'autrefois n'était plus et il devait s'en libérer. Lui était là et il l'attendrait jusqu'à son dernier souffle. Finch voulu parler mais John s'écarta brusquement, retirant sa main de son étreinte « J'ai besoin d'être seul » murmura t-il. L'informaticien recula comme s'il l'avait frappé, blessé par son geste qu'il interprétait comme un rejet

-« Très bien je vais rentrer » affirma t-il

-« Non. C'est moi qui part » répondit John « Je ne peux plus rester ici » précisa t-il en faisant demi tour. Il traversa la pièce à grandes enjambées et Finch regarda la porte se refermer derrière lui sans faire un geste pour le retenir. Cela ne ferait que compliquer les choses. Il laissa son regard errer dans la pièce. Ses yeux se posèrent sur le tableau que John aimait tellement. Il pouvait revoir son sourire alors qu'il l'accrochait fièrement, sentir son bras entourer sa taille comme ils s'étaient tout les deux reculé pour juger de l'effet de l'œuvre. Un petit coup sur sa jambe attira son attention, il baissa les yeux

-« Bear » murmura t-il en le caressant tandis que le chien lui donnait de petits coups de langue « Viens, rentrons à la maison nous y seront mieux » ajouta t-il après un instant. Il avait besoin d'avoir autour de lui l'atmosphère familière de ce qui avait longtemps été son refuge, de se rassurer entre ces murs accueillants, même si l'absence de son compagnon se ferait durement sentir.

Au dehors l'atmosphère pesante de la nuit l'enveloppa brusquement le faisant frissonner. Il leva les yeux vers le ciel, de lourds nuages avaient fait leur apparition, annonciateurs d'orage. Après les fortes chaleurs de ces derniers jours ce n'était pas surprenant. Il y avait une sorte d'électricité dans l'air, pourtant il n'y avait ni éclairs ni tonnerre.

-« Dépêchons nous de rentrer avant que l'orage n'éclate Bear » affirma t-il. Il songea furtivement qu'une autre tempête avait déjà éclaté quelques minutes plus tôt dans leur loft qui durerait sans doute plus longtemps que le déchaînement des éléments qui s'annonçait. Une tempête qui risquait de provoquer des dégâts irréparables. Parvenu à la maison, Bear suivit son maître comme son ombre, trop intelligent pour ne pas percevoir son trouble. Finch se sentit mieux une fois chez lui pourtant il n'y trouva pas l'apaisement qu'il ressentait d'ordinaire. Après avoir tourné en rond quelques minutes en bas, évitant soigneusement la cuisine, il finit par gagner la chambre où il comprit vite qu'il ne serait pas plus à l'aise, trop de souvenirs hantaient ces lieux, John y était trop présent. Il avait déjà vécu cela quelques mois plus tôt et après leur réconciliation il avait espéré ne plus jamais revivre cette souffrance. Il écarta doucement le rideau mais ne s'aventura pas sur le petit balcon, pas sans Lui pour le préserver du vertige. Il observa le ciel d'un bleu sombre presque noir, la chaleur semblait avoir encore augmentée mais il n'y avait toujours pas de signe d'orage. Bear se manifesta, perturbé de son immobilité, Finch baissa les yeux vers lui et croisa son regard intelligent

-« Tu sais tout comme toujours » murmura t-il en lui caressant la tête. Le malinois se laissa faire puis s'agita, se tournant vers le lit « Tu as raison nous ferions mieux de nous reposer » Le réveil indiquait 1H11, il n'avait pas vu passer le temps. Il se prépara avec des gestes mécaniques et s'allongea sur le lit. Bear l'y rejoignit aussitôt lui faisant les yeux doux pour pouvoir rester ce qui arracha un mince sourire à son maître « Tu peux rester Bear, personne ne te le reprochera cette fois » chuchota t-il. Se rapprochant, il enfouit son visage dans la douce fourrure rousse et laissa une larme s'y perdre silencieusement.