Chalut à toutes !
A ce stade je dois plus que des excuses je crois…
Merci aux fidèles lectrices pour leur patience
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Bonne lecture !
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Une aube grise se levait sur la ville lorsque John ouvrit les yeux, s'éveillant lentement. Il détailla cet environnement inconnu autour de lui. Pourquoi avait-il dormit tout habillé ? Puis il se rappela son départ du loft. Il avait marché droit devant lui sans réfléchir, il ne voulait plus penser, tout oublier…
A force de détours il ne savait plus vraiment où il se trouvait et il avait fini par entrer dans le premier hôtel apparu sur sa route. C'est ainsi qu'il avait atterri dans cette petite chambre triste et poussiéreuse où flottait une vague odeur de tabac froid. Il se redressa péniblement, le corps raide et la tête lourde. La bouteille de whisky vide au pied du lit devait y être pour quelque chose. Il y avait longtemps pourtant qu'il avait abandonné cette mauvaise habitude. Depuis sa rencontre avec Finch en fait. Lorsqu'il avait accepté d'être son agent il avait prit conscience qu'il aurait besoin de toutes ses facultés sur le terrain. Il lui fallait être en possession de tous ses moyens pour réussir ses missions. Il avait commis un ou deux écarts lorsqu'une enquête tournait mal et qu'il avait besoin d'oubli parce qu'il ne supportait pas l'échec. Puis ils s'étaient trouvés avec Harold, et dès que leur histoire avait commencé il n'avait plus eu besoin de ce dérivatif parce qu'il était là pour lui. Chaque fois qu'il n'allait pas bien, chaque fois qu'il se sentait vaciller, Harold était là pour le rattraper, le soutenir, l'aider à faire la part des choses. Il repoussait les mauvais souvenirs. Harold chassait les ombres de sa vie n'y laissant que sa lumière
Pourtant cette nuit il l'avait fuit. Cela ne lui ressemblait pas mais il avait eu peur brusquement. Peur de ce qu'il pourrait lui dire, peur d'un mot maladroit qui l'aurait blessé. Il ne voulait pas lui faire de mal, il lui en avait déjà assez fait ces derniers jours. Fuir pour ne pas commettre une erreur irréparable. Mais il doutait d'avoir réussi : il avait bien vu le regard de son compagnon lorsqu'il s'était écarté de lui. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Ce n'était pas le bon moment pour continuer cette discussion.
Il soupira. Il avait besoin d'une douche et de vêtements propres. Si la première était accessible, bien que la petite cabine dans la chambre lui semblait d'une propreté douteuse, ce n'était pas le cas des seconds, il n'avait rien emporté pour se changer. Il se contenta donc de se passer de l'eau sur le visage, essayant vaguement de discipliner ses cheveux et de défroisser sa chemise. Puis il enfila son manteau, qu'il ferma pour une fois, et quitta les lieux. Le veilleur de nuit dormait, affalé sur un vieux canapé au fond de la loge, tandis que la télé, allumée sur une chaine sportive, continuait à diffuser la rediffusion d'un match quelconque. Il laissa les clés sur le comptoir et sortit.
Malgré l'heure matinale les trottoirs étaient déjà arpentés par des dizaines de badauds, pour la plupart des travailleurs pressés de rejoindre leur bureau pour ce dernier jour de la semaine. Quelques commerçants sortaient leurs étals. Il leva la tête, cherchant à se repérer. Il avait dû tourner en rond car il n'était pas très loin de chez lui finalement. La marche réchauffa ses muscles engourdis et il atteignit rapidement son loft. Il glissa la clé dans la serrure et inspira un grand coup pour se donner du courage, ignorant de l'accueil que lui réserverait son compagnon. Mais lorsqu'il entra il comprit que les lieux étaient déserts. Pas de Bear pour l'accueillir joyeusement. Il se tourna vers le lit mais il n'y vit pas la silhouette pelotonnée dans le drap de son partenaire endormi. Il ne sut pas s'il devait en être soulagé ou déçu. Il se dirigea rapidement vers la salle de bain et s'offrit une longue douche chaude qui, à défaut de soulager son esprit, détendit son corps. Il revêtit ensuite un costume propre et se prépara un café serré. Comme un rappel de la veille il s'installa devant la baie vitrée mais le ciel d'orage avait disparu laissant place à un ciel bleu légèrement voilé qui promettait à nouveau une chaude journée. Ses yeux parcouraient le panorama sans le voir. Son esprit fatigué ne s'attachait à rien, concentré sur le seul dilemme qui le préoccupait.
De son poste d'observation il aperçu le vieux Han qui prenait place à sa table préférée. Il eut envie de le rejoindre. Han était toujours si serein, ce serait reposant d'être près de lui
Le vieux chinois reconnu le pas de son visiteur et sourit
-« Bonjour John, tu es bien matinal aujourd'hui »
-« Bonjour Han. Toi aussi tu t'es levé tôt »
-« Je profite de la fraicheur. Dans la journée il fera trop chaud et je devrais rentrer chez moi. A mon âge le soleil n'est plus trop un ami »
-« Je comprend » approuva Reese « Veux tu un café ? »
-« Je ne dis pas non »
-« Au lait sans sucre » récita l'ex agent faisant sourire son vis-à-vis. Il lui ramena un gobelet et le posa prenant soin de guider sa main
-« Merci. Une partie John ? »
-« D'accord » répondit celui-ci en s'installant en face de lui
Le jeu commença. Les deux hommes gardaient le silence, concentrés en apparence mais John avait l'esprit ailleurs et commettait de grossières erreurs
-« Ton esprit est troublé John ? »
-« Un peu » concéda l'agent
-« Tu es distrait. Ce n'est pas aujourd'hui que tu vas me battre » se moqua le vieil homme
-« Cela n'arrive pas souvent non plus » remarqua Reese. Han eut un petit rire
-« As-tu des ennuis ou une peine de cœur ? »
-« Peut être les deux ? »
-« Voilà qui est ennuyeux » remarqua le joueur « Mais il y a toujours une solution »
-« Je suppose oui » soupira Reese
-« La vie est un mystère qu'il faut vivre et non un problème à résoudre John » Récita Han d'un ton tranquille « pourquoi t'es tu disputé avec ton ami ? »
-« Ce n'était pas vraiment une dispute »
-« Alors c'est moins grave » jugea le vieil homme en avançant un pion
-« Je ne sais pas »
-« Le motif de votre désaccord est-il plus important que votre lien ? »
-« Non ! » affirma John
-« Alors ne laisse pas la colère t'éloigner trop longtemps de lui. Elle est mauvaise conseillère » affirma le joueur. Reese réfléchit un instant puis précisa :
-« Je crois que je laisse mon passé prendre trop de place dans ma vie »
-« Le passé est bon pour un homme John, pour ce qu'il enseigne, pour corriger nos erreurs. Mais il ne doit pas envahir le présent »
-« Et s'il le fait ? »
Han parut réfléchir longtemps
-« La vie est un long chemin où l'homme doit avancer John, quelque soit les obstacles, il doit continuer parce qu'il n'est pas bon de faire demi tour sur cette route. L'eau du fleuve ne retourne jamais à la source »
-« Alors toi aussi tu penses qu'on ne peux pas avoir une seconde chance de revivre une histoire ? »
-« Peut être y a-t-il une raison pour que tu ne l'ai pas vécu la première fois ? »
-« C'était seulement une question de circonstances, je pensais que je n'avais pas le choix »
-« Un homme a toujours le choix. Le plus dur n'est pas de le faire c'est de l'assumer » Le vieil homme hocha la tête « Le choix t'appartient John. Mais si tu veux revenir sur tes choix du passé, n'oublie pas de mesurer toutes les conséquences »
-« Que veux-tu me dire exactement ? » demanda Reese en jouant à son tour
-« Que celui qui s'embarrasse à regretter le passé perd le présent et risque l'avenir. A toi de décider si tu veux réécrire ton histoire ou garder ce que tu as déjà »
-« Toi tu garderais le présent n'est ce pas ? »
-« Moi je choisirais ce qui me rend heureux. La vie est trop courte pour choisir les nuages plutôt que le ciel bleu »
-« Tu as une expression adaptée à chaque situation ? » demanda Reese sans pouvoir s'empêcher de sourire. Le vieil homme sourit en retour
-« C'est ma culture John » Il avança un autre pion « Maintenant tu devrais aller t'excuser auprès de ton ami. Cela ne présumera pas de ton choix mais tu gardera la faculté de le faire »
-« Tu es un sage Han. Alors je vais t'écouter… hum… »
-« Tu peux partir John, de toute façon tu as perdu »
-« Peut être pas… »
-« Veux tu parier ? » demanda le vieux chinois d'un ton amusé
-« Non, tu as probablement raison » s'inclina Reese « A bientôt Han »
-« Une autre fois John. Lorsque tu auras l'esprit plus clair »
« Il serait temps » songea Reese. Il se mit en route pour la bibliothèque. Finch n'avait pas cherché à le joindre mais il était encore tôt, il n'était peut être pas encore prêt. En chemin il acheta des boissons et des beignets, comme autrefois. Tout était silencieux lorsqu'il pénétra dans leur repaire, la vieille bâtisse lui sembla à l'abandon. Parvenu en haut du grand escalier il se heurta à la grille toujours fermée signe que Finch n'était pas encore à son poste. Il consultât sa montre. Il ne devrait plus tarder, à moins qu'il ne se sente pas bien ? Ou qu'il ne veuille pas le voir…
Décidé à en avoir le cœur net il prit son téléphone et enclencha le numéro de son associé. Les sonneries s'égrenèrent jusqu'au répondeur
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Bear observait le téléphone qui vibrait, posé au bord de la table de nuit. Il tourna la tête vers la salle de bains. Le bruit de la douche devait couvrir celui de la sonnerie. L'appareil se remit à sonner une seconde fois puis, après un silence, une troisième. Le malinois donna alors un petit coup de museau sur la table mais l'appareil, trop près du bord, tomba au sol, établissant la communication. La voix de Fusco retentit
-« Finch ? Allo ? Finch ? Vous êtes là ? Zut qu'est ce qui arrive ? » Pesta l'inspecteur avant de raccrocher, perplexe
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Reese s'inquiétait. Il avait composé deux fois le numéro de son partenaire mais il n'obtenait aucune réponse, tombant chaque fois sur le répondeur. Son premier réflexe fut de s'inquiéter pour lui. Avait-il une nouvelle crise ? Il décida de tenter un troisième appel mais cette fois la ligne était occupée. C'était donc que Finch passait un appel ou en recevait un auquel il répondait, alors ? Devait-il en déduire qu'il ignorait les siens ? Dans son état d'esprit John ne fut pas long à arriver à cette conclusion. Il remit son téléphone dans sa poche d'un geste rageur et quitta rapidement la bibliothèque. Ils devaient s'expliquer !
Il venait d'atteindre l'entrée de la ruelle lorsque son téléphone vibra, il le saisit et décrocha précipitamment
-« Oui ? »
-« Bonjour John » roucoula Tania. L'ex agent ravala sa déception devant cette voix qui n'était pas celle qu'il aurait voulu entendre
-« Bonjour Tania »
-« Je voulais m'assurer que vous n'alliez pas oublier la conférence de ce matin ? »
-« Non. Je … j'allais me mettre en route »
-« Parfait. On se retrouve dans le hall disons dans vingt minutes? »
-« J'y serais »
-« Je vous attends avec impatience à tout de suite ! »
John remit le téléphone dans sa poche. Il était tenté de le rappeler mais renonça ne voulant pas connaitre une nouvelle déception si Finch avait décidé de l'ignorer. Il finit par prendre le chemin de la salle d'un pas fatigué.
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Finch sortit de la salle de bains en s'essuyant les cheveux. Cette douche lui avait fait du bien et l'avait aidé à se réveiller. Il aperçut Le malinois allongé près du lit, son téléphone entre les pattes
-« Et bien Bear tu veux jouer les secrétaires ? » Il se pencha pour ramasser le portable. L'appareil recommença à vibrer juste à cet instant
-« Oui ? »
-« Ah Finch ! Je m'inquiétais ! C'était décroché mais je n'entendais rien »
-« Je crains que la communication ne se soit établie accidentellement lorsque mon téléphone est tombé »
-« J'aime mieux ça ! Bon, Finch, je suis sur une piste pour votre enquête »
-« Vraiment inspecteur ? »
-« Si ça marche je vous expliquerais tout mais j'aurai besoin que vous fassiez quelques recherches sur Castille d'Almeda »
-« J'ai déjà lu ce nom… » Murmura Finch
-« C'est la sœur d'un type marié par l'agence qui avait liquidé toute sa famille »
-« Ah oui je me souviens. Vous pensez que cette femme veut s'en prendre à Miss Marbery ? Mais pour qu'elle raison ? »
-« Je ne sais pas, mais elle était venu au poste demander à un inspecteur d'enquêter. Il a refusé parce que l'affaire était claire à l'époque et que tous les protagonistes étaient morts alors ça n'avait pas grand intérêt »
-« Mais cette femme voulait une enquête sur l'agence et pas sur son frère non ? »
-« Exact mais c'est pareil on n'avait pas de raison de chercher. Je me suis dit que peut être elle avait décidé de mener sa propre enquête »
-« Et découvert quelque chose qui lui donnerait envie de se venger de Miss Marbery ? »
-« Pourquoi pas ? »
-« Je vais rassembler le maximum d'information inspecteur »
-« Ok. Moi j'ai deux adresses, je vais commencer par celle qui se trouve en banlieue et si je ne la trouve pas j'irai voir au ranch de sa famille. Je repasserais à la bibliothèque quand je reviendrais, par contre y'a de la route »
-« Entendu inspecteur. Je ne devrais pas bouger de toute façon »
-« Et John ? » demanda brusquement Fusco, surprenant son interlocuteur
-«Il…Il a reprit sa surveillance » affirma l'informaticien ne voulant pas laisser deviner qu'il ignorait où se trouvait son compagnon mais son interlocuteur était attentif à la moindre intonation
-« Vous avez pas l'air sur ? » demanda t-il
-« Mais si inspecteur. John n'est pas du genre à abandonner une mission vous le savez bien » persista Finch mal à l'aise
-« Ouais pas faux. Bon à plus Finch »
-« Soyez prudent » murmura l'informaticien par réflexe. Il coupa la communication, soulagé, et vit alors les trois appels manqués de son agent « Oh non… » Soupira t-il enclenchant aussitôt un rappel mais en vain, Reese semblait avoir coupé son téléphone. Contrarié il laissa un message. Pourvu que John ne tire pas de cet incident des conclusions erronées. Inquiet, il se glissa rapidement dans le dressing pour s'habiller sommairement et s'empara ensuite de son portable dans le but de localiser son agent.
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Fusco décida de faire un détour avant de prendre la route vers la banlieue. Finch n'était pas le seul à pouvoir trouver des renseignements. La veille il avait cherché un maximum d'informations sur le numéro et il savait où la trouver ce matin. Donc où trouver John s'il poursuivait bien sa mission, ce dont Finch ne lui avait pas semblé très sur. D'où son envie de vérifier
Il pénétra dans le hall du vaste bâtiment, observa les affiches et se dirigea vers la salle B. A l'entrée un guichetier l'arrêta :
-« Inspecteur Fusco » lança t-il en montrant sa plaque, n'ayant pas envie de payer un ticket pour cette stupide conférence « Je suis là pour la sécurité »
-« Oh d'accord, passez inspecteur »
Fusco scruta la salle et repéra sa cible près de l'estrade où il semblait monter la garde
-« Salut superman »
-« Bonjour Lionel » répondit Reese qui l'avait repéré sans peine « Qu'est ce que tu fais ici ? »
-« Je me cultive ? » tenta Fusco
-« Tu en es sur ? »
-« Ouais. Enfin je ne sais pas si j'entendrais grand-chose d'intéressant » remarqua l'inspecteur « Ca n'avance pas beaucoup tes affaires on dirait ? »
-« Non »
-« A moins que tu ne sois trop occupé par autre chose que l'enquête ? »
-« Lionel si… » Commença Reese. La voix de Tania l'interrompit
-« John ? Vous avez rencontré un ami ? » Demanda t-elle en dévisageant le nouveau venu avec une certaine perplexité. Fusco fronça les sourcils en reconnaissant l'ennemie
-« En effet »
-« Et bien vous ne faite pas les présentations ? » insista t-elle. John pinça les lèvres, il voulu reprendre la parole mais Fusco le devança
-« Te donne pas cette peine John » lança t-il « Je n'ai aucune envie de connaitre madame » précisa t-il en toisant la jeune femme
-« Pardon ? » s'étrangla celle-ci
-« Je surveille mes fréquentations ! » affirma Lionel « A plus John »
-« Oh quel mufle ! » protesta Tania « Ne me dites pas que ce type est réellement votre ami ? »
-« Si » murmura Reese. Il hésita puis s'élança derrière l'inspecteur « Lionel ! » appela t-il. Celui-ci continua son chemin sans même ralentir « Lionel ! » insista John » Il le rattrapa sur le parvis, saisissant son bras pour l'obliger à s'arrêter « Je peux savoir ce qui t'as pris ? »
-« Rien pourquoi ? » ironisa Fusco
-« Qu'as-tu contre elle ? »
-« Je fréquente pas les revenants ni les imposteurs » rétorqua l'inspecteur. L'ex agent le fixa d'un regard glacial
-« C'est Finch qui t'as prévenu ? »
-« Il ne m'a pas appelé si c'est ce qui t'inquiète. J'ai juste deviné qu'il n'allait pas bien et je me suis renseigné. Tu connais mes talents pour faire causer les autres ? »
-« Je vois » murmura Reese. Fusco se reprocha et lui fit face
-« John tu réalises ce que tu es en train de faire ? »
-« Je n'ai rien fait de mal Lionel »
-« Et pour toi ça suffit ? Tu vas tout fiche par terre si tu continues à voir cette fille! Réveille-toi bon sang !»
-« C'est Finch qui t'envoie pour me dire ça ? »
-« Non. C'est mon idée. Lui m'a interdit d'intervenir »
-« Alors pourquoi le fais tu ? »
-« A ton avis ? » s'énerva Fusco
-« Mais lui ne dit rien » murmura John, amer « Comme si cela lui était indifférent »
-« Tu rigoles ? » explosa Fusco « C'est sa façon de t'aimer ! A toujours vouloir le meilleur pour toi même à son détriment »
-« Le meilleur ? » murmura Reese
-« Il se plante en imaginant qu'il n'est pas ce qu'il y a de mieux pour toi mais tout le monde peut se tromper, même un génie » grogna Fusco
-« Il ne m'a pas répondu ce matin »
-« C'était surement pas volontaire » jugea Lionel avec un haussement d'épaules
-« Ou il me tient à l'écart »
-« Qu'est ce que tu racontes ? Faudrait voir à pas inverser les rôles ! C'est toi qui déconne cette fois, pas lui ! » Gronda l'inspecteur furieux
-« J'ai si souvent l'impression d'être en dehors de son univers » soupira l'ex agent
-« Comment ça en dehors ? »
-« Parfois. Il est tellement secret »
-« Ca c'est sa nature tu le savais d'avance » remarqua Lionel
-« Je voudrais qu'il partage » murmura Reese « Et pas seulement lorsqu'il y est contraint »
-« John ! Ca fait trois ans qu'il t'a accepté dans sa vie comme compagnon ! Trois ans qu'il fait des efforts pour changer, pour devenir plus ouvert, comment tu peux dire qu'il te laisse de côté juste parce qu'il a oublié de partager un ou deux secrets ? T'es injuste ! »
-« Mais lui sait tout de moi ! »
-« Mais toi t'es pas paranoïaque » contra Lionel « Et tu finiras par savoir tout de lui. Ca demandera juste un peu plus de temps » Reese baissa la tête, indécis « Depuis votre première rencontre t'as tout fait pour l'apprivoiser. Tu vas le lâcher maintenant que c'est fait ? »
-« Je n'ai pas l'intention de l'abandonner ! Jamais ! » Protesta John
-« Dans ce cas qu'est ce que tu fais avec cette pouffe ? » rétorqua Lionel « Il va falloir que tu fasses un choix ! » Reese lui adressa un regard perdu « Mais qu'est ce que tu veux à la fin ! » s'emporta Fusco
-« Je ne sais pas ! » cria brusquement John « Je ne sais pas » répéta t-il plus doucement « Je voulais juste sauver Jessica » Fusco le fixa, troublé. Il n'avait jamais vu son ami aussi perturbé
-« Fais ce que tu veux John » dit-il finalement « Mais le passé c'est le passé, y'a rien qui rattrape. A ta place je m'occuperais plutôt du présent et de ceux qui t'aiment vraiment. Si tu as besoin tu sais où me trouver ! » Ajouta t-il comme John ne répondait pas.
Immobile sur le trottoir, l'ex agent le regarda s'éloigner vers sa voiture, s'y installer, puis quitter les lieux. Après quelques minutes Tania vint le tirer de sa torpeur
-« Oh John vous êtes là ?! » s'exclama t-elle « Qu'es ce qui s'est passé ?
« Rien »
-« C'est ce mufle ? Qu'est ce qu'il vous a dit ? Quel personnage désagréable, je suis sur qu'il… »
-« Ne dites pas de mal de lui » la coupa Reese
-« John ? »
-« Lionel est mon ami » ajouta celui-ci le regard dur
-« Heu…oui… bien sur » bafouilla Tania « Mais il est un peu rustre non ? » tenta t-elle « Enfin nous ne sommes pas ici pour nous disputer n'est ce pas ? » éluda t-elle devant l'air glacial de son vis-à-vis « Venez. Nous allons rater le début de la conférence » elle lui prit le bras et l'entraina rapidement à l'intérieur.
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Le regard fixe, John observait l'estrade où Agnès s'apprêtait à prendre la parole. En apparence parfaitement attentif, il n'avait en réalité pas écouté un mot de l'intervention précédente mais son air concentré faisait illusion. A ses côtés, Tania ruminait sur l'attitude de son compagnon du jour. Elle ne comprenait pas cette tension latente qu'elle sentait en lui, cette mauvaise humeur qui le rendait presque désagréable. Le matin déjà il lui était apparu tendu, comme réticent, mais depuis qu'il avait croisé cet homme qu'il prétendait son ami, un peu plus tôt, c'était pire. Elle commençait à se dire qu'il n'allait guère être facile à vivre au quotidien. S'il n'avait pas été aussi riche et aussi fasciné par son image, ce qui lui donnait tout de même un atout appréciable, elle aurait été tenté de renoncer. Toutefois son instinct lui dictait que son attitude devait avoir une raison bien précise et que si elle la trouvait elle avait de grandes chances de pouvoir changer la situation en sa faveur et de le rendre plus docile. Il suffisait de trouver la faille et pour cela elle comptait sur sa complice. Agnès était particulièrement douée pour exhumer les secrets inavouables des placards où ils étaient enfouis. Et John ne ferait pas exception. En attendant, ses timides tentatives pour entretenir la conversation s'étant toutes soldées par un échec, elle préférait garder le silence. Stoïque sur sa chaise, guettant discrètement son accompagnateur et attendant le bon moment.
Reese, lui, ne faisait pas vraiment attention à elle. Perdu dans ses réflexions. Pourquoi Finch ne lui avait-il pas répondu ? Il lui répondait toujours, même lorsqu'ils étaient fâchés, parfois. Ne serait ce que pour les besoins de la mission en cours. Alors ? Etait-il en colère de leur dernière conversation ? Du fait qu'il n'était pas rentré ? Il n'arrivait pas à le croire indifférent, non ça ne pouvait pas être cela !
« C'était surement pas volontaire » Lui avait dit Lionel. La pensée qu'il pouvait être empêché le torturait. Etait-il souffrant à nouveau ? Peut être était-il en train de l'accusé alors que ce n'était pas sa volonté ? Mais ses questions restaient sans réponse, tant qu'il n'aurait pas réussi à lui parler il ne saurait pas ce qui l'animait, colère ? Empêchement ? Ou pire ? Malgré lui son esprit revenait toujours à cette constatation : pourquoi Harold ne ripostait-il pas ? Pourquoi ne lui avait-il pas montré de colère ? Même lors de leurs explications, jamais il ne s'était emporté. Bien sur il connaissait la maitrise de lui-même dont faisait preuve son compagnon, cette faculté de rester impassible, de se montrer glacial, même lorsqu'il était perturbé, stressé, voir bouleversé. Il était passé maître dans l'art de dissimuler ses sentiments lorsque cela lui était utile pour se préserver ou se défendre. Mais il aurait pu faire une exception pour lui qui partageait sa vie depuis trois ans et qu'il disait aimer. Cette nuit il lui avait tout de même dit qu'il l'attendrait toujours. C'était une preuve qu'il tenait à lui non ? Mais il aurait voulu plus, qu'il soit prêt à se battre pour le garder et pas qu'il se résigne si vite sous prétexte qu'il ne se sentait pas la meilleure option pour lui. Les mots de Lionel lui revinrent : « C'est sa façon de t'aimer !» Mais ce n'était pas comme ça qu'il voulait qu'il l'aime ! Il était prêt à accepter qu'il garde encore des secrets mais il avait besoin qu'il lui montre qu'il lui appartenait, qu'il s'impose !
Il en était là de ses réflexions lorsqu'il sentit la main de Tania sur son bras et se retint de justesse de la repousser par reflexe. Mais cela le ramena à la réalité et ses paroles lui parvinrent :
-« … Je trouve cela vraiment étrange ! Elle semble sur le point de s'évanouir ! »
John recentra son attention sur leur numéro et fut frappé par le changement survenu dans ses traits. Très pale, tendue, elle semblait avoir de la peine à tenir debout. Pourtant quelques minutes plus tôt elle semblait aller parfaitement bien… Il se leva d'un bond et se précipita vers l'estrade. Repoussant au passage un agent de sécurité, il y arriva juste à temps pour retenir Agnès qui s'écroulait au sol, la respiration lourde, les yeux révulsés.
-« Appelez les secours ! » lança t-il à l'agent qui se tourna aussitôt vers une porte sur le côté pour rejoindre le poste de secours. Des remous se faisaient dans la salle, quelques cris de surprise s'étaient fait entendre, suivi d'appel pour invoquer les secours. La sécurité s'efforçait de canaliser les spectateurs mais chacun cherchait à en savoir plus et un brouhaha curieux montait de la salle. John avait dégrafé le haut du chemisier d'Agnès et surveillait sa respiration hachée. Les yeux clos elle semblait lutter à chaque inspiration « Tenez bon » intima t-il s'efforçant de garder un espace libre suffisant autour d'elle. Son attention fut attirée par les mains de la jeune femme qu'elle tenait crispée sur sa poitrine. Il avait remarqué qu'Agnès en prenait grand soin, portant souvent des gants, obsédée par l'idée de les préserver. Mais à cet instant d'étranges plaques rouges les parsemaient. Il souleva une manche et vit que les taches s'étendaient un peu au dessus du poignet mais pas sur le bras. Il ne vit rien sur son visage. « S'il s'agit d'un poison il est très ciblé » songea t-il. Sortant discrètement son téléphone de sa poche il le ralluma et fit une photo juste avant que deux secouristes ne fassent irruption dans la salle. Il s'écarta pour leur laisser la place et aperçu Tania qui se tenait à quelques pas l'air inquiète
-« Mais qu'est ce qui se passe ! » demanda t-elle en se rapprochant
-« Je l'ignore. Elle semble avoir du mal à respirer »
-« Agnès n'est jamais malade ! » protesta la jeune femme
-« Il y a un début à tout » remarqua John
-«Et puis ces symptômes ! Ca ne veut rien dire ! »
-« Il faut attendre l'avis des secouristes »
-« Oh ce n'est pas possible ! » pleurnicha Tania profitant de l'occasion pour poser sa tête sur l'épaule de l'ex agent. Marcy surgit de la foule, énervée
-« Qu'est-il arrivé ? » interrogea t-elle, agressive
-« Je ne sais pas. Agnès a eu un malaise » répondit sa complice d'un ton neutre
-« Ca j'ai vu ! » répliqua Marcy « Mais la raison ? »
-« C'est arrivé comme ça » plaida Tania
-« Il faut en savoir plus ! Viens ! » Intima Marcy en empoignant le bras de la jeune femme qui fut tenté de protester mais se contenta de suivre le mouvement devant le regard noir que lui adressa l'autre. Reese en profita pour s'éclipser. Il devait joindre son associé. Il saisit son téléphone, avisa l'icône qui lui signalait un message sur son répondeur mais lança l'appel sans prendre le temps de l'écouter.
-« Finch »
-« John enfin ! Est-ce que tout va bien ? »
-« Si on veut »
-« Etes vous… blessé ? » s'inquiéta l'informaticien. Reese retint un soupir. La mission d'abord, toujours la mission…
-« Agnès a été victime d'un malaise pendant son discours »
-« Un malaise ? Que s'est-il passé ? »
-« Elle avait soudainement du mal à respirer. Je ne vois pas ce qui a put provoquer cela. J'ai juste remarqué des taches étranges sur ses mains. Je vous envoie une photo »
-« Des taches ? Vous songez à un empoisonnement ? »
-« Eventuellement. Je vais suivre l'ambulance mais je ne sais pas si les médecins se montreront très bavards. Il sera sans doute plus efficace de pirater les fichiers de l'hôpital lorsque ce sera possible pour obtenir un compte rendu plus fiable »
-« Je m'en occuperais » affirma Finch. Il laissa passer quelques secondes et ajouta « John, vous allez bien ? »
-« Je fais mon travail » répliqua l'ex agent. L'informaticien pinça les lèvres
-« Je n'ai pas entendu vos appels ce matin. J'étais sous la douche » tenta t-il
-« Vous en avez accepté un pourtant » répliqua Reese
-« Pardon ? »
-« La ligne était occupée »
-« Bear avait fait tomber mon téléphone ce qui avait établi une communication » se rappela Finch « Vous avez sans doute rappelé à ce moment là » suggéra t-il
-« Je suppose que vous me le diriez si vous n'aviez pas envie de me répondre ? » provoqua l'ex agent sans trop savoir cependant ce qui le poussait à agir ainsi
-« John ! » protesta aussitôt son partenaire « Comment pouvez vous penser cela ! »
-« C'est vrai : il y a la mission »
-« Il y a vous surtout » corrigea Finch
-« Si vous vouliez seulement me le montrer davantage » murmura Reese
-« Que voulez vous dire ? » interrogea l'informaticien « Qu'attendez vous de moi John ? »
-« Peut être trop »
-« Expliquez moi et je vous le dirais » demanda l'informaticien
-« Je suis sur que vous pourriez comprendre seul si vous le vouliez… » Finch retint un soupir
-« Etes vous décidé à ne parler que par énigme John ? »
-« Vous aimez les résoudre d'habitude » remarqua Reese « Ou vous pourriez vous faire aider ? »Ajouta t-il
-« Aider ? » s'étonna l'informaticien, mais John l'interrompit
-« Ils emmènent Agnès. Je dois y aller Finch »
-« A un moment il faudra bien finir cette conversation John » répliqua fermement celui-ci
-« Je sais »
-« Vous n'êtes pourtant pas le genre d'homme à fuir devant un obstacle » provoqua Finch à son tour
-« Je ne fuis pas ! »
-« Alors pourquoi ne pas me dire ce qui vous trouble ? » insista l'informaticien. Il y eu un blanc et il attendit le cœur battant
-« Je voudrais juste… » Commença finalement Reese. Il semblait chercher ses mots
-« Oui ? » l'incita son partenaire. John hésita puis repris :
-« Si vous vouliez seulement… » Mais a cet instant Tania lui coupa la parole
-« John ! Ca fait trois fois que je vous appelle ! Qu'est ce que vous faite ! » Protesta t-elle « Nous devons aller à l'hôpital ! » Voyant que son vis-à-vis hésitait elle insista « Je suis à pied et Marcy en taxi : il faut que vous nous emmeniez ! »
-« C'est bien le moment de téléphoner ! » renchérit Marcy
-« Je devais prendre cet appel » justifia Reese
-« Je parie que c'est encore votre boulot, ne pouvez vous l'oublier une heure ? » s'emporta Tania
-« Désolé. J'arrive dans un instant » trancha l'ex agent un peu agacé. A l'écoute, Finch serra les poings "Désolé" ? Il suffisait que cette mauvaise copie d'autrefois ouvre la bouche pour qu'il la suive comme un gamin docile ! Exaspéré, il n'attendit pas que son agent reprenne la parole et affirma :
-« Mais certainement, allez-y M Rooney » grinça t-il « Si la compagnie d'une certaine personne vous semble plus importante que cette discussion dépêchez vous de la rejoindre ! Vous n'aurez même pas mauvaise conscience : cela fait partie de la mission ! » Précisa t-il
-« Finch… » Murmura John surprit de son éclat, mais seule la tonalité lui répondit, l'informaticien avait raccroché…Il en resta un instant interdit mais n'était ce pas ce qu'il cherchait ? Le faire réagir ? Le bousculer pour qu'il se montre plus possessif ? Il ne put s'empêcher de sourire mais n'eut pas le temps de réfléchir davantage, sentant que Tania le saisissait par le bras
-« Mais enfin John ! Nous devons aller à l'hôpital ! »
-« Allons-y » murmura t-il. Les deux femmes lui emboitèrent le pas, Tania vexée de son attitude et Marcy plus rigide que jamais.
Finch fixa son téléphone, indécis. Il avait laissé la colère l'emporter. Le ressentiment. Il avait coupé court à la discussion pour ne pas prendre le risque d'aller trop loin, mais même modéré il n'était pas sur que John réagisse bien à cet éclat… Tant pis. Cela ne pouvait pas continuer. L'inspecteur Fusco avait raison, une telle situation ne pouvait pas durer. Il allait devoir demander à John de faire un choix. Il aurait juste voulu savoir pourquoi il agissait ainsi, cela ne lui ressemblait pas. Il pinça les lèvres de dépit. Il avait été à deux doigts d'obtenir une réponse, de savoir ce que John attendait de lui, mais il avait fallu que cette femme les interrompe au mauvais moment ! Et il avait beau chercher, la solution lui échappait. Le fait qu'il n'était pas très doué pour les relations humaines ne l'aidait pas. Et John était parfois difficile à comprendre avec sa logique bien a lui née de toutes les épreuves qu'il avait traversé et qui le rendait parfois déroutant. Lui qui avait résolu tant d'énigmes butait sur celle qui était sans doute la plus importante de sa vie !
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Fusco se gara devant le petit immeuble moderne où était censé résider celle qu'il cherchait. Il descendit du véhicule et claqua la portière d'un geste brusque. Il était énervé avec l'impression que le sort s'acharnait sur lui ! La veille il avait été appelé pour une urgence qui avait bousculé ses plans et le matin, alors qu'il était en route pour commencer ses recherches son chef l'avait appelé et il s'était retrouvé contraint de se rendre à l'autre bout de la ville sur une affaire soit disant extrêmement importante. Pas grand-chose d'intéressant en fait, mais le père du jeune suspect était conseiller municipal d'où le privilège accordé à l'affaire. Résultat, il avait perdu son temps la veille, sa matinée et le début de l'après midi sur une stupide histoire d'ado mal lunés !
Il entra dans l'immeuble, traversa la cour et s'avança vers l'ascenseur se heurtant à un large panneau "en panne" il pesta et s'engagea dans l'escalier encore un peu plus agacé, ce n'était décidément pas son jour !
Parvenu au second étage, il repéra le numéro 5 et frappa à la porte mais en vain. Aucun signe qui indique une présence dans l'appartement. Il s'apprêtait à faire demi tour lorsque la porte voisine s'ouvrit sur une jeune femme brune habillée dans un style gothique très marqué qui lui fit écarquiller les yeux
-« Bonjour » lança t-elle avec un fort accent étranger et un grand sourire joyeux
-« Bonjour » répondit Lionel. Il se rapprocha et se présenta décidé à profiter de l'occasion « Je cherche Miss Dalmeda, votre voisine » la jeune fille jeta un regard étonné à la plaque qu'il avait sorti puis secoua la tête
-« Désolée. Je sais pas. Jamais vu là» affirma t-elle en pointant la porte du doigt
-« J'ai une photo » affirma Fusco en lui tendant le cliché
-« Jamais vu » répéta son interlocutrice. Elle se tourna vers l'intérieur de l'appartement « Gerda ! » Appela t-elle « Gerda ! »
-« Ouais » lança une voix féminine
-« Tu sais… » Commença la jeune femme « Heu… » Renonçant à chercher ses mots elle continua sa question dans sa langue maternelle. Une autre jeune femme brune apparue sur le seuil
-« Léna je t'ai déjà dit de ne pas parler allemand, tu dois t'entrainer ! »Râla t-elle. La nouvelle venue était visiblement allemande elle aussi mais on accent était nettement moins prononcé et elle s'exprimait avec plus d'aisance.
-« Oui je sais. C'est compliqué » plaida Léna
-« Fais un effort ! » trancha sa colocataire avant de se tourner vers Fusco « Oui ? Monsieur ? »
-« Inspecteur Fusco. Je cherche cette femme. Elle habite au numéro 5 » La jeune femme secoua négativement la tête
-« C'est toujours vide à côté. Je vois jamais personne »
-« Ca fait longtemps que vous vivez ici ? »
-« Trois ans »
-« Et vous êtes certaine que vous ne l'avez jamais croisé ? »
-« Oui. Je ne connais pas »
-« Bon merci quand même » affirma Fusco
-« Attendez. Vous devriez voir Madame Elizabeth. Elle sait tout sur ici »
-« Ah oui ? Et où je peux la trouver ? »
-« Elle habite en bas » répondit Gerda «A l'entrée » elle hésita sur le mot « Dans la loge »
-« C'est la gardienne ? » interrogea Lionel qui ne se rappelait pas avoir remarqué de concierge en arrivant
-« C'était avant. Il n'y a plus de concierge. Mais elle est là toujours »
-« Ok merci. Bonne journée » salua l'inspecteur avant de se diriger vers l'escalier. Léna le doubla dans la descente, lui souriant au passage « Evidemment, avec vingt ans de moins » grogna t-il. Retraversant la cour il se dirigea vers l'appartement le plus proche de l'entrée qui rappelait effectivement une loge de gardien. Cette fois la porte s'ouvrit rapidement. Une vieille dame arborant un tablier à fleur le dévisagea attentivement
-« C'est pour quoi ? » demanda t-elle
-« Madame Elizabeth ? »
-« Oui »
-« Inspecteur Fusco, police criminelle » La femme loucha sur la plaque d'un air suspicieux « Je suis à la recherche de Castille d'Almeda » Continua Lionel en montrant la photo « Vous la reconnaissez ? »
-« Peut être »
-« Les deux filles qui habitent l'appartement à côté du sien m'ont dit de m'adresser à vous »
-« Ah oui, Gerda et sa petite colocataire. Enfin elle en change tout les six mois. Elles sont bien gentilles mais elles finissent toujours par avoir le mal du pays »
-« Vous êtes la concierge ? » insista Fusco
-« J'étais. J'ai pris ma retraite il y a deux ans et le syndic a supprimé le poste parce que ça coûtait trop cher qu'ils disaient » marmonna la femme visiblement remontée sur le sujet
-« Ca arrive » tenta Lionel
-« C'est peut être vrai mais ça rendait bien service aux résidents et puis maintenant c'est moins bien tenu ! Ils ont confié le nettoyage des communs à une société qui passe deux fois la semaine et ça se voit ! » Poursuivit-elle
-« Mais vous êtes restée quand même ? »
-« La loge allait être inutilisée alors ils ont dit que je pouvais continuer à la louer »
-« Donc vous êtes toujours au courant de ce qui se passe dans l'immeuble… » Suggéra Fusco. La vieille dame fit la moue
-« C'est bien possible. Mais qu'est ce qui me dit qu'elle est vrai votre plaque ? » Lionel retint un soupir
-« Vous pouvez appeler le commissariat si vous voulez. Ils vous donneront ma description »
-« Je pourrais faire ça » jugea la femme, réfléchissant. A cet instant un gros matou noir et blanc se faufila hors de la loge. Il observa les alentours puis se frotta aux jambes du visiteur
-« Salut mon pote » lança Fusco se baissant par reflexe pour le caresser
-« Balthazar ! c'est pas l'heure de ta promenade ! » Protesta sa maîtresse
-« On peut difficilement imposer des horaires à un chat » remarqua Fusco « Le mien j'essaie même plus »
-« Oh vous avez un chat ? » demanda la vieille dame soudain radoucie
-« Ouais. Un gros matou aussi » précisa Lionel en montrant son téléphone, sentant que cela pourrait amadouer son interlocutrice
-« Oh qu'il est mignon ! » s'enthousiasma celle-ci « Mais Balthazar n'est pas gros, juste musclé » corrigea t-elle
-« Je connais ça » ricana l'inspecteur qui connaissait cette réplique par cœur « Mon fils le répète assez souvent. La vieille dame sourit franchement
-« Il a bien raison ! »
-« Bon, alors si vous voulez appeler le commissariat… » Argua Fusco essayant de recadrer la conversation
-« Pas la peine inspecteur ! » protesta la femme « Je vous crois ! Vous savez 40 ans de service comme concierge ça rend méfiant ! Mais on voit bien que vous êtes honnête ! » Fusco remercia mentalement le félin qui continuait de ronronner à ses pieds et repris :
-« Donc vous connaissiez Miss Dalmeda ? »
-« Oh oui comme tous ceux qui vivent ici. Venez prendre un café et je vous dirais ce que je sais »
-« Heu…rapidement alors » précisa Lionel qui n'osa pas refuser pour ne pas braquer son interlocutrice. Il prit place sur la chaise qu'elle lui désignait et observa la loge dont les murs étaient recouverts de gravure et les meubles surchargés de napperons, pendant que l'ex concierge s'affairait avec sa cafetière
-« Je connais Miss Dalmeda depuis son installation. Une fille adorable ! En fait elle habitait avec son frère et au début l'appartement c'était pour les périodes de révisions et quand elle voulait peindre ses aquarelles. C'est une artiste vous savez ? J'ai un tableau » elle chercha du regard « Ah non il est dans le salon je crois… »
-« Et après elle est venue y vivre ? »
-« Quand son frère s'est marié. C'était un grand banquier son frère mais il était pas fier on discutait toujours quelques minutes quand il venait la voir. Il était gentil c'est pour ça que j'ai pas compris quand…quand… » Elle buta sur les mots « Vous savez ce qui est arrivé ? »
-« Oui j'ai lu le rapport »
-« C'était pas compréhensible » marmonna la vieille dame
-« Mais frère et sœur ont continué à se voir après le mariage ? » demanda Fusco
-« Après les noces ça a changé, elle allait parfois passer le week end chez lui mais c'était plus pareille il y avait l'autre »
-« L'autre c'est-à-dire sa belle sœur ? »
-« Oui. Une vraie pimbêche, elle se prenait pour une princesse. Je l'ai vu qu'une fois elle était méprisante » cracha l'ex concierge tout en posant une tasse devant son invité « Du coup Miss Dalmeda n'aimait plus trop aller là bas. Puis il y a eu la naissance des petits. Elle était heureuse pour son frère. Le ménage tournait déjà plus bien rond alors ces gamins c'étaient un rayon de soleil ! »
-« Elle les voyait souvent ? »
-« De plus en plus. Je crois qu'elle voulait les sortir de la maison. Quand ils ont été assez grands ils venaient passer des vacances ici, ils étaient tellement mignons ! » Affirma la vieille dame avec un air charmé. Tout à son récit elle ne remarqua pas la grimace de son invité qui venait de gouter son café et faisait de louables efforts pour ne pas le recracher
-« Elle était donc très attachée a ses neveux ? »
-« Vraiment oui et c'était réciproque ! Quand ils repartaient c'était les grandes eaux. Je voyais la voiture arriver, c'était le chauffeur qui s'en occupait, j'ai même jamais revu leur mère ! Ca devait mal finir tout ça ! »
-« C'est ce qui s'est produit » constata Fusco
-« Cette pauvre Miss Dalmeda était anéantie et c'est à ce moment là qu'elle a désertée son appartement pour s'occuper de son neveu. Elle est passée me voir un jour en disant qu'elle s'installait au domaine parce qu'ici ce n'était pas adapté pour les soins et elle m'a demandé de m'occuper de l'appartement et du courrier »
-« Donc elle repasse de temps en temps pour le récupérer ? »
-« Non. S'il y en a je dois lui réexpédier au domaine elle m'a même laissé une petite somme pour les timbres. Elle ne vient qu'une ou deux fois par an. Quand j'ai appris pour le petit j'espérais qu'elle reviendrait s'installer ici mais je ne l'ai pas revu »
-« Donc j'ai plus de chance de la trouver au domaine familiale »
-« Je pense bien oui ou ils vous renseigneront »
-« D'accord merci » affirma Fusco en terminant vaillamment sa tasse
-« Je suis toujours contente de faire mon devoir inspecteur ! » répliqua la vieille dame « Mais je peux savoir pourquoi vous cherchez cette pauvre dame ? »
-« Une enquête de routine »
-« J'espère qu'elle ne va pas avoir d'ennui ? Ce ne serait pas mérité ! »
-« Je débute l'enquête » mentit Lionel « Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant mais je vous remercie de votre aide précisa t-il en se levant « Salut Balthazar » lança t-il au matou tranquillement réinstallé sur son coussin
Une fois sur le trottoir Fusco consultât sa montre et soupira, contrarié. Il était déjà tard et il y avait plus d'une heure de route pour parvenir au domaine et autant au retour. Il devait repasser au poste voir le chef pour l'affaire du matin et Lee allait bientôt rentrer. Il allait devoir attendre le lendemain pour poursuivre son enquête, lui qui aurait tellement voulu accélérer les choses. Il décida de se rendre au commissariat puis il passerait voir Finch pour lui parler de son idée. Il aurait pu lui téléphoner mais il voulait aussi s'assurer qu'il allait bien.
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John patientait au fond du couloir où se trouvait la chambre attribuée à Agnès. Marcy avait décrété qu'ils ne quitteraient pas l'hôpital avant d'avoir obtenu des "nouvelles rassurantes" de leur amie. Elle se faisait passer pour une cousine auprès des médecins pour pouvoir rester. Ce qui était faux, Finch avait vérifié, il n'existait aucun lien de parenté entre les deux femmes. Tania aurait volontiers abrégé la visite mais ses timides tentatives en ce sens avaient toutes étaient réprimées d'un regard sévère par sa comparse et elle préférait désormais se taire. Reese se demandait ce qui pouvait la rendre si docile, elle semblait totalement dominée par Marcy. Peut être celle-ci avait-elle quelques moyens de pression sur sa complice ? Vu les méthodes de l'agence cela n'aurait pas été surprenant et d'après les informations recueillies par l'informaticien Marcy était ce qui se rapprochait le plus d'un bras droit vis-à-vis d'Agnès même si ce n'était pas officiel, la gérante étant bien trop indépendante pour avoir une adjointe.
L'ex agent consultât son portable une énième fois. Hormis une brève conversation, strictement professionnelle, lorsqu'il avait obtenu des informations fiables sur l'état de santé de leur numéro en piratant l'ordinateur du médecin, Finch n'avait pas cherché à le joindre. En tout cas, pas pour lui parler. Au besoin, il lui envoyait des messages sous prétexte que c'était plus facile selon le lieu où il se trouvait, mais John n'était pas dupe, il devinait qu'il n'avait tout simplement pas envie d'une nouvelle conversation qui se terminerait en dispute, avec le risque que les mots ne dépassent leur pensées. Et sur ce point, il était d'accord. Sauf que cela ne risquait pas d'améliorer la communication entre eux….
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Finch reconnu le pas de son visiteur dans le couloir et observa Bear qui se précipitait à sa rencontre. Il se redressa dans son fauteuil, il allait devoir donner le change…
-« Salut Finch ! » lança Fusco avec un regard que celui-ci jugea inquisiteur
-« Bonsoir inspecteur »
-« Comment ça va ? »
-« Bien inspecteur » répondit Finch sur la défensive
-« On dirait que la journée n'a pas été très… reposante non ? »
-« Un peu tendue » concéda l'informaticien du bout des lèvres, désireux de satisfaire l'inspecteur sans trop en dire, et surtout de ne pas révéler l'éloignement entre lui et John
Fusco n'était pas dupe mais il décida de ne pas insister, en tout cas pas tout de suite
-« J'étais venu vous parler de l'enquête Finch. J'ai suivi la piste de cette fille, Castille Dalmeda »
-« Et vous avez découvert quelque chose ? »
-« Pas encore. Je suis allé à son domicile, enfin l'adresse sur sa fiche, mais apparemment elle est retournée vivre au ranch familiale depuis le jour du drame pour s'occuper de son neveu alors ça n'a rien donné. Je compte aller au domaine demain»
-« Je n'ai rien trouvé de suspect sur cette jeune femme. Qu'est ce qui vous fait penser qu'elle pourrait être la menace inspecteur ? »
-« Je ne sais pas. Une intuition. Le fait qu'elle soit venue au poste réclamer une enquête prouve qu'elle a des rancunes »
-« Elle cherche des réponses »
-« Vous aviez sa biographie ? » Finch se tourna vers son ordinateur
-« J'ai rassemblé les informations cet après midi. La famille Dalmeda compte quatre enfants. Un fils ainé qui a repris l'élevage. Le second Arthur… »
-« L'auteur du crime »
-« Oui. Puis une fille, mariée très jeune au fils d'un autre éleveur dont elle a trois enfants, et enfin Castille qui a quitté le ranch a 16 ans pour aller vivre avec son frère. Arthur a financé ses études jusqu'au diplôme qu'elle a obtenu huit mois avant le mariage »
-« Diplôme de quoi ? »
-« Biologiste »
-« Intéressant, Elle pourrait avoir des connaissances pour se débarrasser d'une ennemie discrètement ? »
-« C'est une éventualité. Et d'ailleurs cela collerait assez bien aux derniers événements » Fusco leva un sourcil interrogateur « Miss Marbery a été victime d'un malaise ce matin, elle est à l'hôpital mais pour le moment les médecins ne sont pas très inspirés sur son cas »
-« Je confirme ! Ca colle ! » approuva Fusco « Enfin si ça ressemble à un empoisonnement ? »
-« John a relevé un détail suspect qui pourrait mener à cette piste. Il en a fait part au médecin mais il faut attendre »
-« Mouais c'est pas toujours des flèches. Sauf une » précisa Fusco. Finch ne put s'empêcher d'esquisser un sourire
-« Pourtant Miss Dalmeda préférait visiblement la voie légale puisqu'elle a essayé d'obtenir une enquête »
-« Sauf qu'elle ne l'aura pas donc recours au plan B »
-« On en revient au mobile inspecteur. Vous pensez qu'elle voudrait s'en prendre à celle qui avait trouvé une épouse à son frère parce que le mariage a mal tourné ? »
-« D'après ce que j'en sais le ménage n'a jamais vraiment marché » approuva Fusco. Il retraça en quelques phrases sa conversation avec l'ex gardienne
-« Donc c'était peut être bien un mariage "arrangé" et dans ce cas cela justifie sa colère contre Miss Marbery »
-« C'est ce que Castille avait dit au collègue, que son frère avait été forcé à épouser sa femme »
-« D'après ce que nous en savons cela ressemble aux méthodes de l'agence. C'est une piste valable »
-« Moi je la trouve solide, on a vu plus bancale » estima Lionel
-« J'ai également fait des recherches sur Arthur Dalmeda » affirma l'informaticien en ouvrant un autre fichier « Après de brillantes études il avait été recruté par le groupe bancaire où il fait toute sa carrière. Il avait été nommé directeur d'une petite succursale à seulement 26 ans, c'est exceptionnel dans ce groupe »
-« C'était une tête »
-« Son parcours était sans défaut à priori, je n'ai trouvé aucun éléments sur d'éventuelles manœuvres frauduleuses ou un détournement »
-« Un banquier honnête » ricana Fusco « Je l'aurais pas cru »
-« En revanche, puisque je n'ai trouvé aucune anomalie pour cette période, je suis remonté plus loin et j'ai découvert un incident lorsqu'il avait 16 ans. Son nom avait été cité dans une affaire de paris truqués. Fils d'éleveur il avait des facilités, mais l'affaire a été rapidement étouffée et on n'a jamais déterminé à quel point il était impliqué. J'ai commencé à chercher vis-à-vis de ses co accusés mais comme il n'y a pas eu de condamnation »
-« Et moi je parierais qu'Agnès avait trouvé des détails là-dessus avec ses méthodes bien spéciales ! »
-« C'est envisageable »
-« Si elle avait des preuves qu'Arthur avait été impliqué dans une affaire de ce genre, même s'il était encore un gamin, ça reste le genre de truc qui fait tache sur la réputation d'un banquier »
-« Un bon argument pour un chantage » approuva Finch
-« Je ne demande pas les motivations de l'épouse, il devait avoir un portefeuille bien garni, assez pour lui offrir la vie qu'elle voulait, c'est suffisant »
-« Il avait en effet des revenus confortables et un certain patrimoine. Sans compter l'héritage familiale dont il aurait eu sa part »
-« Je me demande ce qui peut pousser un type pas trop moche, riche et qui a tout ce qu'on peut souhaiter à s'inscrire dans une agence matrimoniale, il devait pas en avoir besoin »
-« La réussite n'attire pas forcement le bonheur inspecteur » répondit Finch « Toutefois je peux répondre à votre question, c'était l'un de ses amis qui l'avait inscrit après une rupture assez difficile et il a joué le jeu »
-« Il a été mal inspiré celui là ! » jugea Fusco
-« En effet »
-« Enfin il pouvait pas savoir que les candidates de cette agence ne sont motivées que par le fric » remarqua Lionel « Je ne comprend pas comment on peut vivre avec quelqu'un une vie de couple quand on ne l'aime pas. Au quotidien ça doit être spécial ! » Commenta t-il
-« Il y a peut être une certaine entente au début, suffisante pour rendre les choses supportables ? »
-« Mais passer son temps à faire semblant ou à se forcer… »
-« C'est sans doute pour cela que les couples formés par l'agence ne tiennent pas » constata Finch « L'illusion ne peut durer éternellement »
-« Je ne suis pas convaincu » marmonna Fusco. Il observait du coin de l'œil l'informaticien qui manipulait son téléphone pour la énième fois dans un réflexe inconscient « Est-ce que John est toujours en surveillance ? » interrogea t-il alors
-« Oui » répondit Finch et il vit la tension qui l'affectait aussitôt « Sujet sensible évidement » songea Fusco
-« Demain matin j'irais au ranch et si cette piste est la bonne il n'aura plus de raison de continuer »
-« Espérons- le alors » soupira Finch
-« Il vous a appelé au moins ? »
-« Bien sur inspecteur »
Fusco se demanda s'il disait vrai. Il ne semblait pas être au courant de son intervention. En venant il s'attendait plutôt à en subir le reproche dès qu'il aurait franchit le seuil de la salle mais rien… c'était surprenant et c'était ce qui lui faisait penser que les deux associés n'avaient pas beaucoup communiqué ce jour là. Il se leva d'un mouvement décidé
-« En attendant il est tard, c'est l'heure du dîner, je vous emmène » annonça t-il en se campant près du bureau
-« Non merci inspecteur »
-« John doit rentrer ? »
-« Pas pour l'instant. Il est toujours à l'hôpital » répondit l'informaticien gêné par la question, sachant Fusco trop perspicace pour ne pas s'apercevoir que cette fois il ne connaissait pas la réponse
-« Donc on y va ! » affirma Lionel en se dirigeant vers le porte manteau
-« Mais… »
-« J'ai dis « je vous emmène » Finch, pas « Je vous invite » je ne vous laisse pas le choix » précisa l'inspecteur en lui présentant sa veste pour l'aider à l'enfiler « Tu viens mon pote ? » demanda t-il en voyant Bear tourner autour du bureau
-« Et s'il y a une urgence ? » protesta Finch en ajustant sa veste
-« Vous avez votre téléphone et votre ordi portable donc vous serez joignable ! »
-« Je dois aussi agir rapidement inspecteur ! » précisa l'informaticien en éteignant son système
-« Je peux être hyper rapide quand c'est nécessaire ! Allez c'est parti » lança Fusco en l'entrainant vers le grand escalier « C'est Lee qui va être content et je parle pas du chat ! » ajouta t-il avec un clin d'œil vers Bear qui trottait en avant.
Le trajet fut silencieux. Finch était mal à l'aise, presque mécontent. Il n'appréciait pas de se faire ainsi kidnapper mais il savait que cela partait d'un bon sentiment et ne se voyait donc pas se plaindre. Et Fusco se taisait pour le ménager, prêt à braver sa mauvaise humeur.
Bear bondit à l'intérieur de l'appartement dès que Fusco eut ouvert la porte
-« Lee je te ramène des invités ! » lança t-il joyeusement en aidant Finch à retirer sa veste. Le garçon sorti de sa chambre, curieux. Un large sourire fleurit spontanément sur ses lèvres en reconnaissant son ami
-« Harold ! » s'exclama t-il avant de s'élancer et de poser un baiser sonore sur la joue de l'informaticien « Et Bear ! » ajouta t-il en sentant le malinois donner de petits coups de museau sur sa jambe. Il revenait de la terrasse escorté par son copain félin qu'il avait surpris en pleine chasse aux papillons. Le matou vint se frotter aux jambes de son maître puis offrit le même accueil à leur invité.
-« Oh Isatis, tu as encore grandit » commenta Finch en caressant le félin, étonné par la carrure du chat
-« Ouais c'est un sacré morceau »
-« Papa ! C'est un athlète ! »
-« Poids lourd alors » ricana Fusco « Bon je commande, on prend quoi ? »
-« Japonais ! Harold aime bien et moi encore plus »
-« Je pensais que tu préférais italien ?
-« Aussi mais… » Hésita Lee « Je ne peux pas avoir les deux ? »
-« T'es un gouffre sur pattes ! » protesta son père « Tache de tenir compagnie à notre invité pendant que j'appelle ! »
-« Ok papa ! John va venir nous rejoindre ?» demanda le garçon. Il y eu un instant de flottement puis Finch précisa :
-« Pas cette fois, il est trop occupé »
-« Dommage ! » jugea Lee « Mais on va veiller à sa place ! » prenant la main de l'informaticien il l'entraina vers la terrasse « Venez, il fait chaud on sera super dehors à l'ombre ! » Finch le suivit docilement et admira la nouvelle décoration des lieux. Quelques plantes vertes dans de vastes pots décoratifs, des jardinières de fleurs multicolores formaient un petit coin de verdure. Sentant le sol devenir mou sous ses pas il baissa les yeux et découvrit le revêtement de gazon artificiel. Un petit salon de jardin était installé dans un coin et une balancelle recouverte de coussins colorés trônait au milieu. Lee l'attira vers cette dernière et cala un coussin « installez vous là, vous serez bien ! Ca vous plait ? »
-« C'est agréable, frais et coloré » jugea Finch, charmé
-« C'est Mégan qui a fait tout ça. Les plantes c'est plutôt pour les filles mais je l'ai aidé. Je trouve qu'elle a super bien décoré »
-« Je suis d'accord avec toi » approuva l'informaticien. Bear s'installa à leurs pieds et se roula dans le faux gazon. Isatis grimpa d'un bond sur la balancelle et s'installa à côté de son maître. « Je suis heureux que vous vous entendiez si bien » remarqua Finch
-« Elle est cool » répondit Lee. Il réfléchit puis ajouta « mais elle est un peu trop maligne »
-« Comment cela ? »
-« Elle m'impose jamais rien, mais quand y'a un truc important elle le demande d'une certaine façon sympa et je peux pas dire non. Et du coup elle a ce qu'elle veut »
-« C'est une technique »
-« J'ai jamais autant rangé ma chambre » marmonna le garçon, l'air grognon, faisant sourire son vis-à-vis
-« Et ton devoir ? » le gamin retrouva aussitôt le sourire
-« Ca c'est bien passé, j'aurais la note mardi prochain. Je l'ai rendu à temps grâce à l'ordi que vous avez prêté à papa » le garçon se redressa « il est super cet ordi, c'est un modèle récent ? »
-« L'un des derniers sortis »
-« M'en doutais ! J'ai dit à papa que je voulais le même mais il a dit qu'il devait aussi faire réparer celui de la maison d'abord »
-« Il ne marche plus ? »
-« Non. Ca fait un moment je crois qu'il est bien trop vieux ! »
-« Tu aurais du me le confier j'aurais pu vérifier ? »
-« Je voulais mais papa a dit qu'il fallait pas abuser ! Le portable vous allez le reprendre tout de suite ? » S'inquiéta Lee
-« Non garde le jusqu'à la fin des cours, il te sera utile » le rassura Finch qui en réalité ne comptait pas récupérer son matériel. Le moment venu il trouverait bien un argument pour convaincre l'inspecteur
-« Génial ! Merci Harold ! » Se réjouit le garçon. Ils continuèrent à discuter tranquillement, Lee menant la conversation, Finch le suivant. Fusco passa la tête à la porte mais les voyants si bien installés il retourna à l'intérieur sans les interrompre, laissant son fils distraire leur ami. Au bout d'un quart d'heure, Isatis, qui observait les alentours d'un œil acéré, se leva, s'étira, puis passant sur les genoux de son maître, il s'installa en boule sur ceux de l'informaticien qui lui adressa un regard surpris puis le caressa machinalement
-« Il semble… content de me voir » hasarda t-il
-« Oui il vous aime bien » approuva Lee « Est ce que vous avez des soucis Harold ? »
-« Hum non, pourquoi Lee ? » demanda celui-ci avec réticence
-« Isatis est attiré par les gens quand ils sont tristes, il vient les consoler. Comme il avait l'air décidé je me disais que peut être il avait sentit quelque chose »
-« Oh » murmura Finch
-« Puis John n'est pas là » ajouta Lee « Il vous rejoint toujours d'habitude. C'est lui qui a des ennuis ? »
-« Ton chat est très intuitif Lee mais tu n'as rien à lui envier » soupira l'informaticien après quelques secondes de réflexion
-« Ouais c'est pour ça qu'on s'entend si bien ! »
-« Je ne vais pas te mentir alors. Disons que pour le moment John et moi avons… quelques soucis »
-« Vous vous êtes disputé ? »
-« Non. Nous avons juste… une divergence d'opinion »
-« Ah… » Lee parut absorbé par ses réflexions puis affirma : « John est intelligent, vous aussi, alors ça va s'arranger non ? »
-« Je l'espère » affirma Finch d'un ton qui se voulait ferme. Lee le fixa pas vraiment convaincu
-« Sinon ce serait pas cool ! » trancha t-il « En attendant on va veiller sur vous » ajouta t-il d'un ton décidé, prenant sa main dans la sienne
-« Merci Lee » murmura l'informaticien amusé malgré lui de sa mine déterminée. Fusco fit irruption sur la terrasse quelques minutes plus tard
-« Le livreur est passé ! »
-« Yes ! J'ai faim ! » S'exclama Lee. Il se leva et prit son chat dans ses bras pour libérer leur invité
-« Comme d'habitude » commenta Lionel « On peut s'installer sur la terrasse il fait bon » suggéra t-il
-« Volontiers inspecteur mais le doc… Mégan, ne doit-elle pas passer vous voir ? » Se renseigna Finch
-« Non elle est de garde ce soir, on sera entre hommes tout les trois »
-« Tout les cinq, papa » Corrigea Lee en prenant place et comme pour lui donner raison Bear et Isatis vinrent s'installer chacun d'un côté de lui, attentifs
Finch finit par se laisser prendre par l'ambiance, le bavardage incessant de Lee, les facéties de Bear et d'Isatis pour obtenir une bouchée de plus
-« Inspecteur » gronda t-il finalement « Vous le gâtez trop ! »
-« Possible ! » admit celui-ci « Mais tant que Lee aura le droit moi aussi ! »
-« Oh ! »
-« Et moi je peux parce que je ne suis pas encore trop grand »
-« Donc… » Estima Fusco « Tiens mon pote une petite dernière » ajouta t-il en tendant une bouchée au malinois « Je vous prépare un thé Finch ? » demanda t-il avec un sourire innocent
-« Volontiers merci » approuva celui-ci, vaincu
-« Papa je peux jouer un peu sur l'ordi maintenant ? Je veux faire une partie avec Harold »
-« Tu lui as demandé ? »
-« Non mais il aime bien jouer avec moi » plaida le gamin avec un regard charmeur vers l'intéressé
-« Je l'avoue »
-« Ok alors mais pas trop longtemps ! »
Les deux joueurs retournèrent à l'intérieur et s'installèrent dans le canapé. Prit par le jeu Finch en oublia ses préoccupations et son thé… Bear s'endormit à ses pieds, Isatis somnolant, appuyé sur sa cuisse. Fusco les observait du coup de l'œil, satisfait. A 21H30 il se manifesta
-« Ca va être l'heure Lee »
-« Oh pas déjà ! » protesta celui-ci
-« Tu as entrainement demain »
-« Ton père a raison Lee » approuva Finch « Il est temps que je rentre je crains d'avoir quelque peu abusé de votre hospitalité »
-« Vous êtes notre invité Finch, on vous garde » répliqua Fusco. De son poste d'observation il n'avait pas manqué les coups d'œil réguliers de l'informaticien vers son téléphone inhabituellement muet, ni son air de plus en plus contrarié à mesure que la soirée avançait, il n'avait pas envie de le laisser seul
-« Mais inspecteur… » Protesta Finch
-« Oh oui restez Harold ! » l'interrompit Lee en serrant sa main
-« C'est impossible je n'ai pas de vêtements de nuit »
-« Je vous prêterais un truc on trouvera bien ! Je vais préparer le canapé »
-« Mais c'est moi qui dort dedans ! » affirma aussitôt le garçon « mon lit sera plus confortable pour Harold ! »
-« C'est gentil mais… »
-« Vous avez vos médicaments Finch ? »
-« J'ai une boite… »
-« Alors plus d'obstacle ! » trancha Fusco. Il s'était rapproché, se pencha et lui chuchota à l'oreille «Vous en faite pas, on fera attention et la porte de la salle de bains ferme à clé vous serez tranquille » Finch rougit d'être démasqué, mais Lionel enfonça le clou « Et si John vous cherche il vous trouvera bien , cela ne lui fera pas de mal de chercher un peu, ça pourrait lui rappeler l'essentiel » Cette fois l'informaticien pinça les lèvres, contrarié d'être si transparent et surtout de constater que l'inspecteur n'avait pas tort. Il finit par se laisser convaincre et s'installa dans la chambre de Lee. Celui-ci aux anges d dans le canapé entre Bear et son chat.
